Méditation personnelle
Eloge du duo, seule vérité.
Plan
Méditation personnelle sur Béréchite
:
Un des lieux, à l'échelle de l'homme, où il peut travailler à ce que le monde ne soit pas le tohou vohou destructeur ni la dictature du "1" usurpateur, c'est le couple ou la relation. Haqqaddoche baroukh Hou est Un ; Il nous place dans un monde basé sur le 2, et dans un monde où la perversion continue sera d'élever au niveau du Un, qui est la place seulement de Hachém, toute autre valeur étant vérité partielle. Cette proposition du créateur apparait dans le béit (2) du mot béréchite mis en gros caractère. Que se joue-t-il dans le couple ? ou dans la relation humaine de base
dès le début de la Tora ?
L'effort constant de l'homme pour réduire l'amour Le psaume 62, 12 de David dit : "Une fois a parlé Eloqim, deux fois cela je l'ai entendu, c'est que la force appartient à Eloqim". (Lire ce texte). Un commentaire de nos Sages précise : Eloqim a dit toutes les 10 paroles en une seule expression mais Israël, dans sa faiblesse humaine, n'a pas entendu vraiment de ses oreilles et n'en a saisi que les deux premières... Il est dit dans Chir haChirim : "il m'embrassera des baisers de sa bouche", mais ils ont réduit ce pluriel à deux, aux deux premières paroles, car ils ne pouvaient en supporter plus (miôut rabim chnaïm... léfi ché lo yékholou lisbol). Les Sages nous font remarquer là cette triple vérité constante du comportement humain : 1) nous réduisons toujours l'essentiel, 2) cet essentiel de la Tora est le don que fait Hachém, 3) cet essentiel, c'est l'amour. C'est un processus de restriction, de miôut, de blocage,
de repli, de refoulement, de surdité volontaire ou spontanée.
L'effort constant de l'homme pour réduire le duo au 1 Dans le même sens, nous voyons que la vie sociale est une lutte acharnée et violente pour réduire l'autre à soi-même, à notre pouvoir, à notre argent, à notre idéologie, à notre idéal, à nos besoins ; il en est ainsi dès le jeune âge dans la fratrie ou dans la relation enfant-parents ; il en est ainsi dans le couple : l'amour et le beau programme sont toujours mis à l'épreuve quotidienne de la non-écoute de l'autre justifiée par la fatigue, les préoccupations, les tâches. On ramène le 2 au "1" qui est "moi". C'est une idolatrie où nous sommes le centre de la création. Il faut souvent de cruels échecs pour prendre conscience de ce
processus ; beaucoup ne parviennent pas à le modifier en eux-mêmes
et sont à leur insu des tyrans domestiques ou des égoïstes
qui définissent le bonheur de l'autre en fonction de leurs besoins.
Il faut souvent un travail psychologique lent en présence d'un professionnel
qui protège chacun pour améliorer lentement cette situation.
Quel est le centre de la Tora ? Ahava Dans ce contexte, posons-nous la question :
En effet, l'obligation de répéter chaque jour le chéma Yisraël nous montre bien qu'il est le centre de la Tora. Dans ce Chémâ, le mot Un (é'had) est
13 en guématria comme ahava, et ce mot é'had
y est entouré du mot ahava avant et après lui ; il
y a donc là un enseignement sur la primauté absolue de
l'amour dans le message de la Tora. Le Un doit être soumis au 2 de
l'amour. Cela est clair, centré, précis, dévoilé,
il n'est pas besoin de nombreux commentaires pour le comprendre.
C'est ce que disent là nos Sages quand il poursuivent directement en nous disant cette phrase : "il est dit dans Chir haChirim : il m'embrassera des baisers de sa bouche". Et la fin du psaume 62 (verset 13) le confirme : "ou lékha
adonoute 'hésséd, et à Toi Adonoute est bonté".
L'impossible effort La plénitude des 10 paroles nous est difficilement accessible
en une synthèse. Notre enjeu de l'unité se jouera particulièrement
dans l'aventure du deux.
Ce deux est la structure de l'amour, le lieu où l'un a besoin de tout l'autre et réciproquement. Il est important que le créateur ait fait la nature pour que nous voyions et entendions par deux yeux et par deux oreilles : en effet, notre contact avec la réalité est ainsi marqué ontologiquement par la réalité du deux, du complément, par la rencontre de l'autre ; moi, un être unique, je suis deux ou, plus exactement formulé, je suis à la fois un et deux, et la véritable nature de ce lien au réel n'est pas une structure mathématique ou formelle mais la relation d'amour. C'est pour cela qu'il est dit qu'il faut entendre avec les oreilles (qui sont deux et non une) et il faudrait se laisser entendre en chaque dire la dualité de ce qui envoyé. Dieu a créé l'homme en une unité double : masculin-féminin ; cela est structural, intangible. La vie en commun et l'étude sont une même dynamique
qui nous apprennent à découvrir la dualité essentielle
qui est la seule unité accessible à l'homme. Comme le dit
le psaume, cela se fait d'abord par l'écoute. Un long apprentissage
est nécessaire.
La durée de l'écoute Bien entendu, alors, dans la conscience limitée qui caractérise notre nature humaine, il n'est pas possible de formuler immédiatement tout ce que nous avons reçu et entendu de l'autre mais il importe de savoir recevoir, de laisser la vibration mise en mouvement faire entendre tous ses harmoniques. Il faut continuer à entendre dans le temps ce qui a été émis par l'autre en une seule émission de voix ; cela en toute audition, a fortiori envers celui ou celle qui nous concerne ou que l'on aime. Il faut continuer à goûter ce qui a été dit et entendu, comme un bonbon qui révèle progressivement ses goûts différents et non pas l'engloutir rapidement dans la gorge en l'évacuant déjà ; il faut entendre la parole de l'autre comme un parfum qui, s'il est écouté, va développer progressivement une note de tête, puis une note de coeur, et enfin beaucoup plus tard une note de fond. Et quand l'autre perçoit qu'il est ainsi écouté,
il se sait aimé.
L'écoute de cette multiplicité des sens et des niveaux
inclus dans une seule émission par la parole d'autre ou par son
attitude, est ce que j'ai appelé : "écouter le rêve"
de l'autre.
L'être aimé se sait alors "nombreux", riche, et pas seulement aimé au premier degré du désir ou du confort ; il n'est pas "possédé" ni limité, enfermé, restreint, il existe et se développe par cette parole placée dans l'écoute et l'amour : et il faut toutes les images du Cantique des Cantiques pour ouvrir alors l'éventail de ce mot ahava qui est le modèle et le contenu et la relation et Son propre être que Hachém essaie de dire à Sa créature : avec les rapprochement et les éloignements-silences. Si cela se joue dans le duo Créateur-Israël selon l'interprétation
stricte de Rachi dans le Cantique des Cantiques, et puisqu'Il a créé
l'homme à Son image et à Sa ressemblance, combien cette dynamique
se joue également entre les êtres dans toute relation et,
spécialement, dans la relation de couple.
Confirmation du message par le chiffre La Torah sait que des humains seront plus sensibles à la forme
imagée du message, d'autres à la forme d'un récit
historique, d'autres à la forme des lettres et d'autres à
la forme des chiffres. C'est pourquoi elle transmet son message par toutes
ces voies.
Reprenons toute cette méditation par le chiffre. Ce message est si essentiel que, pour le mettre en valeur, les commentaires expliquent en ce sens le fait que toute la Tora commence par la lettre béit (2) et non pas par la lettre aleph (1). Le béit est la deuxième lettre de l'alphabet hébraïque
et sa valeur de chiffre est 2 dans les calculs (car on n'utilise pas les
"chiffres arabes" pour compter en hébreu mais les lettres hébraïques)
; c'est cette règle de vérité du 2 qui est ainsi montrée
comme étant toute la structure réelle de l'univers et des
relations.
Au contraire, le 1 n'a de sens qu'au plan divin. Au niveau humain, l'usage
du 1 est fallacieux, illusoire et mensonger; ce sont les idées sûres
d'elles-mêmes et préconcues, les jugements simples et catégoriques,
les théories mensongères, le pouvoir politique qui s'attribue
le droit et le pouvoir sur autrui par tous les artifices pseudo-logiques.
Seulement au niveau de Dieu, le 1 est juste. Quand l'homme le revendique
pour lui, il est dans le chéqer, le mensonge.
Pour bien montrer que toute la Tora dit cela, les commentaires font
remarquer que, dans le premier verset de la Tora, après cette ouverture
sur le béit, 2, les lettres finales des trois premiers mots
composent le mot vérité, éméte dont
la guématria (1+4+4 en compte simple sans les zéros des dizaines)
donne la somme de 9, tandis que le mot chéqér, mensonge,
a pour guématria simple 6 (soit 3+1+2).
Quand on base tout l'ordre des lettres hébraïques sur le 2, cette justification absolue de la vérité du multiple est encore mise en valeur : l'addition des lettres par groupes de trois y forme alors toujours un total de 9 qui est le chiffre de la vérité, éméte (1+4+4 = 9). En effet, voici cette suite :
Il ne s'agit donc pas là de concordances facultatives ou de jeux,
mais la lecture éclairée montre ces correspondances dont
chacune complète le message global. La tradition transmet les correspondances
de ces sens dans les différents langages du mot, du chiffre et du
contenu. Il ne peut s'agir de constructions personnelles fantaisistes.
Ceci est un enseignement de la tradition.
L'avoir fait ressortir ainsi, par cette justification du chiffre, correspond à l'importance du fondement de toute la Torah sur la structure du 2 ; cela met bien en évidence le verset de ce psaume 62, 12 : "Une fois a parlé Eloqim, deux fois cela je l'ai entendu,
c'est que la force appartient à Eloqim".
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Copyright Dufour |