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9e Paracha : Vayéchév
- " Il demeura"
Béréchite (La
Genèse) 37,1 - 40, 23
- Bénédiction
ou malheurs dans le monde (paracha Nitsavim)
- La mort
et son sens dans la paracha A'haré mote,
- La mort et son sens dans
la paracha Pin'has
- L'héritage
La
paracha Vayechev vous enseigne:
La clef du malheur et du bonheur.
Le sens de la fraternité juive
Le pauvre, la veuve, l'orphelin, le guér,
le converti.
Une vision belle et globale (holistique, dit-on
aujourd'hui!) à l'image de cette photo: au
milieu des ombres et lumières et espoirs,
elle nous rend la complexité et l'harmonie
douce de l'arbre d'une vie unifiée dans la
Torah. |
Photo et composition de l'auteur
L'axe de la paracha
Nous avons vu la 3e mitsva dans la paracha précédente,
il faudra attendre la paracha Bo dans le livre de Chémote,
pour arriver à la 4e mitsva.
Nous voici dans la 9e des 12 parachiyotes du livre de Béréchite.
Nous allons donc finir bientôt d'explorer les dynamiques
de base de tout le projet humain qui est le sujet de
Béréchite, "commencement".
Dans ce contexte, cette paracha nous éclaire
sur les échecs de la fraternité et sur
la situation de solitude et de pauvreté inéluctables
de celui qui choisit de vivre selon les enjeux de la Torah
: chaque Juif, et le peuple juif lui-même. Et tant
de trahisons envers ceux qui vivent selon la Torah.
Nos princes, ces géants que furent nos Pères,
ont vécu cela chacun, et la Torah nous a raconté
l'exemple mouvementé de leur vie pour que l'on
connaisse ce qu'est la vie, pour qu'on la comprenne, et
pour qu'on choisisse de vivre selon cette proposition
secrète au coeur de Dieu; c'est l'aventure juive.
Ce n'est pas de l'image édifiante pour enfants,
ni de la spiritualité, ni de la religion, c'est
un choix dur de vie.
La paracha est aussi, pour ces mêmes raisons,
un enseignement sur le meilleur de ce que nous sommes
capables de vivre et d'être: en dépît
des pièges, réussir à choisir le
meilleur, c'est ce que a réussi Yossef. C'est pour
cela que le Ari, zal, dans le Chaâr
ha cavanotes, dit que le moment le plus élevé
de la prière (la qédoucha à
haute voix de la répétition du Mousaf de
Chabbate) est au niveau de l'union de Yossef avec Hachém.
Cela doit nous encourager: nous rencontrerons tous chacun
des défits que la paracha expose, et nous avons
donc finalement la capacité de parvenir à
ne pas quitter l'union avec Hachém et
de réussir Son plan. Alors, nous réalisons
le "Ecoute Israël": notre Torah ne sera
plus des mots mais une rencontre que nous ne lacherons
plus. Certes, ce sera souvent après des
échecs. Mais on nous enseigne que cela est possible
et doit rester notre but constant. Nous répétons
4 fois par jours ce Chémâ Yisraël,
qu'il soit une réunion d'amour comme le disent
le mot qui le précède et celui qui le suit.
Et que les mots de cette étude soient entendus
avec le coeur dans une rencontre, et non pas comme une
activité parmi d'autres.
Quand Rachi
nous éclaire sur notre paracha, il n'est pas un
commentateur pour débutants qui simplifierait la
Torah comme s'il parlait pour les enfants. Il parle à
chacun avec sérieux et avec rigueur dans l'analyse,
il met toujours en évidence l'essentiel du texte
et il le formule par une expression qui touche la vie
de chacun. Regardez : le verset 37, 2 disait que
Yosséf était naâr jeune, et
Rachi commente
"vé hou naâr, ché haya ôssé
maâssé naâroute
c'est-à-dire qu'il faisait toutes les choses que
font les jeunes,
métaqqén bisséâro mémachméche
béêinav, kédé ché niyé
yafé
il s'arrangeait les cheveux, soignait ses yeux pour paraître
beau" !
En cela, nos lecteurs comprennent que c'est Rachi notre
maître et modèle dans l'écriture et
dans la pédagogie : par sa rigueur, lumière,
chaleur, sens de l'existence, relation et vibration.
Donc, il dit ceci sur le premier verset
:
"Yaâqov raa kol haaloufim hakkétouvim
lémaâla, tama vé amar mi yakhol likhboche
éte koulam ?
Yaâqov, voyant tous les princes énumérés
plus haut (dans les versets de la fin de la paracha précédente),
il se demande avec stupeur qui pourra en venir à
bout".
En une seule question angoissante sur la
réalité, Rachi nous éclaire toute
la paracha, et il nous implique : n'est-ce pas ce que
chaque Juif se dit maintenant de notre situation en Israël-terre,
en Israël-peuple et individu, en Israël-face
à l'immensité de la Tora ou face à
tous les défis de l'existence ?
Thèmes de la paracha
• Voici l'histoire de la descendance
de Yaâqov : Yosséf.
• Le rêve de Yosséf, le récit
de son rêve fait exploser la jalousie de ses frères
envers la beauté de ce qu'il prévoit et
face à l'avenir auquel il est destiné. Leur
trahison fraternelle quand ils le vendent aux étrangers.
• La faute de Onane qui ne voulait pas
procréer, à l'intérieur même
de sa relation à la femme.
• Le courage de Tamar pour réussir
à parvenir, à tous prix, à avoir
un enfant.
• La montée de Yosséf et
la trahison envers lui de la femme de Putifar.
• La chute de Yosséf en prison,
où il continue à voir la vérité
des rêves et à l'utiliser pour aider.
• Yosséf est oublié dans
la solitude de la prison par la trahison de ses voisins
de prison.
Beaucoup de difficultés, beaucoup
de trahisons envers lui et de situations apparemment bouchées,
le tout résumé dans les thèmes et
dans le mot "guér" qui est dans le premier
verset :
"vayéchév Yaâqov bééréts
mégouré aviv bérétskénaâne
Il demeura Yaâqov dans la terre des pérégrinations
de son père, dans la terre de Canaâne".
De plus,
"kol maqom chénéémar vayéchév
eino élla lechone tsaâr
tout endroit où il est écrit vayéchév
n'est qu'une situation d'angoisse" (comme dans Béréchite
37, 25 ; Chémote 32, 6 etc).
C'est ce que nous allons étudier.
(Lire maintenant
la paracha, pour bien repérer ces séquences
et cet axe, afin de bien saisir les commentaires suivants).
Quelques questions pour vérifier
si nous avons lu la paracha avec précision :
• A quel âge commence l'aventure de Yosséf
?
• Que racontait Yosséf à son père
?
• Combien de rêves Yosséf a-t-il rapporté
aux siens, et lesquels ?
• Quel est le nom du frère qui a voulu sauver Yosséf
?
• Quel a été le refus de Yaâqov
?
• Comment naquit Paréts ?
• Qu'a pris la femme de Putifar pour accuser Yosséf
?
• Quels sont les rêves de l'échanson
et du panetier ?
• Quelle fut l'interprétation de Yosséf
?
• Que tirez-vous des versets 40, 14 et 40, 23 ?
Le sens de la paracha selon le Chla
Le Chla ha qadoche (lien
ici) fait remarquer que nous arrivons à trois
parachiyotes qui nous décrivent les relations de
Joseph et de ses frères.
Abordons le sens de la fratrie dans le judaïsme,
le sens de la fragilité comme l'a vécue
Joseph.
La fratrie à deux niveaux
Les fils d'Israël sont présentés comme
les fondements des tribus et comme une entité
dont on nous décrit les attitudes et les caractéristiques.
Ces deux points veulent nous montrer que le peuple d'Israël
est un être vivant qui forme une seule
unité que l'on appelle néféche,
"personne", au singulier comme dans le verset de
Béréchite 46, 26 , ou "adam, l'Homme véritable".
Quand on parle de Adam dans la Torah, il s'agit souvent
d'Israël.
Comme un corps, Israël est divers mais un
; et chacun des membres différents est indispensable
justement par sa diversité, mais aussi par les
différences dans les niveaux apparents de dignité,
comme dans le corps.
Cela n'est pas une image éducative et noble, mais
une réalité essentielle. Dans la Torah,
cet ensemble terrestre nommé Adam est à
l'image de l'homme d'En-haut, l'Adam effectif que l'on
nomme aussi le char ou la merkava et dont les principales
composantes sont Avraham, Yits'haq et Yaâqov-Israël
ainsi que David.
De multiples symboles numériques expriment la complexité
de cet Adam :
- les lettres du mot Adam sont un notaricone composé
des initiales de Adam, David et Machia'h.
- les 4 bases du char dont nous venons de parler, Avraham,
Yits'haq et Yaâqov-Israël ainsi que David.
- les 12 composantes des tribus, correspondent aussi à
douze noms de D.ieu.
- les 248 membres du corps qui sont sanctifiés
par chacune des 248 mitsvotes dites positives : "fais".
Notre unité et celle de D.ieu
Cette unité de notre peuple est à l'image
de l'Unité de D.ieu, et c'est pour cela que Israël
et l'unité de D.ieu sont cités ensemble
dans le verset de
Chémâ Yisrael, Hachém Eloqénou,
Hachém E'had,
"Écoute Israël, Hachém notre D.ieu,
Hachém est Un" (Dévarim 4, 6).
De plus, dans le mot E'had dont les lettres valent
numériquement 1-8-4,
le 1 correspond à Yaâcov le père,
le 8 correspond aux 8 enfants des épouses (Léa
et Ra'hel), et le 4 correspond aux 4 enfants des servantes
Zilpah et Bilhah. Beaucoup ignorent ces dimensions féminines
du judaïsme, de même qu'ils ignorent que le
nom ISRAEL est composé à égalité
et en unité des lettres initiales de Matriarches
et des Patriarches :
I ou lettre youd de Its'haq et Yaâqov, S
ou chine de Sarah, R ou réich de
Ra'hel et Rivqa, A ou aleph de Avraham, L ou lamed
de Léa. Tout cela est à méditer pour
en comprendre le sens en soi et dans notre existence.
Cette unité est si forte que le mot hébraïque
barzel, métal, revient souvent dans les
textes en exprimant cette force de l'unité
dure comme le métal , car le mot barzel
est formé des initiales des 4 mères des
12 tribus : Bilha-Ra'hel-Zilpa-Léa.
Cette question atteint sa plus grande intensité
dans la prière de Min'ha du Chabbate où
l'on dit : Atta é'had, Toi Tu es UN.
Application concrète
C'est la dignité du peuple d'Israël que d'être
ainsi à l'Image de l'Unité de D.ieu, justement
dans sa diversité. Vous comprenez maintenant pourquoi
sur le site Modia, il est tant insisté sur la
connaissance (lien ici) des communautés différentes
('Hassidim, Ethiopiens, Babyloniens, Askénazes,
Séfarades, Iraniens, etc., noms juifs, coutumes,
chants différents de la Torah selon les communautés
(lien
ici), etc. Ce n'est pas du folklore, c'est une
nécessité et c'est la seule réalité
car elle seule manifeste l'homme véritable.
Seulement alors, par cette diversité connue
et aimée et ainsi rassemblée dans l'amour,
le peuple est à l'Image de D.ieu.
Concrètement, c'est donc une erreur grave que de
ne pas apprécier, connaître les différentes
communautés, de vouloir imposer un rite de prière
unifié dans l'éducation ou dans les collectivités
au profit d'une seule tendance, ou de penser que notre
spiritualité particulière dans le judaïsme
est la nouvelle vérité, le nouveau testament
interne qui peut rassembler et éclipser tous les
autres. C'est exactement comme si dans le corps on supprimait
l'estomac pour le remplacer par un autre membre ; le corps
mourrait immédiatement ; il en est ainsi d'Israël.
Le Ari ha qadoche, zal, commence tout son traité
des prières (Péri Ets 'Hayim) par
cette revendication des particularismes comme condition
de la vie du corps complet d'Israël. Il faut
bien comprendre que cela est seulement une étape
: le bon fonctionnement de chacun assure la santé
de l'ensemble comme dans le corps. Ce qui l'exprime au
mieux, c'est le fait que le Nom de D.ieu était
inscrit ainsi dans le camp d'Israël dans le désert
: une lettre sur chaque drapeau des 12 tribus et le Nom
était complet seulement si chacun était
pris en considération.
La particularité de Joseph
Dans cet ensemble, Joseph est particulier. Il est la pleine
révélation et continuation de la plénitude
de Yaâqov. C'est pour cela qu'il est dit : tolédote
Yaâqov Yossef, engendrements de Yaâqov,
Yossef. Cette plénitude est encore exprimée
dans le texte qui veut spécifier qu'il avait 17
ans, ce qui est la guématria de tov, bon.
Beaucoup d'autres termes l'indiquent aussi, que nous ne
pouvons pas développer ici comme le titre de naâr,
jeune, qui est un grand éloge (voyez Proverbes
22,6).
La faute des frères, cause des
catastrophes lointaines
Il est clair que la vente de Yossef par ses frères,
qui étaient de grands Sages, est là pour
nous enseigner combien nous devons être mis en garde
contre le mal puisque cela s'est produit chez les plus
grands. A fortiori, nous les petits et les faibles, nous
devons être vigilants sur ce que nous sommes capables
de commettre entre frères; cette horreur est constante.
La punition a été terrible, en vertu du
verset de Chémote 21, 16 :
"Celui qui aura enlevé un homme et l'aura vendu,
si on l'a pris sur le fait, sera mis à mort".
L'application de ce verset n'est arrivée à
son terme que sous la domination romaine : 10 frères
de Yossef ont été coupables et les Romains
tueront avec une cruauté sans nom les 10 plus grands
Sages de l'époque, les assara harougué
malkhoute, les dix assassinés du Roi.
Parmi eux, nos textes disent que Ribbi Yéhouda
ben Baba fut transpercé de 300 flèches,
et cela fait allusion à la guématria de
300 qui est celle du mot "ils complotèrent", vayitnaqélou,
dans le verset de Béréchite 37, 18 : "ils
l'aperçurent de loin et avant qu'il fut près
d'eux, ils complotèrent de le faire mourir".
Cet exemple terrible des conséquences de la haine
fraternelle et du lachone ha râ, la médisance,
est rappelé constamment pour nous mettre en garde
envers nos actions :
ce sont alors des innocents et des saints qui payent lourdement
nos fautes très loin de nous, selon notre tradition.
Souvent nos Sages attirent notre attention sur les catastrophes
nationales incompréhensibles pour les interpréter
en ce sens : leur source est dans la haine fraternelle
et le lachone ha ra.
Autre approche
Souvent, le sens est indiqué par la mitsva (mais,
cette fois, il n'y en n'a pas) ou par le premier verset.
C'est le motif pour lequel la paracha est dénommée,
le plus souvent, par un ou deux mots du premier verset.
Mais il nous faut la transmission de la tradition pour
comprendre cette allusion.
Nous allons choisir cette fois de rapporter
intégralement le commentaire de Rabbénou
Bé'hayé (lien
ici) pour découvrir la méthode particulière
de ce Sage dont nous utilisons souvent les enseignements.
Il ouvre son commentaire de toute la paracha par une introduction
qui permet de bien comprendre les mots précis du
premier verset qui donne tout l'axe d'ensemble.
Il trouve cet axe dans la sagesse du roi Salomon (Chélomo
hammélékh). En effet, ses Proverbes
ne sont pas une encyclopédie de dictons moraux
mais un recueil mnémotechnique des clefs de toute
la Torah et de l'existence en même temps. C'est
donc un trésor que la tradition peut nous expliquer.
Je donne ci-dessous la traduction intégrale
de ce commentaire de Rabbénou Bé'hayé
(simplement, je fournis les références détaillées
et les versets que son texte ne précise pas car
il imagine que tout le monde connait par coeur l'ensemble
de la Bible ! Ces références sont présentes
dans la remarquable édition du Mossad HaRav Kook.
Le commentaire intégral de Rabbénou
Bé'hayé
"Al-tighzal-dal ki dal-hou
véal-tédaké âni vachaâr.
Ne vole pas le faible parce qu'il est sans défense,
n'écrase pas le pauvre à la porte.
ki-Hachém yariv rivam
véqavâ éte-qovéhém
naféche.
Car Hachém prend en mains leurs combats,
et ceux qui leur infligent des vexations, il les traite
radicalement" (Proverbes 22, 22-23).
Le roi Chélomo, que la paix soit
sur lui, nous fait savoir en ces deux versets quel est
le salaire versé à celui qui vole le pauvre.
On sait qu'il y a 4 groupes de personnes vis-à-vis
desquelles la Torah met l'homme en garde de se comporter
envers eux avec ra'hamim (miséricorde) et
de ne jamais leur causer aucun mal ; ce sont : les pauvres,
les orphelins, les veuves, les guérim (immigrés,
et convertis). (Voyez la
signification du mot guér).
Et nous avons trouvé le passage
qui met en garde envers ces 4 groupes en un seul verset,
c'est celui-ci (Dévarim 16, 14) :
"vé sama'hta bé'haguékha,et
tu te réjouiras pendant la fête (de Souccote)
et, avec toi,
ata ou vinékha ouvitékha véâvdékha
va amatékha, ton fils et ta fille, ton serviteur
et ta servante,
vé hallévi véhaguér véhayatom
vé haalmana, et le Lévi, l'étranger,
l'orphelin, la veuve
achér bichéârékha, qui
seront dans tes murs". (Lire tout ce chapitre 16 de Dévarim).
Nos Sages commentent (Rachi 16, 11) : "quatre qui sont
à moi face à quatre qui sont pour toi".
Et si tu mets la joie envers ce qui est à moi,
je la mettrai envers ce qui est à toi.
1. Les pauvres
Les Lévi correspondent aux pauvres car ils n'ont
pas reçu de part de la terre d'Israël mais
ils bénéficient de la table même du
Très-haut et de ce qui est offert en part consacrée,
et ils sont la richesse de Haqqaddoche Baroukh Hou,
comme il est écrit : "bénis Hachém
sa richesse".
Haqqaddoche Baroukh Hou est leur
part, comme il est dit : ani 'helqékha, Je
suis ta part et ton héritage (Bamidbar 18,
20).
La Torah nous prévient au sujet
des pauvres, à la fois par des mitsvotes positives
et par des mitsvotes négatives (voir le lien
lexique),
comme il est dit pour la mitsva positive :
- natone titéne,
donner, il faut absolument lui donner (à "l'infinitif
absolu", en Dévarim 11, 10).
- ouvrir, tu ouvriras absolument ta main
(à "l'infinitif absolu", en Dévarim
11, 8).
et pour la mitsva négative :
- et cela ne doit pas faire de peine
à ton coeur de lui donner (idem au verset 10).
- et tu ne fermeras pas ta main (idem
au verset 7).
Et, après que la Torah ait mis
en garde contre le vol par une prescription négative
de "tu ne voleras pas" (Vayiqra 19, 13) envers absolument
tout le monde, elle n'a pas besoin de mettre en garde spécifiquement
contre le vol envers le pauvre, et on doit lui donner. C'est
pour cela que, dans sa sagesse, Chélomo hammélékh,
lui, ajoute la question de "comment" on dépèce
le pauvre, et la "punition infligée" à ceux
qui volent les biens du pauvre.
Le séyag
C'est pour cela que Chélomo n'ajoute pas
de mitsva aux mitsvotes transmises par Moché mais
il vient placer un séyag, une barrière
de protection à la Torah et il dit : "ne vole pas
le pauvre pour le fait qu'il soit pauvre" ; pourtant,
il n'aurait pas dû avoir besoin de spécifier
car même le riche ne doit pas être la victime
du vol !
La triste réalité
Et pourtant, il a estimé qu'il devait le préciser
car c'est un fait qu'on vole le pauvre, justement parce
que c'est quelqu'un qui n'a pas de personnes qui l'aident
et plaident pour lui, contrairement à celui
qui est riche. Mais tous le détestent et s'éloignent
de lui, même ses proches comme il est écrit
(en Proverbes, Michlé 19, 7) :
kol a'hé-rach sénéouhou...
"le pauvre est antipathique à tous ses frères
;
af ki méréêhou ra'haqou mimménou
à plus forte raison voit-il s'éloigner de
lui ses amis !
méraddéf amarim, lo-hémma
Il les poursuit de ses paroles : ce ne sont plus les mêmes
hommes envers lui".
C'est pour cela qu'il est écrit
ici : "Ne vole pas le faible parce qu'il est pauvre" ;
c'est un être sans force, et tu sais pertinemment
qu'il n'y a personne pour l'aider ni pour le soutenir
contre ton attitude, et il n'y a personne qui entreprendra
un procès pour défendre sa cause.
Le seul aide du pauvre, mais il est
terrible
Ne te raconte pas d'histoires, il y a quelqu'un qui prendra
sa défense (contre toi) et mènera son procès
contre toi, c'est Haqqaddoche Baroukh Hou. Il l'ouvrira
et argumentera pour ce pauvre. Et il condamnera à
des peines ceux qui l'ont volé, et pas à
une amende en argent mais à une peine qui atteindra
le corps même du voleur et sa personnalité
et tout son être ; car le verset emploie le mot
néféche, et ce mot inclut tout le
corps et tout l'être vivant.
2. Les orphelins et la veuve
La Torah a mis en garde à l'égard des orphelins
et de la veuve en de nombreux versets. Voyez vous-mêmes
:
Chémote 22, 21 : "kol almana véyatom
lo téânoune, tu ne porteras aucun préjudice
à la veuve et à l'orphelin et tu ne les
importuneras pas".
Et nos Sages ont précisé : "même la
veuve du roi et même les orphelins du roi".
Le motif en est que tout leur être s'est effondré
et ils sont abattus en dépression, et ils vivent
dans les larmes ; et c'est un fait de réalité
que tous leur font quelque mal et leur cherchent des misères
et les accusent.
Et il est dit : "les importuner, en aucun cas, jamais
tu ne les importuneras" ; et il est ajouté en doublant
et en nommant clairement chacun d'eux : "et si jamais
tu leur faisais quelque chose de nocif...".
Cela veut dire que la moindre atteinte prend des grandes
proportions et, de la même manière, la plainte
qui montera vers Hachém sera puissante également
et son écoute également. C'est pour cela
qu'il est dit en doublant chaque terme :
im êné téâné oto
ki im tsaôq yitsâq élaï...
" si importuner tu l'importuneras, et si plainte sa plainte
va vers Moi (Chémote 22, 22),
alors, entendre J'entendrai sa plainte"
et , s'il se plaint à Moi Je l'écouterai
car Je suis compatissant
ki yitsâq élaï véchamâti
ki-'hanoune ani" (Chémote 22, 26).
En effet, tous les autres humains
peuvent réagir contre les importuns et leur rendre
ce qui est justifié pour se sauver du dommage ;
mais la veuve et l'orphelin n'ont aucun sauveur et
ne peuvent attendre cela de personne si ce n'est de
Haqqaddoche Baroukh Hou.
C'est pour cela que Haqqaddoche Baroukh Hou les
entend, prend leur cause en mains et agit pour leur défense.
C'est pour cela qu'il est dit en Michlé
23, 10-11 : (aller voir le texte et l'inscrire ici : ...
3. Les guérim
A leur propos, la Torah a mis en garde en de nombreux
passages :
- "le guér tu ne le contristeras pas et
tu ne l'importuneras pas, tu ne le vexeras pas, etc. car
vous-mêmes vous avez été dans cette
situation quand vous étiez en Egypte"
(Chémote 22, 20).
Bien plus, il est ajouté : "vous avez compris
de l'intérieur ce que c'est qu'être dans
la situation de guér : véatém
yédâtem éte néféche
haguér".
Remarquez bien qu'il n'est pas écrit
: "vous avez compris ce qu'est un guér"
mais "vous avez compris ce qu'est l'état de néféche
haguér, l'être dans lequel il est, son
identité démolie et abattue et dominée
et écrasée, et ses yeux sont toujours orientés
vers Haqqaddoche Baroukh Hou.
C'est pour cela que nos Sages ont dit : si quelqu'un est
fils d'un guér, ne lui dis pas : "souviens-toi
de ce qu'étaient tes ancêtres et ce qu'ils
ont fait" ; s'il vient apprendre la Torah, tu ne lui diras
pas : "quoi ! la bouche qui a mangé des animaux
non cachers et horribles voudrait apprendre maintenant
ce qui est sorti de la bouche du Très-Haut!".
La projection démasquée
Tu ne diras rien de cela, ne serait-ce que parce que vous
avez été guérim en Egypte.
Ce que tu ferais alors, en ce cas, c'est ceci :
"moum chébékha, al tomar lé'havérékha,
ta propre impureté qui est dans ton coeur, ne va
pas la dire en l'attribuant à ton ami" (Traité
Baba Métsiâ 59 b).
Grandeur des guérim
Et, en effet, au contraire, "les tsaddiqim, les
justes, sont appelés par la nomination (noble)
de guérim.
Et le mot guér vient du verbe garguir
(éparpiller, cueillir), ce qui est séparé
de ce qui est son essentiel ; en effet, le tsaddiq
se voit lui-même comme un "unique" (ya'hid),
un solitaire, un "particulier", il n'a pas de maison installée
sur cette terre mais toute habitation qu'il a il ne la
conçoit que comme temporaire (areî).
C'est pour cela que David dit de lui-même (psaume
119, 19) :
"guér anokhi vaaréts al-tastér
mimméni mitsvotékha
"moi, je suis en moi-même un guér
sur la terre, ne cache pas de moi tes mitsvotes".
Il s'est décrit lui-même comme guér
qui est toujours invité à aller de ci et
de là, et il ne sait pas quand il doit partir.
Et comme il ne sait pas quand ce sera, il doit toujours
avoir des provisions pour le cas où, soudainement,
lui viendrait l'ordre de partir encore.
Et que sont ces "provisions" (tséda) ? C'est
réaliser dans le concret les mitsvotes ; c'est
pour cela qu'il dit : "ne cache pas de moi tes mitsvotes".
Et nous avons trouvé aussi que les patriarches
(avote), tous, sont dénommés guérim.
Avraham, dont il est écrit :
"guér vé tochav anokhi îmakhém
un guér et un résident temporaire
je suis parmi vous" (Béréchite 23,
4).
Yits'haq, dont il est écrit : "je
suis un guér sur cette terre" (Béréchite
26, 3).
Yaâqov, dont il est écrit
le premier verset de notre paracha.
(Fin du texte intégral de Rabbénou Bé'hayé).
Le niveau intérieur
Pour comprendre exactement l'importance de ces concepts
au moments de l'histoire qui est celle de la constitution
du peuple par Yaâqov, père des 12 tribus,
et pour comprendre le sens de ces enseignements à
cette étape, il faut aussi écouter ce que
nous en disent les Sages qui nous ont transmis l'intériorité
de la Torah. Cela est possible sur ce point après
que nous ayions ainsi posé tous ces fondements
mais nous serons très brefs cependant. Il y a deux
points :
- l'état de guér est une participation
de la sainteté à la jonction de ce qui est
l'impureté, l'écorce du fruit, la klipa
; cela est nécessaire pour que le monde soit amélioré
dans toute son étendue, et c'est la tâche
de l'homme. Voilà pourquoi il y a ces descentes
en Egypte, et aussi pourquoi il est dit que Yaâqov
aimait Esav (Esaü). Voilà pourquoi, il est
impossible de ne pas aimer tous les hommes, même
si on est différent. Voilà pourquoi la venue
de guérim (pluriel de guér)
vers le peuple juif est une bonne chose, et elle a ensuite
ses voies de bon pilotage que l'on trouve dans le dossier
"conversion".
Sur cette question, pour les étudiants avancés,
se reporter aux Chaâr haguilgoulim,aqdama
34.
- le passage à l'état de guér
tsédéq est un passage à la qédoucha
totale qui n'est plus lié à l'état
précédent sinon dans la trajectoire rendue
par le même mot. Cet état est si grand que
le Ari zal montre, sur le verset du psaume
119, 19 que les deux noms de D.ieu qui sont chacun l'union
du tétragramme avec le nom Elokim et avec
le nom Adonoute forment ensemble la guématria
du mot guér. Il n'est pas question ici de
développer la grandeur de ces concepts ; nous les
citons en bref seulement pour bien faire comprendre la
grandeur et l'intériorité de ces réalités.
Que celui qui veut étudier jusque là aille
étudier auprès de rabbins qui lui transmettront
la tradition à l'intérieur des rites juifs
de transmission, il n'est pas d'autre voie. Tout raccourci
est supercherie. Et cette voie est réellement longue.
Mais le progrès y est rapide. Lire cette page sur
la façon d'apprendre: http://www.modia.org/lev-gompers/methode/coeur.html
Le commentaire de Ribbi Yaâqov
Abou'hatséra
Il s'interroge sur le fait que la première phrase
de la paracha évoque les ancêtres de Yaâqov.
Il démontre alors que la Torah veut nous faire
prendre conscience par les mots du premier verset, que
et combien Yaâqob a accompli la plénitude
des mitsvotes dont nous venons de parler.
Et cela est un véritable qiddouche Hachém,
un don total de sa vie à Hachém.
Avraham a réalisé ce qiddouche Hachém
par l'acceptation du sacrifice personnel dans la fournaise.
Yits'haq a réalisé ce qiddouche Hachém
par le sacrifice de la âqéda.
Quant à Yaâqov, il a réalisé
ce qiddouche Hachém par une intégrité
parfaite dans les mitsvotes dans tout son séjour
chez Lavane malgré le retard de la réalisation
de soi. Ce retard lui est compté comme qiddouche
Hachém.
Cela peut donner espoir à tous ceux qui voient
un retard important dans la réalisation de leurs
voeux les plus chers.
Il y a tant de matière à
réflexion dans ce texte qui nous fait comprendre
la paracha, que nous pouvons la relire maintenant selon
cet éclairage,
puis l'assimiler par les exercices suivants,
enfin, échanger avec nos proches.
Exercice d'intériorisation
:
Examiner notre conduite réelle, intérieurement,
et extérieurement envers tous ces pauvres, et corriger
notre coeur, nos pensées et nos actes réels
et concrets, comme nous le dit la Torah.
Exercice de mémorisation
Cherchez le verset qui vous touche particulièrement
dans les commentaires et apprenez-le en hébreu
et en français.
Exercice de recherche
Chercher où les patriarches sont nommés
guérim. Chercher pour Avraham ; et lire
Béréchite 47, 4 ; Chémote
18, 3 ; psaumes 33, 13. etc.
Entrons encore davantage dans la profondeur
et la gravité de cette expérience intense,
avec le dernier verset (Béréchite 40,
23).
Tout s'est passé selon l'interprétation
du rêve qu'avait donnée Joseph : le maître
échanson (sar haofim) devint à nouveau
chef du service auprès du Pharaon tandis que l'autre
fut pendu.
"Vélo-zakhar sar-hammachqim éte
Yossef va yichka'héhou.
Et il ne se souvint pas, le maître-échanson,
de Yossef, et il l'oublia".
Nos Sages attirent notre attention sur le sens de la répétition
de ces verbes : "il ne se souvint pas et il oublia".
Ce n'est pas une répétition car un message
important est transmis par ces précisions. Surtout
en fin d'une paracha, dans le dernier verset.
Que dit Rachi ? Il commente : il ne s'en souvint pas le
jour même et il l'oublia dans la suite.
Cela veut dire
- qu'il a voulu oublier le bienfait qu'il a reçu
et l'auteur de ce bienfait,
- cela intellectuellement et logiquement,
- pour ne pas s'encombrer la vie par ce poids et trouver
sa liberté nouvelle.
Cela veut dire aussi que le coeur ne peut
pas suivre une telle démarche non vraie et contraire
aux bons sentiments naturels qui caractérisent
tout humain. La gestion de ce dilemne est donc de s'appuyer
sur une fausse logique qui peu à peu parvient à
écraser les sentiments, à les refouler dans
l'obscurité ; et peu à peu l'oubli s'installe,
pour un certain temps, sauf quand la culpabilité
ressurgit ou quand les sentiments internes crient, car
tout homme a été créé à
l'image de la bonté de D.ieu.
Voilà comment les commentateurs expliquent ces
deux temps dans l'oubli.
Le Baâl ha Tourim (lien
ici) analyse : nous sommes devant l'ingratitude
(kafouï tova) d'un homme qui oublie le bien
qu'un autre a fait pour lui.
On se trouve là devant l'extrême du mal,
où la bonté est bafouée totalement.
Et de citer des exemples où celui qui fait le bien
(comme le prophète Zacharie qui enseigne ou réprimande
comme il se doit) est mis à mort par ses auditeurs
au lieu qu'ils devraient le remercier de son appel au
devoir de vérité.
D'une telle faute morale, quand elle a
lieu chez les Juifs qui connaissent les voies du vrai
comportement moral, il s'en est suivi pour le peuple Juif
une colère même des ennemis d'Israël
envers une telle horreur et le Roi Nabuchodonozor, voyant
le sang du prophère bouillir après que ses
fidèles l'aient assassiné, tua tous les
Sages du Sanhédrine et il cria au Ciel : "Zacharie,
Zacharie, j'ai tué les meilleurs, est-ce ta volonté
que tous disparaissent ?". Le sang se calma et
Nabuchodonozor arrêta sa tuerie (Traité Guittine
57b). Choqué par un tel incident, Nabuchodonozor
se convertit par la suite, et devint un véritable
guér tsédéq. Ce retournement
de situation fait citer au Talmud d'autres cas analogues
comme celui des descendants d'Aman (Livre d'Esther) devinrent
des Sages qui enseignaient à Bné Braq.
Rachi, et les autres commentateurs, parlait
déjà avec vigueur contre Adam qui s'est
montré ingrat envers sa femme 'Hava en l'accusant
auprès de D.ieu (lisez Rachi sur Béréchite
3, 12).
Le Baâl ha Tourim dit que ces ingratitudes
ont causé la mort de beaucoup en Israël et
jusqu'à la destruction du Temple (voir aussi
Bémidbar 23, 7). Lisez tout le chapitre 8 du livre
Dévarim. Ce n'est pas un prophète qui exhorte,
ce n'est pas un humain qui pleure quand l'amour infini
de deux êtres est subitement oublié, c'est
D.ieu Lui-même qui dit et supplie : "Je vous a donné
une terre bonne, ne soyez pas ingrats".
Pourquoi donc la Torah nous enseigne-t'elle
que la souffrance de l'ingratitude est insupportable à
D.ieu ?
Le fait même d'être surpris de cela devrait
nous éclairer sur la gravité de notre situation
sentimentale et morale. Avant le Chémâ,
(lien
ici) le mot est "aimer ; après le verset essentiel
du Chémâ, le premier mot est "tu aimeras".
L'insensibilité et l'ingratitude affective sont
la faute que D.ieu ne pardonne pas.
D'où tire-ton cela ? De la haftara.
Elle est en Amos (2, 6-3, 8), il faut absolument lire
ce texte ; il y est décrit de nombreux comportements
courants et insupportables à D.ieu mais le premier
verset place la hiérarchie de ces attitudes
banales et pourtant horribles.
"Ko amar Hachém âl chélocha pichê
Yisraël
vé âl-arbaâ lo achivénou...
Ainsi parle Hachém : au sujet de trois fautes
d'Israël
ou plutôt au sujet de quatre, Je ne peux pas pardonner"...
Cela veut dire selon nos Sages qui expliquent
la Torah :
|
il y a trois
péchés impardonnables, l'idolâtrie,
l'assassinat sans légitime défense,
et la réalisation de ce qui est interdit
sexuellement comme les incestes. Mais c'est la
quatrième qui est la plus impardonnable,
et elle comprend les autres : c'est de tromper
le pauvre et de se détourner de lui. Cela
résume tout ce que nous avons dit.
|
En ce moment, tant de souffrances en Israël
et depuis longtemps, et combien balayent cela d'un geste
logique et supérieur, sous les prétextes
logiques et mensongers les plus divers (il n'y a pas de
violence sans responsabilité des deux côtés,
il faut que la vie continue, chacun a ses peines, c'est
qu'ils devaient terminer ainsi leur vie, ne nous occupons
pas des morts mais des vivants, mourir cela arrivera à
tout le monde, etc). Logiquement, on peut justifier avec
exactitude ces mots mais ce qui compte, c'est le rejet
et l'insensibilité dans la relation, et la trahison
de la fraternité ; c'est abaisser la tête
des pauvres jusqu'à la poussière de la terre
et détourner les justes du droit chemin (Amos 2,
7).
La Torah nous indique que c'est cela
qui détruit le monde, car c'est la destruction
de l'amour qui soutient le monde, comme l'a compris Avraham.
C'est ainsi que le malheur atteint le monde.
En ces jours de malheurs généralisés
parmi les peuples que l'on croyait civilisés,
nous avons les clefs de ces malheurs.
Ils ont raison, après cet enseignement de la Torah,
les nombreux lecteurs qui me disent : "il faut que nos
rabbins nous demandent de réagir, de jeûner,
de prier de façon collective et officielle". En
effet, nous sommes parvenus à un sommet de l'horreur
et nous savions bien que, tous, nous ne menions pas notre
peuple comme il le faut : 1) l'éducation et la
transmission ne sont pas réalisées au niveau
que l'exige la vie de chaque enfant juif, 2) les pauvres
se multiplient sans que le modèle social soit délibérément
la justice et la fraternité, 3) les valeurs barbares
de l'Occident avec le modèle de la réussite
individuelle par l'argent avancent parmi notre peuple,
4) l'argent semble souvent avoir sa logique coupée
de la morale de la Torah, 5) ceux qui portent la continuité
de la mission de notre peuple sur sa terre sont encore
une minorité qui s'épuise et est véritablement
en état de sacrifice par la distance géographique
que prennent tant de Juifs envers leur terre d'Israël
alors qu'ils pourraient y participer, 6) combien de femmes
juives éduquent leurs enfants dans des conditions
de solitude et d'argent insupportables sans compter sur
les problèmes de violence qu'elles subissent, 7)
la pureté de notre héritage avec le Chabbat
est constamment bafouée même par nos leaders
politiques quand ils représentent notre héritage,
etc, etc.
La Torah et la haftara osent nous dire tout cela pour
le corriger ; c'est là la source de nos malheurs.
|
Nous devons
donc faire avec précision notre bilan personnel
concernant les pauvres sous toutes formes, et
corriger cela avec précision personnelle
sans attendre que nos rabbins déclarent
"un" jour de jeûne ou demandent de faire
spécialement "une" mitsva qui nous permettra
subtilement de négliger par ailleurs. Nous
savons bien que la situation est trop grave pour
en rester à ces solutions trop partielles.
|
Point important
Nos Sages nous montrent aussi que nous ne pouvons,
aucun, reporter sur autrui la responsabilité de
cette situation. Nous sommes égaux dans cette ingratitude
et dans ce qui la cause.
En effet, nos Sages disent que Yossef n'est pas seulement
la victime mais c'est la jalousie que lui a provoquée
délibérément chez ses 10 frères
qui lui a valu ses 10 années d'emprison
nement. Et, ensuite, c'est parce qu'il a été
ingrat lui aussi envers Hachém en demandant
2 choses à celui qui était libéré
au lieu de se fier à Hachém, qu'il
a dû vivre 2 années de plus en prison.
La Torah nous interdit de reporter sur autrui nos responsabilités,
et elle nous montre qu'il y a une causalité directe
entre le malheur du monde et le bonheur que nous ne réalisons
pas autour de nous.
Chacun, nous pouvons réfléchir
avec précision sur tout cela, et modifier avec
précision.
Et vite car le temps presse. La solution ne viendra pas
de l'extérieur ni d'un Chef d'Etat, ni d'une nation
étrangère, ni des rabbins seuls, Lekh
lékha a dit Hachém à Avraham
: "va vers toi-même".
Lecture :
• Conversion,
qui est l'entrée dans le peuple juif par le statut
de guér.
• les références citées,
• Michlé (Proverbes) 19, 1-7.
• Pour les avancés : Mékhilta sur
Michpatim 22 et le Rachi.
Vocabulaire
de la pauvreté non ingrate
(Reportez vous aux références ci-dessous).
La pauvreté se dit daloute en hébreu,
et le pauvre est le dal ; dal est aussi
dalét, la porte (voyez psaume 141, 3).
Notre pauvreté doit devenir une porte qui s'ouvre
à nouveau. Ainsi, David dit dans le début
du psaume de 'Hanouka : "ki dilitani", ce qui veut
dire à la fois "tu m'as appauvri" et "tu m'as ouvert
un autre horizon".
La 4e lettre de l'alphabet est la lettre dalét
; avant elle, c'est la lettre guimel qui veut dire
"donner" : donner au pauvre. Donc : aleph : Un
(D.ieu) ; beit : deux (la relation) ; guimel
(le don qu'ouvre le couple, l'enfant) ; dalét,
le pauvre (se reconnaître toujours pauvre, soi et
réciproquement, et sans envie ni tristesse, se
retrouver comme quand Yossef retrouva ses frères
et partager ; nous avons seulement ""reçu" la Création
et c'est pour la partager non pour devenir des coffre-forts
qui enferment et possèdent). Lisez les Otiotes
de Ribbi Aqiva qui décrivent la dynamique de chaque
lettre hébraïque.
Le malade est le pauvre absolu, dit le Talmud.
Dal a toujours le sens de
- âni (voyez psaume 140, 13 et Tséfania
3, 12).
- pauvre et affligé (dal vé évione
: psaumes 72, 13 et 82, 4),
- dénué de... (psaume 82, 3), et considéré
comme manquant de valeur (pé'hout-êrékh)
et ne faisant pas le poids, léger (qal).
- abandonné et de soucieux (mitsâr),
et suppliant (Job 34, 28).
Le peuple juif en son entier est toujours
en état de daloute, pauvreté, parce
qu'il manque de sécurité, recevant tout
et ne possédant rien par soi (voyez Michlé,
les Proverbes 28, 11-16) mais possédant ainsi La
science et la richesse de Celui qui est seul la bénédiction
et la vie.
Dans le même sens, la Chékhina
est pauvre, et Ra'hel
(Rachel) en est le symbole, et elle attend toujours la
réunion de ses enfants dispersés (lien ici).
Elle est la femme encore non reconnue dans sa valeur.
Aussi, "qui opprime le pauvre, injurie son Créateur"
(voyez Michlé, les Proverbes 14, 31).
La pauvreté est une étape liée au
salut, état annoncé à Yossef dans
le rêve du Pharaon sur les vaches maigres et les
vaches grasses. La pauvreté est nécessaire
avant le salut et elle l'annonce. Au contraire, le riche
est plein et vide de tout avenir et de toute autre place
pour un autre bonheur et pour l'amour. Il est plein et
fermé. C'est pour cela que le Roi David retombe
sans cesse en état intérieur et extérieur
de pauvreté car il possède la science de
l'amélioration du monde, il est le Machia'h,
le messie par excellence.
Le Chir ha Chirim, le Cantique des Cantiques est
le chant d'amour parfait envers celle qui sait incarner
cette pauvreté et qui est pleine, pour cela, de
la richesse de toutes les bénédictions :
un seul être envers son bien-aimé éternel.
Le Cantique Echète 'Haïl ( chapitre
31 des Proverbes) -dit le soir du Chabbate envers la Torah,
la Chékhina et la femme- dévoile
le versant plein de cette pauvreté apparente.
Yossef, le pauvre, nous apprend tellement, et son
nom signifie donc, à juste titre : "ajoute". Nous
comprenons pourquoi. Et son nom est invoqué
pour la fertilité : "bén porate Yossef".
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