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Professeur Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org
Recherche sur la lutte pour la
vie
dans les camps d’internement
nazis en France.
par Pr. Yehoshua Rahamim Dufour
Département de Criminologie. Bar-Ilan
University. Ramat-Gan. Israël.
Résumé
Chaque collection de lettres de prisonniers présente des particularités,
les unes sont plus centrées sur le groupe familial, d’autres sur
l’histoire des rafles, sur le couple, sur la vie du camp ou sur le système
concentrationnaire et exterminateur, les biens juifs spoliés. La
particularité de notre collection personnelle est le nombre de lettres
(plus de 40), ce qu’elle nous apprend sur le vécu quotidien de l’internée
à Drancy, la coopération de l’entourage pour soutenir le
prisonnier et tenter de le faire libérer, la psychologie de l’internée
(son évolution, sa stratégie, son combat), la psychologie
des bons ou mauvais voisins jusqu’aux français influents qui collaborent
avec les nazis ou qui sont en relation avec eux et qui ont également
des relations parmi les internés.
La dynamique psychologique intense qui apparaît dans ce combat
est contraire aux images simples et classiques de déportés
passifs et impuissants ou des résistants organisant l’évasion
physique. Beaucoup ont utilisé l’arme de la lutte psychologique
dans sa complexité et dans ses ambiguïtés ; certains
ont pu gagner également par cette arme ; on est là dans les
méandres de la condition humaine et non dans les mythes.
Le témoignage écrit
Les écrivains et les journalistes sont les témoins de
la société et de leur temps en même temps qu’ils témoignent
d’eux-mêmes. Mais il est un autre genre d’écriture que l’on
répugne à appeler genre littéraire, c’est l’écrit
des victimes ; chez eux, le texte n’est pas un gagne-pain ni un plaisir,
ni un exercice de créativité ni une performance littéraire,
c’est la vie menacée dans le corps qui trouve encore ce champ des
paroles pour exister et pour se relier à la communauté des
vivants.
Nous assistons à “l’émergence de la vie dans la parole
initiale” (Dufour-Gompers, R. Ecouter le rêve. Paris, Robert Laffont,
1989,1992. pp. 109-126.), d’autant plus intense qu’elle est menacée.
La parole des malades atteint particulièrement à ce degré
de vérité (Dufour-Gompers, R. La relation avec le patient.
Toulouse, Privat,1992.). La parole des suicidaires également mais
son régime est particulier ; son ambiguïté dans les
dimensions de message, d’appel et de chantage a conduit à des travaux
importants sur les processus de pensée que l’on peut détecter
dans l’écrit avant la mort chez ceux qui faisaient une véritable
tentative de suicide ou chez ceux qui préparaient à l’avance
“l’échec” de cette tentative (Shneidman, E., Farberow N.L. Clues
to suicide. New York, Mc Graw-Hill, 1957.).
L’horreur vécue dans les camps nazis ne nous serait pas parvenue
sans les témoignages écrits car les victimes étaient
exterminées ou destinées à l’être et la plupart
des survivants sont restés sans voix ensuite.
Dans les témoignages ultérieurs des rescapés,
il nous faut distinguer entre les fonctions suivantes :
- la parole de témoignage historique pour assurer la mémoire
des faits (Bellew Edda. Matricule 1124. Paris, La pensée Universelle,
1972, 181 p. ; Bernard Jean-Jacques. Le camp de la mort lente. Compiègne
1941-42. Paris Albin Michel, 1944. 246 p. ; Buchman Jacob. Mémoire
de la Choa. Un rescapé raconte. Paris, Ed. Bibliophane, 1992, 146
p.),
- la parole de témoignage historique pour établir ou
rétablir la vérité des faits,
- la parole de souvenir du vécu personnel (Assbo Estréa
Zaharia. Les souvenirs d’une rescapée. Paris, La Pensée Universelle,
1974, 125 p.),
- la parole de souvenir partagé dans la communauté des
anciens prisonniers,
- le témoignage de transmission parentale ou communautaire (Brajtberg-Fajnzylber
Féla. Le témoignage ordinaire d’une juive polonaise. Paris,
Ed. de la Bruyère, 1991, 107 p.),
- la parole cathartique ou abréactive, et la parole d’élaboration
psychothérapique (Vinar M.N., Ulriksen-Viet M., Bleger, L. Troubles
psychologiques et psychiatriques induits par la torture. Encycl. Méd.
Chir. (Paris), Psychiatrie, 37889 A 20, 5-1989. 4 pp.),
- la parole de sublimation, le plus souvent artistique.
Ces différentes fonctions peuvent se combiner dans le même
écrit.
Si les prisonniers étaient écrivains (comme Max Jacob
arrêté à Saint Benoit sur Loire le 24-2-1944, transféré
à Drancy le 28 et décédé le 5 mars), ils continuaient
parfois leur oeuvre car elle était le plus bel acte de résistance
mais, le plus souvent, ils n’écrivaient plus que comme des humains
dont la qualité était d’être également écrivains
(Fine S. Ellen. Literature as resistance : survival in the camps. in Holocaust
and Genocide Studies. Vol 1, n° 1, 79-89. 1986.).
Le théâtre, par sa fonction de lien collectif, d’embellissement,
de catharsis et de mobilisation, recréait aussi un autre espace
(Alexandre Henri. Ceux qu’emporte le train. 26 tableaux d’une pièce
jouée par les internés des camps. Paris. Les Editions du
Scorpion, 1959, 189 p. pp 152-157, poèmes ; Dr Paulette Son-Zimmet-Gazel
(Bérengère). Les voix sans visage. Prison allemande de Fresnes,
février 1944. Une journée parmi tant d’autres. Comédie
dramatique en 1 acte. Ecrit à Fresnes dans la cellule 91, au secret.
III° division, mars 1944. Ambilly-Annemasse. 4O pp.).
Il en est de même des chansons et de la poésie dans les
camps (Anthologie des poèmes de Buckenwald. par André Verdet.
Paris, Robert Laffont, 1946. 117 p. ; Pouzol, Henri. La poésie concentrationnaire
; visage de l’homme dans les camps hitlériens, 1940-1945. Paris,
Seghers, 1975. 171 p.).
La poésie est la forme littéraire la plus complète
car elle est à la fois la plus proche du cri et de l’instant vécu
(19 poèmes de déportés. Plaquette des anciennes déportées
de Ravensbrück. Paris, septembre 1971. 13045 CDJC ; Ulman André.
Poèmes du camp (Mauthausen, Melk, Ebensee). Paris, Julliard, 1969.
59 pp.).
Elle est la plus sophistiquée dans l’élaboration et la
plus musicale souvent.
Elle devient aussi la forme la plus accessible et celle qui témoigne
le plus de la dignité préservée (Poèmes et
chants dans les camps. Dossier CD II- 25-40 du CDJC.).
C’est le cri
- de la révolte (Aziz Philippe. Les camps de l’apocalypse. Les
pourvoyeurs de l’enfer. Genève. Editions Idégraf et Vernoy,
1980, 249 pp. Le chant de la révolte du guetto, pp. 244-245.),
- de l’espoir (Honel Maurice. Prophétie des accouchements.
Poème. L’aurore au fond des nuits (écrit à Auschwitz).
Paris, Imprimerie Polygraphique. 1982. 116 pp.),
- et de la survie (Le luth brisé. Poèmes du Ghetto,
des camps, de la révolte et de la survie, traduits du polonais et
du yiddish par Irène Danfer. Paris. Presses du Temps Présent,
1968, 1968, 118 p.),
- de la réaction face à l’anéantissement (Ertel
Rachel. Dans la langue de personne. Poésie Yiddish de l’’anéantissement.
Paris, Seuil, 1993. 218 p.).
Le graffiti est probablement l’écrit le plus émouvant
et le plus digne car il se dispense de l’artifice conventionnel et distingué
du papier et de la plume (Calet Henri, Les murs de Fresnes. Paris, Ed.
des Quatre Vents, 1945. et M. Borwicz, pp. 113-127.).
Il est souvent écrit directement par le corps et porte témoignage
sur le lieu-même (Voir les photos recueillies par Serge Klarsfeld
dans les prisons nazies. Bulletins de la FFFDJF Fédération
des Fils et Filles de Déportés Juifs de France.). Il mériterait
une préservation particulière et des travaux de recherche.
Il est proche, par son intensité des derniers écrits des
condamnés à mort.
Le journal personnel manifeste une volonté continue d’assumer
les fonctions précédentes; souvent, il est complété
ultérieurement pour aboutir à sa publication (Brivet René.
J’ai échappé aux nazis. Journal d’un jeune alsacien aux 3/4
Juif. 20.6.40-10.9.44. Paris, Ed. L’Harmattan, 1993, 229 p. Voir Memoirs
and Diaries. Record Group 033. Compiled by Bronie Klibanski. Traduits par
Louis Kaplan. Jérusalem, Yad Vashem Central Archives 1990. 386 p.).
Les prisonniers n’utilisent pas seulement le mot mais plusieurs intensifient
la force de l’écrit sans usage de la lettre, dans le dessin, la
peinture ou la sculpture avec les moyens de fortune. Souvent, les survivants
prolongent ces esquisses une fois qu’ils ont pu être délivrés
et leur oeuvre comporte les mêmes fonctions que celles indiquées
ci-dessus.
L’expression sur laquelle nous allons centrer notre attention est la
lettre de correspondance. Elle ajoute aux fonctions précédentes
le besoin de se relier au monde extérieur, de maintenir les liens
mis en péril, d’appeler à l’aide affective ou matérielle,
d’entretenir la relation, d’assumer les rôles affectifs ou parentaux.
On peut distinguer :
- les écrits et lettres des prisonniers politiques (Forest Eva.
Diario y cartas desde la carcel. Journal et lettres de prison. Paris, Ed.
des femmes, 524 p. 1975),
- les écrits et lettres des simples prisonniers de guerre (Cahiers
de prisonniers. Les écrits des prisonniers de guerre : poèmes,
journaux de captivité. pp. 51-131. Les Cahiers du Rhône, 7.
Neuchatel, Editions de la Baconnière. Pâques 1943, 240 pp.),
- les écrits et lettres des otages et condamnés à
morts en temps de guerre (Lettres de fusillés. Paris, Edition France
d’abord, 1946 ; Dr Bon Henri. Les 16 fusillés de Besançon.
Paris, Casterman, 1946 ; Borwicz Michel. Ecrits des condamnés à
morts sous l’occupation allemande (1939-45). Etude sociologique. Paris,
PUF, 1954, 276 p. ; Malvezzi Piero, Pirelli Giovanni, Lettere di
condannati a morte della resistenza italiana. Torino, Einaudi, 1952.),
- les lettres de déportés et internés en transit
vers les camps d’extermination.
Notre collection de lettres
C’est dans ce dernier cadre que nous présentons et analysons
une correspondance envoyée à son mari par Yvonne Chéreau
née Lehmann, une internée du camp de Drancy et dont nous
avons reçue la propriété par transmission du destinataire.
Chaque collection de lettres de prisonniers présente des particularités,
les unes sont plus centrées sur le groupe familial, d’autres sur
l’histoire des rafles, d’autres sur le couple, sur la vie du camp ou sur
le système concentrationnaire et exterminateur.
Il est probable que des collections similaires soient encore en possession
de destinataires, amis, des descendants ou des héritiers. Il importerait
que ces collections sortent des archives familiales et soient déposées
dans les archives publiques qui en assureraient la préservation,
l’étude et la transmission. Cet article peut y inciter.
Avant de les analyser, il faut noter combien le contact direct, visuel
et tactile avec ces documents chargés de tant de souffrance est
une expérience émotionnelle et affective éprouvante.
Situons ces lettres dans l’ensemble des écrits réalisés
à Drancy. Nous retrouvons dans les écrits de ce camp (et
dans les témoignages publiés ultérieurement) la majeure
partie des genres et fonctions indiquées ci-dessus :
- le témoignage sur la vie au camp (Rajsfus Maurice. Drancy,
un camp de concentration très ordinaire, 1941-44. Paris, Ed. Manya,
1991, 411 p. ; Reine Charles (Drodic). Sous le signe de l’étoile.
New York, Brentano, 1945, 246 p. ; Drancy, pp 132-162; Rosenfeld Etienne.
De Drancy à ces camps dont on ne parle pas. Paris, Ed L’Harmattan,
1991, 197 p. ; Wellers Georges. De Drancy à Auschwitz. Paris, CDJC,
1946, 230 p.),
- le témoignage sur la résistance dans le camp
(Lazarus Jacques (Capitaine Jacquel), Juifs au combat. Paris, Ed. du Centre,
1947. 153 p. Drancy, pp. 137-140. Ullmo André. Témoignage
sur la résistance. La construction d’un tunnel d’évasion
à Drancy. Le Monde Juif. Paris Sept 1964-mai 1965 3-4, 38. ),
- le témoignage sur la résistance devant le camp (Diamant
David. Les juifs dans la résistance française 1940-44 (avec
ou sans armes), manifestation de femmes non juives devant Drancy en octobre
1941 et été 1942. Paris, (sans éditeur) p. 68 et 134-5.),
- le témoignage sur les épreuves subies (Calef Noël
(Nissim). Drancy 1941, camp de représailles. Drancy la faim. Paris
FFDJF, 1991. 354 p. ; Darville Jacques et Wichene Simon. Drancy la Juive
ou la 2° Inquisition. Cachan, A. Breger frères, 1945. 127 p.),
- le témoignage sur le dépassement (Niles Maurice,
Chatain Jean. Drancy, le chemin de la vie. Paris, Ed. Messidor, 1986, 206
p.) ;
- la chanson qui a été composée par les
prisonniers autour de leur réalité nouvelle et dont voici
quelques vers (Sur l’air de “poil, demi-poil”... : “Combien as-tu de grand-pères
juifs, demi-juifs, quart-de-juifs, juifs, juifs qui n’étaient pas
circoncis... qui ne mangeaient pas d’lard frit... alors ton affaire est
claire, ce crime sera puni...” (Warlin, Andrée, L’impossible oubli.
Paris, La pensée Universelle; 1980. 183 p. avec le texte de la Chanson
de Drancy, pp. 181-183.) ;
- le genre des chansonniers (de Buxy Fernand. Pétainades.
Drancy. Notes rimées, clandestines d’un bourgeois de Paris 1940-44.
Paris, Le livre de Paris, 1944, 125 p.) ;
- la poésie de forme classique (Ecrivains en prison. Paris,
Seghers, 1945 261 p. poèmes de Fresnes, Drancy, Compiègne
etc.) dont cet extrait du poème Agonie de Max Jacob, matricule 21565
:
“Mon Dieu ! que je suis las d’être sans espérance,
De rouler le tonneau lourd de ma déchéance...
Et les draps de mon lit sont en paille de fer.
Souvent dans mon sommeil la même île électrique
Marque en couteau de sang mes noms patronymiques...”
ou cet extrait de Drancy de Camille Meunel, déportée
:
“...Bourreaux d’enfants perdus et de vieilles sans dents...
Vous en avez tant vu des innocents crever.
Les visages durcis plaqués aux fenêtres,
Ces vitres sur la mort où s’accrochent nos jours
Pour voir, dissimulés par un mur de briques,
Amant, enfant ami. La police épie,
Ne faites pas signe, bonjour est interdit”.
- la création d’un mot symbolisant l’espoir mythique d’une délivrance
et d’un territoire édennique imaginaire auquel les déportés
arriveraient : Pitchipoï, terme derivé de contes en yiddish
(Leizer Ran. Pourquoi Pitchipoï. Biographie d’une chanson populaire.
in Les juifs de France dans la 2° Guerre mondiale. Pardès 16/1992,
pp 134-144.) ;
- le journal (Auscher Janine. Les derniers jours de Drancy. Journal.
Revue de la Pensée Juive 3, avril 1950, pp. 118-123.);
- les dessins et peintures (Crémieux-Dunand Julie. La
vie à Drancy, 1941-44. Dessins de Jeanne Lévy. Paris, Librairie
Gédalge, 1945, 262 p. Horan Georges. Le camp de Drancy, seuil de
l’enfer juif. Estampes à l’eau forte. Paris, Pouzet et Cie. 1947,
56 planches. Que la maison d’édition Pouzet ou ses ayant-droits
veuille bien nous excuser de reproduire cette estampe sans autorisation
préalable mais il nous a été impossible de retrouver
leur trace.);
- les lettres.
Le cadre de Drancy.
Situons le cadre. Drancy est situé en région parisienne,
dans ce qui est actuellement la Seine-Saint-Denis. 70.000 juifs y ont été
rassemblés pour la plupart par la gendarmerie française qui
se chargeait également de “l’accueil”.
En 1945, environ 1500 juifs n’y avaient pas encore été
dirigés vers Auschwitz ou Sobibor pour y être exterminés
; seuls 3000 environ ont survécu à la déportation.
Je souhaite que ce dessin d'un témoin soit toujours sur le bureau
des politiciens français avant qu'il ne donnent leur leçons
morales agressives envers l'Etat d'Israël qui représente l'enfant
juif aujourd'hui.
Entre le 20 août 1941 et le 16 juillet 1942, Drancy accueillit
surtout les hommes et le Hauptsturmführer SS Theodor Dannecker, chef
de l’administration antijuive allemande en France, organisa avec rigueur
et sadisme la vie du camp sous les ordres d’un inspecteur de la Préfecture
de Police et sous la garde intérieure et extérieure de la
gendarmerie française. Dans les dessins de Georges Horan, la planche
20 nous montre l’accueil des enfants juifs par ces gendarmes et la planche
15 décrit les fouilles des femmes qui sont particulièrement
abusives et humiliantes. Dans son dessin n°8, David Brainin (lui-même
expédié à Auschwitz par le convoi 34 du 18-09-1942)
a croqué, en décorateur professionnel qu’il était,
l’arrivée des femmes à Drancy.
Ensuite, pendant un an, jusqu’au 2 juillet 1943, le Obersturmführer
SS Heinz Röthke s’imposa directement dans toute la vie du camp ; il
remit aux prisonniers eux-mêmes l’organisation des services internes
de la vie quotidienne (illustration d’un organigramme de commandement parmi
les prisonniers juifs) pour concentrer tout son dynamisme et son efficacité
dans l’organisation des convois devant assurer l’extermination des juifs.
Les femmes et les enfants sont alors internés et le climat interne
devint dramatique.
Enfin, jusqu’à la libération un an après, le 17
août 1944, la situation des prisonniers s’aggrava encore sous la
direction du Hauptsturmführer SS Aloïs Brunner qui avait
déjà liquidé les juifs d’Autriche et de Grèce.
Il fut aidé par Brückler, Weilsel et Koepler et par les équipes
efficaces et sadiques des services dits de sécurité, les
Sicherheitsdienst. La vie au camp était très proche de celle
qui se déroule dans les camps nazis d’extermination.
Drancy au présent
Quand l’interné entre à Drancy, on lui confisque, lors
de l’enregistrement, le maximum d’objets de valeurs et d’argent contre
un reçu placé dans le dossier administratif. Heureux fonctionnaires
méticuleux !
Ces pièces existent encore dans les archives officielles (voir
en illustration le “reçu” remis lors de l’accueil de Renée
Gompers, soeur d’Yvonne, auteur des lettres analysées ci-dessous).
Devant le mur de silence bâti de tous côtés (par
les rapteurs et par les victimes humiliées) sur la destination de
cet argent pris par la gendarmerie française, nous avons entrepris
une patiente recherche et venons de découvrir le pot-aux-roses (voir
les deux lettres officielles jointes).
Par lettre du 17 février 1943, au nom du Préfet de Police,
le directeur de la Police Générale à la Direction
de l’Administration Générale de la Préfecture de Police
de Paris rappelle sa demande du 4 décembre 1942 au Commissaire Général
aux Questions Juives : il voudrait savoir ce qu’il doit faire de l’ensemble
des sommes confisquées aux internés de Drancy “par les Inspecteurs
de ma Préfecture ou les Services de la Gendarmerie”, montant s’élevant
au 31-12 1942 à 675 954 francs et 75 centimes. Il indique par là
que ces opérations sont bien réalisées par les effectifs
de la police française et sous sa responsabilité.
On admirera l’honnêteté de cette administration jusque
dans les centimes, et le caractère scrupuleux dans l’exécution
de l’ignoble, point commun entre cette administration et celle des nazis.
Ainsi, par exemple, le reçu 967 du Camp de Drancy du 17 mars 1944
et signé par le Chef de la Police du Camp indique qu’ils ont pris
pour ce dépôt, à la sœur de l’auteur de nos lettres,
Mme Renée Gompers née Lehmann, entrée sous le numéro
17130 à Drancy : “4925 francs (écrits pour précision
et correction en lettres et en chiffres...), un bracelet montre dame métal
blanc roses et pierres, un clip platine et brillants”.
Presque simultanément, une lettre du 6 janvier 1943 du Commissaire
Général aux Questions Juives (Direction Générale
de l’Aryanisation Economique) au Directeur Général de la
Caisse des Dépôts et Consignations, service du Contentieux,
56 rue de Lille à Paris nous apporte d’importants éléments
officiels :
- il fait état de la demande précédente du 4-12-1942,
- il indique que ces sommes ont été “déposées”
par les internés !
- il nous apprend textuellement que “conformément aux indications
données par ma lettre du 6 février 1942, ces sommes ont été
versées, à défaut de compte bloqué, à
un compte de consignation ouvert au nom du juif à la Caisse des
Dépôts”.
- il sollicite l’accord pour faire de même avec les titres de
rente, bons du Trésor, etc.
Ainsi, depuis 1942, les biens pris sur le corps des juifs raflés
par la gendarmerie française, recensés par eux sont déposés
et fructifient pour le plus grand bien de la Caisse des Dépôts
et Consignations de l’Etat français actuel car cet organisme n’est
pas une institution temporaire du Gouvernement de Vichy mais une institution
permanente qui existe actuellement. Les nombreux survivants et leurs héritiers
réels ou moraux, individuellement ou collectivement sont donc fondés
à recouvrer leurs biens usurpés avec les intérêts
et dédommagements qui s’y attachent. Ce dossier est à ouvrir.
Depuis 1992, j'ai informé les journalistes et chercheurs français
sur cette découverte qui changeait les données ; en effet,
on admettait et on continue d'admettre qu'il y aurait eu un seul dépôt
global, disparu, et il s'agirait donc de définir un dédommagement
fictif global afin d'éviter à tout prix le dédommagement
individuel automatique basé sur le compte individuel comme preuve
irrécusable. Je n'ai reçu aucune réponse sur mon information
transmise, si ce n'est, de la part de la recherche, qu'il ne faut pas toucher
à la question de l'argent en ce qui nous concerne pour ne pas susciter
l'antisémitsme. Depuis, la question a été mise à
jour dans les différents pays européens, elle avance en France,
très lentement avec l'espoir que cette lenteur fera disparaître
automatiquement les plaintes par décès. Cela derrière
l'apparence de rigueur administrative pour avancer avec précision
et consensus. Mais la question du compte individuel dont voici les preuves
reste occultée en ce consensus.
Le sinistre usage des chiffres et des lettres.
Pour comprendre le sérieux professionnel et le genre littéraire
qui entoure les futurs déportés, donnons quelques exemples
:
1. L’interné passe de son nom à l’adjonction d’une particule
: il est fiché selon une classification en 6 catégories :
A Aryens, conjoints d’aryens et demi-juifs
B Personnes n’appartenant à aucune autre catégorie
C Cadres du camp
C2 Ressortissants de nationalités protégées
C3 Femmes de prisonniers de guerre
C4 Personnes attendant l’arrivée de leurs familles
encore en liberté.
2. Ensuite, pour la poursuite du voyage, une liste donnant la composition
d’un wagon d’évacuation est préparée avec soin et
clarté par la gendarmerie française, liste tapée à
la machine avec un espace entre chaque lettre comme si déjà
le vide entrait déjà dans ces noms, selon l’exemple réel
suivant du neveu de l’auteur de nos lettres :
Abtransport v 27.3.44
70
B.D.S. - F r a n k r e i
c h R e f .
I V 4 b Abschubliste:
70
C O N V O I D E D R A N C
Y D E P A R T D U
2 7 0 3 4 4
G O M P E R S F R A N C I S C O
B U E N O S A I R E S
6 05 24
6 A V S T C H A R L E S
M O N T E C A R L O
Sur l’original de cette liste, nous voyons le signe que le gendarme
a écrit à côté du nom quand il a fait l’appel
pour le départ, dernière marque de la relation orale et écrite
entre le représentant de la France et son compatriote.
Une autre liste de style différent, plus numérique
et graphiquement plus... expéditive dans la présentation,
est remise avec la livraison des “objets” aux transporteurs allemands qui
vont alors prendre le relai avec d’autres caractéristiques des prisonniers
(numéro dans le convoi, nom et prénom, date de naissance,
numéro d’enregistrement à Drancy) selon l’exemple réel
suivant
348 GOMPERS Sylvain
25. 2. 1892 Juwelier 17129
349 GOMPERS Renée
18. 12. 1898 Ohne 17130
350 GOMPERS Francisco
6. 5. 1924 Student 17131
L’ensemble de cette liste de 1000 déportés au minimum
par convoi est insérée dans une chemise portant la mention
:
A L P HA B E T I S C H E L I S T E des
T R A N S P O R T E S vom 27. ärz 1944
1.000 Arbeitsjuden.
A l’intérieur de cette chemise, le perfectionnisme jouant,
chaque double feuille permet aux convoyeurs de visualiser d’un seul regard
l’ensemble de la composition du même wagon. Nous avons ainsi l’avantage
de savoir quels ont été les compagnons de tout déporté
dans cette expérience inhumaine particulière ; par exemple,
le père et la mère et le fils Gompers avaient comme plus
proches compagnons de route :
- 346 Godchot Edmond, de Nancy
- 347 Godchot Georgette, de Bayonne
- 351 Natal Bensignor, de Smyrne
- 352 Perez Sultana, de Constantinople
- 353 Cohen Eugénie, de Paris.
Cette variété dans les origines juives ne correspond pas
toujours aux images que beaucoup ont de la population univoque des internés
et déportés.
3. A l’arrivée à ce qui devait être le mythique
Pitchipoï, de nouveaux registres sont ouverts pour ceux qui ne sont
pas immédiatement liquidés et gazés, et nous suivons
ainsi sans difficulté (!) dans les archives d’Auschwitz le
parcours différent de chacune de ces personnes : la numérotation,
le tatouage et le parcours du prisonnier, ses passages dans telle unité
de production, de section disciplinaire, sa mort (Service International
de Recherches (Internationaler Suchdienst) D- 3548 Arolsen, en liaison
avec le Comité international de la Croix-Rouge à Genève.
De très nombreuses archives qui n’ont pas été détruites
à la fin de la guerre y sont classées et le service fournit
toutes précisions aux descendants sur simple demande écrite.).
Il fallait entrer dans ces détails précis pour comprendre
dans quel univers du sinistre usage des chiffres et des lettres glissait
progressivement la victime. Ainsi, nous y découvrons, par exemple,
que
- Sylvain Gompers, beau-frère de l’auteur des lettres, reçut
le tatouage 176213 et est “décédé” le 10 août
1944 au camp de concentration d’Auschwitz-Monowitz ;
- il n’y a pas de dossier au nom de Renée Gompers, son épouse,
ce qui confirme les témoignages directs de ceux qui l’ont vue être
poussée vers la chambre à gaz ;
- leur fils Francisco Gompers reçoit le tatouage 80594, est
fiché comme juif ayant été mis en détention
préventive pour ses activités politiques, ce qui correspond
bien au motif de l’arrestation qui a été faite à Monaco
pour activités de résistance et transport d’armes, et nous
indique également la coordination entre les services de renseignements
français et les allemands puisque les indications du dossier suivent
ainsi jusqu’à Auschwitz. Il est répertorié de dates
en dates : arrivé le 27 mars 1944 à Auschwitz, Francisco
est placé le 14 février 1945 au camp de Flossenbürg,
le 26 février au commando de Pottenstein dépendant de Flossenbürg
et le 23 mars 1945 au camp principal de Flossenbürg. Les témoignages
directs recueillis nous apprennent qu’il a été abattu lors
d’une tentative d’évasion.
Si l’on écrivait rétrospectivement la biographie
d’un individu sur ce mode, on dirait que ce Francisco Gompers qui était
entré le 1 janvier 1943 à Monaco comme agent P2 du réseau
de résistance Gallia Reims avec grade assimilé à lieutenant
(attestation d’appartenance 55260), était arrêté le
4 avril 1943 pour soupçon de résistance (passage d’armes)
et libéré le 9, arrêté le 14 mars en même
temps que le résistant Girard et ses propres parents. Après
la fin de la guerre, par une scandaleuse falsification linguistique, par
jugement de la 1° section de la 1° Chambre du Conseil du Tribunal
Civil de la Seine, en l’audience du vendredi 24 octobre 1947, il fut déclaré
“décédé” le 20 avril 1945, classé par le Ministère
des Aciens combattants et victimes de guerre comme “non-rentré”,
le tout reconnu par arrêté ministériel du 20 juin 1945
et nommé au Journal Officiel de l’Etat français du 29 juin
1955.
Il importait de présenter ce parcours pour comprendre que derrière
l’anonymat apparent de la masse vouée à l’extermination,
un réseau humain tenait la moindre de ces personnes dans les tenailles
de la lettre et du chiffre. Mais, dans cet univers, c’est à ces
seuls chiffres qu’on voulait les réduire.
Cette description de la situation des prisonniers proches d’Yvonne,
va nous permettre de comprendre l’angoisse que nous allons trouver dans
les lettres d’Yvonne, l’impuissance ressentie face aux démarches
entreprises pour obtenir sa libération ; également, par là
on situe mieux le réseau adminstratif occulte mais réel des
renseignements qui existe autour de l’interné, et aussi l’efficacité
de l’organisation administrative écrite. De plus, par le Calendrier
édité par S. Klarfeld nous pouvons situer ces victimes internées
au milieu des personnages publics et des décisions qui déterminent
le sort de chacun (Klarsfeld Serge; Le Calendrier de la persécution
des Juifs en France, 1940-1944. FFDJF, 1993. 1264 p.).
Les lettres écrites à Drancy .
Nous respecterons l’orthographe et la ponctuation des auteurs de ces
lettres.
Diverses publications ont abordé ce thème.
Le livre intitulé "Une famille comme les autres" (Paris,
Albin Michel, 1985) offre plus de 200 pages de lettres d’un parcours qui
va d’Ecrouves à Beaune-la-Rolande, Drancy et Auschwitz, remarquablement
présentées par Pierre Gascar et postfacées par Denise
Baumann , dont 7 lettres de Drancy du 3 février au 9 mars 1943 et
11 lettres de Drancy du 20 juin au 29 août 1943. Les lettres étant
d’auteurs différents, membres d’une même famille, l’intérêt
de cette publication est de pouvoir comparer les discours de ce groupe
de personnes à la même époque. Par contre, l’évolution
individuelle est plus difficile à suivre. Pierre Gascar analyse
et met en évidence des traits que nous avons très exactement
rencontrés dans d’autres correspondances :
“les auteurs de ces lettres montrent-ils, alors même que tout
leur annonce le sort auquel ils sont promis, une certaine confiance qui
les conduit à s’enfermer dans ce qui subsiste de l’ancien train-train
quotidien. Mais peut-être s’accrochent-ils à ce qui reste
de vie, d’une banalité rassurante, pour se défendre du doute
qui les gagne et leur fait entrevoir non seulement leur mort, mais aussi
la victoire d’un ordre où l’on n’aurait même plus le droit
de vivre dans l’ombre, simplement, entre soi. Ces hommes et ces femmes
semblent, par moments, pressentir, au delà de leur disparition,
l’effondrement de leur monde familier, et font penser, dans leurs lettres
pleines de préoccupations pratiques, à la fois touchantes
et navrantes, aux enfants qui consolident fébrilement leur château
de sable devant le flux montant. Déjà tout s’effrite, s’écroule,
et le barrage d’innoncence que ces gens dressent, à grand renfort
de propos ordinaires, de mots de tous les jours, ne les préservera
pas [...] A travers leurs lettres souvent d’une assez grande platitude,
ces hommes et ces femmes accèdent à une solidarité
qui ne les a peut-être pas toujours unis auparavant ; ils se dépouillent
de tout égoïsme et placent leur espoir en ceux qui leur survivront.
Oui, tout cela, cette transfiguration, s’accomplit à travers une
chronique encombrée d’histoires de ravitaillement, de colis perdus
ou retrouvés, de bulletins de santé, de mille détails
sans importance. C’est souvent avec les matériaux les plus ordinaires
que l’homme construit sa grandeur”.
Les lettres d’Yvonne nous apporteront des motivations psychologiques
supplémentaires.
Autre recueil, les Lettres de Louise Jacobson , comportent 21 lettres
expédiées de la prison de Fresnes et 6 de Drancy avant le
départ pour Auschwitz (Lettres de Louise Jacobson, 1° septembre
1942-13 février 1943. Jeune lycéenne emprisonnée à
Fresnes, internée à Drancy, déportée et assassinée
à Auschwitz parce qu’elle était juive. Edité et présenté
par Serge Klarsfeld et par le CDDEJ, Lyon.).
Nous pouvons y mettre en évidence plusieurs dynamiques :
- la transmission des nouvelles tragiques (mise en italique,
par nous) ;
- une attitude envers les proches de minimisation rationnelle et parfois
enjouée (soulignée, par nous) qui ne peut tromper mais qui
était nécessaire pour chacun ;
- une confortation affective (imprimées par nous en caractères
gras).
Ces processus du discours alternent et se soutiennent. Nous retrouverons
cette caractéristique dans les lettres d’Yvonne.
Sur ce modèle d’analyse, voici, en exemple, le texte de sa dernière
lettre envoyée de Drancy :
“Mon cher petit papa,
Triste nouvelle mon cher papa. Après ma tante c’est mon tour
de partir. Mais ça ne fait rien. J’ai un moral excellent, comme
tout le monde d’ailleurs. Il ne faut pas te faire de bile papa. D’abord,
je pars dans d’excellentes conditions. Je me suis très très
bien nourrie cette semaine. J’ai eu deux colis par procuration, l’un d’une
camarade déportée, l’autre de ma tante et maintenant ton
colis qui est arrivé juste pile.
Je vois d’ici ta tête mon cher papa et justement je voudrais
que tu aies autant de courage que moi, je sentirais j’en suis sûre
que tu supportes bien cette nouvelle tuile. Ecris cette nouvelle en
zone libre avec des ménagements. Quant à maman il vaudrait
peut-être mieux qu’elle ne sache rien. C’est absolument inutile
qu’elle se fasse du mauvais sang surtout que je peux très bien revenir
avant qu’elle ne sorte de prison. C’est demain matin que nous partons.
Je suis avec des amis car il y en a beaucoup qui partent. J’ai confié
ma montre et le reste de mes affaires à d’honnêtes gens de
ma chambre. Mon papa, je t’embrasse cent mille fois de toutes
mes forces. Bon courage et à bientôt. Ta fille, Louise”.
Nous soulignons les dimensions de courage. Dans tous les documents, les
fautes d’orthographe et les ponctuations particulières sont conservées
pour respecter la dynamique des auteurs.
Nous trouvons ces mêmes caractéristiques dans d’autres
correspondances présentes dans les archives du CDJC.
David Népomiatz , matricule 19268, escalier 18, 4° étage,
écrit (Lettres de David Népomiatz à sa femme. CDJC,
DCXXIV-1b. 80 pages ; lettres 23 à 29 depuis Drancy.) :
“5-2-1943. Je suis à Drancy où je ne suis pas malheureux...
J’ai rencontré ici beaucoup d’amis... Tu m’as caché bien
des choses, que tu étais malade par exemple. Tu ne dois rien me
cacher. J’espère que tu as beaucoup de courage. Moi je me porte
bien. Ici les journées passent assez vite...
8-3-1943. Ces quelques mots pour te donner de mes nouvelles qui sont
toujours bonnes...
14-3- 1943. Je suis content que tu sois en bonne santé avec
les enfants. Pour moi il en est de même. Je suis content que les
petits pensent tant à moi... Bien sûr la vie est triste pour
moi, tout comme elle l’est pour toi...
23-3-1943. Ces quelques mots pour te donner de nos nouvelles qui sont
bonnes mais voilà... ce matin nous partons je ne sais où
[...] nous allons travailller, je ne crois pas que nous serons malheureux.
Bien sûr, c’est dur pour moi qui ai une chère femme et 4 petits
enfants mais je suis content d’avoir de vous tous, des photos [...] Avoir
du courage... C’est un mauvais moment à passer. Pour toi ce sera
moins dur et pour les colis aussi. Je crois que nous aurons le droit d’écrire
2 fois par mois, mais s’il en était autrement il ne faudrait quand
même pas perdre courage [...] Enfin, c’est plus de 700 français
qui partent, mais tous avec courage... Je te quitte en te serrant dans
mes bras”.
Nous touchons là un processus psychologique complémentaire
:
l’alternance accélérée du tragique, de la dénégation
et de la confortation aboutissent à un illogisme qui est tout-à-fait
apparent .
Narcisse David, matricule 1616, bloc 2, escalier 8, chambre 64 écrit
également :
“26-4-42, 21 heures. Mon très cher Narcisse. Ce dernier petit
mot avant de longues semaines peut-être. Je t’assure que j’ai bon
moral. Malgré que cela m’a un peu ébranlé d’avoir
appris hier soir que je faisais partie du départ de demain lundi.
22-6... les bobards courent que nous partons directement... L’on dit
qu’une partie irait travailler dans les usines et l’autre aux travaux des
champs. Evidemment, cela nous met en confiance, façon de parler
! Mais cependant j’ai un très bon moral... Je suis avec de nombreux
camarades A.C. jeunes de 39-40 et leur moral est excellent... J’ai du courage
et de l’espoir de m’en sortir”.
Cette correspondance apporte un élément supplémentaire.
L’auteur y dévoile ses mécanismes relationnels de minimisation
(“un peu”), et leur falsification de la réalité (“façon
de parler”) avant de reprendre ensuite les mécanismes que nous avons
déjà repérés.
Par contre, les correspondances de personnes seules, n’ayant plus de
famille, qui ont besoin d’aide et n’ont plus à conforter leurs proches
sont dépourvues de ces processus et révèlent la réalité
effective :
- une petite fille de 10 ans, 31-10-42 :
“veuillez faire quelque chose pour moi car j’ai toujours faim et je
n’ai pour tout ravitaillement que la soupe du camp” (Marcelle Finkelstein,
sera déportée par le convoi 40).
- et voici la lettre déchirante de son frère, dans une
belle écriture ferme et chaude correspondant à sa signature
:
“Drancy le 31-10-42 : “Cher Monsieur, C’est un pauvre enfant juif qui
vous écrit. Je me nomme Finkelstein Jacques, j’ai 12 ans. Je suis
actuellement interné à Drancy. J’ai à ma charge 3
jeunes enfants qui sont mes frères et soeurs Léon : 11 ans
; Marcelle, 10 ans et Henri 6 ans. Nos parents des juifs polonais sont
déportés depuis 3 mois, ainsi que mon grand frère
et ma grande soeur. Je ne vois absolument personne à qui je puisse
adresser mes bons de colis, c’est donc en vous que je confie mes derniers
espoirs. Je vous en supplie, faites quelque chose pour mes petits frères
et soeurs. C’est un vrai déchirement pour moi que de leur refuser
le pain le pain qu’ils demandent et que je n’ai pas. Je me prive journellement
pour eux, mais c’est insuffisant, car je n’ai aucune provision. Tout me
manque, et le pain et les chocolat et tout. J’habitais Ste Menehould dans
la Marne et il ne me reste aucun parent. D’avance je vous remercie pour
les petits et crois de tout coeur en votre générosité”
(DLXXX IV-2 du CDJC).
Devant cette détresse insupportable du discours des enfants on
ne que se souvenir de la déposition de Rudolf Reder, le seul rescapé
des 600 000 victimes de Belzec ou de l’allemand Kurt Gerstein rapportant
que les enfants criaient dans les chambres à gaz : “Maman ! Et pourtant
j’étais sage ! (in M. Borwicz, pp 141-2)” ou “Maman, je vais
avoir peur !”.
- Autre lettre, d’une maman, dont l’écriture traduit le désarroi
:
“Le 1er Novembre 1942. Monsieur, Je m’adresse à vous si cela
est possible, je suis dans le camp de Drancy avec cinq petits enfants.
Mon mari a été arrêté le 1er Mai aussi deux
Jeunes filles le 14 Juillet. Je n’aie pas de famille pour demander des
colis. On m’a donné votre adresse en me disant que vous allez sûerment
penser après moi et mes enfants. Agréer Monsieur nos salutations
distinguées” (Lydia Kirzner, Escalier 4 chambre 13 Bloc 1)”.
Les lettres de prisonnière d’Yvonne Chéreau-Lehmann
Quelques détails biographiques nous permettront de comprendre
les lettres.
Yvonne Sarah Lehmann est née le 11 mai 1895 à Schaffhausen
près de Strasbourg mais sa famille, originaire de ce village, avait
émigré en Argentine en 1870. Elle a deux sœurs: Jane qui
vit à Paris et Renée, née à Buenos Aires, épouse
Gompers, qui vit à Monte-Carlo et a deux enfants François
et Nicole. Les trois jeunes soeurs avaient formé un trio très
élégant et remarqué à Paris. Grande est l’émotion
familiale quand, en octobre 1919, Yvonne épouse un non juif, Claude
Chéreau, de plus artiste peintre. Le problème se dissipe
rapidement, le couple sera toujours très amoureux et sa femme inspire
ses dessins ; les soeurs resteront très proches, le mari aimera
se joindre à toutes les cérémonies de la famille et
aux fêtes à la Synagogue de la rue de la Victoire à
Paris. Il était né le 31-12-1883 à Villejuif, a été
élève de Jean-Paul Laurens ; bibliophile, il est co-directeur
de la Belle-Edition et des éditions François Bernouard et
publie les revues Shéhérazade, La Vogue Française
et Panurge. Francis Carco s’est écrié :
“Comme nous étions bien inspirés en le surnommant naguère
le Peintre du Bonheur”.
Il évolua vers une très belle peinture figurative de
scènes paysagères et des paysages de la Seine à Paris
; il est aussi un remarquable dessinateur de nus et en publie des albums
(Quelques dessins de Claude Chéreau, Nus. Paris, la Belle-Edition
, 1913; Suite de nus, 15 lithographies inédites. Editions Bernouard,
71 rue des Saints-Pères à Paris, 1929). Il a été
conservateur du Musée Ganne à Barbizon de 1937 à 1942
(Voir Les beaux jours de Barbizon, d’André Billy). Il appartient
à l'histoire de l'art de cette époque.
La vie sociale de ce couple
Elle nous concerne par l’incidence de ses relations dans le réseau
qui sera mobilisé pendant l’internement à Drancy et dont
nous parlent les lettres. C’est un couple raffiné et fidèle
dans ses amitiés. Claude était le grand ami d’Apollinaire
dont il a été le témoin avec Jérome Tharaud
dans son duel avec Cravant, écrivain américain (Voir Apollinaire,
d’Emmanuel Aegerter et Pierre Labracherie. Paris, Ed. Juilliard, 1943).
Michel Déon écrit que Chéreau “avait été
témoin de toutes les extravagances du poète, de ses mystifications,
de l’éclosion de ses plus beaux poèmes” et il présente
ainsi une exposition : “grâce à des collectionneurs obligeants,
la Galerie Charpentier a réuni quelques toiles rares et invisibles
de coutume dans ces sortes d’exposition. Debucourt, Giuseppe Cannela, Eugène
Lami voisinent avec Degas, Vuillard, Picasso, Dufy, Sisley, Seurat, Boldini,
Boussaingault, Claude Chéreau”. Apollinaire aimait particulièrement
les dessins de son ami d’après les danses d’Isadora Duncan. Les
plus grands amis qui deviennent ceux du couple furent André Salmon,
André Billy, de l’Académie Goncourt, Roland Dorgelès,
André et Thèrèse Dunoyer de Ségonzac dont nous
avons des lettres et portraits par Claude, ainsi qu’une caricature de Sem
par Boldini et de Boldini par Sem. Il faudrait citer encore Francis Carco,
Emile Verhaeren, etc. Tout ceci pour comprendre l’ambiance de la vie quotidienne.
Ce beau couple, agréable, charmeur, simple et spirituel, est apprécié
et recherché dans les expositions et cocktails. On a vite besoin
de sa présence et de son amitié.
Toutes les relations ainsi bâties leur sembleront (naïvement)
devoir les aider quand ils tomberont dans la tourmente. Il faut encore
ajouter les amitiés solides du petit cercle de l’Association des
Vieilles Tiges qui réunit régulièrement, au restaurant
de l’Orée du Bois, Porte Maillot à Paris, les précurseurs
et anciens de l’aviation comme Joseph Frantz, Jean Macaigne. C’est que
Claude est sorti de l’Ecole d’acrobatie aérienne de Pau et a pu
commander des escadrilles de combats pendant la première guerre
mondiale ; les souvenirs ne manquent pas ni l’humour parisien.
Précautions
- Nous ne citerons ici que des extraits des lettres , omettant les
échanges très affectifs entre les époux qui ne concernent
pas cette étude. (Les coupures sont indiquées par les [...])
- Nous respectons intégralement le style, l’orthographe et la
ponctuation.
- Il ne faudra pas oublier que ces lettres étaient toujours
soumises à la censure ou, envoyées clandestinement, pouvaient
être découvertes par elle.
- Précisons que nos analyses concernant les personnes ou les
attitudes ne sont que des hypothèses d’autant que, cette période
étant caractérisée par les menaces et les dangers,
les personnages que nous allons rencontrer dans ces lettres nous montrent
qu’ils doivent naviguer dans l’incertitude, le flou, le brouillage et l’ambiguïté
pour naviguer entre les obstacles.
La première lettre d’Yvonne.
Elle est datée du 11 mai 1942, de la cellule 122 de La Santé,
1° Division. Le couple a été arrêté, lui
est placé à la prison du 32 rue du Cherche Midi à
Paris et, elle, au Camp des Tourelles, à la prison de la Santé
puis aux Hauts Clos à Troyes dans l’Aube.
Lundi 11 mai (au crayon)
Mon amour chéri. C’est le jour de mon anniversaire (elle
a 47 ans) et j’ai la grande joie de pouvoir t’écrire pour la première
fois. C’est qu’hier j’ai reçu mon jugement. Je serai bientôt
sortie mon chéri car j’ai eu 2 mois 1/2 à dater du 9 avril
ce qui fait déjà 5 semaines et en outre le major m’a conseillé
d’écrire à mon tribunal pour demander à abréger
ma détention. Je viens aussi de recevoir de Blanche mon premier
paquet qu’elle m’a apporté il y avait une chemise et une ceinture
de flanelle pour toi que j’ai immédiatement remise au soldat pour
qu’il te les fasse transmettre au Cherche Midi où le Major hier
m’a dit que tu avais été transféré. Je ne souffre
pas du tout de ma détention et j’ai beaucoup de courage... J’espère
que tu fais comme moi et que tu prends ton mal en patience. Tâche
de faire un peu de culture physique et de ne pas t’énerver. Maintenant
que je puis écrire tu ne manqueras de rien sois tranquille et dès
que je serai sortie mon unique soin sera de penser à adoucir le
cours de ta détention... La lecture est un bienfait merveilleux,
nos tourments seront bientôt passés et nous serons bientôt
réunis et heureux....
On est frappé par la force de la personnalité mais surtout
par la mobilisation massive de toutes les forces qui donnent à la
prisonnière une sorte de pouvoir imaginaire sur toute la réalité,
alors que les conditions réelles sont tout autres. La suite nous
montrera qu’Yvonne ne se départira jamais de ces traits et les exigera
des autres.
La seconde lettre.
Elle est adressée au mari, fin mai, et l’échange porte
sur les sentiments, les nouvelles, le jugement, l’organisation du réseau
d’aide (la famille et, surtout, la femme de ménage Blanche qui sert
de trait d’union et apporte tout ce dont chacun a besoin), la compassion
envers l’autre et la réassurance :
(“depuis que je suis ici je suis mieux car c’est en pleine
campagne et je fais une vraie cure d’air et de repos. J’ai 2 compagnes
très gentilles qui m’aident beaucoup de toutes les façons”),
la construction affective de l’avenir :
(“dès que je serai à la maison ne crains rien
tu seras gâté mon chéri”),
l’encouragement :
(“surtout garde ton calme et ton bon moral Tout cela est malgré
tout peu de chose et nous oublierons vite ces mauvais jours d’angoisse
et de privation”).
Puis un discours se constitue qui occupera beaucoup les échanges
: l’existence est bâtie autour des substituts, c’est le temps des
colis reçus, des lettres, des objets à se faire apporter,
de la nourriture.
La lettre d’une juive christianisée.
Une autre lettre constitue un document particulièrement intéressant
; elle est adressée à Claude par une détenue qu’Yvonne
a vue au Camp des Tourelles et qui vient remercier Claude pour le miel
qu’il a pu lui faire parvenir de la part de son épouse. Cette lettre
témoigne de la sociabilité du couple : il tresse autour de
lui un réseau chaleureux qui sera toujours d’un grand soutien ;
mais l’intérêt majeur de cette lettre est ailleurs, plus sociologique.
L’auteur est une juive devenue chrétienne et qui a intégré
le vocabulaire de ce nouveau milieu religieux (“bien, mission, solidariser,
joie, grâce...”) et une idéologie catholiques de l’époque
qui est marquée par l’exaltation du sacrifice et la douceur de souffrir,
selon ses termes, et la volonté de témoignage que l’on impose
à autrui .
“...Si j’avais su dehors ce que mes soeurs (juives, note
de Y. D) souffraient ici, j’aurais ardemment désiré y être
envoyée. Je me sens donc non pas prisonnière, mais en mission
ayant l’immense joie de consoler et de soigner. Je suis ravie de connaitre
l’exquise Madame Chérau dont le sourire est à la fois une
force et un baume. On ne peut imaginer le bien qu’elle fait autour d’elle.
Cela m’est particulièrement doux étant chrétienne
de me solidariser et de souffrir avec mes soeurs de race tout en travaillant
à les secourir au nom de Celui que je sers de toute mon âme,
le Christ qui m’attirait à lui depuis douze ans. On n’a pas accepté
ici mon nom de jeune fille, mais dites bien à mon mari que son nom
est à l’honneur sans aucun mérite de ma part, mais par la
grâce de Dieu. Je n’ai jamais douté qu’il ne souffrit de ma
dure épreuve et je pense souvent à lui sans aucune amertume...
Jeanne Malchiels”.
18 mai 1942. Lettre d’Yvonne à Georges.
Elle n’a pas encore reçu de lettre de son mari ; elle lui donne
de nombreux conseils concernant sa santé, et pour qu’il obtienne
l’autorisation de lui écrire. Elle montre qu’elle a bien étudié
les réglements, a questionné le personnel du tribunal et
un général qui était présent sur le cas de
son mari. Ce qui est frappant, c’est l’alternance rapide et continue des
préoccupations différentes (santé, administration,
affection, nourriture, visites) qui reviennent toutes les quelques phrases.
15 juin 1942. Lettre de Blanche Latour à Monsieur.
La femme de ménage dévouée dont nous recopions
intégralement l’orthographe, apporte de la nourriture aux prisonniers,
leur sert de lien, envoie un mot à “Monsieur”. Cette lettre
nous éclaire sur la vie quotidienne de ces internés qui sont
à la fois entourés de remarquables français non juifs
comme Blanche et d’autres dont on peut craindre le pire :
“En arrivant au cherche midi j’ai apris qu’il y avait eu un
départ, en effet lorsque j’ai voulu déposer ma valise l’ont
ma dit que Monsieur était parti... J’ai recu une lettre de Madame
dans le courant de la semaine dernière, elle me joignait une lettre
pour Monsieur... Madame est heureuse de rentrer bientot malheureusement
elle n’aura pas de plaisir de pouvoir rentrer chez elle en arrivant. car
pour l’apartement ca na pas été tout seul. le concierge a
qui j’ai remis le petit mot de monsieur était furieux et menassant,
et ne lisait même pas les quelque lignes, il ne s’avait me dire qu’une
chose c’est qu’il ne me donnerais pas les clefs et qu’il ne voulait pas
se faire tuer pour nous, et que j’allais voir ce qui allais ce passer puisque
j’insistais... Je ne sait pas ce qui s’est passer avec le concierge et
les Allemands soit disant qu’il ont voulu encore entre a l’apartement,
et il leur a sen doute dit que nous voulions entrer, de ce fait ils ont
mis les scellés, lorsque je me suis aperçu de cela jetais
toute retourner... en attendant, pour l’arrivé de Madame ce n’est
pas gaie... Que Monsieur ne ce fasse pas trop de souci pour cela dès
que nous auront du nouveau nous l’écrirons. Avec mon plus grand
dévouement recevez Monsieur mon meilleur souvenir. Blanche”.
Une lettre d’Yvonne à son mari est jointe :
elle s’y montre attentionnée et altruiste :
“Blanche et Jane ne peuvent malheureusement te gâter
comme elles le voudraient et cela me chagrine plus que tout”.
Active, elle garde la même aisance mondaine que dans sa vie antérieure
sans comprendre que son rapport aux nouvelles autorités parisiennes
ne peut être le même maintenant qu’elle est prisonnière
et marquée à leurs yeux du signe de l’infamie :
“je sors d’ici dans 15 jours maintenant et je pourrai activer
les choses pour toi. J’écris par le même courrier place Vendôme
où je demande d’avancer un peu ton retour en attendant que je le
fasse de vive voix”.
Cette même inconscience transparait plus loin :
“je vais écrire à Blanche et au concierge pour
qu’on la laisse entrer chez nous. C’est si gênant pour nos affaires
mais j’y mettrai bon ordre”.
Et la phrase se poursuit en retombant dans la réalité :
“Les jours sont longs en prison et les quinze jours qui me
restent à faire vont me paraître interminables je crois. Ne
sais-tu pas encore où tu seras transféré ?... j’espère
que ton recours en grâce sera bien appuyé et que tu sortiras
bientôt après moi”.
Puis, apparait le type de réassurance superficielle que l’on trouve
régulièrement dans toutes les lettres de prisonnier et qui
traduit aussi l’écart entre les bons côtés de l’existence
et l’insolite cruauté :
“Il fait un temps merveilleux ici. Nous avons 1 h 1/2 de promenade
par jour et Blanche m’envoie des colis tout va donc très bien pour
moi”.
16 juin 1942. Lettre d’Yvonne à Claude.
“Tout-à-l’heure j’ai eu la grande joie de recevoir ta
première lettre... moi je rentre à la maison lundi prochain.
Blanche m’attendra à la gare et me dira où en sont nos affaires.
Je sais qu’il y a quelques ennuis chez nous mais j’espère que j’en
viendrai vite à bout. Tu peux compter que je m’occuperai de tout
avec activité et surtour de toi mon chéri... Je me dis que
tu peux dessiner. J’en suis heureuse pour toi, tu rapporteras des souvenirs
qui m’intéresseront... si cela m’est possible dans une quinzaine
de jours j’irai te voir si cela te convient”. (On constate la grande prudence
sur ce point, même dans le ton). “J’espère venir à
bout des premiers ennuis qui m’attendent dont je ne connais pas encore
le détail. Mais après ce que nous avons passé cela
me paraîtra bien moins grave... Dieu veille et j’arriverai encore
à temps pour faire quelque chose pour toi mon amour chéri...
Je ne vais vivre maintenant que dans l’espoir de ton retour... Je sais
que tu as passé des épreuves plus dures et que tu as toujours
surmonté tes souffrances avec le sourire. Je vois ton bon visage
et tes bons yeux me sourire un peu tristement, et l’émotion me gagne
mais je ne veux pas penser à la tristesse, je ne vois que ton retour
bientôt. Pour le reste le bon Dieu nous aidera...”.
Ces dernières phrases nous dévoilent le niveau réel
(sentiments, émotions, dangers) et les mécanismes d’affrontement.
20 juin 1942. Lettre de Blanche à Claude.
Un début gentil mais un peu maladroit :
“Je vient de recevoir la deuscieme lettre de Monsieur, par
ce beau temps il n’est pas à regretter que Monsieur soit au grand
air... Ont ne trouve vraiment pas grand chose pour faire les colis bien
copieux. J’espère qu’à son arrivé Madame poura trouver
un peu mieux, nous pourons donner satisfaction a Monsieur pour le café
puisque J’ai les réserves. Madame aura de quoi manger Je lui ai
mis tous ce que Je pouvais de coté. pour le tabac aussitot l’apartement
ouvert Je ferais le néssesaire... J’espère que Monsieur va
bien et ne s’ennuie pas de trop labas...”.
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