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39e Paracha : 'Houqate
"Statut stable"
Bamidbar (Les Nombres) 19, 1 - 22, 1

Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
Site Modia : http://www.modia.org

© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mitsva obligatoire pour tout Juif qui est d'étudier et d'enseigner simultanément. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'étude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur ni l'adresse du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter. Chacun pourra ainsi accomplir la mitsva : véchinnantam lé vanéikha (et tu l'enseigneras a tes enfants) et l'autre mitsva : védibbarta bam (et tu leur parleras dans les mots de la Torah. Dévarim 6, 7).
Voyez les règles du Copyright .
Ne pas oublier que, sur votre version imprimée ou polycopiéeée, vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'étude.

Cette feuille comporte des lettres saintes, veuillez la conserver dans un endroit correct.


Les règles invisibles de tout le bonheur et de l'ordre des choses
Comment trouver la force et la tenir.
  Si les Juifs connaissaient ces enseignements, ils seraient moins obnubilés par le prestige des nations et leur force.
Et lire absolument la haftara (Livre des Juges 11, 1-33),
rien n'a changé depuis lors dans les faux arguments contre Israël, et dans l'issue des combats.




Phonétique:
"Vayédabbér Hachém el Moché véel Aharone lémor

zote 'houqate hattora achér tsiva Hachém lémor
dabbér el bnéi Yisrael véyiq'hou éléikha fara adouma témima
achér éin ba moum
achér lo âla âléha ôl"

Traduction:
"Hachém
* parla à Moché et à Aharone en disant :
Ceci est un statut de la loi qu'a prescrit Hachém en disant :
Parle aux enfants d'Israël et dis-leur de te choisir une vache rousse,
parfaite, sans aucun défaut,
et qui n'ait pas encore porté le joug.

* Hachém : on lit ainsi le nom de quatre lettres que l'on n'a pas le droit de prononcer.
Cette page comportant des lettres et mots hébraïques de la Torah, la traiter avec respect si vous l'imprimez.
 
Plan

Rappel de méthode

Premier niveau

  • Résumé de la paracha
  • Les mitsvotes dans la paracha
  • Le 'hoq : comprendre le rôle et les niveaux de la connaissance dans la Torah
  • Définition du 'hoq : précisé, limité, défi, décret libre, notre limite.
  • Quatre 'houqim apparaissent dans la Torah
  • Compréhension des différents types de mitsvotes.


  • Second niveau
  • Il y a des niveaux de l'être
  • Pourquoi ces différents niveaux de l'être ?
  • Le rôle des cendres de la vache rousse
  • Rôle pédagogique du 'hoq
  • Application
  • L'acceptation du différent et du transcendant dans le couple
  • L'amour
  • Le don
  • Les deux niveaux de l'humain
  • Comment nous former et nous développer en cela ?
  • Exercice de mémorisation

  • Organisez un échange-discussion

    Chant de la paracha
    téamim askénazim
    (ORT)

    Chant de la paracha
    téamim séfardiim
    (Alliance)

    Chant de la haftara
    téamim askénazim
    (ORT)

    La page de Ribbi 'Hayim ben Attar, le Or ha 'hayim ha qadoche, grand commentateur de la Torah très présent sur le site.

    Rappel de méthode :

  • après une première lecture pour comprendre l'ensemble,
  • lire la paracha, même en français,
  • revenir sur les références,
  • rechercher les applications dans la vie du peuple juif,
  • rechercher les applications dans la vie personnelle,
  • mémoriser le plan de l'étude,
  • jusqu'à être capable de l'enseigner de mémoire.
  • mémoriser quelques phrases centrales de la paracha.



  • Premier niveau
    Dans les parachotes précédentes, nous avons reçu la direction géographique de notre être (la terre d'Israël) et les règles morales et de vie qui doivent nous y faire fonctionner selon la Torah ; nous recevons maintenant un autre enseignement beaucoup plus complexe et plus difficile. La parache 'Houqate nous enseigne la structure fondamentale des êtres et des choses; si nous ne la connaissons pas, tout notre humanisme et toute notre efficacité s'écrouleraient. Et il tient dans un certain lien entre notre réalité visible et la réalité qui nous dépasse.

    Un tel enseignement ne peut venir de nous, il faut le "recevoir". Nous devrons donc faire un effort important pour le comprendre car il  sort de l'évidence. Ici, nous allons tester si nous sommes capables de "recevoir la Torah" ou si nous voulons seulement mener nos pensées. Le Créateur a voulu nous remettre Sa Torah qui nous dépasse, dans Sa bonté mais, pour cela, nous devons accepter de passer du temps dans une étude technique lente, c'est ce que l'on appelle étudier lichma, gratuitement, uniquement pour Sa gloire. Alors, nous comprendrons mieux ce qu'est ce rôle très particulier de membre du peuple de la Torah, les béné Yisrael.

    Situation de la paracha
    L'une des premières méthodes qu'il faut utiliser dans l'étude de la Torah est de trouver le sens en fonction du contexte qui précède, ce que l'on appelle la sémikhoute parachiyote, la contiguïté des parachiyotes (voyez Rachi sur Dévarim 21, 22).

    Donc, nous nous souvenons que cette paracha survient après le problème de la médisance (lachone ha râ)
    - contre la sainteté d'un homme (Moché) même par ses plus proches qui sont les meilleurs du peuple (paracha Béhaâlotékha), 
    - puis contre la qualité de la terre d'Israël (les explorateurs, paracha Chéla'h lékha), 
    - enfin contre l'organisation sociale et politique du peuple d'Israël fondée sur la sainteté et non sur l'ambition politique (paracha Qora'h).

    La Torah nous a ainsi montré que
    1. même si D.ieu délivre son peuple de tous les maux (l'Egypte avec son oppression d'esclavage et le fait de vivre sur une terre étrangère), 
    2. même s'il lui montre et lui donne toutes les lumières de la Torah,
    3. les hommes devront franchir par eux-mêmes l'épreuve collective de la médisance. Et ils ne parviendront pas à atteindre la qualité de ce qu'est la terre d'Israël sans avoir triomphé de cette lutte contre ces trois formes de médisance.
    4. Elle sera terrible, tous azimuths comme le montrent ces 3 parachiyotes.
    5. Puisque les meilleurs y chutent, ne nous étonnons pas de ces horreurs que nous vivons parfois nous aussi dans notre vie communautaire, ou dans la vie internationale contre Israël.

    Ces enseignements sont tellement vrais que des lecteurs nombreux m'ont fait part de leur difficulté à les entendre et qu'ils sont eu envie d'arrêter de les lire tellement ils se retrouvaient dans ces rejets en eux; et reconnaissaient en eux la défense systématique: tout cela est bien mais c'est de la religion, et pour la réalité nous allons selon les idées politiques de l'Etat où nous vivons, ou dans la liberté politique; puis, après un effort, ils se rappelaient qu'ils utilisaient ces trucages défensifs pour ne pas entendre au mot la Torah qui parlait comme cela, sur l'ordre véritable des choses et ce n'était pas quelqu'un qui exposait une autre opinion politique. Et alors on revient étudier le commentaire de la Torah pour bien la comprendre et la recevoir, et la vivre au milieu du tourbillon des manipulations et des haines. Il faut de l'honnêteté dans l'implication personnelle.
    Donc, nous comprenons bien que, maintenant, la Torah vient à notre secours, car nous ne pouvons pas dépasser ce stade par nous mêmes (il n'y a eu qu'un seul Moché) mais nous, tous les autres, nous sommes divisés entre nos tendances contradictoires. Alors, merci à la Torah qui élargit notre compréhension et nous montre dans cette paracha 'Houqate, l'ordre des choses, la structure inébranlable que nous devons tenir car c'est le véritable ordre des choses, la structure vitale de l'univers et des relations : ce sont les êdoutes, les 'houqim et les michpatim. Voici ce que nous  enseigne la paracha 'Houqate.
    Cela étant bien situé, nous pouvons comprendre l'enseignement de la paracha.

    Résumé de la paracha
    Elle nous enseigne une partie de la Torah qui sont des prescriptions dépassant notre niveau de compréhension, ce sont les 'houqim, ou 'hoq au singulier. 
    Mais commençons toujours par le niveau le plus simple. Ce mot 'hoq a plusieurs sens :
    - une loi, un réglement, comme dans Béréchite 47, 26 ou Bamidbar 30, 17 (allez voir cette référence et chacune des suivantes). C'est le sens courant actuel: la loi, les lois et dans l'hébreu moderne, une 'houqa est une constitution.
    - une loi immuable comme les lois de la nature.
    - une coutume à continuer toujours, comme dans Juges 11, 39-40.
    - une mesure de contenu ou de temps comme dans Béréchite 47, 22 ou Chémote 5, 14 ou Proverbes 30, 8 et 30, 15, ou Yé'hezqel, Ezéchiel 45, 14.
    Le mot vient de la racine 'haqqaq qui veut dire inciser et graver. Ainsi, le 'hoq est l'insertion d'une réalité spirituelle dans le réel.
    Dans notre paracha, ce mot a un sens encore plus précis, dans cette ligne, et nous allons le préciser.
    Ce 'hoq est un paradoxe : pourquoi alors nous enseigner cela ! et quel est le message important que cela nous transmet ?
    Le Or ha'hayim (voir ici le lien avec la vie et l'oeuvre des grands maîtres) pose aussi des questions réelles que le texte provoque : 
    - pourquoi est-il écrit : "zote 'houqate ha Torah, ceci est la loi de la Torah" ; avec le mot "ceci" en évidence comme dans Béréchite 2, 23 : zote ha paâm étsem mé atsmaï,  ceci est (la femme) cette fois l'os de mes os ?
    - pourquoi n'est-il pas dit : ceci est la 'houqa de la vache rousse mais ceci est la 'houqa de la Torah? Donc, en quoi ceci concerne toute la Torah à travers ce cas particulier ?  Avançons lentement, de façon systématique, vous apprenez ainsi comment on doit étudier la Torah, pas seulement en lisant et en se basant sur quelques impressions, il faut l'étudier avec précision car c'est un message important et qui a ses règles de rédaction, sans lesquelles on ne peut découvrir le contenu. N'oubliez pas la méthode que nous suivons quand vous étudierez un autre passage par vous même ou en groupe.


    Les mitsvotes dans la paracha
    La paracha présente les trois mitsvotes 397 à 399 : 
    - celle qui prescrit de brûler la vache rousse, 
    - celle qui prescrit de ne pas se mettre en contact avec un mort,
    - celle qui décrit les rites d'utilisation des cendres de la vache rousse pour la purification.

    Le 'hoq : comprendre le rôle et les niveaux de la connaissance dans la Torah
    Le rite de la vache rousse est une mitsva désignée par le nom de 'hoq, ou 'houqa indiquant que "les motifs de sa compréhension nous échappent". 
    Même le Roi Salomon qui était parvenu à comprendre tout le reste de la Torah ne pouvait pas atteindre ce niveau de compréhension ; il va de soi que sa signification échappe davantage encore à tout autre humain. Mais il faut quand même étudier car nous pourrons comprendre partiellement.

    Une question se pose à partir de là : pourquoi Hachém a-t'il voulu placer devant nous cette limite à la connaissance dans la Torah elle-même qui est lieu de la révélation ? 
    Pour éclairer cette question, le Chla (lien ici) doit éclaircir beaucoup de notions de base qui permettent de comprendre le rôle et les niveaux de la connaissance dans la Torah, et cela en fonction d'une anthropologie plus large.
    Ensuite, ces trois plans (notions, connaissance, anthropologie) se coordonnent pour répondre à une question qui nous concerne chacun : "quelle connaissance de la Torah est-elle accessible en fonction du niveau de tel ou de tel humain que nous sommes ?" 
    Ainsi, ce problème du 'hoq nous permet de découvrir tout un dispositif qui est nécessaire pour comprendre le fonctionnement des nombreux niveaux de la Torah.


    Définition du 'hoq : précisé, limité, défi, décret libre, notre limite.
    Le 'hoq est une prescription qui concerne toujours quelque chose de précisé et de limité dans le temps ou en quantité et, dit Rachi (lien ici) sur Béréchite 26, 5, c'est une prescription à laquelle s'opposent aussi bien la logique du yetsér harâ que la logique des nations du monde : 'houqotaï, dévarim ché yétsér harâ véoumote haôlam méchivim âlékém, kégone akhilate 'hazir oulevivhate chaâtnétz, ché éïne taâm baddavar éllé guézérate hammélékh vé'houqotav âl âvadav.
    Par là, le 'hoq conteste et provoque la propension habituelle de l'instinct et la logique commune des hommes, face à la logique divine ; le 'hoq est donc un défi.

    Quatre 'houqim apparaissent dans la Torah, selon Bamidbar Rabba 19, 5 qui les situe par rapport au yetsér ha râ
    - l'interdiction d'épouser sa belle-sœur hormis dans le cas du rite de lévirat ou yiboum où cette veuve remariée est nommée yévama et le beau-frère qui épouse est nommé yavam ; le renoncement à cette possibilité est le rite de 'halitsa (Dévarim 25, 5-9), 
    - l'interdiction de mélanger des espèces différentes dans les vêtements ou chaatnes (Vayiqra, Lévitique 19, 19 et Devarim, Deutéronome 22, 11) hormis le cas du voile de prière ou tallite
    - le bouc émissaire de Kippour,
    - la vache rousse ,
    - et, ajoutons selon Rachi, l'interdiction de manger du porc. 
    Ls 4 cas sont analysés en détails avec les citations des versets dans le Middrache Tan'houma 'Houqate, 7.

    Dans Bamidbar Rabba 19, 8, Ribbi Yoh'hane ben Zakaï prend le 'hoq comme un prototype de toute la logique juive : ce n'est pas le contact du mort qui rend impur et ce n'est pas l'eau qui purifie (logiques humaines apparentes), ce contact et cette eau ne rendent impurs ou ne purifient que parce que Hachém a établi le monde sous cette forme dans ses décrets d'existence et de fonctionnement

    Ainsi, la logique apparente n'est pas la preuve de l'autonomie fondatrice de l'homme ("je pense donc je...") comme une philosophie rationnelle répandue tendrait à le faire croire dans une logique partielle mais, au contraire, la logique doit se situer elle-même à l'intérieur du plan du Créateur : la fonction du 'hoq est, justement, de resituer les choses dans leur exactitude (le plan du Créateur) en nous montrant la limite placée dans notre intelligence. 
    Le Rambane le précise encore en déclarant que les tsaddiqim (les justes) ne rendent pas impurs (lo hammét métammé vé lo hammayim métaharim élla amar Ha Qaddoche Baroukh Hou : 'houqa 'haqqati, guézéra gazarti). Ce thème est développé par les Tossafotes de Baba Metsia 114b (sur mahou), de Kétouvote 103b et de Yévamote 61a. Les tsaddiqim ne rendent pas impurs, même par leur mort (motif pour lequel des Cohanim ont accompagné la dépouille de quelques géants de la Torah alors que la règle générale l'interdit). 
    C'est ce respect de cette réalité véritable du monde créé qui devrait réguler l'exercice de l'intelligence, déontologie professionnelle de l'homme et des intellectuels, responsables de collectivités, responsables des médias ; alors le monde verrait moins de désastres, de guerres, d'exploitation, de cynisme économique, de violence familiale, etc. La logique, dans l'information ou dans les décisions politiques qui sont pourtant parmi les plus importantes, est loin de se situer ainsi.

    Compréhension des différents types de mitsvotes
    Rabbénou  Bé'hayé nous éclaircit cette question : le  'hoq est-il différent des autres mitsvotes, ou toutes les mitsvotes sont-elles de cet ordre ?
    Selon sa méthode, il nous indique que c'est dans les Proverbes (Michlé 7,1-2) que la réponse à des questions de la Torah nous est fournie :
    "béni chémor amaraï, mon fils garde mes paroles,
    oumitsvotaï titspone itékha, et mes mitsvotes enfouis-les en toi,
    chémor mitsvotaï vé 'héyé, garde mes mitsvotes et tu vivras,
    ké ichone êinékha, comme la prunelle de tes yeux".

    Cherchons le sens de cette citation comme réponse. Cela nous indique que toutes les mitsvotes sont nommées également mitsvotes ou amirotes (dires), comme dans les Psaumes 12, 7 : imrote Hachém amirote téhorote ; les dires (mitsvotes) de Hachém sont des paroles pures.

    Ensuite, il nous indique que les mitsvotes sont divisées en 3 catégories que nous devons bien mémoriser:

    1. Les mitsvotes méqoubalotes (mitsvotes reçues) que l'homme ne peut pas trouver par son intelligence sans les recevoir de la tradition, comme les mitsvotes des tsitsites, ces cordons sur les châles de prière, les téfilines (boitiers mis au bras et au front et contenant un texte de la Torah, lien ici), la mila (circoncision), la soucca (cabane), le chofar (corne de bélier que l'on utilise pour émettre un son), le loulav (bouquet de 4 espèces, lien ici), etc.
    Ce sont des mitsvotes de nature divine, et elles sont nommées êdoute (témoignages) car elles témoignent directement de la divinité, du renouvellement du monde, comme le chabbate, l'année de repos de la terre (chémita), la 50e année de renouvellement (yovel, jubilé). Voyez Psaumes 119,15 et 24.

    2. Les mitsvotes mouskalotes (mitsvotes  logiques) que l'homme aurait pu trouver si la Torah ne les avait pas données, comme ce qui concerne le vol, le meurtre, la fraude, etc. Ces mitsvotes sont nommées michpatim.

    3. Les 'houqim, qui ne relèvent pas des deux catégories précédentes, comme les mitsvotes des kilaïm (mélange des espèces), du mélange interdit de lait et viande (bassar vé 'halav), du séïr (bouc émissaire), de la para adouma (vache rousse). Ces 'houqim n'ont pas eu leur sens révélé dans la Torah.

    Maintenant, nous pouvons comprendre le passage de Dévarim 6, 20-21 qui est célèbre par le chapitre des 4 fils , dans la Haggada de Pessa'h :
    ki yichalékha binékha, s'il t'interroge ton fils
    ma'har lémor, demain, en disant :
    ma ha êdoute, quels sont ces témoignages (1e sens),
    vé ha' houqim, et ces statuts (3e sens),
    hammichpatim, et ces prescriptions (2e sens)
    achér tsiva Hachém Eloqénou étkhém, qu'ordonna Hachém notre D.ieu à vous ?
    Et tu lui enseigneras : nous étions asservis à Pharaon, etc.
    N'oublions pas tout ce que nous venons d'étudier lors du prochain Pessa'h.

    Ainsi, nous comprenons que Rabbénou Bé'hayé conclut en disant :
    béni chémor amaraï, mon fils garde mes paroles, (ce sont les mitsvotes méqoubalotes ou reçues),
    oumitsvotaï titspone itékha, et mes mitsvotes enfouis-les en toi, (ce sont les 'houqim qui sont cachés et dont l'accomplissement est imposé sans que nous comprenions le sens de ces mitsvotes).
    chémor mitsvotaï vé 'héyé, garde mes mitsvotes et tu vivras, (ce sont les mitsvotes mouskalotes ou logiques);
    ké ichone êinékha, comme la prunelle de tes yeux.

    Test de vérification des connaissances :
    - comment appelle t-on en hébreu les les mitsvotes mouskalotes, les mitsvotes méqoubalotes, les michpatim,
    - quels sont les différents sens du mot 'hoq ?
    - quels sont les seuls 'houqim de la Torah ?


    Second niveau

    Note - Ce niveau est accessible à ceux qui possèdent déjà de nombreux repères dans la connaissance juive. Il n'a rien d'ésotérique, mais il se comprend en fonction d'autres connaissances déjà acquises. Tout ce commentaire est basé sur celui du Chla zal dans Chnéi Lou'hote Habbrite (Les deux tables de l'alliance), que nous avons étudié et médité pendant des années. Je rends hommage au Rav André Neher qui nous y a initié (lien ici). Les lecteurs trouveront sur ce lien la formation précise à la méthode du Chla .

    Il y a des niveaux de l'être
    Ce passage demande un effort d'analyse et de mémoire. Le fondement du 'hoq, indiqué par le Chla en introduction, lui permet alors de situer de nombreux termes de la Torah les uns par rapport aux autres dans une hiérarchie cosmologique et anthropologique en quatre niveaux dont l'origine se trouve dans le Séfer Yetsira (niveaux de réchimou, 'haqiqa, 'hatsiva, âssia): 

    1. dans le niveau de âssia (action)
    - nous y trouvons les mitsvotes compréhensibles rationnellement et éthiquement; 
    - c'est le niveau de la connaissance nommé Torate haadame (Torah de l'homme);
    - c'est le niveau où le peuple est nommé âm, dans toutes ses composantes même les moins élevées;
    - c'est aussi le temps qui va de la destruction du second Temple à la fin de la rédaction du Talmud, seule source de notre lumière de compréhension.

    2. dans le niveau de 'hatsiva (taille) ; comme la taille des pierres de l'alliance, imprégnation du concret par le spirituel, 
    - nous y trouvons les mitsvotes caractérisées par du symbolisme comme les constructions des cabanes lors de la fête de Souccote. 
    - c'est le niveau de la connaissance des significations, niveau nommé Torate éméte (Torah de vérité);
    - c'est le niveau où le peuple est nommé qahal, dans la mesure où ses composantes spirituelles se manifestent et, parmi ses différentes composantes, il y a les convertis qui ont été capables de comprendre la Torah et ses mitsvotes (Yébamote 57);
    - c'est aussi l'ère qui va depuis les "anciens de la Grande Assemblée", anchéï knéssète haguédola, depuis Chimeône hattsaddiq jusqu'à la destruction du second Temple. (Voir ici le tableau chronologique).

    3. dans le niveau plus élevé de 'haqiqa, celui de notre paracha,
    - nous y trouvons les mitsvotes dont l'homme ne parvient pas à comprendre la nature sprituelle ou l'essence;
    - c'est le niveau de la connaissance des noms de Hachém par ceux qui l'aiment et sont bnéï israël; à ce niveau de connaissance, la Torah est nommée Torate Eloqim (Torah de D.ieu);
    - c'est le niveau où le peuple est nommé êda;
    - c'est aussi le temps où l'esprit de sainteté, le roua'h haqqodeche était manifeste, comme pendant les empires perses et mèdes avec Mordékhaï.

    4. ce niveau se poursuit dans le dernier niveau de réchimou, information, au sens fort du mot, le plus subtil, comme dans le cas du 'hoq de la vache rousse, seuls des humains du niveau de Moché ou de Ribbi Âqiva ont pu atteindre à la compréhension;
    - c'est aussi le niveau où l'homme participe de la réalité divine par le niveau le plus élevé de sa néchama, il rejoint le vouloir, le ratsone, le vouloir intime du Créateur;
    - c'est le niveau de la connaissance de l'unité de Hachém, niveau nommé Torate Hachém;
    - c'est le niveau où le peuple est nommé qéhal Hachém, l'élite;
    - c'est le temps des prophètes.
    (Exercice: faites-vous un tableau pour vérifier si vous mémorisez bien toutes ces notions et ces vocabulaires que vous rencontrez d'ailleurs dans la prière. Vous verrez combien cela sera fructueux).

    Pourquoi ces différents niveaux de l'être ?
    Ils manifestent des différences dans la connaissance qui sont des différences dans la "capacité de prendre conscience, en raison de la qualité de notre être et de notre formation". 
    Il est évident qu'il n'est pas utile d'essayer de nous situer nous-mêmes dans ces hiérarchies pour y situer notre valeur. Ce n'est pas une réalité statique ni géologique de l'être.

    Leurs différences ont des buts dynamiques et pédagogiques:
    - nous faire comprendre le texte de la Torah de façon désintéressée, léchém chamayim,
    - nous inciter à vivre au niveau le plus élevé de notre être afin de permettre à la Torah de le mouvoir davantage,
    - nous aider à faire ces passages entre les niveaux de la réalité. La prière de Cha'harite est ainsi bâtie qu'elle nous mène chaque matin d'un niveau à l'autre d'une façon très organisée. 

    Quand Israël vit au niveau optimal ou sur cette trajectoire, les nations et l'ange de la mort n'ont pas pouvoir sur elle, comme dit le psaume 82, 6-7 : "J'avais dit, Moi, vous êtes des dieux ; mais non, vous mourrez comme des hommes, comme l'un des princes vous tomberez". 

    Le rôle des cendres de la vache rousse (qui purifiaient quand le Temple existait). 
    Suivant ce modèle, le rôle du 'hoq est de nous aider à rétablir l'état de perfection correspondant à celui de la Torah parfaite, Torate Hachém témima
    Et, à notre petit niveau, nous ne pouvions réaliser ce rite efficace que parce que la Torah nous en parle, et l'étude de la Torah joue ce rôle actuellement; cela nous enseigne de ne jamais quitter l'étude et la méditation de la Torah afin de réaliser cette élévation de niveau, comme il est dit à Yehoshua (Livre de Yehoshua 1, 8) : 
    "lo yamouche séfér ha Torah hazzé mi pikha, qu'il ne quitte pas, le livre de cette Torah, ta bouche
    vé haghita bo yomam va laila, et tu méditeras en elle la jour et nuit".
    En effet, l'étude ne suffit pas, elle doit aller jusqu'à la méditation signifiant que l'étude entre dans l'être comme une fine pluie dans la terre, jour et nuit, comme une rosée qui pénètre vraiment.


    Rôle pédagogique du 'hoq
    Dans ce contexte, 

    1. certes la signification du 'hoq nous échappe et nous transcende, mais il est le signe que 
    - nous ne quittons pas la Torah, comme un lien suprême,
    - nous ne soumettons pas notre logique de compréhension aux logiques plus basses et aux autres systèmes de valeur moins élevée (l'essentiel pour le Juif responsable n'est pas l'adhésion partisane à des politiques mais la recherche de l'adéquation à cet ordre bon du monde, dont le reste découlera. C'est parce que nous avons ainsi "reçu" la Torah que nous sommes le peuple spécial des béné Yisrael : ki âl yédé ché qibbelou ha Torah naâssou âm béné Yisrael (Or ha'hayim).

    2. Nous voyons maintenant pourquoi nous devons passer du temps à étudier ce phénomène incompréhensible du 'hoq: il nous apprend à garder présent, sur notre écran de pilotage,
    - la place de "la transcendance"
    - de "ce que nous n'avons pas encore compris"
    - du "meilleur" que nous n'avons pas encore atteint
    - la place du "différent-de-nous" comme part essentielle de notre réalité. C'est la base de la modestie ou humilité, caractéristiques de Moché Rabénou.
    - Le Chla parle aussi de "l'importance de ce qui est apparemment contradictoire dans la Torah".
    Mémorisez ces notions.


    Application : le coeur 
    Ce transcendant ne concerne pas seulement la logique. Mes lecteurs savent que je répète sans cesse (citations à l'appui) que la connaissance juive passe à la fois par la logique et par le coeur et par l'ensemble de l'être. C'est cet ensemble qui est nommé lév  (coeur) dans le judaïsme. Ecoutez cette merveille : le petit livre de Ribbi Âqiva intitulé Le middrache des lettres (Ha otiote) de Ribbi Âqiva dit que la lettre lamed et le mot lamad (étudier) est composé des lettres initiales de lév mévine daâte ("le coeur comprend l'union de connaissance"). Quelle richesse le judaïsme, dans d'autres langues, la lettre L a certes des sonorités mais pas de sens en soi.
    Cela, exactement, c'est le judaïsme, la conjonction du niveau le plus concret au niveau le plus élevé, car daâte est autant l'union des deux époux corporellement, la connaissance intellectuelle, l'union  interne aux niveaux divins. Qui a compris cela a devant lui une longue marche, une voie d'équilibre et d'épanouissement qui assume les différents niveaux de l'être dans une cohérence. Il n'y a aucune contradiction dans le judaïsme entre la nature, la science, la spiritualité, la poésie et l'amour. C'est une compréhension holistique comme notre propre être individuel, et notre propre être dans le duo du couple du peuple, ou de l'humanité. Il est triste de voir tant de jeunes juifs chercher dans d'autres civilisations le b-a ba de tant de niveaux auxquels ils aspirent et se disperser sur toute la planète pour cela, alors qu'ils ignorent que leur propre tribu a une science anthropologique considérable. Je ne suis nullement contre la connaissance des autres cultures qui ont aussi un rôle que nous n'avons pas dans la connaissance, et mon doctorat d'Etat sur le rêve est basé sur une connaissance approfondie et linguistique des oeuvres de plusieurs de ces civilisations anciennes ou actuelles d'occident ou d'orient. (Voyez cette page sur mes travaux scientifiques et ce lien d'un de mes dessins en hindi).
    Permettez une petite anecdote. J'enseignais à l'Université à une trentaine de psychologues, psychiatres et autres travailleurs sociaux diplomés et en spécialisation sur la psychothérapie des drogués. Je devais faire appel à des notions d'anthopologie comparative pour traiter du malaise et des thérapeutiques apportées. Mais la plupart bondissaient (avec la spontanéité israélienne) dès que je touchais un concept juif puisque nous sommes en contact avec des malades juifs dans un milieu juif. Et, simplistes, certains hurlaient : "je suis 'hiloni (laïc) je ne veux pas entendre parler de yahadoute (judaïsme)". Bien entendu, je n'affrontais pas la défense. Deux semaines plus tard, je dis avant le cours: "Une petite information. Je cherche des assistants pour une recherche pour laquelle j'ai reçu des crédits importants. S'il y en a qui sont intéressés vous me le direz la semaine prochaine et on en parlera". Puis j'ai donné le cours. La semaine suivante, je n'en parle plus mais ils m'interrompent: "quelle est cette recherche? Combien les assistants seraient-ils payés? Voyage compris?". Je réponds brièvement que "c'est une recherche sur les rites d'une tribu dans une île du Pacifique depuis la naissance jusqu'à l'âge adulte et leur influence dans la formation de la personnalité, trois mois et un très bon salaire mais je ne cherche que des assistants de qualité, capables de lire, préparer et travailler dur et on reverra cela la semaine prochaine en privé pour ceux qui sont candidats". La semaine suivante, tous voulaient savoir et se proposaient comme candidats. Alors je leur ai dit brièvement que "les rites étaient une forme de circoncision, les rites des femmes pendant la menstruation, leurs fêtes, et prières et les médecines traditionnelles et l'influence de tout cela dans la formation de la personnalité et le traitement des troubles psychiques". Ils trouvaient cela passionnant et voulaient commencer à étudier cela tout-de-suite et savoir où se trouvait cette tribu. Je leur ai dit : "elle est en Israël, ce sont les Juifs". Silence total puis, en riant: "on a compris, vous pouvez continuer votre cours". Histoire authentique. C'est cela les Juifs, depuis l'Egypte, contrairement à Avraham: la fascination de l'autre jointe à la difficulté à assumer sa propre richesse. Même après le Sinaï et tous les miracles de l'Histoire.

    Application : le couple 
    Ainsi, à l'image de la présence du 'hoq dans le réel, toute réalité est composée de deux niveaux qu'il ne faut jamais dissocier même si l'un est visible et l'autre invisible : tout est couple, jumelage ; et, par cela, tout est à l'image du couple qui est le centre du projet du monde.
    Ce thème revient sans cesse sur Modia, non pas comme un leitmotif personnel de l'auteur du site mais comme ce que nos Sages nous enseignent être le sens central de la Torah, du judaïsme et du monde (voyez le Chir ha chirim). Nous avons synthétisé cela dans l'image qui est sous l'emblème du site. 
    Cela est parfaitement condensé dans cette phrase du Middrache Dévarim Raba (2, 31) : 

    "Amar Ha Qadoche Baroukh Hou lé Yisrael : banaï, kol ma ché barati barati zougote
    Le Saint béni soit-Il dit : Mes fils, tout ce que J'ai créé, Je l'ai créé en couples,

    chamayim va aréts, zougote ; 'hama ou lévana, zougote ; Adam vé 'Hava, zougote, ha ôlam hazzé vé ha ôlam habba, zougote
    cieux et terre : couples ; soleil et lune : couples ; Adam et Eve : couples ; ce monde-ci et le monde qui vient : couples.

    aval kévodi é'had ou meyou'had baôlam. Minaine, mimma ché qarinou ba îniyane "chémâ Yisrael, Hachem Eloqénou, Hachém é'had".
    mais Ma gloire est une et unifiée dans le monde. D'où le sait-on ? De ce que nous disons à ce propos : Ecoute Israël, Hachém notre D.ieu, Hachém est un".

    En ce monde, et dans le lien entre ce monde-ci et le monde spirituel, tout est double, coordonné, couple, et tout est sur le modèle conjugal. Quel manque ont certaines langues qui -contrairement à l'hébreu ou au français et d'autres langues- n'ont pas ce mot unique "couple" ou zoug, pour exprimer l'unité de toute la dynamique de la vie spirituelle, affective, sexuelle, etc, entre les conjoints, et utilisent ce mot pour indiquer une paire, toutes sortes de paires.

    L'acceptation du différent et du transcendant dans le couple
    Prenons donc comme base de notre réflexion un point de vue élevé, pour regarder ce quotidien : Hachém a voulu créer l'homme en deux niveaux, différents et irréductibles. Si chacun de ces deux niveaux n'est pas vu, compris et accepté et aimé dans toute sa spécificité, c'est l'ensemble de l'homme (et surtout cette entité double par nature, homme-femme) qui est abimé. Le couple est, justement, le test de cette reconnaissance de l'apparent et du 'hoq.
    Il y a donc nécessité absolue que les deux composantes reçoivent l'une de l'autre la pleine reconnaissance de leur être double; et ce n'est aucunement le cas de nos jours de façon globale dans les sociétés. 
    Je parle de reconnaissance et je ne parle pas d'égalité car cette façon de poser le problème serait ontologiquement fausse : en effet, contatant ensuite qu'il y a différence d'être contrairement au mot utilisé "égalité", on en tirerait prétexte pour ne pas accorder l'égalité. Je parle de "reconnaissance de la plénitude de l'être du niveau le plus simple au niveau le plus élevé" ; l'égalité découlera seulement de cette reconnaissance ; alors, comme nous le montrons dans les versets parlant de la lune, la lumière de la lune et celle du soleil seront égales. L'unité est l'union dans les différences reçues dans leur intégralité.

    On peut mieux comprendre maintenant pourquoi les cendres de la vache rouche (catégorie du 'hoq) ont pour fonction de réintroduire la pureté, et en particulier la pureté dans la relation du couple.
    La dualité irréductible homme-femme (analogue à ces niveaux incompréhensibles de l'être dont nous parle la paracha) est ainsi le test et le témoin de la place que nous accordons à tout autre qui est différent de nous et qui transcende et échappe à notre prise. Cette valeur transcendante a sa source dans la Torah transcendante, et dans l'acceptation de toute la Torah, le compréhensible et l'incompréhensible. Mais on y réfléchit beaucoup!

    Pour cela, le chapitre 4 de Devarim nous incite à n'enlever rien et à ne retrancher rien de la Torah ; s'il est des aspects qui sont compréhensibles, et d'autres qui ne le sont pas, ensemble ils forment un tout indissociable ('houqim oumichpatim). La guerre entre les personnes, dans le couple, dans les groupes, entre les peuples, vient souvent de ce que une partie seulement de l'être de l'autre est acceptée et comprise. Les nations respecteront Israël dans la mesure où celle-ci apparaîtra à leurs yeux comme fidèle à l'ensemble de la Torah. Le niveau le plus élevé ou le plus sophistiqué de la politique démocratique n'atteint pas cette plénitude qui va de l'intime au spirituel en passant par la gestion du social.


    On ne doit raconter ses rêves qu'à des personnes qui vous aiment mais celui-ci n'est pas particulier et il n'est pas surprenant qu'il me soit venu dans le contexte de cette paracha. C'en est le sujet et il l'illustre: j'étais dans le jardin d'une université et un collègue très ancien habillé de façon très décontractée est devant moi et regarde avec attention un carré qui est composé d'un fouillis d'herbes et fleurs de différentes hauteurs qui ressemble simplement à un endroit pas défriché, contrairement à ce que l'on voit plus loin où chaque carré a ses plantes particulières. Il me dit, vous voyez, cela c'est le coin réservé au Pr X qui a fait la plus grande révolution scientifique, qui a été aussi révolutionnaire que celle de Einstein. J'écoute très intéressé. Regardez ce rosier, sur la tige qui va vers la belle rose, il y a un bout de branche de 10 cm environ qui est mort. On l'enlève toujours et dans la science on n'avait jamais porté attention à cette partie. Lui a découvert que ce qui semble mort, et qui peut l'être est tout aussi important pour la structure globale de la plante et il en a trouvé les descriptifs scientifiques. Ainsi, il a trouvé la formule-clef qui montre que ces herbes différentes ne sont pas placées au hasard entre elles mais qu'elles ont une position relative à laquelle personne n'avait jamais porté attention. Et ce coin d'herbe qui vous semble si naturel est ce qu'il a constitué en travail de laboratoire sur la base de ses découvertes. Il a trouvé la structure avec quelque chose auquel personne ne pensait".
    Ce rêve me semblait un enseignement très important et très fort dont, comme les autres je ne percevais pas toute l'importance.
    En fait, ce rêve a de l'humour juif comme les histoires hassidiques; et ce savant devait être un descendant de Betsalel qui connaissait la structure des choses ou du Maharal de Prague qui sut construire le golem; mais, en fait, il me montrait le respect total de l'ordre global, le lien de l'invisible et du réel, sans contradiction, apaisé, et le calme entre l'intelligence, la science et le respect. Une union qui est efficace. Mais le 'hoq est encore au-delà de cela.

    Photos de l'auteur.
    Voyez la galerie de ces fleurs.

    L'amour
    N'est-ce pas cela l'amour : avoir compris la valeur apparente de l'autre et l'aimer, certes, mais l'aimer également en ce qui est pressenti exister globalement sans qu'on puisse jamais aucunement le nommer mais pourtant lui être fidèle dans l'écoute, dans l'appréciation, dans les attentions, dans l'unité des deux êtres, dans les actes et dans l'avenir. A ce moment-là il n'y a pas de haine ni de colères de mépris.
    Cela commence par le mystère de la rencontre, et des temps de rencontre. C'est la symphonie par la jonction heureuse du plus élevé et du plus différent et du plus concret.
    C'est pour cela qu'il est dit que, même pour Hachém, les mariages sont ce qui est le plus compliqué dans la Création, plus difficile que le miracle de séparation de la Mer Rouge. C'est peut-être de l'ordre du 'hoq. Et seul, l'homme peut l'intégrer dans notre réalité, pas Lui.
    Mais, en même temps, par le 'hoq, la bonté de Hachém nous indique que nous pouvons vivre ce que nous ne pouvons atteindre entièrement par la compréhension. Cela est dit dans le splendide chapitre 30 de Dévarim : "cette mistva que Je t'impose n'est pas trop aride pour toi, ni placée trop loin, elle n'est pas dans le ciel, elle n'est pas au delà de l'océan, 
    non la chose est très proche de toi, ki-qarov éléikha haddavar méod,
    tu l'as dans ta bouche et dans ton coeur, béfikha ouvilévavékha 
    pour pouvoir l'observer,"laâssoto".
    Le judaïsme, certes, nous impose et nous ordonne (c'est la mitsva), 
    mais c'est l'amour, l'amour le plus élevé et les conditions de sa réussite
    qui nous sont imposés comme ordre de l'être et de toute la Création.

    La démonstration du 'hoq transcendant nous ouvre à ce qui aurait pu être totalement caché à notre intelligence, à nos yeux et à notre coeur.

    Ainsi, quand un proche manifeste une délicatesse, un acte gratuit de bonté, présente un cadeau, ce n'est pas l'acte ou l'objet qui importe le plus ; nous sortons de la logique de l'avoir, du calcul, de la menace, de ce qui pèse trop sur autrui, et nous devenons ouvert à ce que l'acte indique sans pouvoir le dévoiler réellement : le cœur bon le comprend, n'y voit pas seulement un code social ni un objet en soi, encore moins une manipulation ni une pression, mais une communication qui vient d'au-delà du visible pour rencontrer l'au-delà du visible chez l'autre. L'acceptation et la sensibilité réciproques à l'intention créent l'union plus profondément. Ils rappellent les premiers moments d'émoi ou, dans les yeux de l'autre, l'immensité de la bonté de l'être était découverte, et où un "oui" réciproque et infini se disait. Seule la beauté des fleurs, peut-être, nous révèle que le plus concret et le plus beau et le plus pur se confondent.
    C'est à ces niveaux que la Torah nous élève en nous montrant la flèche et la trajectoire du 'hoq, même si nous ne le comprenons pas explicitement.

    Le don
    Ainsi, cette dualité des deux niveaux apparait dans la bénédiction que nous récitons avant la lecture du don de la Torah : 
    - quand nous disons "vé natane lanou éte Torato (et il nous a donné Sa Torah)", cela parle de la Torah invisible et cachée, et quand nous ajoutons noténe ha Torah (donne la Torah), cela réfère à la partie dévoilée de la Torah ;
    - ensuite, quand nous avons reçu la Torah, dans la bénédiction nous disons également deux formules ("Torate éméte, Torah de vérité, et 'hayé ôlam, vie éternelle") et toutes les deux parlent de la dimension cachée de la Torah, et nous attestons que nous l'avons reçue dans tout notre être, même  en ces niveaux que nous ne percevons pas.

    Les deux niveaux de l'humain
    La paracha nous apprend ainsi à vivre dans une dualité: 
    - de même que nous avons deux yeux pour bien voir le réel,
    - de même que nous avons deux bras ou deux mains différentes pour agir sur la réalité, 
    - de même que nous avons deux composantes masculine-féminine dans notre existence comme homme-adam, 
    ainsi nous avons aussi deux sphères qui se conjuguent dans une unique connaissance:
    celle de la connaissance visible et celle de la connaissance invisible, et aucune n'a de sens en dehors de l'autre.

    Cette unité est nommée "ciel et terre" (chamayim va aréts). C'est le premier verset de toute la Torah.
    Et le dernier mot est encore cela : Israël, c'est simultanément un peuple, un être, une terre qui sont ou devraient être le laboratoire de cette union. C'est le coeur, le lév, secret et invisible comme le coeur dans le corps, et comme le 'hoq invisible.
    Qui me dira que si je donne le coeur ou les reins ou le cerveau de l'enfant que j'aime, ou de celle que j'aime, ou le mien même, si celui qui me propose la paix en échange me le demande, j'aurai avancé d'un pas vers la paix par la suppression de cet organe vital.
    Il faut ne pas connaître la valeur de cette terre et sa fonction pour ainsi la donner, organes partiels l'un après l'autre comme nous le demandent les nations, conscientes que l'abandon d'une part signifie l'abandon de l'ensemble signifiant; toutes les générations qui savaient ont été fidèles et n'ont jamais rien donné de cet organisme de vie. Pensez à l'immense Rambane exposant ainsi la grandeur du système du judaïsme devant les provocateurs, les religieux chrétiens espagnols et leurs chefs politiques; vainqueur de la disputatio de Barcelone en l'an juif 5023 (1263), il n'eut de salut que dans la fuite. Mais il fut logique: il partit pour la terre d'Israël à une époque où elle était ravagée par les guerres, les villes détruites sauf celle de Acco, et il franchit tous les obstacles et monta à Jérusalem où il arriva le 3 Elloul 5027 (1267). Il voulut faire de son défi une victoire pour tous, écrivit une lettre dans laquelle il dépeint son émotion d'entrer dans Jérusalem, ses larmes devant la destruction et son assurance que tout sera reconstruit et refonctionnera. Notre amour ne sera pas plus faible. Nous ne trahirons pas. Comme l'a dit Eliahou Akerman, un psychologue spécialisé dans le traitement immédiat des victimes des attentats en Israël, maintenant ce ne sont pas seulement les ennemis qui veulent ainsi violer l'intégrité des Juifs, mais des Juifs eux-mêmes sur leur terre veulent en déporter d'autres de leur demeure pour la donner aux ennemis; nous devons comprendre, dit-il, cela comme un viol de l'essentiel et réagir avec l'évidence et la force que l'on manifeste face aux violeurs d'enfants. Le monde et nos voisins ont besoin que nous vivions ainsi en cohanim de cette lumière qui est sainte, et bénédiction pour tous. Je le redirai sans cesse, et dans la beauté, la connaissance et le respect de tous (lien ici).
    Le monde n'a aucune pudeur devant cette volonté de dépècement du judaïsme et des Juifs. Et le combat contre nous n'a de cesse. Cette année, nous avons vu un film (La passion) dépeindre faussement les Juifs de la manière la plus cruelle, relançant les falsifications théologiques meurtrières. La plus haute autorité du christianisme a fait savoir qu'il y a eu une évolution (contrairement au film) dans l'attitude de l'Eglise mais la semaine suivante il visionnait le film avec les traditionnalistes les plus durs envers le judaïsme. Dans le même sens, le Vatican veut maintenant canoniser Isabelle la Catholique, la persécutrice des Juifs qu'elle a expulsé d'Espagne et le Vatican a lancé une nouvelle campagne révisionniste cette fois pour minimiser le nombre des victimes juives de l'Inquisition. La provocation est indécente. Il n'a a aucun changement sur la ligne hormis la tactique plus policée. On ne pardonne pas aux Juifs de ne pas abandonner face à ceux qui (Chrétiens ou Musulmans) ont voulu se substituer à eux. Ce combat se veut théologique et territorial comme un tout. "Dépecer" morceaux par morceaux. Aujourd'hui, les religions n'ont plus besoin de combattre directement, elles dialogues mais elles constinuent à inspirer les politiques hostiles qu'elles ne condamnent pas.
    Pourtant, ce n'est pas cela qui gouverne le monde: car il y a une LOI qui dépasse toutes les volontés des hommes, de tous les politiciens et de tous ces théologiens: c'est le 'hoq. Point fixe et inaltérable, il assure la justesse de toutes les autres règles morales.Les psychologues et psychanalyses ont maintenant découvert l'importance de la "loi" internalisée. Le judaïsme l'enseignait depuis des millénaires. Et donnait et donne une formation précise pour la comprendre et la vivre.
    Voici un sceau de juge rabbinique marocain de Ribbi Moché ben Yit'haq Der'i (1774-1842) qui symbolise cette stabilité suprême dans la Torah.

    et rendons hommage à la force du Rambane (Na'hmanide) qui est la traduction humaine de cette force du 'hoq. Voici son sceau:

    Il y est écrit: "Moché, ben (fils de) Rabbi Nahman, que son âme repose, de Gérone. 'Hazaq (soyez fort!)".
    'Hazaq (soyez fort!), c'est le conseil, la demande et l'ordre que tout Juif ou Juive ont reçu dans le début du Livre de Yéhoshua, et cela a été dit spécialement au moment où nous devons entrer dans la terre d'Israël. Cela est basé sur l'assurance du 'hoq inébranlable.
    Combien il est dommage, triste, de voir encore des Juifs avoir peur après des millénaires d'exemples courageux et rester alors loin des défis de notre génération. Pire, des guides qui encouragent parfois les brebis à éviter cet affrontement à la réalité difficile, ce qui est e-xac-te-ment contraire à la Torah et à la émouna que Hachém demande de nous.


    J'ai entendu un récit témoignant de cette force qui nous est demandée. Un hôtel-restaurant de Jérusalem avait demandé et reçu un certificat de cachroute contresigné par le Rav Chalom Messas et bénéficiait ainsi d'une garantie qui lui apportait une nombreuse clientèle pour des événements religieux de fêtes. Voulant jouer sur tous les tableaux, cet hôtel se mit a organiser des festivals de danse du ventre. Le Rav supprima simplement le certificat de cachroute sans rien dire de plus contre l'hôtel. Ce dernier porta plainte à la Cour suprême pour atteinte à la liberté, et la Cour convoqua le Rav avant de le sanctionner. Le Rav se rendit à la convocation comme Président du Beth dine de Jérusalem, accompagné de ses dayanim (juges rabbiniques). Après avoir entendu la mise au point de la Juge, calmement il lui demanda en quoi elle pouvait abolir les règles de la Torah. Il lui dit: "si vous le voulez, revêtez mes vêtements et insignes de Président du tribunal rabbinique de Jérusalem et signez et envoyez votre décision rabbinique de cachroute, qui satisfera l'hôtel et vous verrez l'effet de votre décision et sur l'hôtel et sur votre institution et sur vous-même". Devant cette force tranquille qu'elle ne parviendrait jamais à soumettre, et devant son incompétence en la matière, la Juge préféra clore le dossier.
    Voilà de vrais successeurs du Rambam ou de Yehoshua, il y en a des centaines de milliers ou millions en Israël; et montent vers Israël ceux qui ressentent cette même veine de émouna et de force dans leur coeur. C'est le respect de la Torah, tout simplement, le respect de l'ordre des choses. Et il assure la morale de respect et le bonheur.


    Dans le judaïsme, ce refus de l'abandon qui est respect de la complétude est nommé"chalom". C'est un des noms de D.ieu, chalom, ce n'est pas seulement un cessez-le-feu entre conquérants opposés qui se font des concessions comme prix de la coexistence éventuelle. Ce n'est pas non plus la collaboration aux ennemis que l'on nomme mensongèrement "pacifisme". Nous ne pouvons pas trahir la dualité essentielle dans laquelle nous savons que nous sommes insérés ('hoq et matière). Et c'est là que nous manifestons le maximum de respect pour l'essentiel de tout humain et de ses valeurs.
    Dans cette ligne, l'auteur de Guinat Egoz, le Rav Yossef Guiqatilia, s'interroge sur les sens de la dualité féminin/masculin dans l'usage des mots par la Torah (soleil, lune, feu...) et s'il constate que cette dualité est importante même au niveau si élevé des séraphins (Isaïe 6,2), il déclare qu'aucun homme ne peut en atteindre le sens ultime.

    Cela nous enseigne que notre dualité (notre composante connaissable/inconnaissable) ne doit pas être occultée, qu'elle a sa source dans la science du Créateur et que Lui seul est Un, que nous avons besoin de Lui pour notre unité de même que pour notre existence. Notre dualité a sa source en Son unité. C'est le sens du Chémâ Yisrael.

    De même, apprécier celui ou celle qui est proche, le voisin, c'est apprécier et aimer également ce que nous en pressentons sans pouvoir le désigner par notre connaissance de préhension intellectuelle. Il faudrait en dire autant de la différence entre les âges ou entre les générations: combien ne sont capables de communiquer et de se sentir bien qu'avec ceux qui leur ressemblent en âges, cela montre qu'ils ne se sont pas ouverts à l'autre, au différent, au 'hoq incompréhensible. D'où la prescription obligatoire, dans les 10 commandements, de respecter les parents car cela est si peu spontané de respecter le différent en âge, en acquisition de culture et d'expérience; on en reste à aimer notre image narcissique et alors on n'aime même pas celui de notre âge car il est toujours différent de nous.
    Quand nous avons cette assurance réciproque de la part de l'autre, on sait qu'il nous aime en amour ou en amitié, en union, en proximité ou en distance respectée.
    Il nous faut apprendre à vivre non seulement dans l'incomplétude mais aussi dans la présence à l'invisible.
    Plus encore, par le 'hoq, la Torah nous montre que l'invisible est la source véritable de l'être. C'est le sens du poème surgi dans ce contexte et placé ci-dessous.
    Le 'hoq nous apprend à voir dans le concret, dans la rencontre, dans la différence homme-femme et dans le couple, la présence du merveilleux, de l'au-delà dans le concret. Et réciproquement..


    Poème

    Par les étoiles
    je sais, le soir,
    et dans la nuit froide
    qu'il est un autre monde, large,
    où tout est lumière et charme.

    Tu n'es pas loin,
    lumière de mon âme,
    mais tu me sembles si timide et si pâle.

    Je sais que tu te gardes,
    simplement car tu es toute flamme,
    et si tu me regardes
    il en est deux qui défaillent.

    Alors, je reste terre
    sous le couvercle noir
    et toi tu règnes en gloire
    et me laisses l'espoir.

    Un soir,
    une filante étoile
    a traversé mon jardinage;
    j'ai reconnu mon âme
    à son passage.

    Un seul regard, un seul Sinaï
    suffisent parfois au Sage
    pour vivre 1000 ans
    dans ton image.

    Un soir, les étoiles
    perceront toute la toile
    et Jérusalem en gloire
    descendra dans le jardin.

    Ce soir-là,
    tu nous prendras la main.
    Ô Chékhina, Tu tardes.


    Je suis sorti, et suis allé méditer à l'Est de Jérusalem, sur la colline du Mont des Oliviers d'où je peux voir tout Jérusalem d'un seul coup d'oeil, l'antique du Temple et la ville moderne, tenus ensemble par le 'hoq inébranlable. Mais j'avais les larmes au coeur et aux yeux de penser à toute la méchanceté qui s'exerce continuellement contre nous partout.
    J'ai regardé derrière moi: par delà les tombes des tsaddiqim, au loin la région de la Jordanie d'où est arrivé Yehoshua plein de force, lui pendant la vie de qui tout Israël a respecté et accompli toute la Torah comme il est dit à la fin de son Livre. Maintenant, à deux pas de Jérusalem, nous sommes contraints de bâtir la guédér, la barrière de sécurité que nous voyons au loin sur la photo, pour empêcher les terroristes de pénétrer dans Jérusalem car ils veulent simplement nous tuer, ici comme ailleurs dans le monde. Et ils disent trouver dans leur religion le fondement de cette folle mission.


    Je me retourne et prend cette autre photo du Mont du Temple que Arafat et ses successeurs ont rappelé qu'il restera (croit-il)
    sous le contrôle des Palestiniens. Voici l'image qui est sortie, certainement embuée de mes larmes. Elle a été prise par le coeur.
    Une de mes plus belles photos. Et quelle lumière au-dessus de cela qui diffuse avec la certitude du 'hoq.

    J'ai lu alors le psaume 102 du peuple qui supplie, s'effondre et reprend l'assurance en fin de psaume, comme la lettre du Rambane.
    Puis le psaume 103 et le psaume 104 qui resplendissent. Nous n'avons pas à tricher. Le 'hoq est avec nous à travers tout et il est stabilité et victoire.
    Pendant que je prie, seul devant ce paysage, un Arabe approche sa voiture près de moi et ouvre en toute puissance la musique de sa radio et me regarde avec provocation, voulant me dire qu'il me volera l'espace.
    J'ai continué mes psaumes. Rien de cela ne nous ébranle. Une autre fois, trois s'approchaient comme cela, j'ai réagi simplement en leur rappelant que Celui en qui ils croient est miséricorde et non haine; je leur ai récité sans provocation en arabe les premiers versets de leur Qoran qui le disent et ils se sont sauvés de confusion.
    Nous gagnerons, mais par ces voies spirituelles et morales. La Torah gagnera. Mais pourquoi perdons-nous tant de temps par l'absence de tant de membres du peuple qui ne pensent pas à vivre la Torah pleinement ici, lieu choisi et prescrit par le Créateur qui l'a révélé? Naïvement et sincèrement j'ai posé la question à un ami rabbin de France, très bien placé, lui disant que je ne comprends pas sa position statique puisqu'il a lu la Torah et l'écoute. Il n'a pas cherché de fausses justification car il a dit avec sincérité: "j'ai peur". Cela se comprend; c'est pour cela qu'il a été dit à Yehoshua avant qu'il aille vers la terre promise: "sois fort et courageux". Il ne lui a pas été dit: va à Strasbourg, à Paris, à Montréal, à NewYork, à Miami, etc. Vérifions dans la Torah. Aucune autre direction n'est celle de la Torah quand la porte est ouverte. Que les coeurs le soient aussi: écoute Israël. Et si vous avez peur, criez comme nous l'enseigne le psaume 107. Lisez-le d'urgence!
    De l'étude aux sentiments du coeur, je partage toute la ligne avec vous. Car nous vivons la même aventure. La Torah n'est pas dans le Ciel mais sur terre.

    Comment nous former et nous développer en ce lien ?

    Une question concrète se pose : comment nous former pour développer notre capacité de saisir ces deux dimensions différentes de la Torah et pour être plus sensible à ce qui est au-delà de notre pouvoir intellectuel de compréhension ? 
    Donnons quelques pistes.
    - d'abord étudier la Torah dans ses niveaux différents niveaux de sens (pchate, réméz, drache, sod); tout comprendre d'abord dans le pchate et ne pas en rester au pchate un fois que nous avons bien compris ce pchate. Des auteurs comme le Chla et, surtout, Rabbéinou Bé'hayé procurent cette approche systématiquement, contrairement à la plupart des commentateurs qui les abordent également mais ne les distinguent pas aux yeux du lecteur, ce qui rend l'approche plus difficile pour les débutants alors que les connaisseurs distinguent immédiatement ces niveaux différents dans ces commentaires.
    - appliquer la règle donnée par Maïmonide -lien ici- (chapitre 2, 13 dans les Hilkhotes limoud Torah) qui consiste à accorder un temps égal à l'étude de la Torah écrite, de la Torah orale et de la réflexion qui fait sortir une chose d'une autre et renouvelle (léhitbonéne davar midavar). Dans la tradition juive, le Sage c'est celui qui voit ce qui est à l'état d'émergence, celui qui voit le nolade, le naissant: Ezéhou 'hakham. Haroé éte hannolad (Traité Tamid 32a). Lien ici.
    - faire de notre étude une méditation sentie avec le coeur et l'existence et appliquée dans le coeur et dans l'existence. Pour cela, je propose d'échanger sur chaque étude de la Torah avec ses proches, passer de notre fausse unité solitaire à la véritable unité qui est dualité.
    - oser laisser notre sensibilité capter la richesse des niveaux de l'être d'autrui à travers ses gestes. C'est en ce sens du lien de la tête et de l'être que j'insère des poèmes comme le comprennent bien les lecteurs : autoriser  la descente de ce que l'on a compris jusque dans les mots qui sont plus sentiments, sensations, sons, chair, actes. J'incite chacun à le faire. La Torah nous l'a proposé dans les psaumes et les multiples chants qui parsèment le Tanakh.
    - apprendre à écouter ensemble. C'est tout le sens du Chémâ Yisrael. C'est bien pour cela que nous avons l'obligation de le répéter sans cesse: écoute.

    J'ai écrit un livre intitulé "Ecouter le rêve" (Ed. Robert-Laffont. Paris) qui apprend à entendre cet émergeant dans la parole de l'autre, ou dans la nôtre. Seule l'écoute continue de ce qui dit l'autre permet d'arrêter notre propension à clôturer ce qui nous savons par l'évidence ou par notre propre expérience.


    Exercices de mémorisation :
    Dévarim 30, 14 (je laisse les mots en français dans l'ordre de la phrase hébraïque pour l'apprentissage des débutants) :
    "car proche de toi", ki-qarov éléikha 
    "la chose, très", haddavar méod,
    "(tu l'as) dans ta bouche et dans ton coeur", béfikha ouvilévavékha 
    "pour l'observer", laâssoto.
    "Car la chose est proche de toi, dans ta bouche et dans ton coeur pour l'observer".

    Relions en ouvrant les liens ce que nous avons étudié dans les parachiyotes précédentes :
    - choisir la trajectoire d'Israël et non celle des nations (paracha Béhaâlotékha),
    - choisir la trajectoire d'Israël à l'intérieur de notre peuple (paracha Qora'h),
    - cette fois choisir la trajectoire d'Israël dans le lien vertical (paracha 'Houqate).
    Il vaut la peine d'étudier précisément ces trois plans, puis de réfléchir comment les concilier dans nos vies.


    Organisez un 
    échange-discussion sur l'étude de cette paracha
    dans le couple, en famille, entre amis, ou dans la communauté,

    • Dans cette paracha-ci, le thème suivant s'y prète bien : les niveaux de l'être chez soi, chez ceux qui nous sont chers, comment les percevoir, les respecter, les écouter, les valoriser.
    • Les partenaires de l'échange lisent tous cette étude préalablement et la paracha, même en français.
    • Ensuite on se réunit, en délimitant la durée de l'échange, on nomme un animateur, on débat... en s'efforçant de s'exprimer et surtout d'écouter (chémâ Yisrael !) et de se "modérer" les uns les autres. 
    • Ainsi, l'étude est confrontée à l'expérience personnelle, à la pensée personnelle, l'échange augmente les lumières, et on garde les textes à portée de main pour qu'ils soient toujours le repère.

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