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3e Paracha : Lékh lékha
"Va vers toi-même"

Béréchite (La Genèse)
12, 1 - 17, 27
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
http://www.modia.org
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à
votre disposition par l'auteur, selon la mistva obligatoire pour le
Juif qui est d'etudier et d'enseigner simultanement. Vous pouvez
donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'etude personnelle et de
groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne
supprimant pas le nom de l'auteur et l'adresse du site. Les sites
ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter.
Voyez les
règles du Copyright.
Ne pas oublier que, sur votre version imprimee ou polycopiee,
vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de Modia.
Or, ils sont indispensables dans l'etude.
Cette page comprend des lettres
de la Torah et des noms saints, prière de la déposer dans
un lieu respectueux.
Le développement personnel, où vivre,
qui et comment être :
la clef est dans le lien entre la circoncision, la
terre et les nations
Cette paracha nous interroge également où que nous vivions,
entre nous, et dedans.
Cette étude est longue car elle touche l'une des bases fondamentales
du judaïsme.
Prendre le temps de la lire lentement, et d'y revenir.
Plan
-
Situation de la paracha
-
Thèmes de la paracha
-
Situer Avraham dans les générations
-
Le rythme de la conquête de la vie
-
La mitsva et la proposition de la paracha
-
Lékh lékha et la circoncision
-
La terre d'Israël selon le Chla
-
La terre d'Israël et la mila, selon le Chla
-
Ces trois niveaux sont indissociables.
-
Nations et peuple juif
-
Différence entre la circoncision et la destruction
-
Un lieu d'habitation
-
La différence
-
Un exemple : le respect de la découverte dans le couple
-
Retour à la synthèse du premier verset : Lékh lékha
-
Lectures
-
Développement personnel
Questions
|
Entendre lire et chanter la paracha :
téâmim
askénaziim (lien Ort)
Entendre la haftara
téâmim
askénaziim (lien Ort)
Enseignement de Rachi
sur la terre d'Israël
Un
jour sur notre terre d'Israël; joies et larmes
Etude sur la circoncision,
la mila. NEW.
La paracha et l'éducation
Chaque
jour du mois de 'Héchvane dans l'histoire et la vie
des maîtres.et
- le 11 'Héchvane, hiloula
de Rahel notre mère, très important.
- le 12 'Héchvane, hiloula
du Rav Dov André Neher, le maître de beaucoup
de francophones.
- le 12 'Hechvane, réfléchir sur deux crimes fraternels
pour ne plus jamais recommencer: assassinat de Juifs par des politiciens
de la gauche israélienne (l'Altaléna),
assassinat d'un Juif (Rabin) par des militants de droite israéliens
et par des combines politiciennes volontairement non élucidées.
Ici, les
sites commémoratifs, Documents officiels, version gouvernementale.
Documents et versions qui contestent. Photos, etc. Pour réfléchir
par soi-même.
Notre paracha comprend 126 versets, soit la 13e comme Réé;
(et 1686 mots, soit la 18e; et 6336 lettres, soit la 19e). Voir ici toutes les statistiques sur le Tanakh.
3 poèmes sur la paracha:
La
source
Timidité
sanctuaire
Nouvelle
fleur
|
vayyomér Hachém el avram lékh lékha
Hachém avait dit à Abram : "Va (vers toi)"...
méartsékha oumimmoladétékha oumibbéit
avikha él-
hors de ton pays, de ta patrie et de la maison paternelle, vers...
haaréts achér aréka : vééêssékha
léhgoï gadol
le pays que je t'indiquerai. Et Je ferai de toi une grande nation
vaavarékhékha vaaghadéla chémékha
véhéyé bérakha
et Je te bénirai, Je grandirai ton nom, et tu seras bénédiction."
Plus que jamais, dans les circonstances difficiles envers les Juifs
dans le monde entier, les questions se posent: où vivre? Ce n'est
pas seulement
- "où vivre en moindre danger?"
- mais c'est aussi : "qui être?",
- "qui oser être dans un monde hostile aux Juifs de façon
ouverte ou lancinante?",
- "vaut-il mieux s'affirmer nettement ou se camoufler dans la masse
et dans la culture environnantes?"
- "ou vaut-il mieux 'être ou ne pas être' dans le lieu
(Israël) où l'on est clairement identifié, repéré
et aussi attaqué non seulement comme individu mais aussi comme entité
de peuple?"
- "vaut-il mieux vivre sur la terre d'Israël pour affirmer et
assumer ses responsabilités ou parce qu'on y est le mieux assuré
de pouvoir y être libre?".
En un mot, "être ou ne pas être", c'est LA question.
La Torah nous répond à traveres la réponse qu'elle
nous transmet de Hachém à Avram, il y a près
de 4000 ans. (voir ici les
tableaux historiques des personnages bibliques ).
Hachém a
dit à Avram : "lékh lékha, va vers toi-même,
hors de ton pays, de ta patrie et de la maison paternelle, vers le
pays que je t'indiquerai. Et Je ferai de toi une grande nation et
Je te bénirai, Je grandirai ton nom, et tu seras bénédiction."
Il faut dépouiller cette lettre qui répond à
nos questions VITALES D'AUJOURD'HUI qu'il faut bien se poser une fois
dans une vie, si l'on veut être un homme qui décide consciemment
de soi. Car on ne peut pas tricher avec la Torah, ni la découper
aux ciseaux.
Dans Ma'hsof halavane, Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
(lien ici) nous fait comprendre le projet
global de ce verset de la Torah.
1. Le fait que Hachém dise "lékh lékha, va
vers toi-même" avant
d'indiquer d'où partir et vers où aller pour y atteindre
le maximum de la qédoucha (sainteté) divine signifie
ceci :
- Hachém indique à Avram (et à nous, son
peuple qu'il porte) qu'il est digne de ce parcours et qu'il n'a pas à
le refuser en pensant que ce programme le dépasse; car lui-même,
Avram, est fait dans la nature de ce but, dans la matière de cette
terre qui est le lieu de la présence divine.
Histoire vraie. Je connais quelqu'un, appelons-le Yéhouda
évidemment, qui est très riche et possède une fortune
sur son compte en banque qu'il ne touche jamais car il estime qu'il n'a
rien d'un riche, qu'il est un "pauvre" type et il vit de façon minable
dans son petit appartement sans allure. Vous pensez qu'il est fou,
ce Yéhouda, alors qu'à sa place vous feriez et ceci et cela...
!
C'est exactement de même pour les Juifs qui ont l'accès
facile à la terre d'Israël, à ce capital unique
dans l'histoire et parmi les peuples au point que tous veulent s'en
emparer, nous en éjecter et le revendiquer pour eux.
Aucun poste de dirigeant politique, ni de grand rabbin, ni de direction
financière, ni de possesseur de cliniques ou de parcs immobiliers,
ni de postes de professeurs, ni de dentiste, de médecin,
ni de fonction de conseiller d'Etat, ni de ni de..., n'est rien à côté de la participation
directe à cette terre par celui qui y habite ; il est
dans le palais avec droits directs d'en respirer la vie.
Vous direz d'eux : "mais ils sont fous de ne pas utiliser du tout ce capital
reçu!".
Mais oui, de générations en générations,
les grands rabbanim de Palestine peinaient à faire revenir
les rabbanim de Babylone, le prophète Ezra ne réussit
à faire rentrer au pays qu'un petite poignée de Cohen
et de Lévi, les explorateurs du désert (ces grands
princes et rabbins autour de Moché), cherchaient à dissuader
les Hébreux à qui Moché montrait clairement
la lumière de la terre sainte, etc.
Avram, lui, voyait cette lumière de loin (lisez Béréchite
22, 4), à partir de la lumière qu'il découvrait en
soi-même. Connaissez- vous cette même lumière au coeur de vous-même?
Voilà pourquoi Hachém lui dit : "va vers toi-même".
"Tu es raouï véhagoune, conforme à cela
et pertinent, mitsad atsmo, "en raison de ce que tu es toi-même" ; Hachém a
dû lui enlever ainsi tout doute (outsrakh
lé otsi mi libo).
2. Plus encore, Hachém lui
fait comprendre que, par cette similarité de nature qui constitue le peuple juif dont il est le
prototype, le père du peuple, il va atteindre à la véritable
dimension de son être, de son "âme" (de sa néchama) qui
est composée de néphéche, roua'h, néchama.
Comment ?
Cela passe par une décantation : il faut d'abord
lâcher
les prises internes de ce qui constitue la participation à
une réalité autre que cette pureté de lumière;
donc, on comprend l'expression "sors de ta terre" (méartsékha), car
celui qui vit dans un pays en absorbe automatiquement toutes
les caractéristiques de ce génie propre, il devient
par exemple un "Français juif", dont le judaïsme est
devenu la note mineure de l'être, une religion, une communauté
mais non pas "la" note dominante donnée par la terre. Ce
n'est pas mon enseignement, c'est ce que dit le Traité Kétouvote
(pages 109-110) : on absorbe le dieu de ce pays inévitablement. Le
Talmud (pas moi) est dur, il dit: "c'est comme s'il n'avait
plus Eloha le D.ieu d'Israël". Allez vérifier, c'est exactement cela qui y est enseigné.
Voilà pourquoi c'est le même mot "terre" qui est employé pour
ce que l'on doit quitter, et pour celle vers laquelle
on doit aller : on passe totalement d'une terre à l'autre, d'un génie
à l'autre, d'un dieu à Hachém. Et cela
est i-né-vi-ta-ble.
De même, se comprend, en ce sens, le mot de l'étape
suivante
: le terme de patrie (molédéte) puis celui de "la
maison de ton père" car lui avait intégré toute l'âme
de ce pays.
C'est ensuite seulement que l'on atteint à la plénitude
de la terre d'Israël dans le deuxième verset de la paracha
: vééêssékha lé goï gadol (je
ferai de toi un peuple grand) de par cette nouvelle identité noble ;
cette phase correspond au concept juif de néphéche.
Puis, Je te bénirai (vaavarékhékha), ce
qui correspond au concept juif de roua'h.
Puis, vaaghadéla chémékha, cela correspond à l'arrivée
au niveau de la néchama.
Quand ensuite il est dit : véhéyé bérakha
(et ce sera bérakha), cela veut dire que tout le programme
prévu sera alors accompli.
Cela est l'enseignement de Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
que j'ai simplement explicité.
|
Situation de la paracha
Toute la paracha est centrée
sur le parcours de Avraham avinou,
Notre Père Avraham, comme re-créateur laborieux de l'homme,
des relations entre les hommes et de la fidélité au Créateur.
N'oublions pas le plan exposé dans les deux parachiyotes précédentes
(la Création initiale et la nécessité d'améliorer
cette création devenue violente, dispersée et éloignée
de la bonté voulue par le Créateur). nous connaissons encore cela. Noa'h a commencé
la besogne, Avram-Avraham va la continuer, c'est ce que nous allons étudier.
Tout cela sera pour nous un enseignement de vie.
Dans cette dynamique, 3 instruments
jouent des fonctions essentielles
et coordonnées :
- l'effort d'aller "vers soi-même".
- l'importance d'une certaine circoncision
triple, qui comporte deux opérations
successives,
- la fonction de la terre (qui alterne
entre Canaane et Israël).
Devant l'importance de
l'enjeu, et devant les affirmations catégoriques
et les ordres impératifs sonnés à Avraham (donc à tout
Juif), le Rav Chalom Messas, dans Vé'ham hachéméche,
prend la méthode que nous avons précisée comme étant
celle de Rachi ou du Chla: se poser le maximum de questions pour éclaircir
le texte et ne pas faire d'erreur sur le message de ce premier verset
essentiel. Par exemple, dit-il:
- pourquoi le mot lékh est-il répété?
- pourquoi est-il dit dans cet ordre: terre, patrie, maison de ton père?
- pourquoi est-il dit "vers la terre que Je te montrerai" et non
pas "vers la terre d'Israël"?
- si on dit de partir vers la terre, il est évident qu'il faut
donc sortir de la maison paternelle, alors pourquoi le dire?
- pourquoi dit-il: "vers la terre dont je t'ai parlé" alors
que le verbe employé auparavant était "dire" et
non pas "parler"?
- pourquoi Hachém a t'il dit cela à Avraham plutôt qu'à tout
autre tsaddiq?
- pourquoi est-il dit que c'est pour le bien alors qu'il est évident
que Avraham le voyait ainsi? etc.
Nous voyons le sérieux mis par nos Sages pour bien comprendre
le message afin de l'appliquer ensuite.
Si nous ne savons pas répondre à ces questions, nous ne pourrons
pas gérer notre existence. Car les actes donnés envers
les Patriarches sont des enseignements pour nous les fils: "maâssé avote
simane la banim".
Pour saisir tout l'axe de la paracha, nous allons nous baser sur le commentaire
de Rabbénou
Yaâqob ben Acher, dit le Tour.
La paracha commence par le mot vayomér, "et dit"
(Hachém vers Avram va...).

C'est le premier mot, à droite, puisque l'hébreu s'écrit
et se lit de droite à gauche.

C'est l'expression (lachone) par laquelle le monde a été
créé comme il est indiqué dans le chapitre 5 des Principes
des Pères ou Pirqé avote : ba âssara maamarote nivra
haôlam, le monde a été créé par
10 "dires". Divers mots signifient en hébreu "dire" mais
les dix actes créatifs du début du monde ont été
suscités par l'utilisation du verbe amar et c'est ce même
mot qui ouvre l'ère de Avraham. Cela nous indique que toute l'histoire
d'Avraham non seulement est une ère créative mais, bien
plus, elle est de la même nature que la Création elle-même.
Avraham recrée le monde. Il faut lire ce chapitre 5 des Principes
des Pères.
Et si cet enseignement nous est donné, c'est comme exemple. Pour
nous dire que, dans notre parole, nous avons la capacité de rénover
et, pour ainsi dire, de recréer le monde. C'est la tâche de
la vie du Juif. Il y a de quoi réfléchir.
Nous apprenons aussi par là qu'il faut faire attention au choix des
mots utilisés par la Torah et les mettre en liaison avec les autres
passages où ce même mot est utilisé.
Comment se réalise ce pouvoir créatif de l'homme par
la parole ?
La paracha nous répond immédiatement par le mot qui est à gauche
sur la ligne: lékh-lékha; nous devons donc étudier
cette expression. Nous comprendons ainsi toute la paracha.
Les lettres de l'hébreu sont autant significatives dans le mot et dans la phrase
que les composant chimique d'un être. Il
y
a
dans
l'hébreu
une
force
particulière
dans
ce
mot
aux
deux
lettres lamed répétées. C'est la seule lettre qui s'étend dans toute l'horizontalité
et dans
toute la verticalité, transmettrice de l'énergie divine et créatrice.
Je le rends ici par cette sculpture du lamed qu'Anna Waisman avait
réalisée pour
la
donner à nos amis communs André et Rina Neher et cette photo elle la réalisa
pour moi personnellement,
je vous la donne à partager pour recevoir toute la force interne et
lumineuse de ce lékh lékha:

Si cela vous touche, explorez
ici quelques autres
oeuvres d'artistes de la lettre
hébraïque: Chantal
Aikhenbaum, Esther Guenassia,Joëlle Dautricourt, etc.
Le Lekh lekha est un couple, avec le semblable et le différent, chacun est
épanoui dans toutes les dimensions et il se réalise dans le réel de la
lettre kaf, horizontale et s'enfonce profondément dans les jambes et dans
la terre; le judaïsme n'est pas qu'une prière, étude, spiritualité; réfléchissez-y;
je vous laisse trouver ce que cela vous inspire personnellement et en couple.
Il y a le son venu d'En-haut et écrit dans la Torah et il y a le secret
différent pour chacun qui le reçoit selon la forme et la nature de son
être, dans une écoute douce, presque inaudible mais lumineuse et source
certaine à découvrir, que j'ai essayé de rendre ainsi:
Thèmes de la paracha
La paracha commence par la
demande de D.ieu à Avram de quitter trois points
de référence et d'appartenance, en cet ordre:
son pays, son lieu de naissance et la maison de son père. Puis
c'est l'arrivée en terre de Canaane, la proclamation du nom
de Hachém,
la famine, la descente en Egypte, l'enlèvement
de Sara et la bénédiction qui s'ensuit, le retour, la séparation
d'avec Loth, l'enlèvement de Loth, le sauvetage par Avram, les
promesses de bénédiction de D.ieu à Avram lors de
l'alliance entre les morceaux, l'annonce de l'exil puis de la possession
de la terre, la stérilité de Sara, la naissance d'Ichmaël,
le changement de nom en Avraham, la circoncision d'Avraham et d'Ichmaël,
l'annonce de la naissance d'Yits'haq.
On le voit, les thèmes sont nombreux et chaque point pourrait
être ici la base des commentaires les plus importants.
Notre étude, limitée à un seul point et à
un seul verset, va nous montrer la richesse condensée de ces textes.
Situer Avraham avec
précision dans l'histoire (aller voir cette page) Vous
allez en savoir des choses! Voyez aussi http://www.histoiredesjuifs.com/articles.php?lng=fr&pg=61
- A la fin de la paracha,
Avraham a 99 ans. Il est la 10e génération
après Noa'h, soit la 20e après Adam (et dans 6 générations,
à la 26e, ce sera Moché). Il est né en l'an 1948 de
la création.
- Avram avait 48 ans lors
de la dispersion des peuples et 58 ans à
la mort de Noa'h (commentaire de Ibn Ezra sur Béréchite 6,
9). Comme les générations qui ont suivi Noa'h ont vécu
longuement, Avram a été contemporain de Chem, fils de Noa'h
et de Ever, 4e génération depuis Noa'h, qui enseignait et
dans la yeshiva de qui son petit-fils Yaâqov étudiera pendant
14 ans (lire le Rachi sur
Béréchite
28, 9 pour comprendre ces comptes).
- Avram avait 52 ans et son épouse Sarah 42 quand ils enseignaient
autour d'eux pour essayer d'amener les hommes à découvrir
le vrai D.ieu, ce que le traité Avodah Zarah (9) considère
comme le début de l'enseignement de la Torah.
- Avraham aura 100 ans à la naissance de Yits'haq et 160 ans
à la naissance de Yaâqov.
- Il perdit sa femme Sarah à l'âge de 137 ans après
la aqêda (sacrifice de Yits'haq qui avait alors 37 ans ; voir
Rachi sur Béréchite 25, 20). Il apprend aussi alors la naissance
de Rivqa, qui deviendra l'épouse de Yits'haq (voir Rachi sur Béréchite
22, 20). Sarah a eu son fils Yits'haq à l'âge de 90 ans.
- Quand Avraham décédera à 175 ans, Yist'haq (qui
a alors 75 ans) et Yaâqov (qui a alors 15 ans) ont pu vivre et étudier
ensemble avec lui pendant 15 ans.
Les sources que je viens de
citer sont en hébreu, spécialement
dans Rachi et dans le livre Sédér Ôlam Rabbah.
Le Chla étudie avec précision
le sens de nombreux événements de cette vie, en fonction
de l'âge d'Avraham et Sarah.
Le rythme de la conquête
de la vie
Pourquoi préciser tout cela ? La question plus exacte est : "pourquoi
la Torah enseigne-t-elle tout cela ?" Pour bien nous montrer que le plan
de Hachém, celui qui est dans l'ordre des bonnes orientations
de vie, se déroule très lentement et à travers
des obstacles apparemment insurmontables ; c'est
le critère de leur
authenticité. Ce sont des défis, uniquement à
ce niveau nous pilotons notre vie pour être des hommes.
C'est le propre d'Avraham et de
ceux qui sont de sa souche, que d'être capable
de traverser avec constance et fidélité les pires barrages,
sans tenir compte des pressions externes, des bons conseils qui enchaînent
et limitent à la taille du conseilleur et de ce qu'il est parvenu
à faire dans sa propre vie, sans tenir compte des logiques apparentes
et des jugements ne reposant pas sur Hachém.
Le judaïsme n'est pas une spiritualité, c'est un parcours
de vie dans des choix concrets.
Davantage : c'est un parcours parsemé d'épreuves terribles.
Le papillon, la fleur ou l'épi ne surgissent qu'à travers
la mort du cocon, comme il est dit dans notre poème "La
nouvelle fleur".
La mitsva et la proposition de la paracha
Rappelons que il n'y a "que" trois mitsvotes dans tout le livre
de Béréchite:
1- Paracha Béréchite : fructifiez et multipliez-vous
(1, 28).
2- Paracha Lékh lékha : la circoncision, mila (17,
10). Elle sera répétée dans la paracha Tazria
(Vayiqra 12, 3).
3- Paracha Vayichlakh : ne pas manger le tendon de la cuisse
(32, 33).
Cela nous indique que ces trois
mitsvotes sont donc essentielles
dans le parcours de la re-création.
Quel est
donc le lien entre ce parcours difficile d'Avraham, condition pour recréer le monde, et la réalisation
de la circoncision (mitsva de notre paracha).
Lékh lékha et la circoncision
Le titre de la paracha "Lékh lékha" (verset 12, 1)
signifie en hébreu "va" mais, en fait, la signification véridique
et grammaticale en est "va vers toi-même, va pour
toi", comme le
souligne Rachi. Ainsi, au déplacement géographique proposé,
s'ajoute un déplacement vers une dimension personnelle.
Exposons ici ce à quoi Rachi fait allusion quand il nous éclaire
avec sa brièveté habituelle.
Il commente "Lékh lékha" par ces mots : "lahanaatékha
ou létovatékha, pour ta jouissance et pour ton bien".
Qui osera dire que la Torah est bonheur? Rachi le dit clairement.
Lisons le texte ci-dessus:
"Rachi
12 (1) Lékh Lékha (va vers toi-même). lahanaatékha
ou létovatékha, pour ta jouissance et pour ton bien.
Vécham éêssékha légoï gadol,
et là Je ferai de toi un peuple grand,
kane i atta zokhé lévanim, ici tu ne mérites
pas des enfants".
Au lieu de penser à tout ce que nous allons perdre, pensons (si
nous avons un peu de confiance dans la Torah et dans Celui qui nous y
parle car, si ce n'est pas le cas, nous pouvons alors comprendre nos choix qui
vont en sens contraire) à ce qui nous est promis sur la terre d'Israël.
Le Rambane va loin en ce sens car il dit que lorsque Avraham et Sarah
ont quitté la terre d'Israël parce qu'il y avait famine et
sont allés en Egypte, ils ont péché, ils n'ont pas
eu assez confiance et leur faute est la cause de la disperson ultérieurement
dans l'histoire. Réfléchissons.
Pour comprendre ce Rachi, il faut le mettre en liaison avec ce qui se
produit pour Moché en Chémote 34, 1 quand "Hachém dit à Moché pissal-lékha chéné lou'hote... taille pour
toi-même deux tables ". Les deux
expressions sont bâties avec le mot lékha qui semble
supplémentaire et inutile. En effet, en hébreu, il
suffirait de dire lékh, "va"; de plus, la mission donnée
concerne l'ensemble du peuple ou voire même toute l'humanité
et non pas l'individu spécifique Avram ou Moché. Il faut
donc comprendre cette anomalie.
C'est que la mission que donne D.ieu enrichit celui qui la réalise,
comme il est dit explicitement en Michlé, Proverbes 10, 22; Le
Middrache Tan'houma le commente. Des fruits de la taille de la pierre
précieuse que D.ieu a donnée à Moché pour
tailler, lui sont restés de nombreux débris qui ont suffit
à l'enrichir comme un roi.
Rachi, qui aime le Middrache Tan'houma et l'utilise constamment, accentue
encore cette lecture par son commentaire de Bamidbar 10, 2 quand
D.ieu dit à Moché: "âssé lékha chété 'hatsotsérote, fais
pour toi-même
deux trompettes". Il dit: "qu'elles sonnent devant toi comme devant un
roi" ainsi qu'il est dit en Dévarim 33, 5.
Il y a donc bien un bénéfice très individuel lié
à l'accomplissement de ce qui semble une fonction collective obligatoire.
Ainsi, le remarque le Rav Messas, monter en Israël, la Torah nous
dit que ce n'est pas une épreuve (nissayone, comme l'est
la âqéda) mais une réalisation heureuse de
l'être.
Sur cette base de l'épanouissement personnel,
on peut comprendre que l'on en vienne à une considération
la plus personnelle : la circoncision.
Il faut donc mettre cet axe central
du titre de la paracha en liaison avec la seule mitsva de cette paracha,
celle de la circoncision. Cela nous pose plusieurs questions :
- quel est ce rapport entre la démarche géographique et la
démarche vers soi-même ?
- pourquoi la démarche vers soi-même est-elle située
dans un acte de circoncision ?
- comment une réduction apparente d'une part de soi dans l'acte de circoncision
peut-elle être la condition de l'accès à tout soi-même?
Pour le comprendre il faut explorer
plusieurs dimensions de cette question
et de l'existence à la lueur du judaïsme. Le Chla analyse
longuement cet ensemble, nous le suivons ici.
De plus, le fait que cette mitsva de la circoncision soit mise en relation
avec la promesse de la possession de la terre de Canaane (Béréchite
17, 8-11) pose des questions supplémentaires:
- pourquoi la réalisation de la circoncision entraînerait-t-elle
la possession de la terre?
- pourquoi
entrainerait-t-elle la possession d'une terre occupée par
d'autres et dénommée de leur nom (Canaane)?
En nous situant d'emblée parmi
ces questions, la Torah veut nous indiquer quelles sont fondamentales (contrairement à
ce qu'en a dit l'ignorance chez les constructeurs de nouvelles religions
qui ont décidé légèrement que la circoncision
pouvait être supprimée de la Torah; de plus, la terre du Saint
béni soit-Il remise par Lui à Son peuple est l'objet également
d'une tentative continue d'arrachement aussi); nous voyons bien
que ces questions restent de la plus vive actualité, autant que
le commentaire de Rachi sur le premier verset de toute la Torah (voir
aussi
Rachi sur Béréchite 1,
1 et sur Yéhoshouâ 5, 4). Ce ne sont pas des questions de
"politique" mais d'anthropologie et de fidélité à ce
qu'est la Torah. Il importe donc de bien comprendre ces questions et ces
relations entre la terre et le corps, entre la terre et l'homme, de génération
en génération.
La terre d'Israël
selon le Chla
Le lien de la promesse de la terre avec l'illogisme apparent de la
circoncision doit nous faire comprendre que nous atteindrons la réalité
de ce problème seulement en connaissant les dynamiques divines que
la tradition nous enseigne concernant la terre d'Israël.
1. les règles divines et non humaines qui jouent dans la circoncision
jouent également pour tout ce qui concerne cette terre particulière: elle ne relève
pas, contrairement aux autres, du pouvoir des
hommes ni du génie des peuples et de leurs prétentions.
2. cette terre d'Israël
d'ici-bas, dit le Chla, est en contrepartie
de ce qui est la terre d'Israël dans le monde d'En-Haut.
3. les forces puissantes de perturbation (les qlipotes,
coquilles
qui cernent, enserrent et agressent) contrecarrent l'épanouissement
de la vie et du bonheur.
4. la fonction des Juifs est
de connaître, par la Torah, la voie
qui permettra progressivement de réduire et de vaincre ces forces
négatives entremêlées avec celles du bien dans notre
monde depuis la création.
5. la circoncision a un rôle
essentiel dans ce processus.
(Notes personnelles de précisions
importantes :
1. cette perspective juive générale sur la terre d'Israël
qui serait mue par cette dynamique constante ainsi décrite, permet
de comprendre pourquoi tant de peuples s'inquiètent constamment
de cette toute petite terre, s'en informent sans cesse et en font l'une
de leurs préoccupations essentielles;
2. le problème ne peut pas être situé seulement en
termes "d'ennemis" politiques ou de "paix" politique, car ce serait oublier la
constance séculaire du phénomène et son sens.
Et cet éclairage nous a été donné par la
Torah et nos Sages.
3. Nous, lecteurs des Sages
mais saisis par l'urgence et l'intensité
des débats de l'actualité, nous devrons donc faire un effort
de rigueur pour nous détacher de la pression des médias
et des partis politiques, pour voir tout cela que nous dit l'enseignement
de la tradition de siècles en siècles quels que soient les
différents empires et le contexte régional variable, et
ne pas faire l'inverse: partir des options actuelles de tel ou tel camp
politique pour lire l'histoire ou la Torah. C'est pour mettre en valeur
ce regard d'ensemble donné par la tradition que j'utilise le concept
d'anthropologie et non de politique.
4. le problème du lien aux autres peuples à partir de
l'autonomie juive sur sa terre s'inscrit toujours, dans cette perspective
de la tradition juive, à l'intérieur de ces conditions:
la reconnaissance du plan de D.ieu inscrit dans la Torah, un comportement
moral entre nous et envers les peuples, une vie selon la Torah, une vie
d'étude de la Torah. Ce n'est aucunement un problème qui
relèverait seulement de l'indépendance nationale, de la force
ou des accords politiques seuls).
5. Cette position de la tradition
n'est pas une conception "mystique"
ou "religieuse", mais un sens anthropologique très large, car l'usage
critique des termes de "mystique" ou "religion" est une façon de
poser le problème à l'intérieur d'une vision uniquement
politique.
La terre d'Israël
et la mila, selon le Chla
Ce modèle (lieu de sainteté environné de forces,
dans un parallélisme du bas et du haut) se réfère
à la circoncision, mila, de la manière suivante dans
la tradition juive.
Le Chla explique que, malgré sa grandeur terrestre et céleste
(ou justement à cause de cela), la terre d'Israël est environnée
et emprisonnée par ces étaux, ces qlipotes, et seul
l'acte, réalisé à la perfection, du dégagement
du prépuce par la section puis par le retournement (la péria)
de la peau restante (la orla) assure le dégagement de la
terre d'Israël de la pression négative de ces qlipotes.
| Dans
le judaïsme, cette libération ne consiste
donc pas, évidemment, en un seul dégagement administratif
et politique qui "remettrait cette terre à nous ses possesseurs
ou usagers authentiques", mais il s'agit autant d'une mise en fonction
par les Juifs du pouvoir bénéfique de cette
terre dans toute la création et de la fonction que les Juifs
ont à jouer dans cette entreprise ainsi située;
cela est le rôle noble et important des Juifs pour toutes les
nations. |
Nous comprenons maintenant que,
dans le même acte, cette circoncision
est donc triple (simultanément à trois niveaux):
- corporelle en deux phases de réalisation, jusqu'à la péria,
- circoncision du cœur,
- circoncision de désengagement géographique et politique.Ce
dégagement est au niveau de la nature des choses.
Ces trois niveaux sont indissociables.
On peut ici relire le premier commentaire
de Rachi: on comprendra maintenant pourquoi il a éprouvé la nécessité de placer
ces questions avec tous ces différents paramètres dès
le début de la Torah.
De plus, ce n'est que lorsque les
deux opérations de mila
et de péria ont été réalisées
(avec leurs conséquences morales évidentes) que
- l'homme accède au projet de la création de ressemblance avec
son créateur et qu'il émerge à l'image de D.ieu;
- Sion et Jérusalem peuvent se relier et se réaliser.
L'action politique ne suffira jamais à elle
seule.
Le Chla ajoute ailleurs, comme tous les Sages, que c'est seulement
par cette mila de tous les niveaux de l'être que l'homme
peut atteindre à la connaissance transmise par la Tora.
En conséquence, quelqu'un qui étudierait
la Torah de Hachém sans
cette opération (en tous les sens du terme) ne peut pas avoir
un accès véritable à la connaissance du Nom
qui se déploie dans toute la Torah. Les commentaires le disent
souvent sur le verset Mi Yaâlé Lanou Hachammayima ("qui montera pour nous aux cieux" Dévarim 30, 12) dont les initiales
forment le mot d'entrée mila et les lettres finales forment
le tétragramme : cela veut dire que, seulement, par la mila réalisée parfaitement, le Nom (tétragramme) peut
être connu et atteint.

Nations et peuple juif
Comme le prépuce entoure l'organe, les autres nations (positives
ou négatives) entourent cette terre et ceux qui ont à y jouer
leur fonction, de même que les montagnes d'Esaü et d'Amalec
entourent Jérusalem (voyez le psaume 118, 10 : kol goyim sévavouni,
tous les peuples m'environnent).
(Note personnelle :
- Dans cette perspective, le problème du rapport aux autres peuples
ne peut donc pas être ramené seulement à des questions
d'erreurs de persécution par dérapage de certains peuples
contre les Juifs dans l'histoire,
- La solution du problème ne peut pas se réduire à
des procédures de seule amitié dans le dialogue entre les
idéologies concurrentes, ni à des attitudes d'hostilité a
contrario.
- L'amitié et le dialogue, avec toutes les créatures qui
sont à l'image de D.ieu, vont de soi, de même que le dérékh
érets (l'attitude minimale de bonne relation humaine réciproque);
en effet, le dérékh érets a priorité
sur toute la Torah et a été créé avant la Torah. Vayiqra
rabba, 9, 3 et Tana de Bé Eliahou rabba 1 nous l'enseignent
: dérékh éréts qadma la tora.
Cette précision est capitale, car nul Juif ne pourra jamais se prévaloir
de son droit sur la terre d'Israël pour s'y comporter envers les
membres des autres peuples avec immoralité ou violence injustifiée
et, seule, la circoncision de ses middotes, c'est-à-dire
de ses attitudes intérieures et extérieures simultanément
lui donnent droit d'atteindre à la possession du lieu face aux
autres peuples. Et, même à ce moment-là, cette possession
n'a de sens que dans une certaine fonction à jouer qui est
un service envers Hachém et envers les peuples.
Si nous comprenons pas tous ces plans, dit la tradition, cette terre
nous rejettera à chaque fois; l'enseignement est clair à
travers la voix des prophètes qui ont vécu à des
époques différentes. Et l'histoire la démontré
continuellement, cela est écrit dans les analyses des prophètes,
et nous le voyons aussi depuis l'époque où il n'y a plus
de prophètes pour nous l'expliquer. Nous avons reçu assez
leur enseignement pour comprendre l'histoire présente. Avouons
que, ayant reçu de tels éclairages, nous sommes assez débiles
lorsque nous passons tant de temps à lire nos journaux et les analyses
continues d'analystes qui n'ont aucune formation historique sur ces millénaires
et sur ces niveaux.
Et si le Juif n'aime pas sa terre,
ne la voit pas avec ses dimensions divines, la mène comme toute autre terre et non pas comme le lieu
d'habitation du Créateur et comme Son sanctuaire, et ne s'y comporte
pas moralement en conséquence selon la Tora, il
devient ipso facto un gérant incapable et un usurpateur; alors,
la terre l'éjecte, les peuples revendiquent alors leur droit et
leur pouvoir et l'exercent: annulant la circoncision et la Torah (corporellement,
socialement et spirituellement), le Juif lui-même donne alors tout
le pouvoir à la couronne de qlipa qui entoure, qui fait
pression et qui menace sans cesse. Cette analyse
n'est pas celle d'un courant de la scène politique d'aujourd'hui, c'est
l'enseignement continu de la tradition, et elle prétend que la
continuité extraordinaire du peuple juif et ses persécutions
continuelles et alternances d'exil et de retour s'expliquent en ce
sens.
Différence entre la circoncision
et la destruction
La circoncision
est ainsi une limitation, certes, mais elle limite les forces externes de
destruction.
Mais il est
essentiel de comprendre que cela ne considère pas seulement
l'externe et les autres comme ce danger destructeur; l'interne et
moi-même doivent tout autant être
délimités par la circoncision.
- En effet, les pièces historiques du dossier depuis la Torah,
montrent que le Juif, qui est moteur en cette dynamique peut, de façon
répétitive, mettre en marche une pression destructrice
envers lui-même.
- Les Sages nous enseignent
aussi que "le" symptôme le plus
net de cette vie hors de la Torah est révélé par l'auto-destruction dans
le peuple qui se désintègre en sous-groupes qui ne s'écoutent
plus, ne se comprennent plus et se détestent.
Tout cela est une problématique bien repérée et
continue à l'intérieur du peuple juif; c'est bien le défi
auquel il est confronté, cette paracha nous l'enseigne.
- Les Sages disent aussi que, quand le peuple a
mis en marche le processus d'auto-destruction, il peut parfois s'arrêter, mais
d'autres fois sa violence est si grande qu'elle peut atteindre des dimensions
catastrophiques (broyant au passage le méchant ou l'innocent) comme
certains incendies de forêts quand l'intervention de redressement
n'est pas assez précoce et rapide. Il ne faut pas alors se décharger
de la responsabilité sur un soi-disant "silence de D.ieu" comme
on le fait parfois, faisant de Lui le bouc émissaire de notre manque
de pilotage de notre propre destin (je ne dis pas de notre "culpabilité"
car il ne s'agit pas seulement de droiture individuelle mais de vie collective
selon la dynamique de notre être juif). Cela comme lors qu'un avion
mal conduit entraîne la destruction de tous les passagers et non
pas seulement du pilote coupable.
- Mais il se fait, simultanément,
que les nations abusent
de la liberté qui leur est laissée de pression et de
prise éventuelle de possession et de substitution temporaire, quand
notre peuple défaille dans sa tâche. Et, de plus, Amalec,
de génération en génération, cherche à
détruire Israël et sa Torah. La question est donc très
complexe, voilà pourquoi il faut étudier ce qu'en
dit la tradition, instruite par des millénaires de situations analysées
rigoureusement, et qui sait repérer les différents facteurs,
ne pas les simplifier ni en éliminer, voir comment ils sont coordonnés.
On a raison de parler d'une intelligence juive; ce n'est pas un niveau
de QI, c'est une somme de savoir assumée collectivement et ravivée
sans cesse.
- Devant l'importance de ces
dynamiques et les périls qui en
découlent en cas de mauvais usage, tout cela devrait faire qu'Israël,
instruit en détail par l'histoire et par la bonté de son
Créateur dans la Torah reçue de Lui, soit vigilant, étudie
cette Torah de vie pour parvenir à vivre et à surmonter
tous ces obstacles et, par là, délivrer les nations elles-mêmes
de ces erreurs fatales pour tous.
Les prophètes le disent
: Hachém a créé
ainsi le monde pour nous donner le pouvoir d'exercer notre liberté vers
le bien et le bon, nous laissant la gestion des risques, mais Il
n'a pas autorisé les nations à outrepasser leur puissance
de destruction envers Israël et quand elles le font, c'est l'homme
qui nuit, ce n'est pas Hachém et la colère de Hachém se
retournera contre ces nations, et Israël ressentira alors le miracle
de la protection. Mais D.ieu ne se substitue pas à la liberté
de l'homme et notre pouvoir destructeur ou constructeur est immense. C'est
tout le génie d'Avraham d'avoir compris cela et d'avoir su le gérer
et l'enseigner à travers les pires épreuves. A partir
de soi-même.
Le commentaire du Chla exprime
cet ensemble par ce verset du Cantique des Cantiques parlant d'Israël, entourée
ainsi par les klipotes : elle est une "rose parmi les ronces" (2,
2).
Le commentaire du Cantique
des Cantiques par Rachi est dans la ligne
de cet exposé.
Toute cette base structurelle étant posée, ainsi que la
dynamique qui en découle, le Chla nous éclaire sur deux questions
que nous pourrions nous poser :
- pourquoi cette promesse de la terre est-elle si importante au Créateur?
- pourquoi le contrat assurant cette promesse doit-il se signer sur
le corps de l'homme plutôt que sur tout autre composante, morale,
par exemple?
Un lieu d'habitation
Pour répondre à ces questions, il faut comprendre que
- le but essentiel de la Création est que le Créateur
"séjourne" (nom de la Chékhina) ici avec nous
géographiquement sur la terre d'Israël comme nous le montre la description du Jardin
d'Eden où Il se promène dans le jardin avec Adam,
- et il veut également résider "en nous" (véchakhaneti
bétokham, et je résiderai parmi eux, en eux, Chémote
25, 8).
Nous comprenons alors que
la terre d'Israël aussi bien que l'homme
sont le lieu où cela se joue.
En ce qui concerne l'homme comme lieu de cette résidence
divine, la circoncision impliquera ses différentes dimensions et
dynamiques corporelles: (le Séfer habbahir 168 dit que
ses huit extrêmités ou limites (qétsavotes)
doivent être investies, motif pour lequel la circoncision a lieu
le 8° jour.
Cette résidence sera donc établie en lui par une alliance
marquée sur lui par un "signe" (tsione) qui délimite
la propriété pour ce qui va s'y vivre à l'intérieur,
et envers l'extérieur : c'est la circoncision.
Voilà pourquoi il était
important qu'Avram cherche
par des déplacements physiques du corps dans l'espace où
était le centre d'équilibre de la Création et
que, après de nombreuses pérégrinations,
- il le trouve simultanément en son corps par le tsione
(signe) de la circoncision,
- et il y consacre alors tous ses 248 membres à travers la circoncision,
lui dont le nom Avraham a le chiffre également de 248 en guématria
;
- et en ce lieu qui est géographiquement Tsione.
Cette synthèse qui consiste à rendre cohérente l'habitation
de D.ieu en l'homme dans l'espace spirituel et dans l'espace corporel,
comme le dit parfaitement le doublet de lékh lékha, est
le motif pour lequel ce peuple qui descend d'Avraham est différent
des autres, symbolise cette perfection, est entouré de la lutte
des nations et mène ces guerres avec la moralité et l'amour
dont a fait preuve Avraham.
La différence
Voilà pourquoi le lieu du corps de l'homme et le lieu géographique
sont également liés dans l'alliance, dans la "possession"
de soi-même et dans la possession de la terre, et pourquoi cette
terre et ce peuple sont différents des autres. Cet homme deviendra
l'engendreur d'un peuple (dans la mesure où les descendants accepteront
totalement les deux phases de la circoncision, au 8° jour et sur les
trois plans, corps, cœur et géographie); la descendance d'Ismaël
a refusé une partie de ces conditions car elle n'a pas accepté la péria et
ne pratique pas la circoncision au 8° jour.
Effets positifs de la délimitation
par la mila
Tout cela est si important dans la Torah que la Création elle-même
des cieux et de la terre était déjà destinée
à être liée à cette être qu'est Avraham
comme l'indique béhibaram, anagramme d'Avraham dans
le récit de la Création (2, 4). Ce sont les 5 dernières
lettres de la ligne, à droite:
Avraham remet en route
la Création parce que sa délimitation
sort le monde du tohu-bohu: D.ieu a créé le monde, ensuite
après les échecs catastrophiques de la faute d'Adam, du meurtre
de Caïn, de la confusion de la Tour de Babel et du déluge;
c'est Avraham qui "recrée" ainsi le monde dans tout son potentiel
et dans sa structure positive et qui remet en route la création;
- il n'est pas seulement un nouvel Adam,
- il est un partenaire de D.ieu dans la Création; c'est de lui
que le Créateur disait à l'avance "faisons" naâssé.
Un exemple : le respect
de la découverte dans le couple
Dans cette ligne, nous pourrions prendre, comme le fait la tradition,
toutes les formes de relation d'Avraham avec les différents humains
et nous y découvririons cette perfection du redressement de la
relation vers son niveau optimal.
Prenons un exemple dans cette paracha, celui du dialogue d'Avraham avec
son épouse qui est un exemple de délicatesse avançant
avec précaution, de respect absolu, de considération, d'autonomie
de chacun ; il lui dit :
vayomér el-Saraï ichto hiné na yadâti ki
icha yéfate mareé ate
"et il dit à Saraï sa femme: voici, je te prie, j'ai connu
que
femme belle à voir tu es".
Par la délimitation, c'est l'émergence du respect et
du "tu" dans l'histoire et dans le couple. Avraham dit avec une lente
précaution à son épouse : "ate, toi", je sais
maintenant que tu es cela "toi", "cela" qui peut se dire en hébreu
par la première et par la dernière lettre qui ensèrent
tout l'alphabet comme la circoncision : aleph-tav, "ate"; ce qui
veut dire, s'il est possible de la formuler ainsi, "avec respect je te
connais du début à la fin et je te respecte en toutes
tes dimensions et c'est cela que je choisis pour constituer le mot "ate" ("toi") que j'utiliserai désormais pour te nommer et te parler".
(Un conseil: lire L'exil de la parole, de André Neher, Seuil, Paris,
pour acquérir cette sensibilité aux mots dans la Torah).
L'humanité est loin de ce respect prononcé il
y a presque
4000 ans :
- elle n'a guère conscience de cette relation au Créateur
dans le regard sur l'autre,
- partout dans le monde, la relation de l'homme à la femme (qui
symbolise le mieux la relation à l'autre-différent) est d'une
violence, d'un mépris sarcastistique et d'usage, d'une suffisance,
d'une grossièreté, d'une utilisation et d'un sadisme sexuel,
psychologique et social qui font frémir et qui font souffrir tant
de femmes.
Le combat d'Avraham n'est
pas celui de l'avancée d'une idéologie
partisane, c'est être collaborateur avec le Créateur (en
connaissant sa science de fonctionnement positif du monde) pour faire réussir
l'homme.
Pour cela, il faut que
la terre d'Israël soit le foyer de cette
purification personnelle, de toutes les dimensions du corps et des activités
de l'homme, il faut que ce sionisme-là, celui du Tsione de
la Torah soit compris comme une marque de contrat orienté vers la
plénitude du Jardin d'Eden et de Jérusalem dont le centre
est ce Saint des Saints où se réalise le face à face
d'amour.
L'homme, comme Avraham
devrait considérer son corps avec cette
dignité, et le corps de l'autre également, sans cesse comme
les deux chérubins dans le Saint des Saints.
La terre d'Israël, vue ainsi par la tradition juive, n'est pas
une terre de refuge ni une terre comme les autres terres, à l'image
de celle des autres cultures.
Posons quelques questions pour réfléchir
dans cette perspective
:
- si le projet est si beau, pourquoi
alors le fuir ? Pourquoi s'évader
vers des modèles d'autres sociétés ? Pourquoi cette
volonté de vouloir détruire cette relation d'habitation heureuse
en soi, dans le duo fraternel ou d'amour, entre les peuples voulu par le
Créateur pour le vivre ensemble ? Pourquoi fuir le foyer d'exigence
de toute la culture juive et de son pouvoir moteur, et partir vivre ailleurs
?
Le Chla explique, 100 fois plus
fortement que notre texte, la beauté
de cette terre comme foyer, et la circoncision en relation à cette
image; il insiste avec textes du Talmud à l'appui, sur le manque
dû à l'éloignement et à l'adhésion à
d'autres terres et à leurs dieux que représentent la vie
d'ailleurs que ce qu'elle est sur ce lopin de terre d'Israël; comme
de nombreux grands Sages, le Chla a du s'enfuir avec difficulté
de sa communauté et de ses proches pour parvenir à... gagner (au
double sens magnifique) la terre d'Israël. Il y a rencontré,
comme beaucoup de ôlim les affres, les souffrances et persécutions.
Mais il était arrivé dans le sanctuaire de la vie. Là,
il a pu se mettre avec facilité à écrire ce qu'il
vivait, exprimer la cohérence des textes et de l'atmosphère.
Er il a intitulé son commentaire du lire des prières : Châr
hachamayim, le "portail du ciel" pour cela, dit-il.
Certes, il est donc normal d'y
vivre violemment la violence, les agressions de tous ordres, les blessures
qui sont le lot de cette montée,
ce que l'on appelle les yissourim.
Mais il y a une cohérence
que le Juif ne peut trouver nulle
part ailleurs, entre soi et les autres, entre l'homme et la femme,
soi et la terre, le haut et le bas, l'ici et les autres peuples, le corps
et la néchama (qui s'exprime dans les initiales de ces deux mots
gouf
-corps- et néchama -âme- qui forment le mot gane (jardin
d'Edén).
Le Juif peut désirer cette cohérence, mais il y a "Quelqu'un"
qui la désire plus que lui pour s'y délecter avec l'homme,
c'est le Créateur qui exige toujours cette terre : érets
achér Hachém eloqékha dorech ota tamid (Dévarim
11, 12).
Cette union des niveaux de l'être et des êtres sur la terre
d'Israël est exprimée aussi par l'union indissociable
de la qualité de la relation de l'homme à l'homme, et de l'homme
à la terre comme les deux mots de même racine le disent
: adam (homme) et adama (terre). Et le mot guéoula (libération finale) a aussi la même guématria.
Retour à la synthèse
du premier verset : Lékh
lékha
Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra (lumière du judaïsme
marocain qui peina pour s'extraire de sa communauté afin de gagner
la terre d'Israël et mourut à l'arrivée aux portes
comme Moché en s'y rendant, en traversant l'Egypte), montre dans Ma'hsof hallavane, commentaire
de la Torah, que la structure du premier verset de notre paracha résume
tout cela.
Il dit qu'Avraham venait enfin,
sur le tard, de découvrir toute
la beauté de la terre (d'Israël) comme lieu central, et recevait
l'appel encourageant de Dieu pour aller dans cette voie; et il doutait
de soi-même (qui ne connait cela !).
Il se voyait pétri en lui-même
d'une autre nature, sur
trois points, car:
- il était imprégné d'une terre et culture qui
sont impures en comparaison,
- il se sentait issu d'une relation intime entre les parents qui n'avait
pas toute cette richesse et pureté intérieure,
- il voyait bien qu'il sortait d'une famille qui participait à
l'adhésion et au culte des autres valeurs (avoda zara).
Alors, dit le Rav, Haqqaddoche Baroukh Hou a été contraint
d'enlever ces doutes du coeur d'Avraham, par ce premier verset
qui disait :
- va au plus profond de toi (lékh lékha),
- et tu verras que tu conviens dans ton être même (raouye
mi tsad atsmo),
- et donc aucun empêchement venant de l'extérieur ne sera
pertinent (choum meniâ mi tsad zoulato).
C'est pour cela que le verset lui
dit sur ces trois plans que rien ne
gêne sa montée:
- ni ton pays qui t'a imprégné (méartsékha),
- ni la relation de tes parents (mimoladtékha),
- ni les cultes de ce lieu (mi béite avikha).
Ôte donc de ton esprit (hassér mi libékha
ma'hchavate...) ces arguments extérieurs, et va vers toi-même. La méditation
sur cette paracha et ce dialogue interne d'Avraham envers la fine fleur
timide de son être qui veut peut-être se déployer,
m'a inspiré ce poème qui le rend mieux que mes explications
: "Timidité sanctuaire". Est-ce à lui qu'il se le dit ou à Sara
dans son respect? De même, le poème "La
nouvelle fleur", en ce même contexte de gestation des premières
parachiyotes. Et le nouveau poème: L'important,
c'est la source.
Par une démonstration technique que je ne rapporte pas ici, le
Rav montre ensuite qu'il est dépeint à Avraham comment chaque
niveau de son être sera plein de la bénédiction pour
lui et pour les autres.
Ainsi, la circoncision de l'esprit
et du coeur commençaient en
ce premier verset, par le tri et la délimitation, pour qu'il entièrement
dans le Sanctuaire et comme Sanctuaire.
Le lecteur comprendra que, pour écrire ce texte, avec l'aide de D.,
il a fallu suivre exactement la méthode indiquée: chercher
toutes les questions, placer cette loupe avec ces Sages différents,
intégrer cet enseignement, le laisser s'expanser dans les différentes
dimensions de notre être et de notre vie. Puis écrire, pour
bien préciser, pour stabiliser. Ensuite, laisser à nouveau
s'imprégner et le traduire dans l'existence.
C'est ce parcours que nous propose la Torah et que je vous propose. Cela
prend du temps. Comme la goutte d'eau tape lentement mais avec répétition
la roche la plus dure et la perce. Ribbi Aqiva l'avait compris, il commença
à étudier à 40 ans et progressa ainsi très
vite.
Bonne route.
Et Avraham et Sara le réussirent bien plus tard encore.
Lekh lékha a comme guématria 100. La paracha nous donne
le secret pour atteindre les 100 bénédictions de plénitude
dans le concret véritable.
Nul doute que cette semaine, tous les rabbins dans le monde entier
vont dévoiler ce programme enthousiasmant à leurs Juifs et les inciter à monter alors vers la terre d'Israël
comme le demande la paracha!
Lectures
- la paracha.
- les références citées dans le texte de cette
étude.
- lire lentement le commentaire de Rachi sur la paracha et réfléchir
dessus à la lueur de ces commentaires.
Mieux vaut lire peu en sensibilité et en se laissant questionner
que lire beaucoup et cérébralement.
Développement personnel
Après la compréhension du débat présenté
par le Chla à travers tout ce commentaire, faire l'effort de formuler
(par écrit, c'est mieux):
- les questions que cela pose dans la vie du Juif,
- puis les questions intérieures et personnelles posées
par ces commentaires, chaque fois en laissant le texte nous interroger
à travers notre expérience personnelle de la vie et des dimensions
touchées ici.
- échanger là-dessus, avec qui sera capable d'écouter
et de ne pas en faire un débat qui soit théorico-politique.
Développement personnel
du couple
Cette paracha nous
a donné des outils de compréhension remarquables pour la vie du couple. Non seulement Avraham nous a enseigné la nécessité d'aller avec courage vers la découverte et la réalisation de soi (et nous avons à faire
un examen de conscience rigoureux personnel sur ce point),
mais il nous a appris, aussi et surtout, à avoir la même démarche concernant le conjoint ou la conjointe. Dans mon expérience professionnelle de psychologue, je reçois de multiples "bons" couples qui ne pensent nullement à se séparer mais où une
souffrance vient du point sur lequel nous avons mieux compris dans
la paracha:
Avraham était assoiffé de découvrir qui était vraiment Sarah, et en toutes ses dimensions. Et il est parvenu à la comprendre, et à le lui dire avec le maximum d'attention. Reportez vous à ce
passage.
A nous de faire et ensemble, ce même examen de prise de conscience. Le conjoint peut nous éclairer beaucoup sur le fait que nous avons vraiment découvert et compris et satisfait ou non. Et réciproquement.
Quelques bonnes questions :
- énumérer les épreuves d'Avraham, et trouver
leur sens dans la progression.
- énumérer les épreuves de Sarah, et trouver leur
sens dans la progression.
- rechercher le sens des changements de noms d'Avraham et Sarah (ici
lien
sur le changement dans le nom).
- quelle est la peine encourue pour celui qui ne se circoncit pas,
et pourquoi.
Dimensions éducatives
de la paracha.
La troisième partie de la méthode du Chla dans l'étude
de la paracha concerne le dérékh éréts, la
voie qui nous indique le bon comportement dans les relations à
autrui. On la nomme également moussar ou morale. Il ne s'agit
pas d'un code pratique de bonne conduite mais de règles qui découlent
de la nature même de notre être, de la nature commune des humains
entre eux, et de leur relation commune au Créateur dont il sont
image.
Dans cette ligne, nous nous basons ici sur le livre Méâm
loêz. C'est une oeuvre populaire sur la Torah et d'initiation
au judaisme, publiée en 1730 à Constantinople en judéo-espagnol
par le Rav Yaâqov Couli pour ramener les juifs ignorants ou égarés
par la triste épopée de Sabbataï Tsvi. Cet ouvrage
écrit en ladino (mélange d'hébreu et d'espagnol le
plus proche de l'espagnol du 18e siècle) est d'une grande qualité
dans sa connaissance des middrachim, de la Michna, du Talmud et du Zohar
et dans sa forme pédagogique; en effet, il ne cherche pas à
écrire dans le style du genre mais il veut être compris
par tous. Il ne termina que Béréchite et une partie de Chémote mais
d'autres grands auteurs ont complété son oeuvre en
gardant son style d'écriture. Tous les Sépharades, hommes
et femmes, depuis lors avaient lu cet ouvrage. Ce n'est pas un livre simplifiant
le judaïsme mais c'est "el gran comentario biblico sefardi".
Présentons brièvement
quelques extraits.
1. Quitter ses proches quand cela est nécessaire.
Avram a 75 ans quand il quitte son père Téra'h qui en
a 145. Et à la mort de Téra'h, Yits'haq aura 35 ans. Comme
le dit la Torah, Avram a participé à ce monde d'idôlatrie
et de science, de grandeurs et d'erreurs et, pour aller vers lui-même (lékh
lékha) afin de se trouver vraiment il quitte ses parents, sa
parenté, sa patrie, sa terre et sa culture.
Mais ce n'est pas lui qui en a décidé, il en a reçu
la proposition de D.ieu. Dans les choix de vie, nous ne sommes pas seuls.
Il faut savoir dépister les confusions et les erreurs puis faire
les choix. Nos textes disent alors que celui qui ne fait pas le choix
d'aller vers la vie et reste dans la médiocrité et l'erreur
est considéré comme mort alors qu'il semble vivre, être
heureux et riche. C'est un homme sans néchama, sans âme,
c'est la définition du cadavre.
Il ne s'agit nullement de mépriser les autres, il ne s'agit
que d'aller vers le meilleur de soi.
C'est toute une éducation qui peut donner progressivement le sens
de ces distinctions, le sens de ces choix, le courage de les faire toujours,
et de les faire sans jamais mépriser les autres. Et d'interroger
toujours l'orientation de ses propres choix de vie, d'abord en fonction
de l'éclairage de la Torah.
Finalement ce choix devient même fructueux pour les autres car
des middrachim disent que Téra'h a fait téchouva.
2. La stérilité.
On remarque que Avram et Saraï étaient stériles
et dans l'incapacité biologique d'enfanter. Seulement le passage
à la terre de vie qu'est Israël leur a donné cette capacité.
Ne pas l'oublier.
3. Voir les signes.
Avram est encore entouré d'idôlatrie et pas arrivé
à l'épanouissement de son être quand il entend ce lékh lékha. Il
y va, il décide et marche
alors qu'il est encore bien loin de tout ce qu'il souhaite atteindre.
La guématria de lékh lékha est 100: à
100 ans, il recevra l'enfant espéré. Il faut savoir percevoir
les signes, y donner foi et avancer dans le noir. Le Sage est celui qui
voit le nolad, ce qui pointe.
4. Les étapes.
Avram n'est pas parvenu en un seul voyage à son but mais il lui
a fallu plusieurs fois repartir pour l'étape suivante. Il ne prenait
pas El Al pour arriver en quelques heures en Israël. Et à
quel âge ! Cela nous enseigne qu'il faut avoir cette sagesse: savoir
que l'idéal n'est pas atteint après la première étape,
continuer jusqu'à l'atteindre après avoir payé le
prix de très nombreuses fois. Si Avram n'avait pas fait cela, s'il
n'avait pas tenu en chaque étape, il n'y aurait pas reçu
les autres bénédictions, ni l'enfant, ne serait pas devenu
une grande nation, il ne serait pas devenu une bénédiction
pour les autres nations.
5. La fidélité précise.
Tout cela s'est produit parce que Avram, puis Avraham, l'a fait immédiatement
quand et comme cela lui a été dit. Pour cela le texte
emploie le mot kaachér qui signifie "quand" et "comment".
Avram n'a pas fait "à peu près" en préservant ce
qu'il fallait faire et ses autres intérêts. Ni les autres
considérations, argument toujours utilisé quand on ne fait
pas les avancées que l'on trouve saines vers l'étude, vers
la vie selon la Torah, vers la terre d'Israël, vers la vie dans la
communauté juive.
6. La solidité.
Pourquoi Avraham va-t'il cependant avec Lot qui, par de nombreux côtés,
n'est pas droit ? C'est que lorqu'un homme a réussi à vivre
dans le bien de la Torah pendant de nombreuses années, il n'a plus
la fragilité qu'il avait avant et il peut résister.
7. Sentir la
difficulté et réaliser quand même.
Le texte énumère à Avram les réalités
qu'il va devoir quitter. Cela est dur et cruel. C'est qu'il est indispensable
de ressentir ce que l'on va abandonner pour parvenir à le quitter
vraiment.
8. Les forces se renouvellent
Avraham est l'exemple de ce que dit la michna qui termine le Traité
Kiddouchine: "celui qui vit de la Torah, se revivifie sans cesse; ses forces
se renouvellent ; ses énergies surabondent à chaque fois".
Par tout cela, Avraham a su trouver "le" bouclier dont chacun a besoin
dans la vie, et continuellement. Voilà pourquoi la première
bénédiction de la âmida est intitulée:
bouclier d'Avraham, maguéne Avraham.
9.
Réussir
la transmission aux enfants et ils sont différents de nous
Pour tout cela, Avraham a mérité que sa Torah, sa forme
de vie, se transmette aux générations suivantes qui étaient
très différentes de lui et entre elles. Voilà pourquoi
on commence la âmida en disant Eloqé Avraham, Eloqé
Yits'haq, Eloqé Yaâqov. Chaque fois, la relation
avec D.ieu est différente car chaque individu est différent
et cela est affirmé et respecté ; mais chacun dans sa
différence
est reconnu comme relié effectivement à D.ieu. Il
n'y a pas d'uniformité dans le judaïsme. Que l'on arrive
aussi au respect de tous et chacun, dans sa forme différente
de relation
à D.ieu, au même D.ieu Créateur. Dont nous ne sommes
chacun qu'une parcelle d'image.
Il faudra mener son lékh lékha jusqu'à son
propre développement absolument PERSONNEL
et, en Juif, à l'image d'Avraham, il devra continuer cela
perpétuellement
d'âge en âge jusqu'à la plus longue vieillesse.
Photo de l'auteur
à l'image de ce splendide coucher de soleil
devant ma fenêtre. Encore faut-il ouvrir nos yeux sur les cadeaux
qui nous sont faits.
Toute la dynamique à laquelle s'affronte
Avraham (abandonner les écorces imparfaites qui enserrent
le meilleur du monde et se relier uniquement à ce meilleur
dans une confiance totale)
est celle qui s'exprime aussi dans la prière de Alénou
lé Chabéa'h que nous disons à la
fin de chacune des 3 prières de la journée.
Après avoir amélioré progressivement
notre niveau, nous allons rentrer dans les activités
avec leur complexité et leur violence et leur impureté
mélangée à la pureté.
Alors, nous nous enveloppons de la lumière divine comme
d'une écorce de lumière qui protège et
anéantit la force des autres écorces. Relire
la page qui est consacrée à cette prière
et que nous pourrons lire aussi dans l'axe d'Avraham dans
notre paracha. |
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