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Règles du Copyright - Traduction et commentaires par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basés sur les livres de nos Sages
 
9e Paracha : Vayéchév - "   Il demeura"

Béréchite (La Genèse) 37,1 - 40, 23


- Bénédiction ou malheurs dans le monde (paracha Nitsavim)
- La mort et son sens dans la paracha A'haré mote,
- La mort et son sens dans la paracha Pin'has
- L'héritage

 

La paracha Vayechev vous enseigne:

La clef du malheur et du bonheur.
Le sens de la fraternité juive
Le pauvre, la veuve, l'orphelin, le guér, le converti.

Une vision belle et globale (holistique, dit-on aujourd'hui!) à l'image de cette photo: au milieu des ombres et lumières et espoirs, elle nous rend la complexité et l'harmonie douce de l'arbre d'une vie unifiée dans la Torah.



Photo et composition de l'auteur


Plan
1.
L'axe de la paracha
Thèmes de la paracha
Quelques questions pour vérifier
Le sens de la paracha selon le Chla
La fratrie à deux niveaux
L'unité du peuple
La particularité de Joseph
La faute des frères

2.
Le commentaire intégral de Rabbénou Bé'hayé
a. Les pauvres
b. Les orphelins et la veuve
c. Les guérim
La projection démasquée
Grandeur des guérim
La réalité intérieure

3.
Le commentaire de Ribbi Yaâqov Abou'hatséra
Exercice d'intériorisation
Exercice de mémorisation 
Exercice de recherche

4.
L'enseignement indispensable aujourd'hui face à l'ingratitude qui détruit le monde

5.
Vocabulaire de la pauvreté riche
Lecture

Entendre la paracha (Ort)
téâmim askénaziim

Entendre la paracha (Alliance)
téâmim séfaradiim

et la haftara

Entendre la haftara (Ort)
téâmim askénaziim

PREPARER LA FETE DE 'HANOUKA

Fraternité : connaître nos différentes communautés
Tout sur la fraternité dans le judaïsme et dans la Torah.

Le sens du nom Israël dans le Talmud
 

La Chékhina est pauvre, et Ra'hel (Rachel) en est le symbole, et elle attend toujours la réunion de ses enfants dispersés (lien ici).

La paracha a 112 versets (et 1558 mots et 5972 lettres)


 

L'axe de la paracha
Nous avons vu la 3e mitsva dans la paracha précédente, il faudra attendre la paracha Bo dans le livre de Chémote, pour arriver à la 4e mitsva.
Nous voici dans la 9e des 12 parachiyotes du livre de Béréchite. Nous allons donc finir bientôt d'explorer les dynamiques de base de tout le projet humain qui est le sujet de Béréchite, "commencement". 

Dans ce contexte, cette paracha nous éclaire sur les échecs de la fraternité et sur  la situation de solitude et de pauvreté inéluctables de celui qui choisit de vivre selon les enjeux de la Torah : chaque Juif, et le peuple juif lui-même. Et tant de trahisons envers ceux qui vivent selon la Torah.
Nos princes, ces géants que furent nos Pères, ont vécu cela chacun, et la Torah nous a raconté l'exemple mouvementé de leur vie pour que l'on connaisse ce qu'est la vie, pour qu'on la comprenne, et pour qu'on choisisse de vivre selon cette proposition secrète au coeur de Dieu; c'est l'aventure juive.
Ce n'est pas de l'image édifiante pour enfants, ni de la spiritualité, ni de la religion, c'est un choix dur de vie.

La paracha est aussi, pour ces mêmes raisons, un enseignement sur le meilleur de ce que nous sommes capables de vivre et d'être: en dépît des pièges, réussir à choisir le meilleur, c'est ce que a réussi Yossef. C'est pour cela que le Ari, zal, dans le Chaâr ha cavanotes, dit que le moment le plus élevé de la prière (la qédoucha à haute voix de la répétition du Mousaf de Chabbate) est au niveau de l'union de Yossef avec Hachém. Cela doit nous encourager: nous rencontrerons tous chacun des défits que la paracha expose, et nous avons donc finalement la capacité de parvenir à ne pas quitter l'union avec Hachém et de réussir Son plan. Alors, nous réalisons le "Ecoute Israël": notre Torah ne sera plus des mots mais une rencontre que nous ne lacherons plus. Certes, ce sera souvent après des échecs. Mais on nous enseigne que cela est possible et doit rester notre but constant. Nous répétons 4 fois par jours ce Chémâ Yisraël, qu'il soit une réunion d'amour comme le disent le mot qui le précède et celui qui le suit. Et que les mots de cette étude soient entendus avec le coeur dans une rencontre, et non pas comme une activité parmi d'autres.

 

Quand Rachi nous éclaire sur notre paracha, il n'est pas un commentateur pour débutants qui simplifierait la Torah comme s'il parlait pour les enfants. Il parle à chacun avec sérieux et avec rigueur dans l'analyse, il met toujours en évidence l'essentiel du texte et il le formule par une expression qui touche la vie de chacun. Regardez :  le verset 37, 2 disait que Yosséf était naâr jeune, et Rachi  commente 
"vé hou naâr, ché haya ôssé maâssé naâroute
c'est-à-dire qu'il faisait toutes les choses que font les jeunes, 
métaqqén bisséâro mémachméche béêinav, kédé ché niyé yafé
il s'arrangeait les cheveux, soignait ses yeux pour paraître beau" ! 
En cela, nos lecteurs comprennent que c'est Rachi notre maître et modèle dans l'écriture et dans la pédagogie : par sa rigueur, lumière, chaleur, sens de l'existence, relation et vibration.

Donc, il dit ceci sur le premier verset : 
"Yaâqov raa kol haaloufim hakkétouvim lémaâla, tama vé amar mi yakhol likhboche éte koulam ?
Yaâqov, voyant tous les princes énumérés plus haut (dans les versets de la fin de la paracha précédente), il se demande avec stupeur qui pourra en venir à bout".

En une seule question angoissante sur la réalité, Rachi nous éclaire toute la paracha, et il nous implique : n'est-ce pas ce que chaque Juif se dit maintenant de notre situation en Israël-terre, en Israël-peuple et individu, en Israël-face à l'immensité de la Tora ou face à tous les défis de l'existence ?

Thèmes de la paracha

Voici l'histoire de la descendance de Yaâqov : Yosséf.

• Le rêve de Yosséf, le récit de son rêve fait exploser la jalousie de ses frères envers la beauté de ce qu'il prévoit et face à l'avenir auquel il est destiné. Leur trahison fraternelle quand ils le vendent aux étrangers.

• La faute de Onane qui ne voulait pas procréer, à l'intérieur même de sa relation à la femme.

• Le courage de Tamar pour réussir à parvenir, à tous prix, à avoir un enfant.

• La montée de Yosséf et la trahison envers lui de la femme de Putifar.

• La chute de Yosséf en prison, où il continue à voir la vérité des rêves et à l'utiliser pour aider.

• Yosséf est oublié dans la solitude de la prison par la trahison de ses voisins de prison.

Beaucoup de difficultés, beaucoup de trahisons envers lui et de situations apparemment bouchées, le tout résumé dans les thèmes et dans le mot "guér" qui est dans le premier verset :
"vayéchév Yaâqov bééréts mégouré aviv bérétskénaâne
Il demeura Yaâqov dans la terre des pérégrinations de son père, dans la terre de Canaâne".

De plus,
"kol maqom chénéémar vayéchév eino élla lechone tsaâr
tout endroit où il est écrit vayéchév n'est qu'une situation d'angoisse" (comme dans Béréchite 37, 25 ; Chémote 32, 6 etc).

C'est ce que nous allons étudier.

(Lire maintenant  la paracha, pour bien repérer ces séquences et cet axe, afin de bien saisir les commentaires suivants).

Quelques questions pour vérifier si nous avons lu la paracha avec précision :
A quel âge commence l'aventure de Yosséf ?
• Que racontait Yosséf à son père ?
• Combien de rêves Yosséf a-t-il rapporté aux siens, et lesquels ?
• Quel est le nom du frère qui a voulu sauver Yosséf ?
Quel a été le refus de Yaâqov ?
Comment naquit Paréts ?
Qu'a pris la femme de Putifar pour accuser Yosséf ?
Quels sont les rêves de l'échanson et du panetier ?
Quelle fut l'interprétation de Yosséf ?
Que tirez-vous des versets 40, 14 et 40, 23 ?

Le sens de la paracha selon le Chla
Le Chla ha qadoche (lien ici) fait remarquer que nous arrivons à trois parachiyotes qui nous décrivent les relations de Joseph et de ses frères.
Abordons le sens de la fratrie dans le judaïsme, le sens de la fragilité comme l'a vécue Joseph.

La fratrie à deux niveaux
Les fils d'Israël sont présentés comme les fondements des  tribus et comme une entité dont on nous décrit les attitudes et les caractéristiques.
Ces deux points veulent nous montrer que le peuple d'Israël est un être vivant qui forme une seule unité que l'on appelle néféche, "personne", au singulier  comme dans le verset de Béréchite 46, 26 , ou "adam, l'Homme véritable". Quand on parle de Adam dans la Torah, il s'agit souvent d'Israël.
Comme un corps, Israël est divers mais un ; et chacun des membres différents est indispensable justement par sa diversité, mais aussi par les différences dans les niveaux apparents de dignité, comme dans le corps.
Cela n'est pas une image éducative et noble, mais une réalité essentielle. Dans la Torah, cet ensemble terrestre nommé Adam est à l'image de l'homme d'En-haut, l'Adam effectif que l'on nomme aussi le char ou la merkava et dont les principales composantes sont Avraham, Yits'haq et Yaâqov-Israël ainsi que David.
De multiples symboles numériques expriment la complexité de cet Adam :
- les lettres du mot Adam sont un notaricone composé des initiales de Adam, David et Machia'h.
- les 4 bases du char dont nous venons de parler, Avraham, Yits'haq et Yaâqov-Israël ainsi que David.
- les 12 composantes des tribus, correspondent aussi à douze noms de D.ieu.
- les 248 membres du corps qui sont sanctifiés par chacune des 248 mitsvotes dites positives : "fais".

Notre unité et celle de D.ieu
Cette unité de notre peuple est à l'image de l'Unité de D.ieu, et c'est pour cela que Israël et l'unité de D.ieu sont cités ensemble dans le verset de 
Chémâ Yisrael, Hachém Eloqénou, Hachém E'had,
"Écoute Israël, Hachém notre D.ieu, Hachém est Un" (Dévarim 4, 6). 
De plus, dans le mot E'had dont les lettres valent numériquement 1-8-4,
le 1 correspond à Yaâcov le père, le 8 correspond aux 8 enfants des épouses (Léa et Ra'hel), et le 4 correspond aux 4 enfants des servantes Zilpah et Bilhah. Beaucoup ignorent ces dimensions féminines du judaïsme, de même qu'ils ignorent que le nom ISRAEL est composé à égalité et en unité des lettres initiales de Matriarches et des Patriarches :
I ou lettre youd de Its'haq et Yaâqov, S ou chine de Sarah, R ou réich de Ra'hel et Rivqa, A ou aleph de Avraham, L ou lamed de Léa. Tout cela est à méditer pour en comprendre le sens en soi et dans notre existence.
Cette unité est si forte que le mot hébraïque barzel, métal, revient souvent dans les textes en exprimant cette force de l'unité dure comme le métal , car le mot barzel est formé des initiales des 4 mères des 12 tribus : Bilha-Ra'hel-Zilpa-Léa. 
Cette question atteint sa plus grande intensité dans la prière de Min'ha du Chabbate où l'on dit : Atta é'had, Toi Tu es UN.

Application concrète
C'est la dignité du peuple d'Israël que d'être ainsi à l'Image de l'Unité de D.ieu, justement dans sa diversité. Vous comprenez maintenant pourquoi sur le site Modia, il est tant insisté sur la connaissance (lien ici) des communautés différentes ('Hassidim, Ethiopiens, Babyloniens, Askénazes, Séfarades, Iraniens, etc., noms juifs, coutumes, chants différents de la Torah selon les communautés (lien ici), etc. Ce n'est pas du folklore, c'est une nécessité et c'est la seule réalité car elle seule manifeste l'homme véritable. Seulement alors,  par cette diversité connue et aimée et ainsi rassemblée dans l'amour, le peuple est à l'Image de D.ieu.
Concrètement, c'est donc une erreur grave que de ne pas apprécier, connaître les différentes communautés, de vouloir imposer un rite de prière unifié dans l'éducation ou dans les collectivités au profit d'une seule tendance, ou de penser que notre spiritualité particulière dans le judaïsme est la nouvelle vérité, le nouveau testament interne qui peut rassembler et éclipser tous les autres. C'est exactement comme si dans le corps on supprimait l'estomac pour le remplacer par un autre membre ; le corps mourrait immédiatement ; il en est ainsi d'Israël. Le Ari ha qadoche, zal, commence tout son traité des prières (Péri Ets 'Hayim) par cette revendication des particularismes comme condition de la vie du corps complet d'Israël. Il faut bien comprendre que cela est seulement une étape : le bon fonctionnement de chacun  assure la santé de l'ensemble comme dans le corps. Ce qui l'exprime au mieux, c'est le fait que le Nom de D.ieu était inscrit ainsi dans le camp d'Israël dans le désert : une lettre sur chaque drapeau des 12 tribus et le Nom était complet seulement si chacun était pris en considération.

La particularité de Joseph
Dans cet ensemble, Joseph est particulier. Il est la pleine révélation et continuation de la plénitude de Yaâqov. C'est pour cela qu'il est dit : tolédote Yaâqov Yossef, engendrements de Yaâqov, Yossef. Cette plénitude est encore exprimée dans le texte qui veut spécifier qu'il avait 17 ans, ce qui est la guématria de tov, bon. Beaucoup d'autres termes l'indiquent aussi, que nous ne pouvons pas développer ici comme le titre de naâr, jeune, qui est un grand éloge (voyez Proverbes 22,6).

La faute des frères, cause des catastrophes lointaines
Il est clair que la vente de Yossef par ses frères, qui étaient de grands Sages, est là pour nous enseigner combien nous devons être mis en garde contre le mal puisque cela s'est produit chez les plus grands. A fortiori, nous les petits et les faibles, nous devons être vigilants sur ce que nous sommes capables de commettre entre frères; cette horreur est constante.
La punition a été terrible, en vertu du verset de Chémote 21, 16 : 
"Celui qui aura enlevé un homme et l'aura vendu, si on l'a pris sur le fait, sera mis à mort".
L'application de ce verset n'est arrivée à son terme que sous la domination romaine : 10 frères de Yossef ont été coupables et les Romains tueront avec une cruauté sans nom les 10 plus grands Sages de l'époque, les assara harougué malkhoute, les dix assassinés du Roi. 
Parmi eux, nos textes disent que Ribbi Yéhouda ben Baba fut transpercé de 300 flèches, et cela fait allusion à la guématria de 300 qui est celle du mot "ils complotèrent", vayitnaqélou, dans le verset de Béréchite 37, 18 : "ils l'aperçurent de loin et avant qu'il fut près d'eux, ils complotèrent de le faire mourir". 
Cet exemple terrible des conséquences de la haine fraternelle et du lachone ha râ, la médisance, est rappelé constamment pour nous mettre en garde envers nos actions :
ce sont alors des innocents et des saints qui payent lourdement nos fautes très loin de nous, selon notre tradition.
Souvent nos Sages attirent notre attention sur les catastrophes nationales incompréhensibles pour les interpréter en ce sens : leur source est dans la haine fraternelle et le lachone ha ra.

Autre approche
Souvent, le sens est indiqué par la mitsva (mais, cette fois, il n'y en n'a pas) ou par le premier verset. C'est le motif pour lequel la paracha est dénommée, le plus souvent, par un ou deux mots du premier verset. Mais il nous faut la transmission de la tradition pour comprendre cette allusion.

Nous allons choisir cette fois de rapporter intégralement le commentaire de Rabbénou Bé'hayé (lien ici) pour découvrir la méthode particulière de ce Sage dont nous utilisons souvent les enseignements. 
Il ouvre son commentaire de toute la paracha par une introduction qui permet de bien comprendre les mots précis du premier verset qui donne tout l'axe d'ensemble.
Il trouve cet axe dans la sagesse du roi Salomon (Chélomo hammélékh). En effet, ses Proverbes ne sont pas une encyclopédie de dictons moraux mais un recueil mnémotechnique des clefs de toute la Torah et de l'existence en même temps. C'est donc un trésor que la tradition peut nous expliquer.
Je donne ci-dessous la traduction intégrale de ce commentaire de Rabbénou Bé'hayé (simplement, je fournis les références détaillées et les versets que son texte ne précise pas car il imagine que tout le monde connait par coeur l'ensemble de la Bible ! Ces références sont présentes dans la remarquable édition du Mossad HaRav Kook.

Le commentaire intégral de Rabbénou Bé'hayé
"Al-tighzal-dal ki dal-hou 
véal-tédaké âni vachaâr.
Ne vole pas le faible parce qu'il est sans défense, 
n'écrase pas le pauvre à la porte.

ki-Hachém yariv rivam
véqavâ éte-qovéhém naféche.
Car Hachém prend en mains leurs combats,
et ceux qui leur infligent des vexations, il les traite radicalement" (Proverbes 22, 22-23).

Le roi Chélomo, que la paix soit sur lui, nous fait savoir en ces deux versets quel est le salaire versé à celui qui vole le pauvre. 
On sait qu'il y a 4 groupes de personnes vis-à-vis desquelles la Torah met l'homme en garde de se comporter envers eux avec ra'hamim (miséricorde) et de ne jamais leur causer aucun mal ; ce sont : les pauvres, les orphelins, les veuves, les guérim (immigrés, et convertis). (Voyez la signification du mot guér).

Et nous avons trouvé le passage qui met en garde envers ces 4 groupes en un seul verset, c'est celui-ci (Dévarim 16, 14) :
"vé sama'hta bé'haguékha,et tu te réjouiras pendant la fête (de Souccote) et, avec toi, 
ata ou vinékha ouvitékha véâvdékha va amatékha, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, 
vé hallévi véhaguér véhayatom vé haalmana, et le Lévi, l'étranger, l'orphelin, la veuve 
achér bichéârékha, qui seront dans tes murs". (Lire tout ce chapitre 16 de Dévarim).
Nos Sages commentent (Rachi 16, 11) : "quatre qui sont à moi face à quatre qui sont pour toi". Et si tu mets la joie envers ce qui est à moi, je la mettrai envers ce qui est à toi.

1. Les pauvres
Les Lévi correspondent aux pauvres car ils n'ont pas reçu de part de la terre d'Israël mais ils bénéficient de la table même du Très-haut et de ce qui est offert en part consacrée, et ils sont la richesse de Haqqaddoche Baroukh Hou, comme il est écrit : "bénis Hachém sa richesse". 

Haqqaddoche Baroukh Hou est leur part, comme il est dit : ani 'helqékha, Je suis ta part et ton héritage (Bamidbar 18, 20).

La Torah nous prévient au sujet des pauvres, à la fois par des mitsvotes positives et par des mitsvotes négatives (voir le lien  lexique), comme il est dit pour la mitsva positive :

  • natone titéne, donner, il faut absolument lui donner (à "l'infinitif absolu", en Dévarim 11, 10).
  • ouvrir, tu ouvriras absolument ta main (à "l'infinitif absolu", en Dévarim 11, 8).
et pour la mitsva négative : 
  • et cela ne doit pas faire de peine à ton coeur de lui donner (idem au verset 10).
  • et tu ne fermeras pas ta main (idem au verset 7).
Et, après que la Torah ait mis en garde contre le vol par une prescription négative de "tu ne voleras pas" (Vayiqra 19, 13) envers absolument tout le monde, elle n'a pas besoin de mettre en garde spécifiquement contre le vol envers le pauvre, et on doit lui donner. C'est pour cela que, dans sa sagesse, Chélomo hammélékh, lui, ajoute la question de "comment" on dépèce le pauvre, et la "punition infligée" à ceux qui volent les biens du pauvre. 

Le séyag
C'est pour cela que Chélomo n'ajoute pas de mitsva aux mitsvotes transmises par Moché mais il vient placer un séyag, une barrière de protection à la Torah et il dit : "ne vole pas le pauvre pour le fait qu'il soit pauvre" ; pourtant, il n'aurait pas dû avoir besoin de spécifier car même le riche ne doit pas être la victime du vol !

La triste réalité
Et pourtant, il a estimé qu'il devait le préciser car c'est un fait qu'on vole le pauvre, justement parce que c'est quelqu'un qui n'a pas de personnes qui l'aident et plaident pour lui, contrairement à celui qui est riche. Mais tous le détestent et s'éloignent de lui, même ses proches comme il est écrit (en Proverbes, Michlé 19, 7) :
kol a'hé-rach sénéouhou...
"le pauvre est antipathique à tous ses frères ; 
af ki méréêhou ra'haqou mimménou
à plus forte raison voit-il s'éloigner de lui ses amis ! 
méraddéf amarim, lo-hémma
Il les poursuit de ses paroles : ce ne sont plus les mêmes hommes envers lui".

C'est pour cela qu'il est écrit ici : "Ne vole pas le faible parce qu'il est pauvre" ; c'est un être sans force, et tu sais pertinemment qu'il n'y a personne pour l'aider ni pour le soutenir contre ton attitude, et il n'y a personne qui entreprendra un procès pour défendre sa cause.

Le seul aide du pauvre, mais il est terrible
Ne te raconte pas d'histoires, il y a quelqu'un qui prendra sa défense (contre toi) et mènera son procès contre toi, c'est Haqqaddoche Baroukh Hou. Il l'ouvrira et argumentera pour ce pauvre. Et il condamnera à des peines ceux qui l'ont volé, et pas à une amende en argent mais à une peine qui atteindra le corps même du voleur et sa personnalité et tout son être ; car le verset emploie le mot néféche, et ce mot inclut tout le corps et tout l'être vivant.

2. Les orphelins et la veuve
La Torah a mis en garde à l'égard des orphelins et de la veuve en de nombreux versets. Voyez vous-mêmes :
Chémote 22, 21 : "kol almana véyatom lo téânoune, tu ne porteras aucun préjudice à la veuve et à l'orphelin et tu ne les importuneras pas".
Et nos Sages ont précisé : "même la veuve du roi et même les orphelins du roi".
Le motif en est que tout leur être s'est effondré et ils sont abattus en dépression, et ils vivent dans les larmes ; et c'est un fait de réalité que tous leur font quelque mal et leur cherchent des misères et les accusent. 
Et il est dit : "les importuner, en aucun cas, jamais tu ne les importuneras" ; et il est ajouté en doublant et en nommant clairement chacun d'eux : "et si jamais tu leur faisais quelque chose de nocif...".
Cela veut dire que la moindre atteinte prend des grandes proportions et, de la même manière, la plainte qui montera vers Hachém sera puissante également et son écoute également. C'est pour cela qu'il est dit en doublant chaque terme : 
im êné téâné oto  ki im tsaôq yitsâq élaï...
" si importuner tu l'importuneras, et si plainte sa plainte va vers Moi (Chémote 22, 22), 
alors, entendre J'entendrai sa plainte"
et , s'il se plaint à Moi Je l'écouterai car Je suis compatissant
ki yitsâq élaï véchamâti ki-'hanoune ani" (Chémote 22, 26).

En effet, tous les autres humains peuvent réagir contre les importuns et leur rendre ce qui est justifié pour se sauver du dommage ; mais la veuve et l'orphelin n'ont aucun sauveur et ne peuvent attendre cela de personne si ce n'est de Haqqaddoche Baroukh Hou.
C'est pour cela que Haqqaddoche Baroukh Hou les entend, prend leur cause en mains et agit pour leur défense. C'est pour cela qu'il est dit en Michlé 23, 10-11 : (aller voir le texte et l'inscrire ici : ...

3. Les guérim
A leur propos, la Torah a mis en garde en de nombreux passages :
- "le guér tu ne le contristeras pas et tu ne l'importuneras pas, tu ne le vexeras pas, etc. car vous-mêmes vous avez été dans cette situation quand vous étiez en Egypte" 
(Chémote 22, 20).
Bien plus, il est ajouté : "vous avez compris de l'intérieur ce que c'est qu'être dans la situation de guér : véatém yédâtem éte néféche haguér".

Remarquez bien qu'il n'est pas écrit : "vous avez compris ce qu'est un guér" mais "vous avez compris ce qu'est l'état de néféche haguér, l'être dans lequel il est, son identité démolie et abattue et dominée et écrasée, et ses yeux sont toujours orientés vers Haqqaddoche Baroukh Hou.
C'est pour cela que nos Sages ont dit : si quelqu'un est fils d'un guér, ne lui dis pas : "souviens-toi de ce qu'étaient tes ancêtres et ce qu'ils ont fait" ; s'il vient apprendre la Torah, tu ne lui diras pas : "quoi ! la bouche qui a mangé des animaux non cachers et horribles voudrait apprendre maintenant ce qui est sorti de la bouche du Très-Haut!".

La projection démasquée
Tu ne diras rien de cela, ne serait-ce que parce que vous avez été guérim en Egypte. Ce que tu ferais alors, en ce cas, c'est ceci : 
"moum chébékha, al tomar lé'havérékha,
ta propre impureté qui est dans ton coeur, ne va pas la dire en l'attribuant à ton ami" (Traité Baba Métsiâ 59 b).

Grandeur des guérim
Et, en effet, au contraire, "les tsaddiqim, les justes, sont appelés par la nomination (noble) de guérim.
Et le mot guér vient du verbe garguir (éparpiller, cueillir), ce qui est séparé de ce qui est son essentiel ; en effet, le tsaddiq se voit lui-même comme un "unique" (ya'hid), un solitaire, un "particulier", il n'a pas de maison installée sur cette terre mais toute habitation qu'il a il ne la conçoit que comme temporaire (areî).
C'est pour cela que David dit de lui-même (psaume 119, 19) :
"guér anokhi vaaréts al-tastér mimméni mitsvotékha
"moi, je suis en moi-même un guér sur la terre, ne cache pas de moi tes mitsvotes".
Il s'est décrit lui-même comme guér qui est toujours invité à aller de ci et de là, et il ne sait pas quand il doit partir. Et comme il ne sait pas quand ce sera, il doit toujours avoir des provisions pour le cas où, soudainement, lui viendrait l'ordre de partir encore.
Et que sont ces "provisions" (tséda) ? C'est réaliser dans le concret les mitsvotes ; c'est pour cela qu'il dit : "ne cache pas de moi tes mitsvotes".
Et nous avons trouvé aussi que les patriarches (avote), tous, sont dénommés guérim.

Avraham, dont il est écrit :
"guér vé tochav anokhi îmakhém
un guér et un résident temporaire je suis parmi vous" (Béréchite 23, 4).

Yits'haq, dont il est écrit : "je suis un guér sur cette terre" (Béréchite 26, 3).

Yaâqov, dont il est écrit le premier verset de notre paracha.
(Fin du texte intégral de Rabbénou Bé'hayé).

Le niveau intérieur
Pour comprendre exactement l'importance de ces concepts au moments de l'histoire qui est celle de la constitution du peuple par Yaâqov, père des 12 tribus, et pour comprendre le sens de ces enseignements à cette étape, il faut aussi écouter ce que nous en disent les Sages qui nous ont transmis l'intériorité de la Torah. Cela est possible sur ce point après que nous ayions ainsi posé tous ces fondements mais nous serons très brefs cependant. Il y a deux points :
- l'état de guér est une participation de la sainteté à la jonction de ce qui est l'impureté, l'écorce du fruit, la klipa ; cela est nécessaire pour que le monde soit amélioré dans toute son étendue, et c'est la tâche de l'homme. Voilà pourquoi il y a ces descentes en Egypte, et aussi pourquoi il est dit que Yaâqov aimait Esav (Esaü). Voilà pourquoi, il est impossible de ne pas aimer tous les hommes, même si on est différent. Voilà pourquoi la venue de guérim (pluriel de guér) vers le peuple juif est une bonne chose, et elle a ensuite ses voies de bon pilotage que l'on trouve dans le dossier "conversion". Sur cette question, pour les étudiants avancés, se reporter aux Chaâr haguilgoulim,aqdama 34.
- le passage à l'état de guér tsédéq est un passage à la qédoucha totale qui n'est plus lié à l'état précédent sinon dans la trajectoire rendue par le même mot. Cet état est si grand que le Ari zal montre, sur le verset du psaume 119, 19 que les deux noms de D.ieu qui sont chacun l'union du tétragramme avec le nom Elokim et avec le nom Adonoute forment ensemble la guématria du mot guér. Il n'est pas question ici de développer la grandeur de ces concepts ; nous les citons en bref seulement pour bien faire comprendre la grandeur et l'intériorité de ces réalités. Que celui qui veut étudier jusque là aille étudier auprès de rabbins qui lui transmettront la tradition à l'intérieur des rites juifs de transmission, il n'est pas d'autre voie. Tout raccourci est supercherie. Et cette voie est réellement longue. Mais le progrès y est rapide. Lire cette page sur la façon d'apprendre: http://www.modia.org/lev-gompers/methode/coeur.html

Le commentaire de Ribbi Yaâqov Abou'hatséra
Il s'interroge sur le fait que la première phrase de la paracha évoque les ancêtres de Yaâqov.
Il démontre alors que la Torah veut nous faire prendre conscience par les mots du premier verset, que et combien Yaâqob a accompli la plénitude des mitsvotes dont nous venons de parler.
Et cela est un véritable qiddouche Hachém, un don total de sa vie à Hachém.
Avraham a réalisé ce qiddouche Hachém par l'acceptation du sacrifice personnel dans la fournaise.
Yits'haq a réalisé ce qiddouche Hachém par le sacrifice de la âqéda.
Quant à Yaâqov,  il a réalisé ce qiddouche Hachém par une intégrité parfaite dans les mitsvotes dans tout son séjour chez Lavane malgré le retard de la réalisation de soi. Ce retard lui est compté comme qiddouche Hachém.
Cela peut donner espoir à tous ceux qui voient un retard important dans la réalisation de leurs voeux les plus chers.


Il y a tant de matière à réflexion dans ce texte qui nous fait comprendre la paracha, que nous pouvons la relire maintenant selon cet éclairage,
puis l'assimiler par les exercices suivants,
enfin, échanger avec nos proches.

Exercice d'intériorisation :
Examiner notre conduite réelle, intérieurement, et extérieurement envers tous ces pauvres, et corriger notre coeur, nos pensées et nos actes réels et concrets, comme nous le dit la Torah.

Exercice de mémorisation 
Cherchez le verset qui vous touche particulièrement dans les commentaires et apprenez-le en hébreu et en français.

Exercice de recherche
Chercher où les patriarches sont nommés guérim. Chercher pour Avraham ; et lire  Béréchite 47, 4 ; Chémote 18, 3 ; psaumes 33, 13. etc.

 


Entrons encore davantage dans la profondeur et la gravité de cette expérience intense,
avec le dernier verset (Béréchite 40, 23).
Tout s'est passé selon l'interprétation du rêve qu'avait donnée Joseph : le maître échanson (sar haofim) devint à nouveau chef du service auprès du Pharaon tandis que l'autre fut pendu. 

"Vélo-zakhar sar-hammachqim éte Yossef va yichka'héhou.
Et il ne se souvint pas, le maître-échanson, de Yossef, et il l'oublia".
Nos Sages attirent notre attention sur le sens de la répétition de ces verbes : "il ne se souvint pas et il oublia". 
Ce n'est pas une répétition car un message important est transmis par ces précisions. Surtout en fin d'une paracha, dans le dernier verset.
Que dit Rachi ? Il commente : il ne s'en souvint pas le jour même et il l'oublia dans la suite. 
Cela veut dire 
- qu'il a voulu oublier le bienfait qu'il a reçu et l'auteur de ce bienfait, 
- cela intellectuellement et logiquement, 
- pour ne pas s'encombrer la vie par ce poids et trouver sa liberté nouvelle. 

Cela veut dire aussi que le coeur ne peut pas suivre une telle démarche non vraie et contraire aux bons sentiments naturels qui caractérisent tout humain. La gestion de ce dilemne est donc de s'appuyer sur une fausse logique qui peu à peu parvient à écraser les sentiments, à les refouler dans l'obscurité ; et peu à peu l'oubli s'installe, pour un certain temps, sauf quand la culpabilité ressurgit ou quand les sentiments internes crient, car tout homme a été créé à l'image de la bonté de D.ieu.
Voilà comment les commentateurs expliquent ces deux temps dans l'oubli.

Le Baâl ha Tourim (lien ici) analyse : nous sommes devant l'ingratitude (kafouï tova) d'un homme qui oublie le bien qu'un autre a fait pour lui
On se trouve là devant l'extrême du mal, où la bonté est bafouée totalement. 
Et de citer des exemples où celui qui fait le bien (comme le prophète Zacharie qui enseigne ou réprimande comme il se doit) est mis à mort par ses auditeurs au lieu qu'ils devraient le remercier de son appel au devoir de vérité. 

D'une telle faute morale, quand elle a lieu chez les Juifs qui connaissent les voies du vrai comportement moral, il s'en est suivi pour le peuple Juif une colère même des ennemis d'Israël envers une telle horreur et le Roi Nabuchodonozor, voyant le sang du prophère bouillir après que ses fidèles l'aient assassiné, tua tous les Sages du Sanhédrine et il cria au Ciel : "Zacharie, Zacharie, j'ai tué les meilleurs, est-ce ta volonté que tous disparaissent  ?". Le sang se calma et  Nabuchodonozor arrêta sa tuerie (Traité Guittine 57b). Choqué par un tel incident, Nabuchodonozor se convertit par la suite, et devint un véritable guér tsédéq. Ce retournement de situation fait citer au Talmud d'autres cas analogues comme celui des descendants d'Aman (Livre d'Esther) devinrent des Sages qui enseignaient à Bné Braq.

Rachi, et les autres commentateurs, parlait déjà avec vigueur contre Adam qui s'est montré ingrat envers sa femme 'Hava en l'accusant auprès de D.ieu (lisez Rachi sur Béréchite 3, 12).
Le Baâl ha Tourim dit que ces ingratitudes ont causé la mort de beaucoup en Israël et jusqu'à la destruction du Temple (voir aussi Bémidbar 23, 7). Lisez tout le chapitre 8 du livre Dévarim. Ce n'est pas un prophète qui exhorte, ce n'est pas un humain qui pleure quand l'amour infini de deux êtres est subitement oublié, c'est D.ieu Lui-même qui dit et supplie : "Je vous a donné une terre bonne, ne soyez pas ingrats".

Pourquoi donc la Torah nous enseigne-t'elle que la souffrance de l'ingratitude est insupportable à D.ieu ?
Le fait même d'être surpris de cela devrait nous éclairer sur la gravité de notre situation sentimentale et morale. Avant le Chémâ, (lien ici) le mot est "aimer ; après le verset essentiel du Chémâ, le premier mot est "tu aimeras". L'insensibilité et l'ingratitude affective sont la faute que D.ieu ne pardonne pas.
D'où tire-ton cela ? De la haftara.
Elle est en Amos (2, 6-3, 8), il faut absolument lire ce texte ; il y est décrit de nombreux comportements courants et insupportables à D.ieu mais le premier verset place la hiérarchie de ces attitudes banales et pourtant horribles.
"Ko amar Hachém âl chélocha pichê Yisraël
vé âl-arbaâ lo achivénou...
Ainsi parle Hachém : au sujet de trois fautes d'Israël
ou plutôt au sujet de quatre, Je ne peux pas pardonner"...

Cela veut dire selon nos Sages qui expliquent la Torah : 
 

il y a trois péchés impardonnables, l'idolâtrie, l'assassinat sans légitime défense, et la réalisation de ce qui est interdit sexuellement comme les incestes. Mais c'est la quatrième qui est la plus impardonnable, et elle comprend les autres : c'est de tromper le pauvre et de se détourner de lui. Cela résume tout ce que nous avons dit. 

En ce moment, tant de souffrances en Israël et depuis longtemps, et combien balayent cela d'un geste logique et supérieur, sous les prétextes logiques et mensongers les plus divers (il n'y a pas de violence sans responsabilité des deux  côtés, il faut que la vie continue, chacun a ses peines, c'est qu'ils devaient terminer ainsi leur vie, ne nous occupons pas des morts mais des vivants, mourir cela arrivera à tout le monde, etc). Logiquement, on peut justifier avec exactitude ces mots mais ce qui compte, c'est le rejet et l'insensibilité dans la relation, et la trahison de la fraternité ; c'est abaisser la tête des pauvres jusqu'à la poussière de la terre et détourner les justes du droit chemin (Amos 2, 7).

La Torah nous indique que c'est cela qui détruit le monde, car c'est la destruction de l'amour qui soutient le monde, comme l'a compris Avraham. C'est ainsi que le malheur atteint le monde.

En ces jours de malheurs généralisés parmi les peuples que l'on croyait civilisés, nous avons les clefs de ces malheurs.
Ils ont raison, après cet enseignement de la Torah, les nombreux lecteurs qui me disent : "il faut que nos rabbins nous demandent de réagir, de jeûner, de prier de façon collective et officielle". En effet, nous sommes parvenus à un sommet de l'horreur et nous savions bien que, tous, nous ne menions pas notre peuple comme il le faut : 1) l'éducation et la transmission ne sont pas réalisées au niveau que l'exige la vie de chaque enfant juif, 2) les pauvres se multiplient sans que le modèle social soit délibérément la justice et la fraternité, 3) les valeurs barbares de l'Occident avec le modèle de la réussite individuelle par l'argent avancent parmi notre peuple, 4) l'argent semble souvent avoir sa logique coupée de la morale de la Torah, 5) ceux qui portent la continuité de la mission de notre peuple sur sa terre sont encore une minorité qui s'épuise et est véritablement en état de sacrifice par la distance géographique que prennent tant de Juifs envers leur terre d'Israël alors qu'ils pourraient y participer, 6) combien de femmes juives éduquent leurs enfants dans des conditions de solitude et d'argent insupportables sans compter sur les problèmes de violence qu'elles subissent, 7) la pureté de notre héritage avec le Chabbat est constamment bafouée même par nos leaders politiques quand ils représentent notre héritage, etc, etc. 
La Torah et la haftara osent nous dire tout cela pour le corriger ; c'est là la source de nos malheurs.

Nous devons donc faire avec précision notre bilan personnel concernant les pauvres sous toutes formes, et corriger cela avec précision personnelle sans attendre que nos rabbins déclarent  "un" jour de jeûne ou demandent de faire spécialement "une" mitsva qui nous permettra subtilement de négliger par ailleurs. Nous savons bien que la situation est trop grave pour en rester à ces solutions trop partielles.

Point important
Nos Sages nous montrent aussi que nous ne pouvons, aucun, reporter sur autrui la responsabilité de cette situation. Nous sommes égaux dans cette ingratitude et dans ce qui la cause.
En effet, nos Sages disent que Yossef n'est pas seulement la victime mais c'est la jalousie que lui a provoquée délibérément chez ses 10 frères qui lui a valu ses 10 années d'emprison
nement. Et, ensuite, c'est parce qu'il a été ingrat lui aussi envers Hachém en demandant 2 choses à celui qui était libéré au lieu de se fier à Hachém, qu'il a dû vivre 2 années de plus en prison. 
La Torah nous interdit de reporter sur autrui nos responsabilités, et elle nous montre qu'il y a une causalité directe entre le malheur du monde et le bonheur que nous ne réalisons pas autour de nous.

Chacun, nous pouvons réfléchir avec précision sur tout cela, et modifier avec précision.
Et vite car le temps presse. La solution ne viendra pas de l'extérieur ni d'un Chef d'Etat, ni d'une nation étrangère, ni des rabbins seuls, Lekh lékha a dit Hachém à Avraham : "va vers toi-même".

Lecture :
Conversion, qui est l'entrée dans le peuple juif par le statut de guér.
• les références citées,
Michlé (Proverbes) 19, 1-7.
• Pour les avancés : Mékhilta sur Michpatim 22 et le Rachi.

Vocabulaire de la pauvreté non ingrate
(Reportez vous aux références ci-dessous).
La pauvreté se dit daloute en hébreu, et le pauvre est le dal ; dal est aussi dalét, la porte (voyez psaume 141, 3).
Notre pauvreté doit devenir une porte qui s'ouvre à nouveau. Ainsi, David dit dans le début du psaume de 'Hanouka : "ki dilitani", ce qui veut dire à la fois "tu m'as appauvri" et "tu m'as ouvert un autre horizon".
La 4e lettre de l'alphabet est la lettre dalét ; avant elle, c'est la lettre guimel qui veut dire "donner" : donner au pauvre. Donc : aleph : Un (D.ieu) ; beit : deux (la relation) ; guimel (le don qu'ouvre le couple, l'enfant) ; dalét, le pauvre (se reconnaître toujours pauvre, soi et réciproquement, et sans envie ni tristesse, se retrouver comme quand Yossef retrouva ses frères et partager ; nous avons seulement ""reçu" la Création et c'est pour la partager non pour devenir des coffre-forts qui enferment et possèdent). Lisez les Otiotes de Ribbi Aqiva qui décrivent la dynamique de chaque lettre hébraïque.
Le malade est le pauvre absolu, dit le Talmud. 

Dal a toujours le sens de 
- âni (voyez psaume 140, 13 et Tséfania 3, 12).
- pauvre et affligé (dal vé évione : psaumes 72, 13 et 82, 4), 
- dénué de... (psaume 82, 3), et considéré comme manquant de valeur (pé'hout-êrékh) et ne faisant pas le poids, léger (qal).
- abandonné et de soucieux (mitsâr),  et suppliant (Job 34, 28).

Le peuple juif en son entier est toujours en état de daloute, pauvreté, parce qu'il manque de sécurité, recevant tout et ne possédant rien par soi (voyez Michlé, les Proverbes 28, 11-16) mais possédant ainsi La science et la richesse de Celui qui est seul la bénédiction et la vie.

Dans le même sens, la Chékhina est pauvre, et Ra'hel (Rachel) en est le symbole, et elle attend toujours la réunion de ses enfants dispersés (lien ici). Elle est la femme encore  non reconnue dans sa valeur. Aussi, "qui opprime le pauvre, injurie son Créateur" (voyez Michlé, les Proverbes 14, 31).
La pauvreté est une étape liée au salut, état annoncé à Yossef dans le rêve du Pharaon sur les vaches maigres et les vaches grasses. La pauvreté est nécessaire avant le salut et elle l'annonce. Au contraire, le riche est plein et vide de tout avenir et de toute autre place pour un autre bonheur et pour l'amour. Il est plein et fermé. C'est pour cela que le Roi David retombe sans cesse en état intérieur et extérieur de pauvreté car il possède la science de l'amélioration du monde, il est le Machia'h, le messie par excellence.
Le Chir ha Chirim, le Cantique des Cantiques est le chant d'amour parfait envers celle qui sait incarner cette pauvreté et qui est pleine, pour cela, de la richesse de toutes les bénédictions : un seul être envers son bien-aimé éternel. 
Le Cantique Echète 'Haïl ( chapitre 31 des Proverbes) -dit le soir du Chabbate envers la Torah, la Chékhina et la femme- dévoile le versant plein de cette pauvreté apparente.
 Yossef, le pauvre, nous apprend tellement, et son nom signifie donc, à juste titre : "ajoute". Nous comprenons pourquoi.  Et son nom est invoqué pour la fertilité : "bén porate Yossef".

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