
5e Paracha : 'Hayé
Sara
"Les vies de Sara"
Béréchite (La Genèse)
23, 1 - 25, 18
Réussir la vie à travers les épreuves
Commentaire renouvelé
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
http://modia.org
Cette paracha est particulièrement dédiée pour l'élévation de l'âme de mon épouse, zal, et pour les membres de sa famille exterminée (lien ici)
©
Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre disposition
par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'etudier
et d'enseigner simultanement. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer
ces textes pour l'etude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement.
Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur
et l'adresse du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien
vers ces textes sans les capter.
Voyez
les
règles du Copyright.
Ne
pas oublier que, sur votre version imprimee ou polycopiee, vous perdez
tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont
indispensables dans l'etude.
Chaque homme,
chaque femme ont vu un jour, avec la conviction intime la plus
sûre, en un éclair, en un regard,
en une rencontre, en un instant de pureté et d'amour, ce
que peut et doit être le bonheur de leur vie. Ils se sont
sentis créés en cela et pour cela. Pour soi, chacun
s'est promis d'y être fidèle par ce mot merveilleux:
"toujours". Comme Avraham a vu Jérusalem "de loin".
Ainsi de la Création, D.ieu la faite dans Sa bonté pour
le bonheur et la vie totale, ce que l'on appelle la qédoucha, la
sainteté, la pureté. Et le foyer de tout cela
est "Jérusalem". Etre fidèle et réaliser
cela, malgré tous les obstacles, est le but de chaque
vie.
Mais, la liberté est indispensable en tout amour et le
Saint Zohar nous explique alors le rôle d'Avraham : au projet
divin, D.ieu Eloqim a ajouté immédiatement, près
de la qédoucha, le rôle du désordre
pour que les hommes aient à faire réussir la Création
par eux-mêmes en agissant. C'est le rôle du tohou-vohou cité dans
les premiers versets de la Torah.
Et
tout ce monde ne commença à réussir
et fructifier que lorsque l'homme apparut.
Mais la véritable réussite de la Création
ne commença qu'avec la présence d'Avraham; alors
"les bourgeons apparurent sur la terre" (Cantique
des Cantiques);
voilà pourquoi son nom Avraham et le mot Création
(bériah) ont la même sonorité et la même
composition en hébreu
(voir Béréchite
Rabba 12, 9). Cela nous démontre que, seulement si nous
sommes "un humain", un Adam véritable, seulement alors
la Création réussira. La Torah nous en donne
le secret, de ce bonheur collectif, du couple et de l'individu.
Tout
cela est donné avec les clefs dans la vie d'Avraham. En
notre paracha. Cette état de réussite donne à
ce programme le nom de la femme : "ce sont les vies de Sarah".
Ainsi, nous l'explique le Saint Zohar, sans secrets.
(toutes photos de l'auteur, prises à Jérusalem
pendant la paracha. Nos photos ne sont pas "de la photographie" mais
la lecture dans la nature des dynamiques qu'y a placée
la Torah créatrice.
Elles sont donc un contact et une méditation)
Et,
pourtant, Avraham fut confronté sans cesse à des
épreuves les plus dures. Ce qui l’a caractérisé
et en a fait notre modèle universel, ce sont deux attitudes :
il n’a jamais quitté l’axe de sa vérité personnelle
(lékh lékha, va vers toi-même) et,
dans l’épreuve, il ne perdait pas de vue la solution à
venir. Développons ce point un instant.
Nous
avons vu dans la paracha précédente ce verset :
Bayyom
ha chélichi, pendant
le 3e jour,
Va
yissa Avraham éte êinav, Avraham
a élevé ses yeux,
Va
yare, et il a vu
Ete
hammaqom, le Lieu
Mé
ra’hoq, de loin.
Imaginez
de marcher depuis trois jours vers le lieu du sacrifice avec
son
fils qu’il aime. Combien, pour expliciter cela, sont ainsi fatigués
dans la vie, pensent et disent qu’on n’aura jamais la paix avec
nos voisins tels qu’ils sont, avec les peuples tels qu’ils
se comportent envers Israël, et de même ceux qui
sont affrontés
sans cesse aux difficultés inextricables de la pauvreté,
du travail incertain, des soucis dans l’éducation
ou dans la santé, etc.
Avraham
avançait dans ces difficultés et quelle était
son attitude ?
Ils
sont nombreux ceux qui se laissent noyer chaque jour par les
nouvelles
désastreuses, vivent avec la radio dans l’attente d’un
flash épouvantable que les journalistes fouillant
les poubelles vont leur sortir (comme s’il n’y avait pas
une poubelle dans toute bonne maison!). Et ils reviennent
100 fois
sur cette
mauvaise nouvelle. Et cela comme si les difficultés à
affronter personnellement n’étaient pas déjà
assez nombreuses et assez sérieuses.
Avraham
a élevé les yeux, a lâché l’horizon réel
insoutenable, et les a placés en haut dans la beauté.

En hébreu, l’oeil (âyine) a la même racine
que la source (maayane). Ce que nous autorisons à
notre regard de toucher, atteint immédiatement notre source
la plus profonde et l’altère, voilà pourquoi un Juif
contrôle son regard et ne se permet pas de le laisser toucher
par ce qui est bas, laid, sexuellement troublant et malsain. Il
n’y a pas d'autodéfense entre le spectacle externe et notre
source interne.
Et
Avraham a vu au loin le Lieu.

Quel est ce lieu (maqom)?
Maqom, c’est aussi le nom du Créateur
dans lequel est contenu tout lieu du monde ; il est ainsi
nommé dans
la Haggadah de Pessa’h. Un Juif garde le regard fixé sur
la fin de l’histoire qui est présente maintenant car Il
est présent
à nous Celui qui est le Lieu de l’histoire, en Sa bonté.
Et
Avraham, -même dans ce qui semble être l’échec
personnel le plus douloureux (perte de son fils ou de son épouse),
en étant très loin (ra’hoq) de ce bonheur
qui existe mais si loin, il reste présent à "Maqom",
"LE" seul vrai lieu et il y vit en Lui.
Comme
Avraham, il faut savoir traverser les épreuves incessantes
en parvenant à conserver le regard, le cœur, le moral
uniquement au coeur des choses qui est inébranlable, qui
est promesse faite par Celui qui nous a créés pour
le bonheur.
Cela
explique le verset qui est représenté en toute synagogue : chiviti
Hachém lé néghdi tamid, je
me suis représenté Hachém devant moi toujours.
Cela
est exprimé aussi dans la bénédiction de
la Torah dite chaque matin. Nos Sages (le Tour, le Choukhane Aroukh,
le Rambam, etc) disent à son propos ce qu’ils ne disent
d’aucune autre bénédiction : « il faut
y prêter une très grande attention ». Pourquoi ?
Parce que c’est le moment où nous fixons notre regard et
notre cœur sur ce don qui est très loin mais qui est
aussi donné et reçu et très proche.
Alors,
Avraham a lâché ses serviteurs qui n’étaient
pas capables de voir ainsi de loin, et il leur a dit de rester
là et il a continué sa route dans la confiance,
même s’il semblait devoir traverser la mort par le décès
tragique de son épouse suite à l'angoisse de la Âqéda
(le sacrifice de son fils Yits'haq qui, finalement, ne s'est
pas produit).

Ainsi, dans
le lieu où nous sommes si loin des espoirs, il faut voir
l’union de Hachém et de son peuple. Jérusalem,
étymologiquement, c’est cela, et sera toujours cela. Le
reste est secondaire, même s’il prend l’apparence terrible
dans l’actualité du sacrifice de Yits’haq. Il doit être
traversé avec courage. Quand on a bien compris cet axe
d’Avraham et de tous ces Juifs qui sont fils d’Avraham, on peut
commencer à lire et à comprendre cette paracha
de ‘Hayé Sara, si douloureuse.
Donc,
jusque ce que nous soyions fidèles
au bonheur entrevu, comme Avraham pour être vraiment des
hommes, nous avons le spectacle de ce qui se passe actuellement
: une humanité primitive, vulgaire dans sa cruauté
économique envers les pauvres, immorale envers autrui,
envers l'étranger et envers la femme, qui détruit
tout, jusqu'au centre du bonheur qu'est la terre d'Israël
et Jérusalem, le coeur du coeur. Le centre de la domination
du monde est encore la Tour de Babel, ou la seule valeur actuelle
est la domination pour l'argent, World Commercial Tower, et cet
univers fou s'écroule dans la confusion mondiale comme
la Tour de Babel (Béréchite 11, 9).
Inversement, Le Tour nous dit (sur Béréchite 21,
29) que, par le mérite de la vie d'Avraham, les frontières
de la terre (et donc de la terre d'Israël) sont stabilisées.
Ne crains donc pas, mon bien-aimé, nous dit alors Hachém.
Avraham
nous montre l'art d'avancer d'années
en années pour bâtir le bonheur, atteindre ce seul
être de bonheur que nous sommes chacun, avec l'assurance
en surmontant toutes les peurs et tous les doutes. Alors, quand
il atteint ce programme et fut âgé dans cette construction,
il reçut la bénédiction de "tout", c'est
le verset de Béréchite 24, 1 qu'on lit pour chaque
mariage. On redit ces mots (tout, kol) dans chaque
bénédiction
après le repas. Cela est clair: celui qui veut entendre
et comprendre et réaliser, le peut. L'aide de Hachém ne
nous manquera pas pour cela. Cela, c'est le programme d'être
Juif et Juive, Yéhoudim, dont le nom est composé
des lettres même de Hachém, et de la lettre dalet
de notre pauvreté (daloute) et dont le graphisme figure
les dimensions horizontales et verticales de notre monde.
Ouvrons maintenant cet éventail, par le commentaire de
cette paracha.
|
Les thèmes de la paracha
- La paracha commence
par le compte des années de la vie de
Sara (127 ans), son enterrement par Avraham dans le tombeau qu'il acheta
à Qiriate Ârba qui est 'Hévrone (Hébron).
- Puis, c'est
l'envoi de son serviteur Eliêzér pour chercher
une épouse pour son fils Yits'haq dans son clan familial, le
long épisode de l'apparition de Rivqa sur la scène,
son retour avec Eliêzér, sa rencontre avec Yits'haq.
Puis, ayant marié son fils, Avraham se remarie avec Kétorah.
- Avraham meurt
et ses deux fils assistent à son décès,
Yichmaël étant revenu de ses mauvaises conduites à
l'occasion de ce décès (âssa téchouva).
- La paracha se
termine par la descendance d'Yichmaël.
La méthode d'étude
sur notre paracha.
Nous allons continuer à progresser dans la méthode d'étude
de la Torah.
Nous avons vu dans la paracha précédente : nous
cherchons des enseignements lumineux qui peuvent éclairer
notre vie, but essentiel de l'étude avec l'autre but essentiel
qu'est la connaissance de ce que Hachém veut nous faire
connaître,
mais il n'est pourtant pas
question de plaquer une théologie
sur le texte de la Torah, ni une philosophie.
En effet, si nous voulons apprendre "Sa" Torah, il n'est qu'une voie
:
1- entrer dans la précision du texte,
2- et le faire en nous posant le maximum de questions précises sur
chaque segment ;
3- alors seulement, nous pourrons, sur chaque question et sur chaque segment,
dire que nous "recevons" l'enseignement de la tradition ;
4- ainsi, cette méthode traditionnelle conjugue notre effort intellectuel
personnel, et l'activité de réception (qabala).
Les questions
Je vous invite à vous poser toutes les questions possibles sur
la première phrase de la paracha, et d'en faire la liste, avant
de lire la suite de ce texte. Ces questions ont 3 fonctions: nous
ouvrir les yeux, l'intelligence, nous placer en position de réceptivité.
Maintenant, cette liste étant écrite, comparons vos questions
avec celles que les Sages se sont posées, et sur lesquelles ils
ont cherché les réponses données à Moché
au Sinaï :
Vayiyou 'hayé Sara
- pourquoi cette paracha est-elle la seule qui porte un nom de femme
?
- pourquoi ce premier mot Vayiyou est-il
mis en évidence
dans la paracha, avant même le nom de Sara et pourquoi n'est-il
pas repris dans le titre de la paracha ?
- pourquoi ce
découpage des deux mots "hayé Sara"
dans le titre de la paracha ?
- pourquoi le
nombre d'années n'est-il pas écrit
127 ans mais cent ans et vingt ans et sept ans ?
- pourquoi le
mot répété trois fois ("an")
est-il parfois au singulier, et parfois au pluriel (an-an-ans) ?
- pourquoi répéter en fin de verset "les années
de la vie de Sara" ?
Il est sûr que les questions sont les clefs qui vont nous faire
accéder au message.
Ensuite, la base linguistique.
Dans la tradition juive, les plus hauts enseignements sont ainsi transmis à travers la base de ces précisions linguistiques et non
pas dans la seule signification de l'histoire, du récit.
Il s'ensuit :
1- la raison majeure de l'importance de Rachi comme
pédagogue, car il utilise cette méthode.
2- celui qui voudrait d'abord chercher des symboles, des philosophies
et des mythes dans l'histoire ferait fausse route ; et l'éclairage
qu'il trouverait en découvrant des mythes parallèles dans
d'autres cultures ne ferait qu'égarer davantage.
3- la traduction classique en français ne peut pas rendre les
précisions et les nuances de cette base du texte qui est présentée
dans l'hébreu. Voilà pourquoi nous encourageons chacun à
commencer à apprendre l'hébreu,
en l'étudiant comme langue
vivante actuelle puisqu'elle est la même que celle de la bible. Voyez
absolument ce lien, ne serait-ce que pour le plaisir de ce que vous découvrirez.
Voyons la traduction française
classique :
"La vie de Sara fut de 127 ans: telle fut la durée de sa vie".
Maintenant, donnons la
traduction littérale qui en est
la plus proche du texte hébraïque, avec les précisions
de pluriel et de singulier :
Vayiyou 'hayé Sara (et furent les vies de Sara)
méa chana véêsrim chana véchévâ chanim (cent an et vingt an et sept ans)
chéné 'hayé Sara (années des vies
de Sara).
Voici donc la phrase qui
va être l'objet de notre étude
:
"et furent les vies de Sara, cent an et vingt an et sept
ans, années des vies de Sara".
Nous avons maintenant le texte
de base, et les questions sur lesquelles nous voulons recevoir une
réponse.
Avec Rachi
Rachi souligne ce que nous venons de dire (le mot "an" est répété)
et il en donne l'explication : c'est pour nous faire entendre d'interpréter
différemment chacun de ces mots, en soi. Mais, alors, pour en
tirer quoi ?
Il dit que
"cent an et vingt an" veut dire qu'elle était à 100 ans
comme à 20 ans concernant le péché, c'est-à-dire
qu'elle n'a pas péché jusqu'à 100 ans, puisque jusqu'à
20 ans (avant la Torah) le Ciel ne sanctionnait pas les fautes des moins
de 20 ans (voir Rachi, Traité Chabbate 89 b).
quant à "vingt ans et sept ans", cela concerne sa beauté
qu'elle avait conservé.
chéné 'hayé Sara (années des vies
de Sara) : la répétition qui conclut veut nous indiquer
que toutes les années furent égales en qualité.
La source de Rachi : le Middrache Rabba
Le regard de Hachém sur les années.
Effectivement, ce middrache fait la comparaison des années, comme
le présente Rachi. Mais il faut toujours se reporter à
la source car nous y découvrons souvent que Rachi résume
ou modifie sa source, et chacune des modifications qu'il effectue a sens.
Le middrache, lui, décale notre regard qui était centré
seulement sur Sara ; ce n'est pas que les années de Sara furent
d'égale qualité, mais c'est Hachém qui les
a vues comme cela (ce n'est pas pareil !) ; cela, sur la base du verset
des psaumes 37, 18:
yodéâ Hachém yémé témimim
véna'halatam léôlam tihié
"Il connaît -Hachém- les jours des intègres,
et leur héritage toujours sera".
En somme, le texte de la Torah
est ainsi bâti dans ces particularités
linguistiques pour nous dire que :
Sara était bien connue
de Hachém,
Il voyait qu'elle était parfaite, et cela en chacune de ses
années,
Pour ce motif, l'héritage
de Sara durera toujours.
La prolongation du tsaddiq
Cela permet de mieux comprendre ce que nous dit, dans son calcul, le livre
Sédér ôlam, que Rivqa (la future femme de
Yits'haq) naquît le jour du décès de Sara. C'était donc
par le mérite de Sara. Yits'haq avait alors 37 ans.
Et, de suite, le middrache montre, par de nombreux exemples, que cette
simultanéité de la naissance et de la mort d'un tsaddiq (juste)
est une règle (Rachi n'en n'a pas parlé). Le Traité
Qiddouchine page 72 b expose également ces listes d'exemples. C'est
une dimension à laquelle je suis particulièrement
sensible car cette paracha est le lieu de nombreuses rencontre de ce
type
parmi mes proches.
Cela est important, car nous comprenons mieux le pluriel de l'expression
: 'hayé Sara, "vies de Sara". Vie maintenant et vie à
l'avenir, vie quand elle est ici et vie poursuivie quand elle est dans
le monde d'En-haut, vie propre et vie continuée par une autre.
Le middrache montre aussi cette prolongation doublée par le fait
que Sara (qui a vécu 127 ans) a fait que Esther, sa descendante,
a mérité de régner sur 127 provinces.
La vie double
Nous comprenons ainsi la proposition que fait l'hébreu quand il
nomme "hayim, vies" ce que l'on nomme au singulier dans d'autres
langues (vie, life, vida).
Le Juif doit toujours vivre simultanément sur les deux vies,
et les textes sont très durs pour ceux qui veulent casser cette
simultanéité et réduire le judaïsme à une
morale pragmatique, un code de vie sociologique pour un certain peuple.
Nous comprenons maintenant comment les précisions linguistiques
diffusent le message de vie.
Rambane,
Na'hmanide (lien ici)
Il insiste sur une autre dimension. Il déclare d'abord de façon
radicale (éine midracho zé nakhone) qu'il ne partage
pas l'analyse de Rachi qui ferait interpréter chacune des 3 expressions
"année" en soi, car le Rambane ne retient des caractéristiques
linguistiques que celles qui sont des anomalies ; or, la langue hébraïque,
normalement (dérékh hallachone), nomme ainsi séparément
les centaines, dizaines et unités et il insiste en apportant une
liste d'autres personnages dont le décompte des années de
leur vie est ainsi rédigé, et qui n'ont pas été
uniformément parfaits (25, 7 ou 23, 17). Cependant, l'exemple d'Yichmaël
qu'il indique n'est pas totalement étranger car il a fait téchouva.
De plus, l'hébreu met au pluriel le compte des choses qui s'élève
jusque 10, mais l'hébreu met au singulier le compte des choses
qui s'élève au-delà de 10 car il s'agit alors d'un
groupe (Rachi, en fait, s'était basé surtout sur la répétition
du mot chana, "année", plus que sur les différences
de singulier et pluriel). Le Rambane ne conteste pas l'interprétation
de Rachi mais dit que l'élément insolite et, donc, significatif
est la répétition des mots "vies de Sara".
Nous voyons par là que, même les plus grands Sages sont
très rigoureux entre eux dans cette analyse de la Torah, c'est
donc bien la voie à suivre.
Son élève, Rabbénou Bé'hayé (lien
ici) partage son analyse (minhag hakkatouv) mais, selon
sa méthode, il règle la divergence en distinguant le
niveau du pchate, sens premier où il faut rester conforme à
la langue, et le niveau du middrache où l'interprétation
peut prendre le dessus. Alors, à ce niveau, de même qu'il
y a 3 fois le mot "an", il divise la vie en trois parties : enfance, adolescence
et âge adulte ; il montre ainsi que Sara ne perdit rien des qualités
ni de la lumière de chaque étape quand elle passa à
l'étape suivante. Enseignement à maintenir et à réaliser
dans nos vies.
Le Zohar
Il y a des parties du Zohar qui ne traitent pas du secret mais du sens
premier (le nigla, le découvert), c'est cette partie que
nous présentons ici.
Le Zohar réfute l'idée que l'on ne parlerait pas de la mort
d'autres femmes dans la Torah (Ra'hel, Béréchite 35, 19;
Myriam, Bamidbar 20, 1; Dévora 35, 8...) mais la différence
est qu'on ne nomme pas le nombre des années de leur vie et qu'une
paracha entière ne leur est pas consacrée en titre.
Ce qui est particulier ici, c'est la description de cette lutte si longue
pour le couple (les enlèvements successifs de Sara) et pour parvenir
à avoir des enfants.
| Cela nous apprend combien la
difficulté est placée
par la Torah comme une dimension normale de l'existence ; davantage
encore, comme un signe de l'épreuve des tsaddiqim pour
qu'ils s'élèvent dans la pureté, la qéddoucha
et la confiance. |
De plus, la tradition ose insister sur le fait que la Chékhina (présence divine) ne règne vraiment en plénitude
que lorsque l'homme se marie et parvient à avoir des enfants (Zohar
I, 122 a). Elle reconnaît même la douleur intense,
dramatique et effective du manque dans une expression dramatique dans
son image : kol adam ché eïne lo banim hachouv kéméte (tout
homme qui n'a pas d'enfants est dans la situation d'un mort, Nédarim
64 a). Il est clair qu'il s'agit d'une image qui traduit le ressenti intérieur
et non d'une réalité au sens strict, qu'il n'y ait pas d'erreur
ce point si délicat !
La paracha pose aussi une question classique:
qu'en est-il de l'âge pour avoir des enfants, en ce qui concerne
l'homme puisqu'il nous est montré qu'Avraham eu des enfants
si tardivement.La position traditionnelle du judaïsme est différente
de la conception occidentale actuelle qui a construit un univers
mental de tranches d'âges ayant des rôles précis
où l'essentiel est le confort matériel égoïste
comme règle unique et absolue avant toute autre valeur. Le
judaïsme -ce sont les textes et non pas une "opinion"-
déclare avec netteté plusieurs points qui constituent
ane autre représentation mentale et d'autres règles
de conduite. On est libre de faire les choix que l'on veut, mais
on doit connaître notre tradition. C'est l'anthropologie
juive. La voici:
- Traité Chabbate 152a: "la sagesse des talmidé
'hakhamim augmente avec l'âge (Job 12,12), quand aux ignorants
(de la Torah) plus ils vieillissent plus ils sont stupides".
- Traité Yébamote 62b: "même si un homme
s'est marié très jeune, il doit se remarier à
un âge avancé; même s'il a déjà
eu des enfants dans sa jeunesse, il doit en avoir encore dans sa
vieillesse: comme il est dit dans Kohélete 11,6, l'Ecclésiaste:
dès le matin sème ta semence et le soir ne laisse
pas reposer ta main...". Même si on a étudié
la Torah dans sa jeunesse, on doit continuer à l'étudier
dans sa vieillesse". Les pages suivantes donnent les conseils
sur le choix de l'épouse.
- Traité Sota 13b: il décrit les capacités
variables des personnes, à l'égard de Moché
et résume tout avec humour en cette formule de la yeshiva
de Ribbi Yichmael: "la charge est proportionnelle aux capacités
du chameau"!
- Traité Baba Metsia 86b et Sanhédrine 100a: jusqu'à
l'époque d'Avraham, les signes de vieillesse n'existaient
pas. Aussi on pensait parler à Avraham et on parlait à
son fils Yits'haq et inversement. Alors Avraham pria et la vieillesse
fut créée. C'est le verset: Et Avraham devint vint
vieux et il alla dans les jours, véAvraham zaqen ba
bayamim (Béréchite 24,1 dans notre paracha).
- Traité Baba Batra 120a: une femme qui se marie à
moins de vingt ans aura des enfants jusqu'à soixante ans.
- Terrible: Traité Sanhédrine 52a: "un jour Moché
et Aharone marchaient, suivis des deux fils de Aharone Nadav et
Abihou et tout Israël derrière. Les deux fils dirent:
quand donc mourront ces deux vieux que nous puissions devenir toi
et moi les guides de cette génération! Et Ha Qadoche
Baroukh Hou leur répondit: nous verrons bien qui enterrera
qui... Bien des vieux chameaux transportent les peaux des jeunes".
Une histoire quotidienne, réaliste, et la réponse
divine à prendre en considération pour penser autrement
que la propension naturelle puisque les membres d'Israël eux-mêmes
comme Nadav et Abihou firent erreur; ce n'est donc pas une vérité
sociologique relative mais un enseignement de la Torah qui change
la vision naturelle des choses qui, hors de la Torah, est de bon
sens Donc tout celà est bien précisé comme
concernant ceux qui vivent dans la Torah.
- Traité Sanhédrine 97a: "dans la génération
(mauvaise) qui précèdera la venue du Machia'h, les
jeunes offenseront les personnes âgées". C'est
l'ordre même de la Torah précisé ci-dessus qui
sera violé.
Voir sur cela, le commentaire du Rav Chalom Messas, zatsal, dans Vé'ham hachéméche, page 64:
qu'avait donc Avraham dans sa vieillesse qu'ils n'avait pas en étant
plus jeune pour que la Torah dise qu'il fut alors bénir "bakol,
en tout". (Texte très important puisqu'on le lit comme
enseignement à chaque jeune marié quand il monte à
la Torah pour la première fois, ajoutai-je). D'abord, le
fait qu'il ait réussi l'épreuve de la âqéda lui
a donné des forces qui l'ont ramené aux forces
renouvelées qu'il avait dans sa jeunesse: c'est pour cela
qu'il est dit "ba bayamim, il est venu dans les jours".
Et il avait la même force que Yit'hsaq et ne pense pas qu'il
était comme les vieillards sans forces." Se reporter
à ce commentaire.
Si ce Sage a pu écrite ces paroles, c'est qu'il était
lui même la démonstration de son commentaire, travaillant
nuit et jour jusque cinq minutes avant que le Ciel ne l'ait rappelé dans
ce que l'on appelle mitate néchiqa, une mort
par le baiser divin. Et, sans dévoiler l'intimité mais
pour l'enseignement car maâssé avote simane
la banim (les actes des pères sont un enseignement
pour les fils), je peux dire avoir eu connaissance des analyses
de sang
du Rav un an avant son départ à près de 90
ans, et elles étaient parfaites, toutes dans les normes
comme celles d'un jeune en parfaite santé. Démonstration
des enseignements de la Torah par la vie du Sage, ce
que l'on appelle le chimouche (lien ici), la Torah
apprise en observant la vie du Rav. Il est interdit d'apprendre
la Torah
sans y ajouter ce chimouche car elle ne serait que fausse
et non dans le réel, et conduirait à ne nombreuses
erreurs d'interprétations.
Voir ici ces images de force et de joie dans la plus grande vieillesse,
confirmation de ces versets de la paracha:
http://www.modia.org/tora/messasjoie.html
|
Le Zohar insiste aussi sur la
douleur de la femme mise en péril, à travers les épreuves qui séparaient Avraham et
Sara et cite le verset de Dévarim 22, 27 : "elle était dans
un champ, elle a crié et personne n'est venu la délivrer".
Le couple Avraham-Sara est un exemple de la fidélité constante,
de la souffrance partagée délicatement et de l'issue heureuse,
mais si tard. C'est un couple qui a pu descendre dans la noirceur de l'Egypte
et en remonter (13, 1), tandis que Noa'h n'a pu remonter quand il est
descendu dans la difficulté (vin et ivresse). Nous comprendrons
cela en fin de cette étude.
| Dans
les difficultés de faire naître la vie,
couples, rabbins et médecins, prendre contact avec l'Institut
Pouâh sur les problèmes de fécondité, stérilité
et médecine selon la halakha (Israël, tél 02-6515050
et France tél 01 40 24 04 25). |
La séparation des centaines, dans ce contexte de perfection, est
pour montrer qu'ils ont réussi à vivre au niveau de la bénédiction
qui doit toujours être définie par 100, donc dite 100 fois,
chaque jour.
La séparation des dizaines, en 20, fait allusion à l'union
du couple en sa plénitude et à l'union de la rigueur et
de la miséricorde quand elle est réussie.
L'âge
La paracha est une grande méditation sur l'âge, le Zohar
la prolonge sur cette voie.
Le premier mot Vayiyou a comme guématria 37, qui est le
nombre d'années atteint par Yits'haq lors de la âqéda, le
sacrifice. Ce sont les seules 37 années de vrai bonheur
de la vie de Sara sur les 127! Cela est résumé dans le
verset 30, 1: havé-li vanim véim-ayine méta anokhi (apporte-moi
des enfants car si je n'en ai pas je suis une morte!) : 90 années de privation douloureuse, ensuite ce fut la vie heureuse
avec l'époux et l'enfant. Pourtant, pendant les 10 premiers années,
ce furent encore des années terribles car l'un des fils d'Avraham
(Yichmaël) voulait tuer l'autre (rodéf éte Yits'haq
léorgo,Béréchite Rabba 53 et Or ha'hayim). Seulement
ensuite, après l'éloignement d'Yichmaël,
elle a vraiment vécu.
Ceci nous apprend
autre chose, dit le Zohar: alors que les hommes moyens franchissent
des stades et ne s'améliorent plus après l'âge
de 70 ans, il n'y a pas de telle limite pour les tsaddiqim et
ils montent de degré en degré chaque jour quel que soit leur
âge (I, 124 b).
Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
Il transmet l'ensemble de ces traditions en se basant sur les rémazim (allusions)
basés sur le langage en hébreu.
D'abord, le nom
de Sara donné à la paracha joint au mot
"vies" nous indique que Sara assume toutes les dimensions des femmes,
et toutes les dimensions que joue la femme dans l'ensemble de la vie.
Et cela est synthétisé en Sara; on dit: 'Hayé
Sara mi chéar hannachim ("les vies de Sara, elle est plus
que l'ensemble de toutes les femmes").
Elle l'est au point qu'elle corrige (tiqqoune, réparation) la faute essentielle de 'Hava (Eve).
La valeur numérique du premier mot Vayiyou est 37 comme
l'expression "faute de Eve", 'héte 'hava.
Sara accomplit cette mission comme Avraham a réparé la faute
d'Adam et à "recréé" le monde.
Elle l'accomplit également en référence à
Ra'hel. On sait que le patriarche Yaâqov est l'aboutissement du tiqqoune (de
la réparation de base) inaugurée par
Avraham et Yit'haq jusqu'à fonder le peuple juif. Cet aboutissement
passe aussi par ce qui se produit à travers ses deux épouses,
la première féconde Léa et l'achèvement
plénier est
Ra'hel. Sara, non seulement répare 'Hava mais elle est l'orientation
qui donnera Ra'hel comme le dit l'anagramme de chaque lettre de son
nom
ou notaricone : Sara, Choréche Ra'hel Hi, Sara est la source
de Ra'hel.
L'importance essentielle
de ce dispositif pour la réussite de
la Création est encore marquée par la suite du verset :
cela se passe à 'Hévrone (Hébron), dans la
zone nommée "quartier de 4", qiriate ârba. Ces
noms réfèrent explicitement dans la tradition au nom
de 4 lettres qui refère au Créateur et qui est le
support du monde dans l'existence, et ces quatres lettres sont l'empreinte
du nom "Juif", yéhoudi. 'Hévrone l'exprime aussi,
selon la tradition car il est l'anagramme de roua'h bin noune,
esprit de bin noune qui est l'une des 4 façons d'écrire
le nom de D. en 4 lettres. Il n'est pas question ici de pouvoir expliciter
ces concepts traditionnels et sûrs que comprennent ceux qui ont
étudié, mais il suffit de comprendre l'importance que tout
cela révèle. Celui qui veut approfondir tous ces points,
y parviendra aisément s'il étudie.
On réalise ipso facto quelle abération est la politique
de ceux qui veulent donner 'Hévrone et le sortir de l'héritage
juif, d'autant plus que le retrait temporaire des Juifs qui y ont vécus
sans interruption depuis toujours ne s'est effectué dans les années
1929 que par les massacres perpétrés par les arabes ; et
les massacreurs n'acquièrent jamais aucun droit, ni
sur le plan de la morale, ni face aux textes fondateurs révélés,
ni par rapport aux contrats pris par le peuple juif depuis plusieurs millénaires.
Voilà l'état de l'armoire des rouleaux de la Torah près
du tombeau d'Avraham à 'Hévrone après le pogrom
et les massacres de 1929 par les Arabes de 'Hévrone. Il y avait
alors une communauté depuis toujours ; elle avait déjà
échappé à des massacres au 17e siècle et,
pour cela, on ne dit pas les ta'hanounim à 'Hévrone
le 19 Iyar, lendemain de Lag baÔmér. Une communauté
'Habad fut fondée en 1840 par R. Haikine, et la yéchiva
Torate Emet fondée en 1900 par R. Chalom Baer de Loubavitch (hiloula le
2 Nissane 5680. 1920), la yéchiva fondée par R. 'Hayim
'Hizqiahou Médini auteur du célèbre Sdé
'hémed en 10 volumes (hiloula le 24 Kislev), un Kolel (yéchiva pour adultes) sépharade relié à celui
de Jérusalem par R. Eliyahou Mani (hiloula le 8 Tamouz
5659. 1899).
Ce groupe envoyait dans les autres communautés des rabbins pour
recueillir des dons leur permettant de vivre dans les conditions difficiles.
L'un de ceux-là fut le Rav Amram ben Diwane décédé
au Maroc où il est encore célébre lors de sa hiloula
le 15 Av (5542. 1782). Un autre fut R. Avraham Cohen qui visita
les communautés d'Afrique du Nord et y rénova la 'hazanoute sépharade qui était tombée de niveau en Algérie
du Nord. Par l'intermédiaire de mon père en Torah, Ribbi
Moché Yossef Zenou, zal, qui les a reçus de lui,
j'ai ainsi pu apprendre directement les téâmim de
la Torah de la tradition ancienne des sépharadim d'Erets Yisrael,
en plus de la tradition classique des téâmim des
communautés
du Maroc. Et précisément sur cette paracha 'Hayé Sara.
Toutes ces institutions subsistèrent dans des conditions pénibles
dont le but était de les réduire à néant.
Pourtant, en 1925, la yéchiva lithuanienne de Slobodka fut encore
fondée, par R. Moché Mordékhaï Epstein (hiloula le
10 Kislev). Les Juifs étaient environ 700-800 sur les 18000
habitants. On imagine la foi et le courage de ces générations,
sans aucun soutien de la communauté internationale par l'information
contrairement à aujourd'hui. Comme aujourd'hui, le programme fut
défini nettement par les Arabes : éliminer la présence
des Juifs de 'Hévrone, et organiser avec précision l'extermination
comme aujourd'hui dans la même tradition de détermination,
logique et cruauté.
En 1929, les Arabes passèrent à l'action, détruisirent
les habitations, synagogues et yéchivotes, brûlèrent
les rouleaux de la Torah, tuèrent 73 Juifs, en blessèrent
gravement 60 et expulsèrent les autres. Le jour du souvenir de
ces martyrs est le 19 Av 5689 (1929).
Malgré cela, deux ans plus tard, 35 familles courageuses revinrent
et vécurent là dans un cauchemar continu jusqu'à de
nouveaux morts en 1936. 'Hévrone devint jordanienne par l'invasion
et l'occupation en 1948.
Israël la reprit lors de la guerre des 6 jours en 1967. Tout le quartier
juif était détruit de même que le cimetière.
Les Juifs commencèrent à visiter les lieux saints.
L'armée israélienne établit son autorité sur
'Hévrone le 21 Iyar 5728 (1968) et des Juifs tentent de s'y installer
à nouveau. Il obtiennent d'Israël le droit de résider
mais non de travailler. C'est en 1970 que le droit de reconstituer le
quartier juif est accordé par le gouvernement israélien.
Les Juifs revinrent dans le quartier de Beit Hadassa , le 30 Nissane,
premier jour de Roche 'Hodéche Iyar 5739 (1979). A ce jour, la
communauté juive de 'Hévrone comprend 600 personnes, 60
familles. Sans cesse, des tendances dans les partis israéliens
ou dans le gouvernement israélien ou chez des Premiers ministres
est de donner cette ville juive sainte si sensible, comme ils l'ont
fait
pour le tombeau de Yossef.
Il y a 150 étudiants dans la yéchiva Chavé 'Hévrone.
Ils vivent dans trois quartiers : le quartier d'Avraham avinou,
le le quartier de Beit Hadassa, le quartier de Admot Ichaï (Tel
Roumeida).
Pour l'histoire actuelle, se référer aux nouvelles dans
le plan de cette page et dans la page des actualités.
Tout cela n'est pas de la politique mais la vie du peuple juif dans la
Torah, qui est à la fois texte, terre et peuple indissolublement.
Actuellement, par le fait qu'une partie du peuple n'est plus consciente
de sa tradition ni de ces dimensions, le
débat sur ce même fond se déplace parfois entre les
rabbins sur un autre concept admis par l'ensemble du peuple, celui
de piqoua'h néféche (sauvetage de la vie) qui est
reconnu comme devant même prendre la priorité sur le Chabbate
(piqoua'h néféche dokhé chabbate. Chabbate
132a, Yoma 42a).
2e Niveau plus
difficile. Que faire des épreuves
?
Ce 2e niveau concerne uniquement ceux qui oseront aller plus loin
dans l'épreuve comme marche dans la qualité de la vie (et n'en
feront pas seulement un objet d'étude).
Le cataclysme d'Avraham ? Emouna et
Kétoura.
Ceux qui pensent que le judaisme est uniquement centré sur l'homme
au masculin, sur ses rôles et son devenir, sur les questions importantes
de sa seule vie pratique à lui, auront découvert leur erreur.
Le parcours existentiel spécifique de la femme est enseigné
dans ses aspects les plus profonds (ceux qui sont souvent étrangers
à la compréhension immédiate de l'homme), et dans
ses dimensions les plus élevées.
Que se passa-t-il
pour Avraham après le décès de
Sara ? Nous n'avons pas la place ici pour développer le désarroi
d'Avraham au milieu de toutes ces péripéties, envers ces
longues souffrances de Sara et ses lentes satisfactions, au milieu des
épreuves dernières et, finalement, après sa mort.
Le Traité Sanhédrine 22 a-b décrit précisément
la situation :
éïne iche mét ella léichto vé éïne
icha méta élla livaâla
"ne peut pas ressentir ce que c'est la mort d'un homme, si ce n'est son
épouse,
ne peut pas ressentir ce que c'est la mort d'une femme, si ce n'est son époux".
Et l'intensité touchant tout le centre de l'être
et toutes ses dimensions les plus profondes et les plus essentielles
sont rendues
par cette phrase :
kol adam ché méta ichto richona kéilou 'hérév
béit hammiqdache béyamav
"tout homme dont la première femme meurt, c'est comme si la destruction
du Temple avait lieu en sa propre vie (en ses jours)". Les Sages qui connaissent
la Torah et les règles de la vie créée le disent
par cette phrase du Traité Sanhédrine ; c'est plus qu'un
séisme, c'est un cataclysme total, dans le sens même de l'être.
Les suites : le silence
La suite du texte, après le décès et l'enterrement
de Sara, dit que Avraham continua à vieillir dans la bénédiction
la plus complète (bakol, 24, 1). Pour manifester cet optimisme,
le texte est lu aux mariages, quand le jeune marié monte à la
Torah.
Puis Avraham maria son fils et se remaria.

Mais le texte reste bref sur
cette partie de la relation. Des auteurs, comme Ibn Ezra, soulignent
que
la Torah ne fait plus allusion à un dialogue entre le père
et le fils après la âqéda ; de même,
après le décès de Sara, le silence s'installe
sur la relation de couple.
Le point de vue optimiste
Le verset de Béréchite 24, 1 peut être compris (simultanément)
autrement : tout le drame se termine dans la simplicité d'un seul
verset qui est bénédiction et bénédiction
totale. Le verset est brièveté du bonheur et non pas silence.
La émouna
Il n'y a qu'un concept et une attitude pour dénommer à la
fois et en même temps ce tragique et ce bonheur, tel qu'ils
sont dits en ce verset : c'est la émouna.
Ce mot est de la racine amén dont le sens n'est pas la
croyance guerrière de celui qui est sûr de sa foi et des biens et
de la situation que D.ieu lui donne et affirme hautement "je crois !".
Mais c'est la émouna du nourrisson sans immunité et
qui a une confiance totale, assurée, fragile, lumineuse et
affectueuse dans les bras de sa nourrice qui l'élève dans
tous les sens du terme. C'est le sens réel du mot amén en
hébreu et dans toute la Bible.
Alors, ce nourrisson commence à vivre, il n'est pas un handicapé,
ni un malade ni un mourant ; c'est un être fragile, aux douleurs
et cris imprévus, aux angoisses soudaines, aux besoins immédiats
et violents, mais c'est sûrement une pousse de vie qui deviendra
un arbre poussant toujours auprès de la source des eaux de vie
qu'est la Torah, ainsi que le décrit le premier psaume (le lire).
Pourquoi une
telle mise à l'épreuve
?
Nos Sages, et tout homme, et le peuple juif, se posent la question
: pourquoi une telle mise à l'épreuve continue et inhumaine ?
La tradition nous donne une réponse :
le Rambane, Na'hmanide, (sur Chémote 20, 16-17), explique la réponse
de Moché au peuple qui a la peur justifiée de mourir de
ce mélange de lumières et d'épreuves trop intenses
(pén-namoute).
Le Rambane dit :
cette épreuve-souffrance est une "épreuve" dans
le sens de mise en examen, de mise à l'épreuve (kol
lachone nissayone bé'hina),
il y a l'examiné, l'éprouvé (ménoussé),
et l'examinateur divin (ménassé yitbarakh).
Que fait celui qui
met ainsi à l'épreuve ? Le Rambane l'explique
lors de l'épreuve d'Avraham dans la âqéda (22,
1) : D.ieu agit ainsi pour faire passer le potentiel de celui
qui est éprouvé à l'état d'accouchement puis à la réalisation
effective (bo léhotsi
haddavar min hakkoa'h él happoâl).
La réalisation
Ainsi, en sa brièveté, ce verset de Béréchite
24, 1 (Et Avraham vint en jours, et Hachém bénit
Avraham en "tout") nous montre la réalisation atteinte.
Ainsi, la émouna du nourrisson est aussi la contrepartie
de la fiabilité (néémanoute) de Celui
qui nous tient en ses bras comme une nourrice. Hachém est,
selon le notaricone de amén (alef,mén,noun), en
hébreu
: El
mélekh
néémane, "D.ieu Roi fidèle".
Nous comprenons maintenant pourquoi nous disons dès le réveil,
chaque jour : Modé... émounatékha, "je reconnais devant Toi Roi vivant et debout existant, que Tu as fait
revenir mon âme par pitié, elle est grande Ta émouna".
Avraham, alors, a atteint le mariage avec Kétoura (25, 1), nom
qui signifie à la fois "couronnement" de tout ce processus et "parfum",
comme le dernier mot du Cantique des Cantiques.

On comprend que la Torah
ne trouve plus de mots pour en parler. Le silence est plus juste quand
le parcours est réussi jusqu'aux cieux et sur la terre simultanément,
but de la Création par Celui qui crée les cieux et la terre
(1, 1). Nous comprenons maintenant pourquoi on choisit précisément
ce verset de Béréchite 24, 1 pour les mariages : il résume
tout ce cycle.
Un souhait
- Que chaque Juif, fils d'Avraham et Sara, ose affronter ce parcours
difficile qui est son destin et atteigne sa plénitude dans
la émouna
;
- C'est le
parcours difficile que franchit celui qui se convertit au judaïsme
(lien ici) et devient alors fils d'un tel couple Avraham notre père
(avinou) et Sara notre mère (imanou).
- Alors, ce Juif pourra dire de cela chaque jour en ce verset du Hallél,
d'abord la phrase : "de l'angoisse je T'ai appelé", puis : zé
hayom âssa Hachém, naghila vénismé'ha vo, "c'est
(par tout ce parcours) CE jour qu'a fait Hachém, réjouissons-nous en lui".
- Que le dernier chapitre du livre de Job (42 !), après 41 chapitres
d'épreuves, s'ouvre alors pour chacun et pour tout Israël. Amén.
Peut-être un poème, surgi dans la méditation et l'étude
sur cette paracha, dira t-il mieux tout cela que des explications : "Modé d'Avraham,
au réveil".
La liaison logique
entre le style de vie et le style de mort
Nous allons la découvrir
par un lien entre la paracha Lékh
lékha et la paracha 'Hayé Sara.
Cette étude a demandé beaucoup de réflexion et d'épreuves
chez tous les Sages qui l'ont faite sur la Torah et dans leur existence.
On la lira dans la même ligne, même si elle demande de l'attention
; chacun a l'expérience de la vie et est donc capable de cette
réflexion. Le judaïsme n'est pas masochiste mais il regarde
la vie en face, telle qu'elle est.
I - L'amélioration du monde par le style de vie (paracha Lékh
lékha)
Avraham a compris que la vie n'est pas basée sur la force de ce
que l'on nomme couramment "la réussite" (pouvoir sur l'existence
autrui par la science, l'argent, la politique). Tout cela n'est que échec
et vanité des vanités. Après une longue recherche
qui l'a mené en divers pays et cultures et religions, il a compris
par lui-même que
la réussite de la vie est seulement la réussite
de l'amour, de la bonté, 'hésséd.
Cela car le
monde lui-même, dans sa nature est fondé sur
cela et non pas sur la puissance d'autres forces (ôlam
'hésséd yibané. Sanhédrine 58a).
Et cela également parce que le Créateur Lui-même
est bonté.
l'homme a donc
le pouvoir de rebâtir le monde dans la justice
jointe à la bonté.
Ceux qui parlent de la nécessité d'une seconde alliance
ou d'un second testament, postérieur à Avraham ou à
la Torah, pour découvrir cela, sont simplement des ignorants qui
n'ont pas connu la signification de la Torah car elle ne s'acquiert
pleinement
que par la circoncision du corps et du coeur simultanément, comme
étant une porte à l'audition de la Torah (cf. le commentaire
de Dévarim 30, 12 que nous avons rencontré souvent).
Et le verset que nous allons étudier nous enseigne que cette compréhension
par Avraham lui a fait recevoir le pouvoir de rebâtir le monde
dans la justice jointe à la bonté. Cela n'annule pas
la nécessité de la science, l'argent, la politique, les
affaires mais n'en fait pas l'objectif premier.
Dans Ma'hsof ha lavane, Rabbenou
Yaâqov
Abou'hatsera, zal, qui se base sur les écrits du Ari, zal, commente
le verset de Lekh lekha, Béréchite 15, 6 :
Ve héémine ba Hachem va ya'chévéha lo
tsedaqa
traduction impossible, littéralement :
"et il (Avraham) eut foi en Hachém et Il a fait penser
cela à lui (Avraham) comme justice de bonté divine".
Les lettres finales, sofé tévotes, de
ce verset font 71 qui est la guématria ou le chiffre de Yona. Le
but de cela est de nous apporter un enseignement en allusion, en rémez, au
sujet de la Chékhina qui est nommée Yona, colombe.
La Chékhina est la présence de Ha Qaddoche Baroukh
Hou dans notre monde.
Le mot Yona est de la racine du verbe yana qui
veut dire : faire pression désagréablement, léser, importuner,
exercer une violence, médire, comme en Vayiqra 25, 14 ou 1, 17
lo tonou iche éte âmito
et vous ne léserez pas votre prochain.
et Ezechiel 45, 8 "et mes princes n'exploiteront plus (yonou) mon
peuple mais ils abandonneront le sol à la maison d'Israël
par tribu".
Voyez aussi Béréchite Rabba 73.
On pourrait s'étonner qu'un mot si négatif
soit justement choisi pour ce qui est le plus noble, la Chékhina, présence
de Ha Qaddoche Baroukh Hou dans notre monde. Et le prophète
Yona portera aussi ce nom.
C'est que la Chékhina n'est pas présence glorieuse
ni évidente en ce monde-ci, mais elle est pauvre et affligée.
Comme un pauvre, elle ne peut pas se donner à elle-même
ce qui lui manque. Elle a besoin d'aide de nous qui sommes dans les niveaux
du bas
et toute sa montée et sa sortie de l'état de pauvreté
et de déficience, si l'on peut dire, est suspendue à cette
action des niveaux du bas que nous sommes, les ta'htonim.
Maintenant que nous
savons cela, qui est connu de Rabbenou Yaâqov
Abou'hatsera, nous pouvons revenir au verset et le comprendre.
Quelle est la signification de ce lien entre Yona-Chékhina et
le sens littéral de ce verset : "Avraham eut foi en Hachém et
Il a fait penser cela à lui (Avraham) comme justice de bonté
divine" ? C'est que Avraham a connu cela et il a eu foi que cela est la
vérité.
Et, en conséquence, D.ieu a converti cette capacité d'Avraham
en pouvoir de réaliser la justice divine qui régule tout
le monde dans la bonté. Avraham participe ainsi directement
a la force créatrice de Hachém. En effet,
le mot va héémine (et il eut foi), a comme guématria
112 (plus un de total, collel)
qui est la guématria de la somme Hachém-Eloqim, 86
et 26,
et cela est le Nom complet de D.ieu
Et quand ces deux noms sont unis, on appelle cela le mitouk gamour,
l'adoucissement complet de ce qui perturbait la paix dans le monde.
La tâche
du Juif qui est Avraham-Yona
Be ezrate Hachém, explicitons cela avec l'appui des commentateurs
qui sont la base de Rabbenou Yaâqov Abou'hatsera :
Etre placé comme Juif dans cette dynamique de Avraham-Yona (surtout
pour ceux qui portent ces noms) exprime la nature de la Chékhina, c'est
un grand honneur, c'est aussi et surtout la tâche que nous
avons à faire dans le monde en réparant cette pauvreté,
c'est ce que l'on appelle le tiqqoune
(lien ici) .
Mais Avraham-Yona ne sera pas un style de vie machiste et m'as-tu vu,
c'est le choix conscient d'être vulnérable comme Avraham
et comme la Chékhina qui pleure et assume les difficultés.
Non pas par masochisme mais pour les transformer activement de l'intérieur
et vraiment, avec optimisme.
De l'attitude
religieuse aux actes
Heureusement, la Torah nous a donné aussi la solution, évidemment,
à ce problème par ce même verset, c'est pour cela
qu'il nous est enseigné.
Nous avons vu que la solution est dans l'union des noms qui se fait en
intégrant la puissante rigueur de Eloqim et la bonté
miséricordieuse de Hachém ; Avraham a réalisé cela
par la foi confiante (émouna). Mais cette émouna n'est
pas qu'en pensée et sentiments, elle se vit en actes que
l'on nomme bienfaisance (tsédaqa) comme le faisait Avraham
qui fait vraiment 'Hessed envers les autres.
En hébreu, cette bienfaisance, tsedaqa est tsedeq
hé ou justice de Hachém.
Comment ?
Les autres textes qui utilisent la racine de Yona nous l'apprennent,
(c'est la méthode juive et elle nous contraint donc à étudier
beaucoup), ce sont les deux versets cités plus haut
en Vayiqra 25, 14 ou 1, 17 :
lo tonou iche éte âmito
et vous ne léserez pas votre prochain.
et Ezechiel 45, 8 "et mes princes n'exploiteront plus (yonou) mon
peuple mais ils abandonneront le sol à la maison d'Israël
par tribu".
Ces versets nous enseignent (eux, et les Sages, pas moi !) que la Chékhina est
pauvre et affligée parce que dans notre peuple on oppresse
injustement, on fait mal par la médisance et on gagne de
l'argent hors de la morale et on fait la tsedaqa avec de l'argent
mal gagné
qui lèse autrui, qui le méprise, car il y a une exploitation
et une injustice. Et, alors, les prophètes pestent sans cesse
contre cela.
Le tiqqoune de la Chékhina, qui rendra le peuple
heureux et la Chékhina dans sa maison sur sa terre se
fera par cette justice fraternelle. C'est l'exemple d'Avraham.
C'est le sens du texte de Rabbenou Yaâqov Abou'hatsera.
Nous pourrions nous défendre faussement de plusieurs manières
:
- cela n'est pas exact,
- l'argent sert aussi à procurer le bonheur,
- ceux qui font la tsédaqa l'ont presque toujours acquis moralement.
Ce serait oublier que chaque jour nous faisons le viddouï, ou
aveu des fautes, en nommant même des fautes horribles que nous
n'avons pas commises mais que nous reconnaissons dans la solidarité du
peuple.
Et, également, nous ne pouvons jamais dire avec facilité
que nous sommes purs et intègres.
Notre argument voudrait simplement supprimer de la Torah et des prophètes
ces enseignements : avec modestie, il nous faut les entendre. Moché
Rabbénou était le plus modeste des hommes et acceptait
les admonestations. Pourquoi pas nous ?
II - L'amélioration du monde par le style de mort (paracha
'Hayé Sara)
Il est classique de souligner qu'en hébreu la vie n'est pas un
concept au singulier comme "vie" ou comme "life". Mais le mot
'hayim est au pluriel ou au duel, il signifie "vies", "les vies".
Cela veut dire que c'est le même enjeu qui se vit dans ce qui nous
est visible et dans ce qui nous est invisible, dans le monde présent
et dans le monde dit d'En-haut.
C'est cela que nous dit le premier verset de la paracha, liant le nombre
des années de vie de Sara, bien vécues selon ce que nous
venons de voir, et le passage à la mort. Les deux sont autant 'hayim
,"vies" vivantes.
La mort n'est donc pas, dans le judaïsme, un accident malencontreux
ni un échec mais c'est une étape éminente qui a
un sens.
Comment ?
Le judaïsme dit que le tsaddiq, le juste que devrait être tout
Juif, répare encore plus le monde par sa mort que par sa
vie. Ainsi, ce que d'autres religions ont cru inventer en le canalisant
sur la mort modèle d'un seul homme, n'était en fait qu'une
utilisation d'un enseignement classique du judaïsme qui s'applique
à tout Juif. Il n'y a là rien d'une révélation
particulière.
Selon ce que nous avons dit de la Chékhina (et le peuple
juif doit être présence de la Chékhina dans
le monde) est
- entrer dans les douleurs et imperfections du monde, les assumer,
- les améliorer de l'intérieur pour les faire monter en
niveau de qualité, jusqu'à traverser la mort pour la réunir
à la véritable vie.
La vie est donc un travail laborieux qui intègre normalement beaucoup
d'épreuves ; cela nous donne une conception tonique et non pleurnicharde
de l'existence.
La mort en est l'action extrême par son passage de la vie totalement
pauvre à la lumière de la hiloula.
Ainsi, la mort n'est
donc pas une simple aventure personnelle, mais elle se vit dans la
conscience de l'appartenance
au peuple qui a cette
fonction d'améliorer le monde.
Tout cela qui nous est enseigné par
- cette nomination de la mort de Sarah qui est nommée 'hayim "vies"
- et aussi par cette nomination de la mort d'Avraham qui est nommée
"vies" (Béréchite 25, 7). |
Ainsi, nous comprenons
pourquoi Avraham est le modèle du Juif
car il est allé de lui-même vers lui-même en cette
aventure de l'existence divine ; comme le disent nos Sages,
- ha kol talouï bé ma ché naâssé âl
yédé maâssénou,
tout est suspendu à ce ce qui est fait par nos oeuvres,
- vé gam ha mita, et même la mort.
- koa'h ha tsaddiq
ché mét ou maâlé az
bi chéâte ha mita, yotér mi kol ma héélâ
bé 'hayav
la force du tsaddiq qui meurt et monte alors à l'heure de
la mort, est plus que tout ce qu'il a fait s'élever lors de sa
vie.
Tout cela est résumé dans le verset 7 du psaume 84 que
les Sépharades disent chaque jour à l'heure de min'ha :
ôvéré bé êméq habbakha
ceux qui traversent une vallée de larmes
maêyane yéchitouhou
ils en font une source
gam bérakhote
également des bénédictions (en Haut et en bas, au
pluriel)
yaêté moré
recouvre (enseigne comme la Torah, même mot : moré Torah) comme
d'une pluie précoce.
Que soit pour bénédiction pour tout Israël le souvenir
de tous ceux qui nous ont montré cela dans leur vie et dans leur
belle mort. Ils nous ont appris par la vie ce qui est dit dans les livres
saints.
Conclusions
de développement
personnel
Autant nous insistons sur le respect du texte et des strictes méthodes
d'analyse pour découvrir le message de la Torah, autant nous devons
intégrer ces enseignements en interrogation personnelle.
A ce niveau, je ne donnerai aucune orientation, simplement il suffit de
- prendre le temps
de réfléchir très
personnellement sur chacune de ces dimensions,
- échanger en couple, car l'union du masculin et du féminin
est nécessaire pour mieux comprendre ces dynamiques, et la réflexion
d'un seul ne peut suffire.
Pour qui ne vit pas
en couple, l'autre intérieur
existe, et le respect de l'autre existe. Rien
ne peut mieux nous y inciter que ce verset d'Isaïe 51, 1-3
:
"Ecoutez-moi, vous qui poursuivez la justesse, vous qui demandez Hachém,
regardez vers le tsour (rocher) d'où vous avez été
taillés,
et vers le bor (puits) d'où vous fûtes extraits.
Regardez vers Avraham, votre père, et vers Sara qui vous a enfantés...".
Penser à apprendre le vocabulaire hébraïque
de tout ce commentaire.
Une conséquence éducative:
dans la haftara de notre paracha (début du Premier livre des Rois),
nous voyons également le vieillard David aux prises avec ses
fils et ses missions lourdes. Mais la haftara veut nous montrer aussi
une erreur
capitale de David car, dit le verset 1,6 "jamais il n'a dit à son
fils: pourquoi fais-tu cela, madoua kakha âssita?".
Nous avons tout le récit des troubles de comportement du fils à
l'âge adulte et contre son père, et cela est placé
en conséquence directe du fait que le père n'a pas -à
chaque instant dans l'éducation- monté chez son fils le
réflexe de se demander pourquoi il agit comme il le fait, de
se mettre en question, de réfléchir, de prendre conscience,
afin de mieux poloter et de rectifier. Un enseignement capital pour
les familles juives où, très souvent, le premier souci
est de donner, donner, donner sans se soucier que l'on construit
ainsi un
futur tyran envers autrui et un impuissant envers ses propres choix de
valeurs. Certes, le péril de la vie juive fait que ces parents
anticipent en voulant donner à l'avance de bonnes années
à l'enfant, mais l'intention devrait justement les pousser à
faire le meilleur cadeau à l'enfant qui est d'être capable
de se piloter.
Concluons positivement:
Que toute personne, enfermée dans les brumes de l'existence difficile,
les ressente comme
Avraham, comme des brumes matinales qui ne peuvent pas bloquer
l'avancée de la lumière. Inéluctablement.
Illogique, imprévue.
Tout est dans notre
lien à l'essentiel, à LA présence, à CELUI
qui est LE lieu.
Et Sa lumière surgit et s'installe chaque jour.
La journée
de travail et de construction peut commencer.
Maintenant, gardons
ensemble l'équilibre parfait
depuis les pieds sur le sol
et tout le corps, le coeur, la tête et nos antennes célestes
baignant en direct dans la spiritualité de l'amour divin.
Et un chant s'élève en nous qui capte et maintient
toute la force de la Création.
Avançons
maintenant dans l'action
et soyons mus par une puissance créatrice retrouvée,
celle de la Torah, et son chant.
Désormais,
toute la Création
et toute l'action personnelle, professionnelle, collective ou politique
sera perçue dans sa véritable dimension de la Présence
créatrice.
Si harmonieuse, pacifique,
où notre regard sera aussi assuré
de beauté et de force et de bonté que celui des peintres.
Le droit
indiscutable des Juifs à
la terre d'Israël
Ce Chabbate,
des milliers et milliers de Juifs israéliens
le passeront à 'Hévrone, région d'Avraham et
Sarah et lieu de leur sépulture.
Sur Modia, vous pouvez aller au moins visuellement pour unir par le
coeur. Cliquez ci-dessous |
Le Middrache Béréchite Rabba 77, 7 écrit à
propos de ce qui est l'actuel 'Hévrone et le tombeau des Patriarches
qui s'y trouve :
"Avraham écouta Ephrone et lui compta le prix qu'il avait énoncé
en présence des enfants de 'Het, 400 sicles d'argent en monnaie
courante. Ainsi fut dévolu le champ d'Ephrone situé à
Makhpéla en face de Mamré, le champ et le caveau qui s'y
trouvait et tous les arbres qui sont dans le champ dans toutes les limites
alentour, à Avraham comme propriété, en présence
des enfants de 'Hét, de tous ceux qui étaient venus
à la porte de la ville (Béréchite 23, 17-18).
Ribbi Yéhouda ben Ribbi Chimeône dit : C'est un des 3
endroits que les nations du monde ne peuvent pas contester à Israël
et dire : vous les avez volés. Ce sont : le tombeau de Makhpéla
(Béréchite 23, 16), le Temple ( Ainsi David donna à
Ornane pour cet endroit 600 chékels d'or, I Chroniques 21, 25),
et la sépulture de Joseph (Béréchite 33, 19)."
Les
nations le savent et il est clair que ce sont précisément ces
lieux symboliques du droit à la terre
que les Palestiniens veulent enlever à Israël car ces lieux
symboliques perdus seraient ainsi la preuve du renoncement officiel.
Mais
cet abandon n'est pas abandon de la seule terre, c'est pour les
Palestiniens, la disparition
des Juifs de cette terre et par les moyens
les plus cruels : l'exemple en a été donné à
la tombe de Joseph où le soldat de Tsahal a été abandonné
par nous contre toutes les traditions de l'armée et a perdu son
sang jusqu'à la mort. Symbole du sort à venir des Juifs
ici si cette double politique se poursuit. Cela n'est pas idéologique
mais ce sont des faits historiques hier et aujourd'hui.
Précisons que l'abandon
partiel de 'Hévrone et la fermeture de la salle du tombeau
de Yits'haq aux Juifs pendant la majeure partie de l'année ne sont pas
le fait du gouvernement Barak mais du gouvernement précédent
de Netanyahou.
Et la "révolution laïque" de Barak était la formulation
juridique et constitutionnelle de cette volonté idéologique
qui se traduit en cette politique militaire et de négociations
pour l'abandon sur le terrain.
Ce sont les faits indiscutables d'hier et d'aujourd'hui qu'il faut connaître
pour les apprécier ou les contester démocratiquement. Mais
ce sont les faits.
La paracha et Avraham ont-ils à nous enseigner sur
l'amélioration
possible de la situation? Certes,
le pacte entre Avraham et Avimélékh (Béréchite
21) est sévèrement critiqué par la tradition
comme source des ennuis ultérieurs (voir Béréchite
Rabba ch. 26 et Sanhédrine) par les concessions qu'Avraham
y fit. Mais...
1. la première des 18 bénédictions
de la Âmida
Sur la phrase "Avraham rangea à part sept brebis pour
réaliser
ce pacte et Avimélékh lui dit : que signifient
ces sept brebis que tu as mises à part" (hitsavta
Béréchite 21, 29), le Baâl ha Tourim remarque
: "pourquoi ce verbe tu as mises à part (hitsavta).
Il répond : c'est pour nous dire que Avraham préserve
et stabilise toutes les frontières de la terre d'Israël
par son mérite car c'est le même verbe qui est
utilisé exactement dans le verset des Psaumes 74, 17
: c'est Toi (D.ieu) qui as fixé avec stabilité toutes
les limites de la terre (ata hitsavta kol guévoulotes
arets). Donc, nous pouvons garder cette assurance basée
sur Hachém et sur le mérite d'Avraham.
Nous pouvons aussi invoquer ce mérite de protection
d'Avraham et c'est cela qui nous est offert en tout premier
dans la première
des 18 bénédictions de la Âmida.
2. les 3 pas vers Israël (une campagne à développer)
Enfin, nous pouvons prendre exemple sur Avraham qui est resté
ferme parce qu'il voyait Jérusalem de loin au milieu des
pires difficultés (Béréchite 22, 4) et le
Baâl ha Tourim remarque que "vers le mont Moria" dans ce
verset a la même guématria que birouchalayim, "dans Jérusalem".
Nous pouvons donc reprendre la démarche d'Avraham : avant
chacune des 3 prières journalières des 18 bénédictions,
la Âmida,
- nous reculons de 3 pas pour nous sortir de l'espace de nos
préoccupations,
- nous avançons ensuite de 3 pas avec le maximum d'intention
intérieure (cavana). Le premier pas est vers la
terre d'Israël, le second vers Jérusalem, et le troisième
est vers le Saint des Saints sur le Mont du Temple.
Lançons pour nous et les autres cette campagne des "3 pas
pour Jérusalem". Où que nous soyons, ainsi nous
serons unis à Avraham pour stabiliser les frontières
d'Israël. Il s'agit de mettre le maximum d'intention dans
ces 3 pas et les faire consciemment, dans le déplacement
du corps, du coeur et de la tête vers Israël.
3. Dans la prière de Moussaf
de Chabbate,
nous demandons aussi que nous soyions stables dans nos frontières
stabilisées.
Diffusez ces actions d'aide.
|
Autres dates :
le Rambam était venu à 'Hévrone
le 9 'Héchvane 4926 (1366)
Hiloulotes de 'Hévrone:
Avraham avinou, Soucote
Sara imanou, 1 Tichri, Roche Hachana
Yaâqov avinou, Souccote
Ra'hel imanou, 11 'Héchvane
Rav Chlomo Goren, libérateur de 'Hévrone, 24 'Héchvane
5755 (1995).
Références bibliques sur 'Hévrone :
- son acquisition par Avraham, paracha 'Hayé Sara
- sa nomination comme Kiriate-Arba, Livre de Yehoshua 14, 15
- son antiquité, et sa visite par les explorateurs, Bémidbar
13, 22
- sa conquête, Livre de Yehoshua 10, 3 et 15, 13
- son choix par David qui y régna, II Samuel 2, 1-4 et 3, 32 et
5, 1-3
- ville de refuge, Livre de Yehoshua 21, 13
- permanence de ses habitants, Néhémie 11, 25
|
-- |