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Règles du Copyright - Traduction et commentaires par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basés sur les livres de nos Sages
 
2e Paracha - Noa'h: Noé
Béréchite (La Genèse) 7, 1 - 11, 32


 


(voir ces liens qui nous présentent l'ouverture du mois nouveau de 'Héchvane ou Maréchvane).

Découvrir ici chaque paracha de la Torah en chiffres.
Quand on aime, ça compte! Bien utile aussi pour préparer sa bar-mitsva.

 

Quel homme ou femme être ?

Des tsaddiqim: un tsaddiq (un juste) ou une tsaddéqète (une juste) 
qui choisit, persévère, fructifie et apporte discrètement la bénédiction dans un monde de violence

même si le prix à payer est très cher par l'isolement et la différence.



1er Niveau, pour tous.
Plan
  • Axe général
  • Thèmes de la paracha
  • Le commentaire de Rabbéinou Bé'hayé
  • Le concept de mithalékh bétoumo 

  • - 1e niveau, la hithalekhoute
    - 2e niveau : le début de l'état de tsaddiq
    - 3e niveau : le niveau de témimoute
  • Le tsaddiq et sa génération
  • Le tsaddiq et le juif
  • Lectures

  • Développement personnel.

    2e Niveau, uniquement pour les étudiants avancés.
    La paracha Béréchite expliquée par le Chla
    1. La base de la compréhension
    2. Le commentaire de Rachi
    3. Les problèmes posés par le commentaire de Rachi
    4. Les implications élevées de ce débat
    5. Grandeur de la femme selon le Chla

    Notre paracha a 153 versets, soit la 4e de la Torah; (et 1861 mots, soit la 11e; et 6907 lettres, soit la 13e). Elle est écrite sur 230 lignes dans le Séfer Torah.

    IMPORTANT : LA PRONONCIATION EXACTE DE LA PARACHA NOA'H
    Toutes les règles de lecture de la paracha
    Comprendre les teamim

    Entendre la paracha (Ort) 
    téâmim askénaziim

    Entendre la haftara (Ort) en Isaïe 54,1-55,5.
     

    Entendre la paracha (Alliance)
    téâmim sefaradiim

    Entendre la haftara (Alliance) 
    téâmim sefaradiim

    Situer Noa'h dans les 26 générations de Adam à Moché

    La conversion et les convertis

    IMPORTANT (rapport Juifs et non-Juifs) :
    les Bénéi Noa'h

    Commencez le cours de connaissance des règles de Rachi sur chaque paracha


     

    1er Niveau, pour tous

    Ellé tolédote Noa'h 
    Noa'h iche tsaddiq tamim haya bédorotav 
    éte haEloqim hithallékh Noa'h
    véyyoléd Noa'h chélocha vanim 
    éte Chém éte 'Ham vééte Yaféte 
     

    Ceci est la généalogie de Noa'h. 
    Noa'h fut un homme juste, irréprochable, il fut parmi ses contemporains ;
    il se conduisit selon D.ieu.
    Noa'h engendra trois fils :
    Chém, 'Ham et Yaféte.
     

    Axe général
    Nous avons vu que la paracha Béréchite nous révèle le but de la Création, la raison d'être de l'univers et de l'humanité, et le fonctionnement de l'homme qui doit en découler.
    Cela veut dire qu'il y a eu un projet divin à travers la Torah et à travers les particularités de la Torah hébraïque
    - de faire partager à l'homme non seulement la science de l'univers comme lieu d'expansion de la bénédiction divine
    - mais aussi de lui communiquer la connaissance de la vie interne de D.ieu et cela dans une relation; ce niveau est surtout exprimé par la constitution de l'homme en une unité composite masculin-féminin, à l'image du modèle créateur entre Haqqadoche baroukh Hou et la Chékhina.
    - plus encore, le Créateur a voulu inverser les rôles (ki véyakhol, si l'on peut dire) en ce qui concerne le rôle moteur de la Création : Il a remis à l'homme la puissance sur la Création. Comment ?

    Ce passage du Créateur à l'homme, étant donnée la distance de nature entre les deux partenaires, suscite nécessairement un appauvrissement de la présence divine sur terre qu'est aussi la Chékhina.
    D.ieu a remis à l'homme, par la Torah révélée, le pouvoir de corriger cet affaiblissement, cet appauvrissement. On parle alors de "tiqqoune ou réparation". (Etudier ici avec précision ce concept de tiqqoune).
    Ribbi Yaâqov Abou'hatséra fait le lien de toutes ces dimensions :

     "Béréchite guématria ké ché'hinate ouzénou...
    le mot Béréchite a la même guématria que Ché'hinate ouzénou, la Chékhina, notre force, 

    lirmoz dé îqar ha Torah vé haâvoda vé hammitsvotes...
    pour faire allusion au fait que l'essentiel de la Torah et du travail (la prière) et des mitsvotes, 

    hakol hou lé tiqqoune ha chékhina...
    tout est pour faire le tiqqoune de la Chékhina, 

    léfi ché bé khol yom va yom...
    en ce sens que chaque jour après jour 

    tsrikha biniane mé'haddash...
    la Chékhina a besoin d'être reconstruite à nouveau, 

    vé zé haddavar talouI bivéné Ysrael
    cela dépend des enfants d'israel."

    Nous allons voir comment ce programme, qui nous concerne chacun, se met en oeuvre dans la vie de Noa'h.

    Thèmes de la paracha
    Allez repérer quel verset de notre paracha traite des thèmes suivants : l'épisode de l'entrée dans l'arche de Noa'h, le déluge, les étapes de la sortie de l'arche, les ordres reçus de se multiplier sur la terre, la mise en garde contre le meurtre, l'alliance et son signe qu'est l'arc-en-ciel, l'ivresse de Noa'h, ses trois fils et leurs descendants, la tour de Bavel, la liste des générations jusqu'à Avraham à 'Harane. Il faut bien situer Noa'h dans la liste des premières générations, voici un tableau (lien ici) qui le décrit clairement. Et, ici, sa période dans l'ensemble du développement de l'histoire (lien).

    1e phase
    Dès la sortie de l'état de Jardin d'Êdén, rapidement l'humanité est devenue ce qu'elle est aujourd'hui, nous n'avons guère progressé; les techniques et les connaissances ont proliféré depuis, certes, mais leur usage est aussi brutal et meurtrier que dans l'épisode de Caïn et Avel. Pire, les techniques ont amplifié la puissance de meurtre : jamais l'humanité n'a pratiqué de tels génocides sans rien apprendre et ils continuent à un rythme qui s'accélère. 
    Nous sommes des primitifs incultes en Torah et Sagesse et armés des pires armes; les parents qui devraient éduquer les êtres fragiles que sont leurs enfants les incitent à se repaître d'émissions et de jeux électroniques de destruction des univers, de coups, de haine et de massacres ; les films et romans de meurtres, viols et autres cruautés font toujours la meilleure des recettes ; qui n'est pas drogué au spectacle des horreurs des actualités télévisées et ne se branche pas sur la radio dès l'annonce d'attentats pour entendre cinquante fois le récit tragique ou revoir sans respect les images de victimes ensanglantées; la pornographie basée sur l'esclavage des femmes est totalement officialisée comme pratique et comme spectacle dans les sociétés modernes. Il faut vraiment nous remettre en question sur tout cela. Sans parler des meurtres organisés à grande échelle sur le plan économique, le commerce des armes, des médicaments périmés ou du sang et des marchandises contaminées vers les pays du tiers-monde, violences qui assurent le niveau de vie occidental, et nous laissent complètement indifférents; de tout cela, vivent nos sociétés avancées et démocratiques qui ont le toupet scandaleux de se dire basées sur les droits de l'homme comme lumière de l'humanité. C'est l'état des lieux. 

    2e phase
    Déjà l'homme était cela : 'hamas, terme hébraïque pour la violence et, depuis lors, l'homme ne s'est pas amélioré. Cependant, dans ce contexte le judaïsme est le seul qui a gardé les archives d'un événement colossal car il est apparu "un" homme, un type d'homme dont il est dit : "Noa'h iche tsaddiq, tamim haya bédorotav, éte ha Eloqim hithallékh-Noa'h
    Noa'h fut un homme juste, un tsaddiq, intègre dans sa génération, il marchait avec D.ieu" (Béréchite 6, 9). 
     

    Nous avons là les clefs nous permettant de comprendre comment on peut arrêter cet engrenage mortifère de la violence. Il s'agit bien d'un "homme, iche", non pas encore d'un Juif. Nous devons le regarder pour découvrir le meilleur de l'homme, pour savoir que la Torah s'adresse ainsi à tous les hommes et les enseigne sur le projet divin les concernant.
    Il va de soi, aussi, que tout Juif devra être porteur de ces qualités qui sont la base commune; la Torah du Juif lui donnera encore des tâches et lumières supplémentaires.

    Il est donc très important d'étudier cette paracha. Et organisez vous pour apprendre systématiquement le vocabulaire hébraïque qui vous est donné dans ces commentaires.

    Mais ce n'est pas la langue française qui nous apprendra sur ce message ; il faut aller vers l'hébreu car le sens ne sera compris dans la Torah que par les correspondances de sens entre de nombreux versets qui utilisent les mêmes racines hébraïques des mots.

    Apprendre l'hébreu est donc indispensable pour qui veut comprendre la Torah et en vivre. Si vous ne connaissez pas l'hébreu, tout frère Juif  le connait quelque peu, vous initiera, il le peut et il le doit.

    Donc, "Noa'h fut un homme juste, intègre dans sa génération, il marchait avec D.ieu" se dit en hébreu, dans la Torah : Noa'h iche tsaddiq tamim haya bédorotav, éte ha Eloqim hithallékh-Noa'h . Apprenez par coeur cette phrase.

    La clef du message est dans chacun de ces mots, en hébreu.

    C'est ce que nous allons faire à travers le commentaire de Rabbéinou Bé'hayé et celui du Chla. (Lire ces deux liens)

    Le commentaire de Rabbénou Bé'hayé (dcd vers 1340)
    Il commence son commentaire de chaque paracha par un verset des Proverbes, Michlé.
    Il montre, chaque fois, qu'un verset de Michlé fait la synthèse de tout l'enseignement de la paracha. 
    Par cela, nous allons découvrir ce qu'est le livre des Proverbes ; il est probable que notre avis sur ce livre va changer totalement.
    Ici, c'est le verset 20, 7 : "mithalékh bétoumo tsaddiq, acheré vanav a'harav, le juste marche dans son intégrité, heureux sont ses enfants après lui". 
    L'homme n'est pas un juste, un tsaddiq, jusqu'à ce qu'il ne "marche dans la tâche de vie orientée vers Hachém".
    (Prononciation : bien doubler les deux "d" de tsaddiq).

    Le concept de mithalékh bétoumo (un homme marche dans son intégrité)
    - Cela veut dire: accomplir les mitsvotes telles qu'elles sont, avec intention, avec amour et crainte, sans orgueil, sans s'en parer, sans en rechercher des honneurs, et sans le faire savoir. Ne pas faire ainsi, c'est être un pécheur. 
    - La qualité du tsaddiq (ce que l'on appelle sa qualité, sa midda) est d'être celui qui accomplit des bonnes choses mais jusqu'au bout, calmement et silencieusement, c'est-à-dire que cet extrême est simplement de ne pas se glorifier intérieurement ou extérieurement de ses propres qualités. C'est ce que disait le verset précédent de Michlé (9, 6) :"beaucoup d'hommes sont vantés pour leur bonté, mais qui trouvera un homme intègre et fiable (iche émounim) ?".

    Ce que demandent donc la paracha de Noa'h, et le judaïsme, 

    • n'est pas seulement de bien se comporter selon la morale, 
    • ni même selon toutes les mitsvotes demandées par la Torah, 
    • mais le degré de complétude ou chalom nommé tsaddiq est de "cacher le bien accompli". 
    Donc le juste, le tsaddiq, c'est un épanouissement qui passe par trois niveaux :

    - 1e niveau, la hithalekhoute :
    D'abord, c'est être quelqu'un qui "veut aller dans toutes ses démarches avec D.ieu" (mithalékh) ; cela veut d'abord dire d'éviter la violence ('hamas) contrairement à ce que font les hommes de sa génération : c'est ainsi que se comportait Noa'h. 

    Concrètement, appliquons à nous-mêmes ces 4 points-ci : 

    • voir quelles sont les violences auxquelles se laissent prendre nos contemporains, 
    • examiner si nous nous en dispensons
    • pour marcher selon ce que demande Hachém 
    • et marcher en présence avec Lui.
    - 2e niveau : le début de l'état de tsaddiq
    Le tsaddiq est un sage cohérent qui réalise, un 'hakham lév" : non pas quelqu'un qui pense seulement, ni quelqu'un qui parle d'abord (combien de débats, de "dossiers", de conversations d'hommes entre eux, ont prétendu refaire le monde sans aucun effet sinon celui de se dispenser de deux choses : la petite action efficace, le silence qui évite la médisance). Celui qui tombe dans ce travers (chacun de nous constamment), est le personnage que nos sages appellent le évil, le sot bavard : lisez Proverbes 10, 8. 

    - 3e niveau : le niveau de témimoute
    C'est le degré d'accomplissement, l'état de tsaddiq bitemimoute

    • c'est quelqu'un qui fait l'action avec intention d'amour, de crainte du Ciel, et qui pour ce motif cache l'action réalisée. 
    • et qui essaie d'aller jusqu'au bout dans l'extension du travail de perfectionnement dans l'ensemble de ses actions : il se lie ainsi à ce qui caractérise Hachém et sa Torah qui est témima, complète et complètement pure. Lisez le premier verset du 1e psaume. Et le psaume 15 qui décrit bien toute la tâche à accomplir.
    Alors cette action de bonté 
    • portera des fruits multiples.
    • sera un exemple efficace pour les enfants qui l'apprendront et marcheront sur ces traces : lisez Proverbes 14, 26. 
    Le tsaddiq et sa génération
    Le concept de tsaddiq réfère à sa propre génération puisqu'il s'agit de réparer la violence qui s'y réalise. Cela limite aussi la figure du tsaddiq : c'est pour cela que les commentaires sur l'expression "à sa génération" remarquent qu'à la génération d'Avraham ou de Moché, Noa'h n'eût peut-être pas été à la hauteur. Mais, si l'on parvenait déjà à ne pas sombrer sous les travers de la pression ambiante de "notre" génération, quel succès.

    Nos Sages, dans la même optique en tirent une autre conclusion : "celui qui a atteint un niveau de connaissances (par exemple l'astronomie, à leur époque, ce qui correspondrait aujourd'hui à la physique ou aux mathématiques ou à l'informatique, etc) et qui ne l'utilise pas pour en faire du bien, de lui il est dit par Hachém "ils méprisent l'oeuvre de mes mains" (Isaïe 5, 12). Cela veut dire que le tsaddiq doit utiliser toutes les ressources que le Créateur lui a remis pour faire le bien. C'est l'enseignement de Ribbi Chimeône ben Pazi dans le traité Chabbate 75 a, que j'ai cité dans mon étude sur le suicide et la tradition juive (lien ici), pour expliquer combien il est nécessaire d'utiliser nos connaissances psychologiques pour aider les gens qui souffrent et que la morale ne suffit pas.

    Le tsaddiq et la tradition juive 
    1. Sur le principe général, la tradition juive a donc un programme pour rebâtir le monde à partir de l'amélioration de l'homme. Nombreux sont les Juifs qui s'engagent dans les mouvements sociaux, philosophiques, politiques, culturels et autres, car ils ont à coeur de perfectionner le monde et, le plus souvent, ils ignorent que leur propre tradition possède ces qualités et la stratégie la plus complète et la pédagogie la plus complète de la chose. Et ils ne les ont même pas étudiées.
    2. Dans la pédagogie, le programme de développement ou tiqqoune des middotes (réparation des qualités personnelles) comme dit la tradition, comporte donc des degrés progressifs de réalisation.
    3. C'est un programme qui doit avoir le projet d'aller à son terme et engager entièrement le Juif ; pour cela, nos Sages disent qu'un tsaddiq qui n'est pas complet est un tsaddiq mauvais (Bérakhote 7 a).
     
     

    En raison de l'urgence et de la nécessité d'arranger le monde qui court à sa perdition, le Créateur a choisi une petite unité d'action, un petit peuple, le peuple juif, et Il lui a donné sa formation : Sa Torah. Qui ne veut pas comprendre cette représentation historique qu'a le peuple juif de lui-même, ne peut pas comprendre ce rôle continu des Juifs dans les diverses sociétés alors qu'ils sont si peu nombreux. Nos adversaires ont raison en constatant "qu'ils sont partout"; mais c'est uniquement pour ce bien moral.

    Que le Juif se sente "religieux" ou pas, il ne parvient pas à s'éloigner de cette tâche globale d'améliorer le monde, et il peut le faire appliquer ou dériver dans des secteurs très divers de l'activité humaine ; c'est une marque anthropologique et historique de tous les Juifs. Et ce peuple continue ainsi dans cette tâche depuis des millénaires alors que la majorité des autres peuples ont disparu en tant que peuples définis selon un génie particulier.

    La tradition dit qu'il y a toujours dans l'humanité un minimum de 36 justes qui sauvent le monde aux pires moments : 36 dans le peuple juif, et 36 hors du peuple juif. Et toute personne ayant étudié, comprendra que cela réfère au grand nom de D.ieu de 72 lettres : c'est tout le projet de la Création qui doit se renouveler pour réussir, comme le disent les derniers chapitres du prophète Isaïe qui sont très présents dans les images de ce site Modia. Voyez ce lien.

    Bien plus, nos Sages disent que le Créateur est en colère quand les tsaddiqim ne jouent pas assez leur rôle en rapport avec les besoins de la génération (Chabbate 30 b). Sans eux, le monde sera livré aux mains des réchaîm, des méchants qui ne redoutent rien ; les méchants seraient aux portes de l'enfer qu'ils ne changeraient pas encore leurs actes et ils sont capables de tout utiliser pour faire le mal, même utiliser la religion (Irouvine 19 a).

    Le rôle du Juif ou du juste ou tsaddiq est si important au monde qu'il en empêche la destruction, c'est comme si par lui le monde est recréé (Yoma 38 b) ; nos textes le mettent en comparaison avec la résurrection (Pessa'him 68 a). Même le souvenir du tsaddiq est une source de bénédiction, comme on le dit en évoquant un Sage décédé : zékhér tsaddiq livrakha (Proverbes 10, 7 ; Yoma 37 a), "le souvenir du juste est bénédiction". Cela est si important à Haqqaddoche baroukh hou, et à l'existence du monde, que si un tsaddiq décède, un autre naît au même moment (Yoma 38 b). Dans combien de lignées de personnes qui aiment la Torah, ce phénomène a été remarqué très précisément dans la relation de maître à élève, jusque dans la précision des jours du calendrier hébraïque.

    Le mot tsaddiq est construit selon une forme grammaticale en "i", le hifil, qui indique "faire ou faire faire". Cela veut donc dire quelqu'un qui fait le tsédéq, la justice, l'ordre juste du monde, c'est un "juste des nations".

    Ce rôle du tsaddiq qui consiste à "réaliser" le bien, comme l'indique la forme grammaticale du mot: "faire, et l'engagement du juif dans cette mission, ont fait se développer un rôle moteur dans la vie juive : celui de grands Sages, complets en connaissances, complets en développement personnel dans la sainteté de leurs middotes, et qui ont la vocation pour un groupe important de l'entraîner dans cette mouvance ; on les nomme : Rabbéinou (notre Rav à tous), le Gaone (le très grand), le Qaddoche (le Saint), le Rabbi ( mon Maître), le Tsaddiq (le Juste), le 'Hakham (le savant et sage). Ces Sages sont rares et ils sont une lumière dans leur génération et pour toutes les générations. Ils participent ainsi à la fonction messianique globale, comme il est dit du Roi David qu'il était Machia'h. Cela n'implique pas le concept du Machia'h qui viendra propulser l'ensemble du peuple juif en son heure. De toute manière, le judaïsme ne se préoccupe pas de ces questions, ou ne devrait pas selon nos textes, pour définir qui est ou n'est pas le Machia'h, car seuls les résultats le prouvent, disent-ils. Seuls les ignorants pensent qu'un seul grand Sage possède ces qualités, celui qu'ils connaissent ou celui d'un seul mouvement, le leur; ce qu'ils font alors n'est que trouver un gourou. Ils s'imaginent aussi qu'il remplace tous les autres et de toute l'histoire, et même que sa parole remplace celle de Moché Rabbéinou lui-même, et aussi le texte de la Torah écrite et orale. C'est une pathologie bien connue dans le judaïsme qui a produit de nombreux épisodes qui se voulaient moraux mais tounent au tragiques comme leur développement le prouve ensuite, comme le christianisme ou Sabbataï Tsvi. Ce phénomène se renouvelle constamment dans la vie juive comme un risque à éviter .

    Nul ne peut prétendre sans péril à cette fonction collective grandiose qui participe des plus grands combats contre le mal, entre les rigueurs terribles de la justice divine (tsédéq) et la bonté finale (tsédaqa). Comme dit le Zohar II 180 b: quand la rigueur d'En-Haut tombe sur le tsaddiq, c'est pour la manifestation de l'amour d'Haqqaddoche baroukh Hou envers lui, et envers tout ce qu'il soutient. On comprend mieux maintenant combien être homme et combien être Juif nous mettent dans des défis très durs.Il faut le savoir, pour parvenir à maintenir le cap.

    Et, en plus, nous l'avons vu dès le début, la modestie, l'humilité sont essentielles, et là chacun est égal dans ce qu'il est vraiment face au don gratuit de la bonté de la Torah.
    Et toujours, le rôle du tsaddiq sera accompagné de la tsédaqa.


    Maintenant que vous avez bien compris l'importance de ce modèle du tsaddiq que la Torah demande à chacun d'être, il faut aller lire les psaumes pour que cela passe aussi en dialogue avec le Créateur depuis l'ensemble de notre être. Mais aussi pour étudier car les psaumes sont un lieu d'enseignement très précis et non seulement de prière ou de louange. Lisez les versets suivants:
    Psaume 5,13; Psaume 7,10 et 12; Psaume 11,3-7; Psaume 14,5; Psaume 31,19; Psaume 34,20-22; Psaume 37, 25-30; Psaume 58,11; Psaume 64,11; Psaume 72,7; Psaume 75,11; Psaume 92,13; Psaume 94,21; Psaume 112,6; Psaume 119,137; Psaume 129,4; Psaume 141,5; Psaume 145,17.
    Et voici quelques références d'expressions courantes en hébreu:

    - tsaddiq yéssod ôlam: le tsaddiq est une fondation pour le monde (Proverbes 10,25)

    - tov la tsaddiq, tov lichkéno: le bien vient vers le tsaddiq, le bien vient vers son voisin (le tsaddiq est loué parce qu'il amène la bénédiction là où il vit, ainsi du Juif dans le monde).

    - al téhi tsaddiq harbé: ne sois pas trop tsaddiq (Qohéléte 7,16). Signifie qu'il ne faut pas être trop rigoureux ni ajouter des poids à ce qui est bien. Dans le même sens: yodéâ tsaddiq néféche béhémto, il sait le tsaddiq ce qu'est la nature de son animal (Proverbes 12,10); cela indique que le tsaddiq est indulgent car il connait la nature humaine. Au contraire, le rigoureux est souvent un débutant en sagesse et qui n'a pas d'expérience.

    Le livre des Proverbes (Michlé) enseigne beaucoup sur le tsaddiq: Michlé 10,6 à 32, Michlé 11,1 8 et 30-31; Michlé 12, 10 et 13 et 26; Michlé 13, 5 et 25; Michlé 14, 19 et 32; Michlé 15, 6 et 28; Michlé 17, 15-18; Michlé 18, 5 et 10 et 17; Michlé 20, 7; Michlé 21, 12; Michlé 23, 24; Michlé 24, 15-16 et 24; Michlé 25, 26; Michlé 29, 7.


    Note sur le concept de tiqqoune

    Nous avons parlé d'un plan de tiqqoune de l'humanité et du monde. Ce concept de tiqqoune fait partie du vocabulaire de la majorité des courants du judaïsme actuellement. 
     1. dans l'hébreu courant, c'est la réparation d'un manque ou d'un défaut, qu'ils soient dans la fabrication ou dans ce qu'est devenu un objet, une  personne, une situation. 
     2. C'est la technique de réparation établie par nos Sages et qui consiste dans des programmes précis de textes à étudier, de prières à dire, à des dates ou heures particulières ou dans des circonstances précises, après avoir réalisé des actes précis de purification des intentions (par exemple, miqvé (bain de purification), tsédaqa (bienfaisance), viddouï (aveu des fautes), etc.). Ainsi,  le Tiqqoune 'hatsote qui se dit la nuit à partir de minuit. 
     3. Un tiqqoune particulier, basé également sur des textes composés par les Sages, est le corpus de textes que l'on lit pendant la  nuit de certaines fêtes comme le tiqqoune Chavouôte, le tiqqoune de la nuit de Hochaâna Rabba
      4. Le tiqqoune néchama entre dans ces cadres qui dépassent le niveau du commun. Il s'agit d'améliorer l'être, non plus seulement dans ses comportements et dans ses attitudes intérieures, mais dans la nature de son âme car il y aurait eu des accidents de parcours, soit dans les vies antérieures, soit dans le processus de purification après la mort, et l'âme aurait besoin de l'aide de prières. Les plus grands mystiques juifs parlent de cela. Mais, ici, c'est plus qu'une mise en garde qu'il faut  placer ; en effet, qui peut prétendre qu'il vit à ces niveaux de pureté, qu'il a reçu le don divin de voir et de comprendre ces  niveaux ; qui se prononce là-dessus et prétend interpréter ou donner des conseils en ce domaine est un dangereux charlatan,  hormis les seuls rares Sages reconnus comme tels par les plus grands tsaddiqim de la génération. Le judaïsme qui a une longue expérience millénaire des conduites des hommes met en garde contre les tentatives de s'égarer dans les situations extrêmes.  Les fils de Aharone ont péri dans cette voie ; le roi David pensait pouvoir aisément affronter ces voyages avec leurs épreuves et il a reçu des épreuves qu'il lui fut très difficile de supporter. Et nous n'avons pas ces niveaux. Il existe une pathologie de ces expériences, dont parle la littérature 'hassidique et le folklore concernant le "dibbouq". 
     5. Dans la conduite populaire, on parle aussi de tiqqouné chabbate (au pluriel) pour désigner la pratique de lire des ensembles de cantiques ou psaumes qui mettent en valeur la beauté du Chabbate, et qui ont été organisés par les caballistes, spécialement le Ari zal. Lien ici et ici et ici.
     6. Dans la même ligne, on désigne le tiqqoune Klali.
     7. On parle aussi de tiqqoune ha lachone quand une lettre supplémentaire apparaît et produit des anomalies dans une forme grammaticale d'un mot. Voyez l'analyse de ce phénomène par Rachi dans son commentaire de Béréchite 49, 22 et Chémote 18, 8 et Bamidbar 11, 16 et Isaïe 9, 6 et Job 32, 3. Il y a des raisons très profondes à ces anomalies, qui transmettent souvent des secrets de la Torah, ou parfois ce sont des formes qui permettent d'éviter une lecture qui porterait préjudice à la dignité de la Torah. 
     8. On parle alors de tiqqoune sofrim  comme titre du  livre qui contient toutes ces particularités dans la Torah, spécialement pour éclairer celui qui l'écrit ou la chante.
     9. Last but not least, les Tiqqouné hazzohar sont l'un des livres du Zohar qui, en 70 chapitres commentent uniquement le premier mot de la Torah et décrivent les nombreuses correspondances qui existent entre les lettres ou les versets de la Torah,  aux niveaux les plus élevés. Ce livre est écrit en araméen. 
    10. Une expression courante, qui joue sur tous ses niveaux, mais en revenant sur le plan de l'organisation sociale, c'est  le tiqqoune haôlam; c'est souvent une décision d'un Sage reconnu par la génération entière qui décide d'une mesure qui change les usages, mais justement parce que cela remet dans le bon ordre des choses. On en parle ainsi pour ce qui vient améliorer les choses dans la paix. 
    11. Enfin, tout cet ensemble s'insère dans une conception générale présente dans le judaïsme le plus authentique que le peuple juif est engagé dans un "tiqqoune" du monde où agissent des forces positives et négatives. La réparation a commencé avec les patriarches, elle s'est poursuivie sur le plan familial puis national ; il y a eu des rechutes comme les phases de destruction du Temple; il y a aussi une certitude que le processus de réparation n'échouera pas et qu'il y aura des phases propices au retour au projet divin. On trouve là le concept de téchouva (retour), celui de Machia'h qui est très complexe et est analysé avec précision à la fin du Traité Sanhédrine et par le Rambam. Il y a toujours des individus et des sectes  qui exploitent ces espérances pour abuser des personnes de qualité qui n'ont pas de formation suffisante dans le discernement. C'est tout le problème constant des faux-messies.  A la fois, la réalité du tiqqoune est authentiquement juive, et le processus est très complexe à mobiliser et à discerner. C'est cependant une des bases de la émouna (foi confiante) juive ; c'est pour cela que le Rambam l'a introduit dans ses iqarim, principes de base du judaïsme. 

     

    Lectures

    Dans la Torah et le Talmud

    Lecture attentive des versets cités dans ce commentaire-ci, et de leur commentaire de Rachi. Lien ce lien.
    Etudier Rachi sur Chémote 23, 8 ; Dévarim 4, 5 et 16, 19.

    Les poèmes du nouveau recueil "L'ami des aurores" sont une vibration qui accompagne l'étude préparatoire sur ces parachiyotes du livre Béréchite. Par exemple, dans le contexte de cette paracha Noa'h, le poème  sur la re-création douloureuse et victorieuse par l'homme devant ce programme de vie que nous indique la Torah: La fleur nouvelle. Ils sont aussi alimentés par les parcours de l'existence que je rencontre professionnellement. 

     

    Développement personnel

    Revoir le texte et faire le point personnel:

    Echanger avec des proches (couple, famille, amis) sur ces dimensions 
    de parcours de vie,
    de choix de droiture, 
    de différenciation par rapport à la masse, spécialement contre la violence et en faveur des victimes,
    de sensibilité plus grande aux misères, 
    d'engagement plus grand dans l'amélioration 
    au lieu de prendre uniquement une stratégie de carrière personnelle.

    Aller voir dans la rubrique , les concepts auxquels on est sensible pour les approfondir.

     

    Morale. La Torah est une Torah de vie. Et elle nous semonce si nous n'allons pas jusque là.


    Maintenant que tout cela est posé, nous pouvons aborder un problème: il n'est pas facile du tout d'atteindre ce niveau du tsaddiq et les erreurs sont un péril sur cette route. Il est reproché à Noa'h d'avoir cherché à bien se comporter et à survivre pour faire réussir le plan de la Création, mais sans chercher à améliorer véritablement sa génération. Nous retrouvons un peu le problème du prophète Jonas qui ne voulait pas aller améliorer les gens de Ninive et D.ieu le semonce vigoureusement pour cette erreur. Avraham, lui, le fondateur du judaïsme, cherchera à partager ses connaissances divines.
    Aujourd'hui encore, on peut tomber dans ces travers: étudier la Torah, vivre en communauté, vivre dans la crainte du Ciel et la émouna, mais ne pas s'engager envers les autres, ne pas assumer les responsabilités d'assurer la vie de notre peuple sur sa terre, prendre une partie seulement de la Torah et ne pas comprendre que Moché rabbénou devait amener le peuple vers la terre de Canaan qui sera le lieu de La Présence. On réduit alors le judaïsme à une sorte de morale, de religion spirituelle sans espace, ce n'est plus la Torah.
    En fait, on fait comme Noa'h qui s'occupait de sa sécurité, de son arche, et que le monde croule. Combien me disent: "moi je ne veux pas vivre en Israël, j'aurais peur", "je dois vous dire la vérité, je suis très bien là où je suis même s'il y a des difficultés". J'ai consacré une page dramatique à ce problème. Il est à craindre, dans leur vieillesse, que ces personnes entendront leurs enfants leur dire: "d'accord vous avez des problèmes matériels ou de santé ou de solitude, mais j'ai ma vie, alors arrangez-vous, il y a des clubs de personnes âgées et des maisons de vieux pour les gens comme vous".Déjà, étant adolescent et visitant les hospices, j'avais vu mourir en quelques semaines des personnes saines ainsi liquidées par abandon de leurs enfants.
    La paracha nous enseigne la lucidité envers notre coeur car nous avons la capacité de le fermer totalement avec la même conscience:

    (toutes photos de l'auteur)

    et, derrière cette muraille blindée, nous fignolerons notre beauté, en regardant par la lucarne les horreurs du monde.
    Nous serons bien, beaux, sécurisés et autosatisfaits, sans peurs et sans reproches. Certainement pas à l'image d'Avraham qui va vers lui-même pour découvrir l'homme tel que le Créateur l'a fait..



    C'est la philosophie de notre époque: prévoir le présent et l'avenir dans la jouissance personnelle égoïste
    et même la religion peut être prise alors comme un luxe nécessaire pour la bonne image de soi, comme une brosse à reluire.
    Et les autres crèvent.
    Pendant ce temps-là, je regorge de biens dans mon petit paradis. J'accumule, j'accumule et je ne bougerai pas de là.
    Toujours accumuler plus, avec une seule mantra: ma sécurité.



    Je ne suis pas, alors, atteint par le partage, par la tsedaqa que l'on résume à un rituel bien dosé qui ne change rien à ce système.
    Alors que la tsédaqa est le tsédéq Hachém, qui donne intensément et constamment pour que nous puissons vivre.
    Je n'oublierai jamais ce jour où je suis allé tendre la main en France pour des familles sages et de qualité mais en train de couler par les malheurs de l'existence, et que l'on m'a dit:
    "tu tombes vraiment mal, je suis en train de faire un chemin de marbre entre ma maison de campagne et ma piscine et je ne peux donc pas". C'était clair, mais souvent c'est la même chose sans la même impudence.
    Et ces gens très fortunés en Suisse qui m'ont dit, un jour où je leur demandais pour une institution de première urgence en Israël: "vous avez de la chance, vous, de pouvoir vivre en Israël, nous nous avons toutes nos affaires c'est dur, et vous êtes jeune vous pouvez vous le permettre". Je leur ai dit: "permettez-moi de vous demander votre âge"... Ils avaient 10 ans de moins que moi qui avais vendu maison et fermé cabinet de psy pour être sûr de ne pas pouvoir revenir en arrière, sachant les difficultés immenses que j'aurai à affronter ensuite en Israël pour faire vivre la famille.
    Partout, même en Israël (mais plus difficilement si on lit la Torah sur place au milieu d'un peuple qui doit survivre), on peut retomber et organiser à nouveau notre petit paradis personnel clôturé.
    En fait, dans nos richesses et notre standing, nous ne serions plus alors des humains réalisant la tâche d'hommes qui est de construire et améliorer continuellement, mais des animaux qui dormons dans notre prison parmi tous les autres animaux comme ceux de Noa'h dans l'arche.




    En fait, Noa'h était un juste dans sa génération horrible et la Torah nous enseigne que nous ne devons pas être cela, mais comme Avraham nous devons renouveler et rebâtir le monde sur l'amour ('héssed) et nous déranger et aller ailleurs pour cela jusqu'à la réussite.
    C'est cela le but de la vie et non pas de nous bâtir le paradis idéal.
    Objection: mais il est pourtant dit: "heureux ceux qui sont assis dans Ta maison"



    donc nous avons le droit au repos!
    Réponse: mais ce repos est seulement lié à la suite de la phrase: "heureux le peuple pour qui c'est ainsi". Nos Sages disent que "c'est ainsi, chékakha"
    a la guématria de Moché. Car nous n'avons pas à vivre en ce monde comme dans une revue de décoration
    pour notre seul confort, mais la beauté qui est la nôtre est celle de la Torah qui donne les clefs du monde
    et exige des Juifs qu'ils aillent selon la Torah de Moché, non pas selon la route minimale de Noa'h.
    Alors, le monde est difficile mais, intérieurement nous avons le repos de la confiance, de la émouna.

    Partout, nous avons à Jérusalem (comme cette fleur en ce moment près de chez moi) le luxe des beautés infinies de la Création qui sont des cadeaux constants dans l'espace et dans le temps. Nous savons Qui nous les donne. Oui, nous sommes immensément riches, d'une beauté sublime et nous pouvons partager car demain nous recevrons encore sans craindre de manquer.



    J'ai photographié aujourd'hui ce perroquet apeuré dans sa liberté. Il a sa beauté indéniable mais il balbutie
    les sons des autres. Noa'h en est resté à la parole minimale et n'a pas osé dire la parole sienne; or, nous avons reçu en nous la parole du "va vers toi-même" que nous dirons bientôt avec Avraham, c'est celle de la Torah. Noa'h ne la connaissait pas et, pourtant, il a réussi déjà à éviter les désastres.
    Nous, nous avons la parole de la Torah de vie, nous ne pouvons plus faire comme si nous ne la connaissions pas
    et devions vivre vissés devant nos télévisions et nos journaux qui nous inculquent les paroles des autres.
    Nous ne sommes pas des perroquets comme ils veulent nous "informer", et ne vivons pas enfermés dans l'arche.



    Ils sont nombreux ceux qui "vivent" cette aventure au milieu des tempêtes, il y a même (comme Avraham)
    beaucoup de béné Noa'h qui viennent nous rejoindre et même ceux qui décident d'amener les étincelles de la Création jusqu'à leur
    réalisation suprême (lien ici).
    Et beaucoup se réveillent aussi dans le peuple et, alors, ils viennent réanimer la flamme qui sommeillait
    là où Le Créateur a choisi de résider parmi nous. Nous ne sommes plus dans une arche en dérive.
    Mais nous sommes un peuple dont le nom est composé des lettres mêmes de Celui qui donne la vie à la Création.
    Personne ne pourra nous l'enlever, ni nous enlever Sa terre de vie.
    Nous acceptons l'association de création qu'Il nous demande de vivre avec Lui.
    Nous avons reçu une lettre d'amour de cinq livres et nous commençons à la lire.

    Je comprends la joie des enfants qui ont peint sur un mur, près de chez moi aussi, ce dessin de vie.



    Le peuple d'Israël vit: "Am Israel 'haï". L'histoire s'est développée depuis Noa'h.

    Mais nous avons chacun à refaire tout l'itinéraire dans notre propre vie. Nous ne faillirons pas.
    La paracha correspond avec le renouvellement du mois, comprenons ces incitations et ces défis (lien ici).
    Effectivement, le peuple juif a en soi une force extraordinaire: le Premier ministre de Malaysie, après Hitler, vient d'essayer de coaliser tous les pays musulmans et tous les pays pour essayer de vaincre ce pays minuscule qui parvient à tenir tête au monde. Il a bien remarqué qu'il y a un phénomène invraisemblable mais il n'a pas compris que sa force est celle de la Torah du Créateur. Et que le peuple juif a à être tsaddiq, un juste, qui est yéssod ôlam, le fondement du monde. Voici ce qu'en dit le Rav Chalom Messas dans Vé'ham hachéméche:




    Et nous devons donc essayer de vivre avec cette force (koa'h). C'est celle qui est contraire à celle de la génération perdue de Noa'h qui a de nombreux points communs avec la nôtre: violence inhumaine et sexualité pervertie.
    La Torah a sa force qui est celle de la Création: amour, pureté, fraternité puisés dans la réception de la force du Créateur dans Sa Torah et dans les 7 lois fondamentales qui gouvernent le monde. Sans cette force, rien ne peut s'améliorer, cela demande une conscience de la chose puis une détermination puis une formation continue. Nous avons tous ces instruments.


    Quand nous lisons un commentaire d'un grand Sage, nous devons savoir qu'il faut y appliquer les mêmes règles que sur un commentaire de Rachi (lien ici), c'est-à-dire comprendre ce que l'auteur avait en tête quand il a fait cette affirmation, sur quel passage il se basait, sur quel commentaire, sur quelles discussions, comprendre le problème et les références qui l'expliquent.
    Ici, me semble-t'il, le Rav Messas se base sur le commentaire suivant de Rachi dans notre paracha Noa'h:




    Lisons et traduisons:

    (
    dibbour hama'hil) éte haElohim hithalakh Noa'h. (verset commenté) "avec Elohim marchait Noa'h".
    (commentaire de Rachi) ouvéAvraham hou omer (léhallane 17,1) et au sujet d'Avraham il dit (plus loin 17,1)
    achér hitallakh léfanaï (léhallane 24,40), "qui allait devant Moi",
    Noa'h haya tsarikh saâd létomkho, Noa'h avait besoin d'un appui pour le soutenir,
    aval Avraham haya mit'hazzéq oumahallakh bétsidqo méélav, tandis que Avraham se renforçait lui-même et il avançait de par sa qualité de juste par lui-même.

    On comprend que Rachi se base sur la différence de préposition: éte pour Noa'h qui marchait "avec, en compagnie de" D.ieu tandis que Avraham marchait lifné, "devant" D.ieu. Rachi s'appuie sur deux références pour cela: dans la paracha 'Hayé Sara (lien ici), Béréchite 24,40 où Avraham dit à son serviteur Eliézer: "D.ieu devant qui j'ai marché...". Et il n'avait fait là qu'accomplir l'ordre de D.ieu qui lui avait dit en la paracha Lékh-lékha (lien ici), Béréchite 17,1: "Je suis le Tout-puissant, marche devant moi".

    Le Middrache Tan'houma dit D.ieu soutenait Noa'h de peur qu'il ne tombe dans les travers de sa génération.
    Et le Middrache Béréchite Rabba (30,10) l'explique par une image (un machal): "un roi avait un fils petit à qui il dit de marcher avec lui et qu'il soutenait, et il avait un grand fils à qui il dit de marcher devant lui. Et Avraham était de belle force".
    Vous avez maintenant toutes les bases de l'affirmation que je répète dans ce commentaire: nous ne devons pas être faiblards comme Noa'h mais nous devons être forts comme Avraham, car "nous en sommes capables". Et lisez le début du Livre de Yehoshua: il y est répété plusieurs fois, "hazaq vé émats, sois fort et courageux".
    C'est donc que nous en sommes capables. Finissons-en de nous sauver sur la planète en recherchant le prochain jardin illusoire mais affrontons la beauté et la vie de notre destin sur notre terre avec les difficultés qu'il y a car... nous en sommes capables: c'est notre Torah qui nous le dit, et Hachém ajoute, "car Je suis le Tout-puissant". Il serait surprenant que des personnes qui étudient la Torah n'accordent pas foi à ces paroles, sinon ils seraient en contradiction totale avec eux-mêmes et avec ce qu'ils enseignent, car ils seraient en contradiction avec la parole de D.ieu.

    Le fait que le verbe "marchait" soit au passé ne doit pas nous induire en erreur, c'est une forme qui indique une action continue et constante qui concerne aussi bien l'avenir. Rachi le précise immédiatement. Et on trouve de nombreux exemples de cela dans les psaumes où un futur indique également un présent continu.
    Ceci est un exemple de la façon dont il faut étudier le livre si riche du Rav Chalom Messas, zal, Vé'ham hachéméche, pour en tirer tout le jus interne de la grappe.

    Et lisez le commentaire de Rachi en français sur notre paracha Noa'h, vous venez de découvrir sa richesse. D'excellentes traduction en français existent.

     

    2e Niveau, pour les étudiants avancés

    La paracha Noa'h expliquée par le Chla haqqadoche

    Plan

    1. La base de la compréhension
    2. Le commentaire de Rachi
    3. Les problèmes posés par le commentaire de Rachi
    4. Les implications élevées de ce débat
    5. Grandeur de la femme selon le Chla
    Rabbénou Yéchaya ben Avraham Hallévi Horowitz (1560-1630) nommé, le plus souvent, "le Chla Haqqadoche", consacre tout son commentaire de cette paracha Noa'h à la mitsva de "fructifiez et multipliez-vous", pérou ourvou, dans son livre Chnéï lou’hote habbrite.

    En effet, cette mitsva dite en Béréchite 1, 28, est répétée dans cette paracha en 9, 27. (Aller lire ces versets et leur contexte et le commentaire de Béréchite).
     

    1. La base de la compréhension

    Une première discussion de base se trouve dans le traité du talmud Yévamote 65. 

    - L'auteur de la michna y fait remarquer que, seul, l'homme a l'obligation d'accomplir cette mitsva puisqu'elle est mise en relation avec l'acte de conquérir la terre et de la soumettre ("pérou ourvou ou mileou éte-haaréts vékhibechouha, remplissez la terre et dominez-la" 1, 28), tâche attribuée à l'homme dans son action conquérante. 

    - Mais Ribbi Yo'hanane ben Broqa soutient que, puisque le texte de la mitsva est précédé de Vayévarékh otam Eloqim vayomér, "Eloqim le bénit et leur dit" (1, 28), cela indique que la mitsva est impérative autant pour la femme que pour l'homme.

    - Tous sont d'accord sur le fait que c'est à la fois une bénédiction et un commandement (mitsva). C'est par la nature même de la bénédiction que les humains soient alors en fructification.

    - Le traité Sanhédrine 59 fait remarquer que ce commandement est accepté par les hommes et les femmes lors du don de la Torah car il est dit ensuite : chouvou lakhém léaholékhém, retournez à vos tentes (Dévarim 5, 27) ce qui veut dire "vers vos épouses et votre intimité conjugale et procréez".

    - Donc tous en font une mitsva (un commandement envers les Juifs pour le réaliser).
     

    2. Le commentaire de Rachi
    Rachi en 9, 7 sur la phrase :  "et vous, fructifiez et multipliez, foisonnez sur la terre et devenez-y nombreux", fait ce commentaire qui comprend plusieurs stades : 

    • léfi féchouto (selon le sens premier), harichona livérakha (la première fois, c'est une bénédiction : en 1, 28 et ici en 9, 1 à Noa'h), vékhane létsivouye (et ici, c'est un ordre : à partir du verset 9, 4) ; 
    • ouléfi middracho (et selon le middrache) léhaqiche mi chéeino ôsséq biféria ourévia léchofékh damim (pour assimiler à un meurtrier qui verse le sang celui qui ne s'adonne pas à l'activité et à la mitsva de "fructifiez et multipliez").
    Rachi éclaire ainsi le débat :
    • savoir si c'est une bénédiction éventuelle, ou si c'est un ordre ; 
    • puis il apporte un second enseignement, concernant la démonstration sur le lien de cette abstinence avec le meurtre par un procédé de démonstration dénommé éqéche, c'est-à-dire que le sens de subordination est donné par la succession simple et juxtaposée de deux sujets apparemment indépendants (Rachi dit : léhaqiche).
    Le middrache auquel Rachi fait allusion est celui de Yévamote 63 b où Ribbi Eliézér explique ainsi ce rapport du meurtre et de la non-réalisation de cette mitsva de procréation ; cela se démontre parce qu'il est d'abord dit en 9, 6 : "chofékh dam haadam baadam damo yichafékh (celui qui verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé)" et, ensuite (éqéche), il est dit : "et vous fructifiez et multipliez", en 9, 7. Vous avez là une règle importante de méthode pour lire la Torah.
     

    3. Les problèmes posés par le commentaire de Rachi
    - Un grand commentateur de Rachi, le Mizra'hi interprète ce que dit Rachi comme une évolution dans le texte : ce qui était d'abord une bénédiction devient ensuite un ordre et là il n'y a plus de rappel de la bénédiction pour que ce soit clair, en 9, 7.
    - Le Rambane indique que Rachi cite Ribbi Eliézér comme middrache de réflexion mais non pas comme une halakha qui prescrit explicitement. Ce serait simplement une incitation.
    - Le Chla a mis de l'ordre dans les textes et dans les commentateurs; c'est son art de pédagogue, capable d'aider depuis les niveaux les plus simples et préliminaires, jusqu'au sens le plus élevé qui apparait ensuite. 

    Il résume l'ensemble et ne voit pas de contradiction entre ces Sages car tous sont d'accord; mais ils insistent chacun sur un accent particulier: 
    - dès Adam, il y avait bénédiction et ordre dans ce que dit D.ieu;
    - mais, à Noah, il ne s'agit pas d'une répétition car elle enseigne, de plus, que celui qui ne procrée pas verse le sang et est un meurtrier;
    - Ribbi Yéhouda a apporté un élément supplémentaire : ce type de faute aura une pénalisation par rapport à laquelle il est donné ici un avertissement;
    - si le traité Sanhédrine a insisté sur l'ordre, il ne supprime pas pour autant la bénédiction mais il montre simplement que en 9, 7 l'ordre est encore plus explicite et va jusqu'à l'évocation de la punition.

    Tout cela nous montre ce qu'est l'étude juive et sa méthode : il ne suffit pas de dire "nous avons reçu la révélation" et d'en tirer des conclusions rapides, ou des belles tirades lyriques, il faut comprendre ce que dit le texte reçu par écrit et par la transmission orale depuis le Sinaï. Cet examen fait appel à une très grande technicité dans l'hébreu et dans les méthodes spécifiques de ce texte, sans laquelle on dirait n'importe quoi sur la Torah, on inventerait des théories et des religions sans nombre, selon les idées présentes dans l'air du temps, de Rome, de Grèce, du désert, de la philosophie, de la culture, de la politique, des mythes, de la dernière modernité. L'histoire n'est faite que de cela ; mais le peuple juif continue modestement et obstinément dans sa fidélité à la Torah de Hachém et dans son étude rigoureuse. Toujours, il fait abandonner les élucubrations étrangères par le simple retour à l'hébreu, dans la rigueur de la logique interne enseignée par les Sages, (et non pour y trouver des codes partiels qui prouveraient une théorie partielle). Il faut donc apprendre l'hébreu si on veut vivre selon la Torah.
    Le site Modia nous transmet cela avec sérieux car il vous donne les méthodes des Sages qui vous permettent d'étudier.

    4. Les implications élevées de ce débat

    Il reste qu'il se pose encore une question : pourquoi ce commandement a-t-il dû être dit deux fois, l'une à Adam et l'autre à Noa'h?
    Nous ne pouvons ici entrer dans la démonstration technique complète qui suppose de nombreux concepts élevés. Soyons brefs.
    Dans Yébamote 63, Ribbi Yaâqov dit que celui qui ne procrée pas porte atteinte à l'image de D.ieu, à Son démoute; or, nous savons que l'homme a été fait à la ressemblance de D.ieu selon deux aspects, ce que l'on traduit souvent par "à son image et à sa ressemblance": naâssé adam bétsalménou kidémouténou, "faisons l'homme à notre image, à notre ressemblance" (1, 26) ; le tsélem réfère à la sainteté de l'âme, et le démoute réfère à la sainteté du corps, dit le Chla.

    L'atteinte à ces niveaux par un meurtrier porte atteinte à l'image de D.ieu en l'homme, (qu'il tue des militants aux idées opposées,  un chef d'état, des inconnus ou des ennemis). 

    Cela est proche de l'atteinte produite par Adam en sa faute, et qui a entraîné les premiers meurtres de l'histoire, les délires de grandeur de la génération du déluge, les conflits et incompréhensions des générations de dispersion, tous ces processus qui se prolongent dans les folies des empires actuels.

    Pour commencer à redresser ce processus, il fallait un certain type d'homme. Le judaïsme le caractérise par le terme de "tsaddiq". Noa'h fut celui-là. Ce n'est pas seulement une qualité morale, cela touche aussi le corps, (comme nous venons de le dire) et est caractérisé par la mila (circoncision de l'alliance) qui est parfaitement gardée. Dans leur haut niveau en ces domaines, comme Adam, Noa'h était né circoncis.

    Cela se poursuivra de générations en générations jusqu'au Machia'h comme nous le voyons par le mot tolédote (générations, engendrements) en Béréchite 2, 4 et dans le livre de Ruth 4, 12 où la plénitude de cet homme est indiquée chaque fois par la double lettre vav.

    Mais, quand l'humanité entre dans l'arche, en état de précarité et imperfection, le mot toledote n'a qu'un seul vav.

    L'atteinte meurtrière qui touche le corps ne peut pas s'exercer contre le tsélem (ki bétsélém Eloqim âssa éte haadam 9, 7) car notre âme reste de nature divine, mais elle s'exerce au niveau du corps qui est l'autre dimension faite à l'image de D.ieu, le démoute et, à ce niveau, le meurtre et la non-procréation sont à égalité.

    Noa'h parvint à se détacher de ce processus de dégradation ambiante et à "marcher avec D.ieu" (6, 1) comme cela se faisait au Jardin d'Êdén et comme Avraham le fera (24, 40). C'est cela être un homme, un menche, comme il est dit dans les Principes des Pères ("là où il n'y a pas d'hommes, sois un homme"). Tout cela était les prémisses de ce qui deviendra le peuple juif, cette pureté de l'alliance inscrite dans la chair (des religions ayant pris des bribes du judaïsme comme le christianisme n'ont pas retenu la circoncision car elles n'ont pas compris son rôle dans ce monde en dégradation; elles ont affirmé un peu légèrement que le monde et l'homme étaient réparés, abandonnant les instruments même de réparation; le résultat tragique est connu par des siècles de crimes et d'assassinats contre le peuple de la bénédiction de D.ieu, et cet enseignement marque encore la civilisation occidentale). 

    C'est pour cette spécificité que la mitsva de procréation est liée à cette alliance et à son amélioration. Pour cela aussi, elle ne fait pas partie des 7 lois de morale imposées à toute l'humanité, et qui caractérisent l'étape des bnéi Noa'h.

    Cela éclaire l'importance que l'on peut constater de la procréation dans le judaïsme et dans les familles juives qui ont étudié.
     

    5. Grandeur de la femme selon le Chla

    Terminons, en cette partie infime de transmission des commentaires sur ces versets, par ce que dit le Chla sur le verset 31, 30 des Proverbes. Ce verset fait partie de Echéte 'hayil, ce poème chanté chaque soir de chabbat à la maison. 

    Il dit chéqér ha'héne véévél hayofi, icha yirate Hachém hi tithallal : "mensonge est la grâce et vanité est la beauté, mais une femme qui craint Hachém, elle, sera louée".

    Le middrache Yalkoute Chimeôni, sachant bien que les proverbes du roi Chélomo (Salomon) ne sont pas des adages de sagesse populaire mais des clefs de la Torah, montre que 

    - chéqér ha'héne (mensonge est la grâce) parle de Noa'h qui a les mêmes lettres que 'héne et qui n'a pas su gérer le contact avec le paradis exprimé dans l'épisode du vin ; 

    - évél ha yofi (vanité est la beauté) parle de la beauté totale d'Adam qui n'a pas tenu ses promesses par la faute et la chute; 

    - et, finalement, icha yirate Hachém hi tithallal ("une femme qui craint Hachém, elle, sera louée") réfère à Moché qui n'a pas déçu et qui a maintenu l'image idéale de l'humanité jusqu'au bout. Moché Rabbénou est donc nommé ici au féminin en cette phase où son excellence est précisée. Grandeur suprême de la femme, exemple même pour Moché. Car, en fait, toute l'humanité et Israël sont au féminin pour le Créateur, ainsi que la terre d'Israël et la Torah.

    Moché est nommé aussi par le pronom personnel "tu" au féminin en Dévarim 5, 24, quand il essaie de rendre sensible son peuple à l'amour envers Hachém, comme le développe Rachi.Et également à la fin de la Torah.
     
     

    Que cette grandeur de l'homme ne trouve d'expression plus juste pour être nommée que par l'expression de icha (femme) montre, alors que nous sommes ici dans l'essence des choses, combien est éminente la place de la femme dans le judaïsme; ceux qui le voient autrement ignorent à la fois les textes et comment les vivent dans la relation de couple ceux qui les connaissent et leur sont fidèles.Ils le font par un antisémistisme ambiant inconscient auquel ils participent. 

    La femme, elle seule, est faite selon le ratsone, appellation la plus éminente de D.ieu (ce que l'on traduit mal par "volonté").
    L'homme peut, quand même, dans les bénédictions du matin, dire qu'il "remercie de n'avoir pas été fait femme" alors que la femme "bénit d'avoir été fait selon le ratsone", puisque on doit bénir dans la privation et le mal comme dans le bien, et parce que l'homme bénit de son bonheur de découvrir que son propre complément est cet être digne de telles louanges par sa participation à ces niveaux ; et qu'il le voit et le vit. 

    La femme, consciente de sa grandeur et beauté, dans la modestie de la vérité, "bénit d'avoir été faite selon le ratsone". Admirons son excellence. Sans jalousie agressive. Et nous comprenons mieux la base de ce mépris de la femme dans la société, partout; la jalousie agressive.


     

    Lectures :

    Dans la Torah
    Lecture attentive des versets cités, de leur contexte et de Rachi.

    Dans le Talmud 
    Traité Yébamote, 60 et suivants.

    Dans la halakha
    Séfer hammitsvote 212.
    Michné Torah : Nachim, Ichoute, 15, 1-2.
    Choulk'hane Aroukh : Evéne haêzér, début.

     

    Rappel. Il n'y a "que" trois mitsvotes dans tout le livre de Béréchite

    Parachate Béréchite : fructifiez et multipliez-vous (1, 28)
    Parachte Lékh lékha : la circoncision (17, 10)
    Parachate Vayichlakh : ne pas manger le tendon de la cuisse (32, 33).

    Elles sont le fondement de toutes les autres.



    Prononciation exacte 
    Prenez le texte hébraïque du début de la paracha.
    Le problème
    Faut-il prononcer les premiers mots de la paracha, "voici les générations de Noa'h" :

    Ellé tolédote Noa'h 
    ou
    Ellé toldote Noa'h ?

    Réponse progressive
    Nous avons vu que
    1. le chéva  se prononce "é", par exemple en début de mot : mon fils se dit "béni" et non pas "bni" : le roi Salomon se dit "Chélomo" et non pas "Chlomo". On dit Chélocha vanim et non pas chlocha vanim.
    2. le chéva composé de deux points verticaux placés sous la lettre se lit e muet et ne se prononce pas quand il est en fin de syllabe composée de deux lettres à l'intérieur d'un mot. Par exemple, dans "mal" du mot malka, une reine ; on ne dit pas "maléka".
    Nous pourrions donc penser que la syllabe tol se lit "tol" dans le mot toldote.
    Erreur, car il y a des exceptions. Les voici.

    3. La première exception est celle du petit trait appelé métég ou frein, et qui vient casser les règles, comme nous l'avons vu dans la paracha chofétim (lien ici) et non pas choftim. Le petit trait placé sous la première lettre vient casser la syllabe composée des deux premières lettres et la règle générale indiquée ci-dessus en 2 est abolie. De même, dans le second mot, on dira véchotérim et non pas véchotrim.

    Exemples :
     

    Dans Echéte 'hayil, prenez le texte et vous constaterez qu'on doit dire 

    - darécha tsémér et non pas darcha tsémér...
    - hayéta  et non pas hayta...
    - zaméma sadé et non pas zamma sadé
    - tamékhou falékh et non pas tamkhou falékh
    - sadine âsséta et non pas sadine asta
    - naténa et non pas natna
    - paté'ha et non pas pat'ha


    - dans le qidouche du chabbate midi, on doit dire véchamérou... (et non pas véchamrou)

    4. La seconde exception,
    qui nous concerne ici et fait que nous devrons dire tolédote et non pas toldote,

    vient d'un autre facteur : c'est la voyelle longue qui précède le chéva.
    Expliquons. Le son "o" peut s'écrire par un point qui est une voyelle brève comme dans le mot ci-dessus "tolédote", c'est le point en haut à gauche de la lettre dalét. Ou bien le point dans le mot Noa'h.
    Il peut s'écrire aussi par ce même point qui a en dessous de lui la lettre vav, comme dans la syllabe to de tolédote. Ce "o" est une voyelle longue ou consonne intégrale. Regardez dans votre Torah.
    Ainsi, nous arrivons maintenant à la règle très importante : quand un chéva suit une voyelle longue il se prononce "é" et non pas "e" muet.  C'est le cas dans presque tous les verbes au présent.
    C'est le cas ici : le chéva (ou deux points) qui est sous le lamed de tolédote suit le "o" long de "to" et il se prononce donc "é". Et non pas "e".
    Donc il FAUT lire et dire tolédote et non pas toldote.

    Autres exemples d'erreurs fréquentes :
    - dans la répétition du modim, lors de la âmida, on doit dire yotsérénou et non pas yotsrénou.
     

    Etudier ici la page de toutes les règles de lecture


     

    TRES IMPORTANT

     

    Les Bénéi Noa'h (lire le chapitre 9 de Béréchite)

    Définition. Cette expression signifie : les fils de Noa'h. Elle désigne les descendants de Noa'h qui, bien avant le don de la Torah au Sinaï, et bien avant Avraham le père du peuple juif, vivaient dans la connaissance et le respect du Créateur et selon les lois morales qui en découlent.
    Le judaïsme, actuellement encore, tient en grand respect ce type d'humains qui, en dehors des Juifs, se définit par 7 mitsvotes ou interdits que l'on nomme lois noa'hides :
    - l'interdit de l'idôlatrie (âvoda zara),
    - l'interdit du meurtre ou verser le sang (chéfikhoute damim),
    - l'interdit du vol (guézél),
    - l'interdit du blasphème envers D.ieu et le bénir (birkate ha Chem),
    - l'interdit des incestes (guilouyé ârayote),
    - l'interdit de manger de la chair ou d'un membre de tout animal vivant (éver min ha 'haï), comme les huitres par exemple,
    - l'obligation d'un système de justice (dinim). Apprendre ce vocabulaire.

    Si l'on réfléchit bien, ces 7 mitsvotes incluent de nombreuses dimensions morales envers autrui, envers les animaux, la nature et la société. Ce sont des mitsvotes données par D.ieu et reçues et acceptées par ces hommes et pas seulement des règles générales des sociétés.
    Quelqu'un qui voudrait monter en niveau moral et selon la Torah n'a donc aucun besoin de se convertir pour être reconnu par le peuple juif comme inclus dans le plan divin de la Torah. En effet, le Traité Sanhédrine 56a indique que la connaissance du Nom de D.ieu de la Torah est explicitement donnée aux Bénéi Noa'h (Béréchite 2, 16).
    La conversion est seulement la participation totale 
    - à un peuple
    - qui a une tâche très particulière 
    - à partir d'une terre très particulière. 
    - et cet état entraîne, on ne le voit que trop, de nombreuses difficultés qu'il faut s'engager à supporter sans aucune issue de sortie, avec l'engagement total et définitif d'appliquer toutes les mitsvotes données par la Torah sous peine d'annuler ipso facto cette conversion. 
    Ce que ne se produit pas pour le Juif de naissance.
    La conversion relève donc plutôt d'une certaine forme d'être et non pas SEULEMENT de l'insertion dans la morale de la Torah ou dans l'histoire du peuple. Il va de soi que la conversion simplement par amour d'un Juif n'est pas autorisé dans le judaïsme car il ne s'agit nullement de seulement. Certes, il y a des voies de cheminement qui sont diverses mais c'est une autre question. IL FAUT LIRE ICI AVEC PRÉCISION, même les Juifs, la page sur la conversion
    http://www.modia.org/etapes-vie/vie-sociale/conversion.html

    Beaucoup de gens ignorent cet aspect du judaïsme que sont les fils de Noé, les Bénéi Noa'h. Il n'y a pas besoin de reconnaissance formulée par aucune autorité rabbinique pour l'être. Il suffit de remplir ces conditions et de ne pas appartenir à une religion qui, sous quelque forme que ce soit, comporte une dimension d'idolâtrie ou de blasphème envers le nom du Créateur donné dans la Torah, ou des représentations concrètes du divin, ou un mélange de côtés divins et humains.

    Bien plus, un Juif ne devrait transgresser sous aucune forme ces 7 mitsvotes des Bénéi Noa'h qui sont la base de l'être du tsaddiq. Cela est également très important. On parle aussi à leur sujet de guér tochav.
    On dit qu'il y a toujours au moins 36 justes de ce type qui sauvent le monde et le maintiennent dans l'existence par leur seule qualité (Traité Yoma 38b qui se base sur le dernier mot de Isaïe 30, 18 qui est lo, en Lui, et dont la guématria est 36 :
    "Pourtant Hachém ne demande qu'à vous rendre Sa faveur.
    Pourtant Il se lèvera pour  vous prendre en pitié car Hachém est un D.ieu de justice.
    Heureux ceux qui espèrent en Lui (lo = 36)!"
     
     

    Par là, on découvre aussi combien le judaïsme, conscient grandeur de la Torah  privilège et de la charge lourde d'être Juif, a une considération "divine" immense pour les non-Juifs. Et ce sont aussi souvent ces "justes des nations" qui sauvent les Juifs dans les heures de Shoa.
    Donc, le racisme n'a aucune place dans le judaïsme. 
    De plus, quand des Juifs parlent des non-Juifs sous le terme de goyim, ce terme n'a aucune connotation péjorative; ce terme veut dire "peuples, nations" et la Torah parle des Juifs eux-mêmes comme d'un goï, d'une nation (Chémote 19, 6). Un étranger non-Juif est un nokhri ou un kouti. Si un Juif utilisait le mot goï dans un sens péjoratif, il pècherait par manque de respect envers une créature faite à l'image de D.ieu.

    Pour comprendre le respect du judaïsme pour ces hommes, il faut réfléchir sur tous les textes qui parlent de Yitro, non membre du peuple, et que Moché, le si grand, prit pour conseiller, et dont il suivi les sages conseils; et cela est écrit dans la Torah. Dans cette ligne, les Juifs ont l'obligation de contribuer à ce que le monde se base sur les lois noa'hiques mais non pas à convertir au judaïsme (voir Rambam). Dans le judaïsme, il n'y a donc pas de prosélytisme ni de conquête, comme on les trouve dans le christianisme et dans l'islam. A fortiori, il n'y a pas de conquête guerrière par le sabre et le sang ou les bûchers, ni de conversion forcée comme l'ont fait d'autres religions.


    Cela étant précisé, il faut également comprendre alors ce qu'est la conversion éventuelle au judaïsme. Pour cela, se reporter à ce lien-ci.

    Exercice de révision :
    Bien connaître par coeur les noms hébraïques de tous ces types humains et leur définition précise.
    En dresser une liste pour bien la mémoriser. Faire la liste du vocabulaire de cette étude de la paracha jusqu'à le connaître.

    Lectures :
    Middrache Chir ha Chirim 4, 16.
    Avodah Zarah 8,4-6 où les tossafistes ajoutent les lois suivantes : la sorcellerie et la magie selon Dévarim 18, 10-11 ; Sanhédrine 56-60. 
    Rambam, Yad, Mélakhim 8 à 10... 
     


    Pour ceux qui, parmi vous, souhaitent améliorer leur étude de la Torah de façon systématique, voici les liens qui vous le permettront pour toute paracha, de semaine en semaine.
    Si vous persévérez pendant un an, après avoir déjà lu nos commentaires, vous franchirez une étape merveilleuse:

    - étude systématique des commentaires de la haftara (lien).Pour cela, comprendre aussi ce que sont les prophètes qui les ont écrites.
    - Selon le rite achkénaze, le chant de chaque paracha (lien) et le chant de chaque haftara (lien)
    - Selon le rite sépharade, le chant de chaque paracha (lien) et le chant de chaque haftara (lien)
    - étude des téamim, ces signes qui sont placés sur les lettres de la Torah et qui se chantent (lien).
    - connaître les maîtres sur lesquels reposent nos commentaires, et leur méthode d'étude (lien).
    - comment bien lire et bien prononcer l'hébreu de la Torah (lien).
    - pour avancer dans la lecture de la traduction de la paracha en araméen (lien).
    - pour connaître toute l'histoire du peuple juif (lien).
    - les tableaux historiques de Modia pour suivre chaque paracha (lien).
    - comment écrit-on un rouleau de la Torah (lien).
    - comment préparer sa bar-mitsvah et sa paracha (lien).
    - comment perfectionner votre hébreu (lien).
    - Découvrir ici chaque paracha de la Torah en chiffres. Quand on aime, ça compte! Bien utile aussi pour préparer sa bar-mitsva.

    Prononciation de mots particuliers dans la paracha.
    Note sur la prononciation des mots comme érets ou aréts (terre). Ce mot revient souvent dans le début de la paracha, il y a ainsi beaucoup de mots ayant le son é-é, comme 'héssed (bonté) ou éméte (vérité):

     

    Ces mots ont une voyelle brève nommée ségol se prononçant é et s'écrivant avec trois points; ils ont l'accent sur la première syllabe contrairement aux mots français accentués sur la dernière syllabe. On voit souvent la place de cet accentuation tonique par le trait marqué sous la première syllabe, ou bien au-dessus du mot dans la Torah par la place du taâm (la variation du chant) qui est sur la première syllabe. Le ségol est donc la voyelle composée de trois points placée en dessous de la consonne et prononcée "é". On dit donc Erets ou 'hEssed et j'ai indiqué le lieu de l'accent par la majuscule.
    Cette règle s'applique à de nombreux mots courants de l'hébreu en deux syllabes et comportant deux ségols ou ayant le son éé. Par exemple : rékh (chemin), léd (enfant), lékh (roi), éléf (mille), éréts (terre), néféch (personnalité), qérén (fondation), réguél (jambe), éved (esclave), érév (soir), kénes (réunion), déguel (drapeau), péssel (sculpture), kéver (tombe), chéqel (monnaie israélienne). La liste de ces mots est très longue. Si vous ne prononcez pas bien, les Israéliens vous diront tout de suite: "ah! tu es tsarfati, français" car on est dévoilé immédiatement par cette erreur de prononciation tonique! Nous avons tendance à mal prononcer en disant éréts (terre) ou Eréts Israël au lieu de Eréts Israël.

    Si on a bien compris cette règle,on parlera bien hébreu. Et on prononcera de la même manière, sur la première syllabe, les très très nombreux mots de deux syllabes ayant les sons:
    - aa comme taam (goût).
    - éa, comme séla (côte).Comme ta'h (ouverture) , dans la paracha.
    - é'ah, comme péra'h (fleur).
    - éé, comme séfer (livre).
    - oé, comme kotél (mur). Comme orékh (longueur), dans la paracha.
    - oa, comme toar (distinction). Comme Noa'h, dans la paracha.ou tsohar.
    - aé, comme mavét (mort).Comme Yafét, dans la paracha. ou aréts.
    - a-i, comme ayine (oeil). Comme chénayim (deux), dans la paracha.
    Une dernière précision: le mot éréts (terre) devient aréts dans la Torah quand il est en fin de verset ou de demi verset, ou dans le langage courant quand il est précédé de l'article défini: "la terre, ha aréts".
    Lisez maintenant, si vous le pouvez les premiers versets de la paracha en faisant bien attention à la prononciation.
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