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Professeur Yehoshua Ra'hamim Dufour
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Titres et fonctions de l'auteur Son Tél, Fax, e-mail, site Internet
Ses champs d'expertise L'axe de ses travaux
La publication sur le site Modia et l'importance de l'ethnopsychologie Etude, recherche et enseignement dans la Torah
Ses 11 livres Ses articles
Sur le site Modia, une publication accessible Sa recherche sur Psychologie et Téchouva
Formation épistémologique à l'étude de Rachi et du Chla Rôle du conseiller et l'ethnopsychologie
Nécessité de la création personnelle chez le chercheur Création et devenir


Livre scientifique on-line (162 pages A4)
Recherche sur l'histoire du rêve.
Un inédit de 1801
fait la jonction entre la conception ancienne et moderne du rêve
par Pr. Yehoshua Rahamim  Dufour
Département de Criminologie. Bar-Ilan University. Ramat-Gan. Israël.

Rappel du plan (suite du texte)

I° PARTIE 
1. Présentation 
2. L'Essai sur les songes
3. A la recherche de Cognasse Desjardins perdu 
4. Cognasse Desjardins, l'étudiant de l'Ecole de Médecine de Montpellier 
5. Contexte historique de l'Essai sur les songes 
6. Contexte scientifique de l'Essai sur les songes 
7. Les Maîtres de Cognasse Desjardins 
Barthez 
Fouquet 
8. Les débats ouverts par Cognasse Desjardins 
Le concept en psychologie et l'anasémie. Exemples 
Premier exemple d'anasémie : Die Traumdeutung 
Deuxième exemple d'anasémie: le “fantôme” 
Troisième exemple d'anasémie: "l'éveil du rêve" 
Le concept de “songes” 
L'indépendance de la psychologie et les sources de Cognasse Desjardins 
Hippocrate 
Platon 
Aristote 
Galien 
Cardan 
Fernel 
Descartes 
Rationalisme scientifique 
Structure et sens 
Opération intrapsychique et psychosomatique 
9. Huit propositions pour la formation du médecin à la relation médecin-malade 
1°.apprendre à écouter le rêve du patient 
2°. apprendre à percevoir le patient comme une unité somatopsychique 
3°.  apprendre à analyser la continuité somatopsychique 
4°. apprendre au patient à apprendre comment vivre son corps et sa maladie 
5°. apprendre à développer la sensibilité à autrui 
6°. apprendre à développer la patience   
7°. apprendre à développer l’exigence   envers les formateurs des médecins 
8°. apprendre à exercer en commun cet art de la santé et  cet art de la médecine 

II°  P A R T I E 
10. Texte de l'Essai sur les Songes. 
(27 pages   insérer ici ) . 
11. Noms cités dans le texte de l' Essai sur les Songes 
12. Noms cités hors du texte de l'Essai sur les Songes 
13 Ouvrages cités dans le texte de l'Essai sur les Songes 
14. Editions de référence citées dans le texte de l'Essai sur les Songes 
15. Programmes des Cours d'Enseignement dans l'Ecole de Santé de Montpellier 
16. Etudes mettant en valeur l'Histoire de l'Université et de l' Ecole de Médecine de Montpellier 
17. Etudes mettant en valeur l'influence des médecins juifs dans l' Ecole de Médecine de Montpellier 
18. Ropra et la loi du 24 juin 1792 
19. Table des illustrations 

III°   P A R T I E 
20. Bibliographie sur les  problématiques soulevées par l'Essai sur les Songes 
A. Histoire du rapport corps/rêve-imaginaire en thérapie 
A.1. Quelques œuvres 
A.2. Travaux sur l'évolution de la médecine et de la psychiatrie liées à notre étude 
B. Recherches contemporaines sur le lien corps/rêve-imaginaire 
C. Approche psychosomatique du lien corps/rêve-imaginaire 
D. Le rapport rêve/corps-imaginaire dans la  pratique de la psychothérapie  d'orientation psychanalytique 
E. Le rapport rêve/corps-imaginaire dans la pratique de la psychothérapie d'orientation non psychanalytique 
21. Index des noms propres 


Suite de la publication on-line. (3e page) 

Platon
Si Cognasse Desjardins passe d' Hippocrate à Platon, c'est qu'en effet nous trouvons chez ce dernier l'attestation de l'importance de l'Ecole d'Hippocrate, en deux endroits dans Protagoras (311) : "Hippocrate de Cos, celui qui fait partie du corps des Asclépiades")  et dans Phèdre (270)  où il est également question du rapport du corps et de l'âme et des actions à entreprendre pour assurer à l'un et à l'autre la santé. Nous y trouvons la philosophie même de Cognasse Desjardins : il s'agit de réaliser cela non pas comme une routine mais à la fois comme un exercice de la raison critique et créative, comme un art et comme une activité reliée à la nature. C'est l'enseignement même de Fouquet sur la clinique : aller dans le meilleur sens de la nature pour "aider et ne pas nuire", selon la belle formule d'Hippocrate qui pourrait être la devise du psychothérapeute également :  "Oféleïn é mé blaptein" aider et ne pas nuire .

Ecoutons la discussion de Socrate et de Phèdre :
"Phèdre : que veux-tu dire par là ?
Socrate : que sans doute le cas de l'art médical est exactement le même que celui de l'art oratoire.
Phèdre.: mais encore ?
Socrate : dans tous les deux, on a une nature à analyser : le corps dans le premier, et l'âme dans le second sans quoi, c'est sur la routine et sur l'expérience seules, mais non pas sur l'art, qu'on devra se fonder, en appliquant à l'un remèdes et régime, pour produire en lui bonne santé et vigueur, pour conférer à l'autre, en lui appliquant propos et pratiques en accord avec la règle, telle conviction qu'on voudra, je veux dire telle excellence.
Phèdre : il y a apparence, au moins, Socrate, qu'il devra en être ains
Socrate : or, la nature de l'âme, crois-tu possible d'en avoir une conception méritant qu'on en parle, si c'est indépendamment de la nature du tout ?
Phèdre : eh! s'il faut avoir confiance en Hippocrate, lui qui est un Asclépiade, il n'est même pas possible de se passer de cette méthode quand c'est du corps que l'on s'occupe !
Socrate : il a en effet, camarade, parfaitement raison de le dire. Il faut, cependant, en plus d'Hippocrate, consulter la raison et examiner si la voix de celle-ci est à l'unisson.
Phèdre : d'accord !
Socrate : eh bien ! examine alors ce que peuvent bien dire, concernant la nature, Hippocrate aussi bien que le raisonnement vrai".

Nous pouvons dire alors de Cognasse Desjardins, ce que J. R. Oliver disait d'Hippocrate: "if you persevere in your reading, you will come accross acute, psychopathological observations, sound diagnoses, and interesting case histories. And, to your surprise, you will begin to realize that the Greek physicians of the fifth and fourth centuries B.C., were deeply interested in mental reactions, and that a great deal of what they said and wrote, forgotten through it was during the Middle Ages and only gradually rediscovered, has a strangely modern sound, a familiar modern atmosphere" .

Nous pouvons résumer la conception de Platon en deux points majeurs :
- il insistait plus qu' Hippocrate sur l'origine divine des rêves, comme dans le Sophiste (266-fin) où le rêve est un simulacre de la réalité produit par les dieux ("théïas erga poïeséos"), de même que l'homme peut créer des simulacres par la mimique ou par l'imitation 
- le rêve est une modalité de la vision externe. Quand nous passons de l'activité de voir à celle de l'occlusion des paupières, le calme interne se produit car le feu externe est estompé ou éteint et le feu intérieur est maintenu. Si le feu extérieur subsiste encore, l'homme rêve, des rêves calmes ou agités suivant la persistance des mouvements de l'activité visuelle externe. 
Cette théorie (Timée, 45-46)  se situe donc entièrement au niveau de l'homme et ne peut être réduite à la première. Nous retrouvons un prolongement de cette conception quand Cognasse Desjardins rappelle la conception hippocratique de Stahl faisant la différence sur les sensations internes et externes concernant le rêve (p. 7).

Aristote 
La référence à une conception d'Aristote (384-322 avant l'ère actuelle) concerne également ce dernier point, (p. 16 de l'Essai). L'autre conception d'Aristote qui est évoquée (p. 4 de l'Essai) concerne le parallélisme des perturbations au niveau de l'âme et du corps . Pour saisir le choix de Cognasse Desjardins dans les multiples apports d'Aristote sur le rêve et le sommeil, il faut brosser brièvement sa conception. 

Elle a été condensée dans plusieurs traités : De sensu, De memori, De somno, De insomniis, De divinatione per somnum, De longitudine vitæ, De iuventute, Historia animalium, De anima, De sanitate, et dans Parva Naturalia qui est un composé où l'on peut retrouver des références à ces traités . Il faut y ajouter des traités qui situent ces problèmes dans la question plus large du rapport du corps et de l'âme comme la métaphysique ou l'Ethique à Nicomaque, ou ces problèmes dans leur position chez l'homme et chez l'animal : De generatione Animalium, De motu animalium, De incessus animalium. Cognasse Desjardins cite les Problematica d'Aristote   ce sont des problèmes dont la rédaction est souvent considérée comme apocryphe . Sa référence est tirée de la XXX° question . 
( insérer ici la reproduction  "quod somno eripitur datur vitæ" )
Dans les Problematica, Aristote ou son Ecole font une correspondance directe entre rêve et corps sain ou corps malade :
"meilleurs sont les hommes, meilleurs sont leurs rêves car ils pensent à de meilleures choses dans leurs heures de veille tandis que ceux qui sont moins bien disposés dans leur esprit ou dans leur corps ont de mauvais rêves. Car il y a une correspondance étroite entre la disposition du corps et les images de nos rêves car quand un homme est malade, les idées proposées par ses pensées sont mauvaises et en raison du trouble qui règne dans son corps, son esprit ne peut se reposer et être en bon état. Pour cette raison, les atrabilaires se lèvent dans leur sommeil..." .

En fait, l'approche des Problematica n'est guère différente des conceptions aristotéliciennes qui n'ont pas toujours elles-mêmes une unité précise concernant les modalités de la vie psychique, ce qui peut aboutir à des approches diverses  sur ce qu'il est convenu d'appeler la "psychologie" d'Aristote, terme qui couvre autant des dimensions philosophiques que des dimensions psychologiques ou médicales, au sens contemporain de ces domaines.

Il y a d'abord un arrière plan aristotélicien, bien connu des scientifiques de l'époque de Cognasse Desjardins, qui concernait le lien du psychisme et du corps. Il comprend plusieurs dimensions :

- la nature de l'âme:
Aristote se pose souvent la question de savoir si l'âme ou l'esprit sont séparés ou s'ils ont un lien avec le corps, s'il y a un complexe "âme-corps". La question lui semble difficile mais cruciale et exigeant une réponse. Il tranche en ce sens : il n'y a pas de cas, du vivant de l'homme où l'âme puisse agir sans impliquer le corps .

- la composition de l'âme :
il n'y a pas plusieurs âmes mais il y a des parties diverses dans l'âme, des niveaux il y a certes des niveaux de l'âme qui sont inaltérables, immortels, séparés du corps mais il y en a d'autres qui sont reliés au corps . C'est ainsi qu'il parvient même au concept de "nouss poïétikon".

- les désirs de l'âme :
s'il y a un niveau de l'esprit inaccessible, le "nouss" en soi, il y a un autre niveau qui est celui de l'intervention dans son action corporelle, c'est le "psuché". Il est caractérisé par le désir et par des fonctions corporelles (la nutritive, l'appétitive, la sensorielle, la locomotive et le pouvoir de pensée ). Il y a des éléments végétatifs du corps qui ne relèvent pas de ces niveaux de l'âme mais tout ce qui relève du "désir" en relève . Le mouvement du corps, en particulier relève du désir . Il y a des niveaux du désir qui concernent ce qui est en bas, c'est "l'épithymia" .

-l'imagination :
le jeu du désir se transmet au corps par l'intermédiaire de l'imagination  et des images.

- la conception holistique de l'homme :
il n'y a pas un fonctionnement clivé des différentes composantes de l'homme mais, dans sa nature, il y a une aspiration à viser un bien global de tout son être .

- la médecine :
dans ce contexte, les fonctions psychiques sont simultanément des fonctions corporelles comme, par exemple, le sommeil  ou la mémoire . La "maladie" des fonctions est bien ainsi un état corporel et concerne l'ensemble des niveaux.

Cet ensemble est connu de Cognasse Desjardins car il constitue l'éducation de base d'un étudiant cultivé. Il n'éprouve donc pas le besoin de l'exposer. C'est dans ce contexte présupposé qu'il se réfère à Aristote sur les questions précises : le lien des rêves et du corps. Précisons comment Aristote parvient à situer ces questions dans sa conception d'ensemble.

Son interrogation part souvent de la comparaison entre le sommeil de l'adulte, celui de l'enfant  et celui de l'animal, de la recherche sur les causes du rêve, sur le noctambulisme , du manque de rêve pendant toute la vie . Il essaie également de qualifier avec précision le rêve  comme un phénomène dépendant de la faculté de sensation/présentation , parfois dû aux mouvements du corps  et il essaie de distinguer les diverses formes de représentation internes au rêve  et distingue entre doxa, phantastikon, voétikon, aistétikon, phantasma. Il traite du "rêve dans le rêve" , des "restes diurnes" ("upolleimmata") venant des sens . On le voit, il y a matière à une compréhension psycho-corporelle du rêve chez Aristote et ce n'est pas seulement une référence à l'interprétation ou à la compréhension de messages divins.

Aristote est plus proche de l'interrogation qui sera celle de Cognasse Desjardins quand il étudie le parallélisme entre le type de rêve et l'état physique des personnes. Il parle des rêves "non-bien portants" (ouk érroména) des personnes atteintes de fièvre, de boisson, ou de troubles du foie. Ces dernières sont également habiles à cacher le véritable sens de leurs rêves .

En résumé, nous pourrions dire que Cognasse Desjardins a délibérement limité son axe dans le recours à l'œuvre d'Aristote. C'est qu'il ne traite pas du rêve mais du lien entre le rêve et le corps et il invoque Aristote uniquement à ce niveau. Il n'élargit pas non plus son approche à une définition philosophique ou théologique de l'homme comme le fait Aristote En ces domaines, il n'exploite pas ce que dit Aristote ou les autres penseurs antiques du rapport entre le rêve et la divination . En effet, chez Aristote, les questions évoquées sont situées dans une conception globale du lien de l'âme et du corps : parfois, l'âme est présentée comme une substance distincte du corps, parfois elle est la "forme" du corps qui ne peut donc être localisée nulle part, parfois elle est localisée en une zone précise , parfois elle est nécessairement dans le corps ou, même, corporelle ("somatos dé ti" ): nous trouvons donc à la fois une conception holistique, une conception dualiste et une conception moniste qui s'opposent. Situer le rapport rêve/corps dans le rapport âme/corps se poursuivra jusqu'à Descartes. Avec Cognasse Desjardins, nous arrivons à une recherche qui en reste au niveau psychologique et psychosomatique. C'est en ce sens que je vois en son Essai le premier écrit moderne sur la psychologie contemporaine du lien rêve/corps.

Dans le même sens, il aurait pu s'intéresser à tout ce qui concerne les processus et les pratiques de représentation visuelle chez les Grecs, pratiques souvent liées explicitement à la thérapeutique. J’ai décrit et interrogé ces dimensions dans ma thèse : la théorie, la méditation, l'incubation éveillée, l'incubation, l'image dans le parcours initiatique, l'hermétisme, le colossos, les rêves provoqués et le jardin "mythe". Il n'a pas non plus exploité ce qui était écrit à propos des techniques de divination basées sur le rêve . 

En cela, Cognasse Desjardins a pu se baser sur deux raisons pour ne pas interroger ces dimensions présentes dans les écrits grecs :
- elles n'y étaient pas présentées sous une forme théorisée,
- elles n'y étaient pas présentées sous une forme qui puisse les référer explicitement à la clinique.
 

Galien
Galien est l'auteur le plus cité par Cognasse Desjardins après Aristote. Cela pourrait surprendre car Galien est souvent présenté comme un anatomiste et physiologiste obstinés. Cette image vient surtout de l'usage qui en a été fait ultérieurement quand la science perdit son dynamisme de recherche pendant de longs siècles d'obscurantisme. Mais, si l'on retourne aux œuvres originales, comme Cognasse Desjardins a pu le faire, on comprend mieux cette référence à Galien.

Tout d'abord c'est d'un rêve que Galien tient sa vocation : Aslépios apparut en rêve au père de Galien et lui demanda de faire de son fils un médecin. Il lui avait déjà donné un nom de bon présage: "galénos", le pacifique, le tranquille. Mais, arrivons au grand médecin qu'il devint.

Galien considère la vie comme un tout ("sumpassés gué tés zoés") ; l'unité vient également de ce qu'il y a une unité des fluides et de l'air dans le corps lui-même . D’emblée, à la base, l’approche est holistique. 

Galien définit des "facultés" psychiques ("ton psukikon" ) mais il les inscrit dans le corps : il reprend la conception d'Erasistrus (l'inventeur de la fameuse formule "la nature a horreur du vide") selon laquelle le cœur contient en lui une cavité non remplie de sang mais de pneuma psychique ("alla pneumatos psukikou mesté") ; ce pneuma diffuse dans le corps par les artères. Il a plusieurs niveaux du pneuma : le pneuma phusikon qui règle la vie végétative, le pneuma zotikon et, enfin, le pneuma psukikon, la "psuké" qui circule par les nerfs. Cette conception holistique de Galien n'est pas reprise par Cognasse Desjardins, mais il était fondé à s'appuyer sur l'œuvre de Galien par le renom de ses travaux diagnostiques, en dépit des aspects anatomiques qui n'avaient pas survécu au progrès scientifique. Galien est parfois cité par lui à travers l'œuvre de Prosper Alpinus dont certains travaux montrent bien le lien existant à travers la science de l'époque et celle de l'Antiquité .
( insérer ici portrait de Cardan )

Cardan
Dans le passage suivant, Cognasse Desjardins se réfère à Jérôme Cardan dont il cite le ch. 44 du Livre VIII de De rerum varietate . Qui est ce Cardan et pourquoi passe-t'on ainsi d'Hippocrate à celui-ci ? Cardan (Girolamo Cardano, 1501-1576) est un étrange et brillant personnage dont la personnalité à multiples facettes n'a pas fini d'étonner. Il était à la fois médecin, homme de lettres, critique, philosophe, mathématicien, astrologue, interprète de rêves, joueur, etc. . Cognasse Desjardins parle de l'autorité un peu suspecte de Cardan. Celui-ci reprend certains travaux d'Hippocrate et d'Aristote mais il n'hésite pas non plus à y ajouter des références à des travaux d'oniromancie qui étaient encore réédités . Cardan aborde également ces thèmes dans d'autres passages que Cognasse Desjardins n'a pas cités :
"cæterum si non ex cibo terribilia se insinuent omnia, proculdubio magnorum impendentium malorum signa sunt : nam si etiam ex humoribus accidant, sutorem aut melancholiam significant : aliter autem mortes, luctus, carceres, tormenta, exilia, longos morbos... et mille alia quæcumque possunt excogitari mala portendunt" . 
Cognasse Desjardins se contentera de puiser chez Cardan une référence concernant son propre thème.

Fernel
Il invoque ensuite Fernel qui parle du songe comme l'une des sources où le médecin doit puiser les signes . Fernel (1486-1558) a vécu plus de deux siècles avant Cognasse Desjardins. Pour apprécier à sa juste dimension l'estime que lui accordaient ses contemporains, nous pouvons relire ce qu'en écrivait dans le registre de sa fonction le doyen de la Faculté de médecine de Paris, Dufour Antoine, après la mort de Fernel :
"clarissimus ac doctissimus vir Joannes Fernelius, Regis Primarius medicus, in cujus locum suffectus est vir eruditissimus et prudentia spectatissimus...", 
ce à quoi un siècle plus tard, en 1650, Guy-Patin, doyen à son tour, ajouta :
"...omnium a Galeno medicorum præstantissimus et scientissimus, Homo summo jure Gallicus Hippocrates dictus, vir bono publico ad omnia natus ; Philosophus et Medicus acutissimus et solertissimus Scholæ medicæ Parisiensis singularer lumen et decus eximium, elegantioris medicinæ a domita et profligata barbariæ Auctor purissimus, summo humanæ gentis detrimento, maximo totius Galliæ luctu, æterno omnium bonorum mœrore...".
Même si l'oraison funèbre est un genre bien typé, l'hommage de Guy-Patin donne la mesure de l'audience de Fernel dans le monde des sommités médicales ultérieures.

Fernel peut être considéré comme faisant la somme des travaux médicaux de l'Antiquité. A ce titre, justement, ses limites sont posées. Il persévéra dans certaines erreurs séculaires sur l'anatomie et l'ensemble de sa théorie fut remise en question avec la découverte de la circulation du sang. Il ne parvient pas à se détacher d'une médecine basée prioritairement sur les lettres, la philosophie, plus que sur l'observation des faits et sur l'expérience clinique. Il adhère aux explications philosophiques des causalités telles que Galien les avait indiquées dans ce qui est son ouvrage le moins solide, sans rechercher vraiment l'épreuve des faits. Sa physiologie repose sur des "facultés", des "forces", dépendant elles-mêmes d'une faculté vitale : "la faculté sensitive et motrice ne peut exister sans la faculté vitale ; celle-ci, répandue dans tout le corps en conserve toutes les parties par une chaleur tempérée ; elle fournit à la faculté principale, située dans le cerveau, un esprit qui lui sert de matière et la rend capable de remplir ses fonctions". Il justifie la présence de chaque organe par une fonction qu'il doit jouer dans une logique quelque peu animiste : "il était utile que le cœur produisît les esprits, et fût l'origine des artères, par lesquelles les esprits se distribuent dans tout le corps" . 
Nous retrouverons jusque chez Descartes cette approche de la physiologie, avant la grande étape scientifique du XVIII° siècle. Osons dire également que les écrits analytiques originels ou actuels sur "l'énergie psychique" ne sont pas totalement éloignés de ces modèles épistémologiques.

Si telle est la situation, pourquoi donc Cognasse Desjardins se réfère-t'il à Fernel ? C'est qu'il reste le grand classique pour la description des signes des maladies, alors que sa pharmacopée n'a pas survécu, encombrée des fantasmagories médiévales. Quant à sa théorie du sommeil, elle reprend les conceptions antiques, en insistant sur l'origine qui viendrait d'un épuisement ou d'un arrêt des fameux esprits animaux, à fois matériels et spirituels ("tanquam aura composita ex flamma et ære"). Fernel reste également un excellent analyste des états intermédiaires entre la veille et le sommeil. Il tente d'expliquer ce dernier par des combinaisons différentes entre les différents systèmes de facultés. Il insiste sur l'importance du sommeil et du rêve comme systèmes régulateurs par leur alternance avec la veille et l'imagination éveillée. Il traite également du désir qui est relié aux fonctions imaginatives et aux fonctions motrices. 

Tous ces motifs étaient suffisants pour que Cognasse Desjardins, assez sûr de lui pour distinguer le solide du factice, s'estime fondé à s'appuyer sur les analyses de FernelC'est à son honneur car l'œuvre de Fernel représente un effort laborieux, avant la science moderne et à l'intérieur du fatras transmis par la scolastique et par l'obscurantisme médiéval, pour tenter d'analyser cependant le fonctionnement psychique. Nous pourrions même dire que, par son insistance à tenter de maintenir des instances tripolaires dans le fonctionnement de l'homme et à décrire leurs relations, il n'est pas éloigné du modèle conceptuel (non du contenu, bien évidemment) qui ressurgira avec les fameuses instances de Freud

Cette approche de Fernel était basée, finalement, sur une approche qui anime l'ensemble de l'Essai de Cognasse Desjardins : l'interdépendance totale du corps et des fonctions qui se manifeste dans le rêve. Leurs deux conceptions reposent sur la pensée d'Aristote : "o pathétikos vous phthartos, kai aveu touton ou voéi" , l'intellect sensible est susceptible de s'altérer et de périr et, avec lui, l'intellect. Aristote définit ce rapport comme étant le domaine celui de "psuké", nous dirions le "psychisme". Et c'est à ce niveau précis que s'interroge Cognasse Desjardins. Quand au niveau supérieur, le "nouss", l'intellect pur qui relève davantage de la métaphysique ou de la théologie, Cognasse Desjardins n'en traite pas ; en cela aussi, il inaugure la science contemporaine qui a perdu la conception holistique de l'homme, nous dirions aujourd'hui, la conception existentielle de l'homme. 

Etre inséré comme je le suis souvent en Israël dans une culture où des patients utilisent traditionnellement davantage de concepts que celui de "psychisme" pour parler de leur identité interne et de son fonctionnement, me permet de mieux comprendre l'écart qui sépare ces approches anthropologiques différentes. Aristote avait la prudence et le courage de présenter les différentes lectures de l'homme et de ne pas se prononcer, ce n'est pas toujours le cas des scientifiques rationalistes qui tranchent avec assurance sur ce qu'est l'homme et affirment la non-existence de dimensions auxquelles ils ne sont pas sensibles. Quant à Cognasse Desjardins, il est un psychologue d'aujourd'hui, d'avant le retour de la compréhension de l'importance des mythes, car il prétend n'aborder la clinique que par la dimension fonctionnelle de la "psuké", ce lien psychique corps/rêve.
 

Descartes
Cognasse Desjardins ne prône pas pour autant un matérialisme antispiritualiste qui lui ferait adopter les conceptions mécanicistes de Descartes :
"les Cartésiens ont fait dépendre les songes de quatre causes, 1.° de l'action de l'âme ; 2.° du mouvement des esprits animaux ; 3.° de l'action des objets extérieurs ; 4.° des traces des idées gravées dans la mémoire. Mais comme ils se sont principalement occupés du soin de faire concorder les faits avec la fameuse hypothèse des esprits animaux, ils ne nous ont rien appris ni sur l'histoire des songes, ni sur l'usage qu'on pouvoit en faire dans la science de l'homme physique".

Nous ne pouvons mieux expliquer sa position complexe et également méprisante envers Descartes et envers les théologiens sur ces thèmes de la relation entre la sensation et les songes qu'en présentant celle de Voltaire dans son Dictionnaire Philosophique (1764) à l'article "sensation": 
"toute l'antiquité a maintenu que rien n'est dans notre entendement qui n'ait été dans nos sens. Descartes, dans ses romans, prétendit que nous avions des idées métaphysiques avant de connaître le téton de notre nourrice ; une faculté de théologie proscrivit ce dogme, non parce que c'était une erreur, mais parce que c'était une nouveauté ; ensuite, elle adopta cette erreur, parce qu'elle était détruite par Loke, philosophe anglais, et qu'il fallait bien qu'un anglais eût tort. Enfin, après avoir changé si souvent d'avis, elle est revenue à proscrire cette ancienne vérité, que les sens sont les portes de l'entendement. Elle a fait comme les gouvernements obérés, qui tantôt donnent cours à certains billets, et tantôt les décrient ; mais depuis longtemps personne ne veut des billets de cette faculté. Toutes les facultés du monde n'empêcheront jamais les philosophes de voir que nous commençons par sentir... Que conclure de tout cela ? Vous qui lisez et qui pensez, concluez".

Pourquoi Cognasse Desjardins met-il en cause Descartes après avoir parlé des religions ? Il précise sa pensée en six points :
- il vise des religions sévères,
- elles entravent la pensée des philosophes,
- elles placent la psychologie sous la dépendance de la théologie,
- dans ce contexte des écrivains n'osent s'exprimer librement,
- ils laissent même des contradictions dans leurs théories,
- ainsi les Cartésiens...

Le problème soulevé par Descartes ne demandait pas de longs développements pour ses contemporains. Je vais l'éclairer en précisant ce qu'il entend pas les "esprits animaux" et par son obédience à la théologie.

Quelle critique émet Desjardins à l'encontre de Descartes ? Il ne met pas en question les quatre causes des songes que ce dernier décrît. Il attribue seulement la vanité de sa théorie à la "fameuse hypothèse des esprits animaux". C'est dans les articles du "Traité des Passions de l'Ame" et dans les "Réponses aux objections faites contre le Discours de la Méthode" que nous trouvons l'exposé mis en cause par Cognasse Desjardins. 

La conception biologique du corps chez Descartes en est le point central : le corps doit être conçu comme une immense "machine"  où tout est tuyaux, cordes, ressorts, roues, filets comme chez les automates, "en même façon que le mouvement d'une montre est produit par la seule force de son ressort et la figure de ses roues" . Nous sommes ici en présence d'un type parfait que Minkowski nommerait "schizothymique et rationnel" . C'est que Descartes conçoit l'être humain comme un associé de deux composantes indépendantes et qui pourraient fonctionner sans lien mais qui sont cependant en "étroite alliance". C'est le dualisme: d'un côté, le corps caractérisé par l'étendue et, de l'autre côté, l'âme qui est différente et non localisable dans l'espace. Cependant, elle "siège" dans le conarion, la glande pinéale puisque c'est le seul lieu caractérisé par l'unicité alors que dans le cerveau tout est caractérisé par la dualité   ; l'âme agit sur le corps par un déplacement de cette glande pinéale : 
"et toute l'action de l'âme consiste en ce que, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite glande à qui elle est étroitement jointe se meut en la façon qui est requise pour produire l'effet qui se rapporte à cette volonté" .

On connait l'impertinence de Voltaire envers cette conception de Descartes quand il écrivait à Mairan, le 5 mai l741 : 
"la première fois qu'on dissèquera un corps calleux, mes respects à l'âme qui y  loge" .

Pour Descartes, les conflits internes se résument à ceci : 
"en sorte qu'il n'y a point en ceci d'autre combat sinon que, la petite glande qui est au milieu du cerveau pouvant être poussée d'un côté par l'âme et de l'autre par les esprits animaux, qui ne sont que des corps, ainsi que j'ai dit ci-dessus, il arrive souvent que ces deux impulsions sont contraires, et que la plus forte empêche l'effet de l'autre" . 

Il nous reste à comprendre qui sont ces fameux "esprits animaux", objets du dédain de Cognasse Desjardins. Les voici qu'ils entrent en scène et se présentent dans toute la précision de leurs fonctions :

"et, nous souvenant de ce qui a été dit ci-dessus de la machine de notre corps, à savoir, que les petits filets de nos nerfs sont tellement distribués en toutes ses parties, qu'à l'occasion des divers mouvements qui y sont excités par les objets sensibles ils ouvrent diversement les pores du cerveau, ce qui fait que les esprits animaux contenus en ces cavités entrent diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres... ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège de l'âme est tellement suspendue entre les cavités qui contiennent ces esprits, qu'elle peut être mue par eux en autant de diverses façons qu'il y a de diversités sensibles dans les objets" .

Si nous apprécions la veine fantastique de cette anatomie selon le rationaliste Descartes qui cherchait (sans succès) à prendre ses distances d'avec toutes les explications médiévales par la "vis" intrinsèque des scolastiques, nous aimerons faire encore davantage connaissance avec la personnalité de ces sympathiques "esprits animaux" :
"ces parties du sang très subtiles composent les esprits animaux.. elles sont séparées des autres parties du sang moins subtiles, car ce que je nomme ici des esprits ne sont que des corps, et ils n'ont point d'autre propriété sinon que ce sont des corps très petits et qui se meuvent très vite... en sorte qu'ils ne s'arrêtent en aucun lieu, et qu'à mesure qu'il en entre quelques uns dans les cavités du cerveau, il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa substance, lesquels pores les conduisent dans les nerfs, et de là dans les muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en toutes les diverses façons qu'il peut être mu... ils déterminent les autres esprits qui sont déjà dans les muscles à sortir tous fort promptement de l'un d'eux et passer dans l'autre... quelquefois en tournoyant... quelquefois en coulant dans le muscle opposé... et ainsi l'enflent et l'accourcissent..." .

Molière ajouterait : 
"et voilà pourquoi, Madame, votre fille est muette !".
 Cognasse Desjardins n'éprouve pas le besoin de discuter longuement avec Descartes, devant l'inadéquation de ce rationalisme qui est à la fois machinal et imaginaire, face à la sensibilité nécessaire pour comprendre les malades et l'être humain. Il eut fait sienne l'objection de Gassendi à Descartes: 
"Vous ne me connaissez pas, parce que vous connaissez le bout de mes cheveux !", 
ce à quoi Descartes répliqua: 
"je n'ai pas besoin, pour connaître le triangle, d'avoir épuisé ses propriétés". 
Ce dialogue entre celui qui parle de l'être humain et l'autre qui répond par le triangle, suffit à nous faire comprendre l'attitude d'évitement de Cognasse Desjardins envers Descartes.

Il nous est facile de plaisanter sur cet envasement de la pensée de Descartes à propos des esprits animaux, mais nous serions plus modestes en comprenant quel pénible effort de conception et d'imagination représente la découverte scientifique. C'est ainsi que nous trouverons encore de tels propos dans l'Encyclopédie de Diderot , quelques années avant l'Essai de Cognasse Desjardins : 
"Deux raisons opposées provoquent le sommeil complet et destitué de songes :...l'abondance d'esprits animaux... la disette d'esprits animaux... Quand les personnes d'une constitution mitoyenne (car il n'y a guère que celles-là qui rêvent) se mettent au lit...", etc.

Cognasse Desjardins reproche surtout à Descartes de s'être enfermé dans une hypothèse, ce qui l'a empêché de développer ses intuitions positives sur les songes. On juge ainsi du progrès réalisé en un siècle et dem Pour être juste, il faut cependant citer l'effort de Descartes pour parvenir à une synthèse qui ne soit pas simplement une gouverne de la volonté sur des composés parallèles et combinés. P. Mesnard a mis en valeur cette évolution de Descartes dans sa morale et dans les deux Lettres à Chanut du 1° février et du 6 juin 1647 . 

( insérer ici les dessins du corps de Descartes)
Nous pouvons aussi nous reporter à l'article "Songes" du Dictionnaire Philosophique de Voltaire, pour découvrir que s'il parvient à mettre en garde contre les erreurs d'appréciation concernant les rêves, Voltaire, lui-même, ne réussit pas davantage à formuler ce qui est la spécificité de cette activité psychique. On appréciera d'autant l'aisance de Desjardins à délimiter le champ du rêve et à en préciser les processus internes. Voici le texte de Voltaire :
"Somnia, quæ mentes ludunt volitantibus umbris,
Non delubra deum nec ab æthere numina mittunt,
Sed sibi quisque facit". 
(Voltaire cite donc le passage de Pétrone repris également par Cognasse Desjardins, et il continue...)
“Mais comment, tous les sens étant morts dans le sommeil, y en a-t-il un interne qui est vivant ? Comment, vos yeux ne voyant plus, vos oreilles n'entendant plus, voyez-vous cependant et entendez-vous dans vos rêves ? Le chien est à la chasse en songe ; il aboie, il suit sa proie, il est à la curée. Le poète fait des vers en dormant ; le mathématicien voit des figures ; le métaphysicien raisonne bien ou mal : on en a des exemples frappants.
Sont-ce les seuls organes de la machine  qui agissent ? Est-ce l'âme pure qui, soustraite à l'empire des sens, jouit de ses droits en liberté ?
Si les organes seuls produisent les rêves de la nuit, pourquoi ne produiront-ils pas seuls les idées du jour ? Si l'âme pure, tranquille dans le repos des sens, agissant par elle-même, est l'unique cause, le sujet unique de toutes les idées que vous avez en dormant, pourquoi toutes ces idées sont-elles presque toujours irrégulières, déraisonnables et incohérentes ? Quoi ! c'est dans le temps où cette âme est le moins troublée qu'il y a plus de trouble dans ses imaginations ! Elle est en liberté et elle est folle ! Si elle était née avec des idées métaphysiques, comme l'ont dit tant d'écrivains qui rêvaient les yeux ouverts, ses idées pures et lumineuses de l'être, de l'infini, de tous les premiers principes, devraient se réveiller en elle avec la plus grande énergie quand son corps est endormi : on ne serait jamais bon philosophe qu'en songe.
Quelque système que vous embrassiez, quelques vains efforts que vous fassiez pour vous prouver que la mémoire remue votre cerveau, et que votre cerveau remue votre âme, il faut que vous conveniez que toutes vos idées vous viennent dans le sommeil sans vous et malgré vous : votre volonté n'y a aucune part. Il est donc certain que vous pouvez penser sept ou huit heures de suite sans avoir la moindre envie de penser, et sans même être sûr que vous pensez. Pesez cela, et tâchez de deviner ce que c'est que le composé de l'animal...".
 

Rationalisme scientifique

Cognasse Desjardins situe l'échec de la conception de Descartes sur le rêve et sur le lien corps-âme dans sa référence à la religion et à la théologie. En effet, nous constatons chez Descartes une contradiction interne dans la démarche de son discours scientifique. Il se veut avant tout mathématicien dans la pensée  mais il se met à invoquer des conceptions scientifiques qui relèvent davantage de l'animisme quand il ne transforme pas brusquement ses métaphores humaines en organes de machines:
"au reste, afin que ceux qui ne connaissent pas la force des démonstrations mathématiques, et qui ne sont pas accoutumés à distinguer les vraies raisons des vraisemblables, ne se hasardent pas de nier ceci sans l'examiner, je les veux avertir que ce mouvement que je viens d'expliquer suit aussi nécessairement... que celui d'une horloge, de la force, de la situation et de la figure de ses contre-poids et de ses roues" . 
Ce que Cognasse Desjardins semble bien percevoir, c'est que, finalement, ce système repose sur l'argument d'autorité sans conformité ni aux faits ni à la logique. Et, en ce 18° siècle finissant, le seul argument d'autorité n'est guère apprécié.

Descartes avait toujours été pris dans ces contradictions internes. Sa carrière scientifique se décida dans la nuit du 10 novembre 1619 où il eut l'intuition des "fondements d'une science admirable" mais, simultanément, il fut en proie à des rêves grandioses et mouvementés. Ce qui eut pu être une source de création, comme chez Gaston Bachelard, resta une alternance incoordonnée entre deux formes de pensée contradictoires dont l'une empiétait périodiquement sur l'autre.
( insérer ici la reproduction de Goya)

Bien plus, et c'est à cela que Cognasse Desjardins semble faire allusion, Descartes n'hésita pas à soumettre ses découvertes à la censure catholique. Quand il apprend, en novembre 1633, que le Saint-Office a condamné l'ouvrage de Galilée "Massimi Sistemi", Descartes anticipe : il se soumet et ne publiera jamais son "Traité du monde ou de la lumière". La censure du Saint-Office était rigoureuse car elle interdisait d'évoquer le mouvement de la terre "même si on le propose en tant qu'hypothèse". 
Elle ne faisait que maintenir la ligne du Concile de Latran  affirmant que "toute assertion contraire à la foi est absolument fausse".
 

Cognasse Desjardins n'adopte pas pour autant des positions sectaires inversées, il cherche à en rester aux faits et à les cerner avec précision. On retrouvera cette même position libre et complexe chez Esquirol, comme l'ont caractérisée Fédida et Postel : "on commettrait une erreur pourtant à dogmatiser l'enseignement d'Esquirol : précisément son souci "humaniste" s'oppose à la fois au dogmatisme (où s'est réfugié, en médecine, un concept totalitaire de la nature humaine universelle) et à une métaphysique idéaliste ou religieuse ou à un théologisme voués à l'interprétation non moins dogmatique des causes et des manifestations de la folie" .

Combien sommes-nous étonnés de ces positions intellectuelles complexes, libres et cultivées quand nous constatons le monolithisme intellectuel péremptoire de quelques disciples des écoles psychothérapiques ou analytiques actuelles pour qui leur culture, contrairement à celle des créateurs et fondateurs eux-mêmes, commence seulement avec Freud, Lacan, Watson ou d’autres.

C'est en ce lieu précis que je voudrais brièvement, rendre hommage à l'éducation clinique et psychiatrique, extrêmement attentive à la personnalité toujours préservée du malade qui prime sur toute théorie, éducation que j’ai reçue -encore étudiant- pendant trois ans dans les cours, présentations et visites aux malades du Pr. Henri Baruk à la Clinique Annexe Universitaire de la Maison Nationale de Charenton et chez le Professeur P. Sivadon à La Verrière. Au delà des évolutions personnelles ou d’Ecoles, cette base a laissé en moi une orientation indélébile que j’essaie maintenant de transmettre aux étudiants : une présence particulière au malade dans laquelle il est et reste toujours notre égal en humanité ; c'est la base nécessaire à toute évolution thérapeutique.

Mais évitons d'assimiler toute l'époque de Descartes à la conception qu'il décrit dans ses œuvres. Il suffira de nous souvenir des vers fameux de Racine pour découvrir que l'influence directe du rêve sur la santé et la maladie était perçue d'une façon plus syncrétique et immédiate:

"Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?)
 Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge". 
(Athalie, Scène V, acte 2).
 

Structure et sens
 

La liberté d'esprit de Cognasse Desjardins s'exerce également envers les Franc-maçons Et, à ce propos, il apporte quelques réflexions psychologiques dont nous pouvons aujourd'hui apprécier la richesse après les travaux récents de Lévi-Strauss et des structuralistes.

 Cognasse Desjardins souligne :
- le lien entre leurs rites, le langage et le rêve,
- cette mise en rapport langage/rêve,
- le fait que, dans ces langages, l'important c'est la liaison entre tous les éléments qui en fait une langue et donne un sens,
- le fait que ce lien et ce rapport sont certains mais que la mémoire est souvent impuissante à les présenter.

Il éprouve le besoin de se situer par rapport à l'Ecole du "grand Stahl" dont il présente les thèses sous une forme polie, en les acceptant sans les réfuter mais en éprouvant ensuite le besoin de développer les siennes propres. Stahl aurait présenté les songes soit comme des restes diurnes, selon l'appellation qui sera donnée plus tard , soit comme un assoupissement des seuls sens externes, soit -dans une conception thérapeutique- comme "l'effet des sollicitudes de l'âme par le corps qui est son instrument, et dans lequel elle aperçoit une cause de maladie ou de destruction".

En effet, contrairement à la théorie de Cognasse Desjardins centrée sur les mécanismes intrapsychiques et sur la relation constante, celle de Georges-Ernest Stahl (l660-1734) se caractérisait certes par une grande importance accordée à la "vie" comme pouvoir de continuation et d'incorruptibilité mais aussi par une certaine indépendance de ce principe de vie envers les composants, l'âme et le corps. Il aboutit là, analogiquement, à son principe phlogistique en chimie qui définit une permanence au mieu des changements d'état dans la combustion.

Mais depuis Lavoisier, on avait adopté une autre conception plus hiérarchisée qui permettait de concevoir simultanément les facteurs d'homogénéité et de différence au cours des changements d'état. Cette approche épistémologique complexe dans la pensée continuera à influencer les chercheurs et on peut retrouver son influence plus tard chez Esquirol : on trouvera chez lui "la tentative d'une conception -pour ainsi dire nucléaire et unitaire- d'expressions morbides apparemment disparates : cette conception assurerait un principe d'intelligibilité commune à la mélancolie, à la manie ainsi qu'à d'autres figures de la folie sans que l'on renonce pour autant à des symptomatologies nettement marquées de la mélancolie d'une part et de la manie de l'autre" .

Cependant, le débat évoluera encore car Lavoisier (1743-1794), lui-même, avait encore considéré la lumière et le calorique comme des éléments. Le débat sur la nature de la vie était à cette époque, particulièrement vif car il concernait également la conception de l'être humain.
 

Opération intrapsychique et psychosomatique
 

Contrairement à de nombreux courants thérapeutiques actuels, Desjardins ne cherche pas à fournir une "topique" du fonctionnement intrapsychique, mais il prend l'homme comme un tout dont il constate simultanément les rêves, les dysfonctionnements corporels et certains liens entre les deux dont l'incompréhension -tant de la part du malade que du thérapeute- semble être la source des évolutions vitales tragiques. Il en donne des exemples.

Il pose le problème au niveau de l'écart existant entre le fonctionnement interne et la conscience qui gère l'ensemble (le moi). Ce qui nous importe, c'est qu'il ne prétend pas résoudre cet écart par la seule connaissance biologique ou psychologique mais par "l'art de rechercher les filiations entre les opérations" et cela par la parole. 

On pourrait reprendre ici le terme lacanien  d'épistosomatique en le dégageant de l'aura des autres conceptualisations lacaniennes qui, par leur tendance à l'abstraction, n'ont pas su garder au sujet parlant et pensant les liens fondamentaux avec le somatique.

Cognasse Desjardins, en médecin, commence à examiner le problème de la vie psychique à partir des réactions corporelles internes "puisque nous ne sentons que par le moyen de nos organes" (page 8). Il se base là sur la conception développée par Charles Bonnet . Cognasse Desjardins abrège le titre exact de l'ouvrage et commet une erreur d'orthographe dans le nom de Bonnet alors qu'il semble bien le connaître puisqu'il cite le nom du malade dont parle Bonnet sans en préciser le nom : le fac-similé que je joins l'indique clairement.
( placer ici le fac-similé: couverture du livre de Bonnet et les deux feuilles qui présentent le cas auquel fait allusion Cognasse Desjardins: pages 176 à 178)
Nous pouvons mieux apprécier cette référence à Bonnet quand nous lisons l'éloge comparatif qu'en fait Cabanis en l'An IV ou V : 

"Charles Bonnet était encore meilleur naturaliste que métaphysicien. Il est à regretter que ce genre de mérite ait manqué à Helvétius et à Condillac" .
 Cabanis insistait tellement sur l'importance du corps qu'il la condensait en une formule précise : 
"Vivre, c'est sentir" . 
Ce même Cabanis recherchera ensuite les influences sur le psychisme, de dimensions corporelles très concrètes auxquelles on ne prête pas encore une attention si respectueuse :

"Quatrième mémoire :
De l'influence des âges sur les idées et sur les affections morales.

Cinquième mémoire :
De l'influence des sexes sur le caractère des idées et des affections morales.

Huitième mémoire :
De l'influence des régimes sur les dispositions et sur les habitudes morales".

Dans sa recherche de filiation intrapsychique, Cognasse Desjardins remonte à la sensation et non à la pulsion comme le fera Freud qui précisera que "les pulsions et non les excitations externes sont les véritables moteurs" . Notons que Freud parlera plus vaguement à la fois d'un lien de la vie psychique avec les excitations endogènes et d'un statut particulier de la pulsion dans "le représentant" . Il insiste, dans l'Inconscient, sur le fait que le refoulement porte sur les représentants et non sur la pulsion. Il reste que les multiples textes de Freud sont incertains en ce domaine, ce qui permettra autant à ses exégètes de "faire dépendre le jeu pulsionnel de structures fantasmatiques précédentes" (J. Laplanche et J-B Pontalis)  ou d'insister sur le refoulement du signifiant fondamental (J. Lacan) ou sur l'homologie et la reversibilité des fantasmes et de la pulsion (S. Isaacs). Dans une formule conciliatrice, celle-ci déclare que "au début (de la vie) tout le poids du désir et du phantasme porte sur la sensation et sur l'affect " .

Par rapport à Groddeck, sans recourir à son concept psychosomatique de çà, unité centrale et non parcellaire comme chez Freud, nous pouvons dire que Cognasse Desjardins propose une conception ayant quelques rapports avec la sienne en ce sens que le symptôme ne serait pas à comprendre comme un travestissement mais comme un langage partiel d'une unité complexe corps/intrapsychisme dont il faut comprendre le continuum dynamique, ce que Groddeck appelle "le jeu bigarré de toutes les forces" .

Comme le fera Groddeck, et présageant la conception de l'Ecole psychosomatique de Paris, Cognasse Desjardins donne des exemples qui prouvent qu'il y a souvent un court-circuit entre le corps et l'imaginaire sans intégration dans la parole personnelle ou dans la compréhension par la parole de l'autre, processus qui conduisent à la destruction s'il n'y a pas auprès du sujet quelqu'un qui soit capable de faciliter ce pont. On pourra parler ici de l'importance des processus d'intégration (de M'Uzan, l963), du caractère "panaché" des processus (Dejours, l979, l980) ou, au contraire, de la "rupture de représentatibilité qui entraine une désorganisation" (Marty, l968).

Comme Groddeck -et avant lui- Cognasse Desjardins insiste sur les effets désastreux des erreurs de relation en ces phases, et sur l'importance de la chaleur et l'importance de l'affection envers le malade, associées à l'art subtil de comprendre les liaisons internes. Chez lui, on pourrait dire que la "névrose d'organe" relève d'une défaillance non seulement dans le fonctionnement individuel mais aussi dans la relation d'interprétation. Le passage du trouble fonctionnel au trouble organique maladif puis mortel relèverait d'une erreur dans l'art sémiotique et interprétatif du médecin. Cette approche ouvrait la voie aux conceptions d'Alexander.

Il n'est pas possible, cependant, pour les besoins de cette réflexion d'opposer totalement les Ecoles entre elles ni de réduire leurs différences. En effet, si Groddeck insiste sur le corps, Freud a également écrit que 

"le moi est d'abord et avant tout un moi corporel" .

Cette approche de Cognasse Desjardins est également différente de la conception unitaire du psychosomatique qui s'épanouira à la fois dans la Gestalt de Perls et dans l'analyse existentielle de Binswanger Dans ces courants, la forme du corps lui-même est directement et simultanément signifiante et significatrice du sens. Le corps est directement l'être-au-monde.

L'approche de Cognasse Desjardins présage davantage certaines dimensions présentes dans l'œuvre de Gisela Pankow qui, à l'intérieur de cette unité psychosomatique existentielle, appuyée sur un savoir clinique et analytique, et sur la conscience du sens dans la relation, attend de percevoir la chaîne des associations somatiques ou psychiques jusqu'au moment où se manifeste le point de jonction. Ce point, le plus souvent est situé dans l'image comme lieu de croisement des autres niveaux.

Cette orientation est tout-à-fait la mienne également, qui s'est progressivement précisée jusqu'à ce point par une autre voie, celle du rêve éveillé dans la cure analytique. Voici ce que j’en disais dans Ecouter le rêve :
"Dans la dynamique de la cure, le mode d'expansion dynamique du sens se vit toujours dans un rapport à la pulsion et à la forme : la descriptive spatiale de la forme corporelle, filmique et sémantique (la trajectoire qui dessine le cône sur le schéma) émerge de la force des pulsions (la sphère sur le schéma) et situe le point du sens. Ce point du sens est lui-même le point géométrique de multiples orientations non conscientes en retour. Ce sens -point oméga éternellement optatif et mouvant, point pi qui ne peut jamais se cerner totalement (3, 1415926535, etc.)- n'est pas le pôle majeur auquel devraient accéder l'ensemble des processus psychiques du sujet ; c'est l'un des trois pôles égalitaires, unis et interdépendants (force-forme-sens) de l'économie psychique qui constituent toujours l'homme à venir” .
 
 

“Le sens n'est pas un en-soi. Il résulte toujours de la corrélation entre les différents niveaux et éléments en relation dialectique pour faire émerger de nouvelles correspondances. Le processus est infini et opposé à toute conception binaire du sens (signifiant-signifié) même si on tenait compte de la polysémie ou de la condensation des signifiants, cela dénaturerait la réalité "sens" par un caractère limitatif et non dynamique". 

Comme chez G. Pankow, dans ma pratique, il s'agit d'attendre -en facilitant- pour saisir le moment de jonction des processus  et le manifester au patient au moment opportun de l’émergence apprivoisée dans un langage qui porte en soi le verbe, le corps et la charge. 
Le prophète l'avait exprimé poétiquement : "davar bé 'ito ma tov" ("une chose/parole au moment juste et opportun, que c'est bon !" ). Quelle que soit l'Ecole thérapeutique, cette manifestation faite au patient dans l'intervention ou dans l'interprétation s'avère particulièrement fructueuse dans les états limites comme dans les états psychotiques .

Finalement, l'apport le plus important de Cognasse Desjardins est le juste cadrage du phénomène intrapsychique dans son influence simultanée sur la santé physique ou psychique sans qu'il ait pu, évidemment, conceptualiser ces processus en instances ni en mécanismes de défense. Disons, cependant, que cette affirmation de l'autonomie régulatrice du fonctionnement intrapsychique était un approche indispensable pour parvenir aux découvertes ultérieures.
Que les auteurs qui lui ont succédé aient eu ou non connaissance directe de cet opuscule ne change rien car nous savons bien qu'un texte écrit fait circuler les idées même si la page imprimée ne tombe pas sous le regard et même si le souvenir conscient des autres chercheurs ne peut ou ne veut s'encombrer des sources ; cela a été maintes fois démontré par Freud lui-même envers ses prédécesseurs curieusement oubliés, dont tous les fruits n'ont pas encore été recueillis. Bien plus, si ces dimensions si riches étaient présentes dans l'Essai de Cognasse Desjardins, cela veut dire que son époque les portait. Il serait temps de sortir de la légende où la compréhension psychologique contemporaine serait née par une “mutation génétique” située entre Charcot et Freud

Connaître l'Histoire des Sciences est plus que jamais indispensable dans une époque charnière comme la nôtre. Les contextes changent plus vite que l'homme lui-même et il est fructueux de connaître les problématiques antérieures et les solutions qui y furent apportées. La thérapeutique actuelle ne s'est affirmée que par une lutte sévère entre les partisans de conceptions différentes, ce que -par exemple- J. Starobinski a appelé la lutte entre les Anti-Médecines et les Médecines. Il en a décrit l'Histoire ; déjà Pline mettait en garde contre l'art des médecins :
"la médecine est le seul art où l'on en croie tout d'abord quiconque se dit expert, quoique jamais l'imposture ne soit plus dangereuse [...] On est séduit par la douceur d'espérer [...]. Les médecins apprennent à nos risques et périls ; ils expérimentent en tuant avec une impunité souveraine, et le médecin est le seul qui puisse donner la mort [...] Disons la vérité : la corruption morale n'a pas de cause plus active que la médecine" . 
L'ascétisme chrétien, pendant quelques siècles a pris le relais de cette anti-médecine en allant jusqu'à attribuer à la maladie une fonction positive, "l'infirmité du corps est la santé de l'âme" et "
quand je suis faible, c'est alors que je suis fort" . 
Paradoxalement et parallèlement, la charité envers le malade, identifié au Christ souffrant, contribua au développement de l'hospitalisation puis des soins scientifiques. Le combat se poursuivit cependant entre une approche irrationnelle et le courant scientifique qui risque toujours de privilégier la science et la maladie des organes par rapport à l'homme malade. 
Dans ce contexte, le juste équilibre tenté par Cognasse Desjardins, au niveau de la liaison des opérations mentales et corporelles, ouvrait la voie à une thérapeutique moderne. Parlons d'équilibre parce que le thérapeute moderne sera ensuite menacé par de nombreux travers : la froideur scientifique, la désinvolture administrative, la rivalité scientifique, la nécessité de publications pour l’avancement dans la carrière qui réduisent le malade à n'être qu'un cas bénéfique pour l'affirmation de soi, la réduction du patient à la théorie, enfin, cette "fonction apostolique" si bien mise en évidence par Balint qui consiste dans la conversion du patient à la "foi" médicale du médecin praticien .

Il aura peut-être fallu attendre la lente reconnaissance du courant hongrois, minoritaire mais si créatif, dans la collectivité psychanalytique internationale qui semble se faire aujourd'hui -et en particulier par l'œuvre de Balint- pour que de nombreux courants reviennent en masse à ces données de base :
- l' importance de la relation médecin-malade, 
- la guérison venant du malade lui-même dans la mesure où le duo thérapeute-malade comprend le fonctionnement conjoint du corps et des intentionnalités .
 
 
 

9. Huit propositions pour la formation du médecin à la relation médecin-malade.

Il faudrait, en conclusion,  adjoindre à tout cela le bénéfice qui pourrait découler des conceptions de Cognasse Desjardins pour la formation de base ou pour la formation continue des médecins. Je l’exprimerai en 8 propositions : 

1°.apprendre à écouter le rêve du patient
 pour parvenir à faire le diagnostic des perturbations corporelles en détectant les ruptures qui existent dans le mouvement d'aller et retour de la sensation générale du corps à la vie intrapsychique et l'influence de ce mouvement d’aller et retour sur l’état de bien-être ou de maladie du corps.

2°. apprendre à percevoir le patient comme une unité somatopsychique
comme une  unité complexe et unité indissoluble. Comprendre qu’une approche du malade qui ferait l’économie de cette unité serait vouée à l’échec dans le diagnostic autant que dans le traitement. Ne pas utiliser le progrès technique ni la complexité de maniement de la machinerie technique pour oublier le véritable lieu de la maladie : ce lieu complexe et interférant qu’est la globalité d’une personne somatopsychique.

3°.  apprendre à analyser la continuité somatopsychique 

4°. apprendre au patient à apprendre comment vivre son corps et sa maladie 
- considérer son propre corps comme une unité psychosomatique communicante.
- considérer sa propre maladie comme un symptôme du dysfonctionnement de cette unité personnelle complexe et indissoluble et non comme un simple trouble d’organe.
- ne pas considérer son propre corps malade comme un objet externe, ni comme un objet partiel coupé de la totalité et qui serait à modifier par d’autres objets externes, les médicaments.
- ne pas considérer son propre corps malade comme un objet qui serait à modifier par un autre objet ou sujet externes, le médecin.
- ne pas se placer dans un duo absurde de médecin détenteur du pouvoir, d’une part, et de malade enfermé dans le “rôle de patient”, d’autre part, ce qui empêcherait de parvenir à la collaboration indispensable pour saisir ensemble la compréhension du fonctionnement de cette unité somatopsychique.
- considérer le médecin non comme un spécialiste des troubles d’organes ni comme un spécialiste d’une discipline médicale spécialisée mais toujours comme un spécialiste scientifique du fonctionnement de cette unité complexe et indissoluble, même si son approche se fait à partir d’un approfondissement spécifique.
- accepter de ne pas rechercher ensemble une réponse “immédiate” au trouble ressenti mais “prendre le temps” de découvrir le lien existant entre les différentes manifestations corporelles et entre ces manifestations corporelles différentes et les manifestations psychiques.
- prendre le temps de découvrir le mode intérieur et progressif de réaction de l’unité somatopsychique à la maladie, découvrir ce “sens intérieur”, cette “sagesse intérieure”, accepter “l’expectation” qui permet au corps de s’ajuster progressivement pour revenir à l’équilibre de santé. 
- veiller à ne pas tuer cette expectation par l’ingestion systématique de l’objet médicament qui “tue” le temps et la maturation. Gérer ce rapport du court terme et du long terme de maturation et d’expectation.
- prendre également le temps de découvrir les “ressources” personnelles et ne pas connaître seulement les dysfonctionnements.
- se présenter devant le médecin en “personne compétente” par rapport à son propre corps, par rapport à ses rêves ou à sa vie psychologique, c’est-à-dire une personne qui s’est observée, qui connaît ses signes psychologiques ou somatiques de dysfonctionnements, qui a établi des liens entre les phénomènes, qui a établi des correspondances et des rythmes, qui connaît quelque peu ses propres ressources, son rythme de réaction après les agressions somatiques ou psychologiques. C’est parvenir au rôle précis de “malade-personne compétente” envers soi-même, avant toute compétence du médecin ou du psychothérapeute qui ne peut être qu’une compétence adjuvante même si elle est extrêmement développée sur le plan scientifique. Le malade gardera donc toujours la priorité sur le médecin. Ne pas accepter que le médecin tente d’imposer une autre relation par l’apparat des “trucs” magiques : blouse, bureau, silence, affairement etc.

5°. apprendre à développer la sensibilité à autrui 
comprendre que les exigences précédentes ne peuvent être satisfaites que si le sérieux scientifique inclut la formation nécessaire pour développer une grande sensibilité qui fait de l’acte thérapeutique un véritable “art”. Il s’ensuivra une formation à l’observation , à l’écoute.

6°. apprendre à développer la patience  
comprendre que cette aide accordée à l’unité somatopsychique du malade pour retrouver la santé ne puisse donc pas être assurée de succès complets ni immédiats. C’est ici que le mot de patient reprend, à juste titre, l’ensemble de ses significations : la souffrance y sera vécue dans la patience temporelle. La santé est une négociation avec le temps qui seul permet la connaissance effective de cette individualité jamais rencontrée dans les livres ni dans la clinique préalable.

7°. apprendre à développer l’exigence   envers les formateurs des médecins
- exiger que la “Faculté” mette sur le marché de la santé et de la médecine des professionnels qui soient compétents, c’est-à-dire capables d’exercer cet art holistique de la médecine, et non des hommes-ordinateurs capables seulement  d’ordonner des examens toujours partiels et toujours renouvelés de laboratoire,  centrés seulement sur les données chiffrées et incapables d’écouter, incapables de découvrir la longue compétence du malade envers son propre corps.
- exiger de soi-même comme patient d’aider son médecin à ne pas pas s’enfermer dans le rôle traditionnel d’expert illusoirement omnipotent, pressé (“im-patient”), monologuant, abrité dans sa cuirasse de la blouse blanche face à une personne illusoirement non-compétente. Le patient est responsable de cette formation continue du médecin et il doit perfectionner progressivement son art de former son médecin à une relation qui mette en jeu l’intelligence réciproque, la sensibilité réciproque et la coopération des deux partenaires.

8°. apprendre à exercer en commun cet art de la santé et  cet art de la médecine 
Cet art de la connaissance et du traitement de l’unité psychosomatique doit être également exercé par le patient envers soi-même et non par le seul médecin. Il doit etre exercé simultanément par le duo médecin-malade et malade-médecin, par le malade comme médecin et par le médecin comme être humain malade. Le patient et le médecin, doivent donc être tous les deux considérés comme compétents à des titres différents ; mais, de plus, ils doivent être ensemble des généralistes, des artistes, des personnes sensibles dans la relation à soi-même, dans la communication réciproque, des personnes en recherche qui ne clôtureront pas par un médicament, par un diagnostic, par une relation hiérarchique inégale ce qui doit rester une recherche en commun de la santé. Les huit propositions présentées ci-dessus sont donc également des propositions pour la formation du patient à la relation patient-médecin.

Pour placer cette relation sur un arrière-plan de tradition millénaire, je rappellerai qu'en hébreu, c'est le même mot (a'hlim) qui signifie "faire guérir" et "faire rêver", jeu de mot sur une seule racine qu'utilise le prophète Isaïe pour nous raconter l’histoire du Roi Ezéchias . Ce Roi Ezéchias était à l’article de la mort, condamné, et il composa une lettre pour la postérité “à l’occasion, dit le texte, de la maladie dont il guérit”. Le fait est estimé extra-ordinaire car il a été jugé très important de transmettre ce qu’a été le processus thérapeutique qui lui redonna quinze années supplémentaires de vie. Je n’analyserai de ce processus qui comporte de multiples niveaux que ce qui concerne directement notre propos : le Roi Ezéchias ne dit pas simplement à Dieu “tu m’as guéri” mais “véta’haliméni véha’hayyéni”, ce qui veux dire “tu m'as fait rêver, tu m'as guéri et tu m'as fait revivre”. 
Cette phrase résume bien ce dont essayait de rendre compte Cognasse Desjardins : il a cerné ces liens dont doit tenir compte le thérapeute et la phrase montre bien la limite posée au besoin de toute puissance thérapeutique car le rêve ne peut pas appartenir au thérapeute. 
Cette approche n’est nullement en contradiction avec la prescription médicamenteuse car, ensuite, Isaïe le prophètemédecin vient prescrire de placer un plat de figues sur la plaie du Roi et cela le fait guérir. 
Ainsi, à l’heure de rapides progrès de la médecine et de la recherche biologique, et des attaques de quelques courants dits scientifiques contre la psychopathologie, les psychothérapies et la psychanalyse qui ne seraient que “la somme de nos ignorances”, il importe de nous rappeler toujours ce rôle primordial du rêve et que toute science assurée n’est toujours que l’erreur de demain .

Dans le livre "Ecouter le rêve", j’ai parlé de cette relation commune "d'investissement du rêve" mais je ne l'envisageais que dans le cadre de la psychothérapie. J’ai souvent, aussi, pratiqué cette démarche dans la formation à la relation médicale, à partir de l'expérience de formateur ou de superviseur dans des "groupes Balint", en particulier avec des thérapeutes de toxicomanes mais je n’avais pas encore rencontré une telle audace d'insertion directe de la vie intrapsychique du rêve dans la pratique de la médecine générale comme chez Cognasse Desjardins. En cela, il était éloigné autant de l'approche magico-verbale présente aujourd'hui encore dans la médecine, dans la psychothérapie ou dans l'analyse, que de l'approche médicamenteuse unilatérale qui n'est pas absente aujourd'hui.

Au delà des projections, des fausses assimilations et des différences dans le bagage conceptuel, nous trouvons chez Cognasse Desjardins certaines des meilleures questions de la recherche contemporaine, le "plaidoyer pour une certaine anormalité" , la compréhension du jeu associatif et structurel original du patient, la nécessité de rejoindre les infrastructures somatiques à travers le verbe et l'imaginaire (et réciproquement) pour aboutir non pas à une régression mais à ce que l’on pourrait nommer une resomatisation du discours du sujet.

Soulignons cependant une grande absence dans l'œuvre de Cognasse Desjardins, celle du mythe. Par là, il annonce davantage les conceptions somato-structuralistes que la lecture analytique symboliste ou même que le renouveau de cette pensée dans la compréhension fantasmatique et mythique de l'espace analytique (Castoriadis l975, Dufour l978, Valabrega l980) Mais, en fait le fantasme et le mythe existent peut-être "plus" encore au niveau du fonctionnement que du symbole.

Dans ce contexte d'ensemble, nous comprenons mieux maintenant comment, deux ans plus tard en l803, Johann Christian Reil pourra publier son ouvrage qui a été considéré par F, G. Alexander comme le premier traité systématique de psychothérapie : "Rhapsodien über die Anwendung der psychischen Curmethod auf Geiseszerrüttungen" (Hall: Curt). Le titre lui-même prolonge les aspects poétiques déjà rencontrés chez Desjardins : "Rhapsodies sur l'application de la psychothérapie aux troubles mentaux". Reil exprimera aussi ses difficultés et sera véritablement un inventeur capable de traduire ses intuitions en techniques : thérapie occupationnelle, sexothérapie, musicothérapie, théâtrothérapie mais aussi, parfois, quelques séquelles des méthodes violentes de Boerhaave Cognasse Desjardins n'a pas concrétisé ses intuitions en techniques instrumentales précises, il s'est contenté d'ouvrir la porte à la recherche sur le niveau intrapsychique des liens entre le corps et la psyché mais il en a cependant tiré de grandes conséquences pour la relation thérapeute-patient.

Après bien d’autres méandres, cette voie sera prolongée un siècle plus tard par un autre chercheur : Freud Le fait que ce successeur viendra d'une culture ancestrale et nationale tout-à-fait différente de celle de Cognasse Desjardins, a donné une lecture particulière des processus psychiques. Certes, Freud vint à Paris se relier à la fin d'un siècle de tradition psychiatrique française mais, ensuite, il retourna formuler ailleurs -dans son propre fonctionnement- ce qu'il avait à dire. Parallèlement à l'Essai de Cognasse Desjardins, Pinel inaugurait la psychiatrie. Nous sommes encore les héritiers de toutes ces Ecoles entremêlées.

Et, puisque nous constatons un parallélisme curieux dans le rythme séculaire du renouvellement dans l'épistémologie scientifique entre les travaux sur le “rêve” et sur l’approche “analytique”, nous sommes fondés à attendre une nouvelle émergence scientifique à l’aube du vingt-et-unième siècle :

- l801 : l'Essai sur les “Songes” ( Cognasse Desjardins ), et La Médecine clinique rendue plus précise et plus exacte par l'application de “l'analyse”, (Pinel ).
- un siècle plus tard, en l900 : L'interprétation des “Songes” (Freud) et la psycho- “analyse”.
- un siècle plus tard, vers l'an 2000 : quel renouvellement thérapeutique se produira encore à partir d'une interrogation nouvelle sur le “rêve” et d'une capacité nouvelle d' “analyse” ?…
 

II°  P A R T I E 

10. Texte de l'Essai sur les Songes. 
(27 pages   insérer ici ) .
 

11. Noms cités dans le texte de l' Essai sur les Songes

Nom Page

Alpin 21
Aristote 4, 16
Boerhaave 20
Bonet (Bonnet) 3, 9
Brown 15
Cardan  4
Cicéron 14
De La Forge 7
Descartes 7, 14
Dumas 8
Fernel 5
Fouquet 26
Galien 4, 20, 20, 21, 23, 24
Hippocrate 4, 5, 7, 18, 22, 22, 23
Lullin 9
Manget 17
Mario 17
Newton  4
Ossian 19
Pétraque 11
Pétrone 6
Pinel 9
Platon 4, 5
Pline 17
Pythagore 15
Stahl 7, 20
Rufus 17
Thortone 15
Vigarous 15
Young 19

12. Noms cités hors du texte de l'Essai sur les Songes

   Page

Barthez 27,
Baumes 27
Berthe 27
Broussonet 27, 27
Chaptal 27
Coquet      2
Desjardins   1
Dumas 27
Fouquet 27
Gouan 27
Hippocrate   1
Lafabrie 27
Martel 27
Mejan 27
Montabré 27
Natey   2
Poutingon 27
René 27
Roger   2
Seneaux 27
Vigarous 27
Virenque 27 
13. Ouvrages cités dans le texte de l'Essai sur les Songes

Alpin De prœsagio.
Aristote Probl. Sect.
Aristote De præsent. per somn.
Bonet (Bonnet) Essai analytique sur l'ame.
Cardan De rerum varietate.
Cicéron De divinat.
Descartes Tract. de hom.
Dumas Principes de physiol.
Fernel De signis.
Galien De prœsagio ex insomniis sumendo.
Hippocrate  De insomniis.
Manget Bibl. medico pract.
Stahl Pathol.
Stahl Pathol. spécial.
Stahl  Theo. med. ver. phys. de somno.
 

14. Editions de référence citées dans le texte de l'Essai sur les Songes
 

J’ai établi cette liste des éditions utilisées dans l'Essai (hormis les éditions des plus grands classiques antiques) d'après les particularités du libellé de citations de Cognasse Desjardins et des titres de plusieurs ouvrages auxquels il renvoie. J’ai établi cette liste avec précision mais sans prétendre à une certitude absolue sur plusieurs points.
 

• Alpin Prosper, 1553-1617.
Alpini, Prosper de Præsagienda vita et morte ægrotantium libri septem... cum præfatione Hermanni Boerhaave. Lugduni Batavorum, ex off.  Severin 1710, in-4°.

Alpini, Prosper The Presages of life and death in diseases, in seven 
books, trad. London, G.Strahan and J. Clarke, 1726. 2 vol, in-8°.

Boerhaave Hermann, 1668-1738.
Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis, in usum doctrinæ dimesticæ digesti ab Hermano Boerhaave. Lugduni Batavorum, apud J. Vander Linden, 1709, in-12°.

Aphorisme de M. Hermann Boerhaave, sur la connaissance et la cure des maladies traduits en francois par *** (de La Mettrie). Nouvelle édition. Paris, Huart, 1745. in-12°.

Bonnet Charles, 1720-1793. (Cognasse Desjardins écrit, par erreur: Bonet).
Essai analytique sur les facultés de l'âme. Tome I Sec. ed. Copenhague, Philibert, 1760, 1769. (L'édition de 1760 a été reprise en fac-similé en 1970 par Slatkine Reprints, Genève).

Œuvres d'Histoire naturelle et de philosophie de Charles Bonnet. Neuchatel, S. Fauche, 1779. 17 vol. in-8°. Vol. XIII-XIV: Essai analytique sur les facultés de l'âme. Edition de 1779-1783, 8 tomes en 10 vol. in-4°. Vol VI: Essai analytique sur les facultés de l'âme.

• Cardan Jérôme, 1501-1576.
Hieronymi Cardani Mediolanensis philosophi ac medici celeberrimi Opera omnia: tam hac tenus excusa ; hic tamen aucta et emendata ; quam nunquam alias visa, ac primum ex auctoris ipsius autographis eruta: cura Caroli Sponi Lugduni, sumptibus A. Huguetan, et M.A. Ravaud, l663. lO vol. Tome 3 : De rerum varietate. De subtilitate.

• Cicéron, 65 BC-  .
Les deux livres dela Divination de Cicéron, traduits en françois par Régnier Desmarais, avec le texte latin, suivi du traité de la Consolation par Morabin. Nouvelle édition revue et corrigée. Paris, chez les frères Barbou. an III, in-12°.

M. Tulli Ciceronis libri de Divinatione, ex recensione et cum notis J/. Jac. Hottinger Turici, formis Orellianis, 1793. in-8°. 
(Je ne suis pas sûr de la préférence donnée par Cognasse Desjardins à l'une ou l'autre de ces deux éditions. Dufour).

• Descartes René, 1596-1650.
Renati Descartes. Opera philosophica omnia in tres tomas distributa, quibus continentur:  Meditationes de prima philosophia, Principia philosophæ. Dissertationes de methodo, Diotrice, Meteora, Tractatus de passionibus animæ, de homine et formatione fœtus, cum notis Ludovici de La Forge et autoris vita... Fracofurti ad Mænum, sumtibus F. Knochii, 1697. 3 tomes en 6 vol. in-4°.

• Dumas Charles-Louis, 1765-1813.
Principes de physiologie, ou Introduction à la science expérimentale, philosophique et médicale de l'homme vivant, par Charles-Louis Dumas. Paris, Déterville, 1800-1803. 4 vol. in-8°. Tableaux.

• Manget Jean-Jacques, 1652-1742.
Jo. Jac. Manget. Bibliotheca medico-practica, sive Rerum medicarum thesaurus cumulatissimus, quo omnes prorsus humani corporis morbosæ affectiones tam artem medicum in generatum chirurgicam in specie, spectantes, ordine alphabetico explicantur... Genevæ, sumptibus. J.A. Chouet, 1695-1696. in-folio.

Jo. Jacobi Manget. Bibliotheca medico-practica, qua omnes humani corporis morbosæ affectiones ordine alphabetico explicantur... et per dissertationes, consilia, observationes, ac cadaverum anatomicas inspectiones... Tractantur. Editio altera. Genevæ, sumpt. fratrum de Tournes, l739. 4 vol. in-folio.

• Newton (Sir Isaac), 1642-1727.
Isaac Newtoni Opera quæ exstant omnia commentariis illustrabat Samuel Horsley. Londoni, excudebat J. Nichols, 1779-1785. 5 vol. in-4°. in Vol V, 3: Observations upon the prophecies of Holy Writ, particularly the propheties of Daniel and the Apocalypse of St John.

• Ossian (œuvres écrites, en fait, par James Macpherson, 1736-1796).
Poésies galliques, traduites sur l'anglois de M. Macpherson. par M. Le Tourneur. Paris, Musier fils, 1777. 2 tomes en 1 vol. in-8°.

The works of Ossian, translated from the Galic language by James Macpherson. Paris, J. Barrois, 1783, 4 vol. in-12°.

• Pline l'Ancien, 23-79.
Caius Plinius Secundus. L'Histoire du monde de C. Pline Second... A quuoy a esté adjousté un traité des pois et mesures antiques, résuites à la françoise... Le tout fait et mis en fraçois par Antoine Du Pinet, seigneur de Noray. Lyon, C. Senneton, 1562. 2 tome en 1 vol. in-folio. 
Autres éditions  : 1566, 1581, 1615.

• Stahl Georges Ernest, 1660-1734.
Theoria medica vera, physiologiam et pathologiam, tamquam dictrinæ medicæ partes vere contemplativas, e naturæ et artis veris fundamentis... sistens. Halæ, literis Orphanatrophei, 1708. 7 parties in 2 vol. in-4°.

De Motus hæmorrhoidalis et fluxus hæmorrhoidum diversitate, bene distinguenda tan ad veram theoriam seu pathologiam quam justam therapiam seu praximn,non tantum utilis sed plane necessaria remonstratio, duobus schediasmatibus ad duos viros medicos exarata. Parisiis, F. Horth-Hemels, 1730. in-8°.

• Young (Rev. Edward), 1683-1765.
Les Nuits d'Young, traduites de l'anglais par M. Le Tourneur. Paris, Lejay, 1769. 2 vol. in-8°. Nombreuses éditions ultérieures ; celle de 1769 est traduite en vers français. 4 vol. in-12°. Imprimerie de F. Didot.

Œuvres diverses du docteur Young, traduites de l'anglais par M. Le Tourneur. Paris, Le Jay, 1770. 2 vol. in-12°.

15. Programmes des Cours d'Enseignement dans l'Ecole de Santé de Montpellier
 
 ( insérer ici la couverture et les pages 41 à 55 de l'Organisation intérieure de l'Ecole Clinique interne de  Montpellier ).
 
 

16. Etudes mettant en valeur l'Histoire de l'Université et de l' Ecole de Médecine de Montpellier

Archives de la Faculté de Médecine de Montpellier:
 Série Q. = Dossiers spéciaux et pièces diverses
 Série S.  = Registres.
Broussonet, J.L.V. Notes pour servir à l'Histoire de l'Ecole de Médecine à la fin du XVIII° siècle... Montpellier : J. Martel. 1842.
Dulieu, L. Les grandes cérémonies de l'Ecole de Médecine de Montpellier; sous la Révolution et sous l'Empire. Languedoc Médical, tome XXXV, n° 2, mars-avril 1952.
Dulieu, L. Essai historique sur l'Hôpital Saint-Eloi de Montpellier (1183-1950), Montpellier : Imp. ch. Déhan, 1953. et autres travaux de Dulieu.
Dulieu, L. La médecine à Montpellier.tome I, Le Moyen-Age. Les Presses Universelles, 1975.
Journal d'instruction sur toutes les parties de l'art de guérir, ouvrage périodique propre à constater l'état et les progrès de l'enseignement dans les Ecoles de médecine de l'Empire françois et notamment dans celle de Montpellier, département de l'Hérault  par une société de médecins. Montpellier : J. Martel, aîné. 1791-1792.
Prenelle, C.F.G.V. Fragmens pour servir à l'histoire des progrès de la médecine dans l'Université de Montpellier. Montpellier : J. Martel, aîné, AN IX.
Thomas, L. La vie universitaire à Montpellier au XVIII° siècle. Montpellier : Roumégous et Déhan, 1914.
Turchini, J. Aperçu du rayonnement de l'Ecole de Médecine de Montpellier à travers le monde. XVI° Congrès Int. Hist. Médecine. Montpellier, 1958.

17. Etudes mettant en valeur l'influence des médecins juifs dans l' Ecole de Médecine de Montpellier

Astruc, J. Mémoires pour servir à l'histoire dela Faculté de Médecine de Montpellier. Paris, l767. 
Askenasi, J. Contribution des juifs à la fondation des écoles de médecine en France au Moyen-Age. Thèse de médecine, Paris, l937. Carcassonne, D. Essai historique sur la médecine des hébreux anciens et modernes. Thèse de médecine. Montpellier: J. Martel, aîné. 1811.
Delmas, P. L'hippocratisme montpellierain  ses origines  ; rôle prépondérant des fils de l'Islam et des enfants d'Israël. Æsculape, tome XIII, 1923. idem à Montpellier: Rougemous et Déhan, 1923, avec C. Guérin-Valmale.
Documents inédits sur les Juifs de Montpellier au Moyen-Age. Revue des Etudes Juives, vol 19, pp. 259-282, l889 ; vol. 22, pp. 264-279, l891 ; vol. 23, 265-278, l891 ; vol, 28, pp. 118-141, l894 ; etc.
Friedenwald, H. Les juifs et l'Université de Montpellier, Jean Astruc (1684-1766) et les Saporta. Rev. d'Hist. de la Méd. Héb. 1, 1948, pp. 21-29.
Gross, H. Gallia Judaïca. Dictionnaire géographique de la France d'après les sources rabbiniques. Rev. Etud. juives. Paris : Cerf. 1897.
Kahn, S. Les Ecoles juives et la Faculté de Médecine de Montpellier. Montpellier : G. Firmin et Montage, 1891.
Kohn, R. L'influence des juifs à l'origine de la faculté de médecine de Montpellier. Rev. d'Hist. de la Méd. Héb. 4, 1949, pp. 14-34.
Leibowitz, J.O. Médecins juifs à Montpellier. 16° Congrès d'Histoire de la Médecine. 1, 1958 (1960), pp. 17-18.
Lehman, A. Rofeim yehudim beprovence, ouvelanguedoc ouveveit ha sefer le refouah be montpellier be meot ha XI°, XII°, XXIII°. Qorot (Israel). en hébreu. 3, 1964-65, pp. 455-471.
Muntner, S. Un traducteur hébreu d'Aboul Kasrim traitant de l'instruction et de l'éthique des médecins de la France méridionale au XIII° siècle. XVI° Congrès Int. Hist. Médecine. Montpellier, 1958.
Pansier, P. Les médecins juifs à Avignon aux XIII°, XIV°, XV° siècles.  Janus. Arch. Intern. pour l'Hist. de la méd. 15, 1910, pp. 421-451.
Simon,  Le serment médical d'Assaph, médecin juif du VII° siècle avec une étude comparative du serment d'Hippocrate, de la prière médicale de Maïmonide et du "serment de Montpellier".  Rev. d'Hist. de la Méd. Héb. 9, juillet 1951, pp. 1-9.
Simon,  Les médecins juifs et la fondation de l'Ecole  de Médecine de Montpellier. Rev. d'Hist. de la Méd. Héb. 18, 1965, n° 68, pp. 79-93.
Wickersheimer, E. La question du judéo-arabisme à Montpellier. Monspelliensis Hippocrates. 2, 1959, n° 6, pp. 3-7.
Wickersheimer, E. Dictionnaire biographique des médecins en France au Moyen-Age. Genève: Droz. l979
 

18. Ropra et la loi du 24 juin i792.

Texte tiré de 
Histoire et Description des archives générales du Département du Nord, à Lille ; par M. Le Glay, archiviste. Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la Bibliothèque Royale et des archives et des bibliothèques des départements, publiés par M. Champollion Figeac. Tome Second. Paris: Firmin Didot Frères, l843. pp. 62-68. 
Le commentaire de M. Le Glay doit être replacé dans sa relation au pouvoir de l843, mais les faits et documents gardent une valeur historique qui concerne notre étude.
( insérer ici la page de couverture et les pages   62  à  68  )

19. Table des illustrations

Registre des Actes de l'Ecole de Médecine de Montpellier 
Inscriptions de Cognasse Desjardins
Procès verbal d'admission aux examens de Cognasse Desjardins
Extrait du Registre des Délibérations de l'Ecole 
de Médecine de Montpellier
Plan de la Ville de Montpellier vers 1780
Cartes indiquant le rayonnement de l'Ecole de Médecine de Montpellier
Discours sur le Génie d'Hippocrate, par Barthez
Discours sur la clinique, par Fouquet
Le Songe et la Mort. Planche d'Anatomie de la Grande Encyclopédie
Illustration sur l'Ethique à Nicomaque d'Aristote
Gravure représentant Cardan
Le cerveau, siège de l'âme, selon Descartes
Le sommeil de la raison engendre des monstres, par Goya 1799
Essai analytique sur les facultés de l'âme, par Charles Bonnet, 1769
Rapport force/forme/sens, par Dufour
Programme des Cours d'Enseignement de l'Ecole de Médecine de Montpellier 
 
 

Ici fin du livre