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Règles du Copyright - Traduction et commentaires par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basés sur les livres de nos Sages
 
4e Paracha: Vayéra - "  Il se fit voir"

Béréchite (La Genèse) 18, 1 - 22, 24

La méthode de l'étude conduit à la véritable relation
Lire la Haftara II Rois chapitre 4

Plan

I - Le pchate, sens premier du texte 

  1. Mitsvotes dans la paracha
  2. Thèmes de la paracha
  3. La méthode de l'étude
  4. Elle nous révèle le sens (exemple du Chla)
  5. L'éclairage de Rabbénou Bé'hayé
  6. Rachi et Onqélos
  7. Démonstration pour étudier selon un exemple.
II - Torah or
  1. L'épisode de la âqéda selon le Chla.
  2. L'éclairage d'ensemble
  3. Le prix payé
III - Conduite de vie, moussar
  • La visite aux malades. 
  • La conception juive du malade.
  • Lectures
  • Développement personnel

  • Questions posées par le Chla 
    sur le plan du comportement moral

    Entendre chanter la paracha (ORT)
    Téâmim askénaziim

    Entendre chanter la paracha (Alliance)
    Téâmim séfaradiim

    Entendre chanter la haftara (ORT)
    Téâmim askénaziim
     

    Ici, très important  : comment
    bien prononcer 
    et lire la paracha Vayéra

    Le rapport du commentaire 
    de Rachi à celui d'Onqélos

     

    Ici : A lire

    Poèmes d'amitié
    avec Dessin. Amitié.
    avec Photo. Amitié.



    Note préalable : ceux qui apprendront les expressions hébraïques placées dans le texte en phonétique, vont acquérir ainsi  rapidement un très grand vocabulaire (otsar milim) qui permet d'entrer dans la culture juive, de lire les livres, de comprendre les conférences et de participer aux groupes d'études. Ce vocabulaire est indispensable dans la formation du Juif qui veut étudier la Torah.

    I - Le pchate, sens premier et apparent du texte

    Mitsvotes dans la paracha

    Cette paracha ne comporte pas de mitsva "explicite" (béférouche) insérée dans la liste des 613 mitsvotes (tariag mitsvote). Cependant, le Chla (lien ici sur sa vie et sa méthode) considère comme une mitsva ce que dit le premier verset de notre paracha : la prescription du devoir d'hospitalité (harnassate oré'him). Nous allons décrire ce qu'est cette mitsva.

    En effet, ce n'est pas une mitsva séparée mais c'est une subdivision de la 611e mitsva (véhalakhta bidérakhav, "tu marcheras selon les voies de Hachém", Dévarim 28, 9), ou une subdivision du précepte de marcher selon Hachém notre D.ieu (lalékhéte bidérakhav, Dévarim 30, 16), comme le dit le Sémag (Grand livre des mitsvotes). 

    En effet, dans le Traité Sota, page 14 a, Ribbi 'Hama ben 'Hanina interprète cela et montre que cela veut dire que nous devons aller selon les middotes de Haqqadoche Baroukh Hou.

    • habiller ceux qui sont nus comme Hachém vêtit Adam (Beréchite 3, 21 allez vérifier), 
    • visiter les malades comme Hachém le fit envers Avraham (Beréchite 18, 1), 
    • enterrer les morts comme Hachém le fit envers Moché (Dévarim 34, 6), 
    • réconforter les endeuillés comme Hachém le fit envers Yits'haq après la mort d'Avraham (Beréchite 25, 11). 

    Et Ribbi Simlaï dit que nous voyons par là que la Torah est toute entière actes de bonté du début à la fin car, au début, D.ieu donne des vêtements à Adam et, à la fin, Il enterre Moché. Ce comportement (où  le Roi vient ainsi vers le petit) n'est pas commun aux hommes (Tan'houma 2a). On interprète comme visite à Avraham malade cette venue de D.ieu auprès de lui car il n'est pas précisé ce qu'Iil est venu faire, et cette gratuité est bien le propre d'une visite au malade. Avraham était au 3e jour après la circoncision qui est le jour le plus douloureux (voir Béréchite 34, 25).

     

    Thèmes de la paracha

    La paracha comporte des scènes qui ont suscité de multiples commentaires les plus importants sur tous les plans et il est d'abord nécessaire pour vous de lire la suite de tous ces épisodes :
    - les trois visiteurs qui rendent visite à Avraham circoncis et lui annoncent une naissance.
    - le rire de Sarah, et sa dénégation qu'elle ait ri.
    - la promesse qu'Avraham deviendra une grande nation et que toutes les nations seront bénies par lui.
    - la supplication d'Avraham en faveur de Sodome. La violence contre Loth et la destruction de Sodome.
    - l'union incestueuse des filles de Loth.
    - l'enlèvement de Sarah par Avimélékh.
    - la naissance de Yits'haq, le mépris de Agar et son renvoi avec Yichmaël.
    - le pacte sur la terre obtenu d'Avraham par Avimélékh dont les serviteurs détruisaient les puits d'Avraham.
    - le "non-sacrifice" de Yits'haq (la âqéda).
    Lisez maintenant la paracha pour bien avoir en tête ces passages tels qu'ils sont dits, avant de lire ce commentaire.

    De nombreuses cultures se sont emparées de ces épisodes pour en faire la base d'interprétations symboliques dans la littérature, la religion ou l'art. Chacun a le droit d'être imaginatif et créatif et d'utiliser pour cela les matériaux de son choix. Mais, avant tout, prendre la parole de D.ieu pour ce qu'elle est.

    La méthode de l'étude

    Et, si nous voulons connaître la signification de ces épisodes à l'intérieur de la tradition juive qui les a établis (seule réalité de la chose), il faut aussi connaître les règles de composition de ces histoires transmises. 

    Le site Modia n'est pas une scène pour diffuser nos commentaires imaginatifs, qu'ils soient appuyés sur la science, l'expérience ou notre créativité,
    c'est un lieu d'enseignement de la Torah par la méthode des Sages eux-mêmes : nous étudions la Torah transmise par écrit et par oral, avec les Sages qui sont les seuls transmetteurs, et selon leur méthode, en essayant de démontrer au lecteur comment ces Sages pensent le texte, quels outils d'analyse ils utilisent. 
    Notre apport personnelle est cette présentation la plus claire possible. 

    Par cette acquisition progressive, le lecteur parviendra à étudier comme eux, et avec eux.

    1. D'abord, dans le judaïsme, le thème du récit en lui-même n'est qu'un des éléments du message. 

    2. Bien plus, il ne trouve son sens que dans le jeu des composants linguistiques de l'hébreu qui le constituent. Si la même histoire semble garder tout son sens, traduite dans une langue ou dans une autre, c'est une erreur en ce qui concerne les histoires bibliques ; en effet,
    - le sens véritable est donné, en plus du récit, par le choix de chaque mot qui réfère à toute une grappe d'autres phrases réparties dans le tanakh (l'ensemble des livres de la Torah et de la Bible) où se trouve ce mot également : c'est dans le lien à ces autres mots-clefs et à leur contexte que le sens du récit peut seulement apparaître. 
    - Pour cela, on est aussi aidé par les originalités linguistiques et grammaticales qui sont les signes les plus probants de l'indication précise du sens parmi plusieurs possibles. On comprend alors la méthode de Rachi (lien ici avec sa vie et sa méthode) qui recherche ces particularités pour nous communiquer le sens de base du texte, le pchate.

    3. Enfin, ces guidages pour prendre appui sur tel ou tel signe linguistique nous sont transmis par la tradition orale que l'on trouve dans la Michna, dans le Talmud et dans la transmission individuelle de maître à élève. Ceux qui veulent s'y former ont l'information sur le site.

    4. La technique personnelle pour entrer dans cette technique juive de l'étude est 

    • de lire la Torah en hébreu, (sinon travailler avec précision ce commentaire et l'application sur le texte en lisant les références et en allant aux liens qui sont proposés).
    • de se poser le maximum de questions pour ne pas se laisser emporter par le fil de l'histoire, mais percevoir tous les carrefours de sens qui sont probablement un lieu d'enseignement.

    Démonstration pour étudier, selon un exemple

    Un exemple très fructueux de cette étude nous est donnée par le journal personnel de Rabbénou Yossef Caro (lien ici sur sa vie et sa méthode) dans Maguid mécharim. Il ne commence pas par des grandes idées dont il serait capable plus que tout autre, mais il cherche à dresser la liste du maximum de questions; il procède donc là selon la méthode que nous avons vue dans la paracha précédente où le le Rav Chalom Messas, dans Vé'ham hachéméche, prend lui aussi la méthode que nous avons précisée comme étant celle de Rachi ou du Chla: se poser le maximum de questions pour éclaircir le texte et ne pas faire d'erreur sur le message de ce premier verset essentiel.; nous le décrivons pour apprendre comment nous DEVONS, ainsi étudier. Voici les question de Rabbénou Yossef Caro:

    - pourquoi est-il écrit (18, 1) : "Il se révéla à lui" et non pas "Hachém se révéla à Avraham"?

    - pourquoi est-il dit qu'Il se révéla à lui alors qu'il n'est rien rapporté qu'Il lui ai dit?

    - comment se peut-il que D.ieu ait visité Avraham malade sans lui avoir parlé, alors que la parole est partie intégrante de la mitsva de biqour 'holim (visite aux malades)?

    - quel est le message pour que l'on nous dise que cela a lieu "aux chênes de Mambré", et en quoi cela nous importe-t-il?

    - qu'est ce que cela veut dire qu'il se tenait assis "à l'entrée de la porte"?

    - que veut-on nous dire par "pendant la chaleur du jour"? Et pourquoi?

    - pourquoi trois personnages, et que veut-on dire en nous signalant qu'il courut à leur rencontre?

    - quel est le message de dire qu'il alla chercher "un peu d'eau"?

    - que veut dire qu'il était "sous l'arbre"?

    - quel est le sens des "trois mesures de farine"?

    - quel est le sens de "fais ainsi comme tu l'as dit"?

    - que veut dire : " Avraham courut vers le troupeau"?

    - quel est le sens de : "Et Sarah écoutait à l'entrée de la tente"?

    - etc.
    Voilà les types de questions que nous devons nous poser sur tout texte de la Torah, sur chaque mot.

    Nous voyons donc que la méthode de l'étude juive de la Torah repose sur :
    - un repérage des unités minimales de sens,
    - un repérage des signifiants que l'on peut alors retrouver par concordance dans les autres parties du Tanakh, et de la tradition orale transmise ;
    - une meilleure saisie de la dynamique effective du texte.
    On est donc très loin de l'interprétation selon une théorie externe.
    Désormais, ne jamais oublier cette méthode, et l'appliquer systématiquement devant tout texte de la Torah.
    Ensuite, il sera facile d'aller chercher dans les commentaires ce qu'en dit la tradition par les Sages.

    Le Chla se pose la question de savoir pourquoi on nous expose ainsi cette visite à Avraham : c'est que la mitsva de visiter et de faire entrer les invités (hakhnassate oré'him) est un niveau plus élevé que ceux des autres qualités (maâla guédola mimmaâlote hammidote). Le motif profond est celui-ci: D.ieu nous accueille gratuitement dans l'existence comme des invités à chaque instant, à chaque époque, à chaque heure (békhol chaâ), à chaque minute. Et s'Il ne Le faisait pas, le monde disparaîtrait immédiatement de toute existence. Et tout le monde entier est considéré comme des invités en ce qui concerne Hachém béni soit-Il (kol haôlam oré'him hém légabé Hachém yitbarakh).

    Nous nous apercevons ainsi que cet épisode simple de la visite à Avraham est très profond et nous révèle 
    - les attitudes essentielles envers autrui,
    - la nécessité de nous comporter selon les attitudes (middote) de Hachém Lui-même,
    - mais, surtout, la nature même de l'existence en soi qui est bonté gratuite. On le comprend en ce qui concerne un bébé: sans la bonté gratuite d'autrui, il meurt mais cela est identique pour tout être; sans la bonté gratuite de D.ieu, l'existence même qui est miracle de vie disparaîtrait pour nous.

    Rabbénou Bé'hayé
    Nous pouvons maintenant comprendre exactement le choix de Rabbénou Bé'hayé (lien ici sur sa vie et sa méthode) qui résume toute la paracha dans ce verset 16, 15 des Proverbes :
    Béor-péné mélékh 'hayim
    "Dans la lumière du visage du Roi est la vie
    ou rétsono ké âv malqoche
    et Sa volonté est comme un nuage qui apporte la pluie du printemps".

    Selon ce que nous venons de voir, en ce "proverbe" le roi Chélomo (Salomon) nous explicite que la vie tient au fait que le Roi (D.ieu) dévoile son visage. La vie n'est pas un fait brut de réalité physique et rationaliste selon des lois que définit progressivement la science ; la vie est une forme d'existence qui ne peut se réaliser que parce que D.ieu veut bien extérioriser vers nous Son être qui est vie. Cette extériorisation est nommée "lumière venant de Son visage".
    Cela est appelé "nuage de pluie" parce que cela assure deux fonctions : apporter la vie ('hayim), et donner la guérison (réfoua).

    Cela est nommé aussi  "dévoilement de la Chékhina, guilouï ha Chékhina". Il y a 
    - un guilouï ha Chékhina dans le don d'existence et de guérison de l'existence, continuellement,
    - un guilouï ha Chékhina envers Avraham en ce début de notre paracha pour notre enseignement, 
    - un guilouï ha Chékhina dans le Temple pour tout le peuple (lisez l'épisode de  Vayiqra, le Lévitique 9, 23 ou le premier mot de notre paracha est utilisé : vayéra khévod-Hachém él kol ha âm, et se manifesta la Gloire de Hachém vers tout le peuple). 
    Ce dévoilement de vie n'est pas automatique, il est placé dans une relation réciproque d'amour:
    - Avraham a mérité de recevoir ce bonheur de guilouï ha Chékhina parce qu'il s'est efforcé (hichtadél) d'accomplir la mitsva de la circoncision (mila),
    - le peuple a mérité de recevoir ce bonheur de guilouï ha Chékhina parce qu'il s'est efforcé (hichtadél) d'accomplir la mitsva de la construction du sanctuaire (miqdache).
    Le Chla commence sa prière par cet état qu'il appelle : "Tu as créé le monde dans le dessein de faire connaître ce que Tu es en Ta dinivité" ; voir sur ce lien-ci ces thèmes dans sa prière pour les enfants. Tout cela est le motif de la récitation des psaumes.

    Rachi et Onqélos : cliquez ici

    Cette conception de la mitsva de réception des invités comme don de vie et dévoilement de la face du Roi, nous permet maintenant de comprendre le commentaire de Rachi :
    Vayéra élav : lévaqér éte ha 'holé... yom chélichi lé milato haya
    Il se révéla vers lui : visiter le malade... le 3e jour de sa circoncision c'était.

    Bé éloné Mamré. Hou ché natane lo êtsa âl ha mila, 
    dans les plaines de Mamré. C'est lui qui lui donna conseil au sujet de la circoncision.

    Léfikhakh nigla âlav bé 'hélqo
    en raison de cela (D.ieu) s'est découvert à lui sur son territoire.

    Nous trouvons les thèmes présentés ci-dessus. 
    Il faut aussi savoir ce qu'est Mamré ; c'est un lieu qui se trouve à 3 kilomètres au Nord de la vie actuelle de 'Hévrone (Hébron); (voir ci notre reportage sur Hévrone, avec de ombreux liens et photos); ce lieu Mamré s'appelle actuellement Ramate al Khalil. Allez voir les épisodes qui s'y sont déroulés dans la Torah aux versets suivants de Béréchite : 13, 18 ; 14, 13 et 24 ; 18, 1 ; 23, 17-19 et 35, 27). C'est la tradition de Ribbi Yéhouda.
    Mais, de plus, le Middrache Béréchite Rabba 47, 10 nous rapporte la tradition de Ribbi Né'hémia disant que c'est aussi le nom du propriétaire de ce terrain. Et Ribbi Âzaria dit au nom de Ribbi Yéhouda que, lorsque Avraham pensa à se circoncire, il demanda conseils à trois amis ; Anér et Echkol le dissuadèrent ; Anér invoqua l'âge et la souffrance (argument souvent utilisés pour prendre distance du destin juif) ; Echkol invoqua un argument que la génération qui a été en partie exterminée dans la Shoa comprendra bien :  "en te circoncisant, tu irais faire quelque chose qui permettra à tes ennemis de te repérer". Par contre,  Mamré l'exhorta : "quoi ! Il (D.ieu) t'a défendu dans la fournaise, dans la guerre, dans la famine et pour cela tu ne Lui obéirais pas !"
    Aussi le Saint béni soit- lui dit : "puisque tu lui as donné un si bon conseil, quand Je me découvrirai (nigla) à lui, ce sera seulement dans ton palais".
    Par cette source rapportée en détail, nous voyons maintenant ce qu'est le commentaire de Rachi, il résume la tradition sans préciser les sources, il suppose qu'on connaît ces textes ou que l'on apprend avec quelqu'un qui les connaît et nous conseille de s'y reporter.

    Il faut toujours voir ce que Rachi pointe dans le middrache. Ici c'est le mot "nigla" et non pas seulement le mot vayéra du texte biblique. Onqélos qui traduit la Torah en apportant les nuances précises à prendre en considération traduit ce mot hébraïque Vayiqra de la même façon: "véitguéli, et il se découvrit".

    Nous comprenons parfaitement maintenant le commentaire du Chla et celui de Rabbénou Bé'hayé sur la visite au malade ou sur la réception des invités comme un "découvrement de la Chékhina, guilouï ha Chékhina".

    Nous avons voulu, selon la méthode de ce site qui est celle du béit middrache,  démontrer que l'étude de la Torah doit passer par 
    - la compréhension du jeu des mots hébraïques pour saisir le message,
    - la connaissance des commentaires des différents Sages et leur mise en relation pour comprendre la Torah.
    Elle n'est pas un support sur lequel on fait un support spirituel ou moral brillant qui mettrait en valeur les dons de l'orateur fascinant. 
     

    C'est une rencontre avec Hachém dans l'amour du concret des nuances précises de Sa parole en compagnie des Sages qui nous éclairent, pour prendre possession de l'immense héritage que nous sommes en droit de recevoir.

    Mais cette étude ne nous enferme pas dans la particularité juive la plus forte. En effet, nous voyons ici la louange de ce non-Juif, de ce non-Hébreu (Mamré) qui est l'instrument indispensable de la circoncision et du dévoilement de la lumière divine à Avraham. Cela se reproduira avec Yitro, puis avec Ruth, etc. La question du rapport Juif-non Juif et celle de la conversion tiennent à l'essence du judaïsme. Le judaïsme n'est pas une île dans la Création.
     
     

    CE DÉBUT DE PARACHA DEVRAIT NOUS RENDRE SENSIBLE A CECI : COMBIEN LA MOINDRE RENCONTRE HUMAINE DE DEUX ÊTRES (QUELS QU'ILS SOIENT, Juifs ou non-Juifs) A LE POTENTIEL TOTAL POUR ÊTRE UNE EXPÉRIENCE DU DÉVOILEMENT DE LA PRÉSENCE DIVINE.
    A CONDITION DE VRAIMENT VOIR, DE VRAIMENT ÉCOUTER. C'EST LE VERSET DU CHÉMÂ YISRAEL : "écoute" Israël.

    Un poème, comme le middrache, est parfois le langage nécessaire pour essayer de rendre "sensible" ce que l'on dit par une dissertation théorique, par des exposés, par des professions de foi, par des déclarations idéologiques. Le poème n'est pas un genre réservé à ceux qui y sont portés, comme d'autres vers le foot-ball ou le golf. C'est, simplement, une nécessité pour parler un peu mieux de la vérité préssentie et ressentie. Il ne faut pas pas le prendre à la lettre, mais l'écouter seulement, comme un volet qui grince nous transmet immédiatement tout le vent qui se promène. Le poème Visites d'amitié (lien ici) affirme ce "plus" qu'il peut y avoir quand il y a le respect vrai dans la relation. Comment faire pour devenir conscient de LA PRÉSENCE dans la relation et dans la visite aux malades ? Pour ne pas en faire un devoir formel.

    J'ai écrit tout un livre sur "La relation au malade" pour rendre sensible à ce que l'autre vit quand il est malade, afin de l'y rencontrer et de l'aider. L'art d'être un homme parmi les hommes n'est pas seulement d'être sensible, c'est "d'être sensible à  la sensibilité d'autrui", de savoir écouter son rêve.
    La paracha nous montre qu'Avraham parvient à le faire ; mais il ne réussit pas seulement un exercice de bonne communication  psychologique,  il est sensible à toute la dimension divine présente réellement dans autrui.
    Et il voulait révéler à autrui ces dimensions qu'il portait : avec Sara son épouse, ils "faisaient des néfachote" (ils amenaient les hommes à la véritable connaissance de la réalité) : c'est une réalité où la présence de D.ieu peut se dévoiler si l'homme ouvre les yeux, les oreilles et le coeur. Voilà pourquoi Avraham et Sara sont les père et mère de ceux qui se convertissent.

    II - Torah or

    Nous allons maintenant aller au-delà de cette phase de l'étude qui délimite le message dans sa vérité exacte hors des divagations : le pchate.
    L'ayant bien précisée, nous pouvons aborder la seconde partie : la compréhension du sens intérieur, ce que le Chla appelle "Tora or, la Torah est une lumière".

    L'épisode de la âqéda selon le Chla.
    Le chapitre 22 (à lire absolument) nous décrit les conséquences de la disponibilité d'Avraham aux ordres de Hachém: il se retrouve alors devoir sacrifier son fils aimé. Cette ligature de Yits'haq par son père Avraham, est l'épreuve la plus difficile qu'un homme puisse affronter. 

    Le Chla souligne ceci : cet accord des deux, Avraham et Yits'haq, dans la montée vers le sacrifice, nous plonge dans la stupéfaction.
    Selon la méthode que nous connaissons maintenant, le Chla va réaliser une lecture plus précise et plus attentive qui doit nous montrer les nuances caractérisant ce texte.
    Ainsi, quand il est dit : "où est la victime pour le sacrifice ?", il faut comprendre cette question aussi comme une prière pour que D.ieu apporte une autre victime (et, sinon, Avraham dit que son fils la serait). 
    Cette remarque elle-même est à comprendre dans le contexte du fait que la prière de demande, est exaucée par D.ieu, comme cela est repris explicitement dans les supplications (séli'hotes) dites avant le recommencement de l'année. Le Yalcoute sur le verset 22, 9 décrit les flots de larmes et les cris qui accompagnent ces prières. 

    Ajoutons par là que la prière est un combat intense dans lequel tout l'être est investi ainsi que toute l'existence. Yits'haq crie en disant le début du psaume 121 (lien ici) : "je lève mes yeux vers les monts d'où me viendra mon aide". Le père et le fils accomplissent donc la volonté de D.ieu mais ils ne la font pas dans la joie qui est demandée. 

    Cela aussi pose problème et exige réflexion (pause).
     

    Une autre difficulté
    Revenons à la méthode linguistique : une difficulté vient de l'expression du verset 22, 5 : moi et le jeune, nous irons "jusque là, âd co". Le Chla souligne qu'il faut comprendre ce mot "co", comme une réprobation d'Avraham à l'encontre de D.ieu qui lui avait promis une descendance par ce même mot co : "co yiyé zarâkha, ainsi sera ta descendance" (15, 5). 
    Le Chla répond à ces problèmes en réalisant une analyse très longue et très complexe du texte qu'il n'est pas possible de reprendre ici et il trouve l'éclaircissement dans la signification du repas offert par Avraham aux 3 anges. 

    Nous pouvons dire que le Chla trouve le sens de ces questions linguistiques dans l'analyse de l'expérience existentielle qui s'y déroule pour Avraham, par exemple, quand Avraham se demande si ces trois personnages sont des humains ou des anges. A cette occasion, il prend comme l'un des critères de différence que les anges sont statiques (comme il est dit dans Daniel 7, 16 "et ne font pas de sauts", ainsi que l'indique le Traité Bérakhote de Jérusalem, 1, 1) tandis que les hommes sont en mouvement et marchent ainsi que les décrits Zacharie 3, 7. 
    Nous le voyons, le texte de la Torah lui-même se déroule selon le débat que nous nous posons, à condition de lire le texte dans l'hébreu pour le voir.

    Bien entendu, cette mobilité rejoint ce qui avait été dit à Avraham ("lékh lékha, va vers toi-même"). Les anges sont davantage un support de la présence de D.ieu, une merkava, un char. L'homme marche, comme Avraham et Yits'haq vers le Mont Moria (Jérusalem) et l'homme droit avance avec cette capacité que rien ne pourra arrêter cette marche : "les eaux nombreuses ne peuvent pas éteindre l'amour" (Cantique des Cantiques 8, 7). Les eaux vivantes de la sainteté (qédoucha) ont le pouvoir de déduire l'efficacité des écorces ou  qlipotes qui étranglent la vie. 

    On le voit, un texte qui semblait très simple, parce qu'il a une histoire que l'on peut ramener à un scénario simple, apparaît comme devant exiger une étude complexe. Cependant, nous avons bien découvert que la méthode est précise. Une fois qu'on la connaît, il n'est pas difficile de l'appliquer systématiquement sur un autre texte.

    Par là, le Chla nous invite à dépasser une analyse unilatérale même si on en tirait de beaux enseignements ; et il montre deux niveaux simultanés et extrêmes :

    • d'une part, dans l'apparence réelle de ce qui est vécu, c'est une longue épreuve, la plus cruelle, la plus brutale et la plus déchirante entre deux êtres qui s'aiment;
    • d'autre part, il y avait simultanément une expérience intime et duelle et dialogale de la présence de D.ieu qui était de l'ordre du "parfum".
    Ce niveau est ce qui émeut l'âme quand Yits'haq est offert en sacrifice "d'agréable odeur" (réa'h ni'hoa'h); et, quand l'ange de D.ieu dira à Avraham de ne pas porter la main sur son fils (22, 11), il est parvenu à cette place qui est celle des deux séraphins du Saint des Saints quand y vient LA voix, comme le disent les middrachim. 
    Ainsi, on comprend le jeu linguistique disant que le lieu de ce sacrifice (qui n'eut pas lieu) est le Mont "Moria", nom d'un parfum, en hébreu. Soulignons que le dernier mot du Cantique des Cantiques (béssamim) signifie également "parfums", dans cette recherche impatiente de l'aimé par l'amante qui est prête à tout pour rencontrer Celui qu'elle aime.

    L'éclairage d'ensemble

    Tout le parcours accompli par Avraham et Yits'haq se joue à l'extrême de la tension sur plusieurs plans simultanément; le judaïsme n'est pas une sinécure, et on en est averti dès le début de son histoire présentée comme modèle qui va informer l'avenir, et notre avenir.
    L'homme apprend là qu'il faut, à la fois, aller vers D.ieu, y aller avec tout soi-même, et totalement mais, aussi, il découvrira que D.ieu mettra toujours une limite qui n'est pas celle de l'homme à ses sentiments extrêmes de foi, de confiance. 
    Ainsi, le judaisme n'est pas une religion qui promet "le bonheur maintenant" et tout-de-suite, et qui dirait "nous savons, c'est arrivé". Même l'homme le plus prêt à dire "oui" à D.ieu, se trouve confronté à des incompréhensions qui limitent son désir de toute-puissance dans le bien.

    En effet, même Moché, le plus grand, n'atteindra que les 49 degrés de la Sagesse et non les 50. Et même si, comme nous l'avons vu, la mila (circoncision) est la seule condition qui permette la connaissance de Hachém, elle ne le saisit pas totalement : le mot mila est composé des lettres du mot Eloqim, D.ieu, mais il n'intègre pas la lettre aleph, dit le Chla, qui est le privilège de D.ieu. 

    La aqêda analyse donc finement les exigences de la relation à D.ieu, ses limites et ses rythmes, et on apprend qu'il en est de même même dans la relation d'amour de l'homme à l'homme dans la mesure où cet amour serait intense et vrai. 

    La religion et l'amour, nous l'apprenons ici, pourraient entrainer deux pathologies par leur intensité : 
    - celle de l'indifférence (ne pas se donner soi-même),
    - et celle de l'excès trop humain. 
    L'amour avec D.ieu se caractérise par des délicatesses très mesurées et dosées comme celles d'Avraham envers son épouse, envers les invités, envers son fils, envers les rois des autres peuples, envers D.ieu lui-même. C'est le dosage subtil de "justice" (dine) et de bonté ('hésséd). Le Rambam, Maïmonide, rappelle constamment que le Juif ne doit jamais aux extrêmes, ou plutôt revenir vite à la position moyenne (beinoni).

    Certes, dans l'aventure de la Aqéda, l'amour est découvert, l'amour sera la cible finale mais le parcours est un lieu d'ascèse, de mise à l'épreuve. 
    Bien plus, ces épreuves sont un signe de l'authenticité de cet amour.
    Evidemment, cela ne concorde pas du tout avec notre besoin infantile de l'amour où tout est simple, fusion, bonheur immédiat, comme dans les chansons. En ce sens, rappelons que Yits'haq n'est pas un bébé ni un petit enfant quand il rencontre cette épreuve dans son duo avec son père Avraham : il a alors 37 ans. Ce n'est pas une crise d'enfance, ni une crise d'adolescence, mais c'est dans la maturité qu'arrivent de telles épreuves, les plus profondes, les plus imprévues, les plus incompréhensibles aux yeux des partenaires et selon le sens commun : alors, on est dans la vérité de l'épreuve. La relation va parvenir alors à une hauteur ou profondeur ou subtilité qu'elle n'aurait jamais atteinte sans cela.
     

    Comment voyons-nous ces deux partenaires surmonter le tragique de cette épreuve ?

    1- même si l'on est noyé dans la dimension dramatique du présent, apprendre d'Avraham à "voir le positif au loin, très loin au delà des ténèbres (lire 22, 4)" (les signifiants linguistiques nous disent que ce qu'il voit -yéré- alors, c'est la future Jérusalem complète : yérou... Chalém).

    2- abandonner les serviteurs (lire 22, 5), ces aides simplistes qui disent "il n'y a qu'à..", qui jugent selon les seuls critères de ce monde d'apparences, du mauvais regard, des impulsions du jugement et qui n'ont pas de perspective "au-delà".

    3- avancer dans l'épreuve présentée par Hachém et tenir sur le fait que "gam zou la tov":
    puisque Hachém est bon, cette épreuve aussi sera pour le bien, même si nous n'en comprenons pas maintenant la logique. Le plan de Hachém se déroule sur des temps longs, parfois des années (comme nous le voyons pas la stérilité très longue des matriarches) ou sur plusieurs générations (il faut dire D.ieu d'Avraham, D.ieu de Yits'haq, et D.ieu de Yaâqov pour atteindre la réalisation du plan initial), comme nous le disons dans la prière de la âmida.

    4- situer le problèmes de nos aspirations personnelles ou des difficultés personnelles dans le parcours solidaire des générations, et y trouver un sens.

    Ainsi, le moi du Juif, se vit et se réfléchit à l'intérieur d'un parcours plus large que celui du seul individu : cela est particulièrement clair dans les étapes franchies chez de nombreuses familles ashkénazes ou séfarades : sur 4 générations présentes les unes aux autres, il y a souvent la situation séculaire d'exil, les drames, les déplacements, une nouvelle assimilation temporaire puis la montée dans la terre d'Israël qui était l'aspiration de toutes les générations; et le parcours n'est pas encore achevé alors.

    Le prix payé

    Ici encore, le judaïsme ne joue pas des raccourcis faciles, qui seraient: "épreuve, mort et résurrection en quelques jours qui règleraient tout, et arrivée immédiate dans le paradis sur terre". Cette tentation continue encore dans des franges du judaïsme. Mais la réalité complexe est là comme critère inaltérable de la vérité. Certes, le judaïsme a une aspiration réelle à la venue d'un Messie mais ce n'est pas un gourou magicien que des rabbins magiciens sortiraient de leur chapeau; nous avons abandonné les magiciens d'Egypte et Avraham ou Moché, ou David, nos maîtres en Torah vivent la condition humaine avec sérieux.

    Le judaïsme, connaissant l'intensité de l'aspiration à ces solutions bonnes mais magiques et les ayant bien analysées, a développé toute la méthode sophistiquée du raisonnement talmudique pour dépister ces solutions des faux messiannismes, des fausses propositions, des faux maîtres sauveurs s'adressant à la crédulité. 

    Non pas que l'aspiration soit en cause, non pas que la sainteté de certains Sages qui feraient errer soit en cause, mais il est si difficile de bien discerner, et les conséquences historiques des faux messianismes sont si douloureuses à chaque fois, que l'énergie des vrais Sages n'est pas utilisée d'abord à enflammer la foi mais à savoir conduire avec prudence.

    Ainsi, même après la substitution du bélier à Yits'haq, et les bénédictions heureuses qui concluent la âqéda, un prix terrible a été versé: Sarah en est morte. Même s'il y a eu victoire glorieuse, le Satan s'est introduit et a colporté le mensonge et Sarah n'a pu supporter l'épreuve. La médisance tue toujours, et dans la réalité, j'en ai vu plusieurs exemples terribles. Il ne reste alors à Avraham et à son fils qu'à enterrer qui sa mère, qui son épouse. 

    Puis, le fils passera de la femme-mère à la femme-épouse, mais Avraham ne pourra pas remplacer Sarah, il ne lui reste que les larmes. 
    C'est autre chose qui se vivra ensuite.
    Nous verrons cela dans la prochaine paracha.


    1 - La visite au malade. La conception juive du malade

    La paracha Vayéra nous montre que D.ieu a visité Avraham après la circoncision : 
    "au troisième jour après la circoncisions d'Avraham notre père, il était dans une grande souffrance et D.ieu dit aux anges : descendons et visitons le malade" (Pirké dé Ribbi Eliêzér, 29).
    Il nous est donné par là un enseignement majeur: si la Torah nous montre ce fait exceptionnel, c'est qu'il est de la plus grande importance et que nous devons nous comporter à Son image et ressemblance:
    "D.ieu a visité les malades, donc toi imite-Le et visite les malades (Béréchite Rabba, 8 ; Traité Sotah, 14).
    Ainsi, "la visite aux malades vient directement de la Torah elle-même (Traité Nédarim, 39 ; Rambam, Hilkhote Evel, 14 ; Choul'hane Aroukh, Yoré déâ 335 ).
    Qu'en ces heures où Israël est malade réellement, D. vienne la visiter, visite ses gouvernants pour leur donner les remèdes dont ils manquent, la conscience de ce qu'ils représentent et le sens de l'héritage qu'ils pilotent, le sens de la vie des soldats qui ne seraient plus abandonnés, le sens de la dignité et de la force face à l'adversaire, le sens de l'identité qui est droit, le sens de l'autonomie dans les décisions, le sens de la recherche de la paix dans le respect de soi-même autant que dans le respect des droits de l'autre.
    Que ceux qui aiment Israël agissent dedans et dehors pour la soigner activement.

    Le judaïsme a donc développé une conduite très précise envers les malades, à partir de la conscience de ce qu'il est, un indigent total qu'elle que soit son intelligence ou quels que soient ses biens ou ses positions sociales :
    - "il n'est pauvre que le malade" (Nédarim, 40).
    - "il tombe malade et ne peut assumer son travail pour assumer son gagne-pain, et le voilà qui meurt de faim" (Kiddouchim 82).
    Sans cette conscience, il est toujours possible d'ignorer avec bonne santé morale celui qui souffre.

    Le judaïsme relie la maladie à un déséquilibre de l'ensemble de l'être, non pas sur le plan des responsabilités mais sur le plan des thérapeutiques :
    - "le malade ne sort pas de sa maladie jusqu'à ce que lui soient pardonnées toutes ses fautes " (Nédarim, 41).
    - "s'il souffre d'un mal de tête, de la gorge, des intestins, ou dans tout son corps, il lui est bon au même titre d'étudier la Torah" (Irouvine, 54).

    Le judaïsme propose au malade des modèles d'identification positive qui l'aideront à sortir de son effondrement :
    - "à partir du jour où furent créés le ciel et la terre, aucun homme ne survécut quand il fut malade jusqu'à ce que vint 'Hizquia qui tomba malade mais qui revint à la vie (Pisqa rabbatti, anokhi, 5).
    - D.ieu a placé des souffrances sur Ezékias mais il a dit en même temps à Isaïe d'aller lui rendre visite" (Bérakhote, 10). Cela correspond au principe juif selon lequel D.ieu donne le traitement avant de donner le coup grave qui blesse : hiqdim réfoua la maka, Méguila 13b et Chir ha Chirim rabba 4).
    - Moché se tint devant D.ieu en prières jusqu'à ce qu'il obtînt satisfaction pour la guérison de Myriam sa soeur (Bérakhote, 32).

    Il ressort de ces modèles, une confiance indéfectible dans la guérison, l'importance de la relation d'aide de la part de l'entourage. J'ai consacré un livre entier à cette question (Dufour, La relation avec le patient, Privat).
    La force et la sagesse de l'enseignement juif est intériorisé par le malade comme il est dit: 
    - "il en est quatre dont il faut faire la louange.../... l'un d'eux est celui qui était malade et qui s'est guéri lui-même" (Bérakhote, 54).
    - "si le malade dit qu'il est capable de jeûner et que le médecin soutienne le contraire, on suivra l'avis du médecin. Mais si le médecin dit que le malade peut jeûner et que le malade dit qu'il ne peut pas, on écoute le malade (Traité Yoma Yérouchalmi, 18). Cela pose aussi la définition de ce que doit être la véritable et humaine relation entre le soignant et le malade.

    Le judaïsme a développé un véritable art de vivre envers les malades.
    La visite au malade est un impératif catégorique :
    -"on ne doit pas mettre de limites au devoir de visiter les malades (Nédarim, 39).
    - "quiconque visite le malade fait qu'il vivra, et quiconque ne visite pas le malade fait qu'il mourra (Nédarim, 40). Les occupations professionnelles, les distances, les difficultés de communication, les emplois du temps chargés ne sont donc pas des prétextes valables.

    Mais il ne suffit pas de visiter, la qualité de la visite est l'essentiel :
    - le langage corporel : "celui qui entre pour visiter le malade ne s'assiéra pas à la hauteur du lit et non plus sur un fauteuil haut mais le visiteur s'enveloppera de son manteau et s'assiéra face à lui" (Chabbate, 12). C'est que le malade est considéré comme un roi, et nos textes disent que la Chékhina est présente à la tête du lit; on se comporte donc avec révérence, et on est conscient de l'immense dignité du malade. Voilà qui change de ce que l'on observe souvent dans les hôpitaux ou dans les discussions bruyantes entre visiteurs debouts autour du malade fatigué par le moindre bruit et mouvement.
    - le langage verbal : "s'il y a des malades et qu'on leur rende visite ou à leurs enfants, qu'on ne leur parle pas de la manière dont l'ont fait les amis de Job" (Baba Metsia, 58). Cet enseignement nous met en garde contre la tentation d'enseigner le malade, de l'inonder de conseils, de le stimuler abusivement, de l'exhorter, de trop lui parler et de trop lui raconter des nouvelles, de lui tenir des sermons théologiques sur le sens de sa maladie, etc.
    - "celui qui a un malade chez lui doit l'intégrer parmi les malades d'Israël" (Chabbate, 12). C'est pour cela que, dans la bénédiction pour les malades, on cite d'abord l'ensemble des malades d'Israël, et parmi eux on cite en particulier Untel ou Unetelle. Il s'agit aussi, par là, de ne pas laisser le malade être isolé et perdu, ce qui est son état réel car il est impuissant mais de lui faire comprendre qu'il est toujours membre d'un grand corps et qu'il est pris en charge à ce titre.
    - "on ne rend pas visite à ceux qui sont malades des intestins, des yeux ou de la tête" (Nédarim, 41). Donc le devoir de visiter les malades comporte des limitations quand il s'agit de personnes que toute visite fatiguerait, hormis la présence indispensable de leurs soignants ou des plus proches. Il ne s'agit pas de tuer le malade pour le plaisir d'avoir réalisé une visite ou une mitsva, d'avoir montré aux autres ou à cette famille que l'on visite son malade. Celui qui utilise mal la religion par excès de zèle souvent égoïste, est mal instruit, n'a pas assez étudié et on le considère comme un 'hassid choté,  un enthousiaste fou et idiot. Les choses sont claires.
    Il y a en tout de cela, de quoi examiner notre conduite, enseigner nos enfants sur ces règles de base tirées du comportement même de D.ieu envers Avraham.
     

    - il va de soi que tout cela s'applique envers le malade non-Juif : 
    "nos rabbins ont enseigné : il convient 
    - de secourir les pauvres des autres nations en même temps que les pauvres d'Israël, 
    - de visiter les malades des autres nations en même temps que les malades d'Israël, 
    - d'enterrer les morts des autres nations en même temps que les morts d'Israël. 
    Et cela assure la paix. Traité Guittine 61a, Rambam, Hilkhote Evel, 14, 12 et Hil'hote mélakhim 10, 12 ; Choul'hane Aroukh, Yoré déâ 335, 9).

    Lectures

  • lire attentivement la paracha.
  • les références citées dans le texte de cette étude.
  • lire le début du commentaire de Rachi en liaison avec les questions de Rabbénou Yossef Caro.

  • Mieux vaut lire peu en sensibilité et en se laissant questionner que lire beaucoup et cérébralement.
    Etudier le lien entre le commentaire de Rachi et celui d'Onqélos.
    Poème : Visites d'amitié
    Livre : La relation au malade.

    2 - Développement personnel


    Réfléchir sur les crises profondes éprouvées dans des relations personnelles de la plus grande affection, et le rôle des quatre efforts proposés :

  • "voir le positif au loin, très loin au delà des ténèbres.
  • abandonner les serviteurs (lire 22, 5).
  • "gam zou latov".
  • situer le problème des aspirations personnelles ou des difficultés personnelles dans le parcours solidaire des générations, et y trouver un sens.

  • - Echanger là-dessus, avec qui sera capable d'écouter et de ne pas en faire un débat qui soit théorico-politique.

    3 - Quelques bonnes et difficiles questions posées par le Chla sur le plan du comportement moral qui découle de cette paracha (3e partie de son commentaire) :

    • l'importance de l'attitude d'hospitalité et de visage sincèrement bon envers autrui, spécialement envers les gens placés dans une condition sociale moins favorable.
    • l'importance des exigences envers les enfants.
    • l'importance de prier pour que les pécheurs reviennent sur la voie du bien.
    • l'importance de demander pour autrui ce dont on a besoin, conditions pour que l'on soit exaucé (Baba Qama 92).
    • l'importance du don de l'ensemble de soi dans l'avancée vers la connaissance de Hachém et de son plan.

    Chercher de quelle partie précise de la paracha chaque question a surgi.

    Et, pour terminer, une question: pourquoi la femme, dans ce contexte, a-t'elle une si grande importance dans cette paracha et dans sa haftara? Cherchez.
    Lisons maintenant la haftara qui est dans le 2e Livre des Rois, chapitre 4 et nous la comprendrons. Combien ces mitsvotes sont miraculeuses dans leurs effets.

    Et lisez Visite d'amitié.

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