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7e Paracha - Vayétsé: Il sortit
Béréchite (La Genèse) 28,10 - 32, 3

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

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Le mois de Kislev commence, préparez la fête de 'Hanouka pour faire face aux défis très sérieux d'Israël.

Comment réussir à évoluer et à faire virer l'histoire vers le bonheur.
Notre être véritable, en son lieu véritable

Plan

Trouver notre trajectoire dans le temps :
- le vav conversif
- le présent ou le passé dans le texte.

1e niveau, pour tous

  1. Thèmes
  2. La synthèse de nos Sages sur la paracha
  3. Rabbénou Bé'hayé.
2e niveau, large
  1. Introduction préalable au commentaire du Chla
  2. Comment nommer tout ce problème dans la Torah ? 
  3. Le yéche, "être", "il y a".
  4. La démarche proposée par la Torah vers cet être (yéche) comme lieu de vie.
  5. La puissance du vav conversif.
2e niveau, pour étudiants plus avancés
  • Le réveil du rêve
  • L'explication essentielle du lieu de l'être
  • Conclusions de développement personnel
  • Saisir
  • Ensuite, dans l'action, 
  • Exercice de mémorisation et d'intériorisation

  • Poème.

     

    Entendre la paracha (ORT)
    téâmim askénazim

    Entendre la paracha (Alliance)
    téâmim sépharadiim
     

    Entendre la haftara (ORT)
    téâmim askénazim

    A propos du vav, voir ici  les notions d'hébreu dans les autres parachiyotes.



    Dans Vé'ham ha chémeche, le Rav Chalom Messas, zatsal, nous donne l'axe de la paracha en deux points:
    - dans son rêve, Yaâqov voyait une échelle; cela nous montre qu'il y a des degrés pour avancer et réussir dans le plan divin qui est celui de notre vie; c'est ce que nous allons apprendre, une science pratique pour vivre.
    - cette science de l'évolution personnelle nous est donnée dès le titre de la paracha et dès son début par la répétition de la lettre VAV qui indique un passage. Nous allons donc devoir étudier cette clé essentielle. Ensuite, nous pourrons plonger avec facilité dans le récit simple de la paracha et le comprendre véritablement.
    Pour entrer dans le sens de la paracha, osons cette fois nous rapprocher davantage de l'hébreu précis, et directement. Même si nous ne connaissons pas l'hébreu, nous pourrons comprendre ce commentaire pour atteindre le message et le sens.
     

    Le procédé du "vav conversif" (vav hahipoukh) ou "quand la Torah force l'avenir par une seule lettre" : la particule de liaison vav.

    Dans toutes les langues il y a une particule de liaison qui signifie "et". En hébreu, c'est le  "vav" . Cette particule peut avoir beaucoup de sens identiques en toutes les langues :
    1. Un sens de simple addition entre des éléments joints et additionnés (1 et 1 = 2) qu'ils soient identiques, ou dissemblables (un chien et un chat) ; des élements opposés (il y a citoyen et citoyen).
    2. Il peut y avoir une idée de développement logique et successif ("il entra et dit") ou intensif (ils étaient là et voici qu'entra le cheval!).

    En hébreu, la particule vav a d'autres particularités :
    - elle a les mêmes sens mais beaucoup d'autres aussi et très importants.
    - ce vav se prononce de diverses façons suivant le début des mots qui la suivent (vé, va, vi, ou).
    1. Il y a 5 variantes dans la prononciation de la lettre vav, les voici. 
    - a. La  lettre vav devient va quand elle réunit deux mots mis en duo de sens : yom va laila, jour et nuit. 
    - b. Quand le mot commence par une des lettres dures dites bégadkéfate (beit, guimel, dalet, kaf, pé, tav),  ce dagguéche dur tombe et le son devient doux, c'est pourquoi on lit ici après le vav : vétsalél  et non pas bétsalel.
    - c. De plus le vav se lit "ou" quand il précède les lettres labiales dites boumaf (beit, mém, pé) ; donc en appliquant ces deux dernières règles, on lit ouvétsalél et non pas vébétsalel. On dira également, devant la lettre mém de Moché : Aharone ouMoché et non pas Aharone véMoché. 
    - d. Le vav ne se lit pas vé quand il prend le son des voyelles complexes qui le suivent, par exemple  on dira ate va ani (toi et moi). On parle d'une assimilation des sons. 
    - e. Le vav ne se lit pas vé mais vi quand il précède un mot commençant par le son yi sous la lettre youd. On dit "et Jérusalem"  virouchalayim et non pas vé yérouchalayim. Il y a là une contraction des deux sons en un seul. 

    2. La particule vav peut exprimer 
    - également les mêmes sens d'addition : Eloqim créa les cieux et la terre : Eloqim bara éte ha chamayim vé éte ha aréts (Béréchite 1,1) entre deux termes ou dans une liste (émete vé yatsiv, vénakhone, vé...vé...) comme après le chéma yisrael de la prière du matin.
    - le sens correspondant au français "ou bien" (ouméqéllél aviv vé imo, celui qui maudit son père ou bien sa mère. Chémote 21, 17).
    - le sens correspondant au français "mais au contraire", voyez le verset des psaumes 96, 5 (tous les dieux des nations sont de vaines idoles mais Hachém est l'auteur des cieux, va Hachém chayim âssa).
    - quand on veut mettre en évidence que deux réalités sont en duo, cela est rendu par le son "va" : yom va laila, jour et nuit ; éméte va tsédéq, vérité et justice.
    - ce même son "va" quand on veut insister très fortement : dor va dor, génération et génération, en absolument toutes les générations (Dévarim 32, 7).

    3. Le vav ("et") a 3 caractéristiques de plus que dans les autres langues :
    - la lettre vav est la 6e lettre de l'alphabet et, en hébreu, les lettres sont aussi les chiffres (on n'utilise pas les chiffres dits "arabes" dans l'hébreu classique). Donc le chiffre 6 s'écrit vav  (on écrit vav yamim, six jours), de même que le chiffre 6 pour les milliers.

    4. Le vav change parfois de graphisme, de taille plus exactement, dans la Torah et le changement est un signal qui transmet des sens. Allesz le constater dans Vayiqra 11, 42 (ga'hone, ventre) et en Esther 9, 9 (vayevata) où il est plus grand que la normale, ou bien en Tehilim 24, 5 (lachave, fausseté) où il est plus petit que la normale.

    5. La lettre vav sert à transformer un verbe au passé en sens du futur et inversement, c'est ce qu'on appelle le "vav conversif" vav ha hippoukh. Cela est constant dans la Torah, on doit donc bien en comprendre la forme et le mécanisme de sens ; on le trouve parfois dans le talmud et dans Rachi (par exemple sur Isaïe 37, 9), ou dans la poésie mais on ne le pratique plus dans l'hébreu courant.
    Rachi en énonce la règle dans notre paracha (Béréchite 29, 15) : 

    "...vékhén kol téva ché hi léchone âvar hossif vav bérochah, vé hi hofékhéte hatéva léhabba"
    Traduction : "effectivement, tout mot qui est à la forme du passé et à qui on a ajouté un vav en son début, cela transforme le mot en un futur". 

    Ce processus comprend deux formes :
    Premier cas du "vav conversif" (vav hahipoukh) : 

    Si le verbe est au passé ahavta ("tu as aimé") et s'il est précédé du vav (véahavta), alors le sens devient celui du futur ("et tu aimeras") comme dans la phrase qui suit le verset du Chémâ Yisrael (et tu aimeras Hachém ton D.ieu, véahavta éte Hachém eloqékha... Dévarim 6, 5).
    Ce type de vav conversif se retrouve dans les versets de la paracha Béréchite 28, 14-15 .

    Deuxième cas du "vav conversif" (vav hahipoukh).

    Si le verbe est au futur, son sens devient un passé par le vav qui précède le mot. Prenons comme exemple la paracha Vayetsé Béréchite 28, 10 : vayetsé Yaâqov (verbe écrit au futur : "et il sortira Yaâqov") qui signifie simplement (!): "Yaâqov sortit". 
    Ce procédé du "vav conversif" (vav hahipoukh) se retrouve plusieurs fois dans les versets (28, 10-11-12).

    Sens du "vav conversif" (vav hahipoukh).
    Vous diriez : "mais pourquoi tant compliquer!" ; vous feriez erreur car vous n'auriez pas vu combien ce procédé porte un sens puissant : il montre que le passé portait déjà l'avenir à condition que le vav soit présent qui représente la Torah dont il a la forme, aussi bien qu'il représente l'homme debout. 

    Et de même, inversement, nous avons le pouvoir de faire virer la réalité de façon positive et ainsi construire l'histoire, c'est-à-dire de faire réussir le projet de la Création.
    Le passé nous est enseigné pour cela, et le but de l'avenir ne doit jamais être détaché de la source et de ses constructeurs qui ont bâti le batiment sur lequel nous existons maintenant. 
    Au contraire, combien de projets contemporains ne s'appuient sur rien et n'ont pas la connaissance d'une trajectoire.
    Muni de ces outils, revenons ainsi à la paracha Vayetsé qui montre clairement cette dynamique ; essayez de la préciser dans la forme grammaticale du premier mot aussi bien que dans la tension entre les deux parties de la phrase.
    Trouvez les nombreux exemples dans la paracha, et recherchez le sens qui en découle.
    Continuons.

     

    Avec Rachi,
    Etre capable de distinguer si l'avenir est en train de se faire

    Dans la paracha Vayetsé, en Béréchite 29, 6 Yaâqov demande : "Lavane est-il en paix ?". C'est une question importante, surtout quand nous savons qu'ensuite Lavane fut nocif envers Yaâqov. Et on répond à Yaâqov : "en paix, et voici Ra'hel sa fille qui vient (baa) avec le troupeau". Son action est mise au présent.

    Par contre, en Béréchite 29, 9 son action est mise au passé alors que le mot hébraïque est également baa : "Ra'hel arrivait (ou était arrivée) avec le troupeau de son père".
    La nuance est importante car Yaâqov est en trajet de vie, il vient de son père de qui il a reçu la connaissance et la bénédiction (comme le Juif aujourd'hui) et il fuit son frère qui le menace et ne lui pardonne pas qu'il ait reçu cette part de choix (comme les nations et religions contre le Juif hier et aujourd'hui). Et Yaâqov rencontre peut-être la vie à nouveau, la vie qui se remet en route : alors est-elle maintenant en mouvement ou est-ce du passé menaçant stabilisé ? La vraie vie est-elle en mouvement présent ?
    N'oublions pas que Yaâqov errait et ne savait pas, d'une part, que l'endroit où il se trouvait était plein de la présence divine car, d'autre part, Jérusalem était venu à sa rencontre. Lisez pour cela les versets 28, 10-21 et le commentaire de Rachi en ce sens.
    Cela est bien aussi la position du Juif d'aujourd'hui, il est souvent dispersé, il erre, il se dirige vers un autre lieu où il sera moins menacé ou il pense le faire devant les menaces et, souvent, il n'est pas conscient que Jérusalem l'appelle et vient le rencontrer là où il est.
    Pour bien montrer et "faire savoir" (sens de "Modia") que le lieu Jérusalem va vers cette rencontre personnelle, nous mettons ces images de Jérusalem sur le site (lien ici), la page sur toutes les formes de Jérusalem (lien ici) et l'image du Kotel en face à face (lien ici) et l'image actuelle du Kotel en temps réel (lien ici).
    Revenons à Rachi, par son commentaire, il confirme que notre interrogation est fondée et il va nous éclairer. On le trouve sur le verset Béréchite 15, 17. Il nous montre qu'il y a deux sortes de signes ou téâmim différents sur les divers mots baa. "Les verbes dont la racine est composée de deux lettres comme ba (venir), kam (se lever), chav (retourner), ont deux formes à la troisième personne du féminin suivant la place du taâm :
    - quand le taâm est en haut (lémaâla), cela veut dire "au début du mot", alors l'action est passée, déjà réalisée  comme ici en Béréchite 15, 17 : le soleil était déjà couché. 

     

    De même en Béréchite 29, 9 où Ra'hel était déjà arrivée

    - au contraire, quand le tâam est en bas (lémata), c'est une action présente  comme en Béréchite 29, 6 : 

    Ra'hel vient en ce moment ; de même, l'action de salut est en cours au présent quand il est dit d'Esther (2, 14) : "le soir elle vient, le matin elle s'en retourne".
    Et Rachi poursuit son commentaire en 15, 18 : "dès l'instant où D.ieu parle, c'est comme si Sa parole était déjà réalisée". C'est la clef de la confiance; et être capable de percevoir le mondre signe de cela est l'art du parent, de l'ami, de l'éducateur.
    Etudiez bien le texte d'après ces enseignements.

    Ces nuances linguistiques sont bien la parole de D.ieu qui colle à l'interrogation constante de l'homme se demandant si, maintenant, le salut est en cours, s'il continue à être stable. Dans la détresse et le tourbillon de la vie en Israël et dans tout le monde juif sur la planète, et là où les Juifs se demandent où aller en fonction de la continuité ou non des promesses, nous découvrons que la parole de D.ieu nous rejoint comme elle rejoignait activement Yaâqov. Cela, à condition que nous sachions déchiffrer la Torah et les psaumes comme nous le faisons sur le psaume 89 (lien ici). Ecouter la parole inscrite, méditer, et y situer notre vie.
    Maintenant, dans cet axe, nous pouvons lire la paracha. Sans le commentaire de ces outils linguistiques, nous n'aurions pas pu lire vraiment l'enseignement de cete paracha.

     

    1e niveau, pour tous
    et pour les débutants qui cherchent seulement une synthèse simple.

    Thèmes :

    La paracha commence par le célèbre rêve de Yaâqov. 

    Puis Yaâqov se remet en marche et rencontre Ra'hel auprès du puits ; il doit servir 7 ans son beau-père Lavane pour obtenir de l'épouser
    "et ce fut à ses yeux comme quelques jours tant il l'aimait, 
    vayiyou vé êinav ké yamim a'hadim bé ahavato ota".
    Puis Lavane lui donne, à son insu, Léa au lieu de Ra'hel, et il dût encore attendre une semaine avant d'épouser Ra'hel, avec la condition supplémentaire de servir Lavane pendant 7 autres années.
    Ensuite, viennent la naissance des enfants de Léa et la stérilité de Ra'hel qui se résoud tardivement avec la naissance de Yosséf. 
    Puis, la tromperie de Lavane sur le salaire de Yaâqov, le contrat sur les naissances d'agneaux pointillés et mouchetés qui, à l'insu de Lavane, assure la fortune de Yaâqov.

    Après 6 nouvelles années, arrive l'ordre de Hachém à Yaâqov de retourner dans le pays de ses pères, sa fuite en cachette avec sa famille et tous ses biens. La poursuite de Lavane, qui recherche ses amulettes volées par Ra'hel, le contrat de séparation de Lavane et Yaâqov.

    Enfin, Yaâqov poursuit son voyage et des envoyés de Dieu sont en sa présence ; il nomme alors ce lieu, "le double camp, ma'hanayim". Fin de la paracha. Lire maintenant la paracha et y retrouver ces étapes avant de continuer cette étude.

    Nous pourrions étudier chaque point nommé ci-dessus, chaque verset, chaque mot, et y découvrir chaque fois d'immenses enseignements. 
    Mais il va de soi que nous ne chercherons pas "la conception juive du rêve", par exemple. Car la Torah ne nous a pas été donnée pour faire, à distance, une étude sur l'anthropologie des cultures mais pour découvrir de l'intérieur la Torah et pour en vivre.

    La synthèse de nos Sages sur la paracha
    Nous allons, avec nos Sages, rechercher l'axe global de la paracha dans lequel se situent tous ces épisodes qui prendront alors leur sens avec évidence. C'est toujours la méthode que nous suivons avec Rachi, le Chla et Rabbénou Bé'hayé :

    lo haya tsarikh likhtov élla va yélékh Yaâqov 'Harana
    la Torah aurait pu nous dire seulement que Yaâqov alla à 'Harane
    (au lieu de dire que Yaâqov sortit de Béer Chavâ et il alla à 'Harane),

    maguid ché yétsiat tsaddiq min ha maqom ôssé rochém
    uniquement pour nous montrer que le départ d'un tsaddiq (un juste) d'un endroit fait une impression forte ; 

    ché bi zémane ché ha tsaddiq ba îr, hou hoda hou ziva hou hadara
    en effet, tant qu'il réside dans une ville, c'est lui qui lui assure sa gloire, son éclat et sa beauté"... (Réfléchissons à cela).

    • le Chla : nous allons voir qu'il va nous révéler quel est "l'être dans lequel vit un tel juste". Ce que dit Rachi se réalise parce que le juste ne vit pas seulement dans cette ville, mais, en lui-même, dans un autre lieu que nous allons découvrir. La ville elle-même est alors située par lui dans ce lieu qui est toute bénédiction.
    •  Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra nous montrera que l'endroit où vit ce juste est son nom qui est marqué par le divin.

    • Commençons cette exploration détaillée par Rabbénou Bé'hayé. 

    Rabbénou Bé'hayé
    Sa méthode est de toujours prendre un verset des Proverbes (ici 11, 11) pour nous montrer que le roi Chlomo (Salomon) en a fait la synthèse de cette paracha : 
    bévirkate yécharim taroum qarète
    (la bénédiction grâce à des hommes droits est ce qui est accordé à une ville), 
    ouvéfi réchaîm téharés
    (tandis que la bouche des méchants la détruit)".

    Rabbénou Bé'hayé nous indique que la paracha veut nous éclairer sur le fait qu'il y a une réalité dychotomique qui contraint les hommes à se diviser en deux positions possibles, soit être un tsaddiq, un juste, soit être un rachâ (un méchant), la chose ou son contraire (davar véhippoukho). Ce n'est pas une vision simpliste et "raciste" du monde en bien et mal ; c'est la réalité, comme dans une balance : ou bien le plateau monte, ou bien il descend selon l'orientation que l'on donne à nos actes (lékhavén sédér hammidote mamache zo kénéghed zo). Au chapitre 30 de Devarim, cela est dit clairement : " J'ai placé devant toi la vie et la mort... choisis la vie". Donc, vraiment la mort et vraiment la vie.

    C'est un éclairage important et un avertissement important qui nous sont donnés là :
    - il faut admettre que nous ne restons jamais dans un juste milieu, et nous devons donc percevoir vers quoi nous penchons, car nous pouvons à chaque instant  tourner avec le même potentiel soit vers Yaâqov soit vers Lavane ;

    - il ne faut pas s'imaginer que ce choix est indifférent aux autres et au monde ; nous apporterons -selon notre essai de nous orienter dans telle ou telle direction- soit le bonheur et la paix, soit le désastre.

    - cela n'est pas un petit cours de morale pour enfants, car les situations décrites dans la paracha sont les plus sérieuses de la vie personnelle, familiale et sociale. C'est une éducation pour 
    1) découvrir qui nous sommes, 
    2) découvrir qui nous voulons être, 
    3) garder la conscience que notre effort contribuera par cela à construire le monde qui nous entoure ou à le détruire.

     

    2e niveau, 
    pour ceux qui acceptent d'apprendre de la tradition ce qu'elle a à nous dire de façon large, et ne lui demandent pas seulement une petite synthèse.

    Introduction préalable au commentaire du Chla
    A travers les choix successifs du parcours de Yaâqov (où vivre, avec qui , avec quel homme ou quelle femme, dans quelle famille, dans quel pays, dans quel milieu professionnel, comment réagir, rester ou partir, quelle morale familiale ou sociale choisir, quelle est la véritable réalité), la paracha nous pose la question de l'être véritable de soi-même qui se présente sous plusieurs formes :

    1. le choix continu de l'être véritable : 
    - comment vivre, où, avec qui.
    - comment être, dans la fidélité à soi-même, chaque jour où l'on peut se laisser aller à la médiocrité des habitudes et aux exigences des rôles que l'on a à tenir dans la société, ou en fonction des exigences extérieures des autres, au lieu "d'être", au lieu d'être véritablement soi-même dans un patient et long combat, comme le fait Yaâqov.

    2. le choix crucial :
    parfois, de manière très vive, nous devons être particulièrement clairvoyants et capables de décider, comme dans les étapes capitales présentées à Yaâqov ; nous pouvons le vivre sous ces formes :

    • chez l'enfant, envers qui il faut choisir une stratégie éducative, quand on veut faire émerger sa véritable personnalité tout en lui donnant une éducation qui ne suive pas seulement ses humeurs ni ses rythmes.
    • chez l'adolescent qui est face à des tentatives périlleuses pour explorer les différentes facettes de sa personnalité sans être sûr de qui il est.
    • dans le choix du conjoint, dans la déchirure de l'unité par la mort du conjoint, dans le choix à renouveler à l'occasion d'une déception, d'une rupture ou d'un divorce, ou des petites crises normales dans tout couple.
    • dans les phases (normales dans l'existence) de dépression où le moi semble s'effondrer et ne plus être capable de supporter les difficultés graves de l'existence (santé, travail, ressources) ou des conflits imprévus dans les relations.

    Chacun connait ces combats qu'il doit mener continuellement, cette fidélité et le prix que l'on paie pour cela. Aucun individu n'en est dispensé ; au contraire, c'est le champ d'entrainement constant de notre tâche d'homme.
    On connait aussi ce fait que les gens (comme Lavane face à Yaâqov) n'aiment pas ce qui est différent d'eux, et deviennent féroces et injustes quand quelqu'un essaie de maintenir le cap de la recherche vraie de son être véritable.
    Faisons attention à un point très important : ce n'est pas seulement un problème psychologique. L'analyse psychologique est indispensable pour être conscients de tout cela, pour être capables d'analyser afin de nous améliorer mais elle est insuffisante car la Torah est cela, mais elle est bien plus que cela.
    Un véritable conseil psychologique, en ce qui concerne un Juif qui prend en considération sa dimension juive, ne peut pas ignorer ces expériences de l'être juif qui interrogent le devenir quotidien. Des psychologues, des éducateurs, des psychanalystes, qui prennent en charge des Juifs, ne peuvent pas ignorer ces dynamiques.

    Comment nommer tout ce problème de l'être véritable dans la Torah ? 

    Le yéche, "être", "il y a".
    La Torah aborde cette question de l'être véritable quand il est dit dans les Proverbes 8, 21 :
    léane'hil ohavaï yéche, véotsrotéhéim amalé,
    "je donne à ceux qui m'aiment du yéche et leurs trésors (otsar) j'emplirai".
    N'est-ce pas ce que l'on souhaite envers nos enfants, envers tous ceux qu'on aime ? Ainsi Hachém envers nous. N'emploie-t-on pas chacun des mots de ce verset dans ces cas d'amour ?
    Ce doit être très important pour que La Sagesse donne ce cadeau, le yéche, puisque c'est celui-là précisément qu'elle donne à ceux qui L'aiment.
    Le  yéche en hébreu, c'est ce qui existe (qayam), véritablement (mamache), ce qui est réalité (métsioute), ce qui est créé (notsar) à partir du rien (yéche mé ayine),  ce qui a du poids (cavod), du capital (hone) en tous les sens du termes, du possédé (rékhouche). On parle du yéche des Justes en Béréchite 18, 24 ; du yéche de la terre d'Israël en Bémidbar 13, 20 ; du yéche du D.ieu d'Israël en I Samuel 17, 46.

    Si nous regardons bien ce verset des Proverbes 8, 21, nous découvrons déjà que cette question de la réalisation de soi selon la Torah passe par :

    • le don,
    • l'amour vrai,
    • l'attention à l'être vrai de l'autre et de soi-même,
    • la conception de l'autre comme "trésor",
    • un avenir qui sera en développement,
    • un avenir qui ira jusqu'à la "complétude", ce qu'on appelle en hébreu chalom (ce n'est pas du tout le concept de "paix" selon les autres cultures).

    Voyons comment la traduction de ce verset par la Bible du Rabbinat fait perdre toutes ces dimensions d'intense intériorité : "en donnant à ceux qui m'aiment des biens en partage, en remplissant leurs trésors". 
    On voit que la question est ramenée là à une distribution de biens matériels. 
    Quelle tristessse pour ceux qui ne voient dans l'objet et le don que l'acquisition et la possession de l'objet, ou le risque de possession par l'autre. C'est une déficience du rapport entre l'objet et l'être. Souvent l'acquisition de l'objet (se marier, par exemple) se fait par besoin, pour ne pas être dans le vide, pour ne pas attendre, par convention sociale, pour oublier, pour compenser et pour s'étourdir, pour fuir ; l'objet vient, alors, démolir la "relation" entre les êtres, totale perte du "sens intérieur" de l'être ; certes, l'être véritable est aussi exprimé par les objets matériels (maison, vêtement, nourriture, argent, bijoux, etc) mais il ne se résume pas aux objets matériels. C'est tout l'enjeu de l'existence que beaucoup de gens résolvent simplement en voulant posséder, avoir des objets, ne pas "se" réaliser mais "avoir". On les entend dire : "il a réussi"... "mon fils a réussi", ce qui veut dire uniquement : il gagne beaucoup d'argent et il le fait voir et je vous le fais voir ; quant à la réussite de "l'être personnel", non seulement il n'en est pas question mais cela nous informe que la solution est uniquement dans la richesse de ce qui se voit et se compte.
    Il s'ensuit que l'autre n'est plus vu que par sa "valeur" marchande, et on a toujours alors une peur panique d'être "acheté" et possédé. Socialement, on devient des proches, simplement par la somme de ce que l'on possède.

    Le désir de l'autre sur nous
    Au contraire,
    1) ce verset 8, 21 des Proverbes cité par le Chla, nous révèle le désir de D.ieu envers nous, Ses créatures, dans une relation pleine de l'être. 
    2) la paracha va nous éclairer pédagogiquement à travers la question de savoir 

    • en quel être nous vivons (tout le parcours de Yaâqov),
    • quel est le lieu dans lequel nous vivons, (le lieu du rêve de Yaâqov, et le lieu du dernier verset de la paracha : Ma'hanayim).
    Cela rejoint ce qui était déjà dit à l'homme Adam par son Créateur dès le début de la Genèse : "où es-tu ?" qui signifie "en quel lieu vis-tu", où ? 
    • Est-ce simplement un lieu extérieur que je traverse car je n'ai pas prise sur lui et qui n'a pas prise sur moi ?
    • Mon corps biologique est-il cela seulement (ce qui est déjà beaucoup et une base indispensable), ou bien sens-je toutes les harmonies plus larges de ce corps, jusqu'au niveau où il est à l'image du Créateur ? 

    Comme dans le verset cité, il suffit à chacun d'être aimé pour comprendre que ce corps apparent est tellement plus aux yeux de quelqu'un et on découvre alors, ce plus, cette intériorité de l'être, envers soi-même. Mais ne sent-on pas parfois, ne serait-ce que lorsque l'on aime, que l'on est aussi lieu de la présence divine plus grande et indicible dans notre cœur ?
    Exercice : se rappeler chaque jour pour quel "yéche, être", ceux qui nous aiment nous ont choisi, et pour quel "yéche, être" nous sommes avec ceux que nous aimons ; ranimer chaque jour cela, c'est le sens de la première phrase que le Juif dit en se réveillant le matin : modé, je reconnais. C'est le sens aussi du recueil de poèmes : l'ami des "aurores" et du poème du matin et des vrais visages ou de l'éducation.
    La démarche proposée par la Torah vers cet être (yéche) comme lieu de vie.

    Yaaqov nous montre la démarche pour aller loin en ces sens :

    • "il sort", vayétsé (condition indispensable, comme Moïse sortit de son chemin pour aller voir le buisson ardent) ; il faut savoir partir, même hors de la beauté découverte dans un lieu où nous sommes maintenant installés pour aller plus loin, ...même de ce qui n'est pas la terre d'Israël, de l'Egypte, et même d'un lieu où il y a 7 puits de vie (Béer Chévâ).

    • "il alla, va yélékh" (être mobile, aller vers l'avant). Casser le côté statique et  immobile de notre vie. Les deux premiers verbes sont constitués par un temps au futur (il sortira, il ira) qui est précédé d'un vav (et) : ce procédé change le futur en passé simple (il sortit, il alla). On nomme ce procédé vav conversif : il montre qu'il y a une dynamique qui assume la composante du passé et de l'être pour les propulser vers l'avenir. C'est le côté extraordinaire de la langue hébraïque que de posséder ces formes qui véhiculent tant de sens. Et cela fait de tout Juif une personne qui est toujours pleine de l'Histoire qui le propulse vers l'avenir porté par la Torah comme promesse, comme assurance et comme moteur.

    • "il atteignit le lieu" vayifgâ ba maqom. En se basant sur le verbe pagua, Rachi dit que Yaâqov atteignit directement le lieu dans la prière, en toutes distances supprimées (cf. Traité 'Houline 91b et Béréchite 32b et Chémote 5, 20 ou 23, 4), dans une prière calme qui n'insiste pas car elle atteint son but immédiatement. Cela suppose d'apprendre cette prière de confiance, comme l'enfant ; c'est pour cela que l'enfant peut (parfois, cela arrive !) dormir car il a confiance, comme nous le disons dans les textes qui entourent le chémâ avant la nuit sur le lit (béyadékha afqid rou'hi, "entre tes mains je dépose mon esprit" ; et les initiales de ces mots forment le mot béer, puits calme d'eau de la vie, comme dans ce verset il y a le mot béér, puits).
     

    Et, alors, il faut se laisser aller à la nuit car elle n'est nuit que pour nos sens mais elle est lumière pour les niveaux de nous que nous ne voyons pas, la néchama y retrouve toute sa plénitude et sa source. Ainsi, dans l'amour, quand l'aimée ou l'aimé ne sont pas là, malgré la tristesse, malgré le doute, malgré la crainte, on fait toute confiance à l'autre et on se repose en lui ou en elle, et on peut dormir calmement. Et, jamais, il n'y aura de trahison, un pas hors de la présence, car la présence est permanente. Ainsi entre Israël et son D.ieu ; ainsi entre chaque membre d'Israël et la mission de son peuple et de sa terre et de sa Torah.

    • "il prit une des pierres de l'endroit", vayiqa'h béavnéi hammaqom. Dans notre approche de Celui qui est tout, nous ne pouvons que saisir une très petite part avec le peu que nous sommes, mais il importe que nous gardions conscience que ce n'est pas notre part ni notre médiocre part ; en effet, cette part excellente de nous est une part de Celui qui est le seul Etant, le seul qui a de l'Etre : c'est, comme dit la prière du matin, "la néchama que Tu m'as donnée et qui est entièrement pure" car elle est une part de Toi, car chaque membre d'Israël est kol yisraêl yéche lahém 'héléq léôlam habba ou bien 'Héléq Hachém âmo.

    • "il prend la pierre et la met sous sa tête" vayassém méraachotav. La tête, part la plus élevée, la plus rebelle, celle de l'orgueil, de la pensée continue, des préoccupations obsédantes, il la pose sur cette petite part du grand lieu, et il se repose sur elle.

    • "et il se coucha en ce lieu" vayichqav bammaqom hahou. La phase de marche et de démarche est terminée, il s'est placé pour la rencontre avec l'Autre, comme quelqu'un ne peut être totalement avec quelqu'un que s'il se couche avec. Se coucher, c'est ne plus être debout dans l'affirmation et l'orgueil, c'est être à égalité, abandonner totalement les défenses. Les commentaires nous ouvrent ce monde qui est notre thème de réflexion.

    Rachi nous dit aussi, avec Béréchite Rabba, que Yaaqov s'est couché parce que, auparavant, pendant 14 ans, il ne s'est pas couché mais il étudiait la Torah. A chacun de méditer ce que veut dire Rachi. 

     

    2e niveau, pour étudiants plus avancés dans les connaissances.

    Le Chla dit que yichqav (il se coucha) doit être lu en deux mots : les lettres youd-chine (yéche) et khav-beit ; et il nous apprend alors 
    • qu'il s'agit de ce yéche dont parlent les Proverbes 8, 21 (cité ci-dessus) ;
    •qu'il s'agit de la plénitude du monde qui vient ;
    •que la tradition interprète notre verset des Proverbes comme l'aboutissement du tsaddiq qui reçoit 310 mondes, valeur numérique de yéche.

    Précisons, pour comprendre l'importance de cet enseignement, que c'est la dernière michna de toutes (Ouktsine 3, 12), dite sur notre verset des Proverbes, et que R. Chimêone ben 'Halafta y ajoute qu'il s'agit bien de la plénitude chalom car Hachém n'a pas trouvé d'autre récipient que chalom pour contenir la bénédiction qu'Il donne à Israël comme il est dit Hachém oz lé âmo yitén, Hachém yévarekh éte âmo va chalom (Hachém donnera la force à Son peuple, Hachém bénira Son peuple par la paix. Psaume 29, 11). 
     
     

    Ce verset nous indique bien que
    - Hachém veut tout nous donner,
    - nous demande une vie en développement,
    - une vie qui sache supporter les longues préparations, et le noir de la nuit, la crainte des bêtes sauvages autour de notre tête (comme dit Béréchite Rabba sur la protection que recherchait Yaaqov par la pierre), 
    - puis l'abandon total à Lui et, alors seulement, notre être qui semble détruit apparemment, Il le remplit de Son être, et nous devenons Son "trésor" qu'Il remplit.
    Heureux celui qui est capable de supporter tout ce processus dans l'amour de Hachém car, pour lui, se réalisera alors le rêve de Yaaqov et toute sa suite : protection, bénédiction, pain, vêtement avec tout ce que ces mots signifient dans notre tradition.

    Sur le mot yichkav (yéche et khaf-beit), le Chla indique que cet être plein (yéche) est celui de khaf-beit, qui est le chiffre des 22 lettres de la Torah par l'alphabet hébraïque ! Et il démontre alors, à partir du Sefer Yetsira, toute la richesse et l'organisation du sens de ce 22 qui se placent dans de multiples dynamiques : du 3, des sept jours, des 12 tribus, les offrandes, les bijoux du Grand Prêtre, les différentes lettres de l'alphabet, les planètes, etc. Cela veut dire selon l'interprétation de Rachi sur la bien-faisance du juste : tout ce qui va se réaliser dans la vie de Yaaqov, et ensuite dans l'organisation du peuple jusque dans l'organisation de camp, du sanctuaire, du temps. Tout cela s'ouvre à partir de l'abandon confiant de Yaaqov, dans un rêve de confiance.
     

    Le réveil du rêve
    Quand Yaâqov se réveille de son rêve, il reprend conscience de son être et il dit : 
    "assurément, Hachém est présent en ce lieu et moi je l'ignorais", mais il nous faut le lire dans l'hébreu pour entendre la suite de notre épopée du yéche :
    akhéne yéche Hachém bamaqom hazzé
    littéralement : "pour sûr, le yéche de Hachém est dans ce lieu-ci". 

    C'est donc un monde d'étoiles merveilleuses comme il est dit en Bamidbar 24, 17 pour le confirmer autour de ce khaf-beit, 22 lettres de l'alphabet : darakh kokhav méYaâqov, "une étoile se lève de Yaaqov" ; et il faut lire là aussi le mot kokhav  (rêve) en deux mots : khaf-vav (26 qui est le chiffre de la présence de Hachém) et khaf-béit (22 qui est le chiffre de tout l'alphabet dont nous avons parlé). Ainsi, toute la plénitude de Hachém et de Sa Torah étaient bien là.
    On le voit, par la complexité du message révélé à travers les multiples possibilités de l'hébreu, la Torah ne peut pas être reçue à travers  la projection d'un système théologique établi en religion, il faut seulement être ouvert à la parole de D.ieu dans Sa langue, ainsi que nous le transmet la tradition depuis Moché.

    L'explication essentielle du lieu de l'être. Notre espace est à l'intérieur de l'espace essentiel.
    Revenons à la conscience de l'être que Yaâqov éprouve : "dans le lieu où je suis, il y a toute la richesse de Hachém et je ne le savais pas" ; tous les commentateurs nous en expliquent le pourquoi : c'est que l'espace que nous voyons n'est pas "un espace" dans lequel nous sommes ou dans lequel il y a ou non une présence de Hachém, mais l'espace de notre être est un espace qui est à l'intérieur de "Celui qui est L'espace", "LE" maqom, comme cela nous est rappelé dans la Haggada de Pessah.

    Nous pouvons maintenant résumer en ces termes le verset par lequel la Torah nous enseigne par Yaâqov : 
    je suis venu avec tout moi, je me suis abandonné, j'ai reçu le yéche de Hachém, je suis Son trésor plein car, dit notre phrase, pour sûr l'être de Hachém Hammaqom est dans ce lieu apparent qui est "dans Le maqom" non visible.

    On peut comprendre maintenant, à l'intérieur de ce lieu, ce que dit Rachi : dans la prière de Yaâqov, le temps et les distances ont été supprimés, comme le dit le traité Houlin 91 b : l'étape antérieure de projet ou de début de réalisation et l'étape ultérieure de réalisation complète et de réparation n'en sont qu'une : l'être personnel est dans le lieu de L'Être.

    Nous comprenons aussi pourquoi l'auteur de Réchite 'Hokhma commente notre verset des Proverbes 8, 21 en disant que toutes les formes de la Torah à apprendre sont comprises dans ce yéche(Chaâr hayéra 12, 42).

    Nous comprenons aussi que, après cela, Yaâqov soit devenu capable d'affronter l'amour le plus contrarié (celui envers Ra'hel), les inextricables problèmes de famille, de gain de la vie, de cultures différentes, d'âges, de haine, etc. Et que les difficultés durant des années lui semblaient durer un instant tant il aimait.

    Ribbi Yaâqov Abou'haséra
    Il fait la synthèse de tous les sens que nous avons abordés dans cette paracha. En effet, les différents commentateurs montrent combien Yaâqov était un tsaddiq, vivant dans la présence divine. Ribbi Yaâqov diffuse la tradition dite du réméz (allusion) et montre qu'en son être même Yaâqov ( 182, en guématria) était porteur de 7 fois le nom divin en quatre lettres (7x26=182). Nous l'avons vu dans la paracha Tolédote.
    Yaâqov sort de Beer Chévâ,  (le puits du 7) pour affronter le milieu non juif mais il ne quitte pas la sainteté (qéddoucha). Cela veut dire qu'il se met en marche à partir de la grandeur de son propre nom interne, riche de ces 7  puissances.
    Ainsi ce doit être pour chaque Juif dont le nom même est composé des lettres du nom divin (Yéhoudi).Tout Juif (yéhoudi) porte en son nom le nom même de D.ieu et il est vraiment une résidence de la présence divine (Chékhina)  révélée en ce nom de quatre lettres. 
    Le Juif doit connaître son nom personnel ; ainsi, le nom Yaâqov montre ses composantes en chacune des lettres qui le composent : par le youd (Yi'houd=union), par le âyine (ânava=modestie et humilité), par le qouf (qéddoucha=sainteté), par le beit (bérakha=bénédiction). 
    Celui dont l'être vit en ces lieux qui le constitue est nommé tsaddiq.

    De nombreuses autres significations ressortent dans le même sens dans le premier verset où les initiales et les lettres finales  des mots forment des concepts qui décrivent ces mêmes dynamiques.
     

    Conclusions de développement personnel

    Saisir

    Nourris de l'exemple et de l'enseignement de Yaâqov, à l'intérieur de notre peuple, ayant pris le temps d'étudier pour faire se rejoindre ces commentaires et notre expérience personnelle, 

    nous avons donc maintenant à

    • saisir au plus profond de nous-mêmes, nos angoisses et de nos aspirations, 

    les étincelles dans lesquelles nous avons déjà découvert une valeur ou un bonheur pressentis, éprouvés, bonheur à venir,

    • nous dire que la réalisation de ce bonheur n'est pas un mythe illusoire,

    • nous dire que sa réalisation est bien la réalisation de notre véritable être,

    • réaliser que cet être personnel est plein de l'Etre de Hachém,

    • que c'est le lieu de notre rencontre essentielle avec Lui,

    • qu'Il lui importe que nous atteignions la plénitude de cette belle aspiration, car Il désire l'homme,

    • comprendre et accepter que la réalisation passe par un long mûrissement progressif, par des phases d'angoisse, de nuit,

    • se glisser dans l'abandon confiant et dans l'acceptation "naïve" de ce monde intérieur de rêve qui est le vrai monde, la vraie réalité,

    • s'insérer dans ce monde spatial en réalisant qu'il est à l'intérieur de l'espace de Hachém,

    • se souvenir que tout ce cycle est un seul point et qu'il se réalisera car il "est", c'est un yéche, il y a.

    • faire de tout cela non pas seulement une gymnastique psychologique (ce qui serait déjà beaucoup)
    mais un jaillissement de notre prière qui atteint directement sa cible et son fruit.
     
     

    Ensuite, dans l'action, nous avons à porter stablement cette réalité de notre être et de l'être du monde et du temps :

    Il faut se vivre en Lieu, comme Lieu, en conscience spatiale,

    Il faut se vivre en Son Lieu,

    Il faut se vivre en Sanctuaire,

    Il faut se vivre en Trésor,

    Il faut se vivre en Trésor plein, 

    Il faut se vivre en marche avec Hachém,

    Il faut se vivre en épaisseur et densité d'Être,

    Il faut se vivre comme étant une part de Son Être.

    ALORS, COMME YAÂQOV, NOUS DÉCOUVRONS QUE LE LIEU OU NOUS VIVONS EST SAINT,
    NOUS SOMMES POSÉS SOLIDEMENT SUR LES PIERRES DE LA REALITE
    MAIS ELLES SONT PORTES DU CIEL
    ET NOTRE TÊTE ATTEINT LE CIEL.
    C'EST LE SYMBOLE DE L'ÉCHELLE DE SON RÊVE.
    C'EST LÀ QUE DOIT VIVRE LE JUIF.
    CETTE PORTE CONCRETE DU CIEL A NOM "JÉRUSALEM", CHAÂR HA CHAMAYIM.
    Soyons amoureux de Jérusalem qui est tout cela,
    et approchons nous d'elle chaque jour en trois pas.
    Que chacun de nous réussisse cette alyah, cette montée.
    Il faut ici, maintenant, relire la paracha.

     

    Est-ce trop naïf, trop sot de s'ouvrir/sourire à ce monde-là ?
    Les Juifs de toute les générations d'ombre, de nuit et brouillard ont tenu cela, sans quoi nous ne serions pas là. Alors il peut se dire en nous, et entre nous dans notre peuple, comme dans le Cantique des Cantiques : "c'est la fontaine des jardins et le puits des eaux vivantes qui coulent avec impétuosité depuis le Liban" (4, 15). 

    Il n'y a pas d'interruption entre les mots, on comprend mieux maitenant ce baiser direct et surprenant de Yaaqov et Rahel. Ils étaient capables l'un et l'autre de recevoir la plénitude instantanée du yéche. La Torah nous dit que cela est clair dès ce monde-ci, sans attendre le monde qui vient. 

    Cela, alors que quelques instants auparavant, ils pouvaient encore dire l'un de l'autre comme de tout humain : "c'est un jardin clos que ma sœur, une source fermée, une fontaine scellée" (Cantique des Cantiques 4, 12).
     

    On me demandait : que pensez-vous du processus de paix ? 
    Je pense que, si on ne va pas au coeur de l'être et des êtres, on ne peut pas rencontrer le vrai chalom et on ne peut pas bâtir le chalom.

    Ainsi, si on essaie de vivre comme Yaâqov, alors le terrible Lavane ne pourra rien et Hachém lui dira : "ne fais rien à Yaâqov, ni en bien, ni en mal".
    Ayons donc confiance en Hachém, comme en quelqu'un qui aime et qui nous a dit par la Torah (28, 15) ce qu'il a dit à Yaaqov, où chaque mot est si bon à entendre et à réentendre sans cesse :

    Je suis avec toi : hiné anokhi imakh,
    Je veillerai sur chacun de tes pas : ouchémartikha békhol achér télékh,
    Je te raménerai dans cette contrée : vahachivotikha él-haadama hazzote,
    car Je ne t'abandonnerai pas : ki lo éêzavékha,
    jusqu'à ce que j'ai fait ce que je t'ai dit : âd achér im-âssiti éte achér dibbarti lakh.

     

    Exercice de mémorisation et d'intériorisation (Béréchite 28, 15) :
    Je suis avec toi : hiné anokhi imakh,
    Je veillerai sur chacun de tes pas : ouchémartikha békhol achér télékh,
    Je te raménerai dans cette contrée : vahachivotikha él-haadama hazzote,
    car Je ne t'abandonnerai pas : ki lo éêzavékha,
    jusqu'à ce que j'ai fait ce que je t'ai dit : âd achér im-âssiti éte achér dibbarti lakh.

    Poème sur la paracha Vayétsé : Heureusement qu'il y a les fleurs.

     


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