modia.org : un site pour étudier et
vivre le judaïsme, le Talmud et la Torah
-
1re Paracha : Béréchite - "  En un commencement de..."

Béréchite (La Genèse) 1, 1 - 6, 8

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

© Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'etudier et d'enseigner simultanement. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'etude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement.
Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur et l'adresse du site.
Les sites ne peuvent  faire qu'un lien vers ces textes sans les capter.

Voyez les règles du Copyright

Ne pas oublier que, sur votre version imprimee ou polycopiee, vous perdez tous les liens
qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'etude.


Pour bien commencer, savoir dire "merci" par le psaume 100

 

Explorez ici une galerie de photos pour réussir dans le coeur notre Création en lisant Béréchite



Bien entendu, vous ne pourrez pas lire toutes ces études d'introduction nécessaire, en quelques jours.
Mais vous saurez où les trouver pour bâtir votre formation sur des bases solides.

 

1e partie des 4 études

Le commentaire et la méthode d'étude du Gaone de Vilna sur la paracha Béréchite : 
le coeur est l'essentiel de la Torah   et précède toute lettre et tout message

Nous avons franchi les fêtes de la fin de l'année et du début de l'année nouvelle par une dynamique: personnelle (un travail intensif sur nous-mêmes) et cosmique (D.ieu, les anges et la qédoucha, la création qui louange).Nous nous sommes remis dans les dimensions exactes de la réalité qui est double. Dans son comentaire sur la dernière paracha de l'année, dans Vé'ham hachéméche, le Rav Chalom Messas, zatsal, rappelle que celui qui est aveugle d'un oeil ne pouvait pas monter en pélerinage au Temple car nous devons avoir le regard sur les deux dimensions. C'est ce que nous allons garder maintenant en étudiant la Torah dès le début: elle est toute Torah jusque dans les structures de tout l'univers mais également dans toutes les structures de l'homme et de son comportement; nous allons le découvrir.
Comme il nous le dit dans son commentaire sur Béréchite, le Juif ne peut pas vivre sans la Torah sinon il serait comme un poisson sans eaux.




Nous ne pouvons vivre que dans cette double dimension et la Torah nous en distille la vie. Entrons dans cette épopée.

Dans cette paracha, et autour d'elle, il y a beaucoup d'études. Pourquoi ? Parce que cette la base de toute la Torah, c'est là que sont les principes de base, c'est là que nous apprenons les méthodes pour étudier et comprendre la Torah et cela nous servira ensuite dans l'étude de chaque paracha. Il faudra donc revenir à cette page-ci très souvent.

Sur la paracha Béréchite : plusieurs études pour découvrir les bases de toute la Torah, de toute l'existence, et de notre développement personnel
4e étude. Le 1e commentaire de Rachi : le droit des Juifs à la terre d'Israël
5e étude de la paracha Béréchite: comment vaincre les ténèbres
6. Découvrir ici chaque paracha de la Torah en chiffres. Quand on aime, ça compte! Bien utile aussi pour préparer sa bar-mitsva. Notre paracha a 146 versets, soit la 8e; (et 1931 mots, soit la 8e; et 7235 lettres, soit la 11e). Elle est écrite sur 230 lignes dans le Séfer Torah.
7. Un poème nouveau: Rénovation d'Adam.
Explorez ici une galerie de photos

 
Etudier la paracha avec 7 Sages

Ecouter le chant de la paracha (Ort, askénaze)
Ecouter le chant de la haftarah (Ort, askénaze)

Les Sages qui vont nous guider

Il y a tant de commentaires sur la paracha Béréchite que cette étude-ci ne peut même pas être une "introduction". Rien que le seul premier mot de la Torah est la base de tous les 70 chapitres des Tiqqouné haZohar. Et nos n'irons certainement pas jusqu'à ces niveaux élevés.
C'est pourquoi nous adopterons la méthode sûre de nous baser uniquement sur des commentateurs et des maîtres dans l'étude qui ont été reconnus par toutes les générations et par toutes les communautés comme fournissant les fondements de la Torah : Rachi (1040-1105) et Rabbénou Yéchaya ben Avraham Hallévi Horowitz (1560-1630) nommé, le plus souvent, "le Chla Haqqadoche", par l'abréviation formée des initiales du titre de son livre, Chéné lou’hote habbrite,  Les deux Tables de l'Alliance. Il faut se reporter à l'exposé détaillé que nous faisons de leur pédagogie (lien ici). 
Nous les choisissons aussi parce que leur science a couvert tout le champ des connaissances juives ; alors, on est vraiment sûr d'apprendre avec ceux qui connaissent toute la Torah et peuvent dire : je transmets Sa Torah et non la mienne. 

De plus, ils ont réussi à être des pédagogues reconnus par toutes les communautés et qui enseignent comment étudier jusqu'à l'autonomie.

Je ne serai que leur scribe : et aussi leur métourguemane (traducteur transmetteur qui relie leur message à la particularité de compréhension d'aujourd'hui, sans gauchissement). Et pour cela, j'utilise aussi la connaissance des hommes acquise de l'intérieur dans ma profession de psychologue, psychothérapeute et anthropologue. 
Mais je séparerai  la transmission et mon propre commentaire qui permet une appropriation dans l'expérience de vie personnelle ; par cette double étude, le lecteur s'autorisera plus facilement à en faire de même.
Après Rachi et le Chla, le troisième côté de la base des Sages sera la paracha expliquée par Rabbéinou Bé'hayé (dcd vers 1340), remarquable de clarté dans son exposé des niveaux différents de la Torah (lien ici). Autour, il y aura de nombreux maîtres, comme un champ de fleurs. 

Le quatrième côté de cette base solide sera la méthode du Gaone de Vilna basée sur le coeur et les questions. Se reporter à ce lien-ci où cette méthode est  enseignée avec précision. Nous apporterons aussi souvent les commentaires de 'Hayim Ben Atar, le Ora'h 'hayim ha qadoche, de Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra et ceux du Rav Chalom Messas dans Vé'ham hachéméche. Ouvrez les pages de ces maîtres pour les découvrir et acquérir ainsi une solide formation. Les six pointes de l'Etoile de David et le point central.



 

Quelques repères en chiffres

1. Nombre de lettres, mots... dans le livre Béréchite

  LETTRES MOTS VERSETS SECTIONS
Torah 304 805 79 847 5 845 187
Livre Béréchite 78 064 20 512 1 534 50

 

2. Générations, années, durées de vie
Adam est le programme de toute l'histoire humaine telle que nous avons à la réaliser. Voir ce grand déroulement
Voici un résumé :
1re génération : Adam (...- 930 = 930 ans)
10e génération : Noa'h (Noé), (1056-2006 = 950 ans) (Béréchite 9, 29).
20e génération : Avraham (1948-2123 = 175 ans) (Béréchite 25, 7).
26e génération : Moché (2368-2488 = 120 ans).
(Comparaison : nous sommes actuellement en l'année 5763 de ce compte).
Voyez ici toutes les données chiffrées précises sur les 26 premières générations qui aboutissent à Moché Rabbénou. (26 est également la guématria du Nom de Hachém).
Adam avait :

  • 130 ans à la naissance de Seth (Béréchite 5, 3-5).
Avraham avait :
  • 58 ans et Sarah 48 ans à la mort de Noa'h
  • 75 ans quand il a reçu l'ordre de partir
  • 86 ans à la naissance d'Ichmael (Béréchite 16, 16).
  • 99 ans quand El Chaddaï lui parle,
  • 99 ans quand il se circoncit et son fils
  • 100 à la naissance Yits'haq (Béréchite 21, 5).

    Pour comprendre comment on réalise ce type de calculs, lisez Rachi sur
    Béréchite 5, 32 et 7, 4 et 10, 21 et surtout sur 25, 20 et 28, 9.
    Et, ici, vous trouvez toutes les données historiques qui vous serviront dans l'étude de toute la Torah
 

3. Le "notaricone"
C'est un mode de lecture, de nomination ou d'interprétation qui utilise les initiales des mots. 
Ainsi les lettres alef, dalet, mém du mot Adam qui est le programme de la réalisation de l'homme, l'expriment par la succession de alef (Adam), dalet (David), mém (machia'h, messie).

 

4. Questions.
- Combien de fois apparait le mot "or" (lumière) dans le récit de la Création ? D'où l'importance de ce chiffre et des symboles qui le représentent.
- Combien de fois apparait le mot Eloqim dans le récit de la création ?
- Qu'est-ce qui a été créé chaque jour ?
- Quelle nourriture a reçu l'homme ?
- Combien de mitsvotes y a t'il dans tout le livre de Béréchite
Parachate Béréchite : fructifiez et multipliez-vous (1, 28)
Parachte Lékh lékha : la circoncision (17, 10)
Parachate Vayichlakh : ne pas manger le tendon de la cuisse (32, 33).

 

D'autres parmi vous, souhaitent améliorer leur étude de la Torah de façon systématique, dès la première paracha.
Voici les liens qui vous le permettront pour toute paracha, de semaine en semaine.
Si vous persévérez pendant un an, après avoir déjà lu nos commentaires, vous franchirez une étape merveilleuse:
- étude systématique des commentaires de la haftara (lien).Pour cela, comprendre aussi ce que sont les prophètes qui les ont écrites.
- Selon le rite achkénaze, le chant de chaque paracha (lien) et le chant de chaque haftara (lien)
- Selon le rite sépharade, le chant de chaque paracha (lien) et le chant de chaque haftara (lien)
- étude des téamim, ces signes qui sont placés sur les lettres de la Torah et qui se chantent (lien).
- connaître les maîtres sur lesquels reposent nos commentaires, et leur méthode d'étude (lien).
- comment bien lire et bien prononcer l'hébreu de la Torah (lien).
- pour connaître toute l'histoire du peuple juif (lien).
- les tableaux historiques de Modia pour suivre chaque paracha (lien).
- comment écrit-on un rouleau de la Torah (lien).
- comment préparer sa bar-mitsvah et sa paracha (lien).
- comment perfectionner votre hébreu (lien).
- Découvrir ici chaque paracha de la Torah en chiffres. Quand on aime, ça compte! Bien utile aussi pour préparer sa bar-mitsva.



 

Le commentaire et la méthode d'étude du Gaone de Vilna
sur la paracha Béréchite : le coeur est l'essentiel de la Torah et précède toute lettre et tout message


Plan
Présentation générale
La méthode du Gaone de Vilna
Ses questions

La dernière lettre de la Torah est le laméd (lettre l) qui est la lettre finale du mot Israël. Allez le vérifier. Et on continue immédiatement la lecture de la Torah, le jour de Sim'hate Torah en recommençant le début de la paracha Béréchite qui commence par la lettre béit (b). Ces deux lettres forment ensemble le mot lèv, coeur. Cela est l'essentiel de la Torah, et donc du judaïsme et de tout Juif. Pourquoi ? Examinons cette question.

Introduction. Qui est le Gaone de Vilna. Le 19 Tichri, hiloula (décès) du Rav Eliahou ben Chlomo Zalmane, dit le Gaone de Vilna en Lithuanie (1720-1797). Né à Pessa'h comme le Rambam, il fut dès l'enfance et toute sa vie un génie intellectuel. possédant la Torah à  trois ans et demi, capable de soutenir des discussions talmudiques à six ans et demi, et préparé avec soin pour devenir un  grand maître en Torah. Il ne dormait que trois périodes d'une demi-heure par nuit consacrant le reste à l'étude de la Torah. Ses  écrits couvrent tout le champ des sciences juives et il fut en même temps un mystique et un maître en middotes, dans la science du comportement moral selon la sainteté (qéddoucha) de la Torah. Il fut le maître de Rabbi 'Hayim de Volojine (1749-1821),  le pédagogue des yeshivotes actuelles.  Voir sa biographie et photos dans le mois de Tichri (lien ici).

I. Le constat historique
Dans un judaïsme brisé continuellement par l'assimilation et les persécutions, le besoin de connaissance est immense et les réponses sont difficiles à trouver. 
Le constat de cette impossibilité d'avancer dans l'étude juive, l’expérience personnelle des obstacles et des réponses difficiles  à trouver, la perception de l'urgence des besoins de connaissance m'ont incité à réagir, avec l'aide de D. pour m'associer aux  efforts pédagogiques existants dans la formation permanente des adultes en ce domaine. 
Voilà les étapes par lesquelle j'ai abouti par l'étude jusqu'à la méthode présentée par le Gaone de Vilna.

 II. La réponse de la Bible
Elle nous indique les deux principes pédagogiques à suivre dans ces situations d'urgence : 
  - parler au coeur ; 
  - déblayer les obstacles qui entravent la connaissance : 
  dabbérou âl-lév Yérouchalayim.... panou dérékh Hachém 
 "parlez au coeur de Jérusalem... déblayez le chemin de Hachém" (Isaïe 40, 2-3), 

  ki étsaq mayim âl-tsamé... étsaq rou'hi âl-zarêkha 
"car je répandrai de l'eau pour l'assoiffé, je répandrai mon esprit sur ta descendance" (Isaïe 44, 3).

  ouvirkhati âl-tséétsaékha panou dérékh haâm 
   "déblayez le chemin du peuple" (Isaïe 63, 10). 

 Cette méthode, indiquée par le prophète Isaïe, consiste à prendre en compte les trois éléments suivants : 
- Hachém répond toujours à la soif de son peuple ; 
- il faut que le coeur soit atteint ; 
- les éducateurs ont à supprimer les premiers obstacles à la connaissance. 
 Dans cette ligne, le sous-titre français de mon livre Le Lév Gompers, ou Comment étudier le talmud, devient plus explicite dans sa traduction hébraïque  : Hattalmoud Lalév, qui signifie littéralement en français : "le talmud au coeur". 
Ce sous-titre en hébreu comporte les lettres du mot lalév,vers le coeur, qui sont aussi les abréviations de léchone  limoudim béîto. Il y eut de nombreux livres intitulés lechone limoudim (la langue de l'étude) et ils portaient le plus souvent sur l'art de bien  comprendre la langue ; l'expression (beîto, en son temps) signifie que, avec l'aide de D., nous essayons d'apporter  l'éclaircissement dont a besoin l’étudiant au moment où ce besoin apparaîtra, ni trop tôt ni trop tard comme il est dit :  vénatati guichméikhém béîtam, "je donnerai vos pluies en leur temps" (Vayiqra 26, 4). 

III. Pourquoi cette insistance sur le mot lév,coeur ? Quel est ce coeur auquel il faut s'adresser ? 
L'anthropologie juive donne au coeur une place privilégiée dans l'étude. 
Le Middrache Rabba analyse et relie tout ce que la Bible dit du coeur et de son rôle dans notre vie: Middrache Rabba sur Qohéléte (l'Ecclésiaste) 1, 16, 1 : c'est le coeur qui entend (I Rois 3, 9), qui parle, qui propulse et  marche (II Rois 5, 26), qui fait tenir debout (Ézéchiel 22, 14) ou tomber (I Samuel 17, 32)..., qui désire (Ps. 21, 3), médite  (Ps. 44, 4), reçoit les mots de la Tora (Deutéronome 6, 6) et les prescriptions (Proverbes 10, 8), les inscrit en soi (Proverbes   3, 3), et le coeur  est le lieu du discours intime (I Samuel 1, 13). 

Le coeur est le lieu et l'organe de l'intelligence qui comprend (Berakhote 61 a), discerne et construit ; en même temps c'est le lieu  de l'affection nécessaire pour apprendre. 
Dans les psaumes, nous demandons de recevoir sans cesse le don d'un tel coeur  qui fonctionne comme le Créateur l'a construit et soit apte à écouter et à connaître ces niveaux : nous demandons que Dieu nous donne un coeur joyeux (Ps. 13, 6 ; 16, 9 ; 28, 7 ; 84, 3), assuré ( 28, 7), droit (57, 8 ; 108, 2),   large ( 119, 32), pur (119, 80), jouissant (119, 111), orienté (119, 112), reconnaissant (9, 2 ; 111, 1 ; 138, 1)... C'est,   certes, le niveau psychologique (sensible, affectif et relationnel, condition préalable, qui prédispose à réussir dans l'étude) ; mais il y a, simultanément, un niveau supérieur ou plus intime du coeur. 
Allez voir chacune de ces références.

Les Tiqqounéï haZohar (13 a), livre de base de la caballe, indiquent que, "véritablement à l'image de l'arche du sanctuaire, le coeur est un flambeau allumé ; dans le coeur du sanctuaire réside la Chékhina, lieu de la Tora du Sage 'hakham lév, coeur aux 32 sentiers, lieu de l'âme supplémentaire du Chabbate ; là est le coeur qui comprend, qui sait, qui voit et qui est sous la tente de la paix donnée par D-ieu". 

En ce sens, le Gaone de Vilna ouvre directement son commentaire de la Tora  Adéréte Éliyahou sur une liste de 32  questions et non sur des commentaires ou affirmations. Il les introduit par ces mots : 
   raouï lé hassim lév âl laméd béit éârote baparacha harichona
  "il est pertinent de porter son coeur vers les 32 (lév) remarques qui se présentent dans la première paracha".

La première édition des Klaléï Chmouel sur les règles du talmud, en 1622, a été organisée pour parvenir à tenir sur 32  pages, même au prix des références. L’auteur du Séfér Hakkéritoute qui est l'une des bases de notre méthode sur le Talmud, ouvre également son introduction sur les "32 sentiers" (nétivote) et il ajoute, faisant explicitement le lien avec le coeur : voyez le livre, tout en lui est grâce et beauté, et livrez-lui votre coeur pour toujours. 

L'étude de la Torah et du Talmud se fait par le coeur lév parce que le coeur est disposé, de par sa nature spirituelle (cf. Béâssara   maamarote dans Chnéi Lou'hote habberite, 6-10), à brancher ses questions au niveau des 32 voies élevées de la sagesse qui constituent l'essence du fonctionnement du monde, ainsi que le disent nos Sages : 
  laméd béit nétivote 'hokhma, hém ha kaf béit otiote 
  vé ha youd séfirote bélima, chébahém nivra haôlam... 

Le middrache des Otiote dé Ribbi Aqiva (Lettres de Ribbi Aqiva) ajoute encore un autre sens à tout ce lien de l'étude et du coeur. Dans son commentaire sur la lettre  laméd, Ribbi Aqiva montre que la nomination de la lettre par le mot laméd n'est pas un hasard car ce mot signifie en hébreu  "étudier et acquérir la connaissance" comme le montrent les Maximes des Pères 2, 5: lo habbayéchane laméd, "le timide n'apprend pas et n'acquiert pas la connaissance". 

Pour rendre cette idée, Ribbi Aqiva joue sur les trois lettres du mot laméd, par un notaricone qui souligne ce lien entre l'étude et le coeur : 
  laméd : al tiqra laméd élla lév mévine daâte 
  "laméd : ne lis pas laméd mais le coeur comprend l'union qu’est la connaissance". 
Un notaricone prend chaque lettre d'un mot pour en faire les lettres initiales de mots qui constituent une phrase.

Ainsi le talmud, qui est le lieu de l'étude de la Tora, et le coeur sont liés par nature. Ribbi Aqiva continue en nous montrant tout le fonctionnement interne de ce coeur-étudiant ; pour cela, il emploie une longue énumération composée de cette  expression lalév (pour le coeur); ainsi, pour qu’il parvienne à étudier, le coeur, dans  l'anthropologie juive est doté de toutes les qualités et démarches (middote) qui caractérisent tous les membres de notre corps (yeux, oreilles, bouche, parole, écoute, etc.). 

L'intention qui préside à tout cet édifice traditionnel de l'anthropologie juive n'est pas de nous transmettre des théories philosophiques ou psychologiques mais que l'homme connaisse son potentiel effectif et parvienne à le faire fonctionner, comme cela nous est expliqué à la fin de l'étude de Qohéléte Rabba sur le cœur : 
  hallév ôssé sidourim chénéémar léadam maârakhëi lév ; hallév mitgadél... 

  "le coeur organise des mises en ordre comme il est dit :  l'homme a des organisations de coeur (Proverbes 16, 1) ; le coeur se fait grandir lui-même" (voir II Chroniques 25, 19). 

II.
Le Gaone de Vilna nous enseigne la méthode juive traditionnelle :
- nous recevons la Torah,
- mais cela n'est pas une attitude passive et uniquement réceptive ; nous ne la recevons vraiment que si toutes nos facultés sont éveillées.
- ces facultés ne sont pas uniquement intellectuelles mais un concept juif les définit dans leur globalité : le coeur, lév. Ce concept comprend l'intelligence et la logique mais une intelligence qui est profonde, intime et venant du profond de nous-mêmes.
- pour parvenir à cela, on n'aura pas d'a priori sur la Torah selon les théories que l'on connaît, on ne se contentera pas non plus d'une idée globale et simple sur la paracha car, alors, on ne fait que projeter notre pensée personnelle. Bien souvent c'est ce qui se produit quand on va entendre une conférence et que l'on en ressort séduit : on a éveillé et amplifié une idée que l'on a déjà en potentiel et on est satisfait de soi. C'est nécessaire comme phase pour se rapprocher de la Torah mais il faut vite comprendre qu'il n'est pas sérieux de continuer sur cette voie où l'ego se satisfait dans le miroir.
- l'éveil de ces facultés pour bien recevoir la Torah doit se faire selon la méthode suivante : se poser le maximum de questions sur le texte que l'on veut recevoir, sans aucunement donner une réponse. Quand on aura fini la liste de ces questions, on sera prêt à entendre l'enseignement de nos Sages qui nous transmettent la Torah de Moché.

N'oublions pas que nous avons découvert, dans la dernière paracha de la Torah (Vé zote ha bérakha) qu'on forme le mot lév par la dernière lettre de la Torah et par la première ; ainsi, en recommençant la lecture au début on le fera  par ce seul mot lév.
Ajoutons encore qu'il y a 32 (guématria du mot lév=coeur) le nom de Eloqim dans le récit de la Création (Tiqqouné Zohar 13, 1). Cela suffit donc à relier tous ces aspects.
Les questions que le Gaone de Vilna est parvenu à sortir sur le texte de Béréchite sont au nombre de 32, qui est le chiffre hébraïque de lév, le coeur.

Voici ces 32 questions sur lesquelles il y a un enseignement essentiel de la tradition. A travers elles, vous aurez donc ici le programme de l'étude complète qu'il est possible de réaliser sur la paracha Béréchite. On n'a étudié vraiment une paracha ou, plutôt, on n'a reçu vraiment la Torah dans une paracha que
- lorsqu'on a sorti tous les points à éclaircir,
- lorsqu'on a trouvé les mitsvotes inscrites dans la paracha,
- lorsque, sur chacun des points mis en évidence par une question, on connaît le message sur ces 4 niveaux du sens (pchate, drache, rémez, sod).
- lorsqu'on pratique ce que l'on a étudié comme l'explique le Traité Yébamote du Talmud  109b se basant sur le verset de Dévarim 5, 1 : "apprenez-les  et mettez-les en pratique".
- lorsqu'on accompagne l'étude de bonnes oeuvres de 'héssed et de tsédaqa, dit le Traité Avoda zara, car sinon cette étude de la Torah est une Torah sans D.ieu puisqu'Il est bonté et miséricorde.
Cette méthode est à utiliser désormais sur toute paracha.

Voici la liste des 32 questions sur la 1e partie de la paracha Béréchite, selon le Gaone de Vilna :

1. pourquoi n'est-il pas écrit barichona, au commencement mais béréchite "au commencement de-".
2. tout béréchite est  relié : au commencement de-" ; donc quel en est le sens ici (où on ne voit pas à quoi il est relié.
3. pourquoi le nom de D.ieu utilisé dans le récit de la Création est-il uniquement Eloqim (et non Hachém, par exemple).
4. Comment comprendre la différence de ponctuation du mot "terre", parfois éréts, et parfois aréts.
5. Il est dit que les cieux sont créés le 1e jour. Et ensuite on dit qu'on créa le firmament...
6. Qu'est le tohou (l'une des choses crées le 1e jour), et qu'est l'obscurité, 'hochékh. Pourquoi est-il écrit hayéta tohou, il y eut le tohou.
7. Pourquoi le mot créer n'est-il pas présent quand on parle du tohou ou des eaux.
8. Qu'est roua'h Eloqim, l'esprit de D.ieu.
9. Qu'est péné ha mayim, la face des eaux, d'autant que l'on n'a pas parlé des eaux jusque là.
10. Pourquoi est-il utilisé des expressions différentes : il créa, il y eut, il fit.
11. Pourquoi : il sépara.
12. Pourquoi le 1e jour est-il nommé "jour un", yom é'had.
13. Qu'est : il y eut une séparation.
14. Qu'est "vayéhi khéne", et ce fut ainsi.
15. Le 2e jour, il est dit que Eloqim a nommé firmament les cieux, or les cieux étaient déjà nommés le 1e jour.
16. Qu'est le miqvé, rassemblement des eaux.

(Essayez de compléter cette liste de questions de 17 jusque 32  par vous même, comme exercice, en recherchant toutes les particularités de ce texte du premier chapitre de la Genèse (Béréchite). 


Comment lire la torah
 

Conseils importants en début de la Torah pour savoir bien étudier
Les différents caractères d'imprimerie pour lire l'hébreu
Apprendre à lire les caractères de Rachi
Apprendre à lire l'écriture manuscrite de nos sages
Pour parvenir à lire le Targoum, la traduction en araméen, apprendre ici l'araméen

Pour apprendre à lire les téamim de la Torah et bien lire.
 
N'oubliez pas d'entendre le chant de la paracha

Suite : 2e partie de l'étude de la paracha Béréchite - Paracha suivante


modia.org - modia.org en anglais