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Le Lév Gompers
© Copyright 2001
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Professeur Yehoshua Ra'hamim Dufour
Livre scientifique on-line (162
pages A4)
Rappel du plan (suite du texte) I°
PARTIE
II° P A R T I E
III° P A R T I E
Suite de la
publication on-line. (2e page)
7. Les Maîtres de Cognasse Desjardins Né à Troyes, Cognasse Desjardins a rejoint la Faculté de Médecine de Montpellier Elle se caractérise par son libéralisme et son humanisme. Légalement fondée en l220 ou 1229, elle fut la plus brillante et la plus renommée en Europe, en particulier pour ses innovations scientifiques sur l'anatomie, la dissection, la chimie, la botanique mais dès la fin du siècle précédent, des grands maîtres y enseignaient comme Placentin, spécialiste du droit romain qui vint de "Bolone", ou Gilles de Corbeil qui vint de Salerne pour enseigner la médecine. Il faut souligner le rôle important des médecins juifs dans la région avant et pendant la fondation de l'Université de Montpellier et, sans doute, dans la fondation de sa tradition humaniste et de liberté intellectuelle. Citons une source incontestable: "vers ll4O, des Juifs chassés d'Andalousie par les Arabes, s'établirent dans le Languedoc et en Provence, y apportant leurs connaissances scientifiques et surtout médicales d'origine gréco-arabe. Certains d'entre eux acquirent une situation importante à Montpellier, ville en pleine expansion et qui s'enrichissait par le commerce. C'est aussi l'époque où les établissements hospitaliers se multipliaient dans la ville. Vers ll72, l'hôpital du Saint-Esprit était créé par Guy de Montpellier Science juive, richesse bourgeoise, charité hospitalière favorisent la naissance d'une université tournée principalement vers la médecine" . Ils apporteront également la connaissance d'Aristote De nombreuses études portent sur cette question qui semble aujourd'hui bien assurée, hormis une contestation isolée et brève, celle de Wickersheimer et une outrance, celle d'Astruc prétendant qu'un Juif, Jacob ben Makhir aurait été régent de la Faculté . Des noms bien connus de médecins juifs restent dans cette histoire comme Bonnet ben Meschoullan traducteur de traités médicaux en latin, Isaac ben Avraham, Shem Tov ben Isaac, Salomon ben Isaac Cependant, cette situation des Juifs n'est guère facile car les différents pouvoirs persévèrent dans une politique délibérée qui alterne entre leur utilisation pour les transactions d'argent, la confiscation de tous leurs biens et leur expulsion. Cela commence avec Philippe Auguste en 1182 et se poursuit par les ordonnances royales ou conciliaires de 1206, 1218, 1223, 1230, 1234, 1253, 1257, 1258, 1268, etc. En 1258, le Synode de Montpellier menace d'excommunier les chrétiens qui accepteraient des soins de la part des Juifs, ce qui indique bien leur situation en la matière et le synode de 1282 se montrera plus indulgent... en ne tolérant ces soins qu'en cas d'urgence ! Il faut également citer la Bulle pontificale qui intervient en leur faveur. Le libéralisme de ces Juifs de Montpellier et leur capacité de manifester leur combativité sont remarqués face à tout ce qui peut ressembler à une restriction du savoir. Quelques années après l'an 1300, un rabbin de Barcelone et Montpellier, Salomon ben Abraham ben Samuel, avait formulé une exclusion de la communauté ("Hérem") envers ceux qui soutenaient les positions de Maïmonide ou qui étudieraient les sciences et la philosophie avant l'âge de 25 ans il alla même jusqu'à solliciter de l'Inquisition qu'elle détruisît les œuvres de Maïmonide Abba Mari de Lunel, Todras de Beaucaire, Siméon ben Yossef, menèrent une dure campagne. La communauté juive de Montpellier s'émut, en particulier la famille Ibn Tibbon venue de Grenade, célèbre par son traducteur de l'œuvre de Maïmonide d'arabe en hébreu et par Moïse ben Samuel Ibn Tibbon qui a traduit de nombreux ouvrages de médecine, philosophie, mathématique et, surtout, Galien. Cette famille réagit en lançant une contre-exclusion envers "tous ceux qui proféreront des blasphèmes ("iatia'h") contre le Rav juste et sage Ben Maïmon, le Rambam". Beaucoup de juifs honorèrent Montpellier en choisissant un nom qui se référait à cette ville: "Arari ou Harari", qui vient de l'hébreu "ar", signifiant "mont". Par la qualité des juifs qui y habitaient, Montpellier mérita l'appelation hébraïque de "Ar ha baït", Temple de Jérusalem (Temim Déim) ou de "Ar ha qodesh", la montagne du Saint (S. ben Adret) . Soulignons que c'est à Montpellier que le Concile de 1162 déclencha, à cette époque, la lutte contre les Cathares qui, eux-mêmes étaient proches des Juifs dans leur conscience de minorité opprimée. En 1258, un autre Concile de Montpellier frappe d'anathème tout celui qui porte atteinte à des biens d'Eglise. Face à la sévérité de la répression religieuse, le Pape donna aussi périodiquement aux seigneurs des garanties contre les excommunications abusives (Innocent IV, le 12 mai 1245, par exemple). La constitution Romana ecclesia, de 1246, devra aller jusqu'à interdire l'excommunication des fautes... futures (si tale quid fecerit) ! Par contre, on pourra excommunier les nourrices chrétiennes des enfants... juifs . L'époque n'était vraiment pas à la tolérance à l'époque de la création de l'Ecole de Médecine de Montpellier Comment s'était produit le passage vers cette structure universitaire, à cette époque, et particulièrement à Montpellier ? Depuis longtemps, à Montpellier, qui le voulait pouvait étudier la médecine, ce que l'on appelait alors le "Studium generale". En janvier 1180 (v.s.), Guilheim VIII, seigneur de Montpellier, autorisait l'enseignement de la médecine dans sa ville. Cela manifestait une grande évolution par rapport aux études qui s'étaient déroulées à l'ombre des monastères comme une aide pour la participation à la vie liturgique ou religieuse, puis s'étaient organisées progressivement en deux branches, le trivium (grammaire, rhétorique et dialectique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique). Avec le XII° siècle c'est une véritable "Renaissance" qui se produit, soutenue par la qualité de la connaissance d'Aristote, en particulier. Cet apport réalisé par les Arabes et par les Juifs va ouvrir la porte à la philosophie, à la science et au courant immense de la scolastique. ( insérer ici les cartes de l'Ecole de Médecine de Montpellier à travers les siècles) Dans ce développement, Paris prend la tête des études de théologie, droit canon, droit romain tandis que Montpellier cherche à développer sa spécialité (les études de médecine). L'Eglise tente de canaliser ces évolutions et de protéger les études théologiques ; pour cela, en ll95, le Concile de Montpellier refuse aux chanoines et aux moines le droit d'enseigner les lois séculières, c'est-à-dire le droit romain, et la physique, c'est-à-dire la médecine. Mais l'Eglise veut également contrôler l'évolution des nouvelles disciplines naissantes et c'est un conflit aigü et long qui se déclenche entre elle et le corps des enseignants-enseignés de Paris. A cette époque, le mot "Université" ne veut encore désigner que, dirions-nous, "l'univers" de ces personnes, puis leur corps. Le Pape Alexandre III, ancien professeur de droit canon se sent habilité à définir les conditions d'exercice de ces nouvelles fonctions et il décrète trois principes qui resteront la base du système : la gratuité de l'enseignement, la gratuité de l'attribution de la licencia docendi (la "licence") et le privilège donné d'enseigner qui est conféré par la juridiction ecclésiastique. Derrière ce conflit d'enseignement se camoufle le conflit politique : il s'agit de prendre le pouvoir sur la noblesse et sur les dirigeants parisiens. Les "universitaires laïcs" défendent farouchement leur indépendance, sont excommuniés et, devant leur menace de quitter Paris, le Pape Honorius III tranche en leur faveur en 1222. C'est déjà lui qui, le 17 août 1220, avait mandaté le cardinal Conrad pour transmettre ses statuts à l'Université par lesquels les laïcs deviennent indépendants de l'évêque de Paris mais tombent sous la coupe du Pape. Le 13 avril l231, le Pape émet la Bulle Parens Scientiarum qui définit précisément ce qui est resté le modèle de toutes les universités jusqu'à nos jours, comme structure académique, juridique et sociale, et les 14 et 21 janvier 1240, il transmet des statuts complémentaires pour l'Ecole de Médecine de Montpellier . L'Université de Montpellier se caractérise alors par son originalité, dimension qui est notre interrogation dans cette recherche sur l'Essai de Cognasse Desjardins: l'indépendance d'esprit. Elle ne revendiqua pas de privilèges du Pape ou des Evêques pour la validation de ses diplômes et cependant leur valeur fut reconnue dans toute l'Europe dès le début . Quand le légat du Pape, en 1220, voulut promulguer à Montpellier les statuts de ce qui devenait "Universitas medicorum tam doctorum" il n'y eut pas de problèmes car il s'agissait seulement de préciser que le chef de cette université en serait le professeur le plus âgé, qu'il serait assisté d'un conseil de quatre professeurs et que les appels des décisions devraient se présenter devant l'évêque de Maguelone Par contre, des conflits violents éclatèrent chaque fois que l'Eglise essaya de décerner elle-même les diplômes. Quand le Pape Nicolas IV, en 1289, voulut donner le privilège d'étendre la validité des diplômes de Montpellier à toute la chrétienté et à tout l'univers, l'Ecole de Médecine de Montpellier ignora fièrement ce privilège et s'en tint à sa propre qualité qui se suffisait à elle-même. Devant ces conflits, en 1309, le Pape Clément V dut accorder aux maîtres le pouvoir de conférer eux-mêmes les licences et de désigner le Chancelier de l'Université. Les étudiants venaient de l'ensemble de l'Europe et cela dispensait l'Université de se soumettre à toute obédience. C'est ainsi que l'Université attendit jusqu'en 1421 pour avoir sa Faculté de Théologie. En cela, l'Ecole de Médecine de Montpellier se distingua de l'Université de Toulouse qui recourut toujours aux privilèges religieux. Cette tradition de liberté intellectuelle est importante pour comprendre l'orientation libre et humaniste de l'Ecole de Médecine de Montpellier La ville gardait également un caractère particulier, non conformiste, de par ses appartenances successives aux sénéchaussées diverses, à l'évêque de Maguelone, à l'Aragon dont le roi était seigneur de Montpellier, au Comté de Toulouse, de Mauguie, au vicomté de Béziers, Carcassonne, Narbonne, au Royaume de Majorque avant d'être achetée par Philippe le Bel en 1293 et intégrée à la France en 1349, cédée par Charles V au roi de Navarre, Charles le Mauvais, en 1373, etc. Tout cela contribuait à donner aux montpellierains une certaine distance par rapport aux événements. C'est à Montpellier que se réunirent les Conciles de 1215 et de 1222-1226 qui tentent de définir les statuts d'une paix publique qui arrêterait les guerres féodales. Par contre, chaque fois que le pouvoir ne se contente pas de gérer mais veut s'exercer en force, Montpellier se révolte. Déjà, en 1141, les habitants se dressent contre leur seigneur, Guilheim IV, et le chassent hors de la ville. L'Histoire se répétera de nombreuses fois, nous le verrons, et généralement le pouvoir l'emportera sur la population de Montpellier Pourtant, il ne pourra pas détruire ce mélange de distance intellectuelle et d'indépendance. Quand, à Paris, les religieux tentent d'interdire l'étude des Libri Naturales d'Aristote, au début du XVIII° siècle, le conflit est émaillé de grêves, de meurtres, d'exécutions, arrestations, excommunications, etc. ; pendant ce temps, Toulouse essaie d'exploiter la situation en attirant les étudiants qui voudraient étudier ces œuvres d'Aristote ; mais l'Ecole de Médecine de Montpellier n'a que faire de ces querelles, elle poursuit son rayonnement dans sa branche qui reste inégalée, la médecine. Le 8 mars 1372, sous le règne de
Charles V, l'article XIII d'un acte du Parlement n'hésite pas à
récupérer cette indépendance locale au profit du roi
et déclare:
Le 27 septembre 1467, Louis XI transfère le Parlement du Midi à Montpellier mais, dès le 29 décembre l468, se méfiant de l'environnement et des manœuvres des Bourbons, il le ramène à Toulouse où il restera jusqu'en l790. Les médecins de Montpellier durent avoir fort à faire en ces périodes marquées par la peste (une autre atteindra Montpellier en l629), la Guerre de Cent ans et la misère générale. Pourtant il semble que la ville surmonta beaucoup mieux que d'autres ces âges terribles, maintint sa prospérité jusqu'à ce que Marseille devint un grand port lors du rattachement de la Provence au Royaume de France en 1481" et supplanta le port de Lattes près de Montpellier. Une autre influence s'exerce alors, celle des Marranes d'Espagne qui affluèrent après 1492 jusqu'au XVI° siècle . Voici en quels termes ambigüs, l'Histoire du Languedoc en parle : "ils se marient d'abord entre eux, se soutiennent, se poussent dans le commerce, la pharmacie, la médecine. Ils deviennent protestants au bon moment, vers 1550-1560. Puis ils se reconvertissent au catholicisme au début du XVII° siècle, toujours au bon moment. Certains de leurs descendants, tels les Saporta, finiront, pieux catholiques, dans la noblesse du temps de la Contre Réforme" (p. 269). Si de nombreux médecins juifs avaient contribué à la gloire première de l'Ecole de Médecine, plus tard Antoine Saporta sera l'un de ses brillants professeurs, après avoir été un fidèle et gai comparse de Rabelais Le tempérament à Montpellier fut toujours fier et rebelle. Citons pour exemple, le belliqueux sieur Astruc, cité en ces termes: "Précis de la dispute entre M. Astruc, docteur en médecine, et M. Petit, maître barbier-chirurgien juré, sur les deux questions suivantes : 1. A qui, des médecins ou des chirurgiens, est dû l'honneur d'avoir d'abord découvert le mercure pour le traitement des maladies vénériennes "! De nombreux habitants s'engagèrent dans les luttes violentes entre huguenots ou papistes, de part et d'autre. Mais cela alternait avec des phases très pacifiques. Les intellectuels penchaient davantage vers le protestantisme du Livre tandis que le peuple illettré reste fidèle au catholicisme. Montpellier n'était pas de tout repos : "on voit même, en 1579, Damville assiéger Montpellier huguenot défendu par son propre frère, Thoré" . Quand la paix se fera, vers l600, il sera impossible de savoir qui est le vainqueur et qui est le vaincu. Finalement, la Contre-Réforme deviendra majoritaire comme dans l'ensemble de la France, après la bataille d'août l622 : Louis XIII attaque les Huguenots de Montpellier avec 14000 soldats. La bataille est sanglante et le roi l'emporte. Montpellier devra désormais supporter la présence d'une garnison et la tradition rebelle s'atténuera fortement. Les dragonnades de 1685 achèveront de transformer en catholiques tranquilles les impétueux habitants de Montpellier. Plusieurs fois, cependant, les "convertis" reviennent à leur foi, s'assemblent, se révoltent et de nouvelles dragonnades tombent sur eux. Les hôpitaux de Montpellier accueillent souvent les blessés qui survivent à ces traitements religieux particuliers. Pendant le XVIII° siècle, le niveau de vie montera considérablement, la mortalité s'effondrera, la démographie s'accroitra. Dans ce siècle qui précède l'Essai sur les Songes, la population de Montpellier passera de 2OOOO à 31OOO, soit une augmentation de 55 %. Montpellier change ; la ville devient une capitale et les étrangers affluent: ils représentent de 25 à 4O % de l'ensemble de la population et un registre déclare : "on ne trouve pas ici vingt familles qui aient deux cents ans d'antiquité dans la ville même". C'est la rançon de la gloire et de la propérité. L'espérance de vie d'un adulte à cette époque, en cette région, varie entre 50 et 60 ans, même si la mortalité infantile reste un fléau. Face aux épidémies qui continuent, les adultes meurent en nombre beaucoup moins important que dans les périodes précédentes car leur état général de santé est meilleur. Si l'on ajoute le climat agréable de la région, on comprend que, déjà, des anglais venaient refaire leur santé à Montpellier. Il faut ajouter à cela le renom de l'Ecole de Médecine, sa spécialisation dans la science des plantes et, maintenant, dans la chimie naissante. Chaptal et Bérard ont ouvert des usines qui fournissent de l'acide azotique, chlorhydrique, sulfurique, etc. En ce l8° siècle finissant, nous voyons quelle est la situation de l'Ecole de Médecine de Montpellier. Au milieu d'une population nombreuse et vivante qui incitera les politiciens à lancer dans la guerre ces jeunes troupes viriles, l'Ecole s'ouvre vers un avenir scientifique qui semble prometteur. Nous ne sommes pas très éloignés de la forme de vie qui sera celle de l'époque contemporaine. Les bases en sont établies sur de nombreux plans ; l'enseignement du français s'est répandu considérablement en cette fin de siècle, la religion perd ses outrances, la pratique diminue considérablement. Les sociétés intellectuelles et les loges maçonniques se multiplient de même que les diverses académies des sciences (1706), des arts (1779) et les concours scientifiques. Les Académies de Montpellier s'associent à celles de Paris. Montpellier devient une grande ville moderne, avec ses nouvelles fontaines, ses grandes allées de platanes, ses nouveaux quais, son Capitole . Dans ce contexte, l'Ecole de Médecine de Montpellier que connait Desjardins vient de briller par les enseignements de Bordeu (1722-1776) et de Barthez (1734-1806), par le rayonnement de l'Ecole des Vitalistes (Boissier de Sauvage, Bartez, Von Helmont), elle a formé aussi bien le futur inventeur de la chimie industrielle et grand capitaliste Chaptal, présent parmi ses collègues, que son ami d'études Pinel, ou Esquirol L'Ecole, qui comprenait alors l7 Professeurs, était dirigée par le Pr Gaspard-Jean René, titulaire de la Chaire de Médecine Légale. Les Professeurs P-J. Barthez et A. Broussonet siégeaient encore comme Professeurs émérites ; la nouvelle chaire de Chimie est tenue depuis vingt ans par J.A. Chaptal et J.G. Virenque, celle de Physiologie et Anatomie par C.L. Dumas et J.M.J. Vigarous , celle de Matière médicale et Botanique par A. Gouan et J.N. Berthes, celle de Pathologie par J.B.T. Baumes et P. Lafabrie , celle de Médecine opérante par A.L. Montabré, celle de Clinique interne par H. Fouquet et V. Broussonet, celle de Clinique externe par J. Poutingon et A. Méjan, celle des "Accouchemens, maladies des Femmes, éducation physique des enfans" par J. Seneaux Nous trouvons de nombreuses Notes historiques et Eloges de l'un de ces enseignants envers ses autres collègues , ce qui semble témoigner d'une certaine entente dans le corps universitaire. De même, nous voyons une succession interne au corps professoral local dans les charges : c'est ainsi que Henri Fouquet tient la 1° Chaire de clinique interne de 1794 à 1803 (c'est-à-dire pendant la période de soutenance de l'Essai) tant que que Jean-Louis-Victor Broussonet tient la seconde Chaire et obtiendra la 1° pour la période de 1803 à 1846. En ce qui concerne la clinique externe : Jean Poutingon tient la 1° Chaire de 1794 à 1811 tandis que André Méjan tient la seconde Chaire de 1803 à 1810. La Faculté est aussi ouverte aux recherches nouvelles, comme celles de Pinel ou celles des anglais chez qui Vigarous va observer les effets de l'opium (page 15 de l'Essai). A travers les textes de ces maîtres, nous découvrons que cette Ecole qui comporte de nombreux noms célèbres, semble particulièrement humaniste de par son attention au malade et ses exigences dans la formation des nouveaux praticiens. Barthez
Il apparait là qu'il est utile de connaître l'Histoire des idées et des sciences pour comprendre combien de nombreux débats sur les orientations de la médecine et de la psychothérapie étaient déjà posés clairement. Bien plus, l'usage du terme "analytique" dans ce contexte, que nous retrouvons dans d'autres écrits de l'époque, donne un sens historique renouvelé à la dénomination freudienne ultérieure, même si le mot lui-même s'enrichit alors de connotations supplémentaires. Le caractère scientifique et novateur est souvent dénommé "analytique" dans les écrits du 19° siècle. Barthez défend l'autonomie de la médecine par rapport aux éclairages que les autres sciences peuvent lui apporter. Il défend la "Médecine-Pratique", basée sur l'observation des faits, sans limiter les observations à une catégorie restreinte d'êtres humains et il cherche à prendre en considération toutes les dimensions de la nature. Enfin, il dénonce les effets nocifs
d'une religion qui "tous les jours transporte l'homme dans un autre Monde,
entièrement différent de celui où toutes ses affections
concentrées le retiennent dans un trouble perpétuel". Le
problème est posé mais les dimensions conceptuelles pour
l'analyser ne sont pas encore élaborées. Il plaide ensuite
pour une religion qui réveille les puissances naturelles :
Certes, nous découvrons là
ce qui éclaire le courant du culte de l'Etre Suprême et des
festivités qui l'ont accompagné à cette époque
; nous pressentons aussi des thèmes romantiques ; nous découvrons
enfin l'intuition que le travail sur le merveilleux peut avoir un rôle
thérapeutique puissant ; cette approche qui sera ultérieurement
élaborée en méthode thérapeutique, dans un
contexte conceptuel différent.
Fouquet Un autre éclairage permet d'approfondir
ces questions. Dans la Séance publique du 17 brumaire, An XI, "le
Citoyen Lafabrie, professeur-secrétaire, rend compte des travaux
de l'Ecole pendant dix ans" et "le Citoyen Fouquet, professeur, président
a lu un Discours sur la Clinique" . L'intérêt de ce texte,
c'est qu'il rassemble donc les conceptions qui ont formé Desjardins
quelques années plus tôt.
On aboutit ici à l'élaboration pédagogique du potentiel qui avait été posé comme base de la vie universitaire en 1215 par le cardinal-légat, Robert de Courçon, quand il imposa que tout étudiant doive avoir un maître qui lui soit attaché et que tout enseignant ait la charge de certains étudiants précis. Fouquet insiste sur la nécessité de connaître l'Histoire de la médecine pour plusieurs motifs : connaître, exciter l'émulation, découvrir la succession qui marque les progrès dans l'art de guérir, prévenir contre les erreurs, même celles des plus grands car la "célébrité des noms ne doit pas être un titre pour que la vérité fléchisse devant elle". Une autre donnée que nous pourrions nommer "révolutionnaire" si le mot ne prêtait à confusion, était de soumettre la formation en pathologie à la connaissance de l'homme sain. La médecine est conçue comme une science de la santé avant d'être une science de la maladie et de l'art de guérir. Que d'enseignements nous pourrions tirer aujourd'hui de cette pédagogie pour la constitution des programmes d'enseignement et de formation des médecins et psychologues divers. La conception est très affirmée puisqu'elle va jusqu'à considérer les maladies comme "des aberrations plus ou moins considérables... de santé". Fouquet demande également que les étudiants ne se contentent pas des livres, comme on le fait ordinairement, et il formule cette belle maxime: "l'homme ne peut être mieux étudié que dans l'homme". Il développe alors ce qui semble être la caractéristique de cette Ecole de Médecine de Montpellier : une grande formation à la médecine "écologique et naturelle": c'est l'attention aux conditions atmosphériques, géographiques de lieu, d'air, d'eau, de climat, de direction des vents ou des températures là où habite le malade, l'attention aux habitudes de vie, aux aliments, etc. Si nous considérons que nous trouvons là la répétition des principes du programme d'études élaboré par Fouquet en l'An III et décrété par la Convention Nationale, programme qui était lui-même le fruit d'une expérience et d'une élaboration théorique, nous avons la certitude de nous trouver devant un dispositif pédagogique assuré, déterminé et persévérant. Cognasse Desjardins a donc été formé à cette école, d'autant qu'il était un des élèves distingués à qui on accordait le titre et les fonctions de Chef de clinique. Examinons donc le cadre du programme de l'An III sur le point dont nous traitons. Le chapître premier commence par
l'affirmation de ce principe:
- "Article premier. Les deux Professeurs alterneront, tous les trois mois, dans l'enseignement de la Clinique, et de manière que le commencement ou la fin de chaque trimestre ou du trimestre suivant, coïncide avec les premiers jours d'un solstice ou d'un équinoxe. Ces époques, remarquables par des changemens plus ou moins considérables dans l'atmosphère, se lient naturellement à la belle instruction dont le Professeur est chargé, et doivent fournir des résultats qui s'appliquent, comme d'eux mêmes, aux rapports des maladies avec les tems". Ces principes ne sont pas seulement des
cadres, mais une organisation pédagogique est prévue pour
que les enseignants les appliquent dans un enseignement très concret
(orientation des cours, techniques):
La revendication actuelle pour l'écologie et pour les médecines douces ou naturelles, semble une bien timide mesure devant la détermination de la Faculté d'inculquer systématiquement ces conceptions à ses étudiants. La notion de progrès est nettement remise en question devant cette perte progressive de l'influence des processus de la nature sur le patient. Quant à la qualité humaine
de la pédagogie de Fouquet, rien ne peut mieux la démontrer
que le Chapître IV de son Organisation:
Baumes avait également publié une "Méthode de guérir les maladies suivant qu'elles apparaissent dans le cours de l'année médicinale..." . Dans La Médecine clinique, Pinel insiste lui aussi scrupuleusement sur ces dimensions de la santé et de la maladie : il s'interroge sur l'influence de la position et de l'orientation de l'Hôpital de la Salpétrière pour la santé de ses hôtes, il recense chaque jour la direction des vents, la quantité de pluie ou de brouillard . Il recherche même quelles furent ces conditions atmosphériques lors de l'éclosion des maladies de ses patients. De même, nous voyons les professeurs de l'Ecole de Médecine de Montpellier examiner attentivement ces faits lors d'une expertise à laquelle ils furent conviés après qu'une grave épidémie ait frappé un village du Vaucluse . Les motifs en sont toujours les mêmes :
Les auteurs ont discuté alors pour savoir si ce principe actif est ou non distinct du matériel (et nous verrons, bien plus tard, le prolongement de cette problématique dans les conceptions différentes sur le ça entre Freud et Groddeck dans la question de savoir s'il y a ou non une autonomisation des instances). De tout cela, il s'ensuit que la métaphysique ne peut être étrangère à la médecine mais "qu'elle appartient en grande partie à la médecine". Fouquet va plus loin encore en affirmant que "la médecine, seule peut agrandir et perfectionner la métaphysique". Dans cette conception synthétique, il affirme que "personne, en effet, ne saurait suivre avec plus de fruit que le Médecin, cette branche de la science appliquée à l'homme physique et moral" et il ajoute... "mais encore dans la curation des maladies mentales ou des aliénations, sur lesquelles nous devons à Pinel des idées aussi lumineuses que philosophiques". Pour situer cette influence de Pinel, n'oublions pas que ce discours de Fouquet sera prononcé en l803, deux ans après l'Essai, mais il est cependant très éclairant pour comprendre cette période générale de l'Essai. La médecine qui en découle est une médecine uniquement basée sur les faits observés, ce qui lui évite la routine et l'habitude et lui permet d'être une pour l'ensemble des praticiens. Une autre caractéristique importante de cette conception thérapeutique est le rôle de "l'expectation", selon Hippocrate : être toujours attentif à ce principe selon lequel "la nature paraît avoir une marche dans la maladie qui tend au but ou à la guérison... d'où l'on juge aisément combien cette constitution doit être altérée, troublée dans sa marche naturelle, par une Médecine active turbulente, dans laquelle, au lieu de laisser mener la maladie par la nature, on s'obstine, au contraire à vouloir toujours mener la nature et la maladie". Quelle sagesse dont il serait bon qu'aujourd'hui les débutants en apprennent l'art tant dans la médecine qu'en psychothérapie ou en psychanalyse. Pinel a également développé cette approche avec précision et il veut "fixer les domaines respectifs de la médecine expectante et de la médecine agissante" . Il démontre la même prudence quand il considère "les maladies des femmes qu'on a toujours regardées avec raison comme les plus difficiles et les plus compliquées" . Pinel utilise alors des raccourcis linguistiques étonnants quand il exprime son désir de parvenir à clarifier prudemment l'origine des maladies : "il faudroit embrasser toutes les maladies des femmes sur lesquelles il y a beaucoup à désirer" ! Dans ces incertitudes prudentes, nous sommes loin de l'assurance si péremptoire exprimée plus d’un siècle plus tard par un autre scientifique, Freud, quand il parlera de de la vie psychologique de la femme : - dans “Quelques conséquences psychologiques
de la différence anatomique entre les sexes” (1925), il écrit :
- dans “L'analyse terminée et l'analyse
interminable” (1937), il s’obstine :
- dans les “Trois Essais sur la théorie
de la sexualité” (1905), un des textes que Freud a le plus retravaillé
au fil des éditions successives :
Sans rien réduire de la créativité de Freud, nous pouvons juger par là les obstacles subjectifs que rencontre toute découverte. Fouquet insiste ensuite sur "l'art de bien interroger un malade... sur lesquels j'ai toujours exigé des Elèves qu'ils s'exerçassent sous mes yeux". Il n'en reste pas aux grands signes mais il forme à la compréhension "des différents objets de la séméïotique, entr'autres les signes de la face, ceux de la respiration et du pouls qui éclairent en même tems sur l'état des forces". Cette conception de la médecine
qui peut nous sembler particulièrement audacieuse dans son humanisme
et dans son écologisme n'était pas une exception. A Paris,
Antoine Le Camus avait enseigné en ce sens et publié deux
ouvrages qui abordaient l'ensemble de ces thèmes : lien corps-esprit,
santé prise comme l'état de nature, rectification pour rejoindre
l'état de santé. Le titre de son premier ouvrage est explicite
sinon bref :
Le titre du second ouvrage aborde les mêmes
thèmes qui sont bien délimités mais il introduit un
nouveau concept, la liberté :
D'autres publications manifestent que les conceptions d'une médecine psychosociologique ou d'une psychiatrie sociale, dirions-nous aujourd'hui, étaient comprises. Paraît un ouvrage intitulé: "Mémoire dans lequel on cherche à déterminer quelle influence les mœurs des Français ont sur leur santé, qui a remporté le prix, au jugement de l'Académie d'Amiens, en l'année l771" . Un autre ouvrage s'intitule "Tableau historique des évènements présents, relatif à leur influence sur la santé, aux maux qui en sont ou qui peuvent en être la suite, et aux moyens propres à les combattre" . Enfin, nous trouvons aussi ce thème : "De l'influence de la liberté sur la santé, la morale et le bonheur" . Ce contexte historique et scientifique
étant maintenant bien connu, nous pouvons entrer dans l'Essai de
Cognasse Desjardins.
8. Les débats ouverts par Cognasse Desjardins Le concept en psychologie et l'anasémie. Exemples La position de l'auteur et de son Ecole semble, avec insistance, ne pas vouloir opter unilatéralement pour un camp scientifique de façon aveugle. Il dit connaître le tribut payé par Newton lui-même aux interprétations puériles et superstitieuses de son siècle dans son Commentaire de l'Apocalypse, ce qui cependant n'invalide pas les apports positifs de son œuvre. Dans l'Essai, cette même précaution
épistémologique et méthodologique est longuement répétée,
jusque dans le choix du titre "Essai sur les songes". L'auteur explique
ses hésitations et sa décision de garder ces termes même
si les gens du monde peuvent, à tort, confondre son travail avec
un traité d'oniromancie. Ce qui pourrait sembler une simple coquetterie
d'auteur fait apparaître un problème très important
dont je vais développer trois exemples pour montrer l’enjeu épistémologique
qu’il recouvre : l’anasémie.
Premier exemple d'anasémie : Die Traumdeutung Un siècle après Cognasse Desjardins, Freud lui aussi rencontrera les mêmes problèmes dans le choix du titre de son œuvre princeps : "Die Traumdeutung" (l9OO). Tramdeutung est bien le mot employé dans la littérature populaire et folklorique germanique pour ces opuscules de “clefs des songes” et la tentative de camouflage de ce terme dans la traduction française de Meyerson par l'expression de "Science" des Rêves était une erreur qui sera réparée dans la traduction suivante . Dans l'Introduction au Vocabulaire de Psychanalyse, D. Lagache (1967) explique le bien-fondé de cette démarche qui consiste à choisir des termes communs comme concepts de la science psychique, tout en reconnaissant que "l'aversion contre la psychanalyse s'exprime parfois en sarcasmes visant son langage. Certes, les psychanalystes ne souhaitent pas l'emploi abusif ou intempestif de mots techniques masquant la confusion de la pensée" . Le problème n'est pas seulement celui de la banalité du terme mais, simultanément, celui de sa "généalogie" : en quoi, garder un terme déjà typé par son usage collectif ou par l'usage d'un penseur précédent, ne va-t'il pas en altérer l'originalité. Comment en souligner la singularité quand on en marque la filiation. Ainsi, je pense que Freud reprenait, par le mot "Traumdeutung", un terme utilisé par Theodor Gomperz dans le titre de son ouvrage "Traumdeutung und Zauberai", édité à Vienne en l866, et qu'il cite dans la bibliographie très abondante de la première édition de l'Interprétation des rêves en 1900. Comment comprendre ce lien ? Ce mot de Traumdeutung est particulièrement important car il est lié, par l'intermédiaire de Theodor Gomperz à la nomination de Freud comme Professeur qu'il annonce à Fliess dans la lettre du 8 mars l902 , suivie d'une lettre du 11 mars dans laquelle il parle de l'aide apportée pour cette nomination par la femme de Theodor Gomperz Ensuite Freud n'eut plus de correspondance avec Fliess et lui a envoyé simplement une carte postale illustrée le 10 septembre l902 du Temple de Neptune à Pæstum, accompagnée de ces quelques mots : "Amitiés du point culminant de mon voyage, ton Sigm. ". C'est la fin d'une correspondance de 284 lettres ! Nous sommes donc dans un curieux mélange de faits importants qui, à ma connaissance, n'ont pas été analysés dans leur rapport réciproque : la liaison "homosexuelle" de Freud à Fliess et son extinction quand il réussit à obtenir sa nomination par l'intermédiaire d'une femme. Eclairons ce dossier de la Traumdeutung, problème qui est simultanément celui de l'épistémologie, celui de la propriété de l'inventeur et celui du renouvellement d'un concept à l'intérieur d'une dénomination admise. Que dit donc Freud de la femme de l'auteur de cette "Traumdeutung" ? Son cher vieux maître Exner a conseillé à Freud de faire agir quelqu'un en sa faveur pour obtenir sa nomination comme Professeur. "Je lui appris que je pouvais en parler
à ma vieille amie et ancienne cliente, la femme du conseiller aulique
Gomperz, ce qui parut l'impressionner. Frau Elise se montra très
aimable et prit la chose fort à cœur. Elle alla voir le ministre
et put contempler son air stupéfait: "Quatre ans ! et qui est-ce
?" Le vieux renard fit semblant de ne pas me connaître. Il fallait,
en tout cas, faire une nouvelle demande. J'écrivis alors à
Nothnagel et à Krafft-Ebing (qui était sur le point de prendre
sa retraite) et les priai de renouveler leur proposition. Tous deux se
montrèrent charmants et Nothnagel m'écrivit quelques jours
plus tard: "Nous avons fait parvenir la proposition". Mais le ministre
évita Gomperz avec obstination et la chose parut encore une fois
ratée. C'est alors qu'une autre puissance entra en jeu. Une de mes
patientes...".
Elise Gomperz est la femme du professeur de philologie classique et de pensée grecque à l'Université de Vienne, Theodor Gompertz (29 mars1832-30 août 1912). Son mari est un grand personnage, Conseiller à la Cour, ce qui n'est pas une mince qualité dans cette Vienne antisémite. Son ouvrage le plus célèbre est "Le penseur grec" dont la première édition sort dans les années qui précède le livre de Freud . Elle a participé étroitement à l'œuvre de son mari, a traduit la Philosophie de Comte de l'anglais vers l'allemand, livre qui sera inséré dans l'édition allemande de la Logique de John Stuart Mill que publie son mari de l869 à l880 à Leipzig. Freud avait connu les Gomperz quand, en l880, agé de 24 ans et encore étudiant, il avait été recommandé à eux par Franz Brentano dont il avait suivi les cours de l874 à 1876 et il a réalisé pour eux la traduction du douxième livre de Mill . Il est à noter qu'ils eurent un fils, Heinrich Gomperz, de 17 ans plus jeune que Freud et qui fut professeur de philosophie comme son père ; entre 1922 et 1925, il a réédité l' ouvrage du père qui sera traduit en plusieurs langues. Si Freud donna un grande importance à "l'histoire inconsciente" du sujet, Heinrich Gomperz fut un philosophe reconnu et original, disciple de Von Avenarius, Kant et Hegel, qui créa une théorie du "monisme événementiel" dans laquelle le monde doit être considéré d'abord comme une suite d'évements . Il écrivit aussi une ébauche de la philosophie de la guerre, en 1915, quand Freud lui-même écrivit ses Considérations et articles sur cette question. Ce contexte nous montre que Freud, dans son milieu, était donc nourri d'une réflexion sensible au rapport de la pensée et de l'inconscient, dans un cadre historique évolutif. On ne peut mieux condenser ce recours à la stimulation externe qu'en ces phrases écrites en français par Th. Gomperz lui-même dans son Introduction : "je fais tout ce que je peux continuellement pour élargir ma cervelle, et je travaille dans la sincérité de mon cœur ; le reste ne dépend pas de moi" . C'est dans ce cadre de filiation, de référence, de déférence et de renouvellement qu'il utilise le mot de "Traumdeutung" comme instrument épistémologique. Ce contexte nous permet de comprendre pourquoi
Freud cite longuement Gomperz au début du Chapitre II de la Traumdeutung
à propos de l'interprétation des songes par association
chez Artémidore de Daldis , démontrée par Gomperz
Le 12 novembre l913, Freud écrit à Elise Gomperz : "le petit
calepin contenant l'écriture même de votre inoubliable époux
me fait souvenir de ce temps maintenant si loin derrière nous quand,
jeune et timide, j'eus le privilège pour la première fois
d'échanger quelques mots avec un des grands hommes du royaume de
la pensée. C'est peu après que j'entendis de sa bouche les
premières remarques sur le rôle joué par les rêves
dans la vie psychique des hommes primitifs, cette chose qui depuis lors
m'a préoccupé si intensement". Nous avons là l'authentification
du lien de Freud à Gompertz à travers le mot Traumdeutung.
Qu'il ne l'ait pas souligné davantage alors qu'il y ajoutait son
apport personnel est bien son attitude originale. Accordons lui qu'il ne
voulait pas altérer l'apport original qu'il souhaitait faire.
Deuxième exemple d'anasémie: le “fantôme” Il fallut attendre Nicolas Abraham et Maria Torok pour comprendre toute la profondeur et la richesse de cette démarche qui consiste à préciser avec rigueur les faits intrapsychiques sans recourir à un vocabulaire spécifique, contrairement à ce qui se passe dans les autres sciences. Que l'on pense aux termes de fantasme, objet, désir, travail du rêve, écran, scène primitive, amour, compensation, compromis, défense, fusion, narcissisme, négation, régression, renversement, répétition, résistance, etc. Cette méthode épistémologique qui est propre à la psychanalyse portera le nom d'anasémie, quand N. Abraham parviendra à la définir : "ces termes qui tentent l'impossible : saisir par le langage la source même dont le langage émane et qui le permet -pour autant qu'ils ne signifient rien d'autre que cette remontée même à la source de la significance". J. Derrida insistera sur le nouveau type de scientificité que cette démarche représente , "aussi fantaisiste que le conte de fée mais aussi rigoureux que les mathématiques. Le mot, le vieux mot, est gardé mais il est soumis à une conversion singulière qui est une remontée à la source pré-originaire du sens et non pas seulement à une explicitation continue, à un développement ininterrompu d'une virtualité du sens, une régression vers le sens originaire, selon le style phénoménologique. Contrairement à l'acception courante qui voudrait que la psychanalyse soit d'abord la discipline de l'interprétation du sens, elle serait d'abord une démarche de dé-signification du sens habituel, à partir de ce sens admis. Elle irait retrouver, à partir de là, l'intervalle originel du langage et de la pensée qui se situe entre le je et le me, sujet et objet de la réflexivité . C'est donc d'abord, une anti-sémantique à l'intérieur du langage réflexif. Cette structure anasémique, propre à la psychanalyse, n'existe dans aucun mode connu de langage et serait à base de la plupart des contresens sur les concepts psychanalytiques : ne pas percevoir cette démarche anasémique et comprendre le concept psychanalytique au niveau de sa définition comme référant à une présence claire dans le langage, celle que peut saisir directement le conscient, entraine une confusion entre les plans subjectif (introspectif) ou objectif (par exemple neurologique) d'une part et le plan anasémique d'autre part. N. Abraham et M. Torok ont illustré avec fruit cette dynamique dans des concepts comme ceux de "incorporation, fantôme", etc. qui sont d'un apport incontestable dans la compréhension et dans le traitement de nombreux troubles dépressifs ou psychotiques. Les concepts, définis dans le niveau de contact avec l'émergence infra-linguistique du sens, trouvent alors de nouvelles dimensions. Férenczi, dans Introjection et Transfert (1909) y voyait un "mécanisme permettant d'étendre au monde extérieur les intérêts primitivement auto-érotiques, en incluant les objets du monde extérieur dans le Moi". Au contraire du paranoïaque qui expulse de son moi les tendances personnelles qui lui déplaisent, le névrosé cherche la solution à ses problèmes en faisant entrer dans osn moi la plus grande partie possible du monde extérieur et en en faisant l'objet de fantasmes inconscients. Freud coordonne les deux mouvements que Férenczi avait opposé en contradiction : le moi se constitue par un mouvement simultané de projection de ce qui est source du déplaisir et d'introjection de ce qui est source du plaisir. M. Torok discerne dans l'introjection deux mouvements qui vont à contre-courant l'un de l'autre. Il faut maintenir le terme d'introjection pour ce que décrit Férenczi par contre "l'analyste, à l'encontre du profane, entend le fantasme d'incorporation, non comme une demande à satisfaire, une faim à combler mais comme le langage déguisé des désirs non encore nés comme désirs, non encore introjectés" . C'est au niveau d'une telle dynamique de pré-élaboration qu'apparait le concept de "fantôme": c'est "une formation de l'inconscient qui a pour particularité de n'avoir jamais été consciente et de résulter du passage de l'inconscient d'un parent à l'inconscient d'un enfant. Le fantôme a manifestement une fonction différente de celle du refoulé dynamique. Son retour périodique, compulsif et échappant jusqu'à la formation des symptômes (au sens du retour du refoulé) fonctionne comme un ventriloque, comme un étranger par rapport à la topique propre au sujet" . Cette approche anasémique est possible
quand le scientifique est également un poète, comme le fut
N. Abraham qui a traduit le Livre du Jonas (1938) du grand poète
hongrois Mihaly Babits C'est aussi que cette approche est née à
l'intérieur du courant hongrois, simultanément ouvert à
la logique et au rêve : que l'on songe à Imre Hermann
dont N. Abraham a préfacé l'Instinct filial , Géza
Roheim, Michael et Alice Balint
Troisième exemple d'anasémie: "l'éveil du rêve" Donnons un autre exemple de cette démarche anasémique dans la recherche des concepts. Dans le champ ouvert par les débats de cet Essai (le lien entre les processus intrapsychiques et leur manifestation), j’ai adopté également cette même démarche de formulation anasémique tirée du vocabulaire commun dans le concept de "éveil du rêve" (Dufour, l972 , l975 , l978 ) pour désigner des processus techniques très précis qui sont mobilisés et utilisés à partir du corps dans la psychothérapie : l) Cet éveil du rêve est d'abord un processus intrapsychique de base : "l'appel à l'attention de la part du rêve de base qui ne parvient à se faire entendre que par les échecs répétés de l'existence, par les contradictions irrésolues, par les souffrances affectives refoulées et déviées vers le corps qui porte chaque malaise comme une cicatrice témoin et comme un appel. Il n'avait pas le droit à la parole et encore moins le droit d'accès à la conscience et ce travail de déviation, de répression et de refoulement mené nuit et jour créait une dépense considérable d'énergie qui épuisait les ressources psychiques et physiques. Restait comme seule issue la tâche laborieuse d'essayer d'aimer et de faire aimer ce moi compliqué, masochiste, souvent aussi tyrannique envers autrui qu'envers soi-même. Et un jour, le comble de la souffrance fait craquer ce masochisme aveugle : la personne abdique alors et accepte de connaître ce rêve intérieur. L'éveil du rêve commence" . 2) Cet éveil du rêve est ensuite et également une organisation méthodologique qui en découle dans la cure afin que "s'éveille le rêve endormi pour qu'il soit vu" . C'est la question de la "relation d'investissement du rêve" que j'ai définie comme "la coprésence qui établit entre les deux personnes et autour d'elles une aire dans laquelle le sujet pourra progressivement expériencier les intrications du réel et de l'imaginaire, se les faire propres (les investir), les différencier et les assumer dans une fluidité de circulation entre les niveaux et dans une autonomie sécurisée par rapport aux pressions des investissements d'autrui qui est représenté par l'analyste" . La richesse de cette démarche anasémique avec ses hésitations n'est pas seulement de capter l'émergence mais de capter l'émergence du nouveau à l'intérieur du déjà-connu et aussi de travailler dans l'inextricable et dans le contradictoire, c'est ce qui en fait la fécondité instrumentale. C'est ainsi que cette démarche anasémique rebondira quand ce même concept d'éveil du rêve sera repris également en titre de l'ouvrage de J. Nadal (l985) qui éclaire si précisément ces "processus de la pensée onirique et du rêve en séance" d'une manière analytique nouvelle, complexe et synthétique. Ce livre de J. Nadal me semble constituer une seconde marche par son lien avec le caractère fondateur de Die Traumdeutung de Freud et il réussit à prolonger les avancées de nombreux travaux actuels sur le lien rêve/corps/séance. Sur ce point, J. Nadal , tout en reliant ces processus de pensée onirique et de rêve en séance à ce concept d'éveil du rêve, n'en indique pourtant pas ma définition antérieure qu'il connaissait bien et qui le situait précisément dans le sens même qu'il développera épisodiquement lui-même ; il relie directement le concept à un texte de Freud où il est dit que, à certains moments, ce n'est plus l'inconscient qui élabore le rêve mais, devant les exigences trop fortes du ça, le moi n'est plus en mesure de se défendre, renonce au désir de dormir et revient à l'état de "veille" à l'instar du "veilleur" de nuit qui, parfois, au lieu de protéger le sommeil doit donner l'alarme et "réveiller" les villageois endormis. Il est clair que, dans la référence à ce passage précis de Freud, J. Nadal frôle le contresens linguistique par rapport à "sa propre intention" car les mots "veille", "veilleur" et "réveil" indiquent chez Freud l'arrêt du processus inconscient par le moi et non pas "l'ex-pression" du travail interne de la pensée onirique. Si je regrette -sans la dramatiser- l'oubli de la référence à ma recherche personnelle exprimée en diverses publications, je comprends aussi qu'un auteur proche puisse découvrir ou redécouvrir des ressources nouvelles dans ce même concept. On saisit par ces trois exemples combien la richesse de la démarche anasémique semblerait faire courir un risque pour la précision des instruments de pensée. Or il n'en est rien car le thérapeute et l'analyste, toujours placés à l'intérieur les névroses de transfert choisissent très précisément de travailler dans cette zone de l'ambivalence et de l'oscillation parce qu'elle leur permet de réaliser un travail constant de réévaluation avec le patient. Le flottement épistémologique du concept anasémique n'est donc pas une erreur des chercheurs mais une caractéristique très fructueuse, adaptée au champ scientifique spécifique de la psychothérapie, dans la mesure où le chercheur reste constamment prêt à remettre en question sa perception de la dynamique présente et les outils conceptuels qu'il utilise pour cela. Cette question étant bien éclaircie, nous comprenons que c'est ce genre de risque que Cognasse Desjardins acceptait de courir sans pouvoir bénéficier des instruments d'analyse adéquats qui sont aujourd'hui à la disposition des chercheurs. En ce sens donc, l'Essai de Cognasse Desjardins est un pas vers l'épistémologie psychologique autonome qui est devenue une science spécifique et elle était adaptée à la délimitation scientifique de son champ ; Cognasse Desjardins ouvrait également la voie à ce qui deviendra le concept d'élaboration analytique par la précaution méthodologique qu'il pose. Cependant, il ne pouvait pas encore aller
jusqu'au bout de la démarche et il se replie finalement vers des
justifications plus simples en indiquant qu'il utilise ce titre car il
sait qu'il s'adresse à des experts qui connaissent bien l'influence
du physique sur l'entendement. Mais cette hésitation épistémologique
sur le titre, et le choix de le maintenir cependant, ouvrent bien une voie
qui s'avérera fructueuse plus tard. C'est par cette hésitation
épistémologique que la psychologie et la psychanalyse parviendront
à éclairer ces processus de lien entre l'inconscient et le
je, simultanément sujet et objet de l'élaboration intrapsychique.
Cognasse Desjardins ne donne pas, dans
sa thèse, l'ensemble des sources bibliographiques concernant les
songes, comme il serait d'usage aujourd'hu Cela pour deux motifs, me semble-t'il :
Devant la multiplicité des ouvrages contemporains de Cognasse Desjardins qui portent le mot "songes" dans leur titre même, je souhaite en présenter un certain nombre au lecteur pour qu'il puisse apprécier dans toute sa mesure, combien ce terme faisait partie de "l'environnement" culturel, combien le songe envahissait la vie collective, et apprécier l'audace de Desjardins qui choisit délibérément de prendre ce terme galvaudé, au risque de créer un malentendu. Nous pouvons répartir les ouvrages répandus alors et portant sur les "songes" en plusieurs catégories ; ajoutons que, bien des fois, nous trouverons également les termes de rêve, rêverie, somnambule, etc., dans un sens analogue à celui de songes : a- les innombrables clefs populaires
des songes d'où émergent quelques classiques séculaires
dont j’indiquerai les premières éditions :
b- les "songes", genre de composition
littéraire , merveilleux ou fantastique :
c- les "songes", entendus au sens de
recherche réflexive et philosophique :
d- les "songes", prétexte à
des libelles, revendications et satires politiques :
( insérer ici la gravure des Songes de Daniel imprimés à Paris en 15OO, fac-similé de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale de Paris Réserve V 5176, tirée de La clef des Songes. Reprint Slatkine 1977, pages 32 et 33 ). e- les "songes", prétexte à
comédies et farces
f- les "songes", innombrables prétextes à partition de musique, de piano, particulièrement. g- les "songes", entendus comme domaine
pour la recherche sur le fonctionnement psychique, le dormeur, le sommeil,
le somnambule.
Il faudrait ajouter les opuscules d'anonymes
signant sous des pseudonymes du type "somniator, somniosus, somnambulus",
etc.
L'indépendance de la psychologie et les sources de Cognasse Desjardins Cognasse Desjardins précise d'abord sa filiation révérentielle envers les anciens, Hippocrate et Gallien aussi bien que Platon ou Aristote, Pline ou Pythagore Cependant, me semble-t'il, ses citations obligées semblent dépassées par le crédit qu'il accorde aux poètes, comme Pétrarque et surtout Pétrone, qui ont placé le songe dans le monde des hommes et non dans celui des dieux: "Somnia quæ mentes ludunt volitantibus umbris, non delubra deum, nec ab æthere mittunt, sed sibi quisque facit...". S'il n'éprouve pas le besoin d'en indiquer la référence (Pétrone 104, 16) contrairement aux autres citations, c'est que cet auteur est encore un des classiques pour le lecteur cultivé moyen à cette époque. Cette citation humaniste lui permet de faire preuve de son appartenance à l'ère des lumières et de souligner les dégâts causés à la science par une pression religieuse qu'il n'ose pas davantage préciser: "lorsque des religions plus sévères que la payenne sont venues mettre des entraves à la manière de penser des philosophes, et placer la psycologie (sic) sous la dépendance de la théologie, on a vu des écrivains n'oser exprimer librement, et laisser même des contradictions dans leurs théories". Il ne s'ensuit pas que Cognasse Desjardins éprouve le besoin pressant qu'aura Freud dans les dernières lignes de l'Interprétation des Rêves de se prononcer bizarrement avec autorité contre la véracité de certaines croyances religieuses qui ne relèvaient nullement de sa compétence : "sans doute, un savant modeste et dépourvu de préjugés accueille avec joie tout effort pour étudier scientifiquement les phénomènes occultes, mais il y a deux croyances qu'il ne peut accepter : la survie après la mort, la connaissance d'un avenir qu'il ne peut sonder...". Cognasse Desjardins a manifesté
une indépendance d'esprit, sachant chercher la perle dans la meule
de foin avec discrimination. On l'appréciera mieux encore quand
on constatera que, même l'Encyclopédie, dont la prétention
de science et d'ouverture ne peut être contestée, parle du
songe chez les Anciens dans des termes moins subtils : "les premiers interprètes
des songes n'étaient point des fourbes et des imposteurs. Il leur
est seulement arrivé, de même qu'aux premiers astrologues
judiciaires, d'être plus superstitieux que les autres hommes de leur
tems, et de donner les premiers dans l'illusion" .
Hippocrate
Essayons de comprendre le sens de cette référence à Hippocrate en présentant la conception hippocratique concernant le rêve et le corps afin de découvrir l'usage qu'en fait Cognasse Desjardins. De insomniis, dont on ne sait pas davantage
que les autres traités d'Hippocrate (460 env.- 380 env. avant l'ère
actuelle) s'il a été écrit par le maître ou
par son Ecole, fait suite aux traités exposant la diététique,
la diète, la gymnastique et autres sujets d'hygiène corporelle.
On comprend mieux alors pourquoi l'auteur y parle tant du lien entre le
sommeil et le corps : l'inactivité partielle du corps, l'éveil
supplémentaire de l'âme qui se représente comme faisant
elle-même toutes les actions du corps. Présentons le texte
dans une traduction libre. Cognasse Desjardins cite un extrait du passage
suivant (pp. 5-6) :
Hippocrate examine aussi les rêves qui parlent de soleil, de lune et d'étoiles, comme une projection du corps lui-même : les étoiles parleraient du corps externe, le soleil parlerait du centre du corps et la lune parlerait des cavités. C’est une conception gestaltiste, dirions-nous aujourd’hui, dans laquelle la représentation du macrocosme parle du microcosme personnel. Enfin Hippocrate conclut par la phrase
que Cognasse Desjardins a mis en exergue à l'Essai :
Quand Cognasse Desjardins attribue cette phrase à son propos, il ne manifeste pas de modestie mais son affirmation témoigne qu'elle repose sur une assurance clinique et sur une expérience dont il se sent capable de soutenir les fruits devant la Faculté. Il veut indiquer par là qu'il fait le même lien qu'Hippocrate entre ce qui se passe dans le rêve et la santé corporelle. Il m’a fallu lire avec attention l'ensemble du traité d'Hippocrate pour le comprendre, alors que cela devait être évident pour les lecteurs de Cognasse Desjardins. Nous découvrons ainsi pourquoi il
s'est référé à Hippocrate et non aux autres
auteurs antiques classiques : ils en étaient restés le plus
souvent à l'interprétation directe des images du rêves
et n'avaient pas tenté de situer le processus dans la liaison du
rêve et du corps. Ce rapport était vu davantage à travers
l'interprétation des fantasmes corporels présents dans le
rêve:
Artémidore était très
attentif à une autre modalité d'interprétation , celle
de parties du corps qui apparaissent dans le rêve : tête, cheveux,
ongles, front, oreilles, sourcils, yeux, nez, joues, machoires, lèvres,
barbe, dents, langue, sang, vomissements, cou, décapitation, anomalies
relatives à la tête, épaules, poitrine, seins, mains,
bras, flancs, bas-ventre, entrailles, sexe, aines, cuisses, jambes, pied,
dos, changements de taille, changements de sexe, changement du corps en
matière, changement du corps en corps d'animal mais il analysait
également d'autres productions moins claires et plus complexes dans
le rapport à la psychologie du consultant : latéralité,
maladie, image dans le miroir, blessure, accidents corporels, auto-dévoration,
identité de maladies entre proches, corps attaché, façonner
des figures d'hommes, etc. Ne croyons pas que son interprétation
soit simpliste et directe, loin de là :
Les anciens connaissaient bien les dynamiques du "renversement en contraire". Pourquoi donc, alors, Cognasse Desjardins
retient-il particulièrement l'œuvre d'Hippocrate ? Je pense qu'il
le fait parce qu'Hippocrate est aussi le symbole de nombreuses qualités
caractéristiques de l'Ecole de Médecine de Montpellier :
une tradition médicale, une vision globale de l'homme, du rôle
du médecin, le souci du bien du patient, son respect, le primat
de la santé naturelle sur la maladie, de l'observation sur le préjugé,
l'importance des conditions écologiques et atmosphériques
pour le diagnostic et pour le traitement.
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