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37e Paracha : Chela'h lekha
"Envoie toi-même"

Bamidbar (Les Nombres) 13, 1 - 15, 41

Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
Site Modia : http//:www.modia.org 



La médisance qui détruit Israël.
Pour lutter contre ce fléau dans notre peuple: la médisance contre la terre d'Israël et contre notre mission sur la terre d'Israël

Cliquez ici : exercice de lecture d'un verset de la paracha en hébreu
avec phonétique et traduction



Pourquoi depuis plus de 35 siècles les mêmes médisances, certains disent du mal de la terre d'Israël, qu'il ne faut pas y aller vivre, qu'elle est trop dangereuse et n'y vont pas et n'incitent pas le peuple à y aller vivre, ou qu'il faut la découper comme un salami pour la donner à l'ennemi car elle ne serait pas viable. La Torah nous a enseigné sur ce phénomène et lui a même consacré une paracha, c'est dire l'importance de cette faute. Au point qu'après avoir insisté sur la gravité de la médisance, la paracha donne les noms de ceux qui ont commis cette faute. C'est pour assurer nos responsabilités ne pas se laisser tromper. Ainsi des poèmes ci-dessous, ainsi quand nous analysons les événements à la lueur de la Torah. Ainsi quand on veut respecter la terre d'Israël et ne pas la prostituer.
Moché Rabbénou nous donne une lecture de la réalité effective de notre peuple et de la terre d'Israël qui comporte les clefs pour les décisions personnelles et collectives, à la fois dans la paracha et dans le psaume 90 qu'il a écrit. L'enseignement sur la terre d'Israël et sur la alyah n'est pas à chercher ailleurs, ni à se dire "mais Untel a dit que...."; la Torah a éclairé le problème très précisément; alors: "Ecoute, Israël". Le commentaire est long car il ne s'agit pas de découper avec des ciseaux dans une question si complexe. Et il faut lire le premier chapitre du Livre de Yéhoshua (Josué) pour bien comprendre tout ce texte.
 
 
Plan
1e partie : étude d'ensemble avec Rachi et le Chla
Rappel du contexte

Les thèmes de la paracha

Les mitsvotes de la paracha : 'hala, tsitsit, regard

1. Le lachone-harâ, la médisance

La tactique de la médisance

Ses victimes

L'épreuve de la âliah ET SA PÉDAGOGIE

Le rôle de Yehoshua

2. Assumer ou non la terre d'Israël : analyse du débat

3. Le bilan de nos forces de vie

2e partie : commentaire de Ribbi M. Azaria

3e partie : la halakha et la médisance
Vocabulaire

Définition

La Torah face au lachone harâ

Les exemples dans la Torah

Les mitsvotes dans la Torah

Le Talmud

Concrètement

Réflexions personnelles

Le coeur du problème

Le 'Haféts 'Hayim

La psychologie nous aide aussi.

Indispensable d'étudier le psaume 90 maintenant (lien)

Lecture chantée de la paracha
(Alliance, sépharade)

Lecture chantée de la paracha
(ORT,askénaze) 

Lecture chantée de la haftara
(ORT, askénaze) 


Le changement de nom dans le judaïsme

Ce qu'est la terre d'Israël selon la Torah
Prier pour Israël
Découvrir tout Israël par les liens du Web
Découvrir les différentes villes d'Israël

Monter vivre en Israël, multiples liens. Renseignements.

Poèmes sur les mensonges envers la terre d'Israël :
- Chien à vendre
- Faut-il désespérer?
- La colombe de la paix

 

 
Rappel de méthode :
- après une première lecture pour comprendre l'ensemble,
- aller lire les références,
- mémoriser le plan,
- jusqu'à être capable de l'enseigner de mémoire.
- rechercher les applications dans la vie du peuple juif 
- rechercher les applications dans la vie personnelle.
Ne pas hésiter à me poser des questions ou faire des remarques ou suggestions.

Rappel du contexte
Nous avons vu dans les parachotes précédentes comment s'organisait le camp de la sainteté (qéddoucha) et comment la politique de la sainteté en assurait le fonctionnement, 
- à travers la répartition du peuple en trois fonctions, Cohen, Lévi, Israel,
- à travers les rôles de Moché, Aharone et Myriam, 
- à travers les Lévi qui représentent les propres fonctions éminentes des autres membres du peuple, les bnéi Yisrael. 
Nous connaissons également la méthode d'interprétation de sémikhoute (proximité) des parachiyotes : cette proximité de deux textes donne une conjonction du sens et un éclairage sur la suite. Or le chapitre 12 de la paracha précédente était l'épisode de Aharon et Miriam qui firent une erreur dans la façon de parler envers Moché.
Après la sortie d'Egypte, et même après le don de la Torah, quand nous nous élevons de niveau en niveau, nous arrivons à une épreuve des plus grandes, celle du lachone harâ, la médisance. Elle va se développer en cette paracha, non plus seulement dans l'élite d'excellence mais davantage encore parmi les chefs et dans le peuple lui-même. Nous allons comprendre cette plaie de toute la vie sociale, spécialement dans le domaine politique et dans les débats encore actuels sur la terre d'Israël.

Les thèmes de la paracha
Le chapitre 13 du livre Bémidbar, Les Nombres, rapporte la péripétie étrange des explorateurs (les méraglim) envoyés examiner les caractéristiques de la terre de Canaan,  Qanaâne. Ils ont porté un témoignage  dont le but était de détourner le peuple de se rendre dans la terre promise, pour de multiples motifs.


Le chapitre 14 décrit le drame qui s’ensuivit, les plaintes du peuple, la chute de Moché et Aharone sur leur face aux yeux de tout le peuple, l’intervention courageuse de Yehoshua et Caleb qui faillirent être lapidés, la colère de Hachém, la supplication de Moché, la punition du peuple qui devra mourir dans le désert. Les importants personnages qui avaient fomenté tout cela en disant du mal de la terre d'Israël périrent par des plaies. Ils reconnurent la faute mais leur obstination conduisit le peuple à la défaite face aux ennemis.
Le chapitre 15 décrit 
- le sacrifice que l’on pourra offrir en entrant dans la terre destinée au peuple d'Israël, 
- le prélèvement de la ‘hala
- les sacrifices en réparation d’erreurs involontaires,
- la peine de retranchement du peuple pour celui qui aura commis une transgression volontaire, 
- la lapidation de celui qui a violé délibérément le Chabbate. 

La paracha se poursuit par les tsitsiotes, franges portées par le Juif aux angles de son voile de prière ou tallite et sur son petit tallite en permanence et qui lui rappellent toutes les 613 mitsvotes, ainsi que le devoir de vigilance envers notre regard. 
La paracha se termine par le rappel de ce qui soustend toute cette aventure : 
“pour que vous soyez saints (qédochim) envers votre D.ieu
vihéyitém qédochim léloqékhém, 

Moi Hachém votre D.ieu qui vous ai fait sortir de la terre d'Egypte 
Ani Hachém Eloqékhém achér hotséti étkhém mééréts mitsrayim,

pour être pour vous votre D.ieu, liyote lakhém léEloqim,
Je suis Hachém votre Eloqim, Ani Hachém Eloqékhém”. 

C'est le texte dit à la fin du Chémâ Yisrael plusieurs fois par jour.
L’accent est mis avec répétition sur la relation : “votre”.
 

Les 3 mitsvotes de la paracha (385-387)
La paracha comporte
- deux mitsvotes positives (prélever la ‘hala et mettre des tsitsiotes aux quatre coins du vêtement),
- et une mitsva négative (ne pas nous laisser égarer par ce que voient nos yeux, vélo tatourou a'haré êinéikhém). Nous verrons que ces mitsvotes ont un rapport avec les autres thèmes de la paracha.

Première mitsva : la 'hala
Rachi fournit les précisions concernant la ‘hala au verset 15, 20 : 
- étant dans la terre d’Israël, il faudra soustraire -des cinq céréales pétries et enfournées (froment, orge, seigle, avoine, sarrasin)- un volume de pâte de la proportion de 1/24 pour un particulier et de 1/48 pour un boulanger ;
- seule une pâte séchée au soleil ou cuite à l’eau n’est pas soumise à cette règle ;
- ce prélèvement sera remis aux Cohanim pour leur usage ;
- comme incitation éducative, la mitsva a été maintenue par les rabbins quand le peuple est hors de la terre d’Israël (mais sans la remettre aux Cohanim et en la brûlant; voir Séfér ha'Hinoukh, 385). 
Quand on fait cela on dit la bénédiction :
Baroukh ata Ado-naï Elo-hénou Mélékh haôlam achér qiddéchanou bémitsvotav vétsivanou léhafriche 'hala (Béni, Toi, Hachém Eloqénou Roi du monde qui nous as sanctifiés par Tes commandements et nous a ordonnés de prélever la ‘hala).

Dans notre méthode d'étude que les lecteurs connaissent maintenant, nous savons que, toujours, le Chla en s'appuyant sur Rachi, le développe et nous transmet le sens intérieur de la mitsva.
En effet, toute la méthode du Chla est basée sur le verset 6, 23 des Proverbes (un chandelier est la mitsva nér mitsva, et la Torah est la lumière vé Tora or, et la bonne conduite de vie se fait par l'exhortation à la morale vé dérékh 'hayim tokhe'hote moussar): d'abord l'étude de la mitsva, puis comprendre sa lumière intérieure, enfin, étendre cette vie dans la réalité des relations . C'est le Chla qui a formulé ces 3 stades de la méthode traditionnelle d'étude.

Prenons l'exemple de cette première mitsva
- il remarque que la ‘hala est prélevée avant la cuisson pour que, dans sa nature essentielle, dès le début, elle soit imprégnée de sainteté ; 
- il était prévu qu’Adam soit ainsi la ‘hala de l’humanité ;
- ajoutons avec prudence que, dans la préparation au désert, cette génération avait été prélevée pour être la sainte ‘hala du peuple à venir; en effet, le Chla développe alors la conception d’Israël comme réchite... (début de), de même que Rachi l’avait fait sur le premier verset de Béréchite ; osons continuer en ce sens et dire que notre génération elle-même de Juifs est la ‘hala sainte qui commence à préparer sur la terre d’Israël des jours de plus grande qéddoucha
- nous sommes un prélèvement à bien des égards par rapport à la masse des peuples ou même des familles dont nous sommes issus ou sortis ; souhaitons que nous éclaire l’exemple de cette génération du désert et de ceux qui ont réussi à franchir les défilés périlleux comme Yehoshua, Caleb, Yokhébéd et les femmes d'Israël qui ont traversé ces défilés sans périr. Sachons, comme toutes ces générations, le sens et le prix de cette terre qui est l'objectif de ce parcours, parce que -à l'exemple de la terre d'Israël d'En-haut- elle est le lieu de l'habitation de Hachém pour le programme qu'il veut réaliser avec Son peuple.

Seconde mitsva : les tsitsiotes
- La seconde mitsva de la paracha, celle de mettre des tsitsiotes concerne uniquement les vêtements à quatre coins (verset 15, 38 : âssou lahém tsitsit âl kanefé vighdéhém) composés soit de laine, soit de lin.
- L’autorisation des tsitsiotes pour les vêtements réalisés dans d’autres matières est d’ordre rabbinique. L’obligation ne concerne que les hommes mais certains l’autorisent également pour les femmes avec ou sans bérakha (voir ce qu’en dit Rabbénou Tam dans les Tossafotes du traité Roche hachana 33 a). C'est une question très complexe qui ne se satisfait pas de considérations étrangères et rapides à partir des idéologies féministes respectables mais étrangères à ce sujet.
- Le verset (15, 39), placé dans le texte du chémâ, donne le motif des tsitsiotes : pour se rappeler toutes les mitsvotes prescrites (ouréitém oto ouzékhartém éte kol mitsvote Hachém) ; d’ailleurs, la guématria du mot tsitsit correspond aux 613 mitsvotes (600 pour la guématria du mot tsisit, 8 pour le nombre de fils et 5 pour le nombre de nœuds). 
- La couleur tékhélète (bleu ciel) d’un des fils correspondait au passage continu que l’on peut faire depuis ici-bas (la mer bleue) jusqu’à l’horizon bleu, le ciel bleu et la pierre de cette couleur bleue qui se trouve devant le trône de gloire (traités du talmud ‘Houline 89 b et Ména’hote 43 b). 
Le Talmud montre que cette capacité de lien et d'élévation sublime repose uniquement sur l'humilité d'Avraham. C'est elle aussi qui va jusqu'à redonner espoir, si l'on peut dire, à Hachém aux jours sombres de l'oppression d'Egypte, comme Rachi le dit sur le verset de Chémote 24, 10 : ils contemplèrent le D.ieu d'Israël ; sous ses pieds, comme un ouvrage en briques de saphir et comme l'aspect du ciel en limpidité. 
Rachi commente : 
hi hayeta léfanav bicheâte hachieboud, lizkor tsaratam chél yisrael ché hayou mechouebadim bémaâssav 
(elle était devant lui pendant le temps de l'oppression, pour se souvenir des souffrances d'Israël qui étaient en esclavages dans le labeur des pierres à fabriquer). 
C'est la splendeur de la Torah qui assemble pour nous la terre, le ciel, les sentiments, la nature, les problèmes sociaux, l'esthétique, l'intimité et l'union.

Troisième mitsva : les yeux 
Après l’élévation de ce qui touche à la nourriture et au vêtir, la troisième mitsva concerne l’interdiction de se laisser égarer par les yeux (verset 15, 39 : vélo tatourou a'haré êinéikhém).
Les Sages font remarquer que le regard communique directement avec le cœur et le désir (car le mot oeil en hébreu, âyine, veut dire également en hébreu : "la source") ; c'est-à-dire qu’il est presque impossible de se défendre ensuite contre ce que l’on a laissé entrer dans le regard car notre cœur est déjà atteint au plus profond et complice. Cela concerne les diverses pulsions qui s’éveillent facilement, le penchant à la colère, à l’impudeur, à l’idolâtrie. Il faut donc être constamment vigilant sur ce point car la tendance à la déviation sera constante et chez tous : nous n'avons pas de bouclier défensif devant l'oeil. Les applications concernant l'indécence du regard sont donc évidentes. Nous devons donc nous défendre préventivement en évitant les situations où l'on verrait l'indécence.
On sait aussi combien le judaïsme est suspicieux concernant tous les témoignages reposant sur la certitude visuelle (voir les traités Maccote et Sanhédrine) à tel point que le Machia’h (Messie) ne se basera aucunement sur ce que ses yeux auront vu pour rendre la justice (voyez Isaïe 11, 3 : véhari’ho béyirate Hachem vélo lémareé êinav yichpote vélo lémichma oznav yokhia’h).



Entrons maintenant dans le plus grand épisode de la paracha. Il y a plus encore que la conduite morale des mitsvotes précédentes.

Le lachone-harâ, la médisance
L’épisode étrange des explorateurs (les méraglim) a suscité la perspicacité des commentateurs qui ont cherché à comprendre l’enseignement que la Torah veut nous y transmettre ; c’est l’occasion pour nous de découvrir, devant un texte qui ne livre pas facilement ses clefs, comment procèdent nos Sages pour appréhender le sens de la Torah.

Rachi, reprenant le Middrache Tan’houma, trouve le sens dans la succession des épisodes (ce que l'on appelle la sémikhoute : ce passage vient après celui de Myriam. Rachi qualifie de réchaïm (mauvais) ces princes d’Israël qui n’ont tiré aucune leçon des désastres causés par la médisance et son ton vif s’appuie sur les middrachim montrant la déception et la colère de Hachém devant le manque de confiance du peuple envers Ses bonnes promesses. 
A cause de cela, survient alors une dynamique particulière comme elle le fut pour Pharaon : devant l'horreur de l'acte, Hachém fera que ces hommes persévèreront jusqu’à leur perte. 
Rachi attire notre attention sur l’immense responsabilité qui est entre nos mains pour orienter, soit vers le meilleur soit vers le pire, toute l’histoire des hommes : il explique cela quand il écrit au verset 13, 20 (s’il y a des arbres, hayéche ba êts) et il dit : “s’il y a parmi eux un adam cachér qui veille sur eux et les protège par son mérite (im yéche baém adam cachér chémaguén âléhém bizékhouto).

La tactique de la médisance
En ce sens, nous trouvons dans le traité Sota, pages 33 à 35, une longue analyse de ces comportements humains des explorateurs, les méraglim ; on pourra s’y reporter.
Par exemple, 
à propos du verset 27 (“voici ce qu’ils racontèrent et dirent : nous sommes venus vers cette terre où Tu nous as envoyés : vraiment, elle ruisselle de lait et de miel et voici un de ses fruits ; mais tout cela n’est rien car puissant est le peuple qui est installé dans cette terre”). 
Ribbi Yo’hanane dit au nom de Ribbi Méïr : kol lachone harâ ché éine bo devar éméte bité’hila éine mitqayém bésofo, “dans la médisance, le lachone harâ, si on ne dit pas d’abord des choses vraies avant d’avancer les mensonges, le procédé ne sera pas efficace” (Traité Sota 35 a). 
Cette analyse est précise et combien juste ; c'est un enseignement qui doit nous inciter à la vigilance envers nos propres propos ou envers ceux d’autrui sur la pente meurtrière du lachone-harâ.
Nos Sages ajoutent aussi, en ce sens, que le lachone harâ se déguise en nécessité de parler ainsi pour le respect et l’amour du ciel !

Réfléchissons un instant aux multiples formes actuelles de ce comportement de lachone ha râ des explorateurs contre Israël dans notre peuple :
- n'allez pas en Israël, vous n'y trouverez pas le niveau de cachroute, de tsénioute (pudeur), d'étude, d'éducation juive, de respect du Chabbate que vous avez ici hors d'Israël,
- préparez-vous encore, dans l'étude, en amassant plus d'argent, en allant jusqu'à votre retraite, en ne vous séparant pas de vos amis ni de vos familles ni de vos rabbins,
-  vous ne pourrez jamais vous y exprimer aussi bien qu'en français ou en anglais, espagnol, italien, etc.,
- vous n'y aurez pas toute la culture dont vous bénéficiez, ni tous les services de santé ou d'éducation,
- vous rencontrerez une immoralité inadmissible sur la terre d'Israël alors qu'on peut la comprendre et la supporter ailleurs,
- vous n'aurez pas des communautés si riches d'activités, de belles synagogues, de fêtes, d'argent, d'honneur, 
- vous ne serez pas respectés en fonction de toute votre carrière,
- vous vivrez dans une tension et une menace insupportables,
- vous serez en butte à l'antisémitisme des laïcs, au fanatisme d'ultras religieux, au mépris de la tradition par des nouvelles générations incultes,
- vous n'aurez à quitter, pour monter en Israël, que quand les rabbins monteront ou nous diront que les temps sont venus, ou que l'antisémitisme est trop dangereux, mais rien ne cela n'est à l'horizon,
- il n'y a pas de place pour tous le monde, pour tous les métiers,
- nos ennemis sont trop nombreux autour d'Israël,
- etc. etc. les arguments sont sans fin pour nous dire que le programme proposé par la Torah de Moché Rabbénou sur la terre d'Israël n'a pas à être appliqué vraiment, que Israël peut être vue à distance comme un film palpitant qui fait vibrer le coeur, en disant aux Israéliens lors des voyages : "quelle chance vous avez de vivre là. Mais pour nous, ce n'est pas maintenant". Tout cela est exactement la version moderne et  contemporaine des explorateurs. Ecoutons ce qu'en disent nos Sages.

Les victimes du lachone harâ
L’épisode des explorateurs nous démontre sur pièces ce qu’est ce lachone harâ dont les Sages parviendront plus tard à formuler l’équation précise : “il tue trois personnes : l’émetteur, le récepteur qui l’entend et la victime” (lachone harâ horéguéte chelocha : haomero, véhaméqabbélo véchénéémar âlav  ; Devarim Rabba 8, 10; Cho’ham Tov 12, 2; Tan’houma ‘Houqate 4). 

Le lachone harâ équivaut à lui seul à l’idolâtrie, âvoda zara, à verser le sang et à pratiquer les abominations sexuelles (Ârakhine 15 b). 

Il ne tue pas seulement sur place mais il extermine à distance (Béréchite Rabba 98, 3) dans le temps et dans l’espace. Et il le fait avec plus d'efficacité et d'horreur que le meurtre qui répand le sang de la victime, plus que l'inceste et plus que l'idôlatrie (qaché michéfikhoute damim ou miguilouyé ârayote ou mé âvoda zara.Tan'houma, Métsora 2)

Il fallait que cet enseignement nous soit donné par la Torah à propos des plus grands Sages eux-mêmes car sans cela nous, les hommes moyens, nous aurions toujours pu dire que cela ne concerne que les plus mauvais des hommes ; au contraire, cet épisode nous apprend que plus on se rapproche de la sainteté et plus le danger du lachone harâ existe.

L'épreuve de la âliah
1. Les faits apparents
C'est en ce sens que Ribbi Yaâqov Abou'hatséira comprend l'ordre donné aux méraglim d'aller voir la terre d'Israël (ouréitém éte haaréts, 13, 18) : il dit que plus il y a de qéddoucha, de sainteté, plus son enveloppe protectrice est épaisse, et plus autour d'elle la toumea (impureté) s'accumule, ce qui n'est pas le cas hors d'Israël.
Nous le voyons encore aujourd'hui : la sainteté d'Israël et de la terre d'Israël est l'occasion d'une vague déferlante incessante d'accusations et tous ceux qui en parlent au niveau de ce qu'elle est 
(-dans son essence reliée à la présence de D.ieu sur cette terre parmi Son peuple,
- dans sa fonction de bénédiction pour tous les peuples par ceux qui cherchent à y respecter la Torah intégrale,
- comme foyer de réunion du peuple d'Israël dispersé et manifestant dans sa diversité une seule Torah)
ne reçoivent que des qualificatifs de mépris. 
Sans cesse, un langage double s'exprime : on loue son excellence pour l'accaparer et quand des Juifs disent ce qu'elle est tel que cela est dit dans le seul texte qui le révèle, ils sont méprisés, traités de fanatisme ou de nationalisme, ou de nationalisme religieux. Un autre procédé est également utilisé: une campagne continue de désinformation mensongère s'exerce pour ramener cette terre au niveau de ce que sont toutes les autres pour la dépecer. 
Mais le peuple témoin depuis 3500 ans et porteur du contrat d'authenticité reste fidèle. 
De l'intérieur aussi, sans cesse des voix crient : cédons, les autres nations sont trop fortes, et nous ne pouvons pas les contrarier ; il faut vraiment lire les versets 13, 27-32. Ce n'est pas un programme politique, c'est la Torah, c'est le rapport d'Israël et des peuples, c'est surtout ce qui est demandé par Hachém depuis ces 3500 ans du don de la Torah, cela est écrit explicitement. La problématique n'a pas changé. Mais, toujours, comme le dirent les explorateurs (méraglim), les opposants disent : maintenant les conditions sont différentes, il faut céder aux autres peuples.
Heureusement, nous avons des siècles d'apprentissage à la clairvoyance, nous avons surtout ces 35 siècles de fidélité de tous nos ancêtres. Les quelques chantres actuels du dépeçage d'Israël sont bien peu de choses même s'ils croient que le fait de tenir les médias leur assure la victoire. Il ne leur restera dans l'Histoire que la honte de ce qu'ils ont tenté de réaliser au mépris des engagements de fidélité de toutes les générations passées.
De l'intérieur aussi, d'autres voix crient : vous venez en Israël avec un  idéal, avec l'idéal juif, mais nous sommes ici avant vous et ce que nous voulons construire, c'est un Etat post-sioniste à l'américaine fondé sur les valeurs d'argent, de technique, de profit sauvage, de groupes d'intérêts, mais hors de tout nationalisme et hors des valeurs religieuses.

2. La rencontre des écorces de la terre d'Israël
Ribbi Yaâqov Abou'hatséira commente l'épisode des explorateurs ; ce qui nous y choque par la brutalité devient clair sous l'enseignement de la Torah  : 
- la terre d'Israël est le véhicule terrestre qui doit synthétiser tous les quatre mondes de la sainteté qui nous sont transmis. L'unité qui en sera fait dépend de nous, c'est aussi notre tâche en y vivant selon la Torah. (voir Ets ha'hayim 50, 1). Ces quatre mondes présents sur la terre d'Israël ont un dosage différent dans ce qui bloque la sainteté et ce qui l'épanouit.
- le premier niveau de rencontre pour le Juif qui "monte" en terre d'Israël est le niveau de l'action, "âssia". C'est le portail inévitable et il est constitué en majeure partie de ce qui est presque totalement dureté, fermeture (qlipote), refus de la vie et attaques sur tous les plans de la part des forces adverses (méqatréguim); par contre, les forces de qédoucha y rencontrent de grands blocages. Au départ, cet état est inconnu et imprévu, nous le constatons, pour ceux qui ont fait de leur âliah un film idéal vers la bonne terre promise et qui découvrent la dure réalité. Alors, souvent, ils accusent la génération actuelle, ils crient à la duperie, à l'immoralité, à l'exploitation, à la perdition ; beaucoup s'effondrent, beaucoup fuient avant de se sentir détruits, beaucoup abandonnent l'idéal initial et se fondent par fatigue dans la médiocrité ambiante et surtout dans la violence réciproque, se contentant de penser que le rêve s'écroule d'autant que les ennemis relèvent la tête, et que de l'intérieur ceux qui ont le pouvoir ne semblent rêver que de faire approcher nos ennemis vers le coeur d'Israël qu'ils disent explicitement vouloir détruire et accaparer. On crie à la folie, beaucoup pensent que cela se terminera par une tragédie face à l'ennemi ou entre nous. Rares sont encore ceux qui croient au mythe de l'armée la plus forte pour faire entendre raison aux combattants suicidaires et déterminés. Un drame personnel commence chez le "ôlé 'haddache", le nouvel immigrant. Il  ne sait pas qu'il a rencontré la klipa, l'écorce qui enferme le fruit, au risque de le déssécher. Il se met à envier ceux qui restent au loin dans leur doux rêve.
Ribbi Yaâqov Abou'hatséira nous avertit que ces écorces sont puissantes, rejettent (do'him), accusent (méqatréguim) et veulent expulser de l'existence même (mévaqechim léovdo mine ha ôlam). On comprend maintenant les épreuves, souvent très grandes, des immigrants et ce que dit la tradition que "la terre d'Israël s'acquiert par des tourments". C'est cela que veut dire le verset 13, 18 : "voyez si ce peuple est peu nombreux ou considérable". C'est un examen rigoureux de la situation de l'adversaire auquel nous invite la Torah. il faudra bien analyser ces caractéristiques-là qui sont celles de la terre d'Israël, qédoucha enfermée dans des écorces ou qlipotes. Cet examen est le sens de la prise de conscience demandée par Moché aux explorateurs : allez et examinez comment elle est, si elle est forte ou non, si les habitants sont forts ou non. Moché proscrit ainsi toute alyah irréfléchie, irréaliste, insconsciente des difficultés, inconsciente de ces conflits où le mal, les crises physiques, financières, morales risqueront de faire fléchir les plus grands courages. Combien de conquérants se sont cassés sur cette terre. La Torah nous en avertit et nous montre le pourquoi.
Ce n'est pas seulement une difficulté, ce n'est pas médire de la terre, c'est avancer dans la science de la mission que nous avons à y accomplir, une mission très haute, et cette connaissance est la condition pour y réussir. Et nous le pouvons, réussir, à ces seules conditions. 

3. La réaction positive de l'immigrant qui "monte" vers la terre d'Israël
Ribbi Yaâqov Abou'hatséira nous enseigne encore que pour vaincre la dureté de cette écorce en ce premier niveau de la âssia (action), il faudra se munir de certaines qualités : être fort ('hazaq), attaquant (taqif), combattant ('hail), un héros de force (guibor coa'h) pour que les écorces ne prennent pas le dessus et ne repoussent pas l'immigrant, pour qu'il ait la force d'entrer (coa'h léhikaness) et de s'y tenir debout (coa'h laâmod).
Celui qui souhaite y entrer devra s'examiner pour apprécier s'il peut affronter ce programme ou non dans ce lieu de danger (bé méqom sakana), soupeser ses capacités (lichkol âtsmo), réfléchir comment il est (léhitbonén qétsad hou) et bien savoir (ladaâte) s'il veut vraiment y entrer ou non.

La condition de la réussite
Cela est indispensable mais non pas suffisant : en effet, seulement s'il sort du mal en tout et s'il s'efforce de faire le bien à travers les mitsvotes, il parviendra à contrer ces écorces. Au contraire, s'il ne vit pas selon la Torah, les écorces le repousseront  de ce monde où la sainteté ne se révèle qu'à travers ce combat moral de l'homme.
Et il y sera toujours ainsi jugé (nivdaq). 
Et jamais il n'y aura de repos car il devra monter de marche en marche (mi madréga lé madréga) ensuite vers la sainteté avec une très grande attention (zéhiroute).
C'est pour cela qu'il est dit à Yehoshua 5 fois d'être fort et courageux ('hazaq vé émats, au début du livre de Yehoshua), car cette forte dynamique est la condition sine qua non de la percée sur cette terre où la qédoucha est encore bloquée (l'état désastreux et cynique du monde le prouve).

  Résumons, Ribbi Yaâqov Abou'hatséira dit que seule une force consciente, active et attaquante peut y réussir.
- être revêtu d'une force considérable (le mot koa'h a des sens très élevés) pour parvenir à vivre sur la terre d'Israël,
- éviter tout mal (précisé par les mitsvotes lo taâssé ou négatives),
- pratiquer le bien (précisé par les mitsvotes aâssé ou positives), 
- avancer dans une purification continue.

Mais, ce ne sera qu'une étape car, lorsque nous monterons de niveau pour vivre dans la plénitude de sainteté de la terre d'Israël, nous aurons encore 3  autres niveaux à franchir comme dans la prière du matin (mondes de la formation, création et atsiloute). Et, selon le même principe, les écorces seront encore  difficiles à vaincre et à franchir dans la montée vers la qédoucha. Voilà pourquoi il est tant dit à Yehoshua, au début de son livre, qu'il devra être fort pour entrer dans la terre et pour y conduire le peuple.
Cela est décrit par de nombreuses formules dans la Torah et dans le Talmud :
- il faudra toujours monter de marche en marche (mi madrégua lé madrégua), ou de force en force (mi 'haïl el 'haïl, Psaume 84), ou "pour les justes, il n'y a pas de repos ni dans ce monde-ci ni dans le monde à venir".
On le voit, le judaïsme a une science séculaire de ce retour à Sion, de la fonction de la terre d'Israël, des épreuves qui nous y attendent mais quel réconfort de découvrir avec précision ce qui nous avait été enseigné, puis la pédagogie fine qui doit nous soutenir. De même, le but nous a été enseigné et "il ne ment pas le vainqueur éternel d'Israël" (I Samuel 15, 29). Cette science qui nous révèle le sens de l'épisode des explorateurs, Ribbi Yaâqov Abou'hatséira l'a puisée dans la tradition qui remonte au livre Ets 'hayim (50, 1) du Ari sur le sens de la terre d'Israël et la tâche qui nous est demandée. Il y est décrit, en particulierm combien tout ce programme est à réaliser dans la prière du matin.
Celui qui lira attentivement la prière après le repas y découvrira les mêmes dimensions.
Tout cela est contenu dans le verset 13, 18 de notre paracha (lisez-le). On est loin d'une simple administration de l'immigration.

Le rôle de Yehoshua
C'est pour cela qu'il est dit à Yehoshua 3 fois d'être fort et courageux (au début du livre de Yehoshua), car cette forte dynamique est la condition sine qua non de la percée sur cette terre où la qédoucha est encore bloquée (l'état désastreux et cynique du monde le prouve). Ribbi Yaâqov Abou'hatséira dit que seule une force active et attaquante peut y réussir. Yehoshua était apte à recevoir cette triple force qui le rapproche de Moché (fort, 'hazaq, en hébreu a la valeur de 115; or le mot est répété trois fois, donc 115x 3 = 345 qui est la  guématria de "Moché")
C'est pour que Yehoshua atteigne ce niveau que Moché a transformé son nom Yeshoua en pour y intégrer toute la force et la lumière et toute la présence des lettres du nom de Hachém. En effet, les 3 premières lettres de son nom sont celles du nom Hachém ; les 2 lettres suivantes sont le nombre des lumières qui diffusent la présence divine en ce monde. (Voir la page des questions-réponses sur ce thème du changement de nom).

Certes, la lumière peinera à percer, pour chacun, comme au sortir de la nuit. Nous sommes encore, ensemble, comme les explorateurs en ce désert, incertains de la vraie lumière de notre terre.
Nous ne sommes pas comme Yehoshua qui en recevait toute la lumière car il était pur et seulement réceptivité. Nous argumentons comme les explorateurs, en utilisant tous les arguments des idéologies étrangères, autres dieux respectables des autres nations. Le Talmud dit que nous avons inévitablement les "dieux" des lieux où nous habitons : "vivre hors de la terre d'Israël équivaut à servir des dieux étrangers" (Kétouvote 111a). 
Cela se produit également quand on vit sur cette terre d'Israël en faisant tout pour que le regard y voie seulement une autre terre. Ce même regard falsificateur peut être porté de très loin également quand on veut lui appliquer une politique reposant sur d'autres valeurs, celles d'une autre terre.

C'est justement parce que Moché était soleil, totalement dans la lumière de la terre d'En-haut, dit Ribbi Yaâqov Abou'hatséra, qu'il n'a pas pu  entrer dans cette terre (terrestre) où la lumière divine n'est pas encore dévoilée. Moché a vu "toute" la terre (terrestre d'Israël dans toute sa plénitude divine), Dévarim 34, 2. Seul Yehoshua convenait au niveau de cette lumière partielle de lune, comme la lune reflète la lumière du soleil.

Assumer ou non la terre d'Israël, le débat selon le Chla

On pourrait presque dire, en langage d’aujourd’hui : “à quoi joue-t-on ?” dans cette histoire curieuse, tant cet épisode est plein de questions. 

(Enseignement de méthode : nous allons voir que pour résoudre un problème de compréhension, nos Sages font d'abord la liste des difficultés (des qouchiyotes) que présente le texte. Leur méthode est respectueuse du lecteur, ce n'est pas la simplicité débile des slogans électoraux de tous bords qui affirment pour ou contre. Rien ne s'y trouve même de la démocratie grecque où les philosophes s'affrontaient par la rigueur du raisonnement. Ici, dans l'étude juive, on réfléchit, on soupèse).

Le Chla rassemble les débats (qouchiyotes) qu’il a trouvés chez les grands commentateurs :
1- quelle faute les explorateurs auraient-ils accomplie en demandant de partir examiner la situation sur le terrain, puisque Moché lui-même leur donne une liste de missions à y réaliser et de points sur lesquels ils auront à présenter leur rapport (13, 18-20)?
2- peut-on les accuser de faire un rapport terrifiant alors que Moché leur a demandé de rapporter les choses telles qu’elles sont?
3- peut-on leur rapprocher ce rapport qui a démoralisé le peuple alors que Moché lui-même abonde en leur sens en Dévarim 9, 1 : “écoute Israël, tu franchis maintenant le Jourdain pour aller déposséder des nations plus grandes et plus puissantes que toi aux villes importantes dont les remparts touchent le ciel, une peuplade nombreuse et géante, etc”?
4- où est la faute de ces hommes puisqu’il apparaît que Hachém les a envoyés intentionnellement pour qu’ils échouent dans cette mission? 
5- pourquoi est-il indiqué seulement en Dévarim 1, 22 que c’est le peuple qui a demandé l’envoi de cette mission et non Moché lui-même?
6- pourquoi Moché a-t-il envoyé douze explorateurs et non pas seulement deux comme dans l’exploration de Jéricho?
7- Pourquoi des verbes différents sont-ils utilisés pour décrire leur tâche au long des versets (laréguél, latour, la'hpor)?
8- pourquoi et comment ces hommes qui étaient des grands Sages en Israël sont-ils devenus ce qu’ils nous apparaissent au cours du récit?
9- si les verbes du verset 13, 26 vayélkhou,vayavoou (“ils allèrent et ils revinrent vers Moché et vers Aharone”) indiquent qu’ils sont revenus aussi mauvais qu’ils n’étaient partis, comment une telle corruption a-t-elle été possible dès le début et avec une telle persévérance ? D’autant que les méraglim sont présentés comme les plus éminents des fils d’Israël (rachéi béné yisrael)?
10- pourquoi, si Moché les estimait dignes, a-t-il seulement prié pour Yehoshua ?
11- pourquoi a-t-il seulement prié pour Yehoshua, et non pour Caleb ?
12- pourquoi la Torah répète t-elle deux fois : "voici leurs noms" (13, 4 et 13, 16) ?
13- comment peut-on admettre l’idée qu’ils aient pu préférer rester dans le désert, même si on sait que le pécheur faute simplement par un esprit de folie qui l’a envahi?

Cette liste de questions apportée par le Chla est impressionnante et elle nous enseigne d’abord que la compréhension des situations humaines et saintes comporte :
- la prise en compte de nombreux paramètres obscurs,
- la mise en relations complexes des dimensions présentes,
- la prudence et le temps dans l’examen des questions.

La liste des réponses possibles est également impressionnante

Elle nous éclaire sur les responsabilités des informateurs, formateurs de l'opinion dans une société. Cela était déjà perçu avec évidence.
1- Leur rapport était strictement exact ; mais c’est la seule insistance sur quelques points à l’intérieur de la présentation de l'ensemble qui falsifiait le rapport aux oreilles des auditeurs ; voilà qui nous éclaire sur l’un des procédés constants de la falsification dans les médias, spécialement en ce qui concerne Israël aussi bien chez nous qu’à l’étranger. Ainsi, les méraglim n’ont pas dit simplement que le peuple d'en face était puissant mais ils ont utilisé ensuite le mot éfés (zéro, nul) qui indique l’aspect absolu contre lequel on ne peut “rien”. C’est cela qui démoralisait le peuple. 
(Méthode. Pourtant, attention, le Rambane objecte que l’on pourrait alors faire le même reproche à Moché en Dévarim 9, 1). 

2- L’auteur de Aqédate Yits’haq dit que les méraglim devaient ne faire qu’un rapport et ne pas en tirer des conclusions, des interprétations et conseils (de là, on apprend que le respect du bon fonctionnement de la vie sociale est une règle majeure que peu respectent aujourd’hui derrière le prétexte que la démocratie est le pouvoir de tous et de chacun de trancher de tout envers tous, ce qui est l’anarchie et non la démocratie) : leur faute était condamnable même dans le cas où ils n’auraient pas utilisé le mot extrême éfés (zéro). L'auteur refuse la confusion de l'information et du commentaire inducteur.

3- L’emploi de ce mot éfés donnait à entendre au peuple que, en dépît de toutes les promesses de Hachém, la “réalité brute” l’emporterait sur Lui. C'est là la faute. Au contraire, ils auraient dû alors penser et dire ce que l’on trouvera en Dévarim 7, 17 (allez le lire)... : “peut-être diras-tu en ton cœur : ces nations sont plus nombreuses que moi... mais ne les crains pas, souviens-toi sans cesse de ce que Hachém ton Eloqim a fait à Pharaon”.... En ce sens, l’autorisation de Hachém et de Moché d’envoyer ces espions peut se comprendre comme un exercice éducatif qui entraine à l’avance le peuple à découvrir une dure réalité et à la surmonter par la véritable confiance, émouna. Mais c’est là, sur ce point, que ces grands d’Israël eux-mêmes ont failli, ce qui est pour nous une mise en garde grave sur ce qui peut se produire à nouveau pour les plus grands ou pour chacun dans son niveau le meilleur, aujourd'hui. Le Chla montre que cette éventualité se produit par une disjonction entre le cœur et la pensée que traduit le mot véyatourou (et vous errerez, Bémidbar 13, 2).

4- une autre erreur des explorateurs était de se placer en analystes des seules conditions objectives, ne prenant pas en compte la donnée “objective” que Hachém fait des miracles pour son peuple... quand celui-ci se comporte comme il faut.

5- Ribbi ‘Hiya bar Abba (traité Sota 34 b) se base sur le nom de ces explorateurs pour prouver que leur seul but était de trouver des défauts à la terre d’Israël (alors que le peuple voulait simplement savoir si les aspects négatifs que l’on en disait était exacts). Combien se comportent ainsi concernant la bonne terre d’Israël et s’allient à ses ennemis pour justifier leur non présence sur la terre qui leur a été remise en héritage, à partir des défauts de ce qui s'y passe chez nous sur certains points ou de la justesse des arguments adverses sur certains points. Nous allons voir également combien le trait suivant est actuel en nous ou chez des leaders politiques ou religieux dans notre peuple.

6- le but des explorateurs était de prolonger le séjour du peuple dans le désert, éloignement de l'objectif, la terre d'Israël ; en effet, princes dans le désert, ils ne le seraient probablement pas restés le jour où le Temple eût été bâti. Bamidbar Rabba 16 lit en ce sens le fait qu’ils étaient éminents “concernant cette heure et ce temps seulement” dans le désert. Ce problème peut se jouer pour nous sur de nombreux plans. Combien voyons-nous, à l'approche d'échéances électorales, les dirigeants changer de partis et de couleur idéologique, ou les généraux faire le tour des partis et prêts à défendre les causes les plus divergentes sur la seule promesse du poste le plus assuré de leader. Et jouer ensuite ce rôle. La Torah nous enseigne sur l'homme éternel.En effet, aujourd'hui aussi, des rabbins ou des leaders de mouvements juifs ou de communautés, ou des leaders sociaux ou professionnels penvent hésiter à monter en Israël ou à inciter les autres à y monter pour exactement le même motif.

7- Le Zohar laisse entendre qu’avant même de partir en mission, les explorateurs avaient l’espoir de trouver des obstacles sur place pour le motif qu'ils voulaient invoquer, journalistes falsificateurs. Cela nous enseigne combien les ambitions humaines peuvent subitement pervertir les plus nobles personnages, et chacun, en ses plus nobles niveaux. Au sens propre, ils étaient mus par des “pré-jugés” et ils sont revenus comme ils étaient partis avec ces mêmes jugement préalables négatifs et arrêtés. Combien d'informateurs écrivent le même article avant et après leur examen sur place dans un pays. L'article était déjà écrit dans la tête, dans le coeur et dans les mains, et la réalité importe peu. Il faut ici relire le psaume 15. Le pré-jugé qui dominait chez ces explorateurs, toute valeur, était leur propre honneur, comme ce fut le cas pour Bileam.

8- Le Chla montre par là que le Satane ne pousse pas à commettre des fautes "monstrueuses" envers lesquelles on serait conscient, mais il incite à de légers gauchissements dans nos meilleurs niveaux et ceux-ci s’installent et vont ensuite nous faire dévier jusqu’à l’extrême sans entraîner de vigilance ni de réaction de notre part.

9- Au contraire, le terme qui ouvre la paracha ("chéla’h lékha, envoie-pour toi") indique que Hachém sait que les intentions de Moché sont pures et droites et que, en ce sens, on peut envoyer une mission car elle ne devrait porter que de bons fruits. 

10- En ce sens, Moché s’interroge, à partir des noms des explorateurs pour savoir si eux-mêmes n’ont bien que des racines personnelles droites et quand des doutes s’élèvent en lui au cours de cet examen, il est assuré que Yehoshua est d’une ligne qui, elle, ne déviera pas et qui sera préservée par le nom de Y-A, comme ce nom  a été utilisé dans la lutte contre Amalec (Bamidbar Rabba 16, 9). De même, Ribbi Yaâqov Abou'hatsékha montre, en ce sens, qu'il se passe sur ce point pour Yehoshua ce qui se passe pour le Lévi dans le peuple d'Israël. Le Lévi n'a pas de possession et il représente ainsi tout le meilleur d'Israël qui devrait vivre en totale confiance envers Hachém. Ainsi Yehoshua est lune, n'ayant aucune lumière par soi-même mais recevant la lumière du soleil Moché, et recevant toute la lumière. De même, si les autres explorateurs défaillent, la lune Yehoshua recevra toute la lumière portée par les racines pures de chacune des tribus représentées par les explorateurs. Quand Yehoshua et Caléb reviennent sans avoir trahi, alors que les autres ont trahi, eux se dressent au nom de toutes les racines pures de tout le peuple, ils affirment (lire 13, 30 etc). Mais ils ne le font pas en leur nom personnel, ni pour leur caste, ni pour leur clientèle, ni pour leur famille, mais pour le peuple, pour Hachém, pour la Torah et, à travers cela, pour le bien de toute la Création comme cela est le plan de D.ieu.

11- Nous comprenons par là qui fut Caleb : c'est lui qui interrompit le rapport des espions et non Yehoshua car ce dernier eût pu craindre qu’on le soupçonna alors de vouloir devenir le chef du peuple en entrant dans la terre promise.

12- Une autre faute des explorateurs fut de laisser entendre que les mérites du peuple de Canaâne étaient plus grands que ceux du peuple d’Israël, argument encore utilisé de nos jours concernant le droit d’Israël à habiter sa terre, tant par des Juifs que par des non-Juifs. C’est contre cet argument que ripostèrent Yehoshua  et Caleb (14, 9). 

13- Dépassés par leur argument pervers, les méraglim allèrent jusqu’à dire que le mérite des habitants était plus fort que... Hachém lui-même (mimménou, que Lui, en 13, 31). 

(Note sur la méthode d'étude : ces quelques aspects du commentaire du Chla nous montrent combien la rigueur d’analyse des mots précis de la Torah par nos Sages permet de faire découvrir la logique du texte, sa complexité et ses enseignements tant pour le peuple et ses dirigeants que pour chacun et pour les relations inter-humaines aujourd’hui. La Torah est Torah de vie).
 
Dans Maguide Mécharim,  Rabbénou Yossef Caro se pose des questions supplémentaires: 
14- n’est-ce pas Hachém lui-même qui aurait envoyé les explorateurs ?
15- aurait-on pu comprendre, par le fait même du rapport à réaliser après l’exploration, que Moché aurait proposé de ne pas entrer dans la terre si elle ne s’était pas révélée être une terre propice? 
16- n’est-ce pas la demande même de fournir un rapport qui a développé un doute dans le peuple?

Conclusion de l'analyse globale
Rabbénou Yossef Caro conclut de son examen que le peuple a mis à l’épreuve Hachém de façon répétée jusqu’à ce que eux-mêmes aient suscité le verdict qu’ils n’entreraient pas dans la terre d’Israël. Mais Hachém, dans sa grande bonté a cherché le moyen de susciter un retour du peuple à de meilleurs sentiments, voilà pourquoi Moché a agi comme il l’a fait, espérant que ce processus entrainerait une bonne réaction : il a donc envoyé les meilleurs des Sages qui étaient parmi le peuple ; mais cette tentative a échouée pour la plupart. Pourtant Yehoshua et Caleb ont sauvé la situation. Une minorité fidèle suffit à réveiller le coeur de l'ensemble.
Il reste un point particulier: nos Sages insistent sur le fait que Hachém a été prêt à pardonner toutes les fautes de Son peuple mais pas celle-là qu'ils ont accomplie contre la terre d'Israël et il les a fait mourir dans le désert pour ce crime. A réfléchir longuement.
 

Remarque
Il est impressionnant de voir combien nos Sages de tous les siècles ont passé au crible tous ces textes sur notre difficulté à assumer le passage en terre d'Israël. Pourtant ils n'avaient pas la possibilité de s'y rendre avec la même facilité que nous. 

Chaque génération de Sages a su combien ces problèmes sont profonds et ne relèvent pas seulement des conjonctures politiques temporaires, mais se reproduisent de siècles en siècles suivant les avatars des situations historiques changeantes. Mais une seul est sûre, jamais les Juifs n'ont failli dans tous ces millénaires, jamais ils ne se sont déssaisi de cette terre par laquelle D.ieu les a choisis pour une mission. Nul n'a droit ni pouvoir de s'en déssaisir. " Et Haarets (la terre d'Israël) tu ne la vendras pas pour toujours car elle est A MOI (votre D.ieu) et vous n'y êtes QUE des étrangers domiciliés CHEZ MOI (Lévitique, Vayiqra 25, 23). 

Le bilan de nos forces de vie

Sur cette base bien comprise, nous pouvons poursuivre avec le Chla à un autre niveau qui répondra à de nombreuses questions laissées en suspend.
La mission d’exploration n’a pas été seulement réalisée pour nous donner une leçon concernant le lachone-harâ ni pour éduquer notre confiance. 

Elle était nécessaire pour que les hommes fassent le bilan de toutes les forces qu’ils mettront en jeu pour vivre ; et ce bilan comprend deux éléments : 
- d’une part, ils devront regarder la réalité en face et la jauger en tenant compte de toutes les forces positives ou négatives qui s’y exercent et ne rien négliger de leur préparation intelligente et courageuse : 
- d’autre part, une fois cela fait, et uniquement une fois cela fait, comme Rabbéinou Bé’hayé le souligne dans son introduction à la paracha, il faudra tout remettre entre les mains de Celui qui gouverne le monde car c’est de Lui que viendra alors la réalisation et non de la logique de préparation. 

C’est ce dernier point que les espions ont refusé de prendre en considération, pour le motif que leur rôle de princes serait dépassé si le peuple entrait dans la terre de la sainteté où ce seront les cohanim et les léviim qui prendront les places dirigeantes.

Les espions savaient très bien quel était l’enjeu : atteindre la terre qui était le lieu de ce qui doit être le paradis terrestre dans la cohabitation de sainteté avec Hachém. La grappe de raisin qu’ils en rapportent exprime cette vision claire : elle symbolise le vin conservé depuis les premiers jours de la création, le yayine hamméchoumar. Ils portent la grappe de raisin au moyen d’une perche soutenue par deux personnes. 
En somme, nous constatons chacun que nous participons à ces fautes ou ambigüité contre la terre d'Israël: en fait, nous ne vivons pas dans la droiture que la Torah nous demande et Moché rabbénou, sur cette expérience, a écrit un psaume pour nous aider à retrouver l'ordre véritable des choses sans lequel tout ce que nous disons de la Torah est vain ainsi que toute l'oeuvre de nos mains, toute notre action, c'est le psaume 90 qui est étudié avec précisions sur Modia par ce lien.


Aujourd'hui, tous ces problèmes reprennent une actualité dramatique et ne sont pas historiques seulement, intellectuels seulement, ni spirituels seulement. A nouveau, c'est le sort "vital" du peuple à travers sa terre qui est en cause. Non seulement, des ennemis du dehors déclarent avec clarté leur détermination à enlever aux Juifs Jérusalem et la terre d'Israël mais, de plus, de nombreux Juifs s'associent à leurs campagnes. On voit les Juifs de Satmar aller en Iran féliciter le Chef de l'Etat pour sa volonté de détruire Israël et donc ses habitants. On voit l'ancien Président de la Knesset Burg écrire des articles incendiaires contre Israël dans Le Monde (lien ici) et traduits vers le public francophone par Lucien Lazare et qui ont soulevé des sentiments d'horreur dans la population juive en Israël devant des termes comme ceux-ci qui rejoignent les pires accusations antisémites arabes: "un Etat de spoliateurs et de colons. Tel est en résumé le sionisme dans sa phase la plus critique de son histoire". Le Monde titre le 10 Juin 2007: "« Nous sommes déjà morts » : Avraham Burg attaque l'Etat juif, « ghetto sioniste ») et déclare "« Cela ne peut plus fonctionner. Définir l’Etat d’Israël comme un Etat juif est le début de la fin. Un Etat juif, c’est explosif, c’est de la dynamite. » et " La Loi du retour est une loi, elle est une image en miroir de Hitler", etc, etc; et Le Monde diplomatique souvent critique envers Israël va jusqu'à écrire: "Voici quelques extraits de son entretien avec Ari Shavit, qui a été outré par les propos de Burg" et il va jusqu'à signer une pétition du Journal Le Nouvel Observateur protestant contre la justice française et contre ceux qui s'insurgent sur les manipulations de journalistes qui salissent Israël et l'accusent mensongèrement de meurtres d'enfant (lien ici et ici), campagne servant les intérêts meurtriers des terroristes. Cette pétition a soulevé un tel dégoût en France que le journal a préféré enlever les avis des lecteurs et parfois supprime même la liste ridiculement courte des signataires composée en grande partie des journalistes maison.
Mais les choses vont encore plus loin, les pressions internationales même des USA sont fortes pour interdire à Israël de construire à Jérusalem. Et il est de bon ton dans certains milieux d'utiliser même des citations et commentaires choisis de la Torah auprès des ignorants pour faire croire que vivre en Israël n'est pas si important dans la Torah, que cette terre peut être divisée avec les ennemis, etc. Un livre récent de Hervé Elie Bokobza s'intitule "Israël-Palestine, la paix à la lumière de la Torah", et promeut ces campagnes en reprenant les procédés sophistes de Yeshayahou Leibowitz, selon la méthode bien connue de cet écrivain: au milieu de citations classiques sur des sujets classiques qui pourraient faire impression, il résume en quelques pages simplistes l'immense grandeur de la pensée du Rav Kook sur la signification de la terre d'Israël et alors, à ce propos, valorise Leibowitz, et traite ceux qui vivent selon l'éclairage de la Torah par le Rav Kook de mener inexorablement au fascisme, de dériver (mot répété sans cesse), de donner naissance à un Kahana ultranationaliste et raciste, de racisme généré volontairement ou involontairement par leur système de pensée (citations). Un procédé manipulateur répugnant (rappelons que Leibowitz affirma ainsi que la logique de tout cela est le fait que les Israéliens se comportent en nazis envers les Palestiniens. Dégoût). Il balance de la même manière la pensée du Rambane qui a le tort selon l'auteur de mettre au nombre des mitsvotes le devoir d'habiter sur la terre d'Israël et pique de ci delà une citation dans la mer du Talmud où l'un dirait qu'habiter à Babylone est "comme" habiter en Israël, ou chez un Sage du moyen-âge pour valoriser sa thèse. Seuls les ignorants peut se laisser impressionner, les autres en connaisseurs seront simplement révulsés par de tels procédés.
Je suis attristé quant je reçois des lettres de personnes ainsi dupées par ces types de lectures et qui m'écrivent alors: "Vous devriez relire le traité Ketouvot 111a... Vous faites honte au peuple juif... Je crache sur les gens comme vous... A bas le SIONISME! LA PALESTINE AUX PALESTINIENS ! VIVE LES NETUREI KARTA !!!!".

Mais, de facto, on plait ainsi par ces actes dans un monde où les forces réelles veulent affaiblir Israël. On appelle cela maintenant la pensée des alterjuifs. La manipulation des textes n'est pas vérité. Il y a ainsi un courant de livres et médias qui entrent dans le dispositif des campagnes anti-israéliennes qui ne dépassent pas le mauvais journalisme; à oublier car cela ne fait pas honneur au débat intellectuel, encore moins à une formation valable sur la tradition.
Le lien des Juifs à la terre d'Israël est ainsi, de siècles en siècles, et encore aujourd'hui, l'objet des menaces des sophistes, des ennemis, des collaborateurs, des alterjuifs (ici lien sur ce concept nouveau célébré comme définissant clairement ces collaborations à la destruction du projet concernant la terre d'Israël). Une tradition plurimillénaire sur laquelle il importait de vous fournir l'information pour votre réflexion. Lire surtout cette présentation claire, ici, par Shmuel Trigano. Elle confirme même ce que le site palestinien lui-même Info-palestine.net dit des écrits de Burg: "Abraham Burg décrit Israël comme violent, superficiel et impérialiste. Avraham Burg se transforme en provocateur... il ne manque pas d’exprimer son mépris et même un certain dégoût pour tout ce qui est israélien... il n’hésite pas à faire, à plusieurs reprises, un surprenant amalgame entre l’Etat d’Israël dont il a été l’un des leaders, et l’Allemagne nazie... Les déclarations de Burg ont stupéfait la classe politique israélienne de gauche comme de droite et du centre... Je me sens européen à plus d’un sens du terme. L’Israélien est un personnage serein : un arabe de plus tué, un arabe de moins qu’importe. Au bout du compte je vois le tas de corps de Palestiniens s’élever au dessus du Mur que nous avons dressé pour ne pas le voir. Pour moi, les éliminations sommaires de Palestiniens sont un crime de guerre.” Burg affirme également qu’il s’est longtemps menti à lui-même lorsqu’il occupait des fonctions officielles comme celles de Président de l’Agence Juive et Président de la Knesset...". Précisons que tout cela n'empêche pas ce type de Juif de recevoir quand même d'Israël dans le même temps les somptueux avantages financiers des dites fonctions dont il a voulu bénéficier.
Même les Palestiniens n'en demandent pas tant. Ils ne feraient jamais cela envers leur peuple et sa terre. Il y a de quoi réfléchir, Trigano l'a fait. Et la paracha n'a pas évité ces problèmes.

Pour vous informer avec respect sur la pensée du Rav Kook, un grand et saint Sage, lisez sur ce lien-ci qui vous ouvre de nombreuses pages.


Cours du second niveau

Le commentaire de Ribbi Ména’hem Azaria

Le Chla présente le commentaire de Ribbi Ména’hem Azaria décrivant le message véhiculé par cette scène célèbre. La perche (mote) est un mot composé des deux lettres (mém, téit) qui correspondent en hébreu au nombre 49 et de la lettre vav

Ce nombre 49 situe bien la situation présente : le peuple revient des 49 niveaux d’impureté de l’Egypte, il doit les retourner en niveaux de pureté en atteignant le 50e niveau qui sera donné par l’adjonction de Hachém qui est le 1. C’est là que va se jouer la confiance envers Hachém et la droiture du cœur car ces hommes connaissent bien leur tradition et les miracles par lesquels Hachém les a sauvés. 

Cela est exprimé par l'écriture hébraïque. 
- Le 1 est représenté par la forme de la lettre vav qui s’écrit pleinement vav aléf vav et non pas vav vav seulement.
Si on sait que le vav est la 6e lettre de l’alphabet et joue le rôle du nombre 6 en hébreu, alors la scène devient encore plus lisible : 
les explorateurs devaient être 12 effectivement comme les deux vav, et ils devaient revenir non pas avec un vav composé uniquement d’eux seuls (vav vav soit 6 + 6 = 12) mais avec un vav plein (vav aléf vav) uni à Hachém qui est l’élément intérieur et invisible (aléf) qui relie chacun aux autres (vav aléf vav). (Expliquons: le 13 est la caractéristique des 13 qualités de bontés de Hachém, c'est le nombre hébraïque du mot é'had qui le qualifie, ainsi que du mot ahava dont il est la seule source ; comme preuve traditionnelle, cherchez ces mots dans le verset du Chémâ Yisraël et dans le premier mot qui le précède ahava et dans le premier mot qui le suit, véahavta. Faits à cette image, nous devons penser avec les 13 règles de raisonnement).

Cela veut nous dire que, dans leur témoignage, les espions ont exprimé ce qu’ils ont vu, avec leur divergences, mais ils ont supprimé faussement 
- la manifestation de Hachém qui les avait sauvés pendant tout le périple,
- la vision qu’ils avaient eu que les habitants avaient, par leur conduite, perdu les droits temporaires d’occuper la terre.
Ils ont supprimé délibérement ce message donné par Hachém et, ainsi, ils supprimaient de l'histoire humaine Hachém lui-même; alors le peuple les a suivis et s’est rebellé contre Lui. Ce débat pour une histoire juive faite avec Hachém selon la conscience séculaire de notre peuple, ou en ramenant notre peuple à la seule identité commune aux autres peuples est un débat qui continue dans notre génération dans l'Israël d'aujourd'hui, aussi bien que dans la difficulté pour une grande partie du peuple de rejoindre sa spécificité de peuple vivant Sa Torah sur Sa terre. Nous sommes tous pris par ces débats au même titre. Et même la montée en Israël ne règle pas une fois pour toutes le débat dans la vie de chacun.

Les méraglim supprimaient ainsi la source de vie et, sortant de la vie, ils devinrent eux-mêmes les victimes de leur machination car ils s'éloignaient de la source de vie et périrent. En hébreu, alors, le terme "mote" veut dire aussi “ébranlement, effondrement”. 
Cet enjeu de la protection divine qui allait intervenir pour son peuple était tellement clair que Rachi dit au nom de Caléb et Yehoshua : 
- “Hachém est avec nous, alors montons et même si nous devions monter sur des échelles jusqu’aux cieux, nous réussirions”,
âlo naâlé : afilou vachamayim véhou omér âssou soulamote vaâlou cham
Rachi sous-entend : “car c’est Hachém qui va nous mener”.
Rachi, à Troyes, disait cela, c'est la beauté de la fidélité juive, c'est son drame continu.
Ayons conscience du don unique que les autres générations n'ont pas reçu de cette possibilité de mettre les actes en cohérence avec le coeur, la tête et les mots.

Par leur manœuvre, les méraglim ont brisé l’union équilibrée qu’il doit y avoir entre notre monde et Hachém comme cela était avant la chute d’Adam et qu’ils auraient pu restaurer. 

C’était le sens de la demande de Moché : “y-a-t-il un arbre là-bas ?” ; cela veut dire : y-a-t-il l'arbre de la vie comme dans le paradis ;  auprès d’Avraham, il y avait un arbre sur cette terre qui révèle la qualité des gens qui y passent ; allez-y, leur dit indirectement Moché, et vous verrez par cet arbre que les habitants de ce pays ont déjà perdu leur ombre (leur force vitale et d’existence) et ce que chacun de vous est, s’y révélera. 

L’histoire l'a bien montré. La terre d'Israël fait toujours révéler le coeur de chaque homme, et le monde entier s'y révèle. Comme le dit le texte : "c'est une terre qui dévore ses habitants", c'est-à dire qu'elle détruit les masques et révèle chacun. 

La différence est maintenant translucide entre les témoignages différents des espions (n'assumez pas cette terre et vous aurez la paix) et ceux de Yehoshua et Caléb (cette terre est difficile car beaucoup nous l'a disputent, mais nous y sommes reliés par toutes les preuves et promesses de notre histoire car Hachém est fidèle) montrent bien leur différence d’âme.

Le Chla fait ici une comparaison avec le comportement des deux explorateurs dans la ville de ... Jéricho (Yérikho ) ! Nous n'avons pas la place pour nous étendre sur ce thème. Mais voyez la page consacrée à cette ville sur le site.

Cette mission des chefs avait pour fonction de témoigner que l’unité de ce monde-ci et du monde d’en-haut existe et qu'elle est plus forte que les miracles, pourtant continus dans la nature ; le peuple d’Israël reconnait que son destin va continuer à se dérouler selon la volonté manifestée par Hachém et prouvée par les secours dans le passé.

Dix chefs du peuple sur douze ont failli mais l’histoire continue et, bientôt, à Yérikho, les deux envoyés de Yehoshua répareront par leur conduite exemplaire la faillite qui s’est produite par ces dix :  deux suffisent pour réparer. 
A chacun de ne pas l’oublier. 

Intégration

1 - Exercices de mémorisation pour le second niveau :
Le développement de la mémoire est une méthode essentielle dans l'étude juive (se reporter ici à l'index du Lév Gompers).
L'une des méthodes est d'apprendre par coeur, chaque jour, un verset jusqu'à le retenir sans bredouiller. 
Choisissez dans ce commentaire les phrases d'hébreu qui vous touchent le plus et apprenez-les par coeur.

2 - Organisez des échanges et discussions dans le couple, en famille, entre amis, ou dans la communauté, sur les thèmes de vie de cette paracha.
 


LA HALAKHA, LE MOUSSAR ET LA MÉDISANCE

Vocabulaire :
- halakha : règles précises pour la conduit de la vie tirées de la Torah après l'étude de la Michna et de la Guémara.
- moussar : morale.
- lachone hara : médisance.
- rékhiloute qui consiste à la colporter.

La question
Pourquoi met-on souvent en garde contre le lachone hara dans le judaïsme. Est-ce parce qu'il y serait fréquent, ou parce qu'il y a beaucoup de divisions ? Est-ce de la morale sociale indispensable pour vivre en société, ou de la morale de bonne éducation pour les enfants (il ne faut pas colporter, ce n'est pas beau) ; y a t'il plus, mais quoi ?

Je vais essayer d'y répondre selon la méthode que vous trouvez sur Modia : les sources, le lien entre la Torah et les sentiments et la vie, la transmission de ce qu'en disent les Sages et, spécialement, le 'Haféts 'Hayim.

Définition
Ce problème comprend deux aspects : le lachone harâ ou médisance qui consiste à dire du mal de quelqu'un, et la rékhiloute qui consiste à la colporter.
Qui est le colporteur de médisance ? Celui qui soutient des choses négatives et va de l'un à l'autre en disant : un tel a parlé ainsi à ton sujet. Ezéhou rakhil ? zé ché toêne dévarim vé holékh mizé la zé véomér : kakh amar ploni âlékh.

La Torah face au lachone harâ
- Précaution : les références placées ci-dessous et tirées de la Torah ne sont pas placées ici pour fournir une  documentation, mais pour analyser nos actions et les repérer. 
- Bien plus, si la Torah prend le soin de nous en parler, c'est que nous touchons une question de grande importance et non pas seulement des questions de civilité. Elle n'est pas un livre de morale. Quelle est donc cette importance ?
- Enfin, si la Torah nous montre que les plus grands sont ainsi tombés, combien nous, a fortiori ! 
- Torah de vie, et de vie divine partagée avec l'homme, elle veut surtout nous enseigner combien c'est un risque mortel et puissant qui touche à la racine des choses, et combien la solution de ce problème est vitale pour la société. 
- Nous apprendrons ainsi à analyser ce que c'est et comment surmonter le problème. Mais aussi, à découvrir les enjeux.

 Les exemples dans la Torah
1. Le problème a commencé dès le début de la Création, avec le serpent qui a inventé le procédé : fausser quelque peu les faits, colporter, créer le doute et détruire. Si cela commence dès les premiers pas de la Création, c'est que nous sommes devant le problème essentiel, qui sera constant et dont les conséquences sont graves. En effet, l'état de bonheur a ainsi été détruit, le couple reste très perturbé jusqu'à maintenant, les relations sont empreintes de malentendu, le lien au Créateur altéré car Il est parole, et le rapport de l'homme avec soi-même n'a plus de repères.
Cela est exprimé par le Talmud en Arkhine 15b : "le lachone harâ tue 3 personnes, le médisant, sa victime et celui qui l'entend".
2. Il est reproché à Sarah d'avoir médit d'Avraham son époux quand elle a fait état de son âge avancé et lui attribuait ainsi la difficulté d'avoir des enfants (Béréchite 37, 2)
3. Joseph est vivement désapprouvé pour avoir suscité la haine par sa médisance (Béréchite, chapitre 37).
4. Myriam est tombé malade par la faute de son lachone harâ pourtant il ne visait qu'un but noble, était délicat et pour le bien du prochain (Bemidbar ch. 12, paracha Béhaâlotékha).
5. Les explorateurs (méraglim) ont médit de la terre d'Israël et causé un préjudice considérable au peuple et pour toute l'histoire (Bamidbar, chapitre 14, paracha Chela'h Lékha). Il ont retardé l'entrée en Israël, toute la génération en est morte dans le désert par cette faute, hormis quelques uns, Yehoshua et Caleb et toutes les femmes que l'on accuse toujours à tort et cette fois encore et injustement de bavardages. Poursuivant  ce qui avait été commencé par le serpent, ils ont inauguré une plaie qui n'a jamais cessé depuis : ne pas dire la vérité concernant la terre d'Israël ; depuis, elle est devenue un enjeu très faussé, jusqu'à nos jours par les mensonges les plus grands des reporters politiques ou théologiques la concernant, et concernant sa mission, son peuple.

Les mitsvotes dans la Torah
Le lachone harâ est une transgression précise de la Torah en ce qui concerne des éclairages et prescriptions nommées : mitsvote  âssé ou positives (actions à accomplir) et mitsvote lo taâssé ou négatives (actions à ne pas accomplir). Il faut prendre chacun de ces préceptes au sens strict et au sens figuré.

Le 'Haféts 'Hayim montre et analyse les mitsvotes négatives  que transgresse explicitement celui qui dit du mal des autres (dans le livre 'Haféts 'Hayim et dans le livre Chémirate hallachone:
- Chémote 22, 21 : kol almana véyatom lo téânnoune, n'humiliez pas la veuve et l'orphelin.
- Chémote 23, 1 : lo tissa chémâ chav, n'accueille pas un rapport mensonger.
- Vayiqra 19, 14 : lo téqallél 'héréche, n'insulte pas un sourd.
- Vayiqra 19, 14 : lifné îvér lo titéne mikhchol, devant un aveugle ne place pas un obstacle.
- Vayiqra 19, 16 : lo télékh rakhil beâmékha, tu n'iras pas colporter dans ton peuple.
- Vayiqra 19, 16 : lo tisna éte a'hiklha bilévavékha, ne hais pas ton frère en ton coeur.
- Vayiqra 19, 16 : lo tiqom vé lo titor, ne te venge pas et ne garde pas rancune.
- Vayiqra 19, 17 : lo tissa âlav 'héte. tu n'accueilleras pas contre lui de péché.
- Vayiqra 22, 32 : lo té'hallélo éte chém qodchi, ne deshonorez pas Mon nom saint.
- Vayiqra 19, 16 : lo tonou iche éte âmito, ne vous portez pas préjudice l'un envers son semblable.
- Bémidbar 17, 5 : lo yiyé kéQora'h oukhéâdato, ne soyez pas comme Qora'h et sa bande.
- Dévarim 6, 12 : hichamér lékha pén tichkakh éte Hachém Eloqékha, garde-toi d'oublier Hachém ton D.ieu. (Cela est une mise en garde contre la grossièreté).
- Dévarim 19, 15 : lo yaqoum êd é'had béiche lékhol âvone ou lékhol 'hatate,  qu'il ne se lève pas un témoin contre une personne, quelque soit le crime ou le délit.
- Dévarim 24, 8 : lichmor méôd, garde-toi avec un soin extrême. 

Puis le 'Haféts 'Hayim montre et analyse les mitsvotes positives que transgresse explicitement celui qui dit du mal des autres :
- Chémote 20, 12 : kibéd éte avikha vé éte imékha, honore ton père et ta mère (où le mot éte est un signal qui indique une catégorie et non seulement une seule personne).
- Chémote 23, 7 : middévar chéqér tir'haq, de ce qui est mensonge tu t'éloigneras.
- Vayiqra 19, 18 :  véahavta léréâkha kamokha, et tu aimeras ton proche comme toi-même.
- Vayiqra 19, 15 : vétsédéq tichpote âmitékha, juge ton semblable avec impartialité.
- Vayiqra 19, 17 : hokhéa'h tokhia'h, reprends ton prochain.
- Vayiqra 19, 32 : véhadarta pené zaqéne, honore la personne du vieillard.
- Vayiqra 21, 8 : véqiddachto, et tiens-le pour saint.
- Vayiqra 25, 35 : guér vétochav va'haï îmakh, étranger ou nouveau venu, et qu'il vive avec toi.
- Dévarim 10, 20 : éte Hachém Eloqékha tira, ton D.ieu tu craindras (où le mot éte est un signal qui indique une catégorie et non seulement une seule personne).
- Dévarim 24, 15 : zakhor éte achér âssâ Hachém Eloqékha lémiriam badérékh... Souviens-toi de ce que Hachém ton D.ieu a fait à Myriam.
- Dévarim 28, 9 : véhalakhta bidévarav,  et tu marcheras dans Ses voies.

Il faut ajouter ce que dit la Torah :
- Dévarim 27, 24 : arour maké réêhou bassatér, maudit est celui qui frappe son proche en secret.
.../...

J'ajoute ces exemples du Talmud et du Middrache aux références citées par le 'Haféts 'Hayim

Le Talmud
- Bérakhote 18a : les médisants, Hachém les détruira même quand la paix sera faite avec Israël.
- Pessa'him 87b : Yéroboam, roi d'Israël, a été jugé digne d'être assimilé aux rois de Yéhouda car il a refusé d'entendre les calomnies contre le prophète Âmos.
Pessa'him 88a : même dans une génération qui maudirait les pères et ne bénirait pas les mères, on ne doit pas dire du mal d'un serviteur à son maître.
- Pessa'him 118a : celui qui fait du lachone harâ, le diffuse ou l'écoute ou qui porte un faux témoignage, est juste digne d'être jeté en pâture aux chiens car il est écrit : "vous la jetterez aux chiens (lakélév tachlikhoune, Chémote 22, 30)" et, immédiatement après, "tu ne répandras pas de fausses rumeurs" (lo tissa chémâ chav, Chémote 23, 1). Idem en Makote 23a. C'est la règle d'interprétation dite de contiguité, sémikhoute
- Yoma 22b : Rav pense que David a prêté l'oreille à la calomnie et qu'il a été puni pour cela. Quand il a dit : toi et Tsiba vous prenez des champs ta'hléqou éte hassadé, une voix du Ciel a dit alors : Yéroboam et Roboam se partageront ton royaume, II Chmouel 19,30  (cela montre la gravité extrême du lachone harâ).
- Taânite 7b : la suspension des pluies n'est dûe qu'à celui qui raconte du lachone harâ, éine haguéchamim napatsérine élla bichvil méssaperé lachone harâ.
- Zévah'im 15 b : tout celui qui raconte du lachone harâ fait grandir les péchés jusqu'aux cieux, il serait convenable de le lapider, magdil âvonote âd hachamyim, raouille lésolqo béavéne.
- Kétouvote 8a : si quelqu'un entend quelque chose qu'il ne faut pas entendre, qu'il se bouche les oreilles.
- Baba Batra 164b : il ne faudrait jamais dire du bien de ses proches car, par cette voie, on en vient aussi à en dire du mal... De trois fautes les hommes ne sont pas préservés chaque jour nitsol méhém békhol yom... dont le lachone harâ... La plupart des gens volent rov béguézél, et une minorité ont des relations sexuelles interdites oumioute béârayote, mais tous font du lachone hara, véhakol bélachone harâ.
Zéva'him 88b : la robe du Cohen gadol (qui avait une rangée de clochettes) sert à réparer ce qui a été fait par la voix, méîl mékhappér âl lachone harâ, yavo davar chébakol véyékhapér âl kol.
- Arakhine 15a : celui qui parle est puni plus sévèrement que celui qui agit. Celui qui fait du lachone harâ, des maux lui tombent dessus négaîm baim âlav, comme il est écrit : ces hommes qui avaient dit du mal de la terre d'Israël moururent frappés d'une plaie devant Hachém (Bamidbar 14, 37).
- Arakhine 15b : le colporteur de lachone harâ n'aura pas de réparation de sa faute, sipper éine lo taqana.
- Jérusalem 'Haguiga 2, 1 : hamitkabéd biqélone 'havéro, eïne lo 'héléq léôlam habba. Celui qui présente mal son ami n'a pas de part dans le monde qui vient.

Et ajoutons ces passages dans le Middrache sur la Torah :
- Middrache Béréchite Rabba : celui qui parle en mal est lui-même le serpent qui a fait du lachone harâ contre son Créateur, iche lachone zé hanna'hache ché amar lachone harâ âl boreo. (c'est là le centre du problème, la parole est notre union au divin, l'altérer c'est porter directement atteinte au divin lui-même).
- Vayiqra Rabba 10 : au lachone harâ il n'y a pas de rachat possible pour le pardon, éine kapara.
- Bamidbar Rabba 19 : pourquoi est-il appelé "trois", il tue 3 personnes, celui qui le dit, celui qui l'entend et celui envers qui il est dit, lama niqra chélichi ché hou horég chélocha, haoméro, véhaméqqabél, véhanéémar âlav.
- Sifri 275 : l'erreur de Myriam a été de ne pas parler en face à face avec Moché, ma myriam ché lo dibbéra élla ché lo béfanav chél Moché.
- Avote dé Ribbi Natane : 10 épreuves ont commis nos pères contre Haqqaddoche Baroukh Hou et il ne les en n'a pas punis si ce n'est de celle du lachone harâ, élla âl lachone harâ.  (c'est que l'on peut percevoir la gravité de l'acte verbal).

Concrètement, 
Comment cela se joue-t-il concrètement ? Et comment s'en préserver avec précision et efficacité ?
Le 'Haféts 'Hayim résume toutes les recherches de la halakha sur ces questions en disant que le lachone harâ est à éliminer
- même s'il porte sur des vérités (afilou âl éméte), et si on sait que c'est la vérité (afilou yodéâ ché hou éméte), même si on n'a pas l'intention de susciter de la haine (afilou éine mitkavéne bazé léhakhnis sinea).
- même s'il y a eu un conflit véritable, ou des faits honteux, ou si on a été victime,
- même si celui qui refuse de dire des médisances est menacé pour cela d'être humilié, attaqué ou d'en perdre son emploi et tout ce qu'il a ('hayav litén kol achér lo vélo yéssaper).
- qu'il soit formulé par oral directement ou par écrit, par lettre (âl yédé mikhtav), par de simples allusions (âl yédé réméz)
- qu'il soit en face à face (béfanav), en public (bifné rabbim), ou de façon anonyme  ou par plaisanterie et rire (dérékh s'hoq) ou raillerie (léalîg) ou filouterie (ramaoute), même sans que l'on puisse deviner qui est visé (af ché lo youvane klal mi hou), et même s'il n'en découlerait aucun préjudice pour le destinataire visé (afilou im lo yaguiya choum raâ lifloni), même si cela n'apprend rien de nouveau afilou éine mégalé lo davar 'haddache), ou si c'est une chose qui a déjà été racontée (ché é'had kévar sippér lo).
- même si cela porte sur des actes répréhensibles et répugnants, ou pour des avantages commerciaux.
- qu'il porte sur les ancêtres de quelqu'un (bémaâssé avotav), sur ses proches (qérovav), ou sur les actes anciens de quelqu'un (maâssav harichonim), contre des défunts (assour lévazote éte hammétim).
- qu'il porte sur des manques attribués à quelqu'un en qualité (mi tsad 'hésrone chélémoute hamaâlote), sur ses faiblesses ('halouche), sur sa pauvreté (âni), sur sa richesse (achir), sur ses biens ('hafatsav).
- il faut même veiller à ne pas pouvoir être soupçonné de lachone harâ ('hayav adam lichmor âtsmo ché lo yiyé né'héchad liméssappér lachone harâ).
- il est interdit d'habiter dans un environnement où se pratique le lachone harâ, dine issour dira bichékhouna baâlé lachone harâ.
- il est interdit de se placer habituellement dans la synagogue à un endroit où il y a des gens qui pratiquent le lachone harâ, dine issour qéviâte maqom bévéite haknésséte étsél baâlé halachone.
- c'est d'une importance capitale d'éduquer dès leur plus jeune âge les jeunes enfants à ne pas faire de lachone harâ, godél ha'hiyouv lé'hanékh haqqétanim minéouréhém bichémirate hallachone.
- pour le colportage, il est interdit de l'écouter même si c'est dit en public ou devant plusieurs (bifné rabbim), ou même si cela est dit par beaucoup de personnes (afilou im chmâ zé méharbé anachim), ou même si cela se fait par l'intermédiaire de bonnes choses dites envers quelqu'un (rékhiloute âl yédé sippour lachone tov)
- il est interdit de lire du lachone harâ (issour qériate lachone harâ).
Il faut étudier de près la halakha pour parvenir, en dépît de ces lois absolues, à apprendre comment faire pour les respecter dans le cas de personnes dont les fonctions les contraignent à examiner les actes de quelqu'un et à en faire éventuellement rapport ou mise en garde (juges, réchoute lé béit-dine léssapér). 
Il faut aussi veiller à des expressions qui peuvent être comprises en deux sens différents (dibbour ché yéche lo chné panim).

Réflexions personnelles
Si l'on veut être logique et quelque peu honnête après avoir été éclairé par la Torah sur la nature fondamentalement mauvaise, destructrice, irréparable du lachone harâ qui tue véritablement et n'a pas de réparation possible sur aucun des plans de la réalité interne, externe et céleste, pour aucun,
après avoir été éclairé par les Sages sur les exemples, les nuances, les cas,
constatons qu'un des cas les plus répandus aujourd'hui est la lecture, l'audition et la vision des attaques politiques, des ragôts sur la conduite sentimentale ou sexuelle, qui inondent les journaux imprimés, télévisés, les films et les radios, l'audition des interviews et débats qui en sont un spectacle. 
Cela est clair. Les conclusions sont simples , même si elles contrarient nos habitudes et notre plaisir destructeur.
C'est la grandeur du judaïsme que de savoir prendre la distance devant les comportements  nocifs des masses qui les admettent et les valorisent : va vers toi-même lékh lékha, est-il dit à Avraham.
Nous avons les éclairages de la Torah et de nos Sages pour y résister. 
C'est par là que nous améliorerons autour de nous à notre petit niveau.

Cela va encore plus loin. Rachi dit que le Chabbate nous ne devons pas seulement ne pas travailler, ni parler du travail et des affaires mais même ne pas y penser. Dans le même sens il y a une interdiction grave qui va jusqu'à ne pas penser au lachone harâ (dine issour ma'hachévéte lachone harâ).
Notre vigilance doit donc être "de grande qualité" (chémira méoula) et "très puissante" (chémira 'hazaqa).
Elle doit aller jusqu'à ne rien dire de mauvais ou de mal (chélo lédabbér lachone harâ ourékhiloute véchoum davar râ). La Torah nous enseigne cela par ces versets :
- nétsor léchonékha mérâ ouséfatéikha middabbér mirma (psaume 34, 14).
- chémor pit'hé pikha (Mikha 7, 5).
Depuis toujours, des groupes de Juifs se sont constitués pour s'entraider à résister au lachone harâ. Cela s'est même organisé sur le Web.

Mais il faut aussi dévoiler l'une des subtilités de la médisance: elle prétend utiliser les mises en garde ci-dessus pour empêcher de parler des difficultés de la situation en Israël ou de les analyser, alors que cela seul permet d'assumer nos responsabilités se lon la Torah et nos engagements. Ce serait aussi stupide que de ne pas regarder les difficultés d'enfants et, don, ne pas l'aider à améliorer. Un médecin qui agirait ainsi serait criminel.

Le coeur du problème
Nous sommes maintenant bien conscients du péril du lachone harâ pour la société, pour toutes les relations, pour chaque être.
Nous avons dit aussi que cela est parce que c'est une atteinte à la racine de tout et une atteinte à la parole qui est la réalité la plus proche du divin. Nos Sages expriment souvent cela en analysant avec une finesse extrême le sens de la "langue" (lachone) : ce qui est central, intime, d'union, sur tous les plans ici-bas, est à l'image d'En-haut. Ils l'expriment en disant que ce mot, dans sa guématria lorsque le mot est écrit en toutes lettres déployées, correspond au même "chiffre" que le nom saint Eloqim (300).
La Torah elle-même est nommée lechone limoudim, la langue qui donne la connaissance. Celui qui, au lieu d'étudier la Torah, se disperse en conversation futile (si'ha bétéla) est appelé léts, et celui qui utilise sa langue pour le lachone harâ a commis plus grave que l'idolâtrie (âvoda zara) ou que l'inceste et les unions interdites car il a vraiment tué, même s'il ne le voit pas, il a versé le sang de son prochain, et il a éteint dans le monde la lumière de la chékhina.

Le Juif sait cela qui est élevé et précis dans la réalité : il est réaliste, social, lucide sur lui-même et a appris que les réalités se correspondent aux différents niveaux. Détériorer l'un touche l'essentiel sur tous les plans. Améliorer modestement ici, améliore le monde en permettant la descente du flux de la bénédiction et la réalisation du plan de bonheur.
Un mot vrai, juste, sincère, provoque l'union pour toute une vie, éternellement. Chacun le sait.
Une blessure en ce lieu ne parvient jamais à détruire l'amour initial.
Ainsi des mots dits de D.ieu à l'homme.
Ainsi, surtout, dans l'hébreu, où chaque lettre a un sens à l'intérieur du mot, comme dans une chimie moléculaire essentielle et musicale.
Qui a découvert ainsi le mot en hébreu a fait une expérience inoubliable et la Torah lui apparait alors comme une myriade de lettres vivantes qui disent chacun des messages, qui sont des lumières éclairantes, des goûts délicieux, des téâmim. 
Alors nous disons : 
ma ahavti toratékha, kol hayom hi si'hati
"combien j'ai aimé Ta Torah, tout le jour, en moi, elle est ma conversation" (psaume 119, 97).
Tout ce psaume 119 décrit la relation d'amour dans la parole. C'est la bonne langue.



Qui est le 'Haféts 'Hayim ?

Rabbi Yisraël Méïr ben Arié Zéév haCohen, de Radine en Pologne (1839-1933) a mérité d'être nommé par les deux mots 'Haféts 'Hayim du psaume 34, 13-15 en raison de ses qualités et de son oeuvre ; le psaume  dit : "mi ha iche hé 'haféts 'hayim ? Quel est l'homme qui aspire à la vie ? qui aime de longs jours pour goûter le bonheur ? Préserve ta langue du mal, et tes lèvres des discours perfides ; éloigne-toi du mal et fais le bien, recherche la paix et poursuis-la". Il personnifiait ces versets.
 Ses ouvrages le prouvent : Ahavate 'hésséd (amour de bonté), Kountress ahavate Yisrael (Recueil sur l'amour d'Israël), Haféts 'Hayim et Chémirate hallachone (garder sa langue) qui sont une étude précise et claire des mitsvotes qui concernent la médisance (rékhiloute ou lachone harâ) et la haine gratuite sous toutes  leurs formes. Il a fondé une yeshiva (Radine, 1869) qui formait à cette pédagogie. Il s'ensuivit qu'il était autant apprécié des courants opposés qui s'agressaient farouchement, les 'hassidim et les mitnaguedim. Il avait été formé par Rabbi Yisrael Salenter qui a fondé le courant dit du  moussar, ou de la morale, mais également grand talmudiste qui a laissé de brillants commentaires sur le Talmud
  Il a également écrit Michna Béroura, la michna éclaircie. C'est un livre qui résume et commente la halakha selon la tradition achkénaze à partir de la section du Choulkane Aroukh intitulée Ora'h Hayim.
Son influence a été et reste considérable. Son oeuvre est un classique de toute bibliothèque juive. Des groupes continuent à s'organiser pour monter une garde continue contre la médisance.


Pour améliorer, il faut aussi analyser nos actes

D'abord, le Zohar va nous faire prendre conscience de la gravité des dynamiques de nos médisances :
- bien qu'Israël est un pécheur sur tous les plans de générations en générations, D.ieu ne veut pas qu'il aille jusqu'au péché du  lachone ha râ (II 190a).
- c'est par l'effet du  lachone ha râ,  que les maladies fondent sur le monde (II 122a).
- il y a un esprit qui est affecté auprès de ceux qui pratiquent le  lachone ha râ,  et quand ils commencent à parler il diffuse la mort et la destruction dans le monde (II 264b).
- celui qui fait de sa langue une épée, se place sur la tête l'épée qui détruit tout (III 52b).
- celui qui parle avec  lachone ha râ,  tous ses membres deviennent impurs et il est susceptible que tombent sur lui les pires maladies... et sa prière ne peut pas parvenir devant D.ieu (III 53a).
- à tout mot de  lachone ha râ,  s'attachent des esprits destructeurs (III 85a).
- malheur à celui qui fait sortir de sa bouche le lachone ha râ, (III 161a).
- les divers dommages et nuisances viennent du  lachone ha râ,  (III 206a).
- c'est à cause de la faute de  lachone ha râ,   qu'un individu meurt avant le temps qu'il lui était fixé (Tiqouné Zohar 142a).

La psychologie au secours pour arrêter notre médisance
Il n'est pas possible d'arrêter la médisance simplement par des exhortations. Le judaïsme nous apprend qu'il faut analyser avec précision les faits pour comprendre ce qu'il s'y joue. C'est tout le talmud. Sans cela, on aura une bonne théorie qui reste sans aucun contact avec la réalité. La psychologie moderne nous aide simplement à fignoler nos analyses pour mieux atteindre ces buts. 
C'est un devoir que de faire cette analyse personnelle de nos comportements. La Torah nous montre les dégats causés quand cela n'est pas fait : il est dit au début du Livre des Rois que le fils de David se rebellait contre lui, voulait prendre son trône et le mettait en péril de mort parce que son père David ne l'avait pas éduqué à se poser la question ;"pourquoi fais-tu cela" af paam la amar lo, madouâ cakha âssita ?
Ces mécanismes de médisance sont le résultat d'une auto-suffisance où l'on se croit le maître du monde qui doit se plier à nos fantasmes internes ; cet état est normal au début du développement de l'enfance, mais c'est toute la tâche de l'éducation que d'apprendre à l'enfant à se connaître, découvrir l'existence des autres et les respecter dans leur différence. L'éducation de l'enfant comme roi et tyran est une erreur très fréquente. Celui qui pratique la médisance se doit d'analyser où ont été, dans son parcours d'enfance, les failles dans l'acceptation d'autrui et dans l'inflation et l'infatuation du moi.

Examinons par des exemples fictifs quelques règles qu'il faut mettre en action chaque fois que nous faisons du lachone ha râ

Connaître les règles de la projection, du déplacement et du bouc émissaire
1. Cela veut dire que lorsqu'on attaque quelqu'un, il y a de grandes chances que l'on soit alors hypersensible à un défaut chez autrui parce qu'il est comme un miroir en face de nous. Et on supporte mal cette révélation de notre propre déficience. Mais on n'est pas conscient que nous mettons cette rage à critiquer autrui pour ces motifs et nous nous pensons objectif. Cela s'appelle la projection.

2. Nous faisons alors de l'autre un "bouc émissaire" envoyé à la mort à notre place pour que nous gardions l'image pure de nous-mêmes à nos propres yeux sans nous remettre en question.
Nos Sages connaissaient bien ce mécanisme et disent :
kol happossél bé moumo possél  (Qiddouchine 70a)
tout homme qui disqualifie un autre, le fait à partir de sa propre déficience.
Donc, quand nous attaquons quelqu'un, et surtout quand nous disons du mal à quelqu'un en face ou rapportons ce mal à d'autres à son sujet, 
- nous devons nous interroger sur cette même déficience en nous, 
- nous devons nous demander si nous ne faisons pas que projeter cela sur autrui.
C'est ce que disent nos Sages :
Moum ché békha âl tomar lé 'havérékha (Baba Metsia 59b).
La déficience qui est en toi, ne la dis pas envers ton ami.

3. Un autre mécanisme important à connaître est le déplacement. Cela veut dire que la projection de nos défauts personnels sur autrui ne se fait pas toujours en ligne directe ; nous allons en voir des exemples. Parfois, l'accusation est faite avec un déplacement : c'est le même défaut mais il est transposé dans une autre zone, sur un autre contexte ou sur d'autres contenus, ce qui nous permet de ne pas reconnaître que nous faisons de la médisance par projection de nos défauts. 

Pourquoi toute cette pédagogie compliquée ? Parce que nous avons reçu la Torah et nos défauts comme nos qualités pour améliorer le monde.

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Rappel: l'étude du psaume 90 est indispensable pour compléter le message de la paracha.