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Professeur Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org/
Correspondance sur la lutte pour
la vie
dans les camps d’internement
nazis en France.
par Pr. Yehoshua Rahamim Dufour
Département de Criminologie. Bar-Ilan
University. Ramat-Gan. Israël.
Fin
29 septembre 1942 Lettre d’Yvonne à Claude
“...J’irai demain te guetter à 4 1/2 et serai heureuse de t’apercevoir.
Ce que tu me dis des démarches me fait espérer une libération
possible quoique je sais combien c’est difficile de sortir d’ici. L’essentiel
est d’obtenir l’assurance de la non déportation
(Nouvelle réalité intérieure)
en attendant mieux. [...] Tu pourras aussi m’envoyer copie de notre
acte de mariage, cela suffira pour l’instant. J’espère surtout beaucoup
de Madame M. qui peut vraiment faire quelque chose si elle veut. Parle-lui
de Westrick dont le bureau est 15 avenue Charles Flo (?) [...] et vous
pourriez faire une démarche auprès de lui elle et toi ensemble
ou toi tout seul avec son assentiment à elle. Je l’avais vu pendant
mes quelques jours de liberté, j’ignorais alors qu’on allait me
reprendre et je l’avais vu pensant qu’il pourrait m’éviter le port
de l’étoile.
(On ne peut qu’être impressionné par l’aplomb de cette
juive qui joue directement ce qui lui semble être l’unique chance
pour éviter la catastrophe, et qui prend pour cela les plus grands
risques auprès des relations que la vie mondaine de Paris lui a
donné de rencontrer, tout en demandant à son mari d’être
très prudent et de ne pas se fier aux personnes ni aux mots. On
voit par là qu’elle conçoît, probablement plus réaliste
en cela que beaucoup, que tout est perdu sans cela au point qu’elle ne
cache même plus son jeu face à la lecture que la censure peut
faire de sa lettre. C’est un mélange d’hyper réalisme et
d’inconscience. En artiste, elle se comporte comme une fantaisiste en cocktail
dans ce monde de cruauté administrée. Elle espère
peut-être qu’on pourra éventuellement lui accorder le salut
pour sa folie ; cette attitude calculée n’est pas exclue car nous
allons voir immédiatement combien elle s’est soumise à la
réalité quand elle a compris qu’elle avait abusé et
d’était méprise. Dans de telles circonstances, qui peut être
sûr de la justesse du choix qu’il fait. Nous verrons cela plus loin).
Il avait été aimable et courtois comme toujours, évidemment
il a été réticent et m’a dit de me conformer rapidement
aux ordonnances. Je l’ai fait immédiatement. Je crois que tu ne
risques rien en tentant une démarche auprès de lui, mais
je crois plus prudent d’y aller avec Mme M.. ou . avec un mot d’elle, en
tout cas en lui en parlant au préalable. De son côté
il pourrait sûrement agir mieux si c’est Mme M. le lui demande en
même temps que toi. Fais de ton mieux auprès d’elle surtout.
Gâte la le plus possible, dis-lui que je la supplie de me sortir
d’ici”.
(Yvonne a constaté, à travers les appréciations
que recevait son mari comme artiste, combien les célébrités
et puissants sont sensibles au narcissisme et donneraient tout pour un
portrait réalisé par un artiste en vogue. Elle joue cette
carte).
“La marquise appuiera ta demande et Millot aussi j’espère auprès
de Darquier. C’est surtout cela que j’aimerais savoir dans ton prochain
mot de la fin de la semaine... Cette personne est charmante parait-il.
J’espère que tu lui en es gré et que tu la remercies avec
effusion. Son mari est un Dieu pour nous (il pourrait donc, peut-être
s’agir de Madame Millot). Fais tout ce que tu pourras pour elle”.
(Son appêtit de vivre se traduit ensuite par le même sens
fébrile de l’organisation matérielle).
“Tu me mettras mes fameux bas de laine que Lili m’avait fait, des gants
tu en trouveras dans mon tiroir Il y en a une paire rouge foncé
et des marrons [...] ainsi que des socquettes assorties [...] Envoie-moi
mon tailleur et une robe noire à manche longue. Comme swetter je
crois que je n’en ai pas de convenable si tu en achètes un autre
pour toi, envoie moi ton bleu [...] Il faudrait m’envoyer aussi la laine
bleu...
(Elle semble organiser tout un appartement et une vie mondaine, c’est
la résistance effrénée tous azimuths pour préserver
et assurer son narcissisme fondateur : se posséder et se maintenir
soi-même à travers son propre univers mental et reproduire
cela autant que possible dans la réalité).
“As-tu vu ma camarade de Troyes qui devait me rendre ma belle couverture
marron. Je la lui avais laissée en quittant Troyes. C’est Mme Lefebvre,
elle travaille à Electrolux Boulevard Malesherbes.. Elle m’avait
promis de nous aider pour le ravitaillement dès son retour. Elle
est très gentille. Tâche de la voir au plus vite et dis-moi
ce qu’il en est”.
(Le mari ne doit pas avoir assez de temps pour visiter toutes les bonnes
relations “gentilles et charmantes” qu’elle a rencontrées en prison.
On constate aussi qu’il y a eu des libérations, parallèlement
aux convois de déportés et, finalement, elle en bénéficiera
aussi)...
Comment avons-nous pu être si légers et compromettre tant
de tranquille bonheur , Dieu nous protège et me ramène bientôt
dans tes bras ou je suis si heureuse mon chéri, mon Claude bien
aimé. Jamais je n’ai imaginé une torture plus complète”.
(Effectivement, le couple était vu comme tel dans sa vie parisienne,
exceptionnellement uni et amoureux. C’est probablement parce qu’elle a
compris où les a menés leur imprévision qu’elle est
devenue si déterminée).
J’ai peur qu’on ne puisse rien pour moi. Fais vite mon amour, sauve-moi
d’ici. Insiste auprès de Mme M. Elle seule peut faire quelque
chose. Billy aussi s’il veut auprès de Ravenne. Cela peut servir
mais il faut aller vite. Le froid vient et j’ai peur. Les jours sont courts
et le soir sans lumière. Ah mon Clo je saurai ce que c’est d’être
malheureuse ! Mais sois sans crainte mon moral tient encore. J’ai tant
d’espoir en toi mon chéri. Ne perds pas une seconde pour me secourir.
Il y a des libérations. Il suffit que cela tombe bien avec les démarches.
Ne perds pas courage. Insiste. Il y a eu des vides terribles ici. Grâce
au ciel mes amies sont comme moi ici encore mais elles sont encore plus
exposées que moi, on les a jusqu’ici protégées au
camp (la course à la protection est ce qui peut sauver la vie dans
le Camp). Moi grâce à ton certificat je ne suis pas déportable
jusqu’ici mais il suffirait que le vent tourne pour que immédiatement
tout change (avec le recul, nous constatons qu’elle avait une vision très
exacte de la situation). Par la Préfecture, on peut obtenir une
fiche spéciale où on notifie que je ne dois pas être
déportée. Vois cela avec Révillion ou Millot. Il me
semble que si Millot voulait t’accompagner chez Darquier actuellement,
tu pourrais obtenir quelque chose pour moi puisque tu as ton certificat
de non appartenance maintenant”.
(Elle s’imagine que tout le problème se résume à
cette question des catégories de répartition des internés
à partir desquelles il faut ensuite faire jouer les relations
pour assurer la non-déportation et la sortie et, donc, elle veut
y parvenir. Peut-être voit-elle juste, elle, une des rares à
percevoir le problème sous cet angle).
“Redemande tout de suite de la crème orange d’Elisabeth Arden
et de la lotion pour mes cheveux qui sont trop secs et tombent.
(On ne peut qu’être surpris par cette continuité des questions
de vie et de la réassurance esthétique, mais c’est peut-être
parce qu’elle parvient à maintenir sa propre image qu’elle peut
ainsi lutter en voulant rester l’élégante charmante ; sans
cela, elle ne serait plus rien pour elle-même ni pour affronter en
esprit les amis des bourreaux ; bien plus, c’est la même chose sur
le plan intrapsychique que de maintenir son image d’elle-même comme
vivante dans l’avenir, et la maintenir comme vivante au présent.
C’est le commandement essentiel du judaïsme : “choisis la vie”
. Si l’on ne comprend pas cela, on ne pourrait qu’être choqué
en réalisant qu’au même instant dans le même camp existent
de nombreux petits Jacques Filkenstein qui écrivent la lettre que
nous avons rapportée plus haut. Cela serait d’ailleurs la même
chose dans notre monde d’aujourd’hui entre ceux qui parviennent à
vivre et les totalement démunis qui coexistent).
“Je viens de recevoir ton certificat définitif et j’en suis
très heureuse. Voilà qui est fait... Cela est indispensable
comme pièce actuellement même pour toi”.
(Nous comprenons par là qu’Yvonne ne tente pas de faire jouer
des protections de collaboration ; jamais elle n’a cette attitude mais
elle exclut simplement de courir le moindre risque inutile et, pour cela,
elle décide de faire jouer au maximum ces relations indirectes à
l’ennemi qui veut sa mort. C’est un jeu réaliste du chat et de la
souris dans lequel elle n’est pas prête à se laisser mener
par le sort nébuleux. Elle veut être en contact direct avec
l’adversaire, position rare et différente de la position habituelle
qui consiste à fuir devant l’adversaire, ou à se cacher et
à attendre. C’est qu’elle a devant les yeux les conséquences
de ces autres tactiques comme nous allons le voir immédiatement)...
“Le pauvre Elias est parti malgré mes efforts pour le
retenir au camp. Il a été très courageux. On renverra
ses papiers à sa famille... (elle sait donc ce que signifie ce départ,
l’aboutissement au néant)...As-tu revu Boffo, il pourrait t’aider
pour le ravitaillement, son numéro est à Neuilly au téléphone.
Vois aussi Mme Ducoté 23 rue Blanche TRI 64 78. Elle avait une bonne
relation allemande qui pourrait servir (voilà sa tactique très
clairement dite et elle est une remarquable organisatrice) et aussi elle
t’aidera pour le ravitaillement. Elle est très gentille, nous l’avions
vu avant tout cela, tu te souviens pour les meubles, etc... Vois la suite...”.
30 septembre 1942 Lettre d’Yvonne à Claude
L’écriture de cette lettre si proche de la précédente
est étonnamnent plus ferme et claire. Elle traite de tous les problèmes
de la maison, café, beurrre, cacao, comptes, impôts, heure
de coucher du mari, ficelles, linge, housses, pommes de terre bouillies,
assaisonnements. Elle continue à habiter psychologiquement sa maison,
par le moyen de tous ces détails alimentaires. Cette agitation
psychique, qui pourrait nous sembler quelque peu maniaque, lui donne la
capacité de résister et la fixe avec force dans un “ici”
au lieu d’attendre le départ vers “ailleurs”).
“Je viens de recevoir ton certificat définitif. J’espère
que tu en as gardé une copie [...] Envoie moi une houppe de cygne,
une brosse à ongles, brosse à dents, ne me laisse pas manquer
de crème orange et de lotion pour mes cheveux.
(Son narcissisme physique est très important ; ce n’est pas
l’image que la plupart ont des internés et déportés)
[...] Je m’étonne que Valentin ne fasse rien pour nous. As-tu
revu Millot, il avait de bons tuyaux aussi, tu ne m’en parles pas. Il devait
t’accompagner pour voir Dar. Dis-moi ce qui en est. [...] ”.
4 octobre 1942 Lettre d’Yvonne à Claude
A nouveau, l’écriture semble plus dilatée et équilibrée.
[...] Je suis très heureuse de pouvoir t’écrire.
C’est pour moi un adoucissement à ma peine. J’ai reçu ta
carte où tu me dis ton espoir.
(C’est la clef de son amélioration et, sur cette base, elle
va continuer à parfaire sa tactique pour parvenir à la libération).
Si tu as trouvé ma lettre dans ma serviette tu as du voir que
je t’encourageais à continuer tes démarches dans le sens
où tu les as commencées, plus peut-être en ajoutant
l’influence Westrick à ce qui a été amorcé.
(On comprend ici la psychologie et la tactique précise d’Yvonne
; elle dirige et pilote les activités qui doivent aboutir à
sa libération comme une véritable chef d’entreprise).
Je crois que s’il le voulait il pourrait donner un sérieux coup
de pouce. Mais il faut agir avec prudence de ce côté car on
pourrait gaffe.
(Elle sait doser l’incitation à l’action et la prudence, mais
son mari doit être encore plus conscient de la difficulté,
ainsi que tous ces personnages, puisqu’il n’a pas encore entrepris ces
démarches, apparemment, malgré les pressions constantes).
Si Madame M. voulait t’y accompagner ou te donner un mot pour lui ou
lui téléphoner avant ta visite ce serait mieux. En tous cas,
il faut lui demander son avis avant de t’y rendre seul [...] Pour
Mme Ducôté, je crois qu’elle a une bonne relation aussi [...]
L’autre jour, je t’ai vu de tout près. Elle n’a pas voulu (la gardienne)
te laisser là et j’en étais désolée. Il me
semble que si tu lui donnais une centaine de francs elle te laisserait
là un bon moment. Tu tâcheras la prochaine fois. En tous cas
il me suffit de te voir pour être heureuse et tu peux me faire
comprendre.
(Cette communication non verbale et sans gestes à distance est
constante dans les récits rapportés dans les correspondances.
Arrive ensuite toute une description de l’art de se débrouiller
en temps de guerre).
Tu pourras y mettre du pain dans mon colis de linge, même un
grand pain coupé en deux et un pain Hovis, des pommes de terre cuites
et des flageolets cuits, une savonnette, un morceau de savon de Marseille
si tu peux t’en procurer un peu, un paquet de pâtes et quelques bons
fruits, ma laine bleu pâle.
(Il est difficile d’imaginer aujourd’hui l’art de ces colis gigantesques
et trafiqués ; tous les prisonniers du monde connaissent cela).
Je pense que tu pourrais me mettre tout cela jeudi dans mon colis de
linge car c’est moi qui suis au service de réception et je m’arrangerai.
(L’art de vivre dans le camp est celui de l’exploitation de toutes
les possibilités offertes par le réglement ; seul les actifs
et les non isolés survivent).
Dis au frère de Myriam de lui envoyer du cacao Poulain
dont ils ont une grosse boîte, qu’il en envoie dans chaque colis
de linge une boîte moyenne ainsi que des biscuits et du main noir
ou Hovis [...] car ici c’est très utile et nous avons faim [...]
La confiture, Renée peut t’en envoyer régulièrement
quelques kilogs, elle est très bonne [...] Il y a parait-il
une excellente patisserie Granger 55 Bd Gouvion St Cyr au métro
Maillot où tu trouveras d’excellents cakes, pain de Gênes,
etc sans tickets. [...]
(Les prisonniers essayaient de continuer à investir la ville
imaginaire).
Il parait qu’on peut si on est adroit acheter moyennant une centaine
de francs une étiquette pour un colis supplémentaire sur
Chaumont ou rue de Belle ville, parle en au père de Myriam. Si tu
vois Boffo, il peut t’aider aussi auprès de certains fournisseurs
italiens et pour du chocolat en poudre ou en tablettes de chez Meunier,
il connait quelqu’un, peut-être aussi a-t-il une bonne relation pour
me sortir d’ici.
(Par cette association incongrue, on comprend mieux l’importance de
tous ces réseaux alimentaires invraisemblables : ils maintiennent
dans l’existence car la nourriture est devenue le symbole de soi-même).
En tout cas, il pourrait me trouver de la conserve de tomate, de l’huile,
des pâtes. [...] La vie ici est assez bien organisée
(nous venons d’en avoir une démonstration par ces extraits) à
condition que je puisse bientôt en sortir car je vois avec terreur
raccourcir les jours et j’imagine ce que sera l’hiver ici. En effet, on
dit que les époux d’aryens ne craignent pas la déportation
pour l’instant (explication de sa détente générale)
[...]
Dis-moi franchement si on te promet que cela se peut et si on t’encourage
dans cette voie. Je suis sûre qu’avec un appui allemand étant
donné les démarches faites déjà tu dois pouvoir
aboutir.
(C’est la base de toute sa stratégie d’auto-sauvetage)
Dis-moi vite si tu crois cela possible. Vas le demander à Mme
M. et tu me diras ce qu’elle en penses. Tu ne me dis pas si tu as vu Decqueker
lui pourrait par Jallu son beau-frère et Me M. faire quelque chose.
Tu ne me parles pas non plus de Millot.
(Le silence de Claude sur tout cela est difficile à interpréter
également pour nous : prudence, ou impuissance devant les illusions
de son épouse ?).
J’espérais qu’il te prêtrait main forte. Je suis heureuse
de ce que tu as fait avec Billy, peut-être obtiendra-t-il quelque
chose. Ah ! si tu savais combien je souhaite quitter ce triste lieu ! Il
faut que je sois rentrée pour la Toussaint ! Mon Claude chéri,
tente l’impossible pour cela.
(C’est sa tactique, jouer l’impossible, et elle va lui décrire
dans le détail ce que semble être cet impossible à
ses propres yeux, cet innommable qu’il faut pourtant tenter avec audace
pour sortir de cet enfer qui est l’antichambre de la mort).
Supplie Mme M. de me sortir d’ici. Si tu vas voir Westrick ne sois
pas timide. Il comprendra que tu te démènes pour moi. Explique
lui bien que je ne suis pas assimilable à ces juifs qu’ils pourchassent.
(Elle n’est donc pas dupe sur ce qu’ils veulent),
que je n’ai jamais appartenue à aucun milieu juif et que nous
sommes mariés depuis bientôt 24 ans sans jamais avoir fréquenté
aucun milieu juif (ce qui est totalement faux, mais sauver la vie vaut
tous les mensonges face à ces êtres méprisables)
et que comme peintre tu étais pressenti pour créer un
mouvement de rapprochement avec les artistes de là-bas, etc...
(Elle lui bâtit la liste des arguments “impossibles” auxquels
ils pourraient être sensibles dans la perspective du but à
atteindre).
Je crois que tu pourrais faire une visite à Donnay pour qu’il
te donne une lettre disant quelle sorte de femme je suis.
(Effectivement, quel caractère !)
et quelle vie nous menions tous les deux.
(Illogisme, car cet argument amoureux ne peut aucunement toucher la
sensibilité de ces monstres du racisme administratif ; cela nous
montre bien que tous ces plans sont aussi un échange amoureux avec
Claude qui utilise l’intensité des seuls repères qui existent
dans la situation ; et parfois le passage se fait avec efficacité
vers la réalité concrète. Le bénéfice
relationnel et personnel est grand, sans aucun doute).
Enfin mon chéri, il faut se secouer un peu et aboutir vite”.
(Il est facile, à distance, de ne pas comprendre cette tentative
extrême quand on n’a plus conscience de ce que les adversaires sont
des assassins absolus et qu’il n’y a qu’une issue, leur échapper
par tous les moyens. Il ne faut pas oublier non plus qu’Yvonne ne met en
péril aucune autre personne par cela, elle veut seulement vaincre
le dessein des assassins en ce qui la concerne. Elle n’a d’ailleurs utilisé
aucun qualificatif méprisant. Nous avons vu combien elle aide les
autres, autant qu’elle veut être aidée).
Sans cela l’hiver sera là et moi toujours dans ces tristes murs.
Je pense que tu seras allé à Barbizon et que tu auras rapporté
des vêtements et chaussures [...]
Dis-moi si Alice a été inquiétée. En tous
cas, ils ne seront pas mal traités. [... ] Le pauvre Elias je te
l’ai dit n’a pu être retenu au camp malgré tous mes efforts.
(Elle fait donc pour autrui ce qu’elle demande pour elle).
Il est parti plein de courage. J’ai fait renvoyer chez lui ses papiers,
ses vêtements aussi... Il y avait de petits chaussons de cuir qui
étaient à toi et que je mettais, si tu les trouves tu peux
me les mettre car je les porterais avec des sabots.
(Le glissement continu des vêtements du pauvre Elias et des siens
propres montre combien l’identification aux disparus est présente
chez l’interné).
As-tu vu mon amie Hélène Lefebre de chez Electrolux.
T’a-t-elle rapporté mon beau plaid de Londres, elle devait nous
aide pour le ravitaillement. Parle-moi de cela car je m’étonne que
tu ne m’en dises rien”.
(Yvonne se comporte avec générosité envers toutes
les relations et elle s’imagine que le monde fonctionne également
comme cela et elle s’étonne quand, dans cette extrêmité,
elle découvre qu’il n’en est rien).
14 octobre 1972 Lettre d’Yvonne à Claude
Une première lettre est totalement centrée sur le narcissisme
le plus corporel.
J’espère que tu continues à t’occuper de moi. [...] Mon
colis était très bon et tout a été bienvenu.
Si tu vas à Barbizon, tu trouveras ma pince à ongles que
tu joindras à une bonne lime que tu m’achèteras. Il y a aussi
quelques écharpes de laine qui seront très bien. Tu m’enverras
2 paires de bas de soie en bon état (on se croirait dans la préparation
aux soirées mondaines). Achète-moi un bon rouge à
lèvres gras chez Lancôme mais un peu moins violet que le Cerise
que tu m’as envoyé et qui est usé. Pour mes cheveux... [...]
Je sais que tu as commandé un costume. [...]
Une seconde lettre est sentimentale.
Mon Claude Chéri. Voici un anniversaire bien émouvant
de notre mariage... et cela me donne confiance dans l’avenir immédiat
et aussi plus lointain.
(Il n’y a pas de doute que la force narcissique d’Yvonne s’appuie sur
la qualité remarquable de leur amour et que cela joue aussi dans
l’érotisme esthétique qu’elle maintient spécialement
le jour de l’anniversaire de leur mariage. Il faut donc situer ces échanges
alimentaires puis esthétiques de haute qualité
et coûteux avec le mari, qui semblaient “déplacés”,
comme des substituts d’échanges amoureux réels et de haute
qualité dans le couple, et non pas comme un simple usage de produits
chez une coquette incongrue)...
Sois confiant toi aussi dans la vie qui nous attend.
(Il ne faut pas oublier où sont dits ces mots).
Ce ne sera peut-être plus très long pour moi et si j’échappe
au danger de la déportation c’est l’essentiel. Il arrivera bien
un jour où on me libérera... Pour l’instant, je crois à
tout ce que tu me dis
(Nous n’avons pas ces lettres de Claude qui semblent lui redonner confiance)
et j’espère. En effet, Puységur peut m’être utile
et s’il le veut, agir avec rapidité... Fais bien attention quand
tu viens... Tu auras vu sans doute Robert Lévy qui a été
libéré. C’est un charmant garçon. Il viendra te voir
avec sa femmme, m’a t-il dit et te donnera des détails sur notre
vie. Le veinard, il doit être heureux maintenant... Je vois que tu
continues à agir pour moi auprès de Mme M. C’est en effet
le meilleur moyen si elle veut vraiment s’occuper de moi. As tu revu la
marquise. Est-elle gentille avec toi. Elle était charmante avec
moi.
(C’est, caricaturalement, la chanson “Tout va très bien Madame
la Marquise”).
Mme Montefiore est restée à Pithiviers on parlait de
sa libération prochaine. La plupart du convoi qui était parti
là-bas a été déporté, les autres, sauf
quelques exceptions sont rentrés à Drancy et elle est de
ces exceptions. Elle sera peut-être libérée la pauvre.
La soeur de Lili, Violette est ici aussi mais elle espère comme
Suisse être bientôt libérée aussi. Elle est un
peu follette pour mon goût et je la vois peu mais c’est une bonne
fille. Mr Mme Haas, des amis de Jane, sont ici aussi. Elle est charmante.
Mme Cayeux aussi est ici, Jane la connait très bien, marchands de
tableaux... Mon travail n’est pas du tout fatiguant aux colis de linge
et cela me confère un grand avantage. Tout était très
bien l’autre jour, le pain et les pâtes et tous mes produits de beauté...
Renée peut m’envoyer je pense des fruits confis de la confiture,
des bonbons régulièrement, elle peut même le faire
directement à mon adresse par poste et sans bons et je m’arrangerai
avec le vaguemestre, explique-lui cela au plus vite et donne lui mon adresse
au Camp. Marcel Gautrat avait une bonne adresse de boucher et aussi par
sa femme, je pourrai recevoir un bon poulet ou canard que tu me ferais
rôtir.
(Etonnante gourmandise raffinée qu’elle parvient à organiser
et satisfaire)...
Tu ne me parles pas d’Alice cette fois et j’espère qu’elle n’a
pas d’ennuis.. Je pense qu’André va te donner des nouvelles de ses
démarches. La mesure générale en effet peut se produire,
mais quand ? Attendons mon chéri. Dis-moi bien tout ce que tu sais.
Ecris-moi longuement dans ma prochaine serviette. [...]
(Voilà comment lui parvenaient les lettres de son mari qu’elle
n’a pu conserver car elles n’avaient pas été soumises à
la censure)
A tout à l’heure sur le balcon, je serai heureuse de te voir.
[...]
22 octobre 1942 Lettre d’Yvonne à Claude.
[...] Les colis vous pouvez les faire plus lourd, 5 Kg environ. Cela
passera très bien. J’ai été heureuse de t’apercevoir
hier mais tu fais bien de ne pas insister... Je compte recevoir mes thermos,
la pince à ongles de Barbizon, du lait démaquillant et la
même lotion Capillosol pour mes cheveux, du papier hygiènique,
lime à ongles, rouge à lèvres, brosse à cil
à long manche, (qui eut imaginé cela à Drancy ?)
pierre ponce [...] Ici la vie continue en attendant l’hiver. J’espère
toujours les fameuse mesures générales ou au moins la réussite
de tes démarches mais je crois en effet qu’il vaut mieux que je
m’arme de patience mon pauvre chéri.... Remercie Donnay de son intervention.
Il pourrait voir Abel Bonnard son confrère qui est très influent...
Nous avons été ravies du dernier coli avec les deux rotis
exquis tous deux, le pain aussi. Mettez en dans le linge ainsi que légumes
cuits et pommes de terre, biscuits et assaisonnement... des pâtes
et du concentré de tomates italien... Enfin tes colis sont tous
très bien faits... N’abandonne pas ta pauvre Titi qui ne pense qu’à
toi mon chéri. J’ai tant besoin de sentir ton affectueuse tendresse
et je me sens réconfortée par toute la gentillesse à
me trouver tout ce que je te demande. J’ai du courage et me porte très
bien
(la continuité des propos montre bien que son courage est “alimenté”
par toutes ces preuves d’affections alimentaires)
en attendant que tu me sortes d’ici...
22 octobre 1942 Lettre de Me André Calandreau Avocat à
la Cour à Claude.
Monsieur, J’ai reçu, à l’occasion d’un récent
voyage à Cannes, la visite de votre belle-soeur (il s’agit de Renée).
Voudriez-vous, le cas échéant, me téléphoner
afin que je puisse vous indiquer un rendez-vous. Je vous prie d’agréer
[...]
(Renée a probablement obtenu des conseils sur une bonne filière
pour des démarches à entreprendre, à moins qu’il ne
s’agisse d’une intervention éventuelle propre à Francesco).
1 novembre 1942 Lettre d’Yvonne à Claude
Voilà la Toussaint et je pensais bien être rentrée
pour cette date. Il ne me reste plus qu’à souhaiter maintenant d’être
rentrée pour la Noël... Je suis émerveillée de
ce que tu me trouves de bonnes choses et ne veux pas que tu te prives pour
moi. Je dois dire qu’ici l’obsession de la nourriture existe et on a besoin
d’avoir ce qu’il faut sans cela on est encore plus désemparé
.
(Yvonne manifeste un excellent sens d’auto-analyse).
J’ai l’impression que Millot pourrait refaire un effort auprès
de Darquier. Dis à Puységur que je compte sur lui. As-tu
revu Donnay ? Au Cercle on doit pouvoir faire quelque chose. Enfin
dis-moi longuement ce que tu fais mon chéri. Mon unique pensée
est celle-ci, Je rumine sans cesse les possibilités de sortir d’ici.
Hélas je crois que c’est bien difficile puisque malgré tous
tes efforts... Je pense à chacun. Dis-leur de ne pas m’oublier.
(C’est une nouvelle forme d’inquiétude qui apparaît, la
peur de l’abandon. Cet appel concernant l’avenir est souvent formulé
dans les correspondances des condamnés à mort pendant la
guerre)...”.
Novembre 1942 Lettre d’Yvonne à Claude
On va atteindre ici un sommet de leur échange amoureux par l’interposition
de substituts imaginaires :
[...] J’ai reçu ton somptueux colis et je me régale
avec toutes ces bonnes choses. Je t’admire de me les trouver, sachant combien
c’est difficile en ce moment... J’ai très envie de fruits. Il me
faudrait aussi de l’eau de toilette genre 5 de Chanel ou Arpège
de Lanvin.
(Maintenant nous sommes habitués à cette nouvelle image
de Drancy).
Cela remplacera l’eau de Cologne que l’on ne trouve pas et me parfumera
en même temps. Ici c’est bien nécessaire. Tu peux m’en acheter
chez la petite parfumeuse, prends-en un demi litre, c’est moins cher que
du parfum et il y en a plus... Je pense que Puységur ou Desqueker
pourraient vraiment intervenir auprès des autorités allemandes,
je crois que c’est le meilleur moyen. Je m’étonne que Mme M.
n’obtienne rien depuis le temps qu’elle s’en occupe. La mesure générale
viendra peut-être mais il ne faut pas compter sur la rapidité
de cette sortie. Il faut agir personnellement
(ce qui est bien sa stratégie).
Il y a quelques libérations d’époux d’aryens par intervention
personnelle depuis quelques jours, aussi j’ai de l’espoir que tu obtiennes
un résultat. Je ne perds ni courage ni patience, sois sans crainte.
Je me soigne le mieux possible et suis très bien. J’ai ce qu’il
me faut pour m’habiller... Je suis un mannequin 46, tu verras cela
toi-même... Tu seras heureux de voir comme je m’organise malgré
tout et comme je tire parti des moindres choses pour améliorer ma
pauvre vie. Je ne veux pas me laisser attrister et ma pensée est
toujours hors d’ici”.
(Yvonne fournit ici une autre clef qui explique tout son comportement
et ses préoccupations esthétiques, vestimentaires, comme
si elle-même se promenait sans cesse dans Paris. C’est son évasion
psychologique réussie et elle prépare peut-être bien
son équilibre quand viendra le temps de la vie à l’extérieur.
Effectivement, elle gardera ensuite cette même attitude heureuse
et non traumatisée. Nous avons observé ces mêmes conséquences,
rares, dans d’autres cas analogues).
Le Chef qui te porte cette lettre est très gentil pour
moi et je suis heureuse de ce lien vivant entre toi et moi. Dis lui en
toute confiance ce que tu veux me dire. Il peut faire beaucoup pour moi
ici et je pense que tu lui choisiras une jolie toile pour chez lui.
(Yvonne utilise beaucoup les bonnes relations mais elle sait aussi
donnerr, par réciprocité).
Il te dira quelle est la situation ici et tu verras combien je puis
être heureuse d’être dans ses bonnes grâces... Surtout
soigne-toi bien, ne prends pas froid. Bois souvent du thé bien chaud.
Dis bien des choses à tout le monde, à ma petite Blanche
aussi. .. Je suis ravie d’être aussi gâtée...
Autre lettre d’Yvonne à Claude.
Mon chéri. J’ai été heureuse de t’apercevoir hier
et suis partie assez vite de peur de t’attirer des ennuis. La bonne femme
pourtant laisse entrer certains maris. Je crois qu’il faut que tu lui parles
et lui propose 50 F pour ta visite car de chez elle tu pourrais me parler
un peu. Tu me disais hier que je sortirais bientôt par une mesure
générale aux femmes d’aryen. Sans doute, te l’a-t-on
dit mais ici personne n’en parle et on n’y croit pas. On raconte ces choses-là
depuis très longtemps et rien ne se passe. Il faut pourtant l’espérer
car sans cela je suis là jusqu’à la fin des fins. As-tu vu
le chef vaguemestre du Camp, c’est un des plus importants et il est très
gentil et pourrait nous être très utile. Je lui ai promis
que tu lui donnerais une jolie toile pour chez lui. Il aime beaucoup la
peinture. Ici, pour obtenir pareil service de lui, on donnerait beaucoup.
J’ai eu de la chance de pouvoir l’approcher et avoir sa sympathie. Il m’a
dit que tu l’avais gentiment reçu. Evidemment tu (ignorais
?) qui il était mais il reviendra.. Sois très (?) avec lui,
c’est très important pour moi. Il peut beaucoup ici et je suis très
heureuse d’être bien avec lui. Si tu le peux, offres-lui un
petit verre de quelque chose de bon. Quand tu auras installé ton
atelier, tu lui diras de venir le voir... J’ai peur de l’hiver et de l’obscurité
et je fais des voeux pour sortir avant que tout cela ne devienne dramatique.
Je vois que tu fais démarches sur démarches pour cela et
on te donne de l’espoir. J’espère que Decqueker est bien placé
et qu’il ne fera pas de faux pas. Ce que tu me dis du Ritz m’étonne
mais il est certain qu’on a parlé là-bas de mes ennuis car
Roya le savait et on en parlait. Mais cela m’étonnerait qu’on ait
fait quelque chose avec malveillance.
(Yvonne reste une idéaliste naïve qui aime voir les gens
comme “charmants”).
Du côté de West. il est peut-être préférable
en effet de ne pas bouger car il doit le savoir. Il faudrait en tous cas
le faire avec beaucoup de prudence. Il y a ici avec moi Schmidt qui est
directeur de Tabarin, de l’Appollo avec Sandrini. Je le vois souvent et
il occupe ici une importante place et peut m’être très utile.
Je t’en parlerai bientôt. Il reçoit de très bons colis
et m’invite quelque fois à déjeuner. Robert Lévy t’a
donné tous les détails de notre vie ici... C’était
pour moi un charmant camarade ; dis-lui que je le regrette beaucoup. Michel
Baer aussi est sorti et m’a promis d’aller te voir, c’est le fils de ma
grande amie de Troyes, charmant aussi. Puységur est en effet indiqué
pour faire quelque chose à condition de le faire avec circonspection
car je sais combien il faut agir prudemment pour ces sortes d’interventions.
Il faut qu’il te dise bien ce qu’il compte faire et comment car je te supplie
de faire très attention. Cela est très dangereux aussi facilement
que très utile.
(Yvonne devient beaucoup plus prudente dans ses demandes d’intervention,
car elle connait maintenant bien le système par sa vie au Camp et
les échanges avec tous les prisonniers).
Mme Montefiore est à Beaune-la-Rolande où elle est allée
de Pithiviers ; le bruit courait qu’elle serait libérée [...]
Ah ! la pluie à Drancy ! c’est tout un poème !
Vite mon Claude chéri, au secours de ta pauvre Titi. Que nous soyons
tous deux au chaud dans notre bon lit douillet... Tâche qu’il te
réussisse l’arrangement de ton pardessus. Fais-toi arranger ton
chapeau et rehausser un peu la calotte chez Jan à la Gare St Lazare,
ils ont du chic... Voilà une bien longue lettre pour une internée.
(Voilà une autre clef de sa résistance psychologique
: elle sait ne pas endosser le statut qui est le sien actuellement et défend
à tous prix son statut antérieur).
Je suis heureuse de bavarder avec toi...
La dernière pièce de la liasse est une carte postale
de
“Madame Sylvain Gompers 6 avenue St Charles à Monte-Carlo (Renée)
à Madame Claude Chéreau”
(sa soeur Yvonne), le 22 novembre qui nous apprend qu’Yvonne a bénéficié
d’une mesure de libération :
Ma Vony chérie, Enfin je revois ta bonne écriture, surtout
rattrape le temps perdu et écris-moi très souvent. Je ne
te quitte pas en pensée. Quel bonheur vous devez avoir de vous retrouver
enfin tous deux. Je vous imagine bricolant dans votre petit appartement
qui doit être un paradis. J’ai prévenu tous nos bons amis
qui se réjouissent de votre retour à la vie. Depuis cet événement
béni, tout me semble léger, et nous considérerons
avec beaucoup de calme les différents épisodes qui se déroulent
autour de nous. Ne vous tourmentez pas. Nous déjeunons tous à
la Villa ce matin, nous ne vous oublierons pas dans nos pensées.
A bientôt mes chéris. Mille tendres baisers de nous tous.
Renée.
Ironie cruelle du sort, en mars 1944, cette Renée et toute sa
famille sont raflés ; seule sa fille
Nicole parvient à s’échapper. Renée,
son mari Sylvain et leur fils François passeront à leur
tour par Drancy et seront exterminés à Auschwitz. Malgré
nos recherches, nous n’avons retrouvé aucun écrit de leur
part tout au long de ce parcours depuis leur enlèvement, seulement
des témoignages ; également un dessin de Nicole pour son
père qui ne lui est pas parvenu à Auschwitz ainsi qu’une
lettre tardive pour sa mère.
Yvonne décédera à Paris le 23 mai 1970, après
51 ans de vie heureuse avec son mari partagée entre Paris, le Vieux-Oppède
et la fidélité aux amitiés. Ils reprirent le style
de leur vie antérieure. Depuis cette guerre, Claude Chéreau
obtint plusieurs Grands Prix de peinture de la Ville de Paris et a surtout
exposé à la Galerie André Weil. Il a survécu
à son épouse quatre années pendant lesquelles nous
étions proches.
Mots-Clefs : Lettres de prisonniers. Nazisme.
Victimologie. Déportation. Holocauste. Drancy. Auschwitz.
Affrontement.
Key-words : Letters of prisoners. Nazism. Victimology.
Deportation. Holocaust. Drancy. Auschwitz. Coping.
La qualité des archives du Centre de Documentation Juive
Contemporaine (CDJC), 17 rue Geoffroy l’Asnier. 75004 Paris et de leurs
archivistes et bibliothécaires, ainsi que l’immense documentation
rassemblée et publiée par Serge Klarsfeld (FFDJF, 32 rue
de La Boëtie, 75008 Paris) m’ont grandement aidé dans cette
recherche. Qu’ils en soient chacun remerciés. |
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