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1. Qu'est-ce que le Qaddiche ?
Le qaddiche (pluriel, qaddichim) est une prière
juive écrite en araméen (non pas en hébreu)
et considérée comme l'une des plus élevées
et les plus importantes du judaïsme. Il y a quelques
petites différences dans le nombre de mots suivant les
communautés, mais l'essentiel est identique.
Elle se dit seulement avec un minimum de 10 adultes, c'est-à-dire
ayant plus de 13 ans (minyane) dans le même endroit
et jamais en solitaire, et uniquement dans quelques situations
avec des variantes:
- entre les sections principales des offices,
- pour le repos de l'âme d'un défunt et pour son
élévation,
- après une étude de Torah réalisée
en groupe.
Etant donné que le qaddiche revient souvent et qu'elle
est dans une langue peu pratiquée par l'ensemble, il faut
veiller à ne pas le vivre en routine mais il faut le dire
avec intention (cavana), en en comprenant les
mots et le sens de cette prière particulière,
et son rôle très important, et en respectant
les règles précises. C'est ce que nous allons
voir ensemble.
Puisque le qaddiche est rédigé en araméen,
reportez-vous d'abord ici pour comprendre le rôle de
l'araméen dans la vie juive et dans l'étude
et dans la prière. Il est différent de l'hébreu
et se conjugue avec lui, ce n'est pas seulement une bizarrerie
historique ni un reste. Il a une fonction dynamique précise
qui est expliquée sur ce lien dans lequel nous faisons
une initiation à l'araméen.
http://www.modia.org/tora/arameen/arameen.html
Nous ne comprendrons rien à cette prière si nous
faisons pas l'effort préalable de comprendre cette fonction.
Cela étant fait, continuons.
Les différents qaddichim
Ils ont tous une zone centrale identique, avec quelques variantes:
1. Le demi-qaddiche ('hetsi qaddiche ou qaddiche
lé êla), ou version courte qui est la base
des différentes sortes de qaddichim; il se dit en trois
occasions:
- par le meneur collectif de la prière ('hazane ou
chalia'h tsibbour) dans l'office du matin (cha'harite),
1) avant la dernière et plus importante partie, le Chéma
Yisraél (après Yichtaba'h), 2) après
la supplication dite ta'hanoune qui se place avant la lecture
de la Torah.
- également, par le dernier qui monte lire la Torah, avant
qu'on ne dise le psaume Achré et que l'on rentre
le rouleau de la Torah dans l'armoire (arone ha qodéche).
Certaines communautés le rajoutent une fois à la
fin de l'office après la dernière prière
de Alénou lé chabéa'h.
Le début du qaddiche dit :
Yitgadal véyitqaddache chémé rabba. (Amen)
"Qu'Il soit magnifié et sanctifié le grand
Nom (Amen)
béâlma di-véra khirouté véyamlikh
malkhouté
dans le monde qu'Il a créé selon Sa volonté,
que règne son royaume,
véyatsma'h pourqané viqrev méchi'hé.
(Amen)
et que germe Son salut et qu'Il fasse approche l'arrivée
de Son Machia'h (Amen)
bé'hayékhone ouyomékhone ouv'hayé
dékhol-béit Yisraël baâghala
de votre vivant et dans vos jours, et du vivant de toute la maison
d'Israël, très bientôt
ouvizmane qariv véimrou Amen. (Amen)
et dans un temps proche. Et dites Amen (Amen).
(toute la séquence de cette image se dit en une seule
respiration)
Yéhé chémé rabba mevarakh, léâlam
léâlmé âlmaya
Que Son grand Nom soit béni, à tout jamais,
yitbarakh, véyichtaba'h, véyitpaar, véyitromam,
véyitnassé, véyithaddar, véyitâllé,
véyithallal, chémé déqoudcha bérikh
hou. (Amen)
qu'Il soit béni, loué, embelli, magnifié,
élevé, grandi... louangé le Nom du Saint
béni soit-Il. (Amen)
léêla mine kol birkhata, chirata, tichbé'hata,
véné'hémata
au-dessus de toutes bénédictions, cantiques, louanges
et consolations,
daamirane béâlma véimérou amen.
(Amen)
que l'on dit dans le monde. Et dites Amen. (Amen)
2. Le qaddiche plus long de l'officiant (qaddiche Titqabbal),
se dit bien après la lecture de la Torah, après
la prière très sainte nommée qédoucha
dé sidra et qui commence par Ouva lé Tsione.
Dans ce qaddiche-ci, le 'hazane ou officiant ajoute ce
passage Titqabbal
titqabbal tsélotéhone ouvaoutéhone dékhol
beit Yisrael qadam avouhone
"qu'elles soient acceptées les prières et les
demandes de toute la maison d'Israël devant leur Père
dévichémaya véarâ véimérou
Amen. (Amen)
des Cieux et sur la terre et dites: amen".
3. Le qaddiche le plus long (qaddiche dé rabbanane),
se dit dans l'office du matin après la première
partie qui rappelle les sacrifices, avant les cantiques dits péssouqé
dézimra. On le laisse dire aux endeuillés, s'il
y en a, et ils doivent absolument veiller à le dire d'une
seule voix. Et il est dit aussi à la fin de l'office du
matin (cha'harite) avant la dernière prière
Âlénou léchabéa'h (nous devons
louer).On le laisse dire aux endeuillés s'il y en a. On
le dit aussi après une étude de la Torah
ché bé âl pé (la Torah orale,
voir ce lien), comme la michna ou le talmud, quand il y a au moins
dix adultes (minyane).
Ce qaddiche double presque la longueur du demi-qaddiche par une
partie qui ajoute :
Âl Yisrael vé âl rabbanane vé âl
talmidéhone vé âl kol talmidé
"Sur Israël, sur les rabbins et sur leurs étudiants,
et sur tous les étudiants
talmidéhone, déyatévine véâsséqine
béorayéta qadichta, di
de leurs étudiants qui s'assoient et sont occupés
à étudier la sainte Torah, que
véatra hadén védi vékhol atar
véatar, yéhé lana ouléhone
ce soit en cet endroit ou que ce soit en tout autre endroit, que
sur nous et sur eux
oulékhone chélama 'hinna, vé'hisda, vé'hayé
arikhé, oumézoné
et sur vous soit la paix, la grâce et la bonté, et
une longue vie, une nourriture
révi'hé, véra'hamé, mine qadam
élaha maré chémaya véarâ
abondante, et la miséricorde, venant de D.ieu le Maître
du Ciel et de la terre.
véimrou Amen.
Et dites : amen".
Et il ajoute alors une partie nommée Yéhé
chélama rabba, qui sera aussi typique d'un autre qaddiche
que nous allons présenter immédiatement, et qui
comprendra seulement la première partie ('hetsi qaddiche)
et cette partie Yéhé chélama rabba.
4. Le qaddiche intermédiaire (qaddiche Yéhé
chélama rabba), se dit à Cha'harite vers
la fin de la prière après le psaume du jour et avant
qavé (espère), et aussi quand on a fait une
étude de la Torah ou des psaumes en groupe d'au moins dix
adultes. Il comprend la première partie ('hétsi
qaddiche) et ce texte-ci:
Yéhé chélama rabba mine chémaya,
'hayim véssavâ, vichouâ
"Qu'une paix grande nous soit accordée depuis le Ciel,
la vie et l'abondance, et le salut
véné'hama, véchézava, ouréfoua,
oughéoula, ousséli'ha, vékhapara,
et la consolation, et la délivrance, et la guérison,
et la libération, et le pardon, et l'expiation,
véréva'h, véhatsala, lanou oulékhol
âmo Yisrael véimérou Amen. (Amen)
et l'abondance, et le salut, à nous et à tout le
peuple d'Israël, et dites Amen. (Amen)
5. Sauf le demi-qaddiche, tous les autres se terminent par
la formule :
Ôssé chalom bimromav, Hou véra'hamav yaâssé
chalom
"Celui qui fait la paix dans les régions d'En-haut,
Lui dans sa miséricorde, fera la paix
âlénou véâl kol âmo Yisrael
véimérou Amen. (Amen)
sur nous et sur tout le peuple d'Israël, et dites Amen. (Amen)."
Le qaddiche et les endeuillés
Résumons cette question à partir de ce que nous
venons de dire: dans les trois offices de la journée, en
public quand il y a au moins dix adultes, les endeuillés
directs disent le grand qaddiche de rabbane (âl
Yisraël) avant la dernière prière de Âlénou
lé chabéa'h; on appele ce qaddiche "qaddiche
yatom" (qaddiche de l'orphelin). L'orphelin le dit
pendant 12 mois après le décès (moins une
semaine, dans des communautés) et le jour de l'anniversaire
du décès ou yartseit. Si on l'a oublié,
on peut le faire à une autre date. Quand le défunt
n'a pas d'enfant capable de le dire, quelqu'un d'autre peut en
être chargé ou le faire volontairement.
Coutume supplémentaire: les endeuillés disent aussi
le qaddiche de rabbane (âl Yisraël) avant
Hodou, comme et le qaddiche Yéhé chéléma
rabba avant la fin de la prière, avant qavé
(espère).
Les coutumes sont très légèrement différentes
entre les communautés (se déplacer pour le dire
ensemble ou chacun depuis sa place, par exemple; et accents différents).
Le qaddiche que l'on dit après la fin de l'étude
d'un Traité du Talmud (c'est le même que l'on
dit près de la tombe après l'enterrement). Pourquoi?
Voir cette étude dans la
page du sioum, lien ici.
Les précisions de la halakha pratique
De quoi s'agit-il ? Un cours vous explique sur Modia ce qu'est
la halakha, comment elle s'est constituée sur la Torah
à partir de Moché Rabbénou jusqu'à
nous, comment passer de la Torah aux précisions pratiques,
qui en sont les méthodes qui ont des règles logiques
très précises, qui sont les auteurs et les livres."http://www.modia.org/lev-gompers/halakha/halakha.html"
Tout cela sur la page de ce lien. Il faut lire ce cours avant
de l'appliquer à notre question du qaddiche. En ce qui
concerne la halakha pratique du qaddiche, nous allons suivre maintenant
les écrits de plusieurs maîtres.
D'abord selon le 'Hida
(sa vie et son oeuvre sur ce lien, sur Modia).
- il faut s'empresser d'aller entendre un qaddiche et y répondre
quand on est à proximité.
- il faut toujours avoir dit des mots de Torah et des psaumes
et de la Torah orale avant que l'on ne dise le qaddiche. Ils sont
dans la prière des trois offices. On en reste aux occasions
fixées par les Sages et on ne multiplie pas les qaddichim.
- il faut connaître et comprendre le texte du qaddiche,
même d'après une traduction. (Aujourd'hui, tout le
monde est capable de lire et d'étudier et donc de comprendre
ce que l'on dit).
- il faut en suivre attentivement le sens pour dire "amen"
(accord, que cette volonté se réalise) en sachant
à quoi correspond cet accord que l'on signe.
- ne pas dire "amen" avant que le 'hazane
n'ait terminé de dire sa phrase, le dire alors avec affirmation
et force intérieure et extérieure mais en gardant
la mesure du ton qui ne doit jamais être plus haut que celui
du 'hazane, garder un ton beinoni, moyen. De même,
on ne prononce pas le qaddiche et on ne le fredonne pas pendant
que le 'hazane le dit, seul. Et on ne récite pas d'autres
versets pendant que le 'hazane dit ses mots car on doit être
entièrement présent à ce qu'il dit afin de
le sanctionner par un amen.
- si on a commencé le qaddiche et que l'un des membres
du minyane a dû sortir, on continue le qaddiche.
Un autre Juif peut relayer le manquant.
- quand on dit Yéhé chémé rabba,
il faut continuer à dire tout haut d'une seule respiration
jusque daamirane bé alma (nous expliquerons ultérieurement
pourquoi dans le chapitre qui développera le sens du qaddiche).
- on ne passe jamais devant quelqu'un qui dit le qaddiche.
- si on est dans la qéddoucha de la prière
dite âmida, et que l'on entend un qaddiche, on ne
s'interrompera pas pour y répondre.
- il n'y a pas d'obligation à dire le qaddiche debout
ou assis, et on suivra la coutume de la communauté (les
différences reposent sur des interprétations différentes
sur le Talmud de Jérusalem que nous ne pouvons pas expliquer
ici), mais quand le qaddiche est commencé on reste debout
si on l'a commencé debout, ou on reste assis si on l'a
commencé assis.
Voyons quelques précisions supplémentaires données
par le Rav Mordékhaï Eliahou (voir
son site ici), dans son siddour de prières:
- s'il y a seulement six personnes qui répondent et que
d'autres personnes sont autour dans le même lieu, occupées,
on peut dire le qaddiche.
- on penche la tête dans tout endroit du texte quand on
y répond amen et sur le premier mot "itgadal".
- il y a trois sens au mot "amen": j'en confirme
la vérité, que ce soit la volonté, ou les
deux sens en même temps, et cela varie suivant les bénédictions.
- bien attendre que le 'hazane ait terminé
de dire "vé imérou amén"
avant de dire soi-même "amen".
- dans "amen yéhé chémé rabba",
il faut veiller à faire une petite pause entre amen
et yéhé chémé rabba.
- on fait trois petits pas en reculant à la fin du qaddiche
seulement pour le qaddiche titqabbal. Car, en ce
qaddiche qui se dit après la répétion ('hazara)
de la prière des 18 bénédictions (âmida
ou chémona êsseré), ces trois pas correspondent
au recul que l'on fait normalement en fin de prière à
ôssé chalom. Il n'y a donc aucune raison de
le faire dans les autres qaddichim.
- quelqu'un qui n'essaie pas de vivre selon les mitsvotes de
façon coutumière, on l'accepte également
dans le minyane si son intention est sincère dans l'acte
qu'il fait présentement qui est comme un retour (téchouva).
Si c'est quelqu'un qui ne vit pas le chabbate, il peut dire le
qaddiche mais il ne complète pas le minyane et,
alors, le 'hazane doit dire tout le qaddiche pour compléter.
Et si cela se reproduit, le 'hazane le dit systématiquement
pour ne pas attirer l'attention sur la personne.
- Un onéne (endeuillé d'un des 7 plus proches:
parents, époux, frères et soeurs, enfant, dont le
défunt n'est pas encore enterré), ne peut pas être
compté dans le minyane. On ne compte pas non plus une personne
qui dormirait, ou quelqu'un qui serait ivre sous état de
boisson.
Voyons quelques précisions supplémentaires données
par le Rav Ernest Weill, pour les communautés
askénazes.
- le 9 av et dans la maison d'un endeuillé, on supprime
la passage titqabal car le deuil attire l'attention sur
les événements douloureux du passé et détourne
l'esprit des perspectives d'avenir. De même, les orphelins
pendant l'année de deuil.
- le qaddiche ne contient aucune allusion au deuil, à
la mort, à la vie future, à l'immortalité
; il n'est en aucne façon une prière pour les morts.
La seconde partie de ce cours sur le qaddiche portera sur
le sens du qaddiche, de façon générale, dans
ses différentes composantes, sa fonction dans la prière,
le motif pour lequel il est choisi aussi par les endeuillés,
etc. Si D.ieu veut, je pourrai le mettre prochainement.
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