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1re Paracha : Béréchite
"En un commencement de..."

Béréchite (La Genèse) 1, 1 - 6, 8

Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
http://modia.org


3e partie des 4 études :

La 1e mitsva de la Torah : procréer (commentaires du Chla)

             et la prière du Chla pour obtenir des enfants



Sur la paracha Béréchite : plusieurs études pour découvrir les bases de toute la Torah, de toute l'existence, et de notre développement personnel
1. La première étude sur la paracha Béréchite
2e étude
Avant la 1e lettre de la Torah : le coeur (avec le Gaone de Vilna)

1e lettre de la Torah : le couple (secrets du chiffre)
3e étude. La 1e mitsva de la Torah : procréer (commentaires du Chla)
             et la prière du Chla pour obtenir des enfants
4e étude. Le 1e commentaire de Rachi : le droit des Juifs à la terre d'Israël
5e étude de la paracha Béréchite: comment vaincre les ténèbres
6. Découvrir ici chaque paracha de la Torah en chiffres. Quand on aime, ça compte! Bien utile aussi pour préparer sa bar-mitsva. Notre paracha a 146 versets, soit la 8e; (et 1931 mots, soit la 8e; et 7235 lettres, soit la 11e). Elle est écrite sur 230 lignes dans le Séfer Torah.
7. Un poème nouveau: Rénovation d'Adam.
Explorez ici une galerie de photos


La paracha Béréchite expliquée par le Chla

Méthode
Le Chla nous concerne aussi, face aux besoins contemporains, car il possédait un art particulier : celui de résumer et de synthétiser pour tous l’ensemble des apports de la tradition en une méthode pédagogique cohérente comportant les caractéristiques suivantes : 
pour la Torah écrite, son enseignement se caractérise par le lien clair et l'équilibre absolu qu'il établit, dans son commentaire de chacune des sections de la Torah, intitulé Chné Lou'hote Habbrite, entre chacune de ces trois dimensions : 
 1. le niveau des mitsvotes et de la compréhension exacte du sens littéral de la phrase  (le pchate)
 2. le niveau du sens de l’intériorité des mitsvotes ou  nistar (caché); 
 3. le niveau de la morale dans la relation humaine : ce qu’il nomme dérékh 'hayim.
 Ces trois dimensions sont synthétisées dans le verset des Proverbes 6, 23: 
  ki nér mitsva véTorah or védérékh 'hayim tokhé'hote moussar
 "car une lampe est la mitsva (1.), et la Torah une lumière(2.), et un chemin de vie la réprimande morale (3.)". 
 Le Chla demande avec égalité
- la rigueur dans la connaissance et la pratique, 
- aussi bien l’utilisation du cœur et de l’intelligence, 
- la cohérence entre ce qui est appris et ce qui est vécu. 
Toute perversion dérivant vers un légalisme étroit ou coupé de la vie, aussi bien que vers un syncrétisme non rigoureux, ne peuvent trouver place ou appui dans son système pédagogique. 

Application de cette méthode à la paracha Béréchite
Dans la partie intitulée Nér mitsva de son commentaire de la Torah, le Chla Haqqadoche traite des mitsvotes de la paracha par du pchate, le sens premier ; il nous montre que cette paracha ne comporte qu'une seule mitsva, le devoir de pérou ourevou,

fructifiez et multipliez (Béréchite 1, 28). Ce devoir sera répété dans la 2e paracha, Noa'h (versets 9, 1 et 9, 7).
Le Chla traite ensuite du sens lumineux de la mitsva et de la paracha dans la partie intitulée Tora or (la Tora est lumière). Ce sera l'exposé ci-dessous.

La paracha Béréchite nous expose
- le but de la création, 
- la raison d'être de l'univers et de l'humanité, 
- et le fonctionnement de l'homme qui doit en découler

Les téâmim de la mitsva
Plusieurs "motifs rationnels" (taâm, au singulier) de cette première des 613 mitsvotes ( pérou ourevou, fructifiez et multipliez) sont présentés :
- Premier motif.  Le premier est que le monde soit peuplé "parce que Hachém le désire", comme nous l'apprenons d'Isaïe 45, 18 (s'y reporter) : "ce n'est pas pour le vide et le néant (lo tohou)qu'Il a créé (véraah), mais pour l'habitation (lachévét) et la présence de Hachém, pour le connaître et pour vivre avec Lui". Méditons sur tout ce que cela peut impliquer pour nous.

- Second motif.  Un second motif rend cette mitsva très importante car, première de toutes, elle inclut toutes les autres et leur sens, puisqu'elle en permet la réalisation

La conscience de ces deux motifs change la perspective de la procréation : on ne peut plus y voir une simple augmentation numérique, ni une activité productrice ou reproductrice, ni le seul fruit d'un couple, ni un style de vie selon une idéologie particulière. Mais, il y a une plénitude dans la présence de Haqqadoche Baroukh Hou à toute notre existence qui est conditionnée par cet acte qui contient tous les autres.

- Troisième motif.  La Torah n'est pas donnée aux anges mais à celui qui est capable de reproduction, ou plutôt de fructification : l'homme.

- Quatrième motif.  La mission de l'homme
Israël ne peut vivre hors de ces finalités : comme le dit Rachi (6, 9), l'essentiel (îqar)des "productions et générations et engendrements" (tolédotéhém) des justes (tsaddiqim), ce sont leurs bonnes oeuvres (maâssim tovim) : car, par elles, ils contribuent à faire passer ce plan divin à sa réalisation. Nous avons là la définition de concepts essentiels du judaïsme, et leur articulation.

- Cinquième motif.  L'essentiel de l'intention du tsaddiq, c'est de réaliser ces engendrements, car ils concrétiseront ce plan du Créateur qui n'est pas une théorie mais une présence, ainsi que le dit Isaïe.
 
Continuons de découvrir l'intériorité de cette mitsva (Torah Or) dans le plan de la Création
Allons plus loin que le plan rationnel pour entrer dans l'intériorité (pnimioute) et dans l'intimité de ces motifs rationnels, ce que l'on appelle le sod. Ceux qui s'imagineraient que nous allons partir dans le Zohar ou les livres mystiques seront surpris, car ces niveaux sont exposés dans le talmud rigoureux et clair (Yévamote 63 b).

L'exposé par l'inverse
1. La révélation du sens sera trouvée par "l'exposé de l'inverse", selon un procédé classique dans la pensée juive. Voici : celui qui ne procrée pas est considéré "comme s'il versait le sang", et de là on va jusqu'à reprendre le verset de Béréchite 9, 6 disant que "celui qui verse le sang son propre sang sera versé (chofékh dam haadam, baadam damo yichapékh)". C'est dire combien cela est considéré comme un crime et un meurtre.

Pourquoi cette gravité ? Pour plusieurs motifs :
2. Ribbi Yaâqov dit que celui qui ne procrée pas, "réduit l'image du Créateur" (mémaête éte haddemoute) et Lui porte directement atteinte par là, puisqu'il est dit que 
- nous sommes fait à Son image et à Sa ressemblance (Béréchite 9, 6 : chofékh dam haadam, baadam damo yichapékh ; ki bétsélém Eloqim âssa éte haadam);
- et par le fait que cela est suivi immédiatement ensuite de l'expression "votre mitsva et de fructifier et multiplier (véatem pérou ourevou)".
- La pensée juive tire des conséquences logiques aussi précises de ces diverses contigüités (sémikoute) des versets que le français en tire des conjonctions grammaticales de subordination. Il faut bien enregistrer cette règle de méthode de la pensée juive car, sans elle, on ne peut pas comprendre la Torah. Les interprétations religieuses qui ignorent cette méthodologie propre au  texte de la parole divine ne sont que des divagations ne respectant pas la parole de D.ieu, malgré leur souci d'élévation spirituelle.

3. Le traité Yévamote 64 se base sur le verset de Vayiqra 10, 36 : 
"quand l'arche faisait halte, Moché disait
chouva Hachém rivévote alfé Yisrael, "reviens, Hachém, myriades d'Israël".
Il n'est pas écrit "parmi les myriades milliers", mais "myriades milliers" d'où on tire la conclusion que la présence du Dieu d'Israël ne se fait pas à moins de 22000 membres (une myriade) ; donc, s'il n'y a que 21999 membres parce qu'un seul n'accomplit pas la mistva de péria ourévia, il est porté atteinte à La présence et elle ne se réalise pas. Ce n'est pas une question de "nombre", c'est une question de "présence".

La règle
Ribbi Eliêzer dit, à partir de là, que celui qui ne se marie pas n'est pas un "adam" (kol adam ché éin lo icha eino adam). Cela ne veut pas dire qu'il n'est pas un "homme", faisons très attention aux précisions, mais cela veut dire qu'il n'accomplit pas la nature que ce que la Torah appelle un "adam" car cette unité que Dieu a créé-homme-et-femme est appelé adam (Béréchite 5, 2 : zakhar ou néqéva béraam).
Le Chla tient à préciser que cela est une "règle", un principe général dont on tire les trois applications dites ci-dessus ; mais dire cela dans le judaïsme, c'est dire aussi qu'il faut examiner et comprendre les cas particuliers et les exceptions.

L'explication de la règle : le processus de fixation du divin en l'adam
Le Chla fait comprendre la règle de Ribbi Eliêzer à des niveaux plus élevés.
La diffusion de Lui-même que le Créateur fait par Sa création a besoin d'un support pour que la lumière spirituelle puisse s'intégrer : c'est spécifiquement cette réalité "adam".
Elle est ainsi composée : de masculin-et-féminin. douée de désir, intention, volonté, termes qui, en hébreu, parlent du Créateur Lui-même
Le but de la Création est ainsi 
- de fournir ce support, 
- de recevoir cette émanation, 
- de la rencontrer, 
- de la connaître, 
- de l'aimer.
(Ajoutons que le Chla reprend dans sa prière pour les enfants (lien ici) que nous avons traduite et insérée dans le Lév Gompers et dans ce site, tous ces termes qui lui permettent d'expliquer cette conception. Il tire cette formulation du Pardès Rimonim de Ribbi Moché Cordovéro).

La présence divine répartie entre la femme et l'homme
Le psaume 122, 4 dit des tribus d'Israël qu'elles sont "les tribus de Ia" (chivté Ia), nom de D.ieu désignant les niveaux les plus élevés de ce qui est accessible à l'homme et dont nous parlons, par exemple, dans hallélou-ia.
Or, ces deux lettres I et A  de la divinité sont placées séparément, l'une I est placée dans le nom de l'homme (Iche) et l'autre A dans le nom de la femme (Icha). Les autres lettres sont identiques!

(Expliquons maintenant ce que le Chla sous-entend par là, et n'estime pas utile d'exposer parce que ses lecteurs sont censés le connaître : 

- Si le français, ou d'autres langues, parlent de "l'homme" ou de "man", etc, ils emploient un seul concept. 

- En hébreu il y a deux concepts (Adam et Iche) : le plus élevé et le plus complet est celui de "Adam" qui est l'union et correspond en guématria (45) à l'un des noms de D.ieu lui-même ; l'autre concept, Iche, est ce que nous voyons quand nous disons "l'homme" ou la "femme"; cela se dit Iche et Icha.

- Ces noms Iche et Icha sont composés tous les deux de la base du mot "feu" (éche) ; la femme (Icha) reçoit ce feu-éche accompagné d'un (proche du h soufflé, en français) tandis que l'homme reçoit ce feu-éche accompagné d'un I youd, ce qui fait les mots différents Iche (homme) et Icha (femme). 

- Ces adjonctions I et A qui s'insèrent à la fois dans le nom de l'homme et dans le nom de la femme, sont le nom divin ou la procession divine ; sans cette présence, ils ne resterait plus que les lettres du mot feu (éche) : ces deux êtres seraient alors un feu destructeur pour l'autre (feu, éche). Par contre, avec cette présence de ces lettres I et A, ils sont par leur conjonction même le support de la présence divine (voir le 'Hizqouni sur Béréchite 2, 23). Mais chacun (l'homme ou la femme) n'en a qu'une partie, il est partiel et ne peut se sentir participant de cette vie divine que s'il est véritablement uni à l'autre sexe, uni et véritablement uni dans la qualité de cette haute union.

- Revenons maintenant à la mitsva de procréer à partir de là : c'est dans cette conception que  les membres du couple peuvent développer la présence divine dans le monde par la mitsva de procréation. Et cette vie est une vie diffusive, qui répand les fruits de l'arbre de vie.

La société juive
On comprend donc que, par cette explication sur le couple juif et sur la famille juive, nous sommes loin de la simple comptabilité d'une famille "nombreuse" ou non.

Il faut porter ce regard chargé de cette vie précise, dinine et juive,  exposée par le Chla :
- quand on voit des familles juives religieuses ayant de nombreux enfants,
- quand on voit des jeunes juifs en Israël, menant de pair les études très coûteuses, un ou deux travaux professionnels, les périodes militaires continues, dans des conditions de fatigue extrêmes et de bien-être minimal, et qui ne pensent même pas à réduire le nombre des enfants, car ils pensent que c'est simplement cela la vie, l'union, le bonheur, l'éducation, la participation à la vie divine.
- quand des personnes commencent ou continuent à procréer longtemps en âge, ce que ce Traité Yévamote explique comme un devoir impératif de vie humaine et divine.

- c'est un bonheur pour moi aussi de savoir que la transcription de mon nom en hébreu (di-pour) signifie justement "de la mitsva pérou ourévou" car le mot pour est composé des initiales de ces mots.

Le test de l'assimilation
On est ici dans une anthropologie juive, éloignée de la conception de la famille occidentale actuelle. Les types de rapport au conjoint, à Dieu, à l'argent, aux priorités, aux âges sont totalement étrangers entre ces deux univers (juif ou non-juif). C'est cela la spécificité de la famille juive.

Interrogation
A travers tout cela, chacun pourra tester s'il vit encore dans l'anthropologie juive ou conception juive du monde et de tout, que lui a transmis sa propre tradition, s'il en est pas ignorant, ou s'il a fait un long chemin vers l'assimilation à un autre univers mental. Il est des choa physiques évidentes, il est aussi des choa mentales réelles mais ignorées, il y a aussi des choas organisées plus subtilement et qui sont même subtilement valorisées et camouflées.

Le Chla pose déjà cette question en demandant si l'on est attaché ou non à cette fonction d'augmentation et de concrétisation de l'image divine, sinon pour un Juif on est dans ce qu'il appelle sitra démota, dans le côté de la mort ou du sang versé.
 
 

Dieu, la Torah et Israël
1. L'homme qui sait ce que nous venons de dire et qui promeut tout cela est "l'Adam" véritable qui a pour nom Israël.
2. Ce qui l'aide à le réaliser, c'est la Torah.
3. Voilà pourquoi ces trois réalités (Dieu, la Torah et Israël) sont mises en contact de nature et de mode de vie, et de resemblance.
4. Le corps de tout juif, homme ou femme, participe directement et spécialement de ces dynamiques par l'intermédiaire des actes mus par les différentes mitsvotes qui concernent les différents membres du corps, l'esprit, le coeur et l'âme. C'est le corps et la construction du corps par la procréation et par les bonnes actions qui permettent la réalisation de la diffusion de cette vie. 
5. La conscience de cet ensemble s'appelle brite, l'alliance.

La prière du Chla
Nous invitons nos lecteurs à lire la traduction de la prière du Chla que nous avons réalisée avec soin, elle porte tous ces messages pour les développer dans le couple et pour le bien des enfants et de l'histoire.

Exercice de développement personnel
Il va de soi que cet ensemble exposé par les plus grands maîtres pour l'ensemble du peuple, trouvera bénéfice à être réfléchi dans le couple.

Relire aussi la paracha dans la perspective déployée par cette étude.

Ce récit de la création n'est donc pas un vague récit populaire pour enfants, ni un reste de mythes primitifs, c'est un texte extrêmement élaboré, précis, dont il n'est ici exposé qu'une infime partie.

La suite de la Torah
Cette paracha Béréchite est la base grandiose et vivante de ce que toute la Torah va préciser en détails. C'est cela que chaque patriarche et matriarche vont nous faire découvrir avec précision dans les actes de leur vie, ce sera la suite des parachiyotes. 

Dans la 3e partie de son étude (Dérékh 'Hayim), le Chla nous demande d'observer attentivement les comportements ou middotes des patriarches ou matriarches, et de les analyser pour les imiter dans les voies de la vie : maâssé avote simane labbanim.


Lectures sur la mitsva de fructifier et de multiplier les naissances :
 

Dans la Torah
Allez réfléchir sur quelques relais du concept de pérou (fructifiez) :
dans Béréchite 1, 22 ; 1, 28 ; 9, 1 et 7 ; 8, 17 ; 35, 11 ; 28, 3 ; 49, 4 ; 49, 22.
dans Vayiqra 26, 9.
dans les prophètes : 
- Jérémie 3, 16 ; 23, 3 ;
- Ezéchiel 36, 11 ;
- dans les psaumes : 105, 24 ; (l'épouse) 128, 3.
La formule de souhait et de "bon oeil" envers les enfants : Béréchite 49, 22.
 
Dans le Talmud 
Traité Yébamote, 60 et suivants.

Dans la halakha
Séfer hammitsvote 212.
Michné Torah : Nachim, Ichoute, 15, 1-2.
Choulk'hane Aroukh : Evéne haêzér, début.

Cours d'hébreu : fructifiez, pérou
Le verbe est para, qui signifie croître et porter des fruits.
Le fruit se dit péri. Réfléchissons biens aux différentes composantes de ce mot qui sont inclusent dans la mitsva et dans la procréation :
- le fruit, c'est un membre issu de l'arbre après la fécondation et qui s'en détache,
- le fruit, c'est le résultat positif d'un labeur ardu,
- le fruit, c'est le résultat moral et élevé d'une tâche concrète.
C'est ainsi, à la fois, le fruit de la terre (péri ha adama), le fruit du ventre (péri ha béténe), le fruit de l'imagination des parents envers ce qu'ils enfanteront (péri ha diméyone), ou le fruit de leur spiritualité (péri rou'ham), cela comporte une note de beauté (péré hadar) ou de louange (péri hiloulim), ou d'excellence rare (péri mégadim) comme dans le Cantique des Cantiques  4, 13). Cela comporte aussi une notion de charge à porter (nassa pérote), et de ressemblance ou de continuité entre parents et enfants (ka éts kén pirio, dit l'hébreu : comme l'arbre, ainsi son fruit). Méditez tout cela en réfléchissant à la relation de vos parents à vous et à la vôtre envers vos enfants, et à la différence de perception d'un point de vue ou de l'autre.
Particularité. L'abréviation de pérou ourvou (fructifiez et multipliez) dans les textes s'écrit et se dit en hébreu "pour". Ce terme est dans la composition de notre nom de famille en hébreu : "di-pour". "Di", en araméen, signifie "de", comme le mot "chél" en hébreu ; ainsi di-pour signifie "de la mitsva fructifiez et multipliez". Beau, n'est-ce pas ; c'est le motif parmi d'autres pour lequel mon père en Torah, Ribbi Moché Yossef Zenou aimait ainsi mon nom de famille.
 



 
 

La prière du Chla pour que tout le programme de l'étude et de la Torah 
se réalise pour les enfants et pour la descendance 
Commentaires et traductions 
 par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour 
 basé sur les livres de nos Sages

 J'insère cette traduction, réalisée par moi-même, pour montrer qu'il y a un ordre à mettre dans les demandes de la prière, et seuls les grands Sages connaissent cet ordre
On pourra donc étudier cette prière en ce sens, pour que toute prière personnelle, ensuite, en tienne compte. Le meilleur commentaire est donné dans la présentation de la paracha Béréchite par le Chla, sur notre site. Tout Juif, femme ou homme, est également concerné. 
Cette prière se trouve dans le livre Chnéï Lou'hote Habbrite, Massékhéte Tamid, à la fin du chapitre Nér mitsva,où le Chla traite des thèmes de la prière (îgniané téfila).

Le Chla indique que le moment le plus favorable pour dire cette prière est le mois de Sivane dans lequel nous entrons la veille de la fête de Chavouôte et, très spécialement, le soir qui ouvre le mois de Sivane. 

Pourquoi ? Parce que c'est le mois dans lequel la Torah nous a été donnée et, pour ce motif, nous avons été nommés "enfants de Hachém notre D-ieu". C'est en vertu de cela que notre demande concernant nos enfants trouve là  une heure propice (cheâte ratsone).

Le Chla incite d’abord à prier chaque fois que le cœur le souhaite ou en a besoin,  puis il incite le couple, avant qu'il ne dise cette prière, à mettre en place tout ce qui concerne chacun, à faire  techouva, à donner la tsédaqa, à jeûner si possible. 

Chacun des mots de cette prière rassemble la science de la Tora, de l'étude et du fonctionnement de l'homme, en lui-même, en son couple et dans son lien aux enfants ; elle a donc sa place en notre site bayite (maison) qui repose sur ces principes. 
Cette prière nous fait aussi comprendre l'intériorité de l'étude pour le Chla qui est l'un des piliers de notre méthode d'étude. La fructification par l'étude n'est pas étrangère à la fructification par l'enfantement corporel.
Cette prière est la formule condensée de tout ce que notre méthode tente de transmettre sous forme didactique de la dimension lyrique, duelle et amoureuse de la Torah. 
On la trouvera, avec toutes les références bibliques et talmudiques, dans notre prochaine édition du Lév Gompers (copyright sur l'ensemble). 

 Pourquoi ce lien entre l'étude et la descendance ?
A un premier niveau, on peut dire que : 
- l'étude participe directement à la Création du monde, de même que la descendance ; ainsi, les enfants sont nommés en hébreu par les mêmes lettres que "les constructeurs", selon le jeu des sonorités : "tes enfants bénaikh, et tesconstructeurs bonaikh"
- nous sommes nommés "enfants de D-ieu" par le don de la Tora ; 
- le dessein de D-ieu dans sa Création est un dessein qui se développe dans le temps et dans les générations qui se succèdent, comme il est dit : Avraham, Yits'haq, Yaâqov, David, Chlomo, ... 

- On veillera à y retrouver tous les concepts et les dynamiques de vie présentés dans le commentaire de la paracha Béréchite. 
 
 

Prière du Chla Haqqadoche

                             Toi, en Ton Nom et en Ta volonté, Hachém notre D.ieu, 
                             avant que tu n'aies créé le monde 
                             et Toi, Unique, en Ta volonté, qui est notre D.ieu dès que Tu as créé le monde 
                             et depuis toujours et à tout jamais, Tu es D.ieu. 

                             Et Tu as créé Ton monde dans le dessein de faire connaître Ta divinité 
                             par l'intermédiaire de Ta sainte Torah, 
                             comme ont dit nos rabbins 
                             (que leur souvenir soit bénédiction) : 
                            "Béréchite, en un commencement de..., pour la Torah et pour Israël" 
                             Car ils sont Ton peuple et Ta part que Tu as choisis 
                             parmi toutes les communautés humaines. 
                             Et Tu leur as donné Ta sainte Torah. 
                             Et Tu les as rapprochés de Ton grand Nom. 

                             Et, par l'existence du monde et par l'existence de la Torah, 
                             nous sont adressées par Toi, Hachém notre D.ieu, deux prescriptions : 
                             Tu as écrit dans Ta Torah : Fructifiez et multipliez-vous, 
                             et Tu as écrit dans Ta Torah : Et vous enseignerez vos fils, 
                             et l'intention de ces deux prescriptions n'est qu'une seule et même réalité. 
                             Car ce n'est pas pour le tohu-bohu que Tu as créé mais pour établir. 
                             Et pour Ta gloire Tu as créé, Tu as façonné et Tu as aussi fait 
                             pour que nous soyions, nous, et nos descendants, 
                             et les descendants de tout ton peuple Israël 
                             des connaisseurs de Ton Nom et des étudiants de Ta Torah. 

                             Ainsi donc, je viendrai vers Toi, Hachém, Roi des rois des rois. 
                             J'épancherai ma prière, mes yeux vers Toi suspendus 
                             jusqu'à ce que Tu compatisses et entendes ma prière 
                             pour me gratifier de fils et de filles, 
                             et que eux aussi fructifient et se multiplient, 
                             eux et leurs fils et les fils de leurs fils 
                             jusqu'à la fin de toutes générations, 
                             pour que eux et moi, nous tous, 
                             nous fassions de Ta sainte Torah notre occupation, 
                             pour étudier et enseigner, garder et faire, 
                             et réaliser toutes les paroles de l'étude de Ta Torah en amour. 

                             Et illumine nos yeux dans Ta Torah 
                             et fais adhérer nos cœurs à Tes mitsvotes 
                             pour l'amour et pour la crainte de Ton Nom. 

                             Notre Père, Père miséricordieux, 
                             donne à nous tous des vies longues et chargées de bénédictions. 
                             Qui est comme Toi, 
                             Père miséricordieux qui Te souviens de Tes créatures, 
                             pour les faire vivre dans Ta miséricorde ? 
                             Souviens-Toi de nous pour des vies éternelles, 
                             comme pria Avraham notre père : 
                             "Qu'il vive devant Toi". 
                             Et ils ont commenté nos rabbins (que leur mémoire soit bénédiction) : 
                             "dans Ta crainte". 

                             Ainsi donc, je suis venu demander et supplier devant Toi 
                             que ma descendance 
                             et la descendance de ma descendance, à tout jamais, 
                             soit une descendance cachère

                             Et qu'il ne se trouve pas en moi ni en ma descendance 
                             ni en la descendance de ma descendance, 
                             à tout jamais, aucune part répréhensible. 
                             Uniquement paix et vérité et ce qui est bon et droit 
                             aux yeux de D.ieu et aux yeux des hommes. 

                             Et qu'ils soient de ceux qui possèdent la Torah, 
                             des maîtres en Torah, des maîtres en michna, des maîtres en talmud, 
                             des maîtres en secrets, des maîtres en mitsvotes, 
                             des maîtres dans le souci réel d'autrui, 
                             des maîtres dans les qualités que l'on se doit d'être. 
                             Et qu'ils Te servent avec amour et avec une crainte intérieure 
                             et non avec une crainte extérieure. 

                             Et donne à chacun d'eux ce qu'il faut pour subvenir dans l'honneur. 
                             Et donne-leur santé, honneur et force. 
                             Et donne-leur prestance, beauté, grâce et bonté. 
                             Et qu'il y ait entre eux amour, fraternité et paix. 

                             Et procure-leur de bons conjoints 
                             de la descendance des "talmidéï 'hakhamim, élèves des Sages" 
                             et de la descendance des "tsaddiqim, Justes". 
                             Et des conjoints qui soient comme eux, en tout ce que j'ai prié qu'il leur advienne, 
                             car ils sont totalement un dans le bien en notre pensée, les uns et les autres. 

                             Toi, Hachém, Tu connais tous les desseins des cœurs, 
                             et devant Toi est dévoilé tout ce qui est en mon cœur. 
                             Et il est sûr que mon désir en tout cela 
                             est pour Ton Nom grand et saint et pour Ta sainte Torah. 

                             Pour cela, réponds-moi, Hachém, réponds-moi 
                             en faveur des Pères saints Avraham, Yits'haq et Yaâqov 
                             et pour eux, sauve les fils et qu'ils soient des branches semblables à leurs racines. 
                             Et pour David ton serviteur, quatrième base du char de la merkava, 
                             le poète qui chante dans le souffle de Ta sainteté : 

                             "Chant des degrés, Chir hammaâlote (Psaume 128) : 
                             heureux est tout homme qui craint Hachém, 
                             qui marche dans Ses voies. 
                             Le labeur de tes mains, sûr que tu en mangeras le fruit, 
                             pour ton bonheur et pour ton bien. 
                             Ta femme est comme une vigne féconde dans l'intérieur de ta maison, 
                             tes fils sont comme des plants d'oliviers autour de ta table. 
                             Voilà, c'est sûr, c'est ainsi qu'il est béni l'homme qui craint Hachém
                             Il te bénira, Hachém, depuis Sion. 
                             Vois dans le bon de Jérusalem tous les jours de ta vie. 
                             Et vois les fils de tes fils ; paix sur Israël." 

                             Je t'en supplie, Hachém qui écoute la prière, 
                             qu'il soit accompli en nous le verset : 
                             "quant à Moi, la voici mon alliance avec eux, dit Hachém, 
                             Mon inspiration qui est sur eux et mes paroles que J'ai mises dans ta bouche 
                             ne s'écarteront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance 
                             ni de la bouche de la descendance de ta descendance, 
                             dit Hachém, à partir de maintenant et pour toujours". 
                             "Qu'elles soient conformes à ton désir, 
                             les paroles de ma bouche et les pensées de mon cœur, 
                             devant Toi, Hachém, mon rocher et mon sauveur ! " 

Je voudrais reprendre ces dimensions au niveau individuel. Cette conception y existe aussi pour passer du néant à la création. Chaque matin, nous vivons cette expérience au sortir de la nuit.
Nous existons et n'en sommes pas conscients, comme lorsque nous vivons toute la nature sans prendre conscience qu'elle est suspendue dans l'existence uniquement par la volonté et par l'amour du Créateur à chaque instant.
Nous émergeons dans le tohu-bohu et l'impuissance et devons nous reconstruire de A à Z, de aleph jusque tav, retrouver le regard, la stabilité, l'orientation, la position debout, la mobilité, la force, l'équipement, la beauté, le sexe, l'identité, le peuple, la Torah. Toute cette reconstruction par étapes, cette recréation nous est donnée chaque matin où nous nous associons au Créateur pour nous recréer nous-mêmes dans les bénédictions du matin.
Avant chacune, bien prendre le temps de s'arrêter pour prendre conscience de notre manque.
Puis, pendant la bénédiction, bien ressentir que nous la disons au présent et qu'elle qu'elle entre en nous.

Enfin, après la bénédiction, arrêter un instant pour prendre conscience que maintenant nous avons comblé ce manque et que nous sommes complet sur ce qui a été notre prière.
Ensuite, seulement, passer à la bénédiction suivante.
Etudier ici ces différentes bénédictions du matin:

http://www.modia.org/priere/expliq3.html


 
Suite : 4e partie de l'étude de la paracha Béréchite


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