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36e Paracha
: Béhaâlotékha
"Quand tu feras monter"
Bamidbar (Les
Nombres) 8, 1 - 12, 16
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
Site Modia : http//:www.modia.org
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à
votre disposition par l'auteur, selon la mitsva obligatoire pour tout
Juif qui est d'étudier et d'enseigner simultanément. Vous
pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'étude personnelle
et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah,
en ne supprimant pas le nom de l'auteur ni l'adresse du site. Les sites
ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter. Chacun
pourra ainsi accomplir la mitsva : véchinnantam lé vanéikha
(et tu l'enseigneras à tes enfants) et l'autre mitsva : védibbarta
bam (et tu leur parleras dans les mots de la Torah. Dévarim 6,
7).
Voyez les régles du Copyright .
Ne pas oublier que, sur votre version imprimée ou polycopiée,
vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia.
Or, ils sont indispensables dans l'étude .
L'art d'éduquer en élevant vers le haut
Cette étude est dédiée
à toutes les mamans Myriam et à tous les pères Aharone
qui veulent transmettre une éducation juive et épanouie.
Il est clair qu'on ne peut pas intégrer tous ces commentaires si
riches en une seule lecture. Il faudra y revenir souvent.
Plan
Axe choisi dans le commentaire
Première étape de l'étude
Résumé des mitsvotes de la paracha
Résumé des thèmes
Premier sens global : élever et éduquer
L'homme, la ménora et la lumière
L'homme-ménora : Aharone
La quadruple unité
Second sens global : le risque de la chute et la femme
qui sauve
L'exemple de Myriam
Le contexte difficile
Le sens pédagogique de cette action divine
Les trois accompagnants
Le mérite de Moché, de Aharone, de Myriam
Le secret de l'éducation
Le secret de la traversée des épreuves
La stratégie longue du peuple juif
L'art des naissances
La féminité de l'être, seule clef
de la croissance
La gestation des potentiels multiples
Voir le nolad
La question posée par Hachém
Sens de l'épreuve
Quelques questions personnelles
Conclusion auto-éducative
La règle sage de la préparation progressive
Rappel de méthode
Les
conseils éducatifs chez Rachi : amour, bonté,
délicatesse, absolu, femme, jeunes, etc.
|
Lecture chantée de la paracha
(Ort. Askénaze)
Lecture
chantée de la paracha (Alliance. Sépharade)
Lecture
chantée de la haftara (Ort. Askénaze)
La ménora (le chandelier
à 7 branches),
sens,
histoire, sources essentielles avec nouvelles photos
La ménora
de nos communautés différentes
Ici, surtout, la page de Modia
consacrée
à l'éducation (lien ici).
La délicatesse chez la femme et l'homme. Nouveau poème.
Vous songez à une éventuelle
alyah en Israël et voudriez connaître avec compétence
les réseaux scolai et universitaires israéliens
(lien ici
et ici)
et toute la page sur la alyah,
ici.
Un rappel absolu pour tout celui ou celle
qui respecte la Torah :
Véhaarets lo timakhér litsmitoute
"et la terre d'Israël ne sera pas vendue pour toujours
ki-li haarets
car elle est A MOI (D.ieu) cette terre
ki-ghérim vétochavim atém
îmadi
car des étrangers domiciliés, c'est
ce que vous êtes chez Moi."
C'est la 339e mitsva qui s'impose à
nous, Lévitique, Vayiqra 25, 23.
Un verset qu'aucune coalition de lois, de partis, de votes,
d'intérêts, de leader ou de partis étrangers,
ni de Prix Nobel ne pourra supprimer.
Lisez-le, et faites-le connaître.
|
|
Axe choisi dans le commentaire
Certaines études de la paracha ont été faites davantage
selon Rachi (Ki
Tissa), ou Rabbéinou Be'hayé (Vayaqel,
Bé'houqotaï),
ou le Chla (A'haré
mote, Qéddochim),
ou centrées sur le pchate (Ki
Tissa), le dérékh 'hayim (Péqoudéi),
le taâm (Emor),
les différentes interprétations (A'haréi
mote).
Cette fois, nous utiliserons davantage ce que l'on appelle le middrache,
ce que nous avons commencé dans Péqoudéi.
C'est une réflexion nourrie de multiples richesses et symboles,
et qui est pleine d'enseignements pour la conduite de la vie.
Ces approches différentes permettront peu à peu de découvrir
les différentes méthodes d'étude de la Torah.
Première étape de l'étude
La paracha comprend de nombreux thèmes qui sont tous reliés
au nom de la paracha. Nous en donnons la liste ci-dessous.
On ne pourra pas se contenter de ce résumé pour comprendre
la suite du commentaire, mais il sera nécessaire de lire immédiatement
la paracha (même en français) avec l'aide de ce résumé
qui le scande.
Examinons la paracha à travers les mitsvotes, les thèmes
puis le sens intérieur éclairé par le middrache.
I - Résumé des mitsvotes
de la paracha
La paracha comprend 5 mitsvotes,
dont trois ordonnances positives et deux interdictions (voir Maïmonide,
Livre des sacrifices, Qorbane Pessa’h).
La première mitsva (Bamidbar
9, 9 - 9, 11)

prescrit de faire le rite de Pessa’h Chéni le 14 du second
mois (Iyar). Ce doublement de la
fête de Pessa'h concerne les personnes qui ne se trouvaient
pas dans la situation de pureté adéquate lors de la date
principale de la fête : celui qui a eu un flux, la
nidda, l’accouchée, celui qui a été en
contact avec un cadavre (névéla) ou avec des reptiles
interdits (Vayiqra 11) ; dans certains cas un bain rituel (tévila)
avant la nuit pouvait cependant permettre de consommer le sacrifice normalement
; cela concerne aussi les personnes qui étaient éloignées
de plus de 18 kilomètres de l’extrêmité de la ville
(Pessa’him 93 b), les
convertis depuis Pessa’h qui ne faisaient pas le rite de la Pâque
individuellement après leur conversion mais avec les autres membres
du peuple (voir Rachi sur 9, 14) ; les Sages ont étendu ce Pessa'h
chéni à ceux qui auraient oublié le premier Pessa’h,
ceux qui auraient été empêchés, ou l’auraient
négligé (mais cela était facultatif pour les femmes,
Pessa’him 91 b).
Par contre, celui qui, délibérément, ne fait aucun
des deux Pessah, mérite la peine de karète (retranchement
du peuple).
Au second Pessa’h, Pessa'h chéni,
on grille également l’agneau pascal et on en suit tous les rites:
on le mange avec la matsa et le maror (seconde mitsva, 9,
11):
on ne laisse pas de l’agneau après le matin (quatrième
mitsva, 9, 12):

et

on n’en brise pas les os (cinquième mitsva, 9, 12)
; mais, en dehors de ce qui concerne le sacrifice il y a des différences
car on peut alors avoir du ‘hamets chez soi, on ne donne pas le
caractère de fête et on peut travailler, on ne dit pas le
hallel.
La troisième mitsva
(10, 9-10) prescrit de sonner des trompettes en argent (au moins 2 et
au maximum 120) lors de la joie des sacrifices publics, des fêtes
et du renouvellement
du mois (voir Choulk’hane Aroukh, Ora’h ‘Hayim 576, 1, 1).
Il y avait ainsi entre 21 à 48 sonneries par jour (Roche Hachana
29 a et Michna Ar’hine II, 3).

On les sonnait aussi dans la situation de guerre.
(Essayer de bien mémoriser ces précisions ainsi que les
suivantes).
II - Résumé des thèmes
de la paracha
Ils se succèdent dans cet ordre
:
une première partie heureuse :
- le chapitre 8 de Bamidbar traite de l’allumage de la ménora
(le chandelier du sanctuaire), la confection de ce chandelier, la purification
des Lévi, leur rôle de remplacement et de rançon pour
tous les fils aînés appartenant à Hachém,
la façon dont ils devront exercer leur tâche, et à
quel âge.
- le chapitre 9 traite de la seconde Pâque (Pessa’h chéni),
l’alternance de nuée le jour et de feu la nuit sur la tente du
témoignage (ohél moêd) et comment la nuée
rythmait les départs et les stations du peuple, l'adhésion
du peuple à la parole de Hachém transmise par Moché.
- le chapitre 10 parle des trompettes de convocation du peuple pour sa
mise en marche ou pour les fêtes et sacrifices, la première
mise en route du campement le 20 du mois de Iyar et l’ordre de chaque
groupe, l’arche qui devance le peuple de trois jours pour lui préparer
un emplacement, la demande de Moché à Yitro de l'accompagner
; les paroles de Moché au départ.
une seconde partie, difficile :
- le chapitre 11 décrit les récriminations du ramassis
de gens qui s’étaient joints au peuple, la manne, la rosée,
les gémissements du peuple et la colère de Hachém
qui s’ensuit, Moché trouvant le peuple trop pesant pour lui seul
et son souhait de mourir, la réponse de Hachém qui
établit pour l'aider un conseil de 70 anciens sur lequel une part
de l’esprit qui animait Moché se déplace et qui prophétisent,
l’épisode de Eldad et Médad et la réaction de Yéhoshua
à leur prophétie continue, les cailles et la mortalité
parmi le peuple repu.
- le chapitre 12 traite de l’interpellation de Myriam et Aharone
envers l’épouse couchite-noire (nommée ainsi pour
sa beauté, comme l’explique Rachi) qu’avait choisie Moché,
les formes de prophétie par vision et songe tandis que Hachém
parlera de bouche à bouche avec Moché, la colère
de Hachém envers Aharone et Myriam et la lèpre de
cette dernière pour avoir mis en cause Moché, la prière
la plus brève de Moché (él na réfa la na,
"D.ieu veuillez la guérir, veuillez") pour la guérison,
la mise à l’écart de Myriam hors du camp pendant 7 jours,
et le peuple qui l'a attendue jusqu’à ce qu’elle soit réintégrée
avant de se remettre en marche, et le campement dans le désert
de Parane.
III - Premier sens global : l'art juif
d'éduquer
Nous nous souvenons de la paracha précédente Nasso qui mettait
en évidence le rôle de la joie dans le peuple juif
et la fonction des Lévi pour cela. Cette fonction d'élévation
et d'éducation est développée encore ici, en particulier
par le rôle de la lumière que les fils d'Aharone font
monter sur la ménora, le chandelier à 7 branches.
De nombreux enseignements éducatifs ressortent ainsi de la Torah,
et Rachi les met en évidence :
- l'importance des dimensions heureuses et positives pour éduquer,
- l'importance de mettre en relation et en cohérence les actions
différentes (coordonner l'allumage et les parfums), de montrer
qu'il y a une orientation unique de ce qui peut sembler des lumières
différentes (des 7 branches),
- l'importance de l'accompagnement : il ne s'agit pas seulement
"d'allumer" la lumière chez celui que l'on éduque; Rachi
dit (Bemidbar 8, 2), selon le traité Chabbate 21a du Talmud : "de
façon à faire monter la flamme" (âl chém
ché halahav ôlé) ; mais il y a plus encore : il
faut soutenir la flamme qui s'éveille jusqu'à ce qu'elle
monte, jusqu'à ce qu'elle monte nettement, mais surtout jusqu'à
ce qu'elle monte d'elle-même (ché tsarikh léhadliq
âd ché téhé chalhévéte ôla
mééléya). Voir le
poème Education -Ménora.
L'image de la ménora (le chandelier
à 7 branches) est un outil éducatif extrêmement fort
dans la vie juive (c'est même le symbole choisi pour l'Etat d'Israël).
Dans toutes les synagogues, l'image de la
ménora est présente, non seulement par ce qu'elle nous rappelle
le Temple, mais par ce qu'elle nous enseigne.
Elle est une image de ce que doit être
l'homme debout, éveillé en toute sa lumière potentielle
(voir les
poèmes).
Il est dit aussi que la construction de cette ménora semblait difficile
à Moché et Dieu lui a montré comment faire. Voyons
ce Rachi :
vé zé massé hamménora, léfi ché
nitqacha va, lékhakh néémar "vé zé".
Rachi tire cette interprétation de la présence du mot vézé,
comme il le commente aussi en
Chémote 12, 2 (s'y reporter). Là, pour la fixation de la
nouvelle lune, Moché était embarrassé pour préciser
à quel stade de sa visibilité on pouvait la consacrer :
nétqacha Moché âl molad hallévana bé
ézé chiour téraé vétiyé réouya
léqaddécha.
Ainsi, dans ce qui nous est si difficile (la construction de soi-même,
de la profession, de la famille, ou l'éducation des enfants), il
nous est dit que la perplexité est normale, et que nous ne sommes
pas seuls avec nous mêmes ; comme pour Moché, nous pouvons
aussi compter sur l'aide : utiliser l'aide d'autrui, celle de la
science de la psychologie car nous avons reçu de la Création
notre cerveau pour en utiliser les ressources ; mais notre tradition a
également, elle aussi, de nombreux
enseignements très concrets et pédagogiques qui nous
y sont proposés, si nous parvenons à lire les enseignements
de nos Sages sur la Torah.
C'est l'un des objectifs de ce
nom "Modia", "faire savoir" l'aide divine donnée dans la Torah.
C'est qu'il y a beaucoup de façons de construire le monde vers
son amélioration et chacune est indispensable et sainte. Mais,
ce qui est généralement valorisé, c'est ce qui comporte
un signe de supériorité par la richesse et le pouvoir
aussi, précise Rachi.
L'homme, la ménora et la lumière
Pour comprendre le rapport entre l'homme,
la ménora et la lumière, il faut d’abord lire
Rachi.
Nér Hachém nichmate adam : une lampe de Hachém
est l’âme de l’homme (Proverbes 20, 27) : il est important de saisir
que l’homme est montré comme une lampe ainsi que le disent les
Totafotes dans le traité Chabbate cité, et qu’il faut veiller
à ce que l’homme-lampe soit constamment allumé. (Voir le
poème Corps-ménora)
Pour le faire comprendre, les textes disent que le chandelier avait la
forme d’un corps humain, dont il faut veiller à la base solide,
puis le corps et, enfin, les trois branches latérales sont comme
des oreilles. Le Juif est toujours placé dans l’écoute,
par la répétition continue du Chémâ Yisrael.
L'homme-ménora : Aharone
Et ce Juif est d’une seule pièce, unifié, par le métal
forgé.
Il est un, compliqué mais cohérent en toutes ses parties
de son être, comme le dit Rachi de Aharone à
propos du verset 8, 3 : ainsi fit Aharone (va yaâss kén
Aharone), il a fait comme il était dit et c’est un compliment
: léhaguid chiv’ho chél Aharone ché lo china (voir
le Sifri, 60).
Aharone, dit le Chla, était ainsi particulièrement apte
à être celui qui assumait cette fonction car il était
unifié : tout son être était dans la Torah, et tout
le peuple d’Israël était intégré en son intériorité.
C'est notre exemple.
Il en symbolisait ainsi l’unité : dans sa complétude, il
y avait adéquation entre la ménora et lui-même : ohév
chalom védoréche chalom (aime la paix et recherche ardemment
la paix), un amoureux de la complétude (chélémoute,
chalom) et quelqu’un qui poursuit activement cette unité. Puissions-nous
être ainsi, un en nous-même chacun, un avec la Torah, un avec
toute la diversité du peuple. Car, le Rav Chalom Messas y insiste
dans son commentaire (livre Vé'ham ha chéméche):
la lumière de la Torah devait être continue pour manifester
la lumière continue de la Torah qui nous éclaire. Ainsi
doit être le Juif.
Allez ici sur ce
lien pour comprendre davantage, avec de nombreuses photos, l'importance
de la ménorah dans toute l'histoire juive et maintenant.
La quadruple unité
Cette unité n’est pas seulement dans Hachém, dans
la collectivité, entre les membres du peuple, elle est aussi -en
tout- avec Hachém comme il est dit (9, 23) : sur la
voix de Hachém ils campaient (âl pi Hachem ya’hanou),
sur la voix de Hachém ils partaient (véâl
pi Hachém yissaou)... dans l’observance de Hachém
ils étaient fidèles (éte michméréte
Hachem chamarou), selon la parole de Hachém par l’entremise
de Moché (âl pi Hachem béyad Moché).
Tout ce passage doit être lu lentement. Cette unité est également
avec Moché : Rachi souligne que la nuée ne s’étendait
pas avant que Moché n’eût dit (10, 36) : "reviens sièger,
Hachém parmi les myriades d’Israël, chouva
Hachém revavote alféi yisrael".
La même attention délicate était également
de la part de Hachém et de Moché. Méditation
nécessaire sur la délicatesse.
Second sens global : le risque de la chute
; la femme sauve.
La seconde partie de la paracha, après
cette phase positive, nous met en présence des récriminations
multiples des humains qui ne parviennent pas à assumer leur tâche,
et le découragement de chacun est à la forme de sa qualité.
1. Moché exprime la difficulté
de comprendre et son besoin d'être aidé (par Hachém,
par Yitro, par les 70 Sages). Si c'est ainsi pour un être de la
qualité de Moché, combien devrions-nous être compréhensifs
pour nos dirigeants qui n'ont pas ce niveau d'être et qui doivent
cependant porter notre peuple ; nous devrions demander pour eux la lumière,
le discernement et la bénédiction avant de les critiquer
et de les combattre parfois.
2. le peuple comporte une frange (peut-être en chacun de nous) qui
profite de ce qui est bien mais n'en tire jamais des enseignements pour
aller dans le sens de ce bien, et veut uniquement des avantages matériels
et profiter ; c'est une populace, le êrev rav. La Torah nous
éclaire sur cette dimension de la masse. Ainsi, l'analyse que fait
la Torah de la conduite du bien commun ne se résume pas à
la décision majoritaire nommée démocratie. Elle a
un repère de qualité, la Torah, et une pédogagie.
Elle nous éduque sur la compréhension et l'analyse de ce
qui se passe. L'éducation du peuple est la tâche la plus
importante.
3. de plus, même Aharone et Myriam
ont été en butte à leur propre erreur d'analyse,
de compréhension, de comportement et de parole. La Torah veut nous
inciter par là à la plus grande vigilance, en particulier
dans l'usage de la parole, et à la modestie face à nos erreurs.
Moché veille tellement aux risques
de la parole qu'il prie pour la guérison de sa soeur en seulement
quelques mots, sans même la nommer pour qu'aucun ne puisse l'accuser
de la privilégier par une prière de qualité exceptionnelle
(car il connait la réalité sociale de la médisance)
; de même Aharone, après la mort de ses deux fils, s'est
tu pour ne pas altérer la qualité de la parole par la peine
ou la révolte.
Nous sommes ici dans la ligne de la science
sophistiquée du respect de la parole qui a trouvé son excellence
dans la personne et l'oeuvre de Rabbi
Yisrael Méir HaCohen, dit le 'Haféts 'Hayim.
Voyez cette étude.
Nous qui avons étudié souvent
sur Modia la méthode de Rabbéinou Bé'hayé.
et dans la paracha précédente, nous comprenons maintenant
pourquoi il a résumé toute notre paracha dans ce verset
13, 9 des Proverbes que nous avons mis en dédicace :
or-tsadiqim yisma'h vé ner-réchaîm yidâkh
"la lumière des justes répand la joie, et le chandelier
des méchants fume".
L'éducation doit être préoccupée de ces deux
dynamiques qui sont en puissance contamment.
Dans les parachiyotes précédentes,
nous avons beaucoup parlé de la grandeur de Moché, de la
beauté de Aharone comme prototype de la reconstruction et rénovation
de l'humain. Nous allons maintenant mettre aussi en évidence la
grandeur de Myriam dans cette fratrie, et nous comprendrons alors que
la Torah n'accuse pas Myriam en tant qu'être, mais elle nous
montre par son exemple éminent que, a fortiori, chaque être
médiocre comme nous le sommes tous, doit déployer une activité
prodigieuse et constante pour ne pas tomber dans l'aveuglement et la parole
néfaste.
Sans parler de la force brutale de la masse qui entraîne tout le
peuple vers les catastrophes.
L'exemple de Myriam : grandeur et défi,
à l'image du peuple
Situons le contexte difficile
Le peuple est dans le désert. C'est le lieu de la privation, vie
sans ressources végétales ni agricoles, ni villes ni activités
commerciales ou industrielles, sans eau, le royaume du vent, de la pierre,
du sable, du froid glacial et du soleil accablant. C'est un lieu de souffrance
continue. Le peuple ressent qu'il est donc passé de l'esclavage
à la souffrance, avec les promesses d'une terre idyllique lointaine
quand D.ieu y donnera accès. Le peuple souffre. Quelle famille
ou quel peuple ne connaissent ces heures, d'autant plus difficiles que
la Torah promet le bonheur.
Une organisation a été donnée à cette masse,
ses tribus, ses drapeaux, ses chefs à des niveaux très élevés
de la réalité et de la divinité, car c'est une nécessité
pour tenir un peuple qui traverse une crise redoutable.
Tout homme, à l'heure où il traverse des phases de désert
dans son existence à cause des problèmes de santé,
de ressources, de désert affectif peut comprendre le désespoir
dont parle la Torah ; et combien tout semble alors désert car il
manque ce qui est l'essentiel pour vivre
Le Middrache Rabba adopte une vision plus
large de cette réalité et éduque notre regard. Il
ne cherche pas à donner d'abord des interprétations qui
justifieraient spirituellement toute cette organisation politico-militaire
de cette société nomade. Il ne nie pas non plus la
souffrance : "oui, il t'a fait souffrir et endurer la faim, Vayéânékha
vayaréwékha" (Dévarim 8, 3). Il ne nie pas
le désert.
Il demande de voir la réalité
vécue dans ce contexte, son intériorité qui est bonheur
et relation :
- "ô génération, ai-Je été un désert
pour Israël ou une terre d'épaisses ténèbres
?
Ha midbar hayiti lé Yisrael ? Im aréts maepéléya?
(Jérémie 2, 31)".
La question n'est pas l'extériorité du désert
mais le lien avec Haqqaddoche Baroukh Hou : ce lien était-il
désert et épaisseur de ténèbres? Ai-je agi
là envers vous comme le désert agit envers les hommes pour
que vous me disiez en m'accusant :
"pourquoi nous avez-Vous tirés de l'Egypte pour nous faire mourir
dans ce désert, car il n'y a pas de pain, pas d'eau ?
lama éêlitanou mimmistrayim lamoute bammidbar " (Bamidbar
21, 5).
D.ieu interpelle et demande réponse. On pourrait penser que cette
attitude thérapeutique n'est pas bien choisie qui consiste à
exiger de quelqu'un qui souffre qu'il manifeste de l'attention envers
autrui. Mais c'est que la vision désertique qu'a le peuple de son
existence est une vision erronée et mortifère : c'est elle
qui le détruit. L'extériorité tue alors qu'elle se
prétend objectivité et réalisme. En enlevant toute
relation avec autrui, elle ôte également la relation de vie
entre soi et soi-même. Ce soi-disant réalisme est une chosification
cadavérique dont l'expression logique est le culte d'une idole
qui n'est qu'un objet, le veau d'or. Il ne reste plus alors à se
fier qu'à des chefs de partis sans formation solide dans la morale
et la Torah, aux promesses fallacieuses.
Le sens pédagogique de cette action
divine
Le Middrache Rabba donne les éclairages pour parvenir à
répondre à la question posée par Dieu. Certes, Dieu
reconnait qu'il a fait dévier (vayéssév) le
peuple du côté du désert (Chémote 13, 18) mais
cette extériorité totale et brute du désert avait
un but : en effet, dans l'épreuve il n'y
a que deux solutions : ou s'effondrer ou trouver un surcroît de
vie. C'est le sens pédagogique de cette action divine.
Et la vie, c'est percevoir la relation donnée par l'autre, la
bonté de l'autre, l'amour de l'autre (entendre un jour quelqu'un
dire : "je ne t'abandonnerai jamais, je ne te lâcherai jamais, pour
moi tu es..." et ne jamais lâcher ces certitudes). La vie,
c'est donc quand le regard personnel parvient encore à détecter
la bonté et sa force même à travers l'épreuve
et le désert. Et quand celui qui est éprouvé n'y
parvient plus, celui qui aime parvient à lui ouvrir le regard,
délicatement, et parvient à se faire entendre.
Ainsi fait Dieu, dans le Middrache Rabba, quand il demande qu'on découvre
sa présence d'aide à travers les trois accompagnants
qu'il a donné à Son peuple, Moché, Aharone, Myriam
:
- le mérite de Moché
a procuré la manne. Et là encore, c'est le propre du
malheur que de ne plus être capable de percevoir l'aide reçue
: "oui, Il t'a fait souffrir et endurer la faim puis Iil t'a nourri avec
cette manne que tu ne connaissais pas,vayaakhitékha éte
hammane" (Dévarim 8,3). Souvent, comme l'aide arrive sous une
forme qui n'est pas celle que l'on espérait, on ne la "connaît"
pas, on ne la reconnaît pas et on ne reprend pas vie. La confiance
dans l'autre que l'on aime, c'est de continuer à lui accorder le
crédit de la bonté et de l'aide et de la compréhension
même quand on a l'impression d'être abandonné et de
ne pas recevoir d'aide ou de confirmation. Il faut alors rechercher les
signes ténus de cette aide reçue, et cela se joue partout:
dans le couple, dans la famille, dans l'amitié.
- le mérite de Aharone a procuré
la protection du nuage : "il déploya une nuée comme un voile
protecteur" (Psaume 105,39). Celui qui est faible (le pauvre, ou le malade
qui est le pauvre absolu) sent qu'il perd toute protection, il devient
vulnérable à toute attaque ; et, si une attaque existe,
le scénario le plus noir est projeté sur l'avenir, l'attaque
devient généralisée, elle est autant à l'intérieur
qu'à l'extérieur. Et c'est vrai pour tant de pauvres.
D.ieu (ou celui qui aime) espère que celui qui est dans l'angoisse
reconnaîtra la protection dont il bénéficie.
Cela nous enseigne que
- la confiance dans l'autre que l'on aime, c'est de reconnaître
les enveloppes de protection affectives ou matérielles qu'il accorde
;
- la plus grande affection est toujours silencieuse et invisible, la confiance
de l'amour doit donc "faire confiance" à l'amour caché
dans le silence et dans l'invisible ;
- une particularité de cette confiance, c'est de reconnaître
les attentions d'anticipation de l'autre ; ainsi l'arche d'alliance
précédait de trois jours la marche du peuple, arone nosséâ
lifnéhém chélochète yamim (Bamidbar
10, 33) de manière à éliminer à l'avance les
obstacles (serpents, scorpions, rochers) et elle aplanissait la route
en abaissant les montagnes et en comblant les vallées, kol gué
innassé (Isaïe 40, 4) ;
- l'ingratitude est une autre forme de l'auto-destruction
: souvent, elle se manifeste en ne prêtant pas attention à
toutes les marques gratuites de gentillesse, de soin que l'autre fait
pour soi. L'invisibilité de D.ieu qui nous aime et nous aide est
une voie d'éducation pour parvenir à prendre en considération
les attentions silencieuses, invisibles et à distance de ceux qui
nous aiment. D.ieu nous demande de les reconnaître et d'en manifester
la reconnaissance. (voir les poèmes) La Torah
est une quête de cette attention dans l'amour, et les prophètes
insistent continuellement sur cette reconnaissance. C'est un des buts
des épreuves, elles sont un don pour développer en nous
ces qualités.
Tout cela se concentre dans ce que le
mérite de Myriam a fourni le puits. Le début du commentaire
du Livre Bamidbar, nommé Bamidbar Rabba, nous dit que "c'est par
le mérite de Myriam que notre peuple recevait le puits d'eau qui
assurait sa vie dans le désert". Elle était béer
mayim 'hayim, puits d'eaux vives" comme dit le Cantique des Cantiques
(4, 15).
Ce n'est pas rien : quelqu'un qui, simplement par ce qu'elle est, par
la qualité de son être, apporte la vie aux autres comme l'eau.
Myriam était une sauveteuse de la vie, une éveilleuse de
la vie, toujours auprès de l'eau de vie. Décrivons les épisodes
qui le prouvent.
Quand ses parents étaient désespérés et dans
les larmes à cause des persécutions que leur infligeaient
les Egyptiens, Myriam les a grondés et les a exhortés à
avoir espoir en l'avenir et donc à reprendre leur vie amoureuse
et sexuelle et à procréer ; ils l'ont écoutée
et, par elle, de là, est né Moïse; et alors Myriam,
la musicienne, de joie, a saisi son tambourin et elle a chanté
et dansé (Traité Sota 12 a).
Puis, au bord de l'eau du Nil, à nouveau, elle n'est pas restée
passive et, disent les textes, elle regardait "ce qu'elle pourrait faire"
pour sauver son frère, et elle a réussi à le faire
adopter par la fille du Pharaon puis à lui procurer une nourrice
juive, sa mère, et cette fois encore elle a saisi son tambourin
et elle a chanté et dansé.
Et quand son peuple a chanté après le sauvetage de la Mer
Rouge, en reconnaissance de tout cela, le texte dit : bien entendu, Myriam
a pris en main "le" fameux tambourin hattof (Chémote 15,20)
et il est dit alors "Myriam la prophétesse" car ce
"la" "ha" névia fait allusion
au fameux tambourin et, avec lui, elle a fait chanter tout le peuple ;
en effet, le mot "les" est au masculin pluriel dans le texte et indique
toute la collectivité, hommes et femmes ensemble : vataâne
lahém Myriam.
Ainsi donc, Myriam donne continuellement
et patiemment la vie au peuple. Elle incarne la confiance permanente en
la vie? J'ai essayé d'exprimer cette expérience dans un
poème "Délicatesse".
Sur cette base, nous comprenons ce qui va
se passer dans la Torah pendant les semaines suivantes. Les fils d'Israël
vont arriver à Beer : "ils arrivèrent à Béer
le puits, ce puits à propos duquel Hachém a dit à
Moché : assemble le peuple, je veux leur donner de l'eau. Et c'est
alors qu'Israël chanta cette chira, cette chanson : jaillis
source, acclamez-la. Ce puits, des princes l'ont creusé, les plus
grands du peuple l'ont ouvert, avec leur sceptre". La confiance invincible,
représentée par Myriam au coeur du peuple s'exprime par
le chant et la prise de conscience du peuple qu'il est "Israël
chir-él", chant de Dieu.
Notre tradition dit : bizékhoute
nachim, Yisrael nigalou, c'est par le mérite des femmes qu'Israël
est sauvé de génération en génération
(Sota 11b, Bamidbar Rabba 3, 4 )". Cette attitude éducative qui
croit dans la source de l'eau de vie, et qui fait s'élever et éclairer
très lentement est essentiellement féminine, même
chez Aharone et Moché.
Juste retour des choses envers Myriam
qui avait apporté la vie, à son tour elle l'a reçue
après des périodes de désert. Le Chémote
Rabba (1, 17) nous apprend qu'elle fut souffrante et que pour cela tous
l'avaient oubliée et dédaignée (Rachi sur Sota
11 b), terrible ingratitude humaine, d'où son nom de Azouva
(abandonnée) quand alors Calev l'épousa (1 Chroniques 2,
18). Le texte ne dit pas que Caleb eut des enfants d'elle mais qu'il "la
fit naître, l'engendra (vékhalév... holid éte
âzouva)". Merveille. Le Chémote Rabba (1, 17) nous transmet
à ce propos l'enseignement de Rabbi Yo'hanane dans Sota 12 a selon
lequel "celui qui épouse une femme au nom du ciel, cela lui est
compté comme s'il l'avait mise au monde (ché kol hanossé
icha léchém chamayim âlav hakkatouv kéilou
yaledah).
Ainsi, Myriam elle-même a traversé
le désert mais elle qui avait vu l'intériorité de
la vie en dessous de l'apparence désertique, elle a bénéficié
à son tour de la vie que le Créateur veut donner à
toutes Ses créatures. Et il est dit de ses fils : ne lisez
pas "les fils que Caleb eut d'elle" mais "les fils qui l'ont construite
(bonéha)", à son tour elle a reçue la vie
d'autrui.
Dans le même sens, il est dit qu'il s'agit d'elle dans les deux
femmes de I Chroniques 4, 5 : 'Héla et Naâra, car elle fut
d'abord malade ('hélah) puis retrouva sa jeunesse (naâra)
et son mari était un père (avi) pour elle et, par
elle, son cœur était attaché (taqouâ) au Ciel.
De même, quand on parle des enfants de Myriam-'Héla, leurs
noms veulent dire qu'elle semblait être cause de souci (tsara)
pour les autres femmes à cause de sa grande beauté, mais
cela tournait à nouveau en vie car son visage resplendissait comme
le jour à midi (Tsaharayim) et chaque homme qui la voyait
avait envie de retrouver sa femme pour lui donner le bonheur (Etnane).
Pour fruit de toutes ces lentes gestations
qu'elle a suscitées comme la flamme qui monte lentement, elle
eut le mérite que David soit sa descendance car il portait en lui
sa dimension d'exaltation et de chant et c'est de lui qu'il est dit cela
(va yarém qéréne méchi'ho, Il élève
la gloire de Son machia'h, I Samuel 2, 10). Elle est aussi nommée
A'har 'hel (I Chroniques 4, 8) car toutes les femmes venaient
danser avec elle (Chémote 15, 20).
Avec Moché et Aharone, Myriam est
cette révélatrice de ces passages vers la vie ; d'une situation
désespérée elle a compris ce qui peut surgir et elle
a entendu D.ieu lui dire en son cœur : "je fais surgir un feu" (vaotsi
éche, Ezéchiel 28, 18), elle a libéré
ce feu, Moché l'a retrouvé dans le buisson ardent et a libéré
le peuple, lui a donné la manne, la Torah. Seule une femme peut
agir ainsi pour la vie dans la discrétion et la force continue.
Le secret de l'éducation
Tout cela parce qu'elle découvrait la vie enfouie et la faisait
surgir. Non pas dans la facilité mais à travers la mise
à l'épreuve car c'est depuis sa naissance (Chémote
Rabba 16, 4) que l'esclavage fut le plus dur en Egypte, amertume de l'existence
humaine qu'elle assuma aussi dans une des dimensions des lettres de son
nom (mar, amertune, Ch. Rab. 22, 12) ; elle assuma ces passages
nécessaires et alternatifs de la non-vie à la vie comme
dans le cas de la lèpre dans la parole et du retour à la
parole purifiée, comme la main de Moché qui fut atteinte
aussi par la lèpre puis redevint normale et comme la mer devint
terre sèche puis repris sa forme de vie (Chémote Rabba.
28, 4).
Le secret de la traversée des épreuves
Elle nous montre par là comment traverser ces épreuves de
la vie : découvrir la vie invisible sous l'écorce apparemment
morte, persévérer, être plastique pour accepter les
alternances répétées et parfois longues de mort et
de vie, en sachant que cela devient une trajectoire de vie en développement
si nous en faisons de la vie par la science de cet éveil. (Inscrire
le mot "épreuves" dans le moteur de recherche de Google
qui se trouve en haut de la page d'accueil pour découvrir tous
les enseignements sur ce thème dans Modia; ils sont nombreux).
La stratégie longue du peuple juif
Et la Torah nous enseigne que c'est cette stratégie de Myriam
dans le désert qui a assuré les plus grandes victoires
non seulement pour soi mais aussi pour le peuple.
Et, le tout, elle alla jusqu'à le faire en musique et chansons,
et mérita ainsi de faire naître David, l'auteur des Psaumes
puis Chlomo, l'auteur du Cantique des Cantiques.
L'art des naissances en beauté
Et elle le fit également dans la beauté et, pour cela, elle
mérita de faire naître également Bétsalél
qui fit l'arche d'alliance et l'aménagement du Sanctuaire. Il n'est
pas dit seulement qu'elle a permis sa venue au monde mais que toute sa
sagesse et son art, Bétsalél les a reçus de par son
mérite à elle (Ch. Rab 48, 4). Il est dit explicitement
que c'est parce qu'elle savait ainsi "faire sortir" du mal et du péché
(Ch. Rab. 40, 1) qu'elle réussit à ce que D.ieu fasse surgir
d'elle ces grands Sages.
Il est dit aussi cela de Bétsalél
parce qu'elle savait faire aboutir les dynamiques jusqu'à en faire
des maisons, des sanctuaires :
méékhane vékho kékhol ha'hokhma hazzote
? bizekhoute Myriam ché néémar vayaâs ka hém
batim, ma hayou habbatim béite hakkéhouna ou véit
hammalkhoute. La Torah veut nous montrer par là quelle force
de développement est en puissance dans l'individu qui connaît
les règles des puissances internes en dessous de l'invisible, de
l'obscurité, de l'angoisse, des épreuves, des solitudes,
et des pauvretés.
La féminité de l'être,
seule clef de la croissance
Mais, en nous montrant cela par la dynamique éducative de ces trois
accompagnants du peuple qui ont tous leur source en celle de Myriam, la
Torah veut nous montrer que nous ne pouvons la mettre en œuvre que par
une écoute et une gestation et une assurance de type féminin.
Jamais le mode masculin ne peut faire naître et porter ces gestations
si l'homme ne parvient pas à aller au rythme féminin et
à avoir une immense valorisation des qualités de l'être
féminin : attention vraie, écoute, gestation, persévérance,
encouragement, soutien, intervention active d'aide véritable.
C'est cet art porté par la prophétesse Myriam, et manifesté
également au masculin par Caleb que j'ai essayé de traduire
par un poème (lien ici). Il fallait essayer de nommer cet source
dont la puissance s'avère si efficace dans le monde brutal et méchant
tel qu'il est réelleemtn.
La gestation des potentiels multiples
Pour rendre toutes ces facettes, la Torah nomme souvent la même
personne selon des noms différents afin de mettre en valeur toutes
les richesses internes de sa personnalité et de son potentiel.
Ainsi (Ch. Rab. 40, 4), Elie a quatre noms différents, Yéhoshua
et Bétsalél en ont six, Moché en a sept, Mordekhaï
deux, Daniel cinq, etc.
Cela nous montre ce qui est clair dans le processus de vie mis en œuvre
- par la patience de Moché,
- par l'art d'allumer les 7 branches de la ménora
par Aharone,
- par l'art confiant du tambourin de Myriam :
la continuité et la réussite du processus de vie dépendent
de dynamiques différentes, négatives et positives qui forment
un ensemble dynamique de vie et que le nom intègre.
(Inscrire les mots "changement de nom" dans le moteur
de recherche de Google qui se trouve en haut de la page d'accueil pour
découvrir tous les enseignements sur ce thème dans Modia;
ils sont nombreux).
Voir le nolad
Combien il importe de voir toujours ce qui peut naître ; le Sage
c'est celui qui, comme Moché, Aharone et Myriam, pressent ce qui
advient, ce qui commence à poindre et à naître, le
nolad
:
- ézéhou 'hakham, haroé été hannolad,
qui est le Sage ? celui qui voit le nolad (Tamid 32 a).
- ézéhou 'hakham, hammévine davar mittokh davar,
celui qui comprend une chose à l'intérieur de la chose (Zohar
II 121 b et 'Haguiga 14 a).
Mais il ne suffit pas de pressentir, il faut aussi porter jusqu'aux
mois de la naissance, et il faut savoir chanter pour tenir dans cette
longue épreuve. Mener jusqu'à la vie suppose une constance,
une persévérance et la mise en jeu de tactiques successives
avec la même énergie.
Moché, Aharone et Myriam sont ainsi
éducateurs, père et mère de beaucoup de membres du
peuple, l'exemple de ceux qui sauvent et de ceux qui se réalisent,
c'est par eux qu'Israël est parvenu à se développer
(Ch. Rab 40, 4), parce qu'ils avaient les trois qualités nécessaires
pour faire fructifier : 'hokhma, tévouna, daâte, la
sagesse, la compréhension des choses et daâte, la
connaissance au sens fort d'union du rêve et de la réalité,
du masculin et du féminin. Il est dit que "par ces trois
choses a été réalisé le sanctuaire" : bachelocha
devarim halalou naâssé hammichkane (Chémote
Rabba 48, 4).

C'est au milieu du désert que la paracha
nous enseigne tout cela : cet enseignement est capital pour tout ceux
qui veulent construire un avenir puisque le middrache nous enseigne que
D.ieu lui-même utilisera ces trois qualités de Moché,
Aharone et Myriam quand Il entreprendra de construire, car il est dit
:
- "c'est par la sagesse que se construit la maison : bé'hokhma
yibané vayite,
- c'est par la compréhension qu'elle se consolide : ouvitévouna
yitekonane,
- c'est par la connaissance-union que la maison se remplit de tout un
capital de choses belles et agréables : ouvadaâte 'hadarim
yimaléou, kol koné yaqar vénaîm" (Proverbes
24, 3).
Le verset suivant indique que l'homme masculin qui est sage utilise sa
force et que celui qui a cette connaissance-union (daâte)
voit doubler sa force.
On comprend maintenant pourquoi il est dit
que le dernier chapître du livre des Proverbes, échéte
'hayil, la femme forte (ou plus exactement la femme de Celui qui est
Le Fort), s'applique à Moché également, car
il avait été à bonne école auprès de
sa sœur. C'est bien là que l'on peut dire comme le verset 7, 4
des Proverbes :
"dis à la sagesse, tu es ma sœur", émor la 'hokhma, a'hoti
ate.
La question posée par Hachém
On comprend maintenant l'interrogation amoureuse, attristée et
blessée de Haqqaddoche Baroukh Hou à l'homme à
travers Israël: "Comment pourrais-tu dire que J'ai été
un désert pour toi, Israël, ha midbar hayiti lé
Yisrael ? (Jérémie 2, 31)
- alors que J'ai mis en toi toutes ces capacités de faire croître
la vie (achér bara Eloqim laâssote), de retourner
en vie les destins difficiles,
- quand Je vous donne la science de Ma Torah,
- quand Je vous ai fait à Mon image pour être capables de
penser, de chercher et d'agir sur la création,
- quand Je vous ai donné tous ces exemples de la vie de vos patriarches
et matriarches, quand Je suis avec vous dans vos ennuis,
- quand Je suis bouclier, lumière,
- quand Je vous dis tout mon amour dans le Cantique des Cantiques,
- quand Je vous fais femme et homme pour n'être pas seuls et pour
avoir un aide ou une aide et avoir chacun qui vous complète, quand...,
quand...
Sens de l'épreuve
Je vous donne les épreuves (nissayone, au singulier ; nissiyonote,
au pluriel)

seulement pour que vous découvriez toutes vos propres capacités
de créer la vie et de vous surmonter vous-mêmes et d'être
vraiment libres. C'est l'enseignement de Rachi sur le sens des épreuves.
Pour les autres peuples, le désert est "désert" ; pour le
juif , selon le sens de l'hébreu, le midbar (désert)
ressenti parfois dans l'existence se lit également médabbér,
"le lieu de Celui qui parle". Car la parole doit être une naissance
de soi et des autres. Elle ne naît que dans quelqu'un qui se fait
lui-même désert (Le Tour).
La vie est l'art de faire naître lentement.
Faisons comme Moché, Aharone et Myriam, utilisons notre parole
pour faire surgir la force intérieure et le puits d'eaux vives
et pour faire fleurir notre désert, quand c'est l'heure du désert,
car il n'y a jamais de désert qui soit vraiment désertique
pour celui qui vit avec Hachém. Cet enseignement n'est pas
de moi, mais c'est l'enseignement de la Torah sur ces épisodes
tel qu'il est transmis par nos Sages.
Quelques questions pour la réflexion
personnelle, l'approfondissement et l'intériorisation
sur la lecture de la paracha proposée par le middrache. Il est
clair que nous avons besoin de beaucoup de temps pour tirer tous les enseignements
si riches qui nous sont ainsi transmis. Il faut donc revenir sur cette
paracha, échanger dessus avec des êtres avec qui on a une
communication vraie, surtout prendre cet échange dans le couple
et en famille.
Mais cet ensemble nous montre ce qu'est, si l'on peut dire, une véritable
politique juive, car Moché, Aharone et Myriam pilotaient le peuple
à travers ces lignes morales. On est loin du programme de tous
les partis qui n'ont aucune référence à la Torah:
deux univers différents et on comprend tous les problèmes
que vit Israël de n'être pas conduit selon les règles
qui sont celles de sa nature, comme un médecin qui ne connaîtrait
pas du tout la physiologie du corps humain et prescrirait des médicaments.
Voici quelques questions pour réfléchir sur notre existence
et la confronter à l'existence vue par nos sages ci-dessus:
- y-a-t-il des secteurs de l'existence vécus comme désert
ou perspective d'échec ?
- en quoi les bnéï Israël vivaient-ils cette expérience
?
- quelles ont été les stratégies de Moché,
Aharone et Myriam pour y réagir ?
- quelles ont été les stratégies invisibles ou d'aide
de la part de D.ieu face à ce sentiment ?
- a t-on l'expérience du doute envers l'aide et l'affection de
D.ieu ou des proches ?
- comment développer la stabilité de la confiance ? le dynamisme
du chant ?
- préciser quelles étaient les qualités féminines
et fortes de maturation chez Moché, Aharone et Myriam.
- comment les développer chez soi, envers les autres et envers
soi-même ?
- trouver sur le plan personnel des exemples de maturation constructive
à long terme comme il y en a eu chez Myriam, au milieu des difficultés.
- formuler les principales qualités caractéristiques de
l'être personnel qui pourraient prendre place dans un nom multiple
vous qualifiant.
- évaluer le développement des capacités personnelles
dans les trois bases de ce qui réussit à construire : sagesse
divine ('hokhma), compréhension des choses (tévouna),
connaissance de réalisation et d'union (daâte).
- face à face avec la question personnelle : "Comment pourrais-tu
dire que J'ai été un désert pour toi ?".
Conclusion auto-éducative
La règle sage de la préparation
progressive
Approfondissons quelques dimensions soulignées par le Chla.
Par un parallèle démontré par Rachi entre le fait
que Aharone a été nommé dans la Torah (Chémote
28, 1) avant sa nomination explicite et avant son rite d’intronisation
(chapitre 24), procédure apparaissant également pour les
Lévi, on comprend combien, a fortiori, tout simple juif doit
lui-même se préparer et se sanctifier et se purifier pour
être prêt à recevoir ultérieurement la sainteté
à laquelle Hachém le destine dans le peuple.
En effet, sur le verset “et toi, fais approcher de toi Aharone ton frère,
véata haqrév éleikha éte Aharone a’hikha...
Rachi a dit : après que tu auras achevé le travail du sanctuaire,
kéa’har chétigmar malé’khète hammichkane
(Chémote 28, 1).
En fait, à travers cela, à
l'image du nom de la paracha, le Chla veut nous sensibiliser à
la règle continue de la préparation progressive :
- de même que le premier verset de la paracha parle de la montée
de la lumière de la ménora que Aharone et ses fils devaient
faire chaque matin,
- de même que nous connaissons l’attention de Myriam qui a veillé
sur Moché sur le Nil après l’avoir déposé
et qui lui a valu que le peuple à son tour l’attende quand elle
a du s'isoler par maladie,
- de même qu'il y a eu l’avancée progressive du peuple de
campement en campement,
- de même qu'il y avait un accompagnement lent de la nuée
et du feu,
- de même que l'arche retenait son avancée jusqu’aux trois
jours pour préparer le campement,
- de même que nous avons vu les débuts lents de Moché
dans ses fonctions et ses débuts progressifs de la prophétie,
ainsi, au chapitre 24, 1 (Emor
de Vayiqra), Hachém avait dit à Moché : "ordonne
aux enfants d’Israël de te choisir une huile pure d’olives concassées
pour le luminaire pour faire monter une lampe permanente, tsav éte
bnei israel véyiqe’hou éléikha chéméne
zaïte zakh katite lémaor léaâlote nér
tamid".
Et Rachi ajoute : c’est un ordre et une explication mais tu ne l'ordonneras
effectivement que plus tard, véata sofékha létsavote
éte bnei israel âl kakh.
Cette préparation progressive est mise par le traité Yoma
39 a dans la perspective du travail que nous faisons ici sur terre et
qui assure la sanctification dans les régions d’En-Haut : "nos
rabbanim ont enseigné : véhitqadichtém vé
héyitém qédochim (Vayiqra 11, 44), cela veut
dire que
- si un homme se sanctifie un tant soit peu (adam méqaddéche
âtsmo méâte maqdichine oto harbé), il sera
sanctifié grandement ;
- s’il se sanctifie ici-bas (milémata maqdichine oto milémaâla),
on le sanctifiera d’En-Haut ;
- s’il se sanctifie en ce monde-ci (baôlam hazé maqdichine
oto léôlam habba), il se retrouvera sanctifié
dans le monde à venir.
Rappel de méthode :
- après une première lecture pour comprendre l'ensemble,
lire la paracha
- aller lire les références de ce commentaire,
- apprendre l'hébreu,
- mémoriser le plan,
- jusqu'à être capable de l'enseigner de mémoire.
- rechercher les applications dans la vie du peuple juif et dans la vie
personnelle.
Ces commentaires ne peuvent pas rester sur
le plan intellectuel mais ils prenent en charge la vie pilotée
en notre for intérieur.
Cela demande donc
- une étude personnelle approfondie,
- un éclairage recherché avec des proches importants pour
soi afin de réciser ces éclairages,
- un travail continu pour faire évaluer nos attitudes, pensées
et comportements.
- enseigner
Pour approfondir nombre de ces qualités
qu'il est nécessaire de développer dans l'éducation,
un outil ad hoc et très précis : l'index
de la page Etapes de vie.
Et, surtout, la page de Modia consacrée
à l'éducation (lien ici).
Poèmes reliés
à cette paracha et à la ménora :
- l'homme
unifié en ménora
- le
corps ménora
- l'allumage
matinal. Confidence père-enfant.
- la
maison ménora
- l'amour
ménora
- la délicatesse
Sens de la ménora,
et
les 42 références dans le Tanakh
et dans les sources principales de nos Sages.
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