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39e Paracha : 'Houqate
"Statut stable"
Bamidbar (Les Nombres) 19, 1 - 22,
1
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
Site Modia : http://www.modia.org
© Les
textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur,
selon la mitsva obligatoire pour tout Juif qui est d'étudier et d'enseigner
simultanément. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes
pour l'étude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien
entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur ni
l'adresse du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes
sans les capter. Chacun pourra ainsi accomplir la mitsva : véchinnantam
lé vanéikha (et tu l'enseigneras a tes enfants) et l'autre
mitsva : védibbarta bam (et tu leur parleras dans les mots de
la Torah. Dévarim 6, 7).
Voyez les règles du Copyright .
Ne pas oublier que, sur votre version imprimée ou polycopiéeée,
vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia.
Or, ils sont indispensables dans l'étude.
Cette feuille comporte des lettres saintes, veuillez la conserver
dans un endroit correct.
Les règles invisibles de tout le bonheur et
de l'ordre des choses
Comment
trouver la force et la tenir.
Si
les Juifs connaissaient ces enseignements, ils seraient moins obnubilés
par le prestige des nations et leur force.
Et lire absolument la haftara (Livre
des Juges 11, 1-33),
rien n'a changé depuis lors dans les faux arguments contre Israël,
et dans l'issue des combats.
Phonétique:
"Vayédabbér Hachém el Moshé véel
Aharone lémor
zote 'houqate hattora achér tsiva Hachém lémor
dabbér el bnéi Yisrael véyiq'hou éléikha
fara adouma témima
achér éin ba moum
achér lo âla âléha ôl"
Traduction:
"Hachém* parla à Moché et à Aharone
en disant :
Ceci est un statut de la loi qu'a prescrit Hachém en disant
:
Parle aux enfants d'Israël et dis-leur de te choisir une vache rousse,
parfaite, sans aucun défaut,
et qui n'ait pas encore porté le joug.
* Hachém : on lit ainsi le nom de quatre
lettres que l'on n'a pas le droit de prononcer.
Cette page comportant des lettres et mots hébraïques
de la Torah, la traiter avec respect si vous l'imprimez.
| Plan
Rappel de méthode
Premier niveau
Résumé de la paracha
Les mitsvotes dans la paracha
Le 'hoq : comprendre le rôle et les niveaux
de la connaissance dans la Torah
Définition du 'hoq : précisé,
limité, défi, décret libre, notre limite.
Quatre 'houqim apparaissent dans la Torah
Compréhension des différents types de mitsvotes.
Second niveau
Il y a des niveaux de l'être
Pourquoi ces différents niveaux de l'être ?
Le rôle des cendres de la vache rousse
Rôle pédagogique du 'hoq
Application
L'acceptation du différent et du transcendant dans
le couple
L'amour
Le don
Les deux niveaux de l'humain
Comment nous former et nous développer en cela ?
Exercice de mémorisation
Organisez un échange-discussion |
Chant
de la paracha
téamim askénazim
(ORT)
Chant
de la paracha
téamim séfardiim
(Alliance)
Chant
de la haftara
téamim askénazim
(ORT)
La page de
Ribbi 'Hayim ben Attar, le Or ha 'hayim ha qadoche, grand
commentateur de la Torah très présent sur le site.
|
Rappel de méthode :
après une première lecture pour comprendre
l'ensemble,
lire la paracha, même en français,
revenir sur les références,
rechercher les applications dans la vie du peuple juif,
rechercher les applications dans la vie personnelle,
mémoriser le plan de l'étude,
jusqu'à être capable de l'enseigner de mémoire.
mémoriser quelques phrases centrales de la paracha.
Premier niveau
Dans les parachiyotes précédentes, nous avons reçu
la direction géographique de notre être (la terre d'Israël)
et les règles morales et de vie qui doivent nous y faire fonctionner
selon la Torah ; nous recevons maintenant un autre enseignement beaucoup
plus complexe et plus difficile. La parache 'Houqate nous enseigne la structure
fondamentale des êtres et des choses; si nous ne la connaissons
pas, tout notre humanisme et toute notre efficacité s'écrouleraient.
Un tel enseignement ne peut venir de nous, il faut le "recevoir".
Nous devrons donc faire un effort important pour le comprendre car il
sort de l'évidence. Ici, nous allons tester si nous sommes capables
de "recevoir la Torah" ou si nous voulons seulement mener nos pensées.
Le Créateur a voulu nous remettre Sa Torah qui nous dépasse,
dans Sa bonté mais, pour cela, nous devons accepter de passer
du temps dans une étude technique lente, c'est ce que l'on appelle
étudier lichma, gratuitement, uniquement pour Sa gloire. Alors,
nous comprendrons mieux ce qu'est ce rôle très particulier
de membre du peuple de la Torah, les béné Yisrael.
Situation de la paracha
L'une des premières méthodes qu'il faut utiliser dans l'étude
de la Torah est de trouver le sens en fonction du contexte qui précède,
ce que l'on appelle la sémikhoute parachiyote, la contiguïté
des parachiyotes (voyez Rachi sur Dévarim 21, 22).
Donc, nous nous souvenons que cette paracha survient après
le problème de la médisance (lachone ha râ)
- contre la sainteté d'un homme (Moché) même par ses
plus proches qui sont les meilleurs du peuple (paracha Béhaâlotékha),
- puis contre la qualité de la terre d'Israël (les explorateurs,
paracha Chéla'h
lékha),
- enfin contre l'organisation sociale et politique du peuple d'Israël
fondée sur la sainteté (paracha Qora'h).
La Torah nous a ainsi montré que,
1. même si D.ieu délivre son peuple de tous les maux (l'Egypte
avec son oppression d'esclavage et le fait de vivre sur une terre étrangère),
2. même s'il lui montre et lui donne toutes les lumières
de la Torah,
3. les hommes devront franchir par eux-mêmes l'épreuve collective
de la médisance. Et ils ne parviendront pas à atteindre
la qualité de ce qu'est la terre d'Israël sans avoir triomphé
de cette lutte contre ces trois formes de médisance.
4. Elle sera terrible, tous azimuths comme le montrent ces 3 parachiyotes.
5. Puisque les meilleurs y chutent, ne nous étonnons pas de ces
horreurs que nous vivons parfois nous aussi dans notre vie communautaire,
ou dans la vie internationale contre Israël.
Ces enseignements sont tellement vrais que des lescteurs nombeux m'ont
fait part de leur difficulté à les entendre et qu'ils sont
eu envie d'arrêter de les lire tellement ils se retrouvaient dans
ces rejets en eux; pui, après un effort ils se rappelaient que
c'est la Torah qui palait comme cela en ces parachiyotes et non pas quelqu'un.
Et ils sont revenus étudier le commentaire. Bravo pour l'honneteté
dans l'implication personnelle.
Donc, nous comprenons bien que, maintenant, la Torah vient à notre
secours, car nous ne pouvons pas dépasser ce stade par nous mêmes
(il n'y a eu qu'un seul Moché) mais nous, tous les autres, nous
sommes divisés entre nos tendances contradictoires. Alors, merci
à la Torah qui élargit notre compréhension et
nous montre dans cette paracha 'Houqate, l'ordre des choses, la structure
inébranlable que nous devons tenir car c'est le véritable
ordre des choses, la structure vitale de l'univers et des relations :
ce sont les êdoutes, les 'houqim et les michpatim.
Voici ce que nous enseigne la paracha 'Houqate.
Cela étant bien situé, nous pouvons comprendre l'enseignement
de la paracha.
Résumé de la paracha
Elle nous enseigne une partie de la Torah qui sont des prescriptions dépassant
notre niveau de compréhension, ce sont les 'houqim, ou 'hoq
au singulier.
Mais commençons toujours par le niveau le plus simple. Ce mot 'hoq
a plusieurs sens :
- une loi, un réglement, comme dans Béréchite 47,
26 ou Bamidbar 30, 17 (allez voir cette référence et chacune
des suivantes). C'est le sens courant actuel: la loi, les lois et dans
l'hébreu moderne, une 'houqa est une constitution.
- une loi immuable comme les lois de la nature.
- une coutume à continuer toujours, comme dans Juges 11, 39-40.
- une mesure de contenu ou de temps comme dans Béréchite
47, 22 ou Chémote 5, 14 ou Proverbes 30, 8 et 30, 15, ou Yé'hezqel,
Ezéchiel 45, 14.
Le mot vient de la racine 'haqqaq qui veut dire inciser et graver.
Ainsi, le 'hoq est l'insertion d'une réalité spirituelle
dans le réel.
Dans notre paracha, ce mot a un sens encore plus précis, dans cette
ligne, et nous allons le préciser.
Ce 'hoq est un paradoxe : pourquoi alors nous enseigner cela !
et quel est le message important que cela nous transmet ?
Le Or ha'hayim (voir
ici le lien avec la vie et l'oeuvre des grands maîtres) pose
aussi des questions réelles que le texte provoque :
- pourquoi est-il écrit : "zote 'houqate
ha Torah, ceci est la loi de la Torah" ; avec le mot "ceci"
en évidence comme dans Béréchite 2, 23 : zote
ha paâm étsem mé atsmaï, ceci
est (la femme) cette fois l'os de mes os ?
- pourquoi n'est-il pas dit : ceci est la 'houqa de la vache rousse
mais ceci est la 'houqa de la Torah? Donc, en quoi ceci
concerne toute la Torah à travers ce cas particulier ? Avançons
lentement, de façon systématique, vous apprenez ainsi comment
on doit étudier la Torah, pas seulement en lisant et en se basant
sur quelques impressions, il faut l'étudier avec précision
car c'est un message important et qui a ses règles de rédaction,
sans lesquelles on ne peut découvrir le contenu. N'oubliez pas
la méthode que nous suivons quand vous étudierez un autre
passage par vous même ou en groupe.
Les mitsvotes dans la paracha
La paracha présente les trois mitsvotes 397 à 399 :
- celle qui prescrit de brûler la vache rousse,
- celle qui prescrit de ne pas se mettre en contact avec un mort,
- celle qui décrit les rites d'utilisation des cendres de la
vache rousse pour la purification.
Le 'hoq : comprendre le rôle et les niveaux de la connaissance
dans la Torah
Le rite de la vache rousse est une mitsva désignée par le
nom de 'hoq, ou 'houqa indiquant que "les motifs de
sa compréhension nous échappent".
Même le Roi Salomon qui était parvenu à comprendre
tout le reste de la Torah ne pouvait pas atteindre ce niveau de
compréhension ; il va de soi que sa signification échappe
davantage encore à tout autre humain. Mais il faut quand même
étudier car nous pourrons comprendre partiellement.
Une question se pose à partir de là : pourquoi Hachém
a-t'il voulu placer devant nous cette limite à la connaissance
dans la Torah elle-même qui est lieu de la révélation
?
Pour éclairer cette question, le Chla (lien
ici) doit éclaircir beaucoup de notions de base qui permettent
de comprendre le rôle et les niveaux de la connaissance dans
la Torah, et cela en fonction d'une anthropologie plus large.
Ensuite, ces trois plans (notions, connaissance, anthropologie) se coordonnent
pour répondre à une question qui nous concerne chacun :
"quelle connaissance de la Torah est-elle accessible en fonction du niveau
de tel ou de tel humain que nous sommes ?"
Ainsi, ce problème du 'hoq nous permet de découvrir
tout un dispositif qui est nécessaire pour comprendre le fonctionnement
des nombreux niveaux de la Torah.
Définition du 'hoq : précisé, limité,
défi, décret libre, notre limite.
Le 'hoq est une prescription qui concerne toujours
quelque chose de précisé et de limité dans le
temps ou en quantité et, dit Rachi
(lien ici) sur Béréchite 26, 5, c'est une prescription à
laquelle s'opposent aussi bien la logique du yetsér harâ
que la logique des nations du monde : 'houqotaï, dévarim
ché yétsér harâ véoumote haôlam
méchivim âlékém, kégone akhilate 'hazir
oulevivhate chaâtnétz, ché éïne taâm
baddavar éllé guézérate hammélékh
vé'houqotav âl âvadav.
Par là, le 'hoq conteste et provoque la propension habituelle
de l'instinct et la logique commune des hommes, face à la logique
divine ; le 'hoq est donc un défi.
Quatre 'houqim apparaissent dans la Torah, selon Bamidbar
Rabba 19, 5 qui les situe par rapport au yetsér ha râ
:
- l'interdiction d'épouser sa belle-sœur hormis dans le cas du
rite de lévirat ou yiboum où cette veuve remariée
est nommée yévama et le beau-frère qui épouse
est nommé yavam ; le renoncement à cette possibilité
est le rite de 'halitsa (Dévarim 25, 5-9),
- l'interdiction de mélanger des espèces différentes
dans les vêtements ou chaatnes (Vayiqra, Lévitique
19, 19 et Devarim, Deutéronome 22, 11) hormis le cas du voile de
prière ou tallite,
- le bouc émissaire de Kippour,
- la vache rousse ,
- et, ajoutons selon Rachi, l'interdiction de manger du porc.
Ls 4 cas sont analysés en détails avec les citations des
versets dans le Middrache Tan'houma 'Houqate, 7.
Dans Bamidbar Rabba 19, 8, Ribbi Yoh'hane ben Zakaï prend le
'hoq comme un prototype de toute la logique juive : ce n'est
pas le contact du mort qui rend impur et ce n'est pas l'eau qui purifie
(logiques humaines apparentes), ce contact et cette eau ne rendent impurs
ou purifient que parce que Hachém a établi le
monde sous cette forme dans ses décrets d'existence et de fonctionnement.
Ainsi, la logique apparente n'est pas la preuve de l'autonomie fondatrice
de l'homme ("je pense donc...") comme une philosophie rationnelle
répandue tendrait à le faire croire dans une logique partielle
mais, au contraire, la logique doit se situer elle-même à
l'intérieur du plan du Créateur : la fonction du 'hoq
est, justement, de resituer les choses dans leur exactitude (le plan
du Créateur) en nous montrant la limite placée dans
notre intelligence.
Le Rambane le précise encore en déclarant que les tsaddiqim
(les justes) ne rendent pas impurs (lo hammét métammé
vé lo hammayim métaharim élla amar Ha Qaddoche Baroukh
Hou : 'houqa 'haqqati, guézéra gazarti). Ce thème
est développé par les Tossafotes de Baba Metsia 114b (sur
mahou), de Kétouvote 103b et de Yévamote 61a. Les
tsaddiqim ne rendent pas impurs, même par leur mort (motif
pour lequel des Cohanim ont accompagné la dépouille de quelques
géants de la Torah alors que la règle générale
l'interdit).
C'est ce respect de la réalité véritable qui devrait
réguler l'exercice de l'intelligence, déontologie professionnelle
de l'homme et des intellectuels, responsables de collectivités,
responsables des médias ; le monde verrait moins de désastres,
de guerres, d'exploitation, de cynisme économique, de violence
familiale, etc. La logique, dans l'information ou dans les décisions
politiques qui sont pourtant parmi les plus importantes, est loin de se
situer ainsi.
Compréhension des différents types de mitsvotes
Rabbénou Bé'hayé
nous éclaircit cette question : le 'hoq est-il différent
des autres mitsvotes, ou toutes les mitsvotes sont-elles de cet ordre ?
Selon sa méthode, il nous indique que c'est dans les Proverbes
(Michlé 7,1-2) que la réponse à des questions
de la Torah nous est fournie :
"béni chémor amaraï, mon fils garde mes
paroles,
oumitsvotaï titspone itékha, et mes mitsvotes enfouis-les
en toi,
chémor mitsvotaï vé 'héyé, garde
mes mitsvotes et tu vivras,
ké ichone êinékha, comme la prunelle de tes
yeux".
Cherchons le sens de cette citation comme réponse. Cela nous indique
que toutes les mitsvotes sont nommées également mitsvotes
ou amirotes (dires), comme dans les Psaumes 12, 7 : imrote Hachém
amirote téhorote ; les dires (mitsvotes) de Hachém
sont des paroles pures.
Ensuite, il nous indique que les mitsvotes sont divisées en 3 catégories
que nous devons bien mémoriser:
1. Les mitsvotes méqoubalotes (mitsvotes reçues)
que l'homme ne peut pas trouver par son intelligence sans les recevoir
de la tradition, comme les mitsvotes des tsitsites, ces cordons sur les
châles de prière, les téfilines (boitiers mis
au bras et au front et contenant un texte de la Torah, lien
ici), la mila (circoncision), la soucca (cabane), le
chofar (corne de bélier que l'on utilise pour émettre
un son), le loulav (bouquet de 4 espèces, lien
ici), etc.
Ce sont des mitsvotes de nature divine, et elles sont nommées êdoute
(témoignages) car elles témoignent directement de la divinité,
du renouvellement du monde, comme le chabbate, l'année de repos
de la terre (chémita), la 50e année de renouvellement
(yovel, jubilé). Voyez Psaumes 119,15 et 24.
2. Les mitsvotes mouskalotes (mitsvotes logiques)
que l'homme aurait pu trouver si la Torah ne les avait pas données,
comme ce qui concerne le vol, le meurtre, la fraude, etc. Ces mitsvotes
sont nommées michpatim.
3. Les 'houqim, qui ne relèvent pas des deux catégories
précédentes, comme les mitsvotes des kilaïm
(mélange des espèces), du mélange interdit de lait
et viande (bassar vé 'halav), du séïr
(bouc émissaire), de la para adouma (vache rousse). Ces
'houqim n'ont pas eu leur sens révélé dans
la Torah.
Maintenant, nous pouvons comprendre le passage de Dévarim 6, 20-21
qui est célèbre par le chapitre des 4 fils , dans la Haggada
de Pessa'h :
ki yichalékha binékha, s'il t'interroge ton fils
ma'har lémor, demain, en disant :
ma ha êdoute, quels sont ces témoignages (1e
sens),
vé ha' houqim, et ces statuts (3e sens),
vé hammichpatim, et ces prescriptions (2e sens)
achér tsiva Hachém Eloqénou étkhém,
qu'ordonna Hachém notre D.ieu à vous ?
Et tu lui enseigneras : nous étions asservis à Pharaon,
etc.
N'oublions pas tout ce que nous venons d'étudier lors du prochain
Pessa'h.
Ainsi, nous comprenons que Rabbénou Bé'hayé conclut
en disant :
béni chémor amaraï, mon fils garde mes paroles,
(ce sont les mitsvotes méqoubalotes ou reçues),
oumitsvotaï titspone itékha, et mes mitsvotes enfouis-les
en toi, (ce sont les 'houqim qui sont cachés et dont l'accomplissement
est imposé sans que nous comprenions le sens de ces mitsvotes).
chémor mitsvotaï vé 'héyé, garde
mes mitsvotes et tu vivras, (ce sont les mitsvotes mouskalotes ou
logiques);
ké ichone êinékha, comme la prunelle de
tes yeux.
Test de vérification des connaissances :
- comment appelle t-on en hébreu les les mitsvotes mouskalotes,
les mitsvotes méqoubalotes, les michpatim,
- quels sont les différents sens du mot 'hoq ?
- quels sont les seuls 'houqim de la Torah ?
Second niveau
Note - Ce niveau est accessible à ceux qui possèdent déjà
de nombreux repères dans la connaissance juive. Il n'a rien d'ésotérique,
mais il se comprend en fonction d'autres connaissances déjà
acquises. Tout ce commentaire est basé sur celui du Chla
zal dans Chnéi Lou'hote Habbrite (Les deux tables
de l'alliance), que nous avons étudié et médité
pendant des années. Je rends hommage au Rav André Neher
qui nous y a initié (lien
ici). Les lecteurs trouveront sur
ce lien la formation précise à la méthode du
Chla
.
Il y a des niveaux de l'être
Ce passage demande un effort d'analyse et de mémoire. Le fondement
du 'hoq, indiqué par le Chla en introduction, lui permet
alors de situer de nombreux termes de la Torah les uns par rapport aux
autres dans une hiérarchie cosmologique et anthropologique en quatre
niveaux dont l'origine se trouve dans le Séfer Yetsira (niveaux
de réchimou, 'haqiqa, 'hatsiva, âssia):
1. dans le niveau de âssia (action) :
- nous y trouvons les mitsvotes compréhensibles rationnellement
et éthiquement;
- c'est le niveau de la connaissance nommé Torate haadame
(Torah de l'homme);
- c'est le niveau où le peuple est nommé âm,
dans toutes ses composantes même les moins élevées;
- c'est aussi le temps qui va de la destruction du second Temple
à la fin de la rédaction du talmud, seule source de notre
lumière.
2. dans le niveau de 'hatsiva (taille) ; comme la taille
des pierres de l'alliance, imprégnation du concret par le spirituel,
- nous y trouvons les mitsvotes caractérisées par
du symbolisme comme les constructions des cabanes lors de la fête
de Souccote.
- c'est le niveau de la connaissance des significations, niveau
nommé Torate éméte (Torah de vérité);
- c'est le niveau où le peuple est nommé qahal,
dans la mesure où ses composantes spirituelles se manifestent et,
parmi ses différentes composantes, il y a les convertis qui ont
été capables de comprendre la Torah et ses mitsvotes (Yébamote
57);
- c'est aussi l'ère qui va depuis les "anciens de la
Grande Assemblée", anchéï knéssète
haguédola, depuis Chimeône hattsaddiq jusqu'à
la destruction du second Temple. (Voir ici le tableau
chronologique).
3. dans le niveau plus élevé de 'haqiqa,
celui de notre paracha,
- nous y trouvons les mitsvotes dont l'homme ne parvient pas à
comprendre la nature sprituelle ou l'essence;
- c'est le niveau de la connaissance des noms de Hachém
par ceux qui l'aiment et sont bnéï israël; à
ce niveau de connaissance, la Torah est nommée Torate Eloqim
(Torah de D.ieu);
- c'est le niveau où le peuple est nommé êda;
- c'est aussi le temps où l'esprit de sainteté,
le roua'h haqqodeche était manifeste, comme pendant les empires
perses et mèdes avec Mordékhaï.
4. ce niveau se poursuit dans le dernier niveau de réchimou,
information, au sens fort du mot, le plus subtil, comme dans le cas
du 'hoq de la vache rousse, seuls des humains du niveau de Moché
ou de Ribbi Âqiva ont pu atteindre à la compréhension;
- c'est aussi le niveau où l'homme participe de la réalité
divine par le niveau le plus élevé de sa néchama,
il rejoint le vouloir, le ratsone, le vouloir intime du Créateur;
- c'est le niveau de la connaissance de l'unité de Hachém,
niveau nommé Torate Hachém;
- c'est le niveau où le peuple est nommé qéhal
Hachém, l'élite;
- c'est le temps des prophètes.
(Exercice: faites-vous un tableau pour vérifier si vous mémorisez
bien toutes ces notions et ces vocabulaires que vous rencontrez d'ailleurs
dans la prière. Vous verrez combien cela sera fructueux).
Pourquoi ces différents niveaux de l'être ?
Ils manifestent des différences dans la connaissance qui sont
des différences dans la "capacité de prendre conscience,
en raison de la qualité de notre être et de notre
formation".
Il est évident qu'il n'est pas utile d'essayer de nous situer
nous-mêmes dans ces hiérarchies pour y situer notre valeur.
Ce n'est pas une réalité statique ni géologique de
l'être.
Leurs différences ont des buts dynamiques et pédagogiques:
- nous faire comprendre le texte de la Torah de façon désintéressée,
léchém
chamayim,
- nous inciter à vivre au niveau le plus élevé
de notre être afin de permettre à la Torah de le mouvoir davantage,
- nous aider à faire ces passages entre les niveaux de la réalité.
La prière de Cha'harite est ainsi bâtie qu'elle nous mène
chaque matin d'un niveau à l'autre d'une façon très
organisée.
Quand Israël vit au niveau optimal ou sur cette trajectoire,
les nations et l'ange de la mort n'ont pas pouvoir sur elle, comme
dit le psaume 82, 6-7 : "J'avais dit, Moi, vous êtes des dieux ;
mais non, vous mourrez comme des hommes, comme l'un des princes vous tomberez".
Le rôle des cendres de la vache rousse (qui purifiaient quand
le Temple existait).
Suivant ce modèle, le rôle du 'hoq est de nous
aider à rétablir l'état de perfection correspondant
à celui de la Torah parfaite, Torate Hachém témima.
Et, à notre petit niveau, nous ne pouvions réaliser ce
rite efficace que parce que la Torah nous en parle, et l'étude
de la Torah joue ce rôle actuellement; cela nous enseigne de ne
jamais quitter l'étude et la méditation de la Torah afin
de réaliser cette élévation de niveau, comme
il est dit à Yehoshua (Livre de Yehoshua 1, 8) :
"lo yamouche séfér ha Torah hazzé mi pikha,
qu'il ne quitte pas, le livre de cette Torah, ta bouche
vé haghita bo yomam va laila, et tu méditeras en
elle la jour et nuit".
En effet, l'étude ne suffit pas, elle doit aller jusqu'à
la méditation signifiant que l'étude entre dans l'être
comme une fine pluie dans la terre, jour et nuit, comme une rosée
qui pénètre vraiment.
Rôle pédagogique du 'hoq
Dans ce contexte,
1. certes la signification du 'hoq nous échappe et nous
transcende, mais il est le signe que
- nous ne quittons pas la Torah, comme un lien suprême,
- nous ne soumettons pas notre logique de compréhension aux
logiques plus basses et aux autres systèmes de valeur moins élevée.
C'est parce que nous avons ainsi "reçu" la Torah que nous sommes
le peuple spécial des béné Yisrael : ki âl
yédé ché qibbelou ha Torah naâssou âm
béné Yisrael (Or ha'hayim).
2. Nous voyons maintenant pourquoi nous devons passer du temps à
étudier ce phénomène incompréhensible du 'hoq:
il nous apprend à garder présent, sur notre écran
de pilotage,
- la place de "la transcendance",
- de "ce que nous n'avons pas encore compris",
- du "meilleur" que nous n'avons pas encore atteint,
- la place du "différent-de-nous" comme part essentielle
de notre réalité. C'est la base de la modestie ou humilité,
caractéristiques de Moché Rabénou.
- Le Chla parle aussi de "l'importance de ce qui est apparemment
contradictoire dans la Torah".
Mémorisez ces notions.
Application : le coeur
Ce transcendant ne concerne pas seulement la logique. Mes lecteurs savent
que je
répète sans cesse (citations à l'appui) que la connaissance
juive passe à la fois par la logique et par le coeur et
par l'ensemble de l'être. C'est cet ensemble qui est nommé
lév (coeur) dans le judaïsme. Ecoutez cette merveille
: le petit livre de Ribbi Âqiva intitulé Le middrache des
lettres (Ha otiote) de Ribbi Âqiva dit que la lettre lamed
et le mot lamad (étudier) est composé des lettres
initiales de lév mévine daâte ("le coeur
comprend l'union de connaissance"). Quelle richesse le judaïsme,
dans d'autres langues, la lettre L a certes des sonorités mais
pas de sens en soi.
Cela, exactement, c'est le judaïsme, la conjonction du niveau le
plus concret au niveau le plus élevé, car daâte
est autant l'union des deux époux corporellement, la connaissance
intellectuelle, l'union interne aux niveaux divins. Qui a compris
cela a devant lui une longue marche, une voie d'équilibre et d'épanouissement
qui assume les différents niveaux de l'être dans une cohérence.
Il n'y a aucune contradiction dans le judaïsme entre la nature, la
science, la spiritualité, la poésie et l'amour. C'est une
compréhension holistique comme notre propre être individuel,
et notre propre être dans le duo du couple du peuple, ou de l'humanité.
Il est triste de voir tant de jeunes juifs chercher dans d'autres civilisations
le b-a ba de tant de niveaux auxquels ils aspirent et se disperser sur
toute la planète pour cela, alors qu'ils ignorent que leur propre
tribu a une science anthropologique considérable.
Permettez une petite anecdote. J'enseignais à l'Université
à une trentaine de psychologues, psychiatres et autres travailleurs
sociaux diplomés et en spécialisation sur la psychothérapie
des drogués. Je devais faire appel à des notions d'anthopologie
comparative pour traiter du malaise et des thérapeutiques apportées.
Mais la plupart bondissaient (avec la spontanéité israélienne)
dès que je touchais un concept juif puisque nous sommes en contact
avec des malades juifs dans un milieu juif. Et, simplistes, certains hurlaient
: "je suis 'hiloni (laïc) je ne veux pas entendre parler
de yahadoute (judaïsme)". Bien entendu, je n'affrontais
pas la défense. Deux semaines plus tard, je dis avant le cours:
"Une petite information. Je cherche des assistants pour une recherche
pour laquelle j'ai reçu des crédits importants. S'il y en
a qui sont intéressés vous me le direz la semaine prochaine
et on en parlera". Puis j'ai donné le cours. La semaine suivante,
je n'en parle plus mais ils m'interrompent: "quelle est cette recherche?
Combien les assistants seraient payés? Voyage compris?". Je
réponds brièvement que "c'est une recherche sur les
rites d'une tribu sur une île du Pacifique depuis la naissance jusqu'à
l'âge adulte et leur influence dans la formation de la personnalité,
trois mois et un très bon salaire mais je ne cherche que des assistants
de qualité, capables de lire, préparer et travailler dur
et on reverra cela la semaine prochaine en privé pour ceux qui
sont candidats". La semaine suivante, tous voulaient savoir et se
proposaient comme candidats. Alors je leur ai dit brièvement que
"les rites étaient une forme de circoncision, les rites des
femmes pendant la menstruation, leurs fêtes, et prières et
les médecines traditionnelles et l'influence de tout cela dans
la formation de la personnalité et le traitement des troubles psychiques".
Ils trouvaient cela passionnant et voulaient commencer à étudier
cela tout-de-suite et savoir où se trouvait cette tribu. Je leur
ai dit : "elle est en Israël, ce sont les Juifs". Silence
total puis: "on a compris, vous pouvez continuer votre cours".
Histoire authentique. C'est cela les Juifs, la fascination de l'autre
et la difficulté à assumer sa propre richesse.Même
après le Sinaï et tous les miracles de l'Histoire.
Application : le couple
Ainsi, à l'image de la présence du 'hoq dans le réel,
toute réalité est composée de deux niveaux qu'il
ne faut jamais dissocier même si l'un est visible et l'autre invisible
: tout est couple, jumelage ; et, par cela, tout est à l'image
du couple qui est le centre du projet du monde.
Ce thème revient sans cesse sur Modia, non pas comme un leitmotif
personnel de l'auteur du site mais comme ce que nos Sages nous enseignent
être le sens central de la Torah, du judaïsme et du monde (voyez
le Chir ha chirim). Nous avons synthétisé cela dans
l'image
qui est sous l'emblème du site.
Cela est parfaitement condensé dans cette phrase du Middrache Dévarim
Raba (2, 31) :
"Amar Ha Qadoche Baroukh Hou lé Yisrael : banaï, kol ma
ché barati barati zougote
Le Saint béni soit-Il dit : Mes fils, tout ce que J'ai créé,
Je l'ai créé en couples,
chamayim va aréts, zougote ; 'hama ou lévana, zougote
; Adam vé 'Hava, zougote, ha ôlam hazzé vé ha
ôlam habba, zougote
cieux et terre : couples ; soleil et lune : couples ; Adam et Eve :
couples ; ce monde-ci et le monde qui vient : couples.
aval kévodi é'had ou meyou'had baôlam. Minaine, mimma
ché qarinou ba îniyane "chémâ Yisrael, Hachem
Eloqénou, Hachém é'had".
mais Ma gloire est une et unifiée dans le monde. D'où le
sait-on ? De ce que nous disons à ce propos : Ecoute Israël,
Hachém notre D.ieu, Hachém est un".
En ce monde, et dans le lien entre ce monde-ci et le monde spirituel,
tout est double, coordonné, couple, et tout est sur le modèle
conjugal. Quel manque ont certaines langues qui -contrairement à
l'hébreu ou au français et d'autres langues- n'ont pas ce
mot unique "couple" ou zoug, pour exprimer l'unité de toute
la dynamique de la vie spirituelle, affective, sexuelle, etc, entre les
conjoints, et utilisent ce mot pour indiquer une paire, toutes sortes
de paires.
L'acceptation du différent et du transcendant dans le couple
Prenons donc comme base de notre réflexion un point de vue élevé,
pour regarder ce quotidien : Hachém a voulu créer
l'homme en deux niveaux, différents et irréductibles. Si
chacun de ces deux niveaux n'est pas vu, compris et accepté et
aimé dans toute sa spécificité, c'est l'ensemble
de l'homme (et surtout cette entité double par nature, homme-femme)
qui est abimé. Le couple est, justement, le test de cette reconnaissance
de l'apparent et du 'hoq.
Il y a donc nécessité absolue que les deux composantes reçoivent
l'une de l'autre la pleine reconnaissance de leur être double; et
ce n'est aucunement le cas de nos jours de façon globale dans les
sociétés.
Je parle de reconnaissance et je ne parle pas d'égalité
car cette façon de poser le problème serait ontologiquement
fausse : en effet, contatant ensuite qu'il y a différence d'être
contrairement au mot utilisé "égalité", on en tirerait
prétexte pour ne pas accorder l'égalité. Je parle
de "reconnaissance de la plénitude de l'être du niveau
le plus simple au niveau le plus élevé" ; l'égalité
découlera seulement de cette reconnaissance ; alors, comme
nous le montrons dans les versets parlant de la lune, la lumière
de la lune et celle du soleil seront égales. L'unité est
l'union dans les différences reçues dans leur intégralité.
On peut mieux comprendre maintenant pourquoi les cendres de la vache
rouche (catégorie du 'hoq) ont pour fonction de réintroduire
la pureté, et en particulier la pureté dans la relation du
couple.
La dualité irréductible homme-femme (analogue à
ces niveaux incompréhensibles de l'être dont nous parle la
paracha) est ainsi le test et le témoin de la place que nous
accordons à tout autre qui est différent de nous et qui
transcende et échappe à notre prise. Cette valeur transcendante
a sa source dans la Torah transcendante, et dans l'acceptation de toute
la Torah, le compréhensible et l'incompréhensible. Mais
on y réfléchit beaucoup!
Pour cela, le chapitre 4 de Devarim nous incite à n'enlever rien
et à ne retrancher rien de la Torah ; s'il est des aspects qui
sont compréhensibles, et d'autres qui ne le sont pas, ensemble
ils forment un tout indissociable ('houqim oumichpatim). La
guerre entre les personnes, dans le couple, dans les groupes, entre les
peuples, vient souvent de ce que une partie seulement de l'être
de l'autre est acceptée et comprise. Les nations respecteront
Israël dans la mesure où celle-ci apparaîtra à
leurs yeux comme fidèle à l'ensemble de la Torah. Le
niveau le plus élevé ou le plus sophistiqué de la
politique démocratique n'atteint pas cette plénitude qui
va de l'intime au spirituel en passant par la gestion du social.
On ne doit raconter ses rêves qu'à des personnes qui vous
aiment mais celui-ci n'est pas particulier et il n'est pas surprenant
qu'il me soit venu dans le contexte de cette paracha. C'en est le sujet
et il l'illustre: j'étais dans le jardin d'une université
et un collègue très ancien habillé de façon
très décontractée est devant moi et regarde avec
attention un carré qui est composé d'un fouillis d'herbes
et fleurs de différentes hauteurs qui ressemble simplement à
un endroit pas défriché, contrairement à ce que l'on
voit plus loin où chaque carré a ses plantes particulières.
Il me dit, vous voyez, cela c'est le coin réservé au Pr
X qui a fait la plus grande révolution scientifique, qui a été
aussi révolutionnaire que celle de Einstein. J'écoute très
intéressé. Regardez ce rosier, sur la tige qui va vers la
belle rose, il y a un bout de branche de 10 cm environ qui est mort. On
l'enlève toujours et dans la science on n'avait jamais porté
attention à cette partie. Lui a découvert que ce qui semble
mort, et qui peut l'être est tout aussi important pour la structure
globale de la plante et il en a trouvé les descriptifs scientifiques.
Ainsi, il a trouvé la formule-clef qui montre que ces herbes différentes
ne sont pas placées au hasard entre elles mais qu'elles ont une
position relative à laquelle personne n'avait jamais porté
attention. Et ce coin d'herbe qui vous semble si naturel est ce qu'il
a constitué en travail de laboratoire sur la base de ses découvertes.
Il a trouvé la structure avec quelque chose auquel personne ne
pensait".
Ce rêve me semblait un enseignement très important et très
fort dont, comme les autres je ne percevais pas toute l'importance.
En fait, ce rêve a de l'humour juif comme les histoires hassidiques;
et ce savant devait être un descendant de Betsalel qui connaissait
la structure des choses ou du Maharal de Prague qui sut construire le
golem; mais, en fait, il me montrait le respect total de l'ordre global,
le lien de l'invisible et du réel, sans contradiction, apaisé,
et le calme entre l'intelligence, la science et le respect. Une union
qui est efficace. Mais le 'hoq est encore au-delà de cela.
Photos de l'auteur.
Voyez la galerie de
ces fleurs.
L'amour
N'est-ce pas cela l'amour : avoir compris la valeur apparente de
l'autre et l'aimer, certes, mais l'aimer également en ce qui est
pressenti exister globalement sans qu'on puisse jamais aucunement le
nommer mais pourtant lui être fidèle dans l'écoute,
dans l'appréciation, dans les attentions, dans l'unité des
deux êtres, dans les actes et dans l'avenir. A ce moment-là
il n'y a pas de haine ni de colères de mépris.
Cela commence par le mystère de la rencontre, et des temps de rencontre.
C'est la symphonie par la jonction heureuse du plus élevé
et du plus différent et du plus concret.
C'est pour cela qu'il est dit que, même pour Hachém,
les mariages sont ce qui est le plus compliqué dans la Création,
plus difficile que le miracle de séparation de la Mer Rouge. C'est
peut-être de l'ordre du 'hoq. Et seul, l'homme peut l'intégrer
dans notre réalité, pas Lui.
Mais, en même temps, par le 'hoq, la bonté de Hachém
nous indique que nous pouvons vivre ce que nous ne pouvons atteindre entièrement
par la compréhension. Cela est dit dans le splendide chapitre 30
de Dévarim : "cette mistva que Je t'impose n'est pas trop aride
pour toi, ni placée trop loin, elle n'est pas dans le ciel, elle
n'est pas au delà de l'océan,
non la chose est très proche de toi, ki-qarov éléikha
haddavar méod,
tu l'as dans ta bouche et dans ton coeur, béfikha ouvilévavékha
pour pouvoir l'observer,"laâssoto".
Le judaïsme, certes, nous impose et nous ordonne (c'est la mitsva),
mais c'est l'amour, l'amour le plus élevé et les conditions
de sa réussite
qui nous sont imposés comme ordre de l'être et de toute la
Création.
La démonstration du 'hoq transcendant nous ouvre à
ce qui aurait pu être totalement caché à notre intelligence,
à nos yeux et à notre coeur.
Ainsi, quand un proche manifeste une délicatesse, un acte gratuit
de bonté, présente un cadeau, ce n'est pas l'acte ou l'objet
qui importe le plus ; nous sortons de la logique de l'avoir, du calcul,
de la menace, de ce qui pèse trop sur autrui, et nous devenons ouvert
à ce que l'acte indique sans pouvoir le dévoiler réellement
: le cœur bon le comprend, n'y voit pas seulement un code social ni un
objet en soi, encore moins une manipulation ni une pression, mais une communication
qui vient d'au-delà du visible pour rencontrer l'au-delà
du visible chez l'autre. L'acceptation et la sensibilité réciproques
à l'intention créent l'union plus profondément. Ils
rappellent les premiers moments d'émoi ou, dans les yeux de l'autre,
l'immensité de la bonté de l'être était découverte,
et où un "oui" réciproque et infini se disait. Seule
la beauté des fleurs, peut-être, nous révèle
que le plus concret et le plus beau et le plus pur se confondent.
C'est à ces niveaux que la Torah nous élève en
nous montrant la flèche et la trajectoire du 'hoq,
même si nous ne le comprenons pas explicitement.
Le don
Ainsi, cette dualité des deux niveaux apparait dans la bénédiction
que nous récitons avant la lecture du don de la Torah :
- quand nous disons "vé natane lanou éte Torato
(et il nous a donné Sa Torah)", cela parle de la Torah invisible
et cachée, et quand nous ajoutons noténe ha Torah
(donne la Torah), cela réfère à la partie dévoilée
de la Torah ;
- ensuite, quand nous avons reçu la Torah, dans la bénédiction
nous disons également deux formules ("Torate éméte,
Torah de vérité, et 'hayé ôlam, vie
éternelle") et toutes les deux parlent de la dimension cachée
de la Torah, et nous attestons que nous l'avons reçue dans tout
notre être, même en ces niveaux que nous ne percevons
pas.
Les deux niveaux de l'humain
La paracha nous apprend ainsi à vivre dans une dualité:
- de même que nous avons deux yeux pour bien voir le réel,
- de même que nous avons deux bras ou deux mains différentes
pour agir sur la réalité,
- de même que nous avons deux composantes masculine-féminine
dans notre existence comme homme-adam,
ainsi nous avons aussi deux sphères qui se conjuguent dans une
unique connaissance:
celle de la connaissance visible et celle de la connaissance invisible,
et aucune n'a de sens en dehors de l'autre.
Cette unité est nommée "ciel et terre" (chamayim va aréts).
C'est le premier verset de toute la Torah.
Et le dernier mot est encore cela : Israël, c'est simultanément
un peuple, un être, une terre qui sont ou devraient être le
laboratoire de cette union. C'est le coeur, le lév, secret
et invisible comme le coeur dans le corps, et comme le 'hoq invisible.
Qui me dira que si je donne le coeur ou les reins ou le cerveau de l'enfant
que j'aime, ou de celle que j'aime, ou le mien même, si celui qui
me propose la paix en échange me le demande, j'aurai avancé
d'un pas vers la paix par la suppression de cet organe vital.
Il faut ne pas connaître la valeur de cette terre et sa fonction
pour ainsi la donner, organes partiels l'un après l'autre comme
nous le demandent les nations, conscientes que l'abandon d'une part signifie
l'abandon de l'ensemble signifiant; toutes les générations
qui savaient ont été fidèles et n'ont jamais rien
donné de cet organisme de vie. Pensez à l'immense Rambane
exposant ainsi la grandeur du système du judaïsme devant les
provocateurs, les religieux chrétiens espagnols et leurs chefs
politiques; vainqueur de la disputatio de Barcelone en l'an juif 5023
(1263), il n'eut de salut que dans la fuite. Mais il fut logique: il partit
pour la terre d'Israël à une époque où elle
était ravagée par les guerres, les villes détruites
sauf celle de Acco, et il franchit tous les obstacles et monta à
Jérusalem où il arriva le 3 Elloul 5027 (1267). Il voulut
faire de son défi une victoire pour tous, écrivit une lettre
dans laquelle il dépeint son émotion d'entrer dans Jérusalem,
ses larmes devant la destruction et son assurance que tout sera reconstruit
et refonctionnera. Notre amour ne sera pas plus faible. Nous ne trahirons
pas. Comme l'a dit Eliahou Akerman, un psychologue spécialisé
dans le traitement immédiat des victimes des attentats en Israël,
maintenant ce ne sont pas seulement les ennemis qui veulent ainsi violer
l'intégrité des Juifs, mais des Juifs eux-mêmes sur
leur terre veulent en déporter d'autres de leur demeure pour la
donner aux ennemis; nous devons comprendre, dit-il, cela comme un viol
de l'essentiel et réagir avec l'évidence et la force que
l'on manifeste face aux violeurs d'enfants. Le monde et nos voisins ont
besoin que nous vivions ainsi en cohanim de cette lumière
qui est sainte, et bénédiction pour tous. Je
le redirai sans cesse, et dans la beauté, la connaissance et le
respect de tous (lien ici).
Le monde n'a aucune pudeur devant cette volonté de dépècement
du judaïsme et des Juifs. Et le combat contre nous n'a de cesse.
Cette année, nous avons vu un film (La passion) dépeindre
faussement les Juifs de la manière la plus cruelle, relançant
les falsifications théologiques meurtrières. La plus haute
autorité du christianisme a fait savoir qu'il y a eu une évolution
(contrairement au film) dans l'attitude de l'Eglise mais la semaine suivante
il visionnait le film avec les traditionnalistes les plus durs envers
le judaïsme. Dans le même sens, le Vatican veut maintenant
canoniser Isabelle la Catholique, la persécutrice des Juifs qu'elle
a expusé d'Espagne et le Vatican lance une nouvelle campagne révisionniste
cette fois pour minimiser le nombre des victimes juives de l'Inquisition.La
provocation est indécente. Il n'a a aucun changement sur la ligne
hormis la tactique plus policée.On ne pardonne pas aux Juifs de
ne pas abandonner face à ceux qui (Chrétiens ou Musulmans)
ont voulu se substituer à eux. Ce combat se veut théologique
et territorial comme un tout. "Dépecer" morceaux par
morceaux. Mais il y a une LOI qui dépasse toutes les volontés
des hommes, de tous les politiciens et de tous ces théologiens:
c'est le 'hoq. Point fixe et inaltérable, il assure la justesse
de toutes les autres règles morales.Les psychologues et pschanalyses
ont maintenant découvert l'importance de la "loi" internalisée.
Le judaïsme l'enseignait depuis des millénaires. Et donnait
et donne une formation précise pour la comprendre et la vivre.
Voici
un sceau de juge rabbinique marocain de Ribbi Moché ben Yit'haq
Der'i (1774-1842) qui symbolise cette stabilité suprême dans
la Torah.
et rendons hommage à la force du Rambane (Na'hmanide) qui est la
traduction humaine de cette force du 'hoq. Voici son sceau:
Il y est écrit: "Moché, ben (fils de) Rabbi Nahman,
que son âme repose, de Gérone. 'Hazaq (soyez fort!)".
'Hazaq (soyez fort!), c'est le conseil, la demande et l'ordre que tout
Juif ou Juive ont reçu dans le début du Livre de Yéhoshua,
et cela a été dit spécialement au moment où
nous devons entrer dans la terre d'Israël. Cela est basé sur
l'assurance du 'hoq inébranlable.
Combien il est dommage, triste, de voir encore des Juifs avoir peur après
des millénaires d'exemples courageux et rester alors loin des défis
de notre génération. Pire, des guides qui encouragent parfois
les brebis à éviter cet affrontement à la réalité
difficile, ce qui est e-xac-te-ment contraire à la Torah
et à la émouna que Hachém demande de nous.
J'ai entendu un récit témoignant de cette force qui nous
est demandée. Un hôtel-restaurant de Jérusalem avait
demandé et reçu un certificat de cashroute contresigné
par le Rav Chalom Messas et bénéficiait ainsi d'une garantie
qui lui apportait une nombreuse clientèle pour des événements
religieux de fêtes. Voulant jouer sur tous les tableaux, cet hôtel
se mit a organiser des festivals de danse du ventre. Le Rav supprima simplement
le certificat de cashroute sans rien dire de plus contre l'hôtel.
Ce dernier porta plainte à la Cour suprême pour atteinte
à la liberté, et la Cour convoqua le Rav avant de le sanctionner.
Le Rav se rendit à la convocation comme Président du Beth
dine de Jérusalem, accompagné de ses dayanim, et après
avoir entendu la mise au point de la Juge, calmement lui demanda en quoi
elle pouvait abolir les règles de la Torah. Il lui dit: "si
vous le voulez, revêtez mes vêtements et insignes de Président
du tribunal rabbinique de Jérusalem et signez et envoyez votre
décision rabbinique de cahroute, qui satisfera l'hôtel et
vous verrez l'effet de votre décision et sur l'hôtel et sur
votre institution et sur vous-même". Devant cette force tranquille
qu'elle ne parviendrait jamais à soumettre, la Juge préféra
clore le dossier. Voilà de vrais successeurs du Rambam ou de Yehoshua,
il y en a des centaines de milliers ou millions en Israël; et montent
vers Israël ceux qui ressentent cette veine dans leur coeur. C'est
le respect de la Torah, tout simplement, le respect de l'ordre des choses.
Et il assure la morale de respect et le bonheur.
Dans le judaïsme, ce refus de l'abandon qui est respect de la
complétude est nommé"chalom". C'est un
des noms de D.ieu, chalom, ce n'est pas seulement un cessez-le-feu
entre conquérants opposés qui se font des concessions comme
prix de la coexistence éventuelle. Ce n'est pas non plus la collaboration
aux ennemis que l'on nomme mensongèrement "pacifisme".
Nous ne pouvons pas trahir la dualité essentielle dans laquelle
nous savons que nous sommes insérés. Et c'est là
que nous manifestons le maximum de respect pour l'essentiel de tout humain
et de ses valeurs.
Dans cette ligne, l'auteur de Guinat Egoz, le Rav Yossef Guiqatilia,
s'interroge sur les sens de la dualité féminin/masculin
dans l'usage des mots par la Torah (soleil, lune, feu...) et s'il constate
que cette dualité est importante même au niveau si élevé
des séraphins (Isaïe 6,2), il déclare qu'aucun homme
ne peut en atteindre le sens ultime.
Cela nous enseigne que notre dualité (notre composante connaissable/inconnaissable)
ne doit pas être occultée, qu'elle a sa source dans la science
du Créateur et que Lui seul est Un, que nous avons besoin de Lui
pour notre unité de même que pour notre existence. Notre
dualité a sa source en Son unité. C'est le sens du Chémâ
Yisrael.
De même, apprécier celui ou celle qui est proche, le voisin,
c'est apprécier et aimer également ce que nous en pressentons
sans pouvoir le désigner par notre connaissance de préhension
intellectuelle. Il faudrait en dire autant de la différence entre
les âges ou entre les générations: combien ne sont
capables de communiquer et de se sentir bien qu'avec ceux qui leur ressemblent
en âges, cela montre qu'ils ne se sont pas ouverts à l'autre,
au différent, au 'hoq incompréhensible. D'où la prescription
obligatoire, dans les 10 commandements, de respecter les parents car cela
est si peu spontané de respecter le différents en âge,
en acquisition de culture et d'expérience; on en reste à
aimer notre image narcissique et alors on n'aime même pas celui
de notre âge car il est toujours différent de nous.
Quand nous avons cette assurance réciproque de la part de l'autre,
on sait qu'il nous aime en amour ou en amitié, en union, en proximité
ou en distance respectée.
Il nous faut apprendre à vivre non seulement dans l'incomplétude
mais aussi dans la présence à l'invisible.
Plus encore, par le 'hoq, la Torah nous montre que l'invisible
est la source véritable de l'être. C'est le sens
du poème surgi dans ce contexte et placé ci-dessous.
Le 'hoq nous apprend à voir dans le concret, dans la rencontre,
dans la différence homme-femme et dans le couple, la présence
du merveilleux, de l'au-delà dans le concret. Et réciproquement..
Poème
Par les étoiles
je sais, le soir,
et dans la nuit froide
qu'il est un autre monde, large,
où tout est lumière et charme.
Tu n'es pas loin, lumière de mon âme, mais tu me sembles
si timide et si pâle.
Je sais que tu te gardes, simplement car tu
es toute flamme, et si tu me regardes il en est deux qui défaillent.
Alors, je reste terre
sous le couvercle noir
et toi tu règnes en
gloire et me laisses l'espoir.
Un soir, une filante étoile a traversé
mon jardinage; j'ai reconnu mon âme à son passage.
Un seul
regard, un seul Sinaï suffisent parfois au Sage pour vivre 1000 ans
dans ton image.
Un soir, les étoiles
perceront toute la toile
et Jérusalem en gloire
descendra dans le jardin.
Ce soir-là,
tu nous prendras la main.
Ô Chékhina, Tu tardes.
Je suis sorti, et suis allé méditer à l'Est de Jérusalem,
sur la colline du Mont des Oliviers d'où je peux voir tout Jérusalem
d'un seul coup d'oeil, l'antique du Temple et la ville moderne, tenus par
le 'hoq inébranlable. Mais j'avais les larmes au coeur et
aux yeux de penser à toute la méchanceté qui s'exerce
continuellement contre nous partout.
J'ai regardé derrière moi: par delà les tombes des
tsaddiqim, au loin la région de la Jordanie d'où est
arrivé Yehoshua plein de force, lui pendant la vie de qui tout Israël
a respecté et accompli toute la Torah comme il est dit à la
fin de son Livre. Maintenant, à deux pas de Jérusalem, nous
sommes contraints de bâtir la guédér, la barrière
de sécurité que nous voyons au loin sur la photo, pour empêcher
les terroristes de pénétrer dans Jérusalem car ils
veulent simplement nous tuer, ici comme ailleurs dans le monde.

Je me retourne et prend cette autre photo du Mont du Temple que Arafat vient
de rappeler qu'il restera (croit-il)
sous le contrôle des Palestiniens. Voici l'image qui est sortie, certainement
embuée de mes larmes. Elle a été prise par le coeur.
Une de mes plus belles photos. Et quelle lumière au-dessus de cela
qui diffuse avec la certitude du 'hoq.
J'ai lu alors le psaume 102 du peuple qui supplie, s'effondre et reprend
l'assurance en fin de psaume, comme la lettre du Rambane.
Puis le psaume 103 et le psaume 104 qui resplendissent. Nous n'avons pas
à tricher. Le 'hoq est avec nous à travers tout et
il est stabilité et victoire.
Pendant que je prie, seul devant ce paysage, un arabe approche sa voiture
près de moi et ouvre en toute puissance la musique de sa radio et
me regarde avec provocation, voulant me dire qu'il me volera l'espace.
J'ai continué mes psaumes.Rien de cela ne nous ébranle. Une
autre fois, trois s'approchaient comme cela, j'ai réagi simplement
en leur rappelant que Celui en qui ils croient est miséricorde et
non haine; je leur ai récité en arabe les premiers versets
de leur Qoran qui le disent et ils se sont sauvés de confusion.
Nous gagnerons. La Torah gagnera. Mais pourquoi perdons-nous tant de temps
par l'absence de tant de membres du peuple
qui ne pensent pas à vivre la Torah pleinement ici?
De l'étude aux sentiments du coeur, je partage avec vous. Car nous
vivons la même aventure. La Torah n'est pas dans le Ciel mais sur
terre.
Comment nous former et nous développer en ce lien ?
Une question concrète se pose : comment nous former pour développer
notre capacité de saisir ces deux dimensions différentes
de la Torah et pour être plus sensible à ce qui est au-delà
de notre pouvoir intellectuel de compréhension ?
Donnons quelques pistes.
- d'abord étudier la Torah dans ses niveaux différents
niveaux de sens (pchate, réméz, drache, sod);
tout comprendre d'abord dans le pchate et ne pas en rester
au pchate un fois que nous avons bien compris ce pchate.
Des auteurs comme le Chla et, surtout, Rabbéinou Bé'hayé
procurent cette approche systématiquement, contrairement à
la plupart des commentateurs qui les abordent également mais ne
les distinguent pas aux yeux du lecteur, ce qui rend l'approche plus difficile
pour les débutants alors que les connaisseurs distinguent immédiatement
ces niveaux différents dans ces commentaires.
- appliquer la règle donnée par Maïmonide
-lien ici- (chapitre 2, 13 dans les Hilkhotes limoud Torah)
qui consiste à accorder un temps égal à l'étude
de la Torah écrite, de la Torah orale et de la réflexion
qui fait sortir une chose d'une autre et renouvelle (léhitbonéne
davar midavar). Dans la tradition juive, le Sage c'est celui qui voit
ce qui est à l'état d'émergence, celui qui voit le
nolade, le naissant: Ezéhou 'hakham. Haroé éte
hannolad (Traité Tamid 32a). Lien
ici.
- faire de notre étude une méditation sentie avec le
coeur et l'existence. Pour cela, je propose d'échanger sur
chaque étude de la Torah avec ses proches, passer de notre fausse
unité solitaire à la véritable unité qui est
dualité.
- oser laisser notre sensibilité capter la richesse des niveaux
de l'être d'autrui à travers ses gestes. C'est en ce sens
du lien de la tête et de l'être que j'insère des poèmes
comme le comprennent bien les lecteurs : autoriser la descente de
ce que l'on a compris jusque dans les mots qui sont plus sentiments, sensations,
sons, chair, actes. J'incite chacun à le faire. La Torah nous l'a
proposé dans les psaumes et les multiples chants qui parsèment
le Tanakh.
- apprendre à écouter ensemble. C'est tout le sens du Chémâ
Yisrael. C'est bien pour cela que nous avons l'obligation de le répéter
sans cesse: écoute.
J'ai écrit un livre intitulé "Ecouter
le rêve" (Ed. Robert-Laffont. Paris) qui apprend à entendre
cet émergeant dans la parole de l'autre, ou dans la nôtre.
Seule l'écoute continue de ce qui dit l'autre permet d'arrêter
notre propension à clôturer ce qui nous savons par l'évidence
ou par notre propre expérience.
Exercices de mémorisation :
Dévarim 30, 14 (je laisse les mots en français dans l'ordre
de la phrase hébraïque pour l'apprentissage des débutants)
:
"car proche de toi", ki-qarov éléikha
"la chose, très", haddavar méod,
"(tu l'as) dans ta bouche et dans ton coeur", béfikha
ouvilévavékha
"pour l'observer", laâssoto.
"Car la chose est proche de toi, dans ta bouche et dans ton coeur pour
l'observer".
Relions en ouvrant les liens ce que nous avons étudié dans
les parachiyotes précédentes :
- choisir la trajectoire d'Israël et non celle des nations (paracha
Béhaâlotékha),
- choisir la trajectoire d'Israël à l'intérieur de
notre peuple (paracha Qora'h),
- cette fois choisir la trajectoire d'Israël dans le lien vertical
(paracha 'Houqate).
Il vaut la peine d'étudier précisément ces trois plans, puis de réfléchir comment les concilier dans nos vies.
Organisez un
échange-discussion sur l'étude de cette
paracha
dans le couple, en famille, entre amis, ou dans la communauté,
-
Dans cette paracha-ci, le thème suivant s'y prète bien :
les niveaux de l'être chez soi, chez ceux qui nous sont chers, comment
les percevoir, les respecter, les écouter, les valoriser.
-
Les partenaires de l'échange lisent tous cette étude préalablement
et la paracha, même en français.
-
Ensuite on se réunit, en délimitant la durée de l'échange,
on nomme un animateur, on débat... en s'efforçant de s'exprimer
et surtout d'écouter (chémâ Yisrael !) et de
se "modérer" les uns les autres.
- Ainsi, l'étude est confrontée à l'expérience
personnelle, à la pensée personnelle, l'échange
augmente les lumières, et on garde les textes à portée
de main pour qu'ils soient toujours le repère.
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