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8e Paracha : Vayichla'h - "  Et il envoya"
Béréchite (La Genèse) 32,4 - 36, 43

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

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Combattre et rêver pour accéder au niveau merveilleux d'être "Israël"

Le sens des mitsvotes et de la cachroute


Plan

1e niveau

  1. Thèmes de la paracha
  2. La première phase de l'étude
  3. L'enseignement de Rabbénou Yosséf Qaro
  4. L'enseignement de Rabbénou Bé'hayé
  5. L'étude de la 3e mitsva : le "guid hannaché". Ce qu'est une mitsva, sa nature, sa fonction.
2e niveau
  1. L'interdiction de manger du guid hannaché
Retour au premier niveau
  1. L'ange du combat et le bon usage des conflits
  2. Exercice de mémorisation et d'intériorisation
  3. Dans le contexte de la paracha, lire...

  4. Quelques questions pour vérifier la connaissance de la paracha
    L'étude talmudique sur le nom Israël.

    La paracha a 154 ou 153 versets et 1976 mots et 7458 lettres. Record du livre Béréchite!

Relié à la paracha

Situer et mémoriser la vie de Yaâqov avinou
La mort de Ra'hel
Le décès et ses rites

Une étude talmudique sur ce qu'est "Israel"

Entendre chanter la paracha (Ort)
téâmim askénazim (Ort)
téâmim sépharadiim (Houzi. Alliance)
 

Entendre chanter la haftara:
téâmim askénazim (Ort)
téâmim sépharadiim (Houzi. Alliance)

Les mitsvotes comme fonction de vie

La colère (ici, et dans Ki Tissa)

Ici, comprendre ce qu'est "Rahel".

Poèmes en liaison avec la paracha

Commençons déjà à préparer la fête de 'Hanouca (7 décembre au soir)

Le jeûne du 10 Tévète



Très important.
A propos du guid hannaché :
Découvrir le sens de la cachroute
et la pratique de manger cacher.


Tout pour, enfin, comprendre la cachroute:
1. Les fausses justifications
2. Le véritable motif
3. Ce que comprend la cachroute.
4. Le vocabulaire et les pratiques
5. Références
6. Liens


 

 

Ecrire ce commentaire présente une grande difficulté: la Torah nous y découvre avec une telle clarté la beauté de "être Israël" et les difficultés qu'on lui objecte
qu'il semble indécent de le dire.
Pourtant il le faut. Alors, voici.

1e niveau
Il s'adresse à tous et spécialement aux débutants qui cherchent une synthèse simple et authentique.

Nous revenons à la démarche habituelle en 3 points que le Chla suit dans Chné Lou'hote habbérite, son commentaire de la Torah : 

  • commencer par l'étude de la mitsva présente dans la paracha car elle lui donne tout le sens, 
  • aller jusqu'à l'intériorité de cette mitsva,
  • en comprendre les implications concrètes (halakha).

Nous n'avons pas pu le faire dans les parachiyotes précédentes, simplement parce qu'il n'y avait pas de mitsva définie : nous arrivons seulement ici à la 3e mitsva sur les 613 de toute la Torah.

Thèmes de la paracha
l'approche de Yaâqov vers son frère Esav (Esaü) : son angoisse, sa prière, la tactique adoptée, le scénario de l'approche, l'attente.
• au moment où il est seul dans l'angoisse, un homme l'attaque, le blesse au nerf sciatique, lui luxe la hanche. A l'aurore, le combat dure encore, l'homme demande à partir, Yaâqov lui arrache une bénédiction, l'ange lui révèle qu'il a mérité de s'appeler désormais "Yisraël".
• la mitsva de ne pas manger du nerf sciatique, le "guid hannaché" (verset 32, 33).
• la rencontre avec Esav, la séparation.
• L'arrivée à Chekhém où le fils du gouverneur viole Dina, la fille de Léa et Yaâqov. La vengeance collective de ses frères Chimeône et Lévi. La désapprobation de Yaâqov pour cet acte de rétorsion.
• La confirmation, à Béit-El, par Eloqim du nom de Yisraël, du don du pays à Yisraël et à sa descendance.
• L'arrivée à Efrate et la mort de Ra'hél lors de la naissance de Binyamine.
• la liste des descendants de Yaâqov, puis la longue liste des descendants de Esav.
Chacun de ces thèmes demanderait un approfondissement considérable.
(Lire la paracha, pour bien repérer ces séquences, afin de bien saisir les commentaires suivants).

La première phase de l'étude
Nous savons que l'étude de la Torah commence par la nécessité de se poser des questions, afin de casser notre cécité et de pouvoir recevoir les messages de la parole de D.ieu transmis par la tradition.. 
Cherchez les questions que vous pose la paracha, par exemple : 
- pourquoi un tel tsaddiq est-il ainsi menacé,
- pourquoi s'incline-t-il devant celui qui mène sa vie avec malice ?
- pourquoi le nomme-t'il adoni, mon seigneur ?
- pourquoi Yaâqov a-t-il été attaqué au nerf sciatique ? 
- quelle est la signification de cet organe ?
- quelle est la signification de l'interdiction de manger du nerf sciatique qui en découle ? 
Essayez de réfléchir à ces significations éventuelles avant que nous allions écouter ce que va nous en dire la tradition. Ce ne sera pas pour privilégier notre point de vue sur celui de la parole transmise, mais pour nous mettre en état de vigilance optimale. C'est la méthode du Rav Qanepanetone, intitulée le îyoune sépharade.
 

L'enseignement de Rabbénou Yosséf Qaro
Arrivons maintenant à l'éclairage des Sages ; Rabbénou Yosséf Qaro, dans Méguide yécharim, dit que lorsque quelqu'un vit dans la qédoucha (comme Yaâqov) et que viennent contre lui les attaques de la part négative du monde ou des gens, alors ce tsaddiq a une réponse particulière, d'abord il ne réagit pas avec colère. En effet, celui qui attaque est en correspondance directe avec le tsaddiq qui peut éventuellement, par sa réponse de calme, manifester la force souveraine de la qédoucha et contraindre ainsi le mal à s'incliner ensuite après un tiqqoune (réparation).
 La qédoucha est la présence sainte, divine, pure, nommée aussi Chékhina (voyez Rachi sur Isaïe 5, 7).
Le tsaddiq entre ainsi dans le combat avec l'autre mais il ne joue pas des mêmes armes, il ne quitte pas la qédoucha et celle-ci est plus forte que le mal. Esav ne pourra pas gagner jusqu'au bout.

Celui qui ne joue pas de cette arme du calme et tombe dans la colère perd toute l'efficacité de la qédoucha et entraine son échec dans le monde. Aussi nos Sages disent que la colère est pis que la âvoda zara, l'idôlatrie.
Et la victoire sur autrui ou sur les forces négatives ne peuvent commencer que par la victoire sur soi-même.
Le travail de perfectionnement du monde n'est pas un travail de croisade criminelle contre autrui ni une opération de persuasion missionnaire, comme cela a été fait par d'autres religions. Ce n'est même pas un combat de chefs qui rivalisent en qualité personnelle. C'est un travail de maintenance dans la qédoucha ; et cette position enlève au mal toute puissance, ipso facto. Mais elle n'enlève pas la peur, et tout cela la paracha nous l'enseigne.


L'enseignement de Rabbénou Bé'hayé
1. Rabbénou Bé'hayé nous donne comme premier enseignement que le tsaddiq s'effondre d'abord devant le mal. C'est audacieux et éclairant d'oser dire ces choses. Il y a beaucoup de sagesse à retirer de ce constat dans la vie des plus grands.
2. Mais le second enseignement est que le tsaddiq ne reste pas effondré. Rabbénou Bé'hayé prend de multiples textes de la tradition (en particulier, Proverbes 25, 26) qui montrent que le tsaddiq n'est pas seulement un fleuve de vie, mais il est la source (maâyane) ; on peut encore vouloir agir contre le fleuve, ou contre la source et vouloir la boucher, mais on ne peut pas détruire le lien de la source à son origine (D.ieu qui est nommé l'oeil de la source, le âyine) ; et la profusion  qui se trouve à l'origine de la source est sans limite. La source de vie est inattaquable. Lisez ici Jérémie 17, 13 et les Psaumes 36, 10. Qui perd la Torah perd la source de toute vie et tout ce qu'il entreprendra en croyant gagner par cette trahison ne portera aucun fruit à long terme.

La qualité (midda) d'adhésion (dévéqoute) à l'excellence de la source s'appelle la 'hassidoute, dit-il. C'est un amour gratuit de ceux qui essaient de rester intérieurement sans interruption dans la maison de D.ieu (Psaumes 15, 1-2). Dans cette position intérieure, le mal n'a aucune prise. C'est pour cela que Yaâqov peut dire à son frère "garti" ("j'ai séjourné" chez Lavane). La guématria de ce mot garti  est 613 qui correspond au nombre total des mitsvotes : ainsi, par cette présence continue, Yaâqov a séjourné dans  l'intégralité des mitsvotes.

L'enseignement du Chla : l'étude de la 3e mitsva : le "guid hannaché".
Pour comprendre ces problèmes, il faut, dit le Chla, expliquer la conception globale des mitsvotes et leur fonction.

Elles ne sont pas seulement des "obligations", ni des "actes". Elles sont liées à la nature de l'homme et à sa constitution. 

En effet, l'homme ayant été créé à l'image et à la ressemblance du monde d'En-haut, la tradition explique que la constitution même de l'homme correspond aux mitsvotes qui sont le lien entre ce monde d'en-haut et ce monde visible.

Il faut d'abord souligner que toutes les bonnes réalités du monde n'existent qu'insérées dans un contenant ; comme pour le fruit, le positif, le bon et le doux sont toujours insérés dans la partie la plus dure. 

Concernant cette image, il est dit que les dynamiques "positives" correspondent aux mitsvotes ou commandements positifs (comportant l'expression : tu feras), et les dynamiques de contenant ou de rigueur et dureté correspondent aux mitsvotes ou commandements négatifs (comportant l'expression : tu ne feras pas). Les deux sont toujours indissociables.

Ainsi, il y a dans la Torah 

• 248 commandements positifs (comportant l'expression : tu feras, taâssé), ce qui correspond aux nombres des organes du corps, et de son image idéale dans le monde de la Création en haut, selon la représentation juive. C'est notre lien à la chékhina, la Présence divine.

• 365 commandements négatifs (comportant l'expression : tu ne feras pas, al taâssé), ce qui correspond aux jours de l'année. Ces interdits correspondent chacun à un jour de l'année et à une des zones du corps plus dures dont font parties les tendons.

Le nerf sciatique est le point le plus sensible de tout cet ensemble, le plus vulnérable, et il correspond au jour le plus sensible des 365 jours de l'année, celui de ticheâ bé av, le 9 av, jour des plus grandes catastrophes. 

C'est le jour où on bénéficie le moins de la protection, où les forces de rigueur sont le moins tempérées par les forces de douceur et de miséricorde (ra'hamim).

En aucun autre jour, Israël ne peut être vaincu et anéanti si ce n'est ce jour-là. Reportez-vous à l'article traitant de ce jour.

Celui qui mange du nerf sciatique, ou celui qui mange le jour du 9 av, se relient également à toutes les forces négatives contre Israël, comme il est dit dans le psaume 12, 9 : saviv réchaîm yithalékhoune, "les méchants sont tout autour".

Il se branche sur les forces négatives (qui existent toujours mais restent à la périphérie) et il les fait entrer en lui, comme si on les mange. 

De plus, le nerf sciatique n'est pas seulement vulnérable, il est proche des zones sexuelles ; mettre en jeu ces dynamiques, cela veut dire "donner de la force et du dynamisme aux forces susceptibles de détruire la centrale même de la vie" ; voilà pourquoi les comportement si négatifs dans le peuple juif ont abouti à la destruction totale et répétée du Temple ce jour du 9 av.
Cette mitsva interdit concrètement d'agir mal pour détruire le point le plus important et le plus vulnérable de l'être d'Israël. Elle doit nous apprendre comment réagir face à ceux qui vont en cette direction. Les Juifs qui, hélas, coopèrent parfois avec les ennemis d'Israël en diffusant du mal contre Israël agissent en ce point.

On le voit, les mitsvotes ne sont pas simplement des actes prescrits, ce sont des actes à étudier, à comprendre dans tous leurs niveaux. 

Ce qui importe, n'est pas de discuter de ce dispositif théorique de représentation mais, à travers lui, de bien comprendre l'enseignement qu'il nous transmet pour en vivre dans chaque comportement quotidien, dans chaque relation, dans chaque action, dans chaque pensée et mouvement du coeur.

2e niveau

L'interdiction de manger du guid hannaché
Tout ce que nous avons dit, nous explique pouquoi Yaâqov a été attaqué de façon profonde et totale, dans sa famille et dans son être, au moment où il était le plus faible (à l'approche de Esav le menaçant, et pendant la nuit). 
La Torah nous indique que, donc à cause de cela, les descendants de Yaâqov ne mangent pas du nerf sciatique. Symboliquement, on peut le comprendre. Mais, concrètement, d'où vient ce "donc" précis dans la Torah ? De ceci:

Des règles d'interprétation de la Torah
Nous allons découvrir une règle de lecture et d'interprétation de la Torah.
Au verset 32, 33, lo yokhélou véné yisrael éte-guid hannaché : "ils ne mangeront pas, les fils d'Israël, du nerf sciatique", le mot éte est en trop et il est là pour venir nous dire qu'il faut faire une "extension" (un ribbouï) du principe nommé dans la phrase à d'autres cas, ici aux descendants.
Un tel mot vient "lérabbote" (multiplier le sens et créer des extensions à d'autres cas).

C'est une règle qui a été formulée par Nah'oum iche Gamzou (lien ici) qui a mis en évidence, à partir de là, deux fonctions opposées dans des particules du texte de la Torah : la limitation et l'extension ; chacune se réalise par trois particules. 
Cela est présenté dans le middrache Béréchite Rabba (1, 14 ; 22, 2 ; 53, 15).
(Voir le chapitre 20 du Lév Gompers).

Rachi nous apprend à repérer ces particularités de la Torah dans les versets suivants :

pour l'extension (ribbouï) par les particules suivantes dans le texte de la Torah:

  • - la particule éte que nous voyons maintenant (voyez le Rachi sur Béréchite 1, 4 ; 4, 1 ; 21, 1).
  • - la particule af (aussi) comme dans Dévarim 33, 28.
  • - la particule gam (aussi) comme dans Béréchite 3, 6 ; 12, 17 ; 15, 14.
pour la limitation (mioute) par les particules suivantes dans le texte de la Torah:
  • - la particule akh (mais) voyez le Rachi sur Béréchite 7, 23 ou Chémote 31, 13.
  • - la particule raq (seulement) comme dans Béréchite 20, 11 ou 24, 8.
  • - la particule mine (depuis) comme dans Béréchite 41, 2 ou Chémote 18, 13.
Nous le voyons une fois de plus : il faut tenir compte des particularités de l'hébreu pour dépister, dans le texte, les poteaux indicateurs qui montrent où est le sens dans la Torah et pour l'y comprendre. Cela ne peut pas apparaître dans les traductions. Seules le revèlent la lecture dans l'hébreu ou l'étude auprès de quelqu'un qui a appris la tradition juive.
En raison de cela, j'encourage tous les lecteurs assidus de ces parachiyotes qui n'auraient pas encore franchis ce pas, à commencer l'apprentissage de l'hébreu, et aller participer à un groupe d'étude avec un rabbin, où l'hébreu sera entendu et lu et cité. Il ne s'agit pas d'abord de parvenir à le parler mais, d'abord, à pouvoir le lire et le comprendre pour se reporter au texte. Voyez la page d'apprentissage de l'hébreu sur Modia, elle est adapté à cet effet.


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L'ange du combat et le bon usage des conflits
Le Talmud (traité 'Houline, page 91) analyse le combat et le personnage de l'ange qui était Samael. Certains disent qu'il avait l'apparence d'un non Juif, d'autres au contraire d'un Sage juif ; cela doit bien nous faire entendre que la valeur la plus importante peut être de tous côtés et que l'on peut faire virer aisément son propre être. De même, dans la page 94, il est rappelé que l'on ne doit pas plus tromper les non Juifs que les Juifs.
Le Chla dit : cela nous fait comprendre que l'ange d'Esav qui venait attaquer Yaâqov était composé de tendances négatives et dangereuses pour Yaâqov ; mais, aussi, le contact du combat qui lui a fait sortir tout le mal dont il était capable, lui a fait atteindre aussi tout le bon qui était en lui. Nous devons apprendre le bon usage des conflits.
Même chez l'être le plus dangereux comme Samael, ce génie d'Esav, l'être est ambivalent : il est composé chez lui sam qui est la drogue néfaste, mais il y a aussi El (Dieu) dans son nom. La partie négative peut même se transformer en drogue de vie, comme l'est la Torah (sam 'hayim), et c'est bien ce mot sam (mettre) que l'on pose sur le bras en mettant les téfillines de la prière.
Certes, ce combat fut terrible, il est dit que la poussière montait jusqu'au trône de Dieu. Il est des combats aussi durs à l'intérieur de notre être, entre les êtres qui se cherchent ou se séparent, ou entre les peuples. 
Dans l'exercice du conseil psychologique ou de la psychothérapie envers des Juifs, il est important que le professionnel connaisse ces particularités de l'être juif pour en tenir compte en même temps que de l'analyse des dynamiques psychologiques. Nous pratiquons en ce sens et formons les étudiants à cette approche double.

La grandeur de Yaâqov (et du peuple juif) doit être de savoir lutter avec toute la détermination nécessaire mais aussi de contraindre l'adversaire, par notre propre qualité de vie, à devoir découvrir le meilleur de soi-même... pour le cas où il y aurait un espoir. 

• En aucun cas, il ne s'agit de céder ni d'aller dans le sens de la demande de l'adversaire qui veut vous supprimer (cette erreur est analysée avec précision par la tradition), 

• en aucun cas il ne s'agit de détruire sans discernement (d'où la réprobation de Yaâqov envers les frères de Dina), 

mais il s'agit de tenir la ligne de la vérité sans aucune concession aussi longtemps que la nuit durera, quel que soit le prix à payer, sachant que D.ieu aide son peuple, sachant que l'aurore va arriver, sachant que cette fidélité totale est la seule voie pour que, à un moment peut-être, l'adversaire trouve le meilleur de soi-même et aille à son tour vers la bénédiction, reconnaissant Israël en sa vie, en son être, en sa Torah, en sa terre. Yaâqov exige de l'adversaire qu'il reconnaisse tout ce qu'il est et il ne cédera pas sur ce point. Le Chla montre explicitement que Rachi met cela en évidence dans son commentaire du verset 32, 27.
Il y a donc de multiples enseignements dans cette position rigoureuse et nuancée, toujours morale. 

En tout cas, jamais de concession à la perversion du langage qui demande à Israël de renoncer à soi-même sous aucune des formes de son "être" (Torah, peuple, terre) pour obtenir la paix : Yaâqov "ne cède pas" et ne lâche pas la prise. 
Bien entendu, cela n'est possible que parce que Yaâqov vit de la Torah, l'étudie, la connaît et en vit de façon morale.
Aucune génération sur ces presque quatre millénaires d'existence n'est sortie de cette voie ; seulement, en notre génération, il y a des confusions et des manques de fidélité ou des manques de subtilité dans l'analyse (car, pour la première fois dans l'Histoire, on veut également décider de ces questions par des critères autres que ceux de la Torah)

la proximité de Yaâqov avec l'adversaire dans ce corps à corps n'est nullement 
- une abdication pour aller dans le sens du désir de l'autre, 
- ni une destruction de l'autre, 
- ni un compromis. 
Yaâqov se conduit avec dérékh érets (il prie, il envoie des cadeaux, il agit avec moralité, bienséance, grand savoir faire, courtoisie et psychologie). Mais il n'est pas dupe quand le baiser est aussi une morsure comme le montrent les points ajoutés dans le texte (33, 4 sur les lettres du mot vayichaqéhou).

Ce texte montre que Yaâqov ne falsifie pas les données de la situation pour s'illusionner en fonction de son idéal de paix (tranquillité à court terme).

Qui voudrait tirer des arguments immédiats de tout cela en faveur de telle ou telle thèse politique actuelle sur la guerre et la paix échouerait ; il faut étudier davantage, car nous sommes actuellement, dans ces parachiyotes, seulement dans la découverte des principes qui sont les bases essentielles, mais ils ne recouvrent qu'une petite partie de l'enseignement de la Torah ; l'analyse des dommages causés et de leur réparation occupe des volumes entiers du Talmud dans le Traité Nézéqim des dommages pour comprendre l'enseignement de la Torah et ses règles d'application. 

Qui veut réfléchir ou vivre avec la Torah est loin du simplisme du choix électoral entre deux positions qui demandent une adhésion et un rejet. Le peuple juif a toujours été le peuple de la réflexion et on veut aujourd'hui lui faire adopter des choix qui se dispensent de toute cette prudence et de cet équilibre, que tant de générations ont gardé au prix de la misère et de la persécution.

Le Chla nous montre que nous retrouvons le réalisme de Yaâqov, loin de toute utopie fusionnelle, exprimé dans ces mots : hatsiléni na miyad a'hi "sauve-moi de mon frère" (et non de mon ennemi) ; également, quand il propose à Esav de faire la paix en organisant un éloignement de chacun l'un de l'autre pour éviter les frictions éventuelles. 

La fourberie séculaire d'Esav, un enseignement éclairant.
Hélas, ce que notre tradition appelle les descendants d'Esav ou d'Edom (les nations de la civilisation romaine) sont revenues vers Yaâqov et ont voulu à nouveau lui prendre ses biens divers et se substituer à lui. Ce problème n'est pas encore réglé. Les Eglises n'ont pas encore rendu à Israël les objets, bâtiments, manuscrits volés au cours des siècles. Le Vatican n'a pas encore établi ni publié le catalogue de tous ces biens spoliés qui se trouvent dans ses musées, bibliothèques et caves. L'action mondiale et morale contre les biens spoliés va devoir insérer ces points. Cela est urgent et indispensable pour la morale de l'humanité et l'arrêt des mensonges collectifs, toujours au détriment d'Israël.
Ceux qui veulent approfondir le rapport d'Esav avec le judaïsme au long des siècles et aujourd'hui peuvent se référer avec grand profit aux livres du Rav Léon Achkénazi, zal, qui a traité longuement de ce thème avec rigueur, connaissance des sources et réflexion personnelle (lien ici).

Le missionarisme déterminé mais subtil d'Esav existe encore réellement envers le peuple juif. Problème qui sera très difficile à résoudre et ne réside pas dans les bonnes relations de personnes à personnes (ce qui va de soi) car les textes fondateurs de ceux qui veulent se substituer à Israël existent et ne peuvent pas être modifiés, honnêtement. Il ne s'agit pas d'une pathologie individuelle des attitudes.

La tradition voit aussi, dans l'expansion du son él à l'intérieur de Samael, un tri qui se fait dans l'ambiguïté de certains êtres et qui viennent ou reviennent au judaïsme dans les conversions

 

Exercice de mémorisation :

1. Verset 32, 33,
lo yokhélou véné yisrael éte-guid hannaché
"ils ne mangeront pas, les fils d'Israël, du nerf sciatique".

Pouquoi doit-on lire ici véné et non pas béné, étudiez cela sur ce lien.

2.
l'extension (ribbouï) : éte, af, gam.
la limitation (mioute) : akh, raq, mine.

3. Retrouver les deux premières mitsvotes dans les parachiyotes précédentes : fructifier (lien Béréchite), la circoncision (lien Lékh lékha).


Dans le contexte de la paracha, lire :

1. Poème sur la paracha Vayichla'h : Combat de Job.

2. La prière au réveil (sortir de la nuit et affronter l'aurore).


Relisez la paracha après cette étude et répondez alors à ces quelques questions pour vérifier votre connaissance de la paracha :

  • quel terme est donné pour les envoyés de Yaâqov à Esav ?
  • selon Rachi, quelles sont les trois tactiques de Yaâqov à l'approche de Esav ?
  • comment répartit-il alors sa famille ?
  • quel est le nom du fleuve qu'il a franchi ?
  • quelle a été la demande précise de l'ange à Yaâqov ?
  • dans quelle direction alla chacun des deux frères après leur séparation ?
  • comme nomme-t-on l'atteinte portée contre Dina ?
  • qu'a fait Yaâqov des statuettes des dieux étrangers ?
  • qu'a fait Yaâqov à la mort de Ra'hel ? (Voir le lien avec la page de la tombe de Ra'hel).

  • répartir les enfants de Yaâqov selon les noms des mères

     
Une étude dans le Talmud : l'importance du nom "Israël". A méditer.

Etudions ce thème là où il apparaît au long des pages du Talmud, en suivant l'ordre des livres et non pas en un seul endroit. Nous comprendrons alors pourquoi c'est ce nom et non pas un autre qui a été donné à Yaâcov et à ses descendants pour les définir.
Le Talmud comprend une part importante de débats logiques. Le site permet de comprendre la structure de ces débats (lien ici).
mais la Torah orale du Talmud est un ensemble complexe (lien ici)  qui comprend aussi de nombreuses pages qui sont proches du Middrache (lien ici). C'est cette dimension méditative que nous allons découvrir.

Traité Bérakhote
Page 4a. Pourquoi n'y-a-t'il pas de verset avec la lettre noune dans le cantique "Achré, Heureux...( psaume 145)" ? Pour montrer la chute (néfila) des ennemis d'Israël et qu'elle ne tombera plus la vierge d'Israël.
Page 6a. Hachém donne la force à Son peuple (Psaume 29, 11) ce qui pour Israël est symbolisé par les téfilines... Hachém a dit à Israël : vous M'avez préféré à tout ce monde et Moi je vous ai distingués entre tous les peuples de la terre. Votre profession de foi est formulée en ce verset  du Chémâ: Ecoute, Israël, Hachém est notre D., Hachém est Un (Dévarim 6, 4).
Page 7a. D. disait à Israël : voyez quelle bonté J'ai eu pour vous au temps de Bilâm l'impie car si J'avais été  irrité comme il se devait il ne serait pas resté un seul survivant d'Israël.
Page 32a. Je ne t'ai rien donné, dit D. à Moché, qui ne soit pour Israël.
Page 35b. La jouissance d'un objet pris ici-bas sans bénédiction équivaut à un vol fait envers D. et envers Israël.
Page 35b. Dans le verset : "Ecoute, mon fils la morale de ton Père, et ne néglige pas  les recommandations exigeantes de ta mère" (Proverbes 1, 8), la mère est la communauté d'Israël.
Page 35b. Lorsqu'Israël accomplit les volontés de Hachém, sa moisson est productive ; au cas contraire, elle ne réussit pas.
Page 53b. De même que la colombe (yona) n'a de salut que dans ses ailes, Israël n'est sauvé que par les mitsvotes.
Page 58a. Celui qui voit les multitudes diverses d'Israël dit à D. la bénédiction : " Béni est le Sage des secrets" car ils ont autant d'idées différentes qu'ils diffèrent par le visage... A la vue des Sages d'Israël, on dit : Sois loué  qui a donné une part de Sa sagesse à ceux qui le craignent.

Traité Chabbate
Page 22b. La Chékhina réside sur Israël.
Page 67a. Tous les membres du peuple d'Israël sont des fils de rois.
Page 86a. Les membres du peuples d'Israël sont des qédochim, saints.
Page 97a. Ils sont des croyants, fils de croyants.
Page 156a. Le sort des astres n'a pas d'influence sur Israël.

Traité Erouvine
Page 53b. Ils sont tous de grands Sages.

Traité  Pessa'him
Page 66a. S'ils ne sont pas des prophètes, ils sont cependant fils de prophètes.
Page 85b. Même une séparation de métal ne pourrait pas séparer les membres du peuple d'Israël de leur Père qui est dans les cieux.

Traité Yoma 
Page 69b. S'ils n'avaient pas leur crainte du Ciel, jamais Israël n'aurait réussi à subsister au milieu des 70 peuples.

etc. La liste serait sans fin mais combien instructive. Le Zohar est un hymne constant à la grandeur et à la beauté prévilégiée d'IsraËl: lieu voulu par le Créateur pour y révéler la Torah à l'ensemble du monde, description de l'immensité inimaginable de l'amour du Créateur pour Israël. Si les membres du peuple en étaient conscients, la Torah ne serait plus des mots lus et enseignés mais des révélations bien plus intenses qu'une lettre de la personne aimée en secret et qui révèle à son tour son amour. Alors, ce que ce fut pour le Créateur et ce que c'est pour Lui, serait également ressenti par la créature qui s'envolerait vers la chambre de la rencontre, du dévoilement au lieu de ronronner ailleurs quand la porte est ouverte. La galoute (dispersion des Juifs hors de la terre d'Israël) ne tient aujourd'hui -je dis bien: aujourd'hui- que par cette surdité et ce manque de sensibilité des coeurs. Le Créateur a eu beau créer l'immensité et la beauté des mondes et des créatures, l'extraordinaire varité des espèces et des êtres et des peuples, nous restons quelqu'un qui reçoit quotidiennement ces cadeaux et reste insensible. Le Zohar dit que si on devenait conscient, on hurlerait de joie comme des lionceaux. Et ce serait une joie d'union à Ha Qadoche Baroukh Hou, la conscience que la Chékhina est ici intensément.

Il va jusqu'à dire qu'Israël d'en bas est la Chékhina (I 253b).
Et quand Israël n'est pas "chalem", plein de cette union, alors il se retrouve déficient et en galoute, et le nom de D.ieu lui-même n'est plus chalem, il est incomplet. (ZoharIII 4b).
Le rêve de Jacob est un dévoilement de cela.

Les nations le pressentent: elles sont obsédées dans le monde entier par ce rôle qui les concerne tous et le disent: Israël est partout. L'erreur d'Esav c'est de chercher à supplanter Israël, en inventant un "nouveau testament", écrit par les hommes pour tenter de falsifier le premier. Enfantillage stupide mais qui conduit à tant de cruauté et de double jeu immoral. Le dialogue d'Esav, dernière stratégie actuelle, n'est qu'un avatar répétant ces frustrations et ces cupidités mortelles: aucune idéologie en cela, rien que la description terrible de 2000 ans d'histoire payée par le massacre de millions de Juifs par une civilisation, qui jubile encore en louant la nouvelle arme inventée pour tenter de détruire encore Israël: le problème palestinien et la louange et le financement de ses tueurs. En ces jours, le Pape a fait la louange du charisme du premier terroriste, et la France vient d'autoriser la chaîne de télévision du Hesbollah déversant l'antisémitisme. Rien ne change. Rien.
Que l'on ose réfléchir et ne pas nier en trouvant ces lignes excessives: seul ceux qui oublient les douleurs subies par les meurtres peuvent penser ainsi. Et lisons la haftara de la paracha: le livre du prophète Ôvadia: chaque ligne dit ce que je viens de souligner en plaçant seulement la loupe sur les faits continus. Lisez ce livre d'Ôvadia, le plus court de la Bible, mais si fort.

Dans son commentaire de la paracha, le Rav Messas, zal, rappelle le verset du psaume 34, 20: "nombreux sont les tourments du juste (Israël) mais de tous Hachém le délivre".

Ne craignons pas, n'ayons pas peur d'aimer et de vivre ce cadeau de l'amour à la taille de l'univers, ne restons pas planqués de pleurs à choisir autre chose dans la vie sous le masque des rationalisations. Hachém le redit sans cesse: si vous m'écoutez, je repousserais vos ennemis. Et Ôvadia montre le sort qui sera celui d'Esav car rien ne peut arrêter le projet d'amour entre le Créateur et Israël pour le bien du monde entier. Le monde pressent que se joue là ce qui concerne tous les peuples. Et ce sont les nations de l'Occident (Esav) qui tentent de mener cette haine universelle et impuissante. C'est notre lâcheté, ou notre manque de conscience, qui donnent cette force meutrière aux ennemis. Par notre acceptation de l'amour, libérons-les de leur propre haine déguisée en langage politico-religieux mensonger.
Nous devons entendre cet amour au-delà de tout amour, source de tout amour; il n'est pas illusoire ni ludique. Il est porté depuis Avraham. Nos poèmes (lien ici) et nos photos (lien ici) tentent de le dire.

 

Les colombes le savent

J'ai vu !
Un fleuve
jaillit
de Jérusalem.
Les colombes le savent,
elles !

Elles vont dire
aux quatre vents du monde :
si seulement
le bonheur
vous venait
de Yérouchalaïm,
les eaux des lèvres
dévaleraient
de rire dans
les coeurs,
des torrents bondiraient
comme les cerfs
dans les regards.
Si seulement...

 



(Voyez: Photos de l'auteur au Kotel)


C'est le jeu de la joie qui exulte et on monte vers le ciel et redescend comme nos prières.Comme dans le rêve de Jacob.
Tout est pur. On s'aime. Les amitiés sont certaines. Tous les peuples sont une seule créature. Aucune menace. Tout est clair.

Ne nous étonnons plus que R. Moché Cordovéro, le maître du Ari, zal, dans Pardés rimonim, nous explique que ISRAEL est composé des lettres ISR qui doivent devenir SIR, chir, chant. Ceux qui sont intéressés se reporteront au chapitre des Kinouïm. On arrive au "Chant de EL" qui est le nom de bonté.
Et, des filles reçoivent ce si beau nom de Chir-EL.
J'ajouterai modestement que le magnifique psaume 128 de la famille heureuse commence par la syllabe Chir et conclut par la syllabe El. Et, entre les deux, c'est le paradis...
Ce nom Isra-el, démontre R. Moché Cordovéro est situé à la fois ici-bas dans le concret de la réalisation mais aussi au niveau le plus élevé de l'union entre 'hokhma et bina.
Il nous suffit de comprendre que c'est un beau programme d'existence.
Souhaitons-nous à chacun ce qui a été dit à Jacob: "désormais ton nom sera IsraËl".
Et il est ajouté: "tu es resté fort".

Pour terminer, merci de lire ce psaume 128 pour plusieurs personnes ayant de lourdes difficultés familiales et qui affectent leur santé.


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