accès direct >>
accès direct >>
accès direct >>
accès direct >>

Rechercher ici les thèmes d'études sur le site par un catalogue de photos
Rechercher ici sur le site tout sujet ou tout mot avec Google :

36e Paracha : Béhaâlotékha
"Quand tu feras monter"

Bamidbar (Les Nombres) 8, 1 - 12, 16

Commentaire 
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour 
basé sur les livres de nos Sages 
Site Modia : http//:www.modia.org 
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mitsva obligatoire pour tout Juif qui est d'étudier et d'enseigner simultanément. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'étude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur ni l'adresse du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter. Chacun pourra ainsi accomplir la mitsva : véchinnantam lé vanéikha (et tu l'enseigneras à tes enfants) et l'autre mitsva : védibbarta bam (et tu leur parleras dans les mots de la Torah. Dévarim 6, 7).
Voyez les régles du Copyright .
Ne pas oublier que, sur votre version imprimée ou polycopiée, vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'étude .


L'art d'éduquer en élevant vers le haut

Cette étude est dédiée à toutes les mamans Myriam et à tous les pères Aharone
qui veulent transmettre une éducation juive et épanouie.
Il est clair qu'on ne peut pas intégrer tous ces commentaires si riches en une seule lecture. Il faudra y revenir souvent.


Plan
Axe choisi dans le commentaire
Première étape de l'étude 
Résumé des mitsvotes de la paracha
Résumé des thèmes
Premier sens global : élever et éduquer
L'homme, la ménora et la lumière
L'homme-ménora : Aharone
La quadruple unité 
Second sens global : le risque de la chute et la femme qui sauve
L'exemple de Myriam
Le contexte difficile
Le sens pédagogique de cette action divine
Les trois accompagnants
Le mérite de Moché, de Aharone, de Myriam
Le secret de l'éducation
Le secret de la traversée des épreuves
La stratégie longue du peuple juif
L'art des naissances
La féminité de l'être, seule clef de la croissance
La gestation des potentiels multiples
Voir le nolad
La question posée par Hachém
Sens de l'épreuve
Quelques questions personnelles
Conclusion auto-éducative
La règle sage de la préparation progressive
Rappel de méthode

Les conseils éducatifs chez Rachi : amour, bonté, délicatesse, absolu, femme, jeunes, etc.


Lecture chantée de la paracha (Ort.  Askénaze)

Lecture chantée de la paracha (Alliance. Sépharade)

Lecture chantée de la haftara (Ort.  Askénaze)


La ménora (le chandelier à 7 branches),
sens, histoire, sources essentielles avec nouvelles photos

La ménora de nos communautés différentes


Ici, surtout, la page de Modia consacrée à l'éducation (lien ici).
La délicatesse chez la femme et l'homme. Nouveau poème.

Vous songez à une éventuelle alyah en Israël et voudriez connaître avec compétence les réseaux scolai et universitaires israéliens (lien ici et ici) et toute la page sur la alyah, ici.



 

Un rappel absolu pour tout celui ou celle qui respecte la Torah  :

Véhaarets lo timakhér litsmitoute
"et la terre d'Israël ne sera pas vendue pour toujours

ki-li haarets
car elle est A MOI (D.ieu) cette terre

ki-ghérim vétochavim atém îmadi
car des étrangers domiciliés, c'est ce que vous êtes chez Moi."

C'est la 339e mitsva qui s'impose à nous, Lévitique, Vayiqra 25, 23.
Un verset qu'aucune coalition de lois, de partis, de votes, d'intérêts, de leader ou de partis étrangers, ni de Prix Nobel ne pourra supprimer.
Lisez-le, et faites-le connaître.

 


 

Axe choisi dans le commentaire
Certaines études de la paracha ont été faites davantage selon Rachi (Ki Tissa), ou Rabbéinou Be'hayé (Vayaqel, Bé'houqotaï), ou le Chla (A'haré mote, Qéddochim), ou centrées sur le pchate (Ki Tissa), le dérékh 'hayim (Péqoudéi), le taâm (Emor), les différentes interprétations (A'haréi mote).
Cette fois, nous utiliserons davantage ce que l'on appelle le middrache, ce que nous avons commencé dans Péqoudéi. C'est une réflexion nourrie de multiples richesses et symboles, et qui est pleine d'enseignements pour la conduite de la vie.
Ces approches différentes permettront peu à peu de découvrir les différentes méthodes d'étude de la Torah. 

Première étape de l'étude 
La paracha comprend de nombreux thèmes qui sont tous reliés au nom de la paracha. Nous en donnons la liste ci-dessous. 
On ne pourra pas se contenter de ce résumé pour comprendre la suite du commentaire, mais il sera nécessaire de lire immédiatement la paracha (même en français) avec l'aide de ce résumé qui le scande. 
Examinons la paracha à travers les mitsvotes, les thèmes puis le sens intérieur éclairé par le middrache.
 

I - Résumé des mitsvotes de la paracha

La paracha comprend 5 mitsvotes,  dont trois ordonnances positives et deux interdictions (voir Maïmonide, Livre des sacrifices, Qorbane Pessa’h).

La première mitsva (Bamidbar 9, 9 - 9, 11)

prescrit de faire le rite de Pessa’h Chéni le 14 du second mois (Iyar). Ce doublement de la fête de Pessa'h concerne les personnes qui ne se trouvaient pas dans la situation de pureté adéquate lors de la date principale de la fête : celui qui a eu un flux, la nidda, l’accouchée, celui qui a été en contact avec un cadavre (névéla) ou avec des reptiles interdits (Vayiqra 11) ; dans certains cas un bain rituel (tévila) avant la nuit pouvait cependant permettre de consommer le sacrifice normalement ; cela concerne aussi les personnes qui étaient éloignées de plus de 18 kilomètres de l’extrêmité de la ville (Pessa’him 93 b), les convertis depuis Pessa’h qui ne faisaient pas le rite de la Pâque individuellement après leur conversion mais avec les autres membres du peuple (voir Rachi sur 9, 14) ; les Sages ont étendu ce Pessa'h chéni à ceux qui auraient oublié le premier Pessa’h, ceux qui auraient été empêchés, ou l’auraient négligé (mais cela était facultatif pour les femmes, Pessa’him 91 b). 
Par contre, celui qui, délibérément, ne fait aucun des deux Pessah, mérite la peine de karète (retranchement du peuple). 

Au second Pessa’h, Pessa'h chéni, on grille également l’agneau pascal et on en suit tous les rites:
on le mange avec la matsa et le maror (seconde mitsva, 9, 11):


on ne laisse pas de l’agneau après le matin (quatrième mitsva, 9, 12):


et

on n’en brise pas les os (cinquième mitsva, 9, 12) ; mais, en dehors de ce qui concerne le sacrifice il y a des différences car on peut alors avoir du ‘hamets chez soi, on ne donne pas le caractère de fête et on peut travailler, on ne dit pas le hallel.

La troisième mitsva (10, 9-10) prescrit de sonner des trompettes en argent (au moins 2 et au maximum 120) lors de la joie des sacrifices publics, des fêtes et du renouvellement du mois (voir Choulk’hane Aroukh, Ora’h ‘Hayim 576, 1, 1). Il y avait ainsi entre 21 à 48 sonneries par jour (Roche Hachana 29 a et Michna Ar’hine II, 3). 

On les sonnait aussi dans la situation de guerre.
(Essayer de bien mémoriser ces précisions ainsi que les suivantes).

II - Résumé des thèmes de la paracha

Ils se succèdent dans cet ordre : 

une première partie heureuse :
- le chapitre 8 de Bamidbar traite de l’allumage de la ménora (le chandelier du sanctuaire), la confection de ce chandelier, la purification des Lévi, leur rôle de remplacement et de rançon pour tous les fils aînés appartenant à Hachém, la façon dont ils devront exercer leur tâche, et à quel âge.
- le chapitre 9 traite de la seconde Pâque (Pessa’h chéni), l’alternance de nuée le jour et de feu la nuit sur la tente du témoignage (ohél moêd) et comment la nuée rythmait les départs et les stations du peuple, l'adhésion du peuple à la parole de Hachém transmise par Moché.
- le chapitre 10 parle des trompettes de convocation du peuple pour sa mise en marche ou pour les fêtes et sacrifices, la première mise en route du campement le 20 du mois de Iyar et l’ordre de chaque groupe, l’arche qui devance le peuple de trois jours pour lui préparer un emplacement, la demande de Moché à Yitro de l'accompagner ; les paroles de Moché au départ.

une seconde partie, difficile :
- le chapitre 11 décrit les récriminations du ramassis de gens qui s’étaient joints au peuple, la manne, la rosée, les gémissements du peuple et la colère de Hachém qui s’ensuit, Moché trouvant le peuple trop pesant pour lui seul et son souhait de mourir, la réponse de Hachém qui établit pour l'aider un conseil de 70 anciens sur lequel une part de l’esprit qui animait Moché se déplace et qui prophétisent, l’épisode de Eldad et Médad et la réaction de Yéhoshua à leur prophétie continue, les cailles et la mortalité parmi le peuple repu.
- le chapitre 12 traite de l’interpellation de Myriam et Aharone envers l’épouse couchite-noire  (nommée ainsi pour sa beauté, comme l’explique Rachi) qu’avait choisie Moché, les formes de prophétie par vision et songe tandis que Hachém parlera de bouche à bouche avec Moché, la colère de Hachém envers Aharone et Myriam et la lèpre de cette dernière pour avoir mis en cause Moché, la prière la plus brève de Moché (él na réfa la na,  "D.ieu veuillez la guérir, veuillez") pour la guérison, la mise à l’écart de Myriam hors du camp pendant 7 jours, et le peuple qui l'a attendue jusqu’à ce qu’elle soit réintégrée avant de se remettre en marche, et le campement dans le désert de Parane.
 

III - Premier sens global : l'art juif d'éduquer
Nous nous souvenons de la paracha précédente Nasso qui mettait en évidence le rôle de la joie dans le peuple juif et la fonction des Lévi pour cela. Cette fonction d'élévation et d'éducation est développée encore ici, en particulier par le rôle de la lumière que les fils d'Aharone font monter sur la ménora, le chandelier à 7 branches. 
De nombreux enseignements éducatifs ressortent ainsi de la Torah, et Rachi les met en évidence :
- l'importance des dimensions heureuses et positives pour éduquer,
- l'importance de mettre en relation et en cohérence les actions différentes
(coordonner l'allumage et les parfums), de montrer qu'il y a une orientation unique de ce qui peut sembler des lumières différentes (des 7 branches),
- l'importance de l'accompagnement : il ne s'agit pas seulement "d'allumer" la lumière chez celui que l'on éduque; Rachi dit (Bemidbar 8, 2), selon le traité Chabbate 21a du Talmud : "de façon à faire monter la flamme" (âl chém ché halahav ôlé) ; mais il y a plus encore : il faut soutenir la flamme qui s'éveille jusqu'à ce qu'elle monte, jusqu'à ce qu'elle monte nettement, mais surtout jusqu'à ce qu'elle monte d'elle-même (ché tsarikh léhadliq âd ché téhé chalhévéte ôla mééléya). Voir le poème Education -Ménora.
 
 

L'image de la ménora (le chandelier à 7 branches) est un outil éducatif extrêmement fort dans la vie juive (c'est même le symbole choisi pour l'Etat d'Israël). 

Dans toutes les synagogues, l'image de la ménora est présente, non seulement par ce qu'elle nous rappelle le Temple, mais par ce qu'elle nous enseigne. 

Elle est une image de ce que doit être l'homme debout, éveillé en toute sa lumière potentielle (voir les poèmes).

Il est dit aussi que la construction de cette ménora semblait difficile à Moché et Dieu lui a montré comment faire. Voyons ce Rachi :
vé zé massé hamménora, léfi ché nitqacha va, lékhakh néémar "vé zé".
Rachi tire cette interprétation de la présence du mot vézé,  comme il le commente aussi en 
Chémote 12, 2 (s'y reporter). Là, pour la fixation de la nouvelle lune, Moché était embarrassé pour préciser à quel stade de sa visibilité on pouvait la consacrer :
nétqacha Moché âl molad hallévana bé ézé chiour téraé vétiyé réouya léqaddécha.
Ainsi, dans ce qui nous est si difficile (la construction de soi-même, de la profession, de la famille, ou l'éducation des enfants), il nous est dit que la perplexité est normale, et que nous ne sommes pas seuls avec nous mêmes ; comme pour Moché, nous pouvons aussi compter sur l'aide : utiliser l'aide d'autrui, celle de la science de la psychologie car nous avons reçu de la Création notre cerveau pour en utiliser les ressources ; mais notre tradition a également, elle aussi, de nombreux enseignements très concrets et pédagogiques qui nous y sont proposés, si nous parvenons à lire les enseignements de nos Sages sur la Torah. 
C'est l'un des objectifs de ce nom "Modia", "faire savoir" l'aide divine donnée dans la Torah.
C'est qu'il y a beaucoup de façons de construire le monde vers son amélioration et chacune est indispensable et sainte. Mais, ce qui est généralement valorisé, c'est ce qui comporte un signe de supériorité par la richesse et le pouvoir  aussi, précise Rachi.

L'homme, la ménora et la lumière
Pour comprendre le rapport entre l'homme, la ménora et la lumière, il faut d’abord lire Rachi.
Nér Hachém nichmate adam : une lampe de Hachém est l’âme de l’homme (Proverbes 20, 27) : il est important de saisir que l’homme est montré comme une lampe ainsi que le disent les Totafotes dans le traité Chabbate cité, et qu’il faut veiller à ce que l’homme-lampe soit constamment allumé. (Voir le poème Corps-ménora)
Pour le faire comprendre, les textes disent que le chandelier avait la forme d’un corps humain, dont il faut veiller à la base solide, puis le corps et, enfin, les trois branches latérales sont comme des oreilles. Le Juif est toujours placé dans l’écoute, par la répétition continue du Chémâ Yisrael. 

L'homme-ménora : Aharone
Et ce Juif est d’une seule pièce, unifié, par le métal forgé.
Il est un, compliqué mais cohérent en toutes ses parties de son être,  comme le dit Rachi de Aharone  à propos du verset 8, 3 : ainsi fit Aharone (va yaâss kén Aharone), il a fait comme il était dit et c’est un compliment : léhaguid chiv’ho chél Aharone ché lo china (voir le Sifri, 60). 
Aharone, dit le Chla, était ainsi particulièrement apte à être celui qui assumait cette fonction car il était unifié : tout son être était dans la Torah, et tout le peuple d’Israël était intégré en son intériorité. C'est notre exemple.
Il en symbolisait ainsi l’unité : dans sa complétude, il y avait adéquation entre la ménora et lui-même : ohév chalom védoréche chalom (aime la paix et recherche ardemment la paix), un amoureux de la complétude (chélémoute, chalom) et quelqu’un qui poursuit activement cette unité. Puissions-nous être ainsi, un en nous-même chacun, un avec la Torah, un avec toute la diversité du peuple. Car, le Rav Chalom Messas y insiste dans son commentaire (livre Vé'ham ha chéméche): la lumière de la Torah devait être continue pour manifester la lumière continue de la Torah qui nous éclaire. Ainsi doit être le Juif.
Allez ici sur ce lien pour comprendre davantage, avec de nombreuses photos, l'importance de la ménorah dans toute l'histoire juive et maintenant.



La quadruple unité 
Cette unité n’est pas seulement dans Hachém, dans la collectivité, entre les membres du peuple, elle est aussi -en tout- avec Hachém comme il est dit (9, 23) :  sur la voix de Hachém ils campaient (âl pi Hachem ya’hanou), sur la voix de Hachém ils partaient (véâl pi Hachém yissaou)... dans l’observance de Hachém ils étaient fidèles (éte michméréte Hachem chamarou), selon la parole de Hachém par l’entremise de Moché (âl pi Hachem béyad Moché). Tout ce passage doit être lu lentement. Cette unité est également avec Moché : Rachi souligne que la nuée ne s’étendait pas avant que Moché n’eût dit (10, 36) : "reviens sièger, Hachém parmi les myriades d’Israël,  chouva Hachém revavote alféi yisrael". 
La même attention délicate était également de la part de Hachém et de Moché.  Méditation nécessaire sur la délicatesse.


Second sens global : le risque de la chute ; la femme sauve.

La seconde partie de la paracha, après cette phase positive, nous met en présence des récriminations multiples des humains qui ne parviennent pas à assumer leur tâche, et le découragement de chacun est à la forme de sa qualité.

1. Moché exprime la difficulté de comprendre et son besoin d'être aidé (par Hachém, par Yitro, par les 70 Sages). Si c'est ainsi pour un être de la qualité de Moché, combien devrions-nous être compréhensifs pour nos dirigeants qui n'ont pas ce niveau d'être et qui doivent cependant porter notre peuple ; nous devrions demander pour eux la lumière, le discernement et la bénédiction avant de les critiquer et de les combattre parfois.

2. le peuple comporte une frange (peut-être en chacun de nous) qui profite de ce qui est bien mais n'en tire jamais des enseignements pour aller dans le sens de ce bien, et veut uniquement des avantages matériels et profiter ; c'est une populace, le êrev rav. La Torah nous éclaire sur cette dimension de la masse. Ainsi, l'analyse que fait la Torah de la conduite du bien commun ne se résume pas à la décision majoritaire nommée démocratie. Elle a un repère de qualité, la Torah, et une pédogagie. Elle nous éduque sur la compréhension et l'analyse de ce qui se passe. L'éducation du peuple est la tâche la plus importante.

3. de plus, même Aharone et Myriam ont été en butte à leur propre erreur d'analyse, de compréhension, de comportement et de parole. La Torah veut nous inciter par là à la plus grande vigilance, en particulier dans l'usage de la parole, et à la modestie face à nos erreurs.

Moché veille tellement aux risques de la parole qu'il prie pour la guérison de sa soeur en seulement quelques mots, sans même la nommer pour qu'aucun ne puisse l'accuser de la privilégier par une prière de qualité exceptionnelle (car il connait la réalité sociale de la médisance) ; de même Aharone, après la mort de ses deux fils, s'est tu pour ne pas altérer la qualité de la parole par la peine ou la révolte.

Nous sommes ici dans la ligne de la science sophistiquée du respect de la parole qui a trouvé son excellence dans la personne et l'oeuvre de Rabbi Yisrael Méir HaCohen, dit le 'Haféts 'Hayim. Voyez cette étude.

Nous qui avons étudié souvent sur Modia la méthode de Rabbéinou Bé'hayé. et dans la paracha précédente, nous comprenons maintenant pourquoi il a résumé toute notre paracha dans ce verset 13, 9 des Proverbes que nous avons mis en dédicace :
or-tsadiqim yisma'h vé ner-réchaîm yidâkh
"la lumière des justes répand la joie, et le chandelier des méchants fume".
L'éducation doit être préoccupée de ces deux dynamiques qui sont en puissance contamment.

Dans les parachiyotes précédentes, nous avons beaucoup parlé de la grandeur de Moché, de la beauté de Aharone comme prototype de la reconstruction et rénovation de l'humain. Nous allons maintenant mettre aussi en évidence la grandeur de Myriam dans cette fratrie, et nous comprendrons alors que la Torah n'accuse pas Myriam en tant qu'être, mais elle nous montre par son exemple éminent que, a fortiori, chaque être médiocre comme nous le sommes tous, doit déployer une activité prodigieuse et constante pour ne pas tomber dans l'aveuglement et la parole néfaste.
Sans parler de la force brutale de la masse qui entraîne tout le peuple vers les catastrophes.


L'exemple de Myriam : grandeur et défi, à l'image du peuple

Situons le contexte difficile
Le peuple est dans le désert. C'est le lieu de la privation, vie sans ressources végétales ni agricoles, ni villes ni activités commerciales ou industrielles, sans eau, le royaume du vent, de la pierre, du sable, du froid glacial et du soleil accablant. C'est un lieu de souffrance continue. Le peuple ressent qu'il est donc passé de l'esclavage à la souffrance, avec les promesses d'une terre idyllique lointaine quand D.ieu y donnera accès. Le peuple souffre. Quelle famille ou quel peuple ne connaissent ces heures, d'autant plus difficiles que la Torah promet le bonheur.
Une organisation a été donnée à cette masse, ses tribus, ses drapeaux, ses chefs à des niveaux très élevés de la réalité et de la divinité, car c'est une nécessité pour tenir un peuple qui traverse une crise redoutable.
Tout homme, à l'heure où il traverse des phases de désert dans son existence à cause des problèmes de santé, de ressources, de désert affectif peut comprendre le désespoir dont parle la Torah ; et combien tout semble alors désert car il manque ce qui est l'essentiel pour vivre

Le Middrache Rabba adopte une vision plus large de cette réalité et éduque notre regard. Il ne cherche pas à donner d'abord des interprétations qui justifieraient spirituellement toute cette organisation politico-militaire de cette société nomade. Il ne nie pas non plus la souffrance : "oui, il t'a fait souffrir et endurer la faim, Vayéânékha vayaréwékha" (Dévarim 8, 3). Il ne nie pas le désert.

Il demande de voir la réalité vécue dans ce contexte, son intériorité qui est bonheur et relation :
- "ô génération, ai-Je été un désert pour Israël ou une terre d'épaisses ténèbres ?
Ha midbar hayiti lé Yisrael ? Im aréts maepéléya? (Jérémie 2, 31)". 
La question n'est pas l'extériorité du désert mais le lien avec Haqqaddoche Baroukh Hou : ce lien était-il désert et épaisseur de ténèbres? Ai-je agi là envers vous comme le désert agit envers les hommes pour que vous me disiez en m'accusant : 
"pourquoi nous avez-Vous tirés de l'Egypte pour nous faire mourir dans ce désert, car il n'y a pas de pain, pas d'eau ?
lama éêlitanou mimmistrayim lamoute bammidbar " (Bamidbar 21, 5). 
D.ieu interpelle et demande réponse. On pourrait penser que cette attitude thérapeutique n'est pas bien choisie qui consiste à exiger de quelqu'un qui souffre qu'il manifeste de l'attention envers autrui. Mais c'est que la vision désertique qu'a le peuple de son existence est une vision erronée et mortifère : c'est elle qui le détruit. L'extériorité tue alors qu'elle se prétend objectivité et réalisme. En enlevant toute relation avec autrui, elle ôte également la relation de vie entre soi et soi-même. Ce soi-disant réalisme est une chosification cadavérique dont l'expression logique est le culte d'une idole qui n'est qu'un objet, le veau d'or. Il ne reste plus alors à se fier qu'à des chefs de partis sans formation solide dans la morale et la Torah, aux promesses fallacieuses.

Le sens pédagogique de cette action divine
Le Middrache Rabba donne les éclairages pour parvenir à répondre à la question posée par Dieu. Certes, Dieu reconnait qu'il a fait dévier (vayéssév) le peuple du côté du désert (Chémote 13, 18) mais cette extériorité totale et brute du désert avait un but : en effet, dans l'épreuve il n'y a que deux solutions : ou s'effondrer ou trouver un surcroît de vie. C'est le sens pédagogique de cette action divine. 
Et la vie, c'est percevoir la relation donnée par l'autre, la bonté de l'autre, l'amour de l'autre (entendre un jour quelqu'un dire : "je ne t'abandonnerai jamais, je ne te lâcherai jamais, pour moi tu es..." et ne jamais lâcher ces certitudes). La vie, c'est donc quand le regard personnel parvient encore à détecter la bonté et sa force même à travers l'épreuve et le désert. Et quand celui qui est éprouvé n'y parvient plus, celui qui aime parvient à lui ouvrir le regard, délicatement, et parvient à se faire entendre.
Ainsi fait Dieu, dans le Middrache Rabba, quand il demande qu'on découvre sa présence d'aide à travers les trois accompagnants qu'il a donné à Son peuple, Moché, Aharone, Myriam
:

- le mérite de Moché a procuré la manne. Et là encore, c'est le propre du malheur que de ne plus être capable de percevoir l'aide reçue : "oui, Il t'a fait souffrir et endurer la faim puis Iil t'a nourri avec cette manne que tu ne connaissais pas,vayaakhitékha éte hammane" (Dévarim 8,3). Souvent, comme l'aide arrive sous une forme qui n'est pas celle que l'on espérait, on ne la "connaît" pas, on ne la reconnaît pas et on ne reprend pas vie. La confiance dans l'autre que l'on aime, c'est de continuer à lui accorder le crédit de la bonté et de l'aide et de la compréhension même quand on a l'impression d'être abandonné et de ne pas recevoir d'aide ou de confirmation. Il faut alors rechercher les signes ténus de cette aide reçue, et cela se joue partout: dans le couple, dans la famille, dans l'amitié.

- le mérite de Aharone a procuré la protection du nuage : "il déploya une nuée comme un voile protecteur" (Psaume 105,39). Celui qui est faible (le pauvre, ou le malade qui est le pauvre absolu) sent qu'il perd toute protection, il devient vulnérable à toute attaque ; et, si une attaque existe, le scénario le plus noir est projeté sur l'avenir, l'attaque devient généralisée, elle est autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Et c'est vrai pour tant de pauvres.
D.ieu (ou celui qui aime) espère que celui qui est dans l'angoisse reconnaîtra la protection dont il bénéficie. 
Cela nous enseigne que 
- la confiance dans l'autre que l'on aime, c'est de reconnaître les enveloppes de protection affectives ou matérielles qu'il accorde ;
- la plus grande affection est toujours silencieuse et invisible, la confiance de l'amour doit donc "faire confiance" à l'amour caché dans le silence et dans l'invisible ;
- une particularité de cette confiance, c'est de reconnaître les attentions d'anticipation de l'autre ; ainsi l'arche d'alliance précédait de trois jours la marche du peuple, arone nosséâ lifnéhém chélochète yamim  (Bamidbar 10, 33) de manière à éliminer à l'avance les obstacles (serpents, scorpions, rochers) et elle aplanissait la route en abaissant les montagnes et en comblant les vallées, kol gué innassé (Isaïe 40, 4)
;
- l'ingratitude est une autre forme de l'auto-destruction : souvent, elle se manifeste en ne prêtant pas attention à toutes les marques gratuites de gentillesse, de soin que l'autre fait pour soi. L'invisibilité de D.ieu qui nous aime et nous aide est une voie d'éducation pour parvenir à prendre en considération les attentions silencieuses, invisibles et à distance de ceux qui nous aiment. D.ieu nous demande de les reconnaître et d'en manifester la reconnaissance. (voir les poèmes) La Torah est une quête de cette attention dans l'amour, et les prophètes insistent continuellement sur cette reconnaissance. C'est un des buts des épreuves, elles sont un don pour développer en nous ces qualités.

Tout cela se concentre dans ce que le mérite de Myriam a fourni le puits. Le début du commentaire du Livre Bamidbar, nommé Bamidbar Rabba, nous dit que "c'est par le mérite de Myriam que notre peuple recevait le puits d'eau qui assurait sa vie dans le désert". Elle était béer mayim 'hayim, puits d'eaux vives" comme dit le Cantique des Cantiques (4, 15). 
Ce n'est pas rien : quelqu'un qui, simplement par ce qu'elle est, par la qualité de son être, apporte la vie aux autres comme l'eau. 
Myriam était une sauveteuse de la vie, une éveilleuse de la vie, toujours auprès de l'eau de vie. Décrivons les épisodes qui le prouvent.
Quand ses parents étaient désespérés et dans les larmes à cause des persécutions que leur infligeaient les Egyptiens, Myriam les a grondés et les a exhortés à avoir espoir en l'avenir et donc à reprendre leur vie amoureuse et sexuelle et à procréer ; ils l'ont écoutée et, par elle, de là, est né Moïse; et alors Myriam, la musicienne, de joie, a saisi son tambourin et elle a chanté et dansé (Traité Sota 12 a). 
Puis, au bord de l'eau du Nil, à nouveau, elle n'est pas restée passive et, disent les textes, elle regardait "ce qu'elle pourrait faire" pour sauver son frère, et elle a réussi à le faire adopter par la fille du Pharaon puis à lui procurer une nourrice juive, sa mère, et cette fois encore elle a saisi son tambourin et elle a chanté et dansé. 
Et quand son peuple a chanté après le sauvetage de la Mer Rouge, en reconnaissance de tout cela, le texte dit : bien entendu, Myriam a pris en main "le" fameux tambourin hattof (Chémote 15,20) et il est dit alors "Myriam la prophétesse" car ce "la"  "ha" névia fait allusion au fameux tambourin et, avec lui, elle a fait chanter tout le peuple ; en effet, le mot "les" est au masculin pluriel dans le texte et indique toute la collectivité, hommes et femmes ensemble : vataâne lahém Myriam.

Ainsi donc, Myriam donne continuellement et patiemment la vie au peuple. Elle incarne la confiance permanente en la vie? J'ai essayé d'exprimer cette expérience dans un poème "Délicatesse".

Sur cette base, nous comprenons ce qui va se passer dans la Torah pendant les semaines suivantes. Les fils d'Israël vont arriver à Beer : "ils arrivèrent à Béer le puits, ce puits à propos duquel Hachém a dit à Moché : assemble le peuple, je veux leur donner de l'eau. Et c'est alors qu'Israël chanta cette chira, cette chanson : jaillis source, acclamez-la. Ce puits, des princes l'ont creusé, les plus grands du peuple l'ont ouvert, avec leur sceptre". La confiance invincible, représentée par Myriam au coeur du peuple s'exprime par le chant et la prise de conscience du peuple qu'il est "Israël chir-él", chant de Dieu.

Notre tradition dit : bizékhoute nachim, Yisrael nigalou, c'est par le mérite des femmes qu'Israël est sauvé de génération en génération (Sota 11b, Bamidbar Rabba 3, 4 )". Cette attitude éducative qui croit dans la source de l'eau de vie, et qui fait s'élever et éclairer très lentement est essentiellement féminine, même chez Aharone et Moché.

Juste retour des choses envers Myriam qui avait apporté la vie, à son tour elle l'a reçue après des périodes de désert. Le Chémote Rabba (1, 17) nous apprend qu'elle fut souffrante et que pour cela tous l'avaient oubliée et dédaignée  (Rachi sur Sota 11 b), terrible ingratitude humaine, d'où son nom de Azouva (abandonnée) quand alors Calev l'épousa (1 Chroniques 2, 18). Le texte ne dit pas que Caleb eut des enfants d'elle mais qu'il "la fit naître, l'engendra (vékhalév... holid éte âzouva)". Merveille. Le Chémote Rabba (1, 17) nous transmet à ce propos l'enseignement de Rabbi Yo'hanane dans Sota 12 a selon lequel "celui qui épouse une femme au nom du ciel, cela lui est compté comme s'il l'avait mise au monde (ché kol hanossé icha léchém chamayim âlav hakkatouv kéilou yaledah). 

Ainsi, Myriam elle-même a traversé le désert mais elle qui avait vu l'intériorité de la vie en dessous de l'apparence désertique, elle a bénéficié à son tour de la vie que le Créateur veut donner à toutes Ses créatures. Et il est dit de ses fils : ne lisez pas "les fils que Caleb eut d'elle" mais "les fils qui l'ont construite (bonéha)", à son tour elle a reçue la vie d'autrui. 
Dans le même sens, il est dit qu'il s'agit d'elle dans les deux femmes de I Chroniques 4, 5 : 'Héla et Naâra, car elle fut d'abord malade ('hélah) puis retrouva sa jeunesse (naâra) et son mari était un père (avi) pour elle et, par elle, son cœur était attaché (taqouâ) au Ciel. De même, quand on parle des enfants de Myriam-'Héla, leurs noms veulent dire qu'elle semblait être cause de souci (tsara) pour les autres femmes à cause de sa grande beauté, mais cela tournait à nouveau en vie car son visage resplendissait comme le jour à midi (Tsaharayim) et chaque homme qui la voyait avait envie de retrouver sa femme pour lui donner le bonheur (Etnane). 

Pour fruit de toutes ces lentes gestations qu'elle a suscitées comme la flamme qui monte lentement, elle eut le mérite que David soit sa descendance car il portait en lui sa dimension d'exaltation et de chant et c'est de lui qu'il est dit cela (va yarém qéréne méchi'ho, Il élève la gloire de Son machia'h, I Samuel 2, 10). Elle est aussi nommée A'har 'hel  (I Chroniques 4, 8) car toutes les femmes venaient danser avec elle (Chémote 15, 20).

Avec Moché et Aharone, Myriam est cette révélatrice de ces passages vers la vie ; d'une situation désespérée elle a compris ce qui peut surgir et elle a entendu D.ieu lui dire en son cœur : "je fais surgir un feu" (vaotsi éche, Ezéchiel 28, 18), elle a libéré ce feu, Moché l'a retrouvé dans le buisson ardent et a libéré le peuple, lui a donné la manne, la Torah. Seule une femme peut agir ainsi pour la vie dans la discrétion et la force continue.

Le secret de l'éducation
Tout cela parce qu'elle découvrait la vie enfouie et la faisait surgir. Non pas dans la facilité mais à travers la mise à l'épreuve car c'est depuis sa naissance (Chémote Rabba 16, 4) que l'esclavage fut le plus dur en Egypte, amertume de l'existence humaine qu'elle assuma aussi dans une des dimensions des lettres de son nom (mar, amertune, Ch. Rab. 22, 12) ; elle assuma ces passages nécessaires et alternatifs de la non-vie à la vie comme dans le cas de la lèpre dans la parole et du retour à la parole purifiée, comme la main de Moché qui fut atteinte aussi par la lèpre puis redevint normale et comme la mer devint terre sèche puis repris sa forme de vie (Chémote Rabba. 28, 4). 

Le secret de la traversée des épreuves
Elle nous montre par là comment traverser ces épreuves de la vie : découvrir la vie invisible sous l'écorce apparemment morte, persévérer, être plastique pour accepter les alternances répétées et parfois longues de mort et de vie, en sachant que cela devient une trajectoire de vie en développement si nous en faisons de la vie par la science de cet éveil. (Inscrire le mot "épreuves" dans le moteur de recherche de Google qui se trouve en haut de la page d'accueil pour découvrir tous les enseignements sur ce thème dans Modia; ils sont nombreux).

La stratégie longue du peuple juif
Et la Torah nous enseigne que c'est cette stratégie de Myriam dans le désert qui a assuré les plus grandes victoires non seulement pour soi mais aussi pour le peuple. 
Et, le tout, elle alla jusqu'à le faire en musique et chansons, et mérita ainsi de faire naître David, l'auteur des Psaumes puis Chlomo, l'auteur du Cantique des Cantiques. 

L'art des naissances en beauté
Et elle le fit également dans la beauté et, pour cela, elle mérita de faire naître également Bétsalél qui fit l'arche d'alliance et l'aménagement du Sanctuaire. Il n'est pas dit seulement qu'elle a permis sa venue au monde mais que toute sa sagesse et son art, Bétsalél les a reçus de par son mérite à elle (Ch. Rab 48, 4). Il est dit explicitement que c'est parce qu'elle savait ainsi "faire sortir" du mal et du péché (Ch. Rab. 40, 1) qu'elle réussit à ce que D.ieu fasse surgir d'elle ces grands Sages. 

Il est dit aussi cela de Bétsalél parce qu'elle savait faire aboutir les dynamiques jusqu'à en faire des maisons, des sanctuaires :
méékhane vékho kékhol ha'hokhma hazzote ? bizekhoute Myriam ché néémar vayaâs ka hém batim, ma hayou habbatim béite hakkéhouna ou véit hammalkhoute. La Torah veut nous montrer par là quelle force de développement est en puissance dans l'individu qui connaît les règles des puissances internes en dessous de l'invisible, de l'obscurité, de l'angoisse, des épreuves, des solitudes, et des pauvretés. 

La féminité de l'être, seule clef de la croissance
Mais, en nous montrant cela par la dynamique éducative de ces trois accompagnants du peuple qui ont tous leur source en celle de Myriam, la Torah veut nous montrer que nous ne pouvons la mettre en œuvre que par une écoute et une gestation et une assurance de type féminin. Jamais le mode masculin ne peut faire naître et porter ces gestations si l'homme ne parvient pas à aller au rythme féminin et à avoir une immense valorisation des qualités de l'être féminin : attention vraie, écoute, gestation, persévérance, encouragement, soutien, intervention active d'aide véritable.  C'est cet art porté par la prophétesse Myriam, et manifesté également au masculin par Caleb que j'ai essayé de traduire par un poème (lien ici). Il fallait essayer de nommer cet source dont la puissance s'avère si efficace dans le monde brutal et méchant tel qu'il est réelleemtn.

La gestation des potentiels multiples
Pour rendre toutes ces facettes, la Torah nomme souvent la même personne selon des noms différents afin de mettre en valeur toutes les richesses internes de sa personnalité et de son potentiel. Ainsi (Ch. Rab. 40, 4), Elie a quatre noms différents, Yéhoshua et Bétsalél en ont six, Moché en a sept, Mordekhaï deux, Daniel cinq, etc. 
Cela nous montre ce qui est clair dans le processus de vie mis en œuvre 
- par la patience de Moché,
- par l'art d'allumer les 7 branches de la ménora  par Aharone, 
- par l'art confiant du tambourin de Myriam :
la continuité et la réussite du processus de vie dépendent de dynamiques différentes, négatives et positives qui forment un ensemble dynamique de vie et que le nom intègre. 
(Inscrire les mots "changement de nom" dans le moteur de recherche de Google qui se trouve en haut de la page d'accueil pour découvrir tous les enseignements sur ce thème dans Modia; ils sont nombreux).

Voir le nolad
Combien il importe de voir toujours ce qui peut naître ; le Sage c'est celui qui, comme Moché, Aharone et Myriam, pressent ce qui advient, ce qui commence à poindre et à naître, le nolad :
- ézéhou 'hakham, haroé été hannolad, qui est le Sage ? celui qui voit le nolad (Tamid 32 a).
- ézéhou 'hakham, hammévine davar mittokh davar, celui qui comprend une chose à l'intérieur de la chose (Zohar II 121 b et 'Haguiga 14 a).
 Mais il ne suffit pas de pressentir, il faut aussi porter jusqu'aux mois de la naissance, et il faut savoir chanter pour tenir dans cette longue épreuve. Mener jusqu'à la vie suppose une constance, une persévérance et la mise en jeu de tactiques successives avec la même énergie.

Moché, Aharone et Myriam sont ainsi éducateurs, père et mère de beaucoup de membres du peuple, l'exemple de ceux qui sauvent et de ceux qui se réalisent, c'est par eux qu'Israël est parvenu à se développer (Ch. Rab 40, 4), parce qu'ils avaient les trois qualités nécessaires pour faire fructifier : 'hokhma, tévouna, daâte, la sagesse, la compréhension des choses et daâte, la connaissance au  sens fort d'union du rêve et de la réalité, du masculin et du féminin.  Il est dit que "par ces trois choses a été réalisé le sanctuaire" : bachelocha devarim halalou naâssé hammichkane  (Chémote Rabba 48, 4).


C'est au milieu du désert que la paracha nous enseigne tout cela : cet enseignement est capital pour tout ceux qui veulent construire un avenir puisque le middrache nous enseigne que D.ieu lui-même utilisera ces trois qualités de Moché, Aharone et Myriam quand Il entreprendra de construire, car il est dit  : 
- "c'est par la sagesse que se construit la maison : bé'hokhma yibané vayite
- c'est par la compréhension qu'elle se consolide : ouvitévouna yitekonane
- c'est par la connaissance-union que la maison se remplit de tout un capital de choses belles et agréables : ouvadaâte 'hadarim yimaléou, kol koné yaqar vénaîm" (Proverbes 24, 3). 
Le verset suivant indique que l'homme masculin qui est sage utilise sa force et que celui qui a cette connaissance-union (daâte) voit doubler sa force.

On comprend maintenant pourquoi il est dit que le dernier chapître du livre des Proverbes, échéte 'hayil, la femme forte (ou plus exactement la femme de Celui qui est Le Fort), s'applique à Moché également, car il avait été à bonne école auprès de sa sœur. C'est bien là que l'on peut dire comme le verset 7, 4 des Proverbes : 
"dis à la sagesse, tu es ma sœur", émor la 'hokhma, a'hoti ate.

La question posée par Hachém
On comprend maintenant l'interrogation amoureuse, attristée et blessée de Haqqaddoche Baroukh Hou à l'homme à travers Israël: "Comment pourrais-tu dire que J'ai été un désert pour toi, Israël, ha midbar hayiti lé Yisrael ? (Jérémie 2, 31) 
- alors que J'ai mis en toi toutes ces capacités de faire croître la vie (achér bara Eloqim laâssote), de retourner en vie les destins difficiles, 
- quand Je vous donne la science de Ma Torah, 
- quand Je vous ai fait à Mon image pour être capables de penser, de chercher et d'agir sur la création,
- quand Je vous ai donné tous ces exemples de la vie de vos patriarches et matriarches, quand Je suis avec vous dans vos ennuis, 
- quand Je suis bouclier, lumière,
- quand Je vous dis tout mon amour dans le Cantique des Cantiques, 
- quand Je vous fais femme et homme pour n'être pas seuls et pour avoir un aide ou une aide et avoir chacun qui vous complète, quand..., quand... 

Sens de l'épreuve
Je vous donne les épreuves (nissayone, au singulier ; nissiyonote, au pluriel)

seulement pour que vous découvriez toutes vos propres capacités de créer la vie et de vous surmonter vous-mêmes et d'être vraiment libres. C'est l'enseignement de Rachi sur le sens des épreuves.
Pour les autres peuples, le désert est "désert" ; pour le juif , selon le sens de l'hébreu, le  midbar (désert)  ressenti parfois dans l'existence se lit également médabbér, "le lieu de Celui qui parle". Car la parole doit être une naissance de soi et des autres. Elle ne naît que dans quelqu'un qui se fait lui-même désert (Le Tour).
La vie est l'art de faire naître lentement.
Faisons comme Moché, Aharone et Myriam, utilisons notre parole pour faire surgir la force intérieure et le puits d'eaux vives et pour faire fleurir notre désert, quand c'est l'heure du désert, car il n'y a jamais de désert qui soit vraiment désertique pour celui qui vit avec Hachém. Cet enseignement n'est pas de moi, mais c'est l'enseignement de la Torah sur ces épisodes tel qu'il est transmis par nos Sages. 

Quelques questions pour la réflexion personnelle, l'approfondissement et l'intériorisation 
sur la lecture de la paracha proposée par le middrache. Il est clair que nous avons besoin de beaucoup de temps pour tirer tous les enseignements si riches qui nous sont ainsi transmis. Il faut donc revenir sur cette paracha, échanger dessus avec des êtres avec qui on a une communication vraie, surtout prendre cet échange dans le couple et en famille.
Mais cet ensemble nous montre ce qu'est, si l'on peut dire, une véritable politique juive, car Moché, Aharone et Myriam pilotaient le peuple à travers ces lignes morales. On est loin du programme de tous les partis qui n'ont aucune référence à la Torah: deux univers différents et on comprend tous les problèmes que vit Israël de n'être pas conduit selon les règles qui sont celles de sa nature, comme un médecin qui ne connaîtrait pas du tout la physiologie du corps humain et prescrirait des médicaments.

Voici quelques questions pour réfléchir sur notre existence et la confronter à l'existence vue par nos sages ci-dessus:
- y-a-t-il des secteurs de l'existence vécus comme désert ou perspective d'échec ?
- en quoi les bnéï Israël vivaient-ils cette expérience ?
- quelles ont été les stratégies de Moché, Aharone et Myriam pour y réagir ?
- quelles ont été les stratégies invisibles ou d'aide de la part de D.ieu face à ce sentiment ?
- a t-on l'expérience du doute envers l'aide et l'affection de D.ieu  ou des proches ?
- comment développer la stabilité de la confiance ? le dynamisme du chant ?
- préciser quelles étaient les qualités féminines et fortes de maturation chez Moché, Aharone et Myriam. 
- comment les développer chez soi, envers les autres et envers soi-même ?
- trouver sur le plan personnel des exemples de maturation constructive à long terme comme il y en a eu chez Myriam, au milieu des difficultés.
- formuler les principales qualités caractéristiques de l'être personnel qui pourraient prendre place dans un nom multiple vous qualifiant.
- évaluer le développement des capacités personnelles dans les trois bases de ce qui réussit à construire : sagesse divine ('hokhma), compréhension des choses (tévouna), connaissance de réalisation et d'union (daâte).
- face à face avec la question personnelle : "Comment pourrais-tu dire que J'ai été un désert pour toi ?".


Conclusion auto-éducative

La règle sage de la préparation progressive
Approfondissons quelques dimensions soulignées par le Chla.
Par un parallèle démontré par Rachi entre le fait que Aharone a été nommé dans la Torah (Chémote 28, 1) avant sa nomination explicite et avant son rite d’intronisation (chapitre 24), procédure apparaissant également pour les Lévi, on comprend combien, a fortiori, tout simple juif doit lui-même se préparer et se sanctifier et se purifier pour être prêt à recevoir ultérieurement la sainteté à laquelle Hachém le destine dans le peuple. En effet, sur le verset “et toi, fais approcher de toi Aharone ton frère, véata haqrév éleikha éte Aharone a’hikha... Rachi a dit : après que tu auras achevé le travail du sanctuaire, kéa’har chétigmar malé’khète hammichkane (Chémote 28, 1).

En fait, à travers cela, à l'image du nom de la paracha, le Chla veut nous sensibiliser à la règle continue de la préparation progressive : 
- de même que le premier verset de la paracha parle de la montée de la lumière de la ménora que Aharone et ses fils devaient faire chaque matin, 
- de même que nous connaissons l’attention de Myriam qui a veillé sur Moché sur le Nil après l’avoir déposé et qui lui a valu que le peuple à son tour l’attende quand elle a du s'isoler par maladie, 
- de même qu'il y a eu l’avancée progressive du peuple de campement en campement, 
- de même qu'il y avait un accompagnement lent de la nuée et du feu, 
- de même que l'arche retenait son avancée jusqu’aux trois jours pour préparer le campement, 
- de même que nous avons vu les débuts lents de Moché dans ses fonctions et ses débuts progressifs de la prophétie,

ainsi, au chapitre 24, 1 (Emor de Vayiqra), Hachém avait dit à Moché : "ordonne aux enfants d’Israël de te choisir une huile pure d’olives concassées pour le luminaire pour faire monter une lampe permanente, tsav éte bnei israel véyiqe’hou éléikha chéméne zaïte zakh katite lémaor léaâlote nér tamid". 
Et Rachi ajoute : c’est un ordre et une explication mais tu ne l'ordonneras effectivement que plus tard, véata sofékha létsavote éte bnei israel âl kakh
Cette préparation progressive est mise par le traité Yoma 39 a dans la perspective du travail que nous faisons ici sur terre et qui assure la sanctification dans les régions d’En-Haut : "nos rabbanim ont enseigné : véhitqadichtém vé héyitém qédochim (Vayiqra 11, 44), cela veut dire que 
- si un homme se sanctifie un tant soit peu (adam méqaddéche âtsmo méâte maqdichine oto harbé), il sera sanctifié grandement ; 
- s’il se sanctifie ici-bas (milémata maqdichine oto milémaâla), on le sanctifiera d’En-Haut ; 
- s’il se sanctifie en ce monde-ci (baôlam hazé maqdichine oto léôlam habba), il se retrouvera sanctifié dans le monde à venir.


Rappel de méthode :
- après une première lecture pour comprendre l'ensemble, lire la paracha
- aller lire les références de ce commentaire,
- apprendre l'hébreu,
- mémoriser le plan,
- jusqu'à être capable de l'enseigner de mémoire.
- rechercher les applications dans la vie du peuple juif et dans la vie personnelle.

Ces commentaires ne peuvent pas rester sur le plan intellectuel mais ils prenent en charge la vie pilotée en notre for intérieur.
Cela demande donc 
- une étude personnelle approfondie, 
- un éclairage recherché avec des proches importants pour soi afin de réciser ces éclairages, 
- un travail continu pour faire évaluer nos attitudes, pensées et comportements.
- enseigner

Pour approfondir nombre de ces qualités qu'il est nécessaire de développer dans l'éducation, un outil ad hoc et très précis : l'index de la page Etapes de vie.

Et, surtout, la page de Modia consacrée à l'éducation (lien ici).
 

Poèmes reliés à cette paracha et à la ménora :

- l'homme unifié en ménora
- le corps ménora
- l'allumage matinal. Confidence père-enfant.
- la maison ménora
- l'amour ménora
- la délicatesse

Sens de la ménora,
et les 42 références dans le Tanakh
et dans les sources principales de nos Sages.

 

Paracha précédente Paracha suivante
--