La 'hallah
Le pain juif, sa signification, sa pratique
Bamidbar (Les Nombres) 13, 1 - 15, 41
La
305e mitsva de la Torah sur les 613: la 'hallah
Rachi fournit les précisions concernant la
'hallah au verset 15, 20 de la paracha
Chéla'h lékha (lien ici), dans le livre Bemidbar qui
est un des cinq de la Torah, le quatrième:
- étant dans la terre d’Israël, quand la majorité des
Juifs y sont, il faut soustraire -des cinq céréales pétries
et enfournées (froment ou blé 'hita, orge séôra,
seigle chipone, avoine chibolète, sarrasin kosmine)-
un volume de pâte de la proportion de 1/24 pour un particulier et
de 1/48 pour un boulanger; c'est ce qu'on appelle hafrachate 'hala;
pour un particulier, les Sages ont décidé que cela correspond
à la taille d'une olive (on dit kazayite) qui à
l'époque avait la taille d'un demi oeuf, et on nomme cette partie
'hallah et personne ne peut la manger hormis les Cohanim, ce
qu'il referont un jour comme nous le souhaitons; les rabbins en ont décidé
ainsi pour que cette mitsva ne soit pas oubliée pour le temps où
le peuple revenant sur sa terre et y vivant selon la Torah, les ennemis
n'auront plus alors aucun pouvoir sur lui et le service du Temple sera
rétabli ainsi que la mitsva de la 'hallah et de son prélèvement:
- seule une pâte séchée au soleil ou cuite à
l’eau n’est pas soumise à cette règle; cette quantité
de 'hallah est aussi précisée par les Sages en
fonction d'une quantité minimale de pâte; en gros, on ne
prélève pas à moins de 1 kilo et demi de farine,
mais il faut demander au rabbin de la communauté les précisions
car cette dimension varie suivant les coutumes et traditions qu'il faut
respecter et transmettre. De même en ce qui concerne les liquides
variés que l'on peut ajouter ou non à ce type de pâte.
- ce prélèvement sera remis aux Cohanim pour leur usage
personnel quand le Temple existera et fonctionnera;
- comme incitation éducative, la mitsva a été maintenue
par les rabbins quand la majorité du peuple fut hors de la terre
d’Israël (sans remettre aux Cohanim le prélèvement
mais en la brûlant pour qu'elle n'ait pas un usage humiliant; voir
Séfér ha'Hinoukh, 385). On appelle cela une mitsva dé
rabbanane.
Concrètement
- Généralement, on prélève
avant de passer à la cuisson mais il peut y avoir des exceptions
par exemple quand la pâte est très liquide pour permettre
de saisir la partie à prélever alors qu'on pourra le faire
quand la cuisson aura désséché la pâte.
- beaucoup se recueillent à ce moment, associent en esprit des
personnes qui ont besoin d'aide pour qu'elles bénéficient
de la bénédiction, donnent une tsédaqa, sont conscients
de ce qu'elles sont en train de réaliser dans la maison et dans
la famille, et que cela est une préparation du Chabbate et disent
parfois "likhvod Chabbate qodéche, en l'honneur
du Saint Chabbate". Des versets divers sont souvent dits, puisés
dans ceux de la Torah ou du Tanakh qui citent les prélèvements
dans les sacrifices ou la bénédiction du travail des mains,
comme ce texte du prophète Ezékiel 44,30: "Les prémices
réchite de toute primeur bikouréi kol quelle
qu'elle soit, tout prélèvement térouma quelconque
que vous aurez à faire, appartiendront aux Cohanim; de
même la première part de vos pâtes vé réchite
ârissotéikhem, vous la donnerez au Cohen, pour que la
bénédiction repose sur votre maison lé hania'h
bérakha él beitékha".
- on saisit une portion de la pâte îssah qui n'a
pas encore été mise en forme, d'une dimension d'environ
28 grammes, comme une très grosse noix;
- on dit la bénédiction (bien
prononcer le 'hét et le daguéche qui double le l dans le
mot 'hallah):
Askénazim: "Baroukh ata Ado-naï Elo-hénou
Mélékh haôlam achér qiddéchanou bémitsvotav
vétsivanou léhafriche 'hallah (Béni, Toi, Hachém
Eloqénou Roi du monde qui nous as sanctifiés par Tes commandements
et nous a ordonnés de prélever la 'hallah)".
Une variante est d'ajouter les mots: "mine ha îssah,
de la pâte".
Séphardim: "Baroukh ata Ado-naï Elo-hénou
Mélékh haôlam achér qiddéchanou bémitsvotav
vétsivanou léhafriche 'hallah téroumah (Béni,
Toi, Hachém Eloqénou Roi du monde qui nous as sanctifiés
par Tes commandements et nous a ordonnés de prélever la
'hallah téroumah)".
- on saisit alors la partie que l'on prélève et on dit:
"Haré zo 'hallah, voici ceci est la 'hallah".
- on brûle cette partie en la plaçant généralement
sur un papier d'aluminium ou dedans pour bien l'isoler.
- certains ajoutent après cette mitsva réalisée:
"Yéhi ratsone milléfanéikha, Hachém
Eloqénou vé Eloqé Avoténou, ché yibané
Beit ha miqdache bimhéra véyaménou, vé tén
'hélqénou vé Torahtékha, Que ce soit
Ta volonté devant Toi, Hachém notre D.ieu et D.ieu de nos
Pères, que soit bâti le Temple bientôt de nos jours,
et donne nous notre part dans Ta Torah". Mais chacun ou chaque communauté
a ses coutumes.
- Le mieux, pour ceux et celles qui n'ont pas pratiqué cette mitsva
est de se rendre chez toute famille qui pratique et de demander d'assister
à ce rite, ce qu'ils accepteront volontiers car tout Juif a non
seulement la mitsva d'étudier mais aussi celle d'enseigner.
-
Les formes concrètes du pain ainsi fabriqué et dénommé
lui aussi 'hallah sont très variées ainsi que
la recette culinaire qui varie suivant les régions.
- Ce pain est d'abord utilisé au début du premier repas
de Chabbate, après le Kiddouche. Et avec la bénédiction
du pain.
Le
sens de cette mitsva de la 'hallah.
Dans notre méthode d'étude que les lecteurs
connaissent maintenant, nous savons que, toujours, le Chla ha Qaddoche,
en s'appuyant sur Rachi, le développe et nous transmet le sens
intérieur de la mitsva, son intériorité, sa pnimioute
qui est l'essentiel porté par l'acte.
En effet, toute la méthode du Chla est basée sur le verset
6, 23 des Proverbes (un chandelier est la mitsva nér mitsva,
et la Torah est la lumière vé Tora or, et la bonne
conduite de vie se fait par l'exhortation à la morale vé
dérékh 'hayim tokhe'hote moussar): d'abord l'étude
de la mitsva, puis comprendre sa lumière intérieure, enfin,
étendre cette vie dans la réalité des relations.
C'est le Chla qui a formulé le plus clairement ces 3 stades de
la méthode traditionnelle d'étude.
- Le Chla ha Qaddoche remarque que la 'hallah est prélevée
avant la cuisson pour que, dans sa nature essentielle, dès le début,
elle soit imprégnée de sainteté;
- en ce sens, il était prévu qu’Adam, précédant
tous, soit ainsi la 'hallah de l’humanité ;
- ajoutons avec prudence que, dans la préparation au désert,
cette génération avait été prélevée
pour être la sainte 'hallah du peuple à venir; en
effet, le Chla développe alors la conception d’Israël comme
réchite... (début de), de même que Rachi
l’avait fait sur le premier verset de la paracha Béréchite;
osons donc continuer en ce sens et dire que notre génération
elle-même de Juifs est la 'hallah sainte qui commence à
préparer sur la terre d’Israël des jours de plus grande qéddoucha
(sainteté) avec le retour de tous pour construire le pays et le
peuple dans la sainteté de la Torah selon le désir de D.ieu
à nous communiqué dans Sa sainte Torah;
- nous, les Juifs, sommes aussi un prélèvement à
bien des égards par rapport à la masse des peuples ou même
des familles dont nous sommes issus ou sortis; souhaitons que nous éclaire
l’exemple de cette génération du désert et, surtout,
de ceux qui ont réussi à franchir les défilés
périlleux comme Yehoshua, Caleb, Yokhébéd et les
femmes d'Israël qui ont traversé ces défilés
sans périr. Sachons, comme toutes ces générations,
le sens et le prix de cette terre qui est l'objectif de ce parcours, parce
que -à l'exemple de la terre d'Israël d'En-haut- elle est
le lieu de l'habitation de Hachém pour le programme qu'il
veut réaliser avec Son peuple.
Le
sens existentiel de la 'hala
Ajoutons à partir de tout cela que cette expérience
transforme la famille en une conscience vive d'être reliée
au service divin, et la part de la femme qui souvent réalise cette
'hallah prend ainsi une dimension particulièrement divine
et au service du peuple. L'homme ne se substitue pas à la femme
pour cette mitsva et ne la remplace que lors de son absence et avec son
autorisation. Le Juif a une conscience très développée
de la grandeur de la femme dans l'économie de la sainteté
et de la Création et de la circulation des énergies divines
qui assurent la régulation de la vie.
En effet, nous relions ici la spiritualité la plus forte et la
plus élevée avec la réalisation la plus concrète
et celle qui va s'intégrer au corps dans l'acte de manger. Mais
aussi dans un acte commun, celui du repas saint, et lors du Chabbate.
Un rite immémorial se déroule ici, relié à
toute l'histoire en sa part la plus belle. Dès Avraham et Sarah,
ce rite d'échange, de duo dans la maison nous est décrit
en Béréchite 18,6: "Abraham rentra en hâte dans
sa tente, vers Sarah et lui dit: "Vite, prends trois mesures de farine
de pur froment, pétris-la et fais-en des gâteaux."
La maison devient sanctuaire, LE sanctuaire.
Il s'ensuit une ambiance particulièrement élevé lors
de la réalisation de cette mitsva pour ceux qui le savent ainsi,
et tout lecteur qui l'ignorait le comprend aisément et le partage.
Réaliser une mitsva n'est donc pas un acte mécanique mais
se situer dans un concert global, harmonieux et très joyeux, spirituel.
Et nous avons conscience de constinuer la chaîne des génération
familiales depuis Avraham et Sarah: en effet, Rachi nous le précise
en Béréchite 24, 67 sur le verset disant: "Yits'haq
la conduisit dans la tente de Sarah sa mère. Il prit Rivkah et
lui fut pour femme, il l'aima. Yits'haq fut consolé de sa mère".
Le verset est plein d'émotions. Et Rachi fait explicitement référence
à la place importante de la 'hallah dans ce contexte:
" Il la conduisit dans sa tente et elle devint en exemple de Sarah
sa mère, c'est-à-dire que tout le temps que Sarah sa mère
vivait, une lumière était allumée de chaque veille
de Chabbate (c'est bien ce dont nous parlons) à la suivante, la
pâte qu'elle pétrissait était bénie, et une
nuée était fixée au-dessus de sa tente. Tout cela
a cessé à sa mort, pour reprendre à l'arrivée
de Rivkah."
Rachi a repris là ce que dit le Middrache de Béréchite
Rabbah 60,16 qui insiste sur la bénédiction faite sur la
pâte puis dit: "quand Yits'haq vit qu'elle marchait dans la
ligne de sa mère, qotsa 'halatah bétaharah, vé
sotsah yssatah betahara (qu'elle prélevait la 'hallah
en pureté et pétrissait la pâte en pureté),
immédiatement Yist'haq vint dans la tente". La Torah nous
fait prendre conscience de l'attention, de l'appréciation réciproque,
de la réciprocité dans le couple à la recherche de
la pureté chacun dans son rôle, et de l'autonomie pour cela,
et de la montée immense du couple vivant ainsi. La lumière
est présente dans cette maison et en chacun et entre les deux.
Le rite de l'allumage des lumières de Chabbate a été
précédé par cette lumière commune créée
par les deux dans la maison.
En
effet, il s'agit bien de l'action de l'épouse, mais tout autant
de l'action de l'époux qui est présent et non pas continuellement
avec ses copains pour se détendre du travail en délaissant
la maison, ou profitant encore de cours supplémentaires avant le
Chabbate pour laisser sa femme être encore seule à la maison.
Yits'haq vivait "avec elle" et la sainteté se jouait
entre eux. Ce n'est pas le rôle seul de la femme. A ce moment, agissant
ainsi, les deux époux s'aimant continuellement sont comme les deux
chérubins (à visage mâle et féminin) se regardant
au dessous de l'arche d'alliance et D.ieu parlant entre eux deux.
Que chacun laisse venir son poème pour décrire ce ressenti
personnel et de son couple.
Comment
font-ils cela, ce moment d'amour très intime et divin qui n'est
pas réservé à la chambre à coucher? Se plaçant
en sainteté et en union à la lumière du Créateur,
ils l'insèrent dans la matière, dans la pâte et, comme
un Cohen, ils la relient à la sainteté. C'est ainsi qu'ils
pétrissent le monde en pétrissant la pâte. Unissant
les différentes composantes de la matière, la pâte
et l'eau. Les unissant et les travaillant. Et de la matière inerte,
ils font une nourriture vitale. Et c'est de leur action divine ainsi sur
la matière que s'ouvrira ensuite le repas du Chabbate par la bénédiction
du pain. D.ieu met ainsi en scène qu'il reconnaît aux humains
ce partage avec lui dans le rôle de la Création de la vie.
La réalisation de la 'hallah est donc une expérience
intense qui est reliée directement aux textes de la Création
du monde et de Adam et du couple. Mais, si le couple Adam-Eve 'Hava s'est
égaré, il y a en cette préparation du Chabbate ensemble,
la possibilité de tout reprendre à la perfection dans le
trio divin de D.ieu et des deux époux reprenant ensemble les rites
d'action spirituelle sur la matière. Et c'est une construction
de l'avenir, sens de notre rôle actif dans le peuple juif.
Et les textes nous ont laissé pressentir l'émotion que cela
suscitait chez Yits'haq. Tout cela sans parole mais dans la certitude
du ressenti.
Ils sont reliés à D.ieu
par ce prélèvement.
Méditation à prolonger
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Rappel: rien n'est mieux
que dire
et méditer le psaume 128
pour compléter le message de cette étude:
- Cantique des degrés. Heureux celui qui craint Hachém,
qui marche dans ses voies!
- Oui, le produit de ton travail, tu le mangeras, tu seras
heureux, le bien sera ton partage.
- Ta femme sera comme une vigne féconde dans l’intérieur
de ta maison, tes fils, comme des plants d’olivier
autour de ta table.
- Voilà comment est béni l’homme qui
craint Hachém !
- Que Hachém te bénisse de Sion! Goûte
le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.
- Puisses-tu voir les fils de tes fils! Paix sur Israël!
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