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Paracha Béréchite
Méditation personnelle sur les commentaires des Sages

Par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages
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Eloge du duo, seule vérité


Sur la paracha Béréchite : plusieurs études pour découvrir les bases de toute la Torah, de toute l'existence, et de notre développement personnel
4e étude. Le 1e commentaire de Rachi : le droit des Juifs à la terre d'Israël
5e étude de la paracha Béréchite: comment vaincre les ténèbres
6. Découvrir ici chaque paracha de la Torah en chiffres. Quand on aime, ça compte! Bien utile aussi pour préparer sa bar-mitsva. Notre paracha a 146 versets, soit la 8e; (et 1931 mots, soit la 8e; et 7235 lettres, soit la 11e). Elle est écrite sur 230 lignes dans le Séfer Torah.
7. Un poème nouveau: Rénovation d'Adam.
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Plan

  1. Eloge du duo, seule vérité.
  2. L'effort constant de l'homme pour réduire l'amour.
  3. L'effort constant de l'homme pour réduire le duo au 1.
  4. Quel est le centre de la Tora ? Ahava.
  5. L'impossible effort.
  6. La durée de l'écoute/
  7. Confirmation du message par le chiffre.

Méditation personnelle sur Béréchite
Eloge du duo, seule vérité

Un des lieux, à l'échelle de l'homme, où il peut travailler à ce que le monde ne soit pas le tohou vohou destructeur ni la dictature du "1" usurpateur, c'est le couple ou la relation.

Haqqaddoche baroukh Hou est Un ; Il nous place dans un monde basé sur le 2, et dans un monde où la perversion continue sera d'élever au niveau du Un, qui est la place seulement de Hachém, toute autre valeur étant vérité partielle.

Cette proposition du créateur apparait dans le béit (2) du mot béréchite mis en gros caractère.

Que se joue-t-il dans le couple ? ou dans la relation humaine de base dès le début de la Tora ?
 
 

L'effort constant de l'homme pour réduire l'amour

Le psaume 62, 12 de David dit : "Une fois a parlé Eloqim, deux fois cela je l'ai entendu, c'est que la force appartient à Eloqim". (Lire ce texte).

Un commentaire de nos Sages précise : Eloqim a dit toutes les 10 paroles en une seule expression mais Israël, dans sa faiblesse humaine, n'a pas entendu vraiment de ses oreilles et n'en a saisi que les deux premières... Il est dit dans Chir haChirim : "il m'embrassera des baisers de sa bouche", mais ils ont réduit ce pluriel à deux, aux deux premières paroles, car ils ne pouvaient en supporter plus (miôut rabim chnaïm... léfi ché lo yékholou lisbol).

Les Sages nous font remarquer là cette triple vérité constante du comportement humain : 

1) nous réduisons toujours l'essentiel, 

2) cet essentiel de la Tora est le don que fait Hachém, 

3) cet essentiel, c'est l'amour. 

C'est un processus de restriction, de miôut, de blocage, de repli, de refoulement, de surdité volontaire ou spontanée. 
 
 

L'effort constant de l'homme pour réduire le duo au 1

Dans le même sens, nous voyons que la vie sociale est une lutte acharnée et violente pour réduire l'autre à soi-même, à notre pouvoir, à notre argent, à notre idéologie, à notre idéal, à nos besoins ; il en est ainsi dès le jeune âge dans la fratrie ou dans la relation enfant-parents ; il en est ainsi dans le couple : l'amour et le beau programme sont toujours mis à l'épreuve quotidienne de la non-écoute de l'autre justifiée par la fatigue, les préoccupations, les tâches. On ramène le 2 au "1" qui est "moi". C'est une idolatrie où nous sommes le centre de la création. 

Il faut souvent de cruels échecs pour prendre conscience de ce processus ; beaucoup ne parviennent pas à le modifier en eux-mêmes et sont à leur insu des tyrans domestiques ou des égoïstes qui définissent le bonheur de l'autre en fonction de leurs besoins. Il faut souvent un travail psychologique lent en présence d'un professionnel qui protège chacun pour améliorer lentement cette situation.
 
 

Quel est le centre de la Tora ? Ahava

Dans ce contexte, posons-nous la question :
"quel est le centre et l'essentiel du message de la Tora ?" ;
il y aura mille réponses (l'étude, la prière, la fidélité, la croyance, les mitsvotes, le peuple, la terre, etc) alors que l'essentiel est ahava, amour, ce mot constitué en hébreu de lettres qui sont tout un enseignement. 
 
 

En effet, l'obligation de répéter chaque jour le chéma Yisraël nous montre bien qu'il est le centre de la Tora.

Dans ce Chémâ, le mot Un (é'had) est 13 en guématria comme ahava, et ce mot é'had y est entouré du mot ahava avant et après lui ; il y a donc là un enseignement sur la primauté absolue de l'amour dans le message de la Tora. Le Un doit être soumis au 2 de l'amour. Cela est clair, centré, précis, dévoilé, il n'est pas besoin de nombreux commentaires pour le comprendre. 
 
 

C'est ce que disent là nos Sages quand il poursuivent directement en nous disant cette phrase : "il est dit dans Chir haChirim : il m'embrassera des baisers de sa bouche". 

Et la fin du psaume 62 (verset 13) le confirme : "ou lékha adonoute 'hésséd, et à Toi Adonoute est bonté".
 
 

L'impossible effort

La plénitude des 10 paroles nous est difficilement accessible en une synthèse. Notre enjeu de l'unité se jouera particulièrement dans l'aventure du deux. 
 
 

Ce deux est la structure de l'amour, le lieu où l'un a besoin de tout l'autre et réciproquement. Il est important que le créateur ait fait la nature pour que nous voyions et entendions par deux yeux et par deux oreilles : en effet, notre contact avec la réalité est ainsi marqué ontologiquement par la réalité du deux, du complément, par la rencontre de l'autre ; moi, un être unique, je suis deux ou, plus exactement formulé, je suis à la fois un et deux, et la véritable nature de ce lien au réel n'est pas une structure mathématique ou formelle mais la relation d'amour. C'est pour cela qu'il est dit qu'il faut entendre avec les oreilles (qui sont deux et non une) et il faudrait se laisser entendre en chaque dire la dualité de ce qui envoyé. Dieu a créé l'homme en une unité double : masculin-féminin ; cela est structural, intangible.

La vie en commun et l'étude sont une même dynamique qui nous apprennent à découvrir la dualité essentielle qui est la seule unité accessible à l'homme. Comme le dit le psaume, cela se fait d'abord par l'écoute. Un long apprentissage est nécessaire.
 
 

La durée de l'écoute

Bien entendu, alors, dans la conscience limitée qui caractérise notre nature humaine, il n'est pas possible de formuler immédiatement tout ce que nous avons reçu et entendu de l'autre mais il importe de savoir recevoir, de laisser la vibration mise en mouvement faire entendre tous ses harmoniques. Il faut continuer à entendre dans le temps ce qui a été émis par l'autre en une seule émission de voix ; cela en toute audition, a fortiori envers celui ou celle qui nous concerne ou que l'on aime. 

Il faut continuer à goûter ce qui a été dit et entendu, comme un bonbon qui révèle progressivement ses goûts différents et non pas l'engloutir rapidement dans la gorge en l'évacuant déjà ; il faut entendre la parole de l'autre comme un parfum qui, s'il est écouté, va développer progressivement une note de tête, puis une note de coeur, et enfin beaucoup plus tard une note de fond. 

Et quand l'autre perçoit qu'il est ainsi écouté, il se sait aimé.
 
 

L'écoute de cette multiplicité des sens et des niveaux inclus dans une seule émission par la parole d'autre ou par son attitude, est ce que j'ai appelé : "écouter le rêve" de l'autre. 
 
 

L'être aimé se sait alors "nombreux", riche, et pas seulement aimé au premier degré du désir ou du confort ; il n'est pas "possédé" ni limité, enfermé, restreint, il existe et se développe par cette parole placée dans l'écoute et l'amour : et il faut toutes les images du Cantique des Cantiques pour ouvrir alors l'éventail de ce mot ahava qui est le modèle et le contenu et la relation et Son propre être que Hachém essaie de dire à Sa créature : avec les rapprochement et les éloignements-silences. 

Si cela se joue dans le duo Créateur-Israël selon l'interprétation stricte de Rachi dans le Cantique des Cantiques, et puisqu'Il a créé l'homme à Son image et à Sa ressemblance, combien cette dynamique se joue également entre les êtres dans toute relation et, spécialement, dans la relation de couple.
 
 

Confirmation du message par le chiffre

La Torah sait que des humains seront plus sensibles à la forme imagée du message, d'autres à la forme d'un récit historique, d'autres à la forme des lettres et d'autres à la forme des chiffres. C'est pourquoi elle transmet son message par toutes ces voies.
 
 

Reprenons toute cette méditation par le chiffre.

Ce message est si essentiel que, pour le mettre en valeur, les commentaires expliquent en ce sens le fait que toute la Tora commence par la lettre béit (2) et non pas par la lettre aleph (1).

Le béit est la deuxième lettre de l'alphabet hébraïque et sa valeur de chiffre est 2 dans les calculs (car on n'utilise pas les "chiffres arabes" pour compter en hébreu mais les lettres hébraïques) ; c'est cette règle de vérité du 2 qui est ainsi montrée comme étant toute la structure réelle de l'univers et des relations. 
 
 

Au contraire, le 1 n'a de sens qu'au plan divin. Au niveau humain, l'usage du 1 est fallacieux, illusoire et mensonger; ce sont les idées sûres d'elles-mêmes et préconcues, les jugements simples et catégoriques, les théories mensongères, le pouvoir politique qui s'attribue le droit et le pouvoir sur autrui par tous les artifices pseudo-logiques. Seulement au niveau de Dieu, le 1 est juste. Quand l'homme le revendique pour lui, il est dans le chéqer, le mensonge. 
 
 

Pour bien montrer que toute la Tora dit cela, les commentaires font remarquer que, dans le premier verset de la Tora, après cette ouverture sur le béit, 2, les lettres finales des trois premiers mots composent le mot vérité, éméte dont la guématria (1+4+4 en compte simple sans les zéros des dizaines) donne la somme de 9, tandis que le mot chéqér, mensonge, a pour guématria simple 6 (soit 3+1+2).
 
 

Quand on base tout l'ordre des lettres hébraïques sur le 2, cette justification absolue de la vérité du multiple est encore mise en valeur :

l'addition des lettres par groupes de trois y forme alors toujours un total de 9 qui est le chiffre de la vérité, éméte (1+4+4 = 9). En effet, voici cette suite : 

  • béit guimél dalét (2+3+4 = 9)
  • hé vav zayine (5+6+7 = 18 soit 8+1 = 9)
  • 'hét tét youd (8+9+10 = 27 soit 2+7 = 9)
  • kaf laméd mém (2+3+4 = 9)
  • noun samékh âyine (5+6+7 = 18 soit 8+1 = 9)
  • pé tsadé qof (8+9+1 = 18 soit 8+1 = 9)
  • réiche chine tav (2+3+4 = 9)
Par contre, si on commençait selon l'ordre alphabétique, à tout baser sur l'ordre du 1, à partir de la lettre aléf, l'addition des lettres par groupes de trois formerait toujours un total de 6 qui est le chiffre du mensonge, chéqér (3+1+2 = 6) : 
  • aléf béit guimél (1+2+3 = 6)
  • dalét hé vav (4+5+6 = 15 soit 1+5 = 6)
  • zayine 'hét tét (7+8+9 = 24 soit 2+4 = 6)
  • youd kaf laméd (1+2+3 = 6)
  • mém noun samékh (4+5+6 = 15 soit 1+5 = 6)
  • âyine pé tsadé (7+8+9 = 24 soit 2+4 = 6)
  • qof réiche chine (1+2+3 = 6).
Cela n'est pas une preuve par le chiffre, mais l'hébreu a cette particularité de démontrer une logique complète entre le contenu du sens véhiculé par la Tora avec les formes mêmes de la langue, d'une part, et avec les structures de l'organisation du récit, d'autre part. 

Il ne s'agit donc pas là de concordances facultatives ou de jeux, mais la lecture éclairée montre ces correspondances dont chacune complète le message global. La tradition transmet les correspondances de ces sens dans les différents langages du mot, du chiffre et du contenu. Il ne peut s'agir de constructions personnelles fantaisistes. Ceci est un enseignement de la tradition.
 
 

L'avoir fait ressortir ainsi, par cette justification du chiffre, correspond à l'importance du fondement de toute la Torah sur la structure du 2 ; cela met bien en évidence le verset de ce psaume 62, 12 : 

"Une fois a parlé Eloqim, deux fois cela je l'ai entendu, c'est que la force appartient à Eloqim". 
 

Eloge de la prudence
dans l'usage de la lumière
Paracha Béréchite


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