Psaume 34
La priere juive

Prier pour que nous soyions tous, dans le peuple d'Israël, des hommes droits, basés sur la véritable base et le véritable axe: une union telle avec Hachém qu'elle nous donne la confiance totale et une vie droite.

C'est un procédé fréquent du Roi David dans les psaumes que de guider la prière, aussi bien pour tout le peuple d'Israël
que pour les besoins de chaque particulier, en toutes époques. Et, en même temps, il y enseigne, dans le psaume lui-même, les tenants et les aboutissants de ce dont parle la prière.

Nous en avons un exemple typique dans ce psaume, à travers les différentes parties qui s'y succèdent.
Aujourd'hui, étudions une première approche générale de ce psaume, et nous placerons ensuite
un développement plus important, après votre premiere étude de la structure du psaume.



Voici la description du psaume selon ses séquences.

1e phase (verset 1) où David "changer sa conception des choses". Il fit téchouva, comme dit le Ari, zal. Etudions le psaume suivant cet axe :

Souvent le verset est traduit: "De David. Quand il a simulé la folie devant Avimélekh, et il fut chassé par lui et se retira". Certes, sous la menace qui est décrite historiquement dans le 2e Livre de Samuel 21. 14 il fut obligé de prendre ce stratagème pour ne pas être pris comme un rival dangereux et il sauva ainsi sa vie. Mais la réalité du psaume nous indique qu'il a changé son taâm. Le taâm est, en hébreu, le goût, mais aussi le motif de quelque chose, l'élément rationnel qui l'explique et le justifie, et c'est la note musicale qui est indispensable sur un mot de la Torah. Reportez-vosu à ces liens. En fait, tout cela est la même chose. Il y a une unité, dans le judaïsme entre tous ces niveaux. On comprend alors que la Ari puisse dire que, derrière une attitude nécessitée pour la survie, en fait le Roi David ait fait une conversion totale de soi vers Hachém. Et le Roi David nous enseigne en ce psaume comment la réussir. Et, comme David fit ce retournement, ainsi le Roi du monde que symbolise Avimélekh, a fait viré tous ses péchés et les a pardonnés, dit le 'Hida dans son commentaire des psaumes.

Tout le psaume est bâti comme ceci: chaque verset commence par l'une des lettres de l'alphabet. Plusieurs psaumes sont ainsi bâtis, ils veulent montrer qu'il s'agit là de nous enseigner l'ordre total des choses et de nous même.Cela confirme ce point précédent. C'est donc un psaume éducatif, sens du mot 'Hanouca et c'est pour cela que nous le commentons en cette fête de 'Hanouca (lien ici) et que le mois qui s'ouvre après lui est sous l'égide de ce psaume, nous semble-t'il.


2e phase (versets 2-4) où David fait la louange de Hachém devant qui il vit sans cesse en Sa présence et dans Sa Torah, et nous invite à aller avec lui en sa démarche.

"(2) Je bénirai Hachém en tout tempsn toujours Sa louange est dans ma bouche.

(3) En Hachém est louée mon être, qu'ils entendent les humbles et qu'ils se réjouissent.

(4) Exaltez Hachém avec moi, et nous éléverons Son Nom ensemble".

3e phase (versets 5-8) où David fait la liste de toutes les formes de salut qui se produisent pour celui qui a opté pour cette téchouva : "éxaucé, délivré des terreurs, rassérénés, pas rougir de honte, entendu, protégé des souffrances, échapper au danger". Lisez ces versets avec cette grille.

4e phase (versets 9-11) où David nous lance un appel pour voir et ressentir cette bonté de Hachém envers ceux qui s'abritent en Lui avec confiance.

5e phase (versets 12-15) où David nous enseigne avec précision comment nous comporter pour vivre dans cette ligne qui va nous assurer le bonheur que nous souhaitons : surveiller notre parole (pas de mots méchants ni perfides, s'éloigner du mal, faire le bien, rechercher la paix entre les hommes).

6e phase (versets 16-22) où David nous explique le "comportement" de Hachém qui permet de comprendre tout ce que l'on vient de dire: Il est ouvert envers les justes et les voit et les écoute, les entend, les délivre, Il est spécialement proche des coeurs brisés et de ceux qui font téchouva. Certes, celui qui essaie de vivre en juste aura de très nombreuses épreuves (donc la vie du bon Juif n'est pas une religion qui préserve des problèmes sérieux) mais de tous il sera délivré selon ce qui vient d'être décrit. A tel point que pas un de ses membres ne sera brisé, sa vie sera sauvée. (Ici, allez en page d'accueil de Modia, en haut et inscrivez le mot épreuves dans le formulaire du moteur de recherche Google, et vous aurez toutes les autres pages de Modia qui traitent longuement de cette question si importante du sens des épreuves dans la vie des Juifs).
Par contre, à l'inverse, la colère de Hachém extermine les méchants qui vont avec certitude à leur perte.

7e phase (versets 23) où David résume tout le psaume: "Il sauve, Hachém, l'être et la vie de Ses serviteurs, et ils ne sont pas perdus aucun de ceux qui s'abritent en Lui".

Prenez le temps de bien lire le texte jusqu'au moment où cet enseignement et cette structure vous sera claire. Ensuite, nous pourrons développer l'étude de ces versets, sur cette base claire et bien intégrée.


Développons maintenant certains passages du psaume.

Il nous propose de ne pas nous laisser noyer dans les souffrances des épreuves mais d'avoir un regard plus vaste, celui de Hachém. C'est ce regard que l'on trouve chez Avraham lors de la Âqéda (le sacrifice de Yits'haq, chapitre 22 du livre Béréchite, paracha Vayéra, lien ici). Avraham ne se laisse pas noyer dans l'épreuve, contrairement aux serviteurs qui "restent là"; il voit de loin la lumière qui est le futur magnifique de Jérusalem et il se rend dans cette direction. C'est l'exemple donné pour tous les Juifs de toutes les époques: montez à Jérusalem, même si les difficultés semblent vous en empêcher et la lumière brillera alors. Il sagit dont de voir "loin", de "voir la lumière au delà", et aussi de "se maintenir toujours dans cette attitude".

C'est cela que la Bible (le Tanakh) appellent être "Adam" comme le dit le Prophète Yé'hezqel (Ezékiel) 34, 31 : "vé atén tsoni et vous mon troupeau, tsone marîti le troupeau que je fais paître, adam atém homme adam vous êtes, Moi Je suis votre D.ieu, parole de Hachém votre D.ieu".Voyez là-dessus le traité Yébamote 61,a. Et c'est en ce point que nous avons été créé Adam "à l'image et à la ressemblance de D.ieu" (Béréchite 9, 6). Notre bonheur et notre protection viennent de ce point où nous sommes proches de Lui, en une part de notre être même, et pas seulement de par une attitude psychologique ou de demande dans la prière. Ce point aussi est nommé dans le Tanakh "banim" (enfants de D.ieu). Pour tout Juif qui connait le sens de la Torah, et ce qui est dit ici, on comprend l'absurdité de nouvelles religions qui appellent révélation nouvelle qu'un Juif se dise, lui, "le" fils de D.ieu. De tels discours ne relèvent que de l'ignorance même sur la Torah. Tout Juif est ainsi, adam et fils.Lisez le verset de Dévarim 14, 1: banim atém la Chém Eloqékhém, enfant vous êtes pour Hachém votre D.ieu...

Avançons encore. Toute l'histoire des générations et de chacun nous montre que nous ne sommes pas stables en ce point, que nous en perdons souvent la conscience, particulièrement quand les épreuves sont fortes. Egalement, parce que nous sommes pris dans un combat continu entre, d'une part, cette tendance optimale à l'union et à faire le bien (le yétsér ha tov) et, d'autre part, une force de perturbation que l'aon nomme le yetsér ha râ, la force de mal.

Alors, dans ce psaume 34 (laméd daléte), le Roi David nous donne la pédagogie claire pour comprendre ce dispositif, il le formule en termes de vie et, surtout, il formule pour nous les attitudes à prendre pour nous remettre au point optimal qui permet à la bénédiction de fonctionner et d'améliorer le monde.

Maintenant, nous comprenons beaucoup de mots de ce psaume: d'abord changer la vision habituelle (verset 1), puis être "toujours" en un certain point (verset 2), conscience que ce point est celui de la gloire même de D.ieu, de la joie (verset 3) vécue dans le peuple d'Israël qui est ensemble "fils" (verset 4). Ensuite, cela est appliqué au cas individuel et à la souffrance individuelle (verset 7).

Ces différents points sont répétés ensuite, puisque la pédagogie c'est la répétition qui permet de bien saisir jusqu'à ce que cela soit clair et vécu facilement. Et le poète David reprend différents sentiments que chacun peut éprouver pour nous faire relier ces expériences à la réalité souhaitable.


Sur cette seconde base, nous pouvons maintenant préciser les éclairages de quelques versets.

Versets 7, 8, 19, 23: ils font partie de la liste des 72 versets que l'on dit spécialement pour les malades, ce qui montre la force de ce psaume, à partir de l'éclairage que nous venons de donner.

Verset 8: "un ange de Hachém est posté près de ceux qui Le craignent, et les fait échapper au danger" ('honé malakh Hachém saviv liréav vayé'hallétsém). Comme toujours, le sens apparents est exact mais nous pouvons aussi mieux le comprendre. Nos Sages (voyez le Chah au début de son commentaire sur Massékhète 'Houline, que Réchite 'Hokhma) reprennent la conception classique que lorsque nous accomplissons les mitsvotes prescrites par la Torah, c'est comme si nous créons un ange qui réalise la volonté de D.ieu et qui nous accompagne et nous protège. Il manifeste alors tout ce que nous avons dit plus haut. Quelle est en particulier cette mitsva qui a ce pouvoir, selon ce verset? C'est la mitsva de porter les téfillines qui rappellent à nous-mêmes et aux autres le souvenir de toute la Torah et de sa réalité puissante et vivante. Il est donc très important de nous mettre dans ce point précis, en portant les téfillines comme nous devons le faire chaque jour pour la prière et pour dire le Chémâ Yisrael, ce n'est pas une pratique, elle a aussi beaucoup de sens. C'est pour cela que Ribbi Eliêzer dit en Ména'hote 43b que porter les tsitsiotes, les téfilines et mettre la mézouza au seuil de sa maison ce sont les trois points dont il est dit en Qohéléte 4, 12: "le triple fil ne se brisera pas". Le Juif vit donc avec stabilité dans ce lieu avec Hachém et dans ce lieu qu'il organise par des mitsvotes concrètes.

Verset 19 : "Hachém est proche des coeurs brisés et il sauve ceux qui sont en dépression, qarov Hachém lenichbéré-lév vé éte-dikéé-roua'h yochiâ". Le psaume ose aller jusqu'à formuler cette assurance de l'aide de Hachém (quand nous savons nous placer comme il le faut avec Lui) pour le cas le plus douloureux, en plus de la souffrance physique de la maladie, dans le cas des souffrances du coeur et de l'esprit. Là sont les déchirures les plus souffrantes. Il peut être surprenant que l'on nous enseigne jusqu'en ces points-là. D'autant qu'en ces moments, c'est l'abandon et l'impuissance totale qui semblent être la réalité objective. Cette question est développée dans le psaume 102 ("Prière d'un pauvre malheureux téfila lé âni qui se sent défaillir ki-yaâttof et répand sa plainte yichpokh si'ho devant Hachém"). Il faut lire ce psaume déchirant qui est commenté le plus clairement dans le Zohar, III 193a. Voici ce qu'il en dit.

"L'expression "téfila" est utilisée par les psaumes en trois cas, la prière de Moché (psaume 90 à lire), les nombreux psaumes de David, et la prière du pauvre (ici, psaume 34). La prière de Moché ne se rencontre chez aucun autre humain, la prière de David n'atteint une telle qualité chez aucun autre roi. Mais la prière du pauvre qui défaille est plus importante que celle de Moché, de David ou que toute autre prière au monde.

Cela parce que ce pauvre a le coeur brisé, qu'il se plaint à Hachém et que Celui-ci l'écoute. Cette prière ouvre toutes les portes au Ciel, passe avant toutes les autres sortes de prières et les refoule et Le Saint des Saint dit de retarder toutes les autres prières pour laisser passer celle-là (sens du mot yaâttof) afin que nous soyons seul à seul pour nous en occuper. Elle est vraiment devant Hachém. Il est ému de celle-là comme d'aucune autre et il y répond immédiatement et tous les cieux sont surpris de cette priorité, car il s'agit d'un pauvre et d'un désemparé qui pleure.Il s'ensuit que celui qui prie doit le faire comme un tel pauvre, désemparé et qui pleure".

Ajoutons que nos textes disent que c'est l'état même de la Chékhina, cette présence de D.ieu dans le monde, face à l'ingratitude, à la vulgarité, à l'insensibilité, à la méchanceté des hommes.

C'est pour cela aussi que toute prière personnelle doit d'abord s'inclure dans la peine de la Chékhina et celle de tout Israël; par exemple, quand on prie pour un malade, on indique d'abord l'ensemble des malades d'Israël, puis on dit: "parmi lesquels j'inclus Un Tel fils de Une Telle". Lisez maintenant le psaume 102 et vous comprendrez la liaison du thème individuel et du thème des souffrance d'Israël (Sion).

Puisse cette étude aider beaucoup à trouver l'axe de la confiance, de la proximité avec Hachém, spécialement dans ces moments de désarroi, de souffrance, et surtout de souffrance affective.

Beaucoup me demandent: y a t'il une prière pour sortir du désarroi de ne pas trouver de conjoint ou conjointe? Depuis plusieurs années, nous avons placé dans le Lév Gompers et sur le site la prière du Chla sur ce thème.Elle va jusqu'à la demande de réussite totale pour les enfants, leurs futurs conjoints et toute leur descendance:
http://www.modia.org/priere/traductions/priere-chla.html

Lire aussi le psaume 128, et les deux premiers chapitres du Premier livre de Samuel sur le désespoir de 'Hanna et sa victoire. Et la prière qui nous maintient dans ce lieu saint et protégé, Âléinou léchabéa'h (lien ici).

Maintenant, il faut revenir souvent vers cette étude et améliorer progressivement la confiance, la prière, selon les modalités ici présentées.