Page d'accueil
Le Lév Gompers
Comment étudier
le Talmud
La Tora
L'étude
des 54 sections
Les poèmes
L'auteur
Ses publications
Livres et articles
Le moteur de recherche sur tout
le site
S'inscrire
pour recevoir régulièrement les cours et les nouveautés
du site
Nous écrire
© Copyright 2001
Dufour
|
Professeur Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org
Livre scientifique on-line (162
pages A4)
Recherche sur l'histoire du
rêve.
Un inédit de 1801
fait la jonction entre la conception
ancienne et moderne du rêve
par Pr. Yehoshua Rahamim Dufour
Département de Criminologie. Bar-Ilan
University. Ramat-Gan. Israël.
Rappel du plan (suite du texte)
I°
PARTIE
1. Présentation
2. L'Essai sur les songes
3. A la recherche de Cognasse Desjardins
perdu
4. Cognasse Desjardins, l'étudiant
de l'Ecole de Médecine de Montpellier
5. Contexte historique de l'Essai sur
les songes
6. Contexte scientifique de l'Essai sur
les songes
7.
Les Maîtres de Cognasse Desjardins
Barthez
Fouquet
8. Les débats ouverts par Cognasse
Desjardins
Le concept en psychologie et l'anasémie.
Exemples
Premier exemple d'anasémie : Die
Traumdeutung
Deuxième exemple d'anasémie:
le “fantôme”
Troisième exemple d'anasémie:
"l'éveil du rêve"
Le concept de “songes”
L'indépendance de la psychologie
et les sources de Cognasse Desjardins
Hippocrate
Platon
Aristote
Galien
Cardan
Fernel
Descartes
Rationalisme scientifique
Structure et sens
Opération intrapsychique et psychosomatique
9. Huit propositions pour la formation
du médecin à la relation médecin-malade
1°.apprendre à écouter
le rêve du patient
2°. apprendre à percevoir le
patient comme une unité somatopsychique
3°. apprendre à analyser
la continuité somatopsychique
4°. apprendre au patient à
apprendre comment vivre son corps et sa maladie
5°. apprendre à développer
la sensibilité à autrui
6°. apprendre à développer
la patience
7°. apprendre à développer
l’exigence envers les formateurs des médecins
8°. apprendre à exercer en
commun cet art de la santé et cet art de la médecine
II° P A R T I E
10. Texte de l'Essai sur les Songes.
(27 pages insérer ici
) .
11. Noms cités dans le texte de
l' Essai sur les Songes
12. Noms cités hors du texte de
l'Essai sur les Songes
13 Ouvrages cités dans le texte
de l'Essai sur les Songes
14. Editions de référence
citées dans le texte de l'Essai sur les Songes
15. Programmes des Cours d'Enseignement
dans l'Ecole de Santé de Montpellier
16. Etudes mettant en valeur l'Histoire
de l'Université et de l' Ecole de Médecine de Montpellier
17. Etudes mettant en valeur l'influence
des médecins juifs dans l' Ecole de Médecine de Montpellier
18. Ropra et la loi du 24 juin 1792
19. Table des illustrations
III° P A R T I E
20. Bibliographie
sur les problématiques soulevées par l'Essai sur les
Songes
A. Histoire du rapport corps/rêve-imaginaire
en thérapie
A.1. Quelques œuvres
A.2. Travaux sur l'évolution de
la médecine et de la psychiatrie liées à notre étude
B. Recherches contemporaines sur le lien
corps/rêve-imaginaire
C. Approche psychosomatique du lien corps/rêve-imaginaire
D. Le rapport rêve/corps-imaginaire
dans la pratique de la psychothérapie d'orientation
psychanalytique
E. Le rapport rêve/corps-imaginaire
dans la pratique de la psychothérapie d'orientation non psychanalytique
21. Index des noms propres
Suite de la publication on-line. (3e
page)
Platon
Si Cognasse Desjardins passe d' Hippocrate
à Platon, c'est qu'en effet nous trouvons chez ce dernier l'attestation
de l'importance de l'Ecole d'Hippocrate, en deux endroits dans Protagoras
(311) : "Hippocrate de Cos, celui qui fait partie du corps des Asclépiades")
et dans Phèdre (270) où il est également question
du rapport du corps et de l'âme et des actions à entreprendre
pour assurer à l'un et à l'autre la santé. Nous y
trouvons la philosophie même de Cognasse Desjardins : il s'agit de
réaliser cela non pas comme une routine mais à la fois comme
un exercice de la raison critique et créative, comme un art et comme
une activité reliée à la nature. C'est l'enseignement
même de Fouquet sur la clinique : aller dans le meilleur sens de
la nature pour "aider et ne pas nuire", selon la belle formule d'Hippocrate
qui pourrait être la devise du psychothérapeute également :
"Oféleïn é mé blaptein" aider et ne pas nuire
.
Ecoutons la discussion de Socrate et de
Phèdre :
"Phèdre : que veux-tu dire par
là ?
Socrate : que sans doute le cas de l'art
médical est exactement le même que celui de l'art oratoire.
Phèdre.: mais encore ?
Socrate : dans tous les deux, on a une
nature à analyser : le corps dans le premier, et l'âme dans
le second sans quoi, c'est sur la routine et sur l'expérience seules,
mais non pas sur l'art, qu'on devra se fonder, en appliquant à l'un
remèdes et régime, pour produire en lui bonne santé
et vigueur, pour conférer à l'autre, en lui appliquant propos
et pratiques en accord avec la règle, telle conviction qu'on voudra,
je veux dire telle excellence.
Phèdre : il y a apparence, au moins,
Socrate, qu'il devra en être ains
Socrate : or, la nature de l'âme,
crois-tu possible d'en avoir une conception méritant qu'on en parle,
si c'est indépendamment de la nature du tout ?
Phèdre : eh! s'il faut avoir confiance
en Hippocrate, lui qui est un Asclépiade, il n'est même pas
possible de se passer de cette méthode quand c'est du corps que
l'on s'occupe !
Socrate : il a en effet, camarade, parfaitement
raison de le dire. Il faut, cependant, en plus d'Hippocrate, consulter
la raison et examiner si la voix de celle-ci est à l'unisson.
Phèdre : d'accord !
Socrate : eh bien ! examine alors ce que
peuvent bien dire, concernant la nature, Hippocrate aussi bien que le raisonnement
vrai".
Nous pouvons dire alors de Cognasse Desjardins,
ce que J. R. Oliver disait d'Hippocrate: "if you persevere in your reading,
you will come accross acute, psychopathological observations, sound diagnoses,
and interesting case histories. And, to your surprise, you will begin to
realize that the Greek physicians of the fifth and fourth centuries B.C.,
were deeply interested in mental reactions, and that a great deal of what
they said and wrote, forgotten through it was during the Middle Ages and
only gradually rediscovered, has a strangely modern sound, a familiar modern
atmosphere" .
Nous pouvons résumer la conception
de Platon en deux points majeurs :
- il insistait plus qu' Hippocrate sur
l'origine divine des rêves, comme dans le Sophiste (266-fin) où
le rêve est un simulacre de la réalité produit par
les dieux ("théïas erga poïeséos"), de même
que l'homme peut créer des simulacres par la mimique ou par l'imitation
- le rêve est une modalité
de la vision externe. Quand nous passons de l'activité de voir à
celle de l'occlusion des paupières, le calme interne se produit
car le feu externe est estompé ou éteint et le feu intérieur
est maintenu. Si le feu extérieur subsiste encore, l'homme rêve,
des rêves calmes ou agités suivant la persistance des mouvements
de l'activité visuelle externe.
Cette théorie (Timée, 45-46)
se situe donc entièrement au niveau de l'homme et ne peut être
réduite à la première. Nous retrouvons un prolongement
de cette conception quand Cognasse Desjardins rappelle la conception hippocratique
de Stahl faisant la différence sur les sensations internes et externes
concernant le rêve (p. 7).
Aristote
La référence à une
conception d'Aristote (384-322 avant l'ère actuelle) concerne également
ce dernier point, (p. 16 de l'Essai). L'autre conception d'Aristote qui
est évoquée (p. 4 de l'Essai) concerne le parallélisme
des perturbations au niveau de l'âme et du corps . Pour saisir le
choix de Cognasse Desjardins dans les multiples apports d'Aristote sur
le rêve et le sommeil, il faut brosser brièvement sa conception.
Elle a été condensée
dans plusieurs traités : De sensu, De memori, De somno, De insomniis,
De divinatione per somnum, De longitudine vitæ, De iuventute, Historia
animalium, De anima, De sanitate, et dans Parva Naturalia qui est un composé
où l'on peut retrouver des références à ces
traités . Il faut y ajouter des traités qui situent ces problèmes
dans la question plus large du rapport du corps et de l'âme comme
la métaphysique ou l'Ethique à Nicomaque, ou ces problèmes
dans leur position chez l'homme et chez l'animal : De generatione Animalium,
De motu animalium, De incessus animalium. Cognasse Desjardins cite les
Problematica d'Aristote ce sont des problèmes dont la
rédaction est souvent considérée comme apocryphe .
Sa référence est tirée de la XXX° question .
( insérer ici la reproduction
"quod somno eripitur datur vitæ" )
Dans les Problematica, Aristote ou son
Ecole font une correspondance directe entre rêve et corps sain ou
corps malade :
"meilleurs sont les hommes, meilleurs
sont leurs rêves car ils pensent à de meilleures choses dans
leurs heures de veille tandis que ceux qui sont moins bien disposés
dans leur esprit ou dans leur corps ont de mauvais rêves. Car il
y a une correspondance étroite entre la disposition du corps et
les images de nos rêves car quand un homme est malade, les idées
proposées par ses pensées sont mauvaises et en raison du
trouble qui règne dans son corps, son esprit ne peut se reposer
et être en bon état. Pour cette raison, les atrabilaires se
lèvent dans leur sommeil..." .
En fait, l'approche des Problematica n'est
guère différente des conceptions aristotéliciennes
qui n'ont pas toujours elles-mêmes une unité précise
concernant les modalités de la vie psychique, ce qui peut aboutir
à des approches diverses sur ce qu'il est convenu d'appeler
la "psychologie" d'Aristote, terme qui couvre autant des dimensions philosophiques
que des dimensions psychologiques ou médicales, au sens contemporain
de ces domaines.
Il y a d'abord un arrière plan aristotélicien,
bien connu des scientifiques de l'époque de Cognasse Desjardins,
qui concernait le lien du psychisme et du corps. Il comprend plusieurs
dimensions :
- la nature de l'âme:
Aristote se pose souvent la question de
savoir si l'âme ou l'esprit sont séparés ou s'ils ont
un lien avec le corps, s'il y a un complexe "âme-corps". La question
lui semble difficile mais cruciale et exigeant une réponse. Il tranche
en ce sens : il n'y a pas de cas, du vivant de l'homme où l'âme
puisse agir sans impliquer le corps .
- la composition de l'âme :
il n'y a pas plusieurs âmes mais
il y a des parties diverses dans l'âme, des niveaux il y a certes
des niveaux de l'âme qui sont inaltérables, immortels, séparés
du corps mais il y en a d'autres qui sont reliés au corps . C'est
ainsi qu'il parvient même au concept de "nouss poïétikon".
- les désirs de l'âme :
s'il y a un niveau de l'esprit inaccessible,
le "nouss" en soi, il y a un autre niveau qui est celui de l'intervention
dans son action corporelle, c'est le "psuché". Il est caractérisé
par le désir et par des fonctions corporelles (la nutritive, l'appétitive,
la sensorielle, la locomotive et le pouvoir de pensée ). Il y a
des éléments végétatifs du corps qui ne relèvent
pas de ces niveaux de l'âme mais tout ce qui relève du "désir"
en relève . Le mouvement du corps, en particulier relève
du désir . Il y a des niveaux du désir qui concernent ce
qui est en bas, c'est "l'épithymia" .
-l'imagination :
le jeu du désir se transmet au
corps par l'intermédiaire de l'imagination et des images.
- la conception holistique de l'homme :
il n'y a pas un fonctionnement clivé
des différentes composantes de l'homme mais, dans sa nature, il
y a une aspiration à viser un bien global de tout son être
.
- la médecine :
dans ce contexte, les fonctions psychiques
sont simultanément des fonctions corporelles comme, par exemple,
le sommeil ou la mémoire . La "maladie" des fonctions est
bien ainsi un état corporel et concerne l'ensemble des niveaux.
Cet ensemble est connu de Cognasse Desjardins
car il constitue l'éducation de base d'un étudiant cultivé.
Il n'éprouve donc pas le besoin de l'exposer. C'est dans ce contexte
présupposé qu'il se réfère à Aristote
sur les questions précises : le lien des rêves et du corps.
Précisons comment Aristote parvient à situer ces questions
dans sa conception d'ensemble.
Son interrogation part souvent de la comparaison
entre le sommeil de l'adulte, celui de l'enfant et celui de l'animal,
de la recherche sur les causes du rêve, sur le noctambulisme , du
manque de rêve pendant toute la vie . Il essaie également
de qualifier avec précision le rêve comme un phénomène
dépendant de la faculté de sensation/présentation
, parfois dû aux mouvements du corps et il essaie de distinguer
les diverses formes de représentation internes au rêve
et distingue entre doxa, phantastikon, voétikon, aistétikon,
phantasma. Il traite du "rêve dans le rêve" , des "restes diurnes"
("upolleimmata") venant des sens . On le voit, il y a matière à
une compréhension psycho-corporelle du rêve chez Aristote
et ce n'est pas seulement une référence à l'interprétation
ou à la compréhension de messages divins.
Aristote est plus proche de l'interrogation
qui sera celle de Cognasse Desjardins quand il étudie le parallélisme
entre le type de rêve et l'état physique des personnes. Il
parle des rêves "non-bien portants" (ouk érroména)
des personnes atteintes de fièvre, de boisson, ou de troubles du
foie. Ces dernières sont également habiles à cacher
le véritable sens de leurs rêves .
En résumé, nous pourrions
dire que Cognasse Desjardins a délibérement limité
son axe dans le recours à l'œuvre d'Aristote. C'est qu'il ne traite
pas du rêve mais du lien entre le rêve et le corps et il invoque
Aristote uniquement à ce niveau. Il n'élargit pas non plus
son approche à une définition philosophique ou théologique
de l'homme comme le fait Aristote En ces domaines, il n'exploite pas ce
que dit Aristote ou les autres penseurs antiques du rapport entre le rêve
et la divination . En effet, chez Aristote, les questions évoquées
sont situées dans une conception globale du lien de l'âme
et du corps : parfois, l'âme est présentée comme une
substance distincte du corps, parfois elle est la "forme" du corps qui
ne peut donc être localisée nulle part, parfois elle est localisée
en une zone précise , parfois elle est nécessairement dans
le corps ou, même, corporelle ("somatos dé ti" ): nous trouvons
donc à la fois une conception holistique, une conception dualiste
et une conception moniste qui s'opposent. Situer le rapport rêve/corps
dans le rapport âme/corps se poursuivra jusqu'à Descartes.
Avec Cognasse Desjardins, nous arrivons à une recherche qui en reste
au niveau psychologique et psychosomatique. C'est en ce sens que je vois
en son Essai le premier écrit moderne sur la psychologie contemporaine
du lien rêve/corps.
Dans le même sens, il aurait pu s'intéresser
à tout ce qui concerne les processus et les pratiques de représentation
visuelle chez les Grecs, pratiques souvent liées explicitement à
la thérapeutique. J’ai décrit et interrogé ces dimensions
dans ma thèse : la théorie, la méditation, l'incubation
éveillée, l'incubation, l'image dans le parcours initiatique,
l'hermétisme, le colossos, les rêves provoqués et le
jardin "mythe". Il n'a pas non plus exploité ce qui était
écrit à propos des techniques de divination basées
sur le rêve .
En cela, Cognasse Desjardins a pu se baser
sur deux raisons pour ne pas interroger ces dimensions présentes
dans les écrits grecs :
- elles n'y étaient pas présentées
sous une forme théorisée,
- elles n'y étaient pas présentées
sous une forme qui puisse les référer explicitement à
la clinique.
Galien
Galien est l'auteur le plus cité
par Cognasse Desjardins après Aristote. Cela pourrait surprendre
car Galien est souvent présenté comme un anatomiste et physiologiste
obstinés. Cette image vient surtout de l'usage qui en a été
fait ultérieurement quand la science perdit son dynamisme de recherche
pendant de longs siècles d'obscurantisme. Mais, si l'on retourne
aux œuvres originales, comme Cognasse Desjardins a pu le faire, on comprend
mieux cette référence à Galien.
Tout d'abord c'est d'un rêve que
Galien tient sa vocation : Aslépios apparut en rêve au père
de Galien et lui demanda de faire de son fils un médecin. Il lui
avait déjà donné un nom de bon présage: "galénos",
le pacifique, le tranquille. Mais, arrivons au grand médecin qu'il
devint.
Galien considère la vie comme un
tout ("sumpassés gué tés zoés") ; l'unité
vient également de ce qu'il y a une unité des fluides et
de l'air dans le corps lui-même . D’emblée, à la base,
l’approche est holistique.
Galien définit des "facultés"
psychiques ("ton psukikon" ) mais il les inscrit dans le corps : il reprend
la conception d'Erasistrus (l'inventeur de la fameuse formule "la nature
a horreur du vide") selon laquelle le cœur contient en lui une cavité
non remplie de sang mais de pneuma psychique ("alla pneumatos psukikou
mesté") ; ce pneuma diffuse dans le corps par les artères.
Il a plusieurs niveaux du pneuma : le pneuma phusikon qui règle
la vie végétative, le pneuma zotikon et, enfin, le pneuma
psukikon, la "psuké" qui circule par les nerfs. Cette conception
holistique de Galien n'est pas reprise par Cognasse Desjardins, mais il
était fondé à s'appuyer sur l'œuvre de Galien par
le renom de ses travaux diagnostiques, en dépit des aspects anatomiques
qui n'avaient pas survécu au progrès scientifique. Galien
est parfois cité par lui à travers l'œuvre de Prosper Alpinus
dont certains travaux montrent bien le lien existant à travers la
science de l'époque et celle de l'Antiquité .
( insérer ici portrait de Cardan
)
Cardan
Dans le passage suivant, Cognasse Desjardins
se réfère à Jérôme Cardan dont il cite
le ch. 44 du Livre VIII de De rerum varietate . Qui est ce Cardan et pourquoi
passe-t'on ainsi d'Hippocrate à celui-ci ? Cardan (Girolamo Cardano,
1501-1576) est un étrange et brillant personnage dont la personnalité
à multiples facettes n'a pas fini d'étonner. Il était
à la fois médecin, homme de lettres, critique, philosophe,
mathématicien, astrologue, interprète de rêves, joueur,
etc. . Cognasse Desjardins parle de l'autorité un peu suspecte de
Cardan. Celui-ci reprend certains travaux d'Hippocrate et d'Aristote mais
il n'hésite pas non plus à y ajouter des références
à des travaux d'oniromancie qui étaient encore réédités
. Cardan aborde également ces thèmes dans d'autres passages
que Cognasse Desjardins n'a pas cités :
"cæterum si non ex cibo terribilia
se insinuent omnia, proculdubio magnorum impendentium malorum signa sunt :
nam si etiam ex humoribus accidant, sutorem aut melancholiam significant :
aliter autem mortes, luctus, carceres, tormenta, exilia, longos morbos...
et mille alia quæcumque possunt excogitari mala portendunt" .
Cognasse Desjardins se contentera de puiser
chez Cardan une référence concernant son propre thème.
Fernel
Il invoque ensuite Fernel qui parle du
songe comme l'une des sources où le médecin doit puiser les
signes . Fernel (1486-1558) a vécu plus de deux siècles avant
Cognasse Desjardins. Pour apprécier à sa juste dimension
l'estime que lui accordaient ses contemporains, nous pouvons relire ce
qu'en écrivait dans le registre de sa fonction le doyen de la Faculté
de médecine de Paris, Dufour Antoine, après la mort de Fernel :
"clarissimus ac doctissimus vir Joannes
Fernelius, Regis Primarius medicus, in cujus locum suffectus est vir eruditissimus
et prudentia spectatissimus...",
ce à quoi un siècle plus
tard, en 1650, Guy-Patin, doyen à son tour, ajouta :
"...omnium a Galeno medicorum præstantissimus
et scientissimus, Homo summo jure Gallicus Hippocrates dictus, vir bono
publico ad omnia natus ; Philosophus et Medicus acutissimus et solertissimus
Scholæ medicæ Parisiensis singularer lumen et decus eximium,
elegantioris medicinæ a domita et profligata barbariæ Auctor
purissimus, summo humanæ gentis detrimento, maximo totius Galliæ
luctu, æterno omnium bonorum mœrore...".
Même si l'oraison funèbre
est un genre bien typé, l'hommage de Guy-Patin donne la mesure de
l'audience de Fernel dans le monde des sommités médicales
ultérieures.
Fernel peut être considéré
comme faisant la somme des travaux médicaux de l'Antiquité.
A ce titre, justement, ses limites sont posées. Il persévéra
dans certaines erreurs séculaires sur l'anatomie et l'ensemble de
sa théorie fut remise en question avec la découverte de la
circulation du sang. Il ne parvient pas à se détacher d'une
médecine basée prioritairement sur les lettres, la philosophie,
plus que sur l'observation des faits et sur l'expérience clinique.
Il adhère aux explications philosophiques des causalités
telles que Galien les avait indiquées dans ce qui est son ouvrage
le moins solide, sans rechercher vraiment l'épreuve des faits. Sa
physiologie repose sur des "facultés", des "forces", dépendant
elles-mêmes d'une faculté vitale : "la faculté sensitive
et motrice ne peut exister sans la faculté vitale ; celle-ci, répandue
dans tout le corps en conserve toutes les parties par une chaleur tempérée
; elle fournit à la faculté principale, située dans
le cerveau, un esprit qui lui sert de matière et la rend capable
de remplir ses fonctions". Il justifie la présence de chaque organe
par une fonction qu'il doit jouer dans une logique quelque peu animiste :
"il était utile que le cœur produisît les esprits, et fût
l'origine des artères, par lesquelles les esprits se distribuent
dans tout le corps" .
Nous retrouverons jusque chez Descartes
cette approche de la physiologie, avant la grande étape scientifique
du XVIII° siècle. Osons dire également que les écrits
analytiques originels ou actuels sur "l'énergie psychique" ne sont
pas totalement éloignés de ces modèles épistémologiques.
Si telle est la situation, pourquoi donc
Cognasse Desjardins se réfère-t'il à Fernel ? C'est
qu'il reste le grand classique pour la description des signes des maladies,
alors que sa pharmacopée n'a pas survécu, encombrée
des fantasmagories médiévales. Quant à sa théorie
du sommeil, elle reprend les conceptions antiques, en insistant sur l'origine
qui viendrait d'un épuisement ou d'un arrêt des fameux esprits
animaux, à fois matériels et spirituels ("tanquam aura composita
ex flamma et ære"). Fernel reste également un excellent analyste
des états intermédiaires entre la veille et le sommeil. Il
tente d'expliquer ce dernier par des combinaisons différentes entre
les différents systèmes de facultés. Il insiste sur
l'importance du sommeil et du rêve comme systèmes régulateurs
par leur alternance avec la veille et l'imagination éveillée.
Il traite également du désir qui est relié aux fonctions
imaginatives et aux fonctions motrices.
Tous ces motifs étaient suffisants
pour que Cognasse Desjardins, assez sûr de lui pour distinguer le
solide du factice, s'estime fondé à s'appuyer sur les analyses
de FernelC'est à son honneur car l'œuvre de Fernel représente
un effort laborieux, avant la science moderne et à l'intérieur
du fatras transmis par la scolastique et par l'obscurantisme médiéval,
pour tenter d'analyser cependant le fonctionnement psychique. Nous pourrions
même dire que, par son insistance à tenter de maintenir des
instances tripolaires dans le fonctionnement de l'homme et à décrire
leurs relations, il n'est pas éloigné du modèle conceptuel
(non du contenu, bien évidemment) qui ressurgira avec les fameuses
instances de Freud
Cette approche de Fernel était basée,
finalement, sur une approche qui anime l'ensemble de l'Essai de Cognasse
Desjardins : l'interdépendance totale du corps et des fonctions
qui se manifeste dans le rêve. Leurs deux conceptions reposent sur
la pensée d'Aristote : "o pathétikos vous phthartos, kai
aveu touton ou voéi" , l'intellect sensible est susceptible de s'altérer
et de périr et, avec lui, l'intellect. Aristote définit ce
rapport comme étant le domaine celui de "psuké", nous dirions
le "psychisme". Et c'est à ce niveau précis que s'interroge
Cognasse Desjardins. Quand au niveau supérieur, le "nouss", l'intellect
pur qui relève davantage de la métaphysique ou de la théologie,
Cognasse Desjardins n'en traite pas ; en cela aussi, il inaugure la science
contemporaine qui a perdu la conception holistique de l'homme, nous dirions
aujourd'hui, la conception existentielle de l'homme.
Etre inséré comme je le suis
souvent en Israël dans une culture où des patients utilisent
traditionnellement davantage de concepts que celui de "psychisme" pour
parler de leur identité interne et de son fonctionnement, me permet
de mieux comprendre l'écart qui sépare ces approches anthropologiques
différentes. Aristote avait la prudence et le courage de présenter
les différentes lectures de l'homme et de ne pas se prononcer, ce
n'est pas toujours le cas des scientifiques rationalistes qui tranchent
avec assurance sur ce qu'est l'homme et affirment la non-existence de dimensions
auxquelles ils ne sont pas sensibles. Quant à Cognasse Desjardins,
il est un psychologue d'aujourd'hui, d'avant le retour de la compréhension
de l'importance des mythes, car il prétend n'aborder la clinique
que par la dimension fonctionnelle de la "psuké", ce lien psychique
corps/rêve.
Descartes
Cognasse Desjardins ne prône pas
pour autant un matérialisme antispiritualiste qui lui ferait adopter
les conceptions mécanicistes de Descartes :
"les Cartésiens ont fait dépendre
les songes de quatre causes, 1.° de l'action de l'âme ; 2.°
du mouvement des esprits animaux ; 3.° de l'action des objets extérieurs
; 4.° des traces des idées gravées dans la mémoire.
Mais comme ils se sont principalement occupés du soin de faire concorder
les faits avec la fameuse hypothèse des esprits animaux, ils ne
nous ont rien appris ni sur l'histoire des songes, ni sur l'usage qu'on
pouvoit en faire dans la science de l'homme physique".
Nous ne pouvons mieux expliquer sa position
complexe et également méprisante envers Descartes et envers
les théologiens sur ces thèmes de la relation entre la sensation
et les songes qu'en présentant celle de Voltaire dans son Dictionnaire
Philosophique (1764) à l'article "sensation":
"toute l'antiquité a maintenu que
rien n'est dans notre entendement qui n'ait été dans nos
sens. Descartes, dans ses romans, prétendit que nous avions des
idées métaphysiques avant de connaître le téton
de notre nourrice ; une faculté de théologie proscrivit ce
dogme, non parce que c'était une erreur, mais parce que c'était
une nouveauté ; ensuite, elle adopta cette erreur, parce qu'elle
était détruite par Loke, philosophe anglais, et qu'il fallait
bien qu'un anglais eût tort. Enfin, après avoir changé
si souvent d'avis, elle est revenue à proscrire cette ancienne vérité,
que les sens sont les portes de l'entendement. Elle a fait comme les gouvernements
obérés, qui tantôt donnent cours à certains
billets, et tantôt les décrient ; mais depuis longtemps personne
ne veut des billets de cette faculté. Toutes les facultés
du monde n'empêcheront jamais les philosophes de voir que nous commençons
par sentir... Que conclure de tout cela ? Vous qui lisez et qui pensez,
concluez".
Pourquoi Cognasse Desjardins met-il en
cause Descartes après avoir parlé des religions ? Il précise
sa pensée en six points :
- il vise des religions sévères,
- elles entravent la pensée des
philosophes,
- elles placent la psychologie sous la
dépendance de la théologie,
- dans ce contexte des écrivains
n'osent s'exprimer librement,
- ils laissent même des contradictions
dans leurs théories,
- ainsi les Cartésiens...
Le problème soulevé par Descartes
ne demandait pas de longs développements pour ses contemporains.
Je vais l'éclairer en précisant ce qu'il entend pas les "esprits
animaux" et par son obédience à la théologie.
Quelle critique émet Desjardins
à l'encontre de Descartes ? Il ne met pas en question les quatre
causes des songes que ce dernier décrît. Il attribue seulement
la vanité de sa théorie à la "fameuse hypothèse
des esprits animaux". C'est dans les articles du "Traité des Passions
de l'Ame" et dans les "Réponses aux objections faites contre le
Discours de la Méthode" que nous trouvons l'exposé mis en
cause par Cognasse Desjardins.
La conception biologique du corps chez
Descartes en est le point central : le corps doit être conçu
comme une immense "machine" où tout est tuyaux, cordes, ressorts,
roues, filets comme chez les automates, "en même façon que
le mouvement d'une montre est produit par la seule force de son ressort
et la figure de ses roues" . Nous sommes ici en présence d'un type
parfait que Minkowski nommerait "schizothymique et rationnel" . C'est que
Descartes conçoit l'être humain comme un associé de
deux composantes indépendantes et qui pourraient fonctionner sans
lien mais qui sont cependant en "étroite alliance". C'est le dualisme:
d'un côté, le corps caractérisé par l'étendue
et, de l'autre côté, l'âme qui est différente
et non localisable dans l'espace. Cependant, elle "siège" dans le
conarion, la glande pinéale puisque c'est le seul lieu caractérisé
par l'unicité alors que dans le cerveau tout est caractérisé
par la dualité ; l'âme agit sur le corps par un
déplacement de cette glande pinéale :
"et toute l'action de l'âme consiste
en ce que, par cela seul qu'elle veut quelque chose, elle fait que la petite
glande à qui elle est étroitement jointe se meut en la façon
qui est requise pour produire l'effet qui se rapporte à cette volonté"
.
On connait l'impertinence de Voltaire envers
cette conception de Descartes quand il écrivait à Mairan,
le 5 mai l741 :
"la première fois qu'on dissèquera
un corps calleux, mes respects à l'âme qui y loge" .
Pour Descartes, les conflits internes se
résument à ceci :
"en sorte qu'il n'y a point en ceci d'autre
combat sinon que, la petite glande qui est au milieu du cerveau pouvant
être poussée d'un côté par l'âme et de
l'autre par les esprits animaux, qui ne sont que des corps, ainsi que j'ai
dit ci-dessus, il arrive souvent que ces deux impulsions sont contraires,
et que la plus forte empêche l'effet de l'autre" .
Il nous reste à comprendre qui sont
ces fameux "esprits animaux", objets du dédain de Cognasse Desjardins.
Les voici qu'ils entrent en scène et se présentent dans toute
la précision de leurs fonctions :
"et, nous souvenant de ce qui a été
dit ci-dessus de la machine de notre corps, à savoir, que les petits
filets de nos nerfs sont tellement distribués en toutes ses parties,
qu'à l'occasion des divers mouvements qui y sont excités
par les objets sensibles ils ouvrent diversement les pores du cerveau,
ce qui fait que les esprits animaux contenus en ces cavités entrent
diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les
membres... ajoutons ici que la petite glande qui est le principal siège
de l'âme est tellement suspendue entre les cavités qui contiennent
ces esprits, qu'elle peut être mue par eux en autant de diverses
façons qu'il y a de diversités sensibles dans les objets"
.
Si nous apprécions la veine fantastique
de cette anatomie selon le rationaliste Descartes qui cherchait (sans succès)
à prendre ses distances d'avec toutes les explications médiévales
par la "vis" intrinsèque des scolastiques, nous aimerons faire encore
davantage connaissance avec la personnalité de ces sympathiques
"esprits animaux" :
"ces parties du sang très subtiles
composent les esprits animaux.. elles sont séparées des autres
parties du sang moins subtiles, car ce que je nomme ici des esprits ne
sont que des corps, et ils n'ont point d'autre propriété
sinon que ce sont des corps très petits et qui se meuvent très
vite... en sorte qu'ils ne s'arrêtent en aucun lieu, et qu'à
mesure qu'il en entre quelques uns dans les cavités du cerveau,
il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa substance,
lesquels pores les conduisent dans les nerfs, et de là dans les
muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en toutes les diverses façons
qu'il peut être mu... ils déterminent les autres esprits qui
sont déjà dans les muscles à sortir tous fort promptement
de l'un d'eux et passer dans l'autre... quelquefois en tournoyant... quelquefois
en coulant dans le muscle opposé... et ainsi l'enflent et l'accourcissent..."
.
Molière ajouterait :
"et voilà pourquoi, Madame, votre
fille est muette !".
Cognasse Desjardins n'éprouve
pas le besoin de discuter longuement avec Descartes, devant l'inadéquation
de ce rationalisme qui est à la fois machinal et imaginaire, face
à la sensibilité nécessaire pour comprendre les malades
et l'être humain. Il eut fait sienne l'objection de Gassendi à
Descartes:
"Vous ne me connaissez pas, parce que
vous connaissez le bout de mes cheveux !",
ce à quoi Descartes répliqua:
"je n'ai pas besoin, pour connaître
le triangle, d'avoir épuisé ses propriétés".
Ce dialogue entre celui qui parle de l'être
humain et l'autre qui répond par le triangle, suffit à nous
faire comprendre l'attitude d'évitement de Cognasse Desjardins envers
Descartes.
Il nous est facile de plaisanter sur cet
envasement de la pensée de Descartes à propos des esprits
animaux, mais nous serions plus modestes en comprenant quel pénible
effort de conception et d'imagination représente la découverte
scientifique. C'est ainsi que nous trouverons encore de tels propos dans
l'Encyclopédie de Diderot , quelques années avant l'Essai
de Cognasse Desjardins :
"Deux raisons opposées provoquent
le sommeil complet et destitué de songes :...l'abondance d'esprits
animaux... la disette d'esprits animaux... Quand les personnes d'une constitution
mitoyenne (car il n'y a guère que celles-là qui rêvent)
se mettent au lit...", etc.
Cognasse Desjardins reproche surtout à
Descartes de s'être enfermé dans une hypothèse, ce
qui l'a empêché de développer ses intuitions positives
sur les songes. On juge ainsi du progrès réalisé en
un siècle et dem Pour être juste, il faut cependant citer
l'effort de Descartes pour parvenir à une synthèse qui ne
soit pas simplement une gouverne de la volonté sur des composés
parallèles et combinés. P. Mesnard a mis en valeur cette
évolution de Descartes dans sa morale et dans les deux Lettres à
Chanut du 1° février et du 6 juin 1647 .
( insérer ici les dessins du corps
de Descartes)
Nous pouvons aussi nous reporter à
l'article "Songes" du Dictionnaire Philosophique de Voltaire, pour découvrir
que s'il parvient à mettre en garde contre les erreurs d'appréciation
concernant les rêves, Voltaire, lui-même, ne réussit
pas davantage à formuler ce qui est la spécificité
de cette activité psychique. On appréciera d'autant l'aisance
de Desjardins à délimiter le champ du rêve et à
en préciser les processus internes. Voici le texte de Voltaire :
"Somnia, quæ mentes ludunt volitantibus
umbris,
Non delubra deum nec ab æthere numina
mittunt,
Sed sibi quisque facit".
(Voltaire cite donc le passage de Pétrone
repris également par Cognasse Desjardins, et il continue...)
“Mais comment, tous les sens étant
morts dans le sommeil, y en a-t-il un interne qui est vivant ? Comment,
vos yeux ne voyant plus, vos oreilles n'entendant plus, voyez-vous cependant
et entendez-vous dans vos rêves ? Le chien est à la chasse
en songe ; il aboie, il suit sa proie, il est à la curée.
Le poète fait des vers en dormant ; le mathématicien voit
des figures ; le métaphysicien raisonne bien ou mal : on en a des
exemples frappants.
Sont-ce les seuls organes de la machine
qui agissent ? Est-ce l'âme pure qui, soustraite à l'empire
des sens, jouit de ses droits en liberté ?
Si les organes seuls produisent les rêves
de la nuit, pourquoi ne produiront-ils pas seuls les idées du jour
? Si l'âme pure, tranquille dans le repos des sens, agissant par
elle-même, est l'unique cause, le sujet unique de toutes les idées
que vous avez en dormant, pourquoi toutes ces idées sont-elles presque
toujours irrégulières, déraisonnables et incohérentes
? Quoi ! c'est dans le temps où cette âme est le moins troublée
qu'il y a plus de trouble dans ses imaginations ! Elle est en liberté
et elle est folle ! Si elle était née avec des idées
métaphysiques, comme l'ont dit tant d'écrivains qui rêvaient
les yeux ouverts, ses idées pures et lumineuses de l'être,
de l'infini, de tous les premiers principes, devraient se réveiller
en elle avec la plus grande énergie quand son corps est endormi :
on ne serait jamais bon philosophe qu'en songe.
Quelque système que vous embrassiez,
quelques vains efforts que vous fassiez pour vous prouver que la mémoire
remue votre cerveau, et que votre cerveau remue votre âme, il faut
que vous conveniez que toutes vos idées vous viennent dans le sommeil
sans vous et malgré vous : votre volonté n'y a aucune part.
Il est donc certain que vous pouvez penser sept ou huit heures de suite
sans avoir la moindre envie de penser, et sans même être sûr
que vous pensez. Pesez cela, et tâchez de deviner ce que c'est que
le composé de l'animal...".
Rationalisme scientifique
Cognasse Desjardins situe l'échec
de la conception de Descartes sur le rêve et sur le lien corps-âme
dans sa référence à la religion et à la théologie.
En effet, nous constatons chez Descartes une contradiction interne dans
la démarche de son discours scientifique. Il se veut avant tout
mathématicien dans la pensée mais il se met à
invoquer des conceptions scientifiques qui relèvent davantage de
l'animisme quand il ne transforme pas brusquement ses métaphores
humaines en organes de machines:
"au reste, afin que ceux qui ne connaissent
pas la force des démonstrations mathématiques, et qui ne
sont pas accoutumés à distinguer les vraies raisons des vraisemblables,
ne se hasardent pas de nier ceci sans l'examiner, je les veux avertir que
ce mouvement que je viens d'expliquer suit aussi nécessairement...
que celui d'une horloge, de la force, de la situation et de la figure de
ses contre-poids et de ses roues" .
Ce que Cognasse Desjardins semble bien
percevoir, c'est que, finalement, ce système repose sur l'argument
d'autorité sans conformité ni aux faits ni à la logique.
Et, en ce 18° siècle finissant, le seul argument d'autorité
n'est guère apprécié.
Descartes avait toujours été
pris dans ces contradictions internes. Sa carrière scientifique
se décida dans la nuit du 10 novembre 1619 où il eut l'intuition
des "fondements d'une science admirable" mais, simultanément, il
fut en proie à des rêves grandioses et mouvementés.
Ce qui eut pu être une source de création, comme chez Gaston
Bachelard, resta une alternance incoordonnée entre deux formes de
pensée contradictoires dont l'une empiétait périodiquement
sur l'autre.
( insérer ici la reproduction de
Goya)
Bien plus, et c'est à cela que Cognasse
Desjardins semble faire allusion, Descartes n'hésita pas à
soumettre ses découvertes à la censure catholique. Quand
il apprend, en novembre 1633, que le Saint-Office a condamné l'ouvrage
de Galilée "Massimi Sistemi", Descartes anticipe : il se soumet
et ne publiera jamais son "Traité du monde ou de la lumière".
La censure du Saint-Office était rigoureuse car elle interdisait
d'évoquer le mouvement de la terre "même si on le propose
en tant qu'hypothèse".
Elle ne faisait que maintenir la ligne
du Concile de Latran affirmant que "toute assertion contraire à
la foi est absolument fausse".
Cognasse Desjardins n'adopte pas pour autant
des positions sectaires inversées, il cherche à en rester
aux faits et à les cerner avec précision. On retrouvera cette
même position libre et complexe chez Esquirol, comme l'ont caractérisée
Fédida et Postel : "on commettrait une erreur pourtant à
dogmatiser l'enseignement d'Esquirol : précisément son souci
"humaniste" s'oppose à la fois au dogmatisme (où s'est réfugié,
en médecine, un concept totalitaire de la nature humaine universelle)
et à une métaphysique idéaliste ou religieuse ou à
un théologisme voués à l'interprétation non
moins dogmatique des causes et des manifestations de la folie" .
Combien sommes-nous étonnés
de ces positions intellectuelles complexes, libres et cultivées
quand nous constatons le monolithisme intellectuel péremptoire de
quelques disciples des écoles psychothérapiques ou analytiques
actuelles pour qui leur culture, contrairement à celle des créateurs
et fondateurs eux-mêmes, commence seulement avec Freud, Lacan, Watson
ou d’autres.
C'est en ce lieu précis que je voudrais
brièvement, rendre hommage à l'éducation clinique
et psychiatrique, extrêmement attentive à la personnalité
toujours préservée du malade qui prime sur toute théorie,
éducation que j’ai reçue -encore étudiant- pendant
trois ans dans les cours, présentations et visites aux malades du
Pr. Henri Baruk à la Clinique Annexe Universitaire de la Maison
Nationale de Charenton et chez le Professeur P. Sivadon à La Verrière.
Au delà des évolutions personnelles ou d’Ecoles, cette base
a laissé en moi une orientation indélébile que j’essaie
maintenant de transmettre aux étudiants : une présence particulière
au malade dans laquelle il est et reste toujours notre égal en humanité
; c'est la base nécessaire à toute évolution thérapeutique.
Mais évitons d'assimiler toute l'époque
de Descartes à la conception qu'il décrit dans ses œuvres.
Il suffira de nous souvenir des vers fameux de Racine pour découvrir
que l'influence directe du rêve sur la santé et la maladie
était perçue d'une façon plus syncrétique et
immédiate:
"Un songe (me devrais-je inquiéter
d'un songe ?)
Entretient dans mon cœur un chagrin
qui le ronge".
(Athalie, Scène V, acte 2).
Structure et sens
La liberté d'esprit de Cognasse
Desjardins s'exerce également envers les Franc-maçons Et,
à ce propos, il apporte quelques réflexions psychologiques
dont nous pouvons aujourd'hui apprécier la richesse après
les travaux récents de Lévi-Strauss et des structuralistes.
Cognasse Desjardins souligne :
- le lien entre leurs rites, le langage
et le rêve,
- cette mise en rapport langage/rêve,
- le fait que, dans ces langages, l'important
c'est la liaison entre tous les éléments qui en fait une
langue et donne un sens,
- le fait que ce lien et ce rapport sont
certains mais que la mémoire est souvent impuissante à les
présenter.
Il éprouve le besoin de se situer
par rapport à l'Ecole du "grand Stahl" dont il présente les
thèses sous une forme polie, en les acceptant sans les réfuter
mais en éprouvant ensuite le besoin de développer les siennes
propres. Stahl aurait présenté les songes soit comme des
restes diurnes, selon l'appellation qui sera donnée plus tard ,
soit comme un assoupissement des seuls sens externes, soit -dans une conception
thérapeutique- comme "l'effet des sollicitudes de l'âme par
le corps qui est son instrument, et dans lequel elle aperçoit une
cause de maladie ou de destruction".
En effet, contrairement à la théorie
de Cognasse Desjardins centrée sur les mécanismes intrapsychiques
et sur la relation constante, celle de Georges-Ernest Stahl (l660-1734)
se caractérisait certes par une grande importance accordée
à la "vie" comme pouvoir de continuation et d'incorruptibilité
mais aussi par une certaine indépendance de ce principe de vie envers
les composants, l'âme et le corps. Il aboutit là, analogiquement,
à son principe phlogistique en chimie qui définit une permanence
au mieu des changements d'état dans la combustion.
Mais depuis Lavoisier, on avait adopté
une autre conception plus hiérarchisée qui permettait de
concevoir simultanément les facteurs d'homogénéité
et de différence au cours des changements d'état. Cette approche
épistémologique complexe dans la pensée continuera
à influencer les chercheurs et on peut retrouver son influence plus
tard chez Esquirol : on trouvera chez lui "la tentative d'une conception
-pour ainsi dire nucléaire et unitaire- d'expressions morbides apparemment
disparates : cette conception assurerait un principe d'intelligibilité
commune à la mélancolie, à la manie ainsi qu'à
d'autres figures de la folie sans que l'on renonce pour autant à
des symptomatologies nettement marquées de la mélancolie
d'une part et de la manie de l'autre" .
Cependant, le débat évoluera
encore car Lavoisier (1743-1794), lui-même, avait encore considéré
la lumière et le calorique comme des éléments. Le
débat sur la nature de la vie était à cette époque,
particulièrement vif car il concernait également la conception
de l'être humain.
Opération intrapsychique et psychosomatique
Contrairement à de nombreux courants
thérapeutiques actuels, Desjardins ne cherche pas à fournir
une "topique" du fonctionnement intrapsychique, mais il prend l'homme comme
un tout dont il constate simultanément les rêves, les dysfonctionnements
corporels et certains liens entre les deux dont l'incompréhension
-tant de la part du malade que du thérapeute- semble être
la source des évolutions vitales tragiques. Il en donne des exemples.
Il pose le problème au niveau de
l'écart existant entre le fonctionnement interne et la conscience
qui gère l'ensemble (le moi). Ce qui nous importe, c'est qu'il ne
prétend pas résoudre cet écart par la seule connaissance
biologique ou psychologique mais par "l'art de rechercher les filiations
entre les opérations" et cela par la parole.
On pourrait reprendre ici le terme lacanien
d'épistosomatique en le dégageant de l'aura des autres conceptualisations
lacaniennes qui, par leur tendance à l'abstraction, n'ont pas su
garder au sujet parlant et pensant les liens fondamentaux avec le somatique.
Cognasse Desjardins, en médecin,
commence à examiner le problème de la vie psychique à
partir des réactions corporelles internes "puisque nous ne sentons
que par le moyen de nos organes" (page 8). Il se base là sur la
conception développée par Charles Bonnet . Cognasse Desjardins
abrège le titre exact de l'ouvrage et commet une erreur d'orthographe
dans le nom de Bonnet alors qu'il semble bien le connaître puisqu'il
cite le nom du malade dont parle Bonnet sans en préciser le nom :
le fac-similé que je joins l'indique clairement.
( placer ici le fac-similé: couverture
du livre de Bonnet et les deux feuilles qui présentent le cas auquel
fait allusion Cognasse Desjardins: pages 176 à 178)
Nous pouvons mieux apprécier cette
référence à Bonnet quand nous lisons l'éloge
comparatif qu'en fait Cabanis en l'An IV ou V :
"Charles Bonnet était encore meilleur
naturaliste que métaphysicien. Il est à regretter que ce
genre de mérite ait manqué à Helvétius et à
Condillac" .
Cabanis insistait tellement sur
l'importance du corps qu'il la condensait en une formule précise :
"Vivre, c'est sentir" .
Ce même Cabanis recherchera ensuite
les influences sur le psychisme, de dimensions corporelles très
concrètes auxquelles on ne prête pas encore une attention
si respectueuse :
"Quatrième mémoire :
De l'influence des âges sur les
idées et sur les affections morales.
Cinquième mémoire :
De l'influence des sexes sur le caractère
des idées et des affections morales.
Huitième mémoire :
De l'influence des régimes sur
les dispositions et sur les habitudes morales".
Dans sa recherche de filiation intrapsychique,
Cognasse Desjardins remonte à la sensation et non à la pulsion
comme le fera Freud qui précisera que "les pulsions et non les excitations
externes sont les véritables moteurs" . Notons que Freud parlera
plus vaguement à la fois d'un lien de la vie psychique avec les
excitations endogènes et d'un statut particulier de la pulsion dans
"le représentant" . Il insiste, dans l'Inconscient, sur le fait
que le refoulement porte sur les représentants et non sur la pulsion.
Il reste que les multiples textes de Freud sont incertains en ce domaine,
ce qui permettra autant à ses exégètes de "faire dépendre
le jeu pulsionnel de structures fantasmatiques précédentes"
(J. Laplanche et J-B Pontalis) ou d'insister sur le refoulement du
signifiant fondamental (J. Lacan) ou sur l'homologie et la reversibilité
des fantasmes et de la pulsion (S. Isaacs). Dans une formule conciliatrice,
celle-ci déclare que "au début (de la vie) tout le poids
du désir et du phantasme porte sur la sensation et sur l'affect
" .
Par rapport à Groddeck, sans recourir
à son concept psychosomatique de çà, unité
centrale et non parcellaire comme chez Freud, nous pouvons dire que Cognasse
Desjardins propose une conception ayant quelques rapports avec la sienne
en ce sens que le symptôme ne serait pas à comprendre comme
un travestissement mais comme un langage partiel d'une unité complexe
corps/intrapsychisme dont il faut comprendre le continuum dynamique, ce
que Groddeck appelle "le jeu bigarré de toutes les forces" .
Comme le fera Groddeck, et présageant
la conception de l'Ecole psychosomatique de Paris, Cognasse Desjardins
donne des exemples qui prouvent qu'il y a souvent un court-circuit entre
le corps et l'imaginaire sans intégration dans la parole personnelle
ou dans la compréhension par la parole de l'autre, processus qui
conduisent à la destruction s'il n'y a pas auprès du sujet
quelqu'un qui soit capable de faciliter ce pont. On pourra parler ici de
l'importance des processus d'intégration (de M'Uzan, l963), du caractère
"panaché" des processus (Dejours, l979, l980) ou, au contraire,
de la "rupture de représentatibilité qui entraine une désorganisation"
(Marty, l968).
Comme Groddeck -et avant lui- Cognasse
Desjardins insiste sur les effets désastreux des erreurs de relation
en ces phases, et sur l'importance de la chaleur et l'importance de l'affection
envers le malade, associées à l'art subtil de comprendre
les liaisons internes. Chez lui, on pourrait dire que la "névrose
d'organe" relève d'une défaillance non seulement dans le
fonctionnement individuel mais aussi dans la relation d'interprétation.
Le passage du trouble fonctionnel au trouble organique maladif puis mortel
relèverait d'une erreur dans l'art sémiotique et interprétatif
du médecin. Cette approche ouvrait la voie aux conceptions d'Alexander.
Il n'est pas possible, cependant, pour
les besoins de cette réflexion d'opposer totalement les Ecoles entre
elles ni de réduire leurs différences. En effet, si Groddeck
insiste sur le corps, Freud a également écrit que
"le moi est d'abord et avant tout un moi
corporel" .
Cette approche de Cognasse Desjardins est
également différente de la conception unitaire du psychosomatique
qui s'épanouira à la fois dans la Gestalt de Perls et dans
l'analyse existentielle de Binswanger Dans ces courants, la forme du corps
lui-même est directement et simultanément signifiante et significatrice
du sens. Le corps est directement l'être-au-monde.
L'approche de Cognasse Desjardins présage
davantage certaines dimensions présentes dans l'œuvre de Gisela
Pankow qui, à l'intérieur de cette unité psychosomatique
existentielle, appuyée sur un savoir clinique et analytique, et
sur la conscience du sens dans la relation, attend de percevoir la chaîne
des associations somatiques ou psychiques jusqu'au moment où se
manifeste le point de jonction. Ce point, le plus souvent est situé
dans l'image comme lieu de croisement des autres niveaux.
Cette orientation est tout-à-fait
la mienne également, qui s'est progressivement précisée
jusqu'à ce point par une autre voie, celle du rêve éveillé
dans la cure analytique. Voici ce que j’en disais dans Ecouter le rêve :
"Dans la dynamique de la cure, le mode
d'expansion dynamique du sens se vit toujours dans un rapport à
la pulsion et à la forme : la descriptive spatiale de la forme corporelle,
filmique et sémantique (la trajectoire qui dessine le cône
sur le schéma) émerge de la force des pulsions (la sphère
sur le schéma) et situe le point du sens. Ce point du sens est lui-même
le point géométrique de multiples orientations non conscientes
en retour. Ce sens -point oméga éternellement optatif et
mouvant, point pi qui ne peut jamais se cerner totalement (3, 1415926535,
etc.)- n'est pas le pôle majeur auquel devraient accéder l'ensemble
des processus psychiques du sujet ; c'est l'un des trois pôles égalitaires,
unis et interdépendants (force-forme-sens) de l'économie
psychique qui constituent toujours l'homme à venir” .
“Le sens n'est pas un en-soi. Il résulte
toujours de la corrélation entre les différents niveaux et
éléments en relation dialectique pour faire émerger
de nouvelles correspondances. Le processus est infini et opposé
à toute conception binaire du sens (signifiant-signifié)
même si on tenait compte de la polysémie ou de la condensation
des signifiants, cela dénaturerait la réalité "sens"
par un caractère limitatif et non dynamique".
Comme chez G. Pankow, dans ma pratique,
il s'agit d'attendre -en facilitant- pour saisir le moment de jonction
des processus et le manifester au patient au moment opportun de l’émergence
apprivoisée dans un langage qui porte en soi le verbe, le corps
et la charge.
Le prophète l'avait exprimé
poétiquement : "davar bé 'ito ma tov" ("une chose/parole
au moment juste et opportun, que c'est bon !" ). Quelle que soit l'Ecole
thérapeutique, cette manifestation faite au patient dans l'intervention
ou dans l'interprétation s'avère particulièrement
fructueuse dans les états limites comme dans les états psychotiques
.
Finalement, l'apport le plus important
de Cognasse Desjardins est le juste cadrage du phénomène
intrapsychique dans son influence simultanée sur la santé
physique ou psychique sans qu'il ait pu, évidemment, conceptualiser
ces processus en instances ni en mécanismes de défense. Disons,
cependant, que cette affirmation de l'autonomie régulatrice du fonctionnement
intrapsychique était un approche indispensable pour parvenir aux
découvertes ultérieures.
Que les auteurs qui lui ont succédé
aient eu ou non connaissance directe de cet opuscule ne change rien car
nous savons bien qu'un texte écrit fait circuler les idées
même si la page imprimée ne tombe pas sous le regard et même
si le souvenir conscient des autres chercheurs ne peut ou ne veut s'encombrer
des sources ; cela a été maintes fois démontré
par Freud lui-même envers ses prédécesseurs curieusement
oubliés, dont tous les fruits n'ont pas encore été
recueillis. Bien plus, si ces dimensions si riches étaient présentes
dans l'Essai de Cognasse Desjardins, cela veut dire que son époque
les portait. Il serait temps de sortir de la légende où la
compréhension psychologique contemporaine serait née par
une “mutation génétique” située entre Charcot et Freud
Connaître l'Histoire des Sciences
est plus que jamais indispensable dans une époque charnière
comme la nôtre. Les contextes changent plus vite que l'homme lui-même
et il est fructueux de connaître les problématiques antérieures
et les solutions qui y furent apportées. La thérapeutique
actuelle ne s'est affirmée que par une lutte sévère
entre les partisans de conceptions différentes, ce que -par exemple-
J. Starobinski a appelé la lutte entre les Anti-Médecines
et les Médecines. Il en a décrit l'Histoire ; déjà
Pline mettait en garde contre l'art des médecins :
"la médecine est le seul art où
l'on en croie tout d'abord quiconque se dit expert, quoique jamais l'imposture
ne soit plus dangereuse [...] On est séduit par la douceur d'espérer
[...]. Les médecins apprennent à nos risques et périls
; ils expérimentent en tuant avec une impunité souveraine,
et le médecin est le seul qui puisse donner la mort [...] Disons
la vérité : la corruption morale n'a pas de cause plus active
que la médecine" .
L'ascétisme chrétien, pendant
quelques siècles a pris le relais de cette anti-médecine
en allant jusqu'à attribuer à la maladie une fonction positive,
"l'infirmité du corps est la santé de l'âme" et "
quand je suis faible, c'est alors que
je suis fort" .
Paradoxalement et parallèlement,
la charité envers le malade, identifié au Christ souffrant,
contribua au développement de l'hospitalisation puis des soins scientifiques.
Le combat se poursuivit cependant entre une approche irrationnelle et le
courant scientifique qui risque toujours de privilégier la science
et la maladie des organes par rapport à l'homme malade.
Dans ce contexte, le juste équilibre
tenté par Cognasse Desjardins, au niveau de la liaison des opérations
mentales et corporelles, ouvrait la voie à une thérapeutique
moderne. Parlons d'équilibre parce que le thérapeute moderne
sera ensuite menacé par de nombreux travers : la froideur scientifique,
la désinvolture administrative, la rivalité scientifique,
la nécessité de publications pour l’avancement dans la carrière
qui réduisent le malade à n'être qu'un cas bénéfique
pour l'affirmation de soi, la réduction du patient à la théorie,
enfin, cette "fonction apostolique" si bien mise en évidence par
Balint qui consiste dans la conversion du patient à la "foi" médicale
du médecin praticien .
Il aura peut-être fallu attendre
la lente reconnaissance du courant hongrois, minoritaire mais si créatif,
dans la collectivité psychanalytique internationale qui semble se
faire aujourd'hui -et en particulier par l'œuvre de Balint- pour que de
nombreux courants reviennent en masse à ces données de base :
- l' importance de la relation médecin-malade,
- la guérison venant du malade
lui-même dans la mesure où le duo thérapeute-malade
comprend le fonctionnement conjoint du corps et des intentionnalités
.
9. Huit propositions pour la formation
du médecin à la relation médecin-malade.
Il faudrait, en conclusion, adjoindre
à tout cela le bénéfice qui pourrait découler
des conceptions de Cognasse Desjardins pour la formation de base ou pour
la formation continue des médecins. Je l’exprimerai en 8 propositions :
1°.apprendre à écouter
le rêve du patient
pour parvenir à faire le
diagnostic des perturbations corporelles en détectant les ruptures
qui existent dans le mouvement d'aller et retour de la sensation générale
du corps à la vie intrapsychique et l'influence de ce mouvement
d’aller et retour sur l’état de bien-être ou de maladie du
corps.
2°. apprendre à percevoir le
patient comme une unité somatopsychique
comme une unité complexe
et unité indissoluble. Comprendre qu’une approche du malade qui
ferait l’économie de cette unité serait vouée à
l’échec dans le diagnostic autant que dans le traitement. Ne pas
utiliser le progrès technique ni la complexité de maniement
de la machinerie technique pour oublier le véritable lieu de la
maladie : ce lieu complexe et interférant qu’est la globalité
d’une personne somatopsychique.
3°. apprendre à analyser
la continuité somatopsychique
4°. apprendre au patient à apprendre
comment vivre son corps et sa maladie
- considérer son propre corps comme
une unité psychosomatique communicante.
- considérer sa propre maladie
comme un symptôme du dysfonctionnement de cette unité personnelle
complexe et indissoluble et non comme un simple trouble d’organe.
- ne pas considérer son propre
corps malade comme un objet externe, ni comme un objet partiel coupé
de la totalité et qui serait à modifier par d’autres objets
externes, les médicaments.
- ne pas considérer son propre
corps malade comme un objet qui serait à modifier par un autre objet
ou sujet externes, le médecin.
- ne pas se placer dans un duo absurde
de médecin détenteur du pouvoir, d’une part, et de malade
enfermé dans le “rôle de patient”, d’autre part, ce qui empêcherait
de parvenir à la collaboration indispensable pour saisir ensemble
la compréhension du fonctionnement de cette unité somatopsychique.
- considérer le médecin
non comme un spécialiste des troubles d’organes ni comme un spécialiste
d’une discipline médicale spécialisée mais toujours
comme un spécialiste scientifique du fonctionnement de cette unité
complexe et indissoluble, même si son approche se fait à partir
d’un approfondissement spécifique.
- accepter de ne pas rechercher ensemble
une réponse “immédiate” au trouble ressenti mais “prendre
le temps” de découvrir le lien existant entre les différentes
manifestations corporelles et entre ces manifestations corporelles différentes
et les manifestations psychiques.
- prendre le temps de découvrir
le mode intérieur et progressif de réaction de l’unité
somatopsychique à la maladie, découvrir ce “sens intérieur”,
cette “sagesse intérieure”, accepter “l’expectation” qui permet
au corps de s’ajuster progressivement pour revenir à l’équilibre
de santé.
- veiller à ne pas tuer cette expectation
par l’ingestion systématique de l’objet médicament qui “tue”
le temps et la maturation. Gérer ce rapport du court terme et du
long terme de maturation et d’expectation.
- prendre également le temps de
découvrir les “ressources” personnelles et ne pas connaître
seulement les dysfonctionnements.
- se présenter devant le médecin
en “personne compétente” par rapport à son propre corps,
par rapport à ses rêves ou à sa vie psychologique,
c’est-à-dire
une personne qui s’est observée, qui connaît ses signes psychologiques
ou somatiques de dysfonctionnements, qui a établi des liens entre
les phénomènes, qui a établi des correspondances et
des rythmes, qui connaît quelque peu ses propres ressources, son
rythme de réaction après les agressions somatiques ou psychologiques.
C’est parvenir au rôle précis de “malade-personne compétente”
envers soi-même, avant toute compétence du médecin
ou du psychothérapeute qui ne peut être qu’une compétence
adjuvante même si elle est extrêmement développée
sur le plan scientifique. Le malade gardera donc toujours la priorité
sur le médecin. Ne pas accepter que le médecin tente d’imposer
une autre relation par l’apparat des “trucs” magiques : blouse, bureau,
silence, affairement etc.
5°. apprendre à développer
la sensibilité à autrui
comprendre que les exigences précédentes
ne peuvent être satisfaites que si le sérieux scientifique
inclut la formation nécessaire pour développer une grande
sensibilité qui fait de l’acte thérapeutique un véritable
“art”. Il s’ensuivra une formation à l’observation , à l’écoute.
6°. apprendre à développer
la patience
comprendre que cette aide accordée
à l’unité somatopsychique du malade pour retrouver la santé
ne puisse donc pas être assurée de succès complets
ni immédiats. C’est ici que le mot de patient reprend, à
juste titre, l’ensemble de ses significations : la souffrance y sera vécue
dans la patience temporelle. La santé est une négociation
avec le temps qui seul permet la connaissance effective de cette individualité
jamais rencontrée dans les livres ni dans la clinique préalable.
7°. apprendre à développer
l’exigence envers les formateurs des médecins
- exiger que la “Faculté” mette
sur le marché de la santé et de la médecine des professionnels
qui soient compétents, c’est-à-dire capables d’exercer cet
art holistique de la médecine, et non des hommes-ordinateurs capables
seulement d’ordonner des examens toujours partiels et toujours renouvelés
de laboratoire, centrés seulement sur les données chiffrées
et incapables d’écouter, incapables de découvrir la longue
compétence du malade envers son propre corps.
- exiger de soi-même comme patient
d’aider son médecin à ne pas pas s’enfermer dans le rôle
traditionnel d’expert illusoirement omnipotent, pressé (“im-patient”),
monologuant, abrité dans sa cuirasse de la blouse blanche face à
une personne illusoirement non-compétente. Le patient est responsable
de cette formation continue du médecin et il doit perfectionner
progressivement son art de former son médecin à une relation
qui mette en jeu l’intelligence réciproque, la sensibilité
réciproque et la coopération des deux partenaires.
8°. apprendre à exercer en commun
cet art de la santé et cet art de la médecine
Cet art de la connaissance et du traitement
de l’unité psychosomatique doit être également exercé
par le patient envers soi-même et non par le seul médecin.
Il doit etre exercé simultanément par le duo médecin-malade
et malade-médecin, par le malade comme médecin et par le
médecin comme être humain malade. Le patient et le médecin,
doivent donc être tous les deux considérés comme compétents
à des titres différents ; mais, de plus, ils doivent être
ensemble des généralistes, des artistes, des personnes sensibles
dans la relation à soi-même, dans la communication réciproque,
des personnes en recherche qui ne clôtureront pas par un médicament,
par un diagnostic, par une relation hiérarchique inégale
ce qui doit rester une recherche en commun de la santé. Les huit
propositions présentées ci-dessus sont donc également
des propositions pour la formation du patient à la relation patient-médecin.
Pour placer cette relation sur un arrière-plan
de tradition millénaire, je rappellerai qu'en hébreu, c'est
le même mot (a'hlim) qui signifie "faire guérir" et "faire
rêver", jeu de mot sur une seule racine qu'utilise le prophète
Isaïe pour nous raconter l’histoire du Roi Ezéchias . Ce Roi
Ezéchias était à l’article de la mort, condamné,
et il composa une lettre pour la postérité “à l’occasion,
dit le texte, de la maladie dont il guérit”. Le fait est estimé
extra-ordinaire car il a été jugé très important
de transmettre ce qu’a été le processus thérapeutique
qui lui redonna quinze années supplémentaires de vie. Je
n’analyserai de ce processus qui comporte de multiples niveaux que ce qui
concerne directement notre propos : le Roi Ezéchias ne dit pas simplement
à Dieu “tu m’as guéri” mais “véta’haliméni
véha’hayyéni”, ce qui veux dire “tu m'as fait rêver,
tu m'as guéri et tu m'as fait revivre”.
Cette phrase résume bien ce dont
essayait de rendre compte Cognasse Desjardins : il a cerné ces liens
dont doit tenir compte le thérapeute et la phrase montre bien la
limite posée au besoin de toute puissance thérapeutique car
le rêve ne peut pas appartenir au thérapeute.
Cette approche n’est nullement en contradiction
avec la prescription médicamenteuse car, ensuite, Isaïe le
prophètemédecin vient prescrire de placer un plat de figues
sur la plaie du Roi et cela le fait guérir.
Ainsi, à l’heure de rapides progrès
de la médecine et de la recherche biologique, et des attaques de
quelques courants dits scientifiques contre la psychopathologie, les psychothérapies
et la psychanalyse qui ne seraient que “la somme de nos ignorances”, il
importe de nous rappeler toujours ce rôle primordial du rêve
et que toute science assurée n’est toujours que l’erreur de demain
.
Dans le livre "Ecouter le rêve",
j’ai parlé de cette relation commune "d'investissement du rêve"
mais je ne l'envisageais que dans le cadre de la psychothérapie.
J’ai souvent, aussi, pratiqué cette démarche dans la formation
à la relation médicale, à partir de l'expérience
de formateur ou de superviseur dans des "groupes Balint", en particulier
avec des thérapeutes de toxicomanes mais je n’avais pas encore rencontré
une telle audace d'insertion directe de la vie intrapsychique du rêve
dans la pratique de la médecine générale comme chez
Cognasse Desjardins. En cela, il était éloigné autant
de l'approche magico-verbale présente aujourd'hui encore dans la
médecine, dans la psychothérapie ou dans l'analyse, que de
l'approche médicamenteuse unilatérale qui n'est pas absente
aujourd'hui.
Au delà des projections, des fausses
assimilations et des différences dans le bagage conceptuel, nous
trouvons chez Cognasse Desjardins certaines des meilleures questions de
la recherche contemporaine, le "plaidoyer pour une certaine anormalité"
, la compréhension du jeu associatif et structurel original du patient,
la nécessité de rejoindre les infrastructures somatiques
à travers le verbe et l'imaginaire (et réciproquement) pour
aboutir non pas à une régression mais à ce que l’on
pourrait nommer une resomatisation du discours du sujet.
Soulignons cependant une grande absence
dans l'œuvre de Cognasse Desjardins, celle du mythe. Par là, il
annonce davantage les conceptions somato-structuralistes que la lecture
analytique symboliste ou même que le renouveau de cette pensée
dans la compréhension fantasmatique et mythique de l'espace analytique
(Castoriadis l975, Dufour l978, Valabrega l980) Mais, en fait le fantasme
et le mythe existent peut-être "plus" encore au niveau du fonctionnement
que du symbole.
Dans ce contexte d'ensemble, nous comprenons
mieux maintenant comment, deux ans plus tard en l803, Johann Christian
Reil pourra publier son ouvrage qui a été considéré
par F, G. Alexander comme le premier traité systématique
de psychothérapie : "Rhapsodien über die Anwendung der psychischen
Curmethod auf Geiseszerrüttungen" (Hall: Curt). Le titre lui-même
prolonge les aspects poétiques déjà rencontrés
chez Desjardins : "Rhapsodies sur l'application de la psychothérapie
aux troubles mentaux". Reil exprimera aussi ses difficultés et sera
véritablement un inventeur capable de traduire ses intuitions en
techniques : thérapie occupationnelle, sexothérapie, musicothérapie,
théâtrothérapie mais aussi, parfois, quelques séquelles
des méthodes violentes de Boerhaave Cognasse Desjardins n'a pas
concrétisé ses intuitions en techniques instrumentales précises,
il s'est contenté d'ouvrir la porte à la recherche sur le
niveau intrapsychique des liens entre le corps et la psyché mais
il en a cependant tiré de grandes conséquences pour la relation
thérapeute-patient.
Après bien d’autres méandres,
cette voie sera prolongée un siècle plus tard par un autre
chercheur : Freud Le fait que ce successeur viendra d'une culture ancestrale
et nationale tout-à-fait différente de celle de Cognasse
Desjardins, a donné une lecture particulière des processus
psychiques. Certes, Freud vint à Paris se relier à la fin
d'un siècle de tradition psychiatrique française mais, ensuite,
il retourna formuler ailleurs -dans son propre fonctionnement- ce qu'il
avait à dire. Parallèlement à l'Essai de Cognasse
Desjardins, Pinel inaugurait la psychiatrie. Nous sommes encore les héritiers
de toutes ces Ecoles entremêlées.
Et, puisque nous constatons un parallélisme
curieux dans le rythme séculaire du renouvellement dans l'épistémologie
scientifique entre les travaux sur le “rêve” et sur l’approche “analytique”,
nous sommes fondés à attendre une nouvelle émergence
scientifique à l’aube du vingt-et-unième siècle :
- l801 : l'Essai sur les “Songes” ( Cognasse
Desjardins ), et La Médecine clinique rendue plus précise
et plus exacte par l'application de “l'analyse”, (Pinel ).
- un siècle plus tard, en l900 :
L'interprétation des “Songes” (Freud) et la psycho- “analyse”.
- un siècle plus tard, vers l'an
2000 : quel renouvellement thérapeutique se produira encore à
partir d'une interrogation nouvelle sur le “rêve” et d'une capacité
nouvelle d' “analyse” ?…
II° P A R T I E
10. Texte de l'Essai sur les Songes.
(27 pages insérer ici
) .
11. Noms cités dans le texte de
l' Essai sur les Songes
Nom Page
Alpin 21
Aristote 4, 16
Boerhaave 20
Bonet (Bonnet) 3, 9
Brown 15
Cardan 4
Cicéron 14
De La Forge 7
Descartes 7, 14
Dumas 8
Fernel 5
Fouquet 26
Galien 4, 20, 20, 21, 23, 24
Hippocrate 4, 5, 7, 18, 22, 22, 23
Lullin 9
Manget 17
Mario 17
Newton 4
Ossian 19
Pétraque 11
Pétrone 6
Pinel 9
Platon 4, 5
Pline 17
Pythagore 15
Stahl 7, 20
Rufus 17
Thortone 15
Vigarous 15
Young 19
12. Noms cités hors du texte de
l'Essai sur les Songes
Page
Barthez 27,
Baumes 27
Berthe 27
Broussonet 27, 27
Chaptal 27
Coquet 2
Desjardins 1
Dumas 27
Fouquet 27
Gouan 27
Hippocrate 1
Lafabrie 27
Martel 27
Mejan 27
Montabré 27
Natey 2
Poutingon 27
René 27
Roger 2
Seneaux 27
Vigarous 27
Virenque 27
13. Ouvrages cités dans le texte
de l'Essai sur les Songes
Alpin De prœsagio.
Aristote Probl. Sect.
Aristote De præsent. per somn.
Bonet (Bonnet) Essai analytique sur l'ame.
Cardan De rerum varietate.
Cicéron De divinat.
Descartes Tract. de hom.
Dumas Principes de physiol.
Fernel De signis.
Galien De prœsagio ex insomniis sumendo.
Hippocrate De insomniis.
Manget Bibl. medico pract.
Stahl Pathol.
Stahl Pathol. spécial.
Stahl Theo. med. ver. phys. de somno.
14. Editions de référence
citées dans le texte de l'Essai sur les Songes
J’ai établi cette liste des éditions
utilisées dans l'Essai (hormis les éditions des plus grands
classiques antiques) d'après les particularités du libellé
de citations de Cognasse Desjardins et des titres de plusieurs ouvrages
auxquels il renvoie. J’ai établi cette liste avec précision
mais sans prétendre à une certitude absolue sur plusieurs
points.
• Alpin Prosper, 1553-1617.
Alpini, Prosper de Præsagienda vita
et morte ægrotantium libri septem... cum præfatione Hermanni
Boerhaave. Lugduni Batavorum, ex off. Severin 1710, in-4°.
Alpini, Prosper The Presages of life and
death in diseases, in seven
books, trad. London, G.Strahan and J.
Clarke, 1726. 2 vol, in-8°.
Boerhaave Hermann, 1668-1738.
Aphorismi de cognoscendis et curandis
morbis, in usum doctrinæ dimesticæ digesti ab Hermano Boerhaave.
Lugduni Batavorum, apud J. Vander Linden, 1709, in-12°.
Aphorisme de M. Hermann Boerhaave, sur
la connaissance et la cure des maladies traduits en francois par *** (de
La Mettrie). Nouvelle édition. Paris, Huart, 1745. in-12°.
Bonnet Charles, 1720-1793. (Cognasse Desjardins
écrit, par erreur: Bonet).
Essai analytique sur les facultés
de l'âme. Tome I Sec. ed. Copenhague, Philibert, 1760, 1769. (L'édition
de 1760 a été reprise en fac-similé en 1970 par Slatkine
Reprints, Genève).
Œuvres d'Histoire naturelle et de philosophie
de Charles Bonnet. Neuchatel, S. Fauche, 1779. 17 vol. in-8°. Vol.
XIII-XIV: Essai analytique sur les facultés de l'âme. Edition
de 1779-1783, 8 tomes en 10 vol. in-4°. Vol VI: Essai analytique sur
les facultés de l'âme.
• Cardan Jérôme, 1501-1576.
Hieronymi Cardani Mediolanensis philosophi
ac medici celeberrimi Opera omnia: tam hac tenus excusa ; hic tamen aucta
et emendata ; quam nunquam alias visa, ac primum ex auctoris ipsius autographis
eruta: cura Caroli Sponi Lugduni, sumptibus A. Huguetan, et M.A. Ravaud,
l663. lO vol. Tome 3 : De rerum varietate. De subtilitate.
• Cicéron, 65 BC- .
Les deux livres dela Divination de Cicéron,
traduits en françois par Régnier Desmarais, avec le texte
latin, suivi du traité de la Consolation par Morabin. Nouvelle édition
revue et corrigée. Paris, chez les frères Barbou. an III,
in-12°.
M. Tulli Ciceronis libri de Divinatione,
ex recensione et cum notis J/. Jac. Hottinger Turici, formis Orellianis,
1793. in-8°.
(Je ne suis pas sûr de la préférence
donnée par Cognasse Desjardins à l'une ou l'autre de ces
deux éditions. Dufour).
• Descartes René, 1596-1650.
Renati Descartes. Opera philosophica omnia
in tres tomas distributa, quibus continentur: Meditationes de prima
philosophia, Principia philosophæ. Dissertationes de methodo, Diotrice,
Meteora, Tractatus de passionibus animæ, de homine et formatione
fœtus, cum notis Ludovici de La Forge et autoris vita... Fracofurti ad
Mænum, sumtibus F. Knochii, 1697. 3 tomes en 6 vol. in-4°.
• Dumas Charles-Louis, 1765-1813.
Principes de physiologie, ou Introduction
à la science expérimentale, philosophique et médicale
de l'homme vivant, par Charles-Louis Dumas. Paris, Déterville, 1800-1803.
4 vol. in-8°. Tableaux.
• Manget Jean-Jacques, 1652-1742.
Jo. Jac. Manget. Bibliotheca medico-practica,
sive Rerum medicarum thesaurus cumulatissimus, quo omnes prorsus humani
corporis morbosæ affectiones tam artem medicum in generatum chirurgicam
in specie, spectantes, ordine alphabetico explicantur... Genevæ,
sumptibus. J.A. Chouet, 1695-1696. in-folio.
Jo. Jacobi Manget. Bibliotheca medico-practica,
qua omnes humani corporis morbosæ affectiones ordine alphabetico
explicantur... et per dissertationes, consilia, observationes, ac cadaverum
anatomicas inspectiones... Tractantur. Editio altera. Genevæ, sumpt.
fratrum de Tournes, l739. 4 vol. in-folio.
• Newton (Sir Isaac), 1642-1727.
Isaac Newtoni Opera quæ exstant
omnia commentariis illustrabat Samuel Horsley. Londoni, excudebat J. Nichols,
1779-1785. 5 vol. in-4°. in Vol V, 3: Observations upon the prophecies
of Holy Writ, particularly the propheties of Daniel and the Apocalypse
of St John.
• Ossian (œuvres écrites, en fait,
par James Macpherson, 1736-1796).
Poésies galliques, traduites sur
l'anglois de M. Macpherson. par M. Le Tourneur. Paris, Musier fils, 1777.
2 tomes en 1 vol. in-8°.
The works of Ossian, translated from the
Galic language by James Macpherson. Paris, J. Barrois, 1783, 4 vol. in-12°.
• Pline l'Ancien, 23-79.
Caius Plinius Secundus. L'Histoire du
monde de C. Pline Second... A quuoy a esté adjousté un traité
des pois et mesures antiques, résuites à la françoise...
Le tout fait et mis en fraçois par Antoine Du Pinet, seigneur de
Noray. Lyon, C. Senneton, 1562. 2 tome en 1 vol. in-folio.
Autres éditions : 1566, 1581,
1615.
• Stahl Georges Ernest, 1660-1734.
Theoria medica vera, physiologiam et pathologiam,
tamquam dictrinæ medicæ partes vere contemplativas, e naturæ
et artis veris fundamentis... sistens. Halæ, literis Orphanatrophei,
1708. 7 parties in 2 vol. in-4°.
De Motus hæmorrhoidalis et fluxus
hæmorrhoidum diversitate, bene distinguenda tan ad veram theoriam
seu pathologiam quam justam therapiam seu praximn,non tantum utilis sed
plane necessaria remonstratio, duobus schediasmatibus ad duos viros medicos
exarata. Parisiis, F. Horth-Hemels, 1730. in-8°.
• Young (Rev. Edward), 1683-1765.
Les Nuits d'Young, traduites de l'anglais
par M. Le Tourneur. Paris, Lejay, 1769. 2 vol. in-8°. Nombreuses éditions
ultérieures ; celle de 1769 est traduite en vers français.
4 vol. in-12°. Imprimerie de F. Didot.
Œuvres diverses du docteur Young, traduites
de l'anglais par M. Le Tourneur. Paris, Le Jay, 1770. 2 vol. in-12°.
15. Programmes des Cours d'Enseignement
dans l'Ecole de Santé de Montpellier
( insérer ici la couverture
et les pages 41 à 55 de l'Organisation intérieure de l'Ecole
Clinique interne de Montpellier ).
16. Etudes mettant en valeur l'Histoire
de l'Université et de l' Ecole de Médecine de Montpellier
Archives de la Faculté de Médecine
de Montpellier:
Série Q. = Dossiers spéciaux
et pièces diverses
Série S. = Registres.
Broussonet, J.L.V. Notes pour servir à
l'Histoire de l'Ecole de Médecine à la fin du XVIII°
siècle... Montpellier : J. Martel. 1842.
Dulieu, L. Les grandes cérémonies
de l'Ecole de Médecine de Montpellier; sous la Révolution
et sous l'Empire. Languedoc Médical, tome XXXV, n° 2, mars-avril
1952.
Dulieu, L. Essai historique sur l'Hôpital
Saint-Eloi de Montpellier (1183-1950), Montpellier : Imp. ch. Déhan,
1953. et autres travaux de Dulieu.
Dulieu, L. La médecine à
Montpellier.tome I, Le Moyen-Age. Les Presses Universelles, 1975.
Journal d'instruction sur toutes les parties
de l'art de guérir, ouvrage périodique propre à constater
l'état et les progrès de l'enseignement dans les Ecoles de
médecine de l'Empire françois et notamment dans celle de
Montpellier, département de l'Hérault par une société
de médecins. Montpellier : J. Martel, aîné. 1791-1792.
Prenelle, C.F.G.V. Fragmens pour servir
à l'histoire des progrès de la médecine dans l'Université
de Montpellier. Montpellier : J. Martel, aîné, AN IX.
Thomas, L. La vie universitaire à
Montpellier au XVIII° siècle. Montpellier : Roumégous
et Déhan, 1914.
Turchini, J. Aperçu du rayonnement
de l'Ecole de Médecine de Montpellier à travers le monde.
XVI° Congrès Int. Hist. Médecine. Montpellier, 1958.
17. Etudes mettant en valeur l'influence
des médecins juifs dans l' Ecole de Médecine de Montpellier
Astruc, J. Mémoires pour servir
à l'histoire dela Faculté de Médecine de Montpellier.
Paris, l767.
Askenasi, J. Contribution des juifs à
la fondation des écoles de médecine en France au Moyen-Age.
Thèse de médecine, Paris, l937. Carcassonne, D. Essai historique
sur la médecine des hébreux anciens et modernes. Thèse
de médecine. Montpellier: J. Martel, aîné. 1811.
Delmas, P. L'hippocratisme montpellierain
ses origines ; rôle prépondérant des fils de
l'Islam et des enfants d'Israël. Æsculape, tome XIII, 1923.
idem à Montpellier: Rougemous et Déhan, 1923, avec C. Guérin-Valmale.
Documents inédits sur les Juifs
de Montpellier au Moyen-Age. Revue des Etudes Juives, vol 19, pp. 259-282,
l889 ; vol. 22, pp. 264-279, l891 ; vol. 23, 265-278, l891 ; vol, 28, pp.
118-141, l894 ; etc.
Friedenwald, H. Les juifs et l'Université
de Montpellier, Jean Astruc (1684-1766) et les Saporta. Rev. d'Hist. de
la Méd. Héb. 1, 1948, pp. 21-29.
Gross, H. Gallia Judaïca. Dictionnaire
géographique de la France d'après les sources rabbiniques.
Rev. Etud. juives. Paris : Cerf. 1897.
Kahn, S. Les Ecoles juives et la Faculté
de Médecine de Montpellier. Montpellier : G. Firmin et Montage,
1891.
Kohn, R. L'influence des juifs à
l'origine de la faculté de médecine de Montpellier. Rev.
d'Hist. de la Méd. Héb. 4, 1949, pp. 14-34.
Leibowitz, J.O. Médecins juifs
à Montpellier. 16° Congrès d'Histoire de la Médecine.
1, 1958 (1960), pp. 17-18.
Lehman, A. Rofeim yehudim beprovence,
ouvelanguedoc ouveveit ha sefer le refouah be montpellier be meot ha XI°,
XII°, XXIII°. Qorot (Israel). en hébreu. 3, 1964-65, pp.
455-471.
Muntner, S. Un traducteur hébreu
d'Aboul Kasrim traitant de l'instruction et de l'éthique des médecins
de la France méridionale au XIII° siècle. XVI° Congrès
Int. Hist. Médecine. Montpellier, 1958.
Pansier, P. Les médecins juifs
à Avignon aux XIII°, XIV°, XV° siècles.
Janus. Arch. Intern. pour l'Hist. de la méd. 15, 1910, pp. 421-451.
Simon, Le serment médical
d'Assaph, médecin juif du VII° siècle avec une étude
comparative du serment d'Hippocrate, de la prière médicale
de Maïmonide et du "serment de Montpellier". Rev. d'Hist. de
la Méd. Héb. 9, juillet 1951, pp. 1-9.
Simon, Les médecins juifs
et la fondation de l'Ecole de Médecine de Montpellier. Rev.
d'Hist. de la Méd. Héb. 18, 1965, n° 68, pp. 79-93.
Wickersheimer, E. La question du judéo-arabisme
à Montpellier. Monspelliensis Hippocrates. 2, 1959, n° 6, pp.
3-7.
Wickersheimer, E. Dictionnaire biographique
des médecins en France au Moyen-Age. Genève: Droz. l979
18. Ropra et la loi du 24 juin i792.
Texte tiré de
Histoire et Description des archives générales
du Département du Nord, à Lille ; par M. Le Glay, archiviste.
Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites
de la Bibliothèque Royale et des archives et des bibliothèques
des départements, publiés par M. Champollion Figeac. Tome
Second. Paris: Firmin Didot Frères, l843. pp. 62-68.
Le commentaire de M. Le Glay doit être
replacé dans sa relation au pouvoir de l843, mais les faits et documents
gardent une valeur historique qui concerne notre étude.
( insérer ici la page de couverture
et les pages 62 à 68 )
19. Table des illustrations
Registre des Actes de l'Ecole de Médecine
de Montpellier
Inscriptions de Cognasse Desjardins
Procès verbal d'admission aux examens
de Cognasse Desjardins
Extrait du Registre des Délibérations
de l'Ecole
de Médecine de Montpellier
Plan de la Ville de Montpellier vers 1780
Cartes indiquant le rayonnement de l'Ecole
de Médecine de Montpellier
Discours sur le Génie d'Hippocrate,
par Barthez
Discours sur la clinique, par Fouquet
Le Songe et la Mort. Planche d'Anatomie
de la Grande Encyclopédie
Illustration sur l'Ethique à Nicomaque
d'Aristote
Gravure représentant Cardan
Le cerveau, siège de l'âme,
selon Descartes
Le sommeil de la raison engendre des monstres,
par Goya 1799
Essai analytique sur les facultés
de l'âme, par Charles Bonnet, 1769
Rapport force/forme/sens, par Dufour
Programme des Cours d'Enseignement de
l'Ecole de Médecine de Montpellier
Ici fin du livre
|
|