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Règles du Copyright - Traduction et commentaires par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basés sur les livres de nos Sages
 

11e Paracha - Vayigache: Il rencontra
Béréchite (La Genèse) 44,18 - 47, 27

 

Cëndant cette paracha commence le mois de Tévéte.
Voir les faits et hiloulotes du mois de Tévéte

 

Cette paracha nous apprend 4 démarches essentielles:
- comment se rencontrer dans une écoute véritable,
- comment résoudre les conflits en 7 clefs,

- combien et comment la Torah nous fournit ces clefs,
- nous ne pouvons le découvrir qu'en étudiant la Torah avec nos Sages.



 

Audition de la paracha chantée (106 versets)
téâmim askénaziim (ORT) et de sa haftara

Un poème sur la rencontre d'amitié

Plan

  1. La paix immédiate n'existe pas
  2. Thèmes de la paracha : la plaidoirie et la réconciliation
  3. Une parole dans les oreilles
I. La relation sensible
  1. Première phase : ressentir dans la relation
  2. La rencontre intérieure
  3. La rencontre sensorielle
  4. Phase seconde : parler
II. Le commentaire de Rachi
  1. L'erreur par évidence
  2. La méthode de Rachi
  3. Notre précaution face à Rachi
  4. Le respect du judaïsme envers ses étudiants
  5. Comment avons-nous procédé ?
  6. Par les mots, organiser la relation dans la négociation sociale ou politique
  7. Le langage politique de Yéhouda
  8. Le langage divin de Yéhouda
  9. Le droit de connaître la Torah
  10. Notre science de la tactique divine dans les négociations
III. L’être de l’intervenant social
  1. "Le" vrai contact
  2. L'art de passer du dine au ra'hamim
  3. L'art d'agir par allusions
  4. Un premier enseignement : la politique du juif
  5. Un deuxième enseignement : 
  6. Conséquences : la formation nécessaire
  7. Oui, il y a un comportement juif en politique
  8. La solution n’est pas simple 
  9. "La" seule condition pour réussir
Exercice d'intériorisation 
Exercice de mémorisation 
Exercice de recherche
Lecture 

L'étude de la haftara de cette paracha.
Conclusions : 
- quelles sont les clefs de la résolution des conflits terribles que vit le judaïsme?
- quelles sont les étapes qu'il faut absolument respecter ?
- quelle est notre part, celle de nos leaders ?

Etudier d'autres haftarotes : Êqév, Bé'houqotaï, Vaét'hanane, Chofétim, Ki-tavo ou les 7 haftarotes de  consolations


Avec Yossef, le juste, nous avons l'exemple rare d'un personnage qui vit totalement dans la Torah et totalement dans les affaires de la Cité. Le résultat en est que les nations elles-mêmes s'en remettent à un tel Juif. Nous avons besoin de tels leaders en Israël au lieu de seuls politiciens. Etudions pour comprendre quel est ce type d'homme.

Nous apprenons aussi la patience dans la vie sociale. En effet, les frères de Yossef avaient péché lourdement et terriblement et, maintenant, nous découvrons la qualité à laquelle ils sont parvenus, dans chacun de leurs mots face à Yossef et entre eux. Ne désespérons pas les uns des autres, notre néchama (âme) est pure, à tous, et travaillons lentement à l'amélioration commune, ensemble. Pour ces motifs, la paracha est d'une actualité brûlante. Et n'oublions pas la prière pour nos dirigeants (lien ici).

Le Rav Chalom Messas, zal, ouvre ses commentaires sur notre paracha en insistant sur le verset de Béréchite 42,8: "Vayaqer Yossef ete é'hav, vé hem lo hikirouhou; et Yossef reconnut bien ses frères mais eux ne le reconnurent pas". Voilà tout le drame de l'humanité, du peuple juif, de chaque communauté, de la famille, du couple. Nous allons pouvoir le comprendre et l'améliorer.


I. La paracha

Son étude aura une particularité : c'est la haftara qui va donner le sens profond et son application à l'histoire juive telle nous la vivons aujourd'hui dramatiquement. Cette partie est encore améliorée, cette année. Elle nous apprendra ainsi le rôle des haftarotes, et comment les étudier.

La paix immédiate n'existe pas
Dans chaque paracha précédente, nous avons vu la mise en route progressive de la réalisation du plan de Dieu sur le monde ; ou, plutôt, avec les patriarches nous avons assisté à la reconstruction d'une humanité qui découvre lentement les middotes (qualités de comportement) divines pour vivre selon leur exemple.
Mais la découverte ne suffit pas car les forces négatives sont fortes tant à l'intérieur des hommes, entre les hommes que dans le destin ; nous avons vu les souffrances dans la relation paternelle lors du sacrifice d'Avraham, les souffrances avec les autres peuples quand ceux-ci enlèvent les épouses et bouchent les puits, les souffrances maternelles avec la stérilité ou la mort à la naissance ou  le sacrifice d'Avraham, les souffrances conjugales lors des séparations imposées par les enlèvements ou dans les années de travail de Yaâqov pour Ra'hel, les souffrances fraternelles des fils de Yaâqov, les souffrances paternelles avec la peine de Yaâqov. 

La paix familiale et sociale et l'amour lui-même sont un long parcours laborieux.
La Torah nous a enseigné par là, dans les parachiyotes précédentes, que toutes ces souffrances sont des épreuves normales à franchir dans un long parcours pour améliorer le monde où les forces du bien et du mal luttent. Par là, il s'agit aussi de nous améliorer nous-mêmes. Cette conception tonique et courageuse est éloignée des idéologies de bonheur calme et immédiat. C'est ce que nous dit Rachi sur Béréchite 37, 2 :
"biqéche Yaâqov léchév bé chalva, Yaâcov voulait demeurer en paix,
qafats âlav roughzo chél Yossef, mais des tourments lui vinrent par Yosséf ;
tsaddiqim mévaqéchim léchév bé chalva, les justes aspirent à la tranquillité
amar Haqqadoche Baroukh Hou, Haqqadoche Baroukh Hou dit :
lo dayane la tsaddiqim, cela ne suffit pas aux justes
ma ché méttouqane lahém lé ôlam habba, ce qui leur est réservé dans le monde futur
élla ché mévaqechim,  mais ils demandent encore
léchév bé chalva ba ôlam hazzé, vivre en tranquillité dans ce monde-ci".
Et D.ieu ne résoud pas ce problème posé; c'est un fait, c'est tout. Silence.

Mais il y a du nouveau sous le soleil : cette paracha nous apprend enfin la clef de la résolution des conflits, des retrouvailles et des réconciliations. Ce n'est pas une simple prescription morale, du type "réconciliez-vous, aimez-vous les uns les autres"; les slogans faciles de "paix immédiate" ne sont que des manipulations mensongères utilisées par des camps agressifs qui y trouvent une nouvelle arme contre d'autres forces sociales; en effet, la paix de vérité est un art complexe et long: comment se rapprocher, comment liquider les contentieux, comment ne pas humilier l'autre dans le réglement, comment ne pas raviver les blessures, comment retrouver ensemble les véritables bases et les véritables droits de chacun. Cela nous est ici enseigné.

Nombreux me disent qu'ils admirent le judaïsme ou leur judaïsme, mais qu'ils sont désorientés par l'immensité de la forêt.
C'est exact, une fois de plus le judaisme se distingue des "idéologies impériales", des "programmes de partis", des "slogans des mouvements", des "credos simples" glorifiés par les médias. Le judaïsme est une autre voie. Le judaïsme nous transmet trois choses : 
• le judaïsme respecte la science très complexe de Celui qui a su créer la complexité des mondes, et qui nous l'a révélée dans la Torah.
• le judaïsme soumet à notre étude les dossiers complexes de l'existence et des humains analysés par nos patriarches et par nos Sages.
• le judaïsme nous enseigne des modes complexes de comportement interne et externe, conformes aux deux points précédents. Etre vrais, bons, simples, justes, heureux, est très compliqué.
Où est donc, alors, la simplicité ? Dans la qualité du coeur, dans la confiance, et dans la droiture de l'intelligence, mais certainement pas dans les données ni dans les voies d'analyse.

Entrons dans cet apprentissage de la paix progressive.

Nous allons apprendre comment sortir des idéologies, partis et religions impérialistes, de la prison des amitiés et amour trahis et blessés, tout ce qui était "l'Egypte".

 

Thèmes de la paracha : la plaidoirie et la réconciliation
La paracha nous donne le récit de la plaidoirie finale de Yéhouda envers le ministre de Pharaon qu'est Yosséf, le dévoilement de Yosséf face à ses frères, la venue de Yaâqov et de tous les siens en Egypte pour y vivre auprès de Yosséf et la liste de tous les membres de cette famille. 

Une parole "dans" les oreilles
Le récit de cet épisode est célèbre, mais le sens de la paracha va bien au delà de ce  récit général. En effet, chaque phrase, dans l'hébreu, est la source de messages multiples. Nous allons nous centrer seulement sur quelques mots du premier verset :
"alors Yéhouda s'avança vers lui en disant : de grâce, seigneur, que ton serviteur fasse entendre une parole aux oreilles de mon seigneur, et que ta colère ne s'enflamme pas contre ton serviteur car tu es comme Pharaon".

Pour comprendre la richesse du message exprimé par l'hébreu, nous devons nous en approcher par une traduction plus littérale :

"vayigache élav yéhouda vayomér Et il rencontra vers lui Yéhouda en disant :
bi adoni en moi mon seigneur 
yédabber-na âvdékha  qu'il dise, de grâce, ton serviteur, 
davar béoznéï adoni... une parole dans les oreilles de mon seigneur, 
véal-yi'har apékha... et qu'elle ne s'enflamme pas ta colère...".

Rachi reprend ce passage : "une parole dans les oreilles de mon seigneur" (davar béoznéï adoni...), et il commente : "qu’elles entrent mes paroles dans tes oreilles" (yikanessou dévaraï béoznéikha). 
Rachi prend là en compte le Béréchite Rabba 93, 6 : celui-ci démontre qu’on ne peut pas lire qu’ils ont parlé "à voix basse à l’oreille" puisqu’ils utilisaient un interprète ; d’autres le justifient aussi cela en disant qu’on ne peut pas parler à l’oreille à un prince. Quand on connait sa source, on perçoit que Rachi nous fait comprendre qu’il va beaucoup plus loin qu’un pchate (sens littéral) portant sur l’intensité de la voix. Nous allons voir , en effet, que Rachi a fait, en ces quelques mots, un apport sur les différents niveaux du sens : le pchate (sens littéral), le drache (analyse), le réméz (allusions symboliques), le sod (secrets). Mais il bâtit solidement cet édifice comme une maison : il faut commencer par le fondement du pchate, situé à travers le middrache. C'est la méthode de Rachi.
 

I. La relation sensible

La 1e clef dans la relation : ma pénétration
Dans la paracha Lékh lékha (lien ici), nous avions déjà été éveillés aux étapes intérieures que franchit Avraham dans son langage quand il parvient à dire à sa femme : "tu es belle, toi" (Béréchite 12, 11). Nous retrouvons les phases de cette dynamique dans cette phrase de Rachi. 
Tout détail supplémentaire nous frappe : pourquoi est-il dit "une parole dans les oreilles" ? Un détail insolite nous fournit toujours un axe essentiel dans un commentaire pour comprendre un verset. 

Essayons d'aller en ce sens. Yéhouda aurait pu dire simplement : "permets-moi de dire", ou "que je fasse entendre", ou "que je présente une parole aux oreilles de mon maître". Mais "une parole dans les oreilles" indique que Yéhouda demande que son message ne soit pas seulement "entendu", ne soit pas seulement "compris", mais qu'il "entre" véritablement à l'intérieur de l'oreille et qu’il pénètre l'intérieur de l'auditeur.
Effectivement, lisons le texte et nous allons voir qu'à la fin de l'échange Yosséf est "pénétré" : il est devenu vulnérable au message, il est troublé, atteint, et il ne peut plus se contenir dans sa fermeture initiale, dans ses rôles officiels, dans sa tactique de pouvoir (Béréchite 45, 2); l'armure est transperçée : l'émetteur et le récepteur fusionnent, les frères tombent dans les bras l'un de l'autre. 
Le message a bien pénétré dedans. Comment cela s'est-il produit ? Le texte nous enseigne  les étapes de cette communication idéale qui passe de l'extériorité et de l'animosité à la rencontre véritable et à la compréhension (au sens véritable du mot : compréhension = préhension ensemble). Observons ces étapes.

La 2e clef : l'invitation à la rencontre intérieure
Yéhouda se situe d'emblée dans la rencontre (vayigache) et dans l'égalité. En effet, le verbe vayigache ne veut pas dire seulement "il s'avança" mais "il rencontra". Yéhouda se plaçait en cette position et croyait en l'efficacité de l'hébreu et de la cavana (de l'intention), quand elle est branchée sur la vie divine telle que la porte l'hébreu dans ses lettres
Cela est confirmé par l'évolution de la relation : les versets suivants sont ponctués continuellement par l'expression "vers" : "vers toi", "vers moi"... Nous découvrons par là que les deux partenaires ne se contentent pas de bien écouter ni de bien comprendre "le contenu du message" ; mais ils font de la communication d'un message l'occasion de s'inviter l'un l'autre à se rencontrer davantage. 

La 3e clef : l'accompagnement
Le fait que la même expression se répète indique que chacun à répondu positivement à la sollicitation de l'autre et que, à son tour, il devient actif et propose à l'autre de venir vers lui. C'est exactement une avancée et la montée dans une relation d'amour. Découvrons les étapes de ce processus au cours des versets qui décrivent la scène. 

Le mot "vers" (él) pourrait passer inaperçu, d'autant que, parfois, il est traduit par des mots différents dans les traductions. 

Mais, par contre, la traduction d'Onqélos en araméen a mis parfaitement en valeur le sens de cette expression en hébreu ; Rachi attire toujours notre attention sur l’apport d’Onqélos et place pour cela les guides suivants :
vézéhou lechone onqélos (Béréchite 6, 17, etc.)
vézéhou targoum chél onqélos (Béréchite 49, 5, etc.)
vézéhou ché tirguém onqélos (Béréchite 49, 9, etc.)
kétargoumo.

Onqélos traduit de nombreuses fois le terme "vers" par la déclinaison du mot araméen lévate qui y ajoute la notion d'accompagnement (livoui, en hébreu moderne). Voici quelques versets traduits par Onqelos en ce sens :

  • 44, 18 : il s'avança vers lui (lévaté).
  • 44, 21 : amenez-le vers moi (lévati).
  • 44, 24 : vers ton serviteur (lévate âvdékha).
  • 44, 25 : un a disparu de vers moi (milévati).
  • 44, 30 : en allant vers ton serviteur (lévate âvdékha).
  • 44, 34 : comment remonterais-je vers papa (lévate aba).
  • 45, 4 : approchez-donc de moi (lévati).
  • 45, 9 : montez vers papa (lévate aba).
  • 45, 9 : descends vers moi (lévati).
Nous remarquons bien que cet "accompagnement" est proposé à chacun des partenaires de la relation. C'est la réunion de chacun à chacun qui est proposée dans le langage et qui se réalise pour le motif que nous avons vu dès le commencement : chacun laisse les mots de l'autre entrer à l'intérieur de son oreille et en soi-même, il constate que l'autre en fait autant et chacun propose à l'autre d'avancer sur cette même trajectoire où chacun s’incite soi-même et entraine l'autre : voilà une 3e clef qui, seule,  assure une montée vers le sommet de l'amour.

La 4e clef : la rencontre sensorielle
Alors, se produit la rencontre finale de tous les sens, depuis ce qui a commencé par la bouche et par l'oreille (45, 12) : "vous voyez de vos yeux, comme de ses yeux mon frère Bineyamine, que c'est ma bouche qui vous parle". Cette dimension sensorielle est devenue importante, elle assure la rencontre véritable. 

• Ce ne sont pas des messages intellectuels ou juridiques placés en face à face, 

• ce ne sont pas des gens en fonction de négociateurs qui se parlent, 

• ce n'est pas un échange dans le concept philosophique de "personne" à "personne" (terme qui, en français, pourrait également dire "de rien à rien"),

• mais c'est une rencontre dans la réalité sensorielle ressentie. Et les versets suivants restent dans cette note sensorielle qui s'étend à la zone visuelle des émotions : "racontez à mon père toute ma gloire en Egypte, et tout ce que vous avez vu, et hâtez-vous de faire descendre mon père ici. Il se jeta au cou de Bineyamine son frère et pleura avec eux". Relire ici la paracha pour percevoir ces dimensions.

La 5e clef : la Chékhina est le lieu de la rencontre.
L’écoute a été effective, elle est devenue complète ; elle a rayonné dans tout le corps et dans tous les niveaux de l’être, l’union d’amour est atteinte. On pense là au commentaire du Tsema’h disant que l’écoute (chemiâ) a la même guématria, 425, que les initiales du dernier verset des psaumes : (kol hannechama téhallél, toute la néchama louera). L'écoute véritable assure la plénitude exprimée dans ce verset qui est le dernier de tous les hallelouya des psaumes, l’apogée. Ces initiales constituent également l’un des 72 noms divins, ce qui en indique bien l’importance. Nous comprenons mieux alors pourquoi ce sont ces deux mots d’écoute : chemâ yisrael, qui ont été choisis comme prescription journalière pour chaque Juif. Nos Sages nous disent aussi que la langue (lachone) et la Chékhina ont le même chiffre 385. L’objectif est que la langue parvienne à ce niveau, à cette rencontre ; il n’y a jamais 2 : ou bien il y a 1 et 1 dans les solitudes, ou bien la rencontre des deux est dans le 3 qu’est la Chékhina.

Remarquons aussi que la traduction d’Onqélos emploie souvent le mot léqabbel ou qibbela pour rendre le mot hébraïque néguéd, "en face, vers, opposé" : cette traduction d’Onqélos traduit bien tout le sens que nous venons de mettre en évidence.

 

Phase seconde : parler

Alors seulement, après l'écoute sensorielle, la vraie parole arrive, celle de la vérité des liens (45, 15) : (vé a’haréi khén dibberou é’hav ito, "ensuite ses frères lui parlèrent"). 

La vraie parole est si importante qu’elle doit être préservée et préparée par une phase de mise au point sensorielle de l’écoute avant de se manifester.
La 6e clef, celle de la fraternité retrouvée, n'arrive qu'après l'écoute. Cela se réalise ainsi, dans le couple, entre amis, dans le voisinage, entre peuples.
 

II. Le commentaire de Rachi

L'erreur par évidence
Examinons ces deux phases (écoute-personnes) dans le commentaire de Rachi, ce qui nous fera percevoir sa grandeur et sa méthode. 
Sur l'expression qu'il va commenter (dibbour hamat'hil) : "une parole dans les oreilles de mon seigneur, davar béoznéï adoni...), Rachi dit simplement trois mots : "yicanessou dévaraï béoznéikha, que mes paroles entrent dans tes oreilles". L'ignorant dira, avec assurance, de ce commentaire : "cela est évident, donc Rachi explique le pchate le plus concret pour les enfants, pour les simples, pour les débutants, il traduit le verset au niveau de la réalité la plus concrète, du pchate, et il n'apporte rien de plus sophistiqué contrairement à d'autres commentaires qui développent la réflexion, l'exhortation, la qabala, la morale".

La méthode de Rachi
En fait, le but de Rachi est toujours autre : il attire notre attention sur une nuance qui est essentielle et qui doit se traduire chez nous par un nouveau regard vers l'ensemble du texte pour nous faire saisir ce message qui s'y déploie. C'est ce que nous avons fait ici.

Notre précaution face à Rachi
Cela nous donne la règle de l'arrêt dans l’étude de Rachi : chaque fois qu'un commentaire de Rachi nous semble si simple qu'il n'avait aucune raison de l'écrire, nous devons nous imposer un arrêt, puis prendre le temps de la réflexion, enfin entendre sensoriellement ce qui est écrit et qui ne parle pas directement à l'intelligence : en effet, l’intelligence spontanée est toujours rapide, prétentieuse, sûre de soi, superficielle et étroite. Alors surgira une autre lecture qui sera lumineuse. 

La 7e clef : le déplacement
Mais Rachi respecte le lecteur comme la Torah le fait : "si tu ne veux pas chercher dans le texte ni écouter, libre à toi, et tu ne verras pas la perle que tu as sous les yeux ; mais si tu t'ouvres et dis"hinéni, me voici, ton serviteur écoute", alors tu verras et tu entendras toute la richesse de la Torah à toi donnée. 

C'est ce que dit sans cesse le Talmud pour étudier la Torah : "viens, écoute" ; c'est aussi ce que dit sans cesse le Zohar pour étudier la Torah : "viens, vois". D’abord, un déplacement ; puis, une écoute ; enfin, la capacité d’accéder à un autre raisonnement que celui qui surgissait spontanément en nous... si nous voulons persévérer.

Comment avons-nous procédé ?
Dans la démarche que nous avons suivie, nous sommes allés vers le commentaire de Rachi et vers les autres commentaires seulement après avoir essayé d'écouter le texte par nous-mêmes, seulement après avoir essayé de le laisser se déployer en nous par "la lecture répétée deux fois de chacun des versets en hébreu, suivie d'une lecture du verset en araméen", selon la prescription de la tradition (chnayim miqra véé'had targoum, 2 fois le verset et 1 fois sa traduction. Bérakhote 8a, Zohar II 138 b). C'est cette double lecture de chaque verset qui nous a permis de ressentir toutes ces nuances et cette dynamique progressive. 

Le Rav Qanepanetone, le Gaone de Castille, demande ainsi d'étudier d'abord le texte par soi-même avant de recourir à tout commentaire, même celui de Rachi (se reporter au Lév Gompers pour toutes ces questions sur la méthode à suivre dans l'étude).

Ensuite, nous sommes allés voir le commentaire de Rachi, il a confirmé cette lecture première.
 

 

Par les attitudes et par les mots, comment organiser la relation dans la négociation sociale ou politique

Le langage politique de Yéhouda
Cette approche va nous permettre de mieux saisir l’orientation de quelques autres commentaires. Nous avons vu que Yéhouda se situait d'emblée dans la rencontre et l'égalité car le verbe vayigache ne veut pas dire seulement "il s'avança" comme le disent beaucoup de traductions, mais "il rencontra". Le Middrache Rabba (93, 2) nous dit que Yéhouda indique par là à Yosséf qu'il est égal aux puissants d’Egypte et roi, et ce sont les rois qui  acceptent de se rencontrer. 

Nous aurions pu regarder ce commentaire comme un apport informatif sur cette société politique. Mais, encore une fois, comme nous l’avons fait par rapport au commentaire de Rachi, l'allusion du Middrache Rabba est beaucoup plus profonde qu'une simple observation des faits. Faisons l’arrêt proposé afin de rechercher le sens plus profond. 

Nous y accéderons en sachant que l'hébreu place de multiples nuances dans la composition des mots, comme cela se produit par l'un des nombreux traits composant un mot dans l'écriture chinoise ; ainsi le Tour, dit aussi le Baâl hattourim, fait remarquer que les lettres finales des trois premiers mots (vayigache élav yéhoudah) forment le terme chavé qui veut dire "égal", confirmant la lecture du middrache. 

Le langage divin de Yéhouda
Des commentaires ‘hassidiques comme le Maor va chéméche du Rav Kalonymos Calmane Epstein (dcd. 1823) montrent que ce terme de chavé est un message clair indiquant que Yéhouda parle à l'intérieur des noms divins qui unissent. Il l'explique en montrant que les lettres initiales des premiers mots correspondent à un des noms divins auquel on n'accède que lorsqu'on se place soi-même en humilité et abaissement, et alors sont accordés l'union et le rapprochement, ce qui s'est produit entre Yéhouda et Yosséf. On peut se reporter à cet auteur et nous n'entrons pas davantage dans ces niveaux qui demanderaient des connaissances plus larges.

Le droit de connaître la Torah
Nous citons ce commentaire pour mettre en valeur le fait que la Torah, dans les mêmes mots et dans la même vérité, peut se lire également depuis le niveau de la compréhension du texte apparent jusqu'aux niveaux d'enseignement les plus intérieurs ou les plus élevés, et, cela, dans la même cohérence qui relie tous les commentateurs. A celui qui désire, la Torah ouvrira tous ces niveaux révélés, comme l'explique le Rambam dans son introduction à la Torah ; c'est caché pour être dévoilé mais il n'y a là rien de mystique, d'extrême ou d'interdit. Ribbi Yosséf Caro va plus loin, il dit que chaque juif est "mé'houyav, a l'obligation", d'apprendre tous ces niveaux de la Torah.

Comment parler dans l'action
Cela nous fait découvrir cette règle de conduite du Juif : dans son action, Yéhouda connaissait toutes ces intentions et les mobilisait aussi bien dans son attitude intérieure que dans l'hébreu qu'il utilisait ; ainsi il se plaçait, lui, en cette position et croyait en l'efficacité de l'hébreu et de la cavana, "de l'intention" quand elle est branchée sur la vie divine telle que la porte l'hébreu. Ce devrait être la règle de vie du Juif car son nom même de Juif (yéhoudi, comme Yéhouda) est composé des 4 lettres du nom divin plus de la lettre dalét qui indique l'insertion dans les dimensions de la réalité spatiale.

Rabbi Yisraël Baâl Chem Tov, fondateur du ‘hassidisme (1700-1760) décrit les nombreux noms divins présents dans ces quelques mots du début de la paracha, mais Yéhouda pensait que le ministre de Pharaon (Yosséf qui n'était pas encore dévoilé) n'entendait pas ce message d'égalité ni son langage à l'intérieur des noms divins par lequel lui Yéhouda intervenait (en effet, Yéhouda parlait à Yosséf par l'intermédiaire d'un interprète qui traduisait en égyptien, comme le dit le verset 42, 23). De nombreux commentateurs de Rachi essayent de découvrir, à travers les utilisations du mot béoznéikha (en tes oreilles) en d'autres endroits de la Bible, si ce terme indique la présence d'autres personnes ou non, pour tenter de ramener le problème au niveau du pchate le plus simple, dans le réalisme le plus brut. 
Dans ses éclaircissements sur le commentaire de Rachi, le Rav Ménahem Mendel Schneershon a éclairé ce problème.
 

Notre science de la tactique divine dans les négociations

Yéhouda connaissait les secrets de la sagesse :
mayim âmouqim êtsa vélév-iche,
le cœur de l'homme est comme des eaux profondes,

véiche tevouna baqatsir vaayine
un homme sage possède l'art d'aller y puiser" (Proverbes, Michléï 20, 5).

L’un de ces secrets divins dans la négociation est qu'il faut être prêt simultanément à ceci : au jugement, à la guerre, à la conciliation et à utiliser les voies de la prière dans l'action (Beréchite Rabba 93, 6 repris par divers commentateurs). 

Yéhouda savait, par dessus tout, que le cœur de l'homme ne doit pas être considéré superficiellement et qu'il ne faut jamais inciter l'autre à réagir dangereusement à la surface de son être. Beréchite Rabba 93, 4 dit que Yéhouda savait avec persévérance, en chaque mot, dans chaque réplique pénétrer jusqu'au cœur le plus authentique et profond (davar âl davar âd ché âmad libo). 

La paracha nous montre qu'il y a une science sophistiquée de la progression à l’intérieur de la relation pour parvenir à vivre dans l'amour fraternel en cas de conflit :

  • rapprochement, 
  • perception simultanée de tous les niveaux de réalité (sociale, personnelle, psychologique, spirituelle),
  • organisation d'une relation humaine égalitaire dans l'honneur,
  • pénétration dans tous les sens du terme (compréhension fine, intromission)
  • accompagnement depuis l'extériorité jusqu'à l'intériorité,
  • persévérance dans l'avancée,
  • rencontre au cœur de l'être,
  • remontée ensemble jusqu'à la réalité extérieure dans une relation vraie.
III. L’être de l’intervenant social
Mais, en tout cela, apparaît curieusement un mot superflu (bi, en moi) : 
"Et il rencontra vers lui Yéhouda en disant : "en moi" mon seigneur qu'il dise... (vayigache élav yéhouda vayomér bi adoni yédabber...").

"Le" vrai contact
Cela nous montre que Yéhouda était en contact avec soi-même et en soi-même avec le Seigneur de son être (bi adoni), et non seulement avec la puissance politique externe. 
Sa politique externe et sa politique relationnelle étaient soumises à la politique interne de son propre être, inséré dans celui qui est le maqom, le lieu de toutes choses, et qui organise la politique du monde dans sa création. 
S'il y a amour, amitié, fraternité, c'est au niveau de "l'être" interne de chacun que sont les unions.

L'art de passer du dine au ra'hamim
Yéhouda savait qu'il fallait obtenir, auprès de Hachém, le passage du dine (rigueur) justifié par la mauvaise conduite des faibles hommes qui avaient vendu Yosséf, à la victoire de Ra'hamim qui est la source et le flux de toutes bénédictions dans la bonté. 

La diplomatie et la psychologie humaine ne suffisent pas en ces crises majeures, il faut aussi connaître de manière égale l'art de la prière et l'art d'orienter l'intention psychologique personnelle dans une intention de cavana qui rejoint la nature des forces spirituelles qui meuvent véritablement le monde. 
Combien de militants et politiciens ne sont toujours que dans le dine (pouvoir, rivalité, haine, exclusion).
La Torah et les maîtres enseignent la science et l’art de ces éventualités pour ceux qui préfèrent l’art de l'union au plaisir médiocre des guerres. 

L'art d'agir par allusions
Les commentateurs qui connaissent le niveau du réméz expriment ce contact de Yéhouda : il était en contact avec soi-même et en soi-même avec le Seigneur de son être (bi adoni) en disant que le mot bi (qui vaut 12 en guématria) montre que Yéhouda intégrait les 12 combinaisons du nom de Hachém, qui est de plus inscrit dans son nom personnel Yéhouda.
C'est en ce point que se place l'enseignement de réméz donné par le Baâl Chem Tov sur ces versets. Il dit qu'il aurait reçu un enseignement du Ribash selon lequel ce verset est ponctué de lettres apparemment superflues :
(vayigache élav yéhouda vayomér bi adoni yédabber-na âvdékha davar béoznéï adoni véal yihar apékha béavdékha ki khamokha farô...).

Les lettres "superflues" sont (bi na él ké...) et ce sont les initiales du verset des psaumes 119, 9 :"bamé yizaké naâr éte or'ho, lichmor kidévarékha
comment le jeune rendra-t-il méritante sa conduite ? En se conformant à Tes paroles".

Le Baâl Chem Tov donne le sens de cette adjonction des lettres que fait Yéhouda dans sa négociation par une "allusion" (réméz) au niveau des lettres des deux noms divins de 63 et de 52 qui font la réparation de toute colère (hattiqqoune lakaâs). Sans comprendre cette science des noms divins que la Torah a voulu nous donner et que seuls des Sages peuvent enseigner, nous voyons dans tout cela, à notre simple niveau, que les Sages ont voulu nous transmettre deux enseignements :

Un premier enseignement : la politique du juif
L'attitude complexe de Yéhouda connaît et met en oeuvre pour la résolution du conflit également la sagesse humaine, la science psychologique, la science politique mais, de plus, il les insère dans la science connue avec expertise, celle de la Torah ; espérons que le Ciel nous donne de tels négociateurs, de tels politiciens qui respectent et utilisent la science de notre Torah, comme cela devrait être sur la terre de sainteté, dans le peuple de la sainteté: "yéhoudi". Yéhouda, c’est un modèle de politique juive, un exemple pour tout Juif qui voudrait se permettre de gérer la politique de son peuple. 

Sans cette démarche qui intègre tous les différents niveaux, la politique du Juif ne serait menée que selon les critères des autres nations et elle fait de la Torah juive un autre culte, 'hol, étranger, âvoda zara. Comme certains le revendiquent pour eux-mêmes : être "étrangers, 'hilonim", en leur propre culture.

Un deuxième enseignement
Se considérer soi-même, en la résolution de tout conflit, 

• comme un jeune poussé par les pulsions encore incontrôlées (le jeune, naâr), 

• savoir qu'il y a un chemin long (or'ho),

• savoir qu'il y a à adopter une conduite, un pilotage (or'ho),

• savoir que cette conduite doit se faire au niveau de la pureté méritée (izaké) par une purification progressive de la démarche qui s'obtient par une simultanéité de l'expertise humaine et de l'expertise insérée dans les dynamiques véritables de la Torah et de la prière qui ne se contentent pas de bonnes intentions qualifiées de "juives". 

Conséquences : la formation nécessaire
Il s'ensuit que celui qui n'accorde pas à l'étude de la Torah le temps qu'il accorde aux affaires, aux autres sciences humaines ou à l'information sur les événements

- ne pourra PAS résoudre les conflits cruciaux auxquels est soumis le peuple juif de par sa nature très spéciale, et de par sa fonction dans le monde,

- coopérera de facto, comme cela s'est fait de trop nombreuses fois dans l'histoire, au processus de destruction du peuple (en effet, comme une fusée ou une voiture de course sophistiquée et puissante, ou un engin spatial conduits sans sagesse et sans connaissances suffisantes mènent inéluctablement à l'auto-destruction). 

Ce que le Tanakh nous raconte en ces épisodes historiques contient ces enseignements, ce n'est pas une rubrique journalistique ou historique, ni une simple histoire morale qui se termine bien. C'est un enseignement très sérieux.
 

Oui, il y a un comportement juif en politique
Nous découvrons toute le différence qu’il y a entre la relation de Yéhouda et la relation politique habituelle ; sans cette virtuosité de Yéhouda qui nous est proposée, la politique, malgré sa finalité positive, et une démarche autre (âvoda zara) :

• elle dévore tous ses adeptes en les mettant en position de partisan et d'esclave, enrôlés en masse contre les autres pour les dominer,

• elle prétend surpasser tout autre principe, y compris celui de la primauté de la Torah,

• elle est prête à sacrifier toute relation humaine, de peuple, de sentiment, d'amitié et de famille à la "cause" et au plaisir de cette lutte ; cela nous le voyons constamment, et avec répétition, même chez ceux qui aiment leurs proches ; cet amour a une limite absolue : leur conception politique. Au nom de l'idéal politique et de la réussite politique envisagée, tout autre peut être insulté, détruit dans sa dignité.

Par contre, la recherche du chalom émét (paix vérité car paix de vérité) place la science de la Torah au cœur de la résolution des conflits comme valeur absolue : "ils connaîtront Mon nom et Je leur répondrai et ils seront Mon peuple" (bi adoni). 

Le non dialogue de Caïn et Abel, base de nombreuses relations humaines, est ici résolu, à l’intérieur des luttes familiales du peuple juif et, à travers cela dans un enseignement, pour le bien de l’humanité. On pourrait objecter que cela n’a pas changé le cours de l’histoire qui est restée aussi cruelle, et que les Juifs ne sont pas encore capables d’établir leur vie sociale sur les enseignements de la Torah.

A cela, on peut répondre que la Torah est un enseignement et une proposition ; Hachém a créé le monde et l’a donné à l’homme avec la liberté ; celui-ci en fera l’usage qu’il veut ; il découvrira et connaîtra les conséquences de ses actes. 

Que le Juif ait, au moins, l’honnêteté de ne pas utiliser ce "trucage" intellectuel de ce concept factice et facile du "silence de D.ieu" pour expliquer les conséquences désastreuses à long terme de son propre manque de pilotage dans la vie, alors que la Torah nous a enseigné explicitement les règles complexes du bonheur.

Que le Juif ait, également, la sagesse de comprendre que la recherche de solutions dans les seules autres idéologies sans la Torah est une impasse ou, davantage encore, une mise en œuvre destructrice.

La solution n’est pas simple

Non, la solution n'est pas simple. Ce serait mentir que de dire comme les bonimenteurs qui vendent leur camelote sur les marchés : "approchez, approchez, tout est simple, le Rav X ou Y l'a dit, faites ceci, dites cela, et tout ira bien demain matin dans le monde".

Ce serait mentir sur la Torah ; nos Sages nous enseignent que la maturation est longue, et que tout a des répercutions sur des générations ; malgré le rapprochement des frères dans notre paracha, les erreurs et les fautes de pilotage dans la vie mouvementée des fils de Yaâqov ont eu des conséquences négatives sur des générations entières ; nos textes y voient même le motif terrible des âssara haroughéi malkhoute : ce sont les 10 grands Sages d’Israël (Ribbi Âqiva, Ribbi ‘Hanania... qui ont été tués avec une cruauté sans pareille par les Romains et ont payé, à très long terme et de leur vie, les conséquences des erreurs de pilotage accomplies par les fils de Yaâqov, hélas. 

Tous ces enseignements augmentent notre propre responsabilité puisque nous avons, en plus, le privilège d’être une génération qui a vu le pire et le meilleur de ces dynamiques ; nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas.

Nous savons, certes, mais avons-nous la force ? La Torah nous montre qu’une force inconmmensurable est demandée à l’homme ; relisons le premier chapître du livre de Yéhoshua sur cela.

Nous l'avons vu dans le commentaire de la paracha précédente (la relire) : c’est Hachém lui-même qui est notre vie et notre force, et Il ne ferme pas la porte de Sa bénédiction car il est Ra’hamim. La fête de 'Hanouqa (lien ici) nous le rappelle.
 

"La" seule condition pour réussir
Mais il faut certaines conditions pour réaliser ce programme : il est dit que Hachém n‘a pas choisi Yisraël pour sa force ni pour ses actes mais pour son humilité : lo ba’har Hachém béYisrael ki im bichvil haânava (‘Hida, dans Téhilote Yosséf, sur le psaume 149, 4). 

Cela veut dire que c’est la reconnaissance réaliste de nos faiblesses qui nous assure la réception de la force du Rocher, du Fort et du Gardien de Son peuple

De même Yéhouda n’a mérité la royauté que pour sa ânava, modestie et humilité : mipnéi ma zakha Yéhouda lamalkhoute, mipnéi haânava (Tossefta Berakhote, 3).

Ces questions ne concernent pas seulement les dirigeants du peuple juif car chaque membre du peuple fait partie de ce corps nommé Yisraël qui est, ensemble, le tsaddiq (juste) et le yéssod (fondement du monde) par la mission et la morale qu’il se doit d’exercer pour le bien de toute la création.
 

Exercice d'intériorisation

En résumé, à notre petite échelle, il faut que ces plusieurs enseignements de la paracha soient compris de nous :

1. y a-t-il pire horreur en amour ou en amitié que de jeter sans raison l'autre humain aimé, comme l'ont fait les frères de Yosséf, au risque probable de causer la mort réelle ?
(il y a de nombreuses façons de réaliser cela dans la vie, à nous d'examiner nos relations, en vérité); la paracha ne nous est pas enseignée pour aller demander pardon aux autres avant Kippour (c'est assez rare), invoquer de toute manière le pardon divin, et recommencer également aussitôt.

2. face à cela, la paracha nous enseigne que nous devons savoir dire un jour :
- guéchou na élaï, approchez-vous, je vous prie, de moi (Béréchite 45, 4).
- lo atém chéla'tém oti hénna ke haélokim, ce n'est pas vous qui m'avez fait venir ici (dans notre difficulté commune), c'est Dieu (Béréchite 45, 8).
- maharou, hâtez-vous.
- (et chacun dit alors à l'autre, sur tous les plans de l'être) : vékhilkalti otékha cham, et je te nourrirai là (Béréchite 45 11).

Exercice de mémorisation 
1. Les 7 clefs de la négociation juive
2. La règle de l'arrêt dans l'étude de Rachi.
3. "vayigache élav yéhouda vayomér bi adoni yédabber-na âvdékha davar béoznéï adoni... 
Et il rencontra vers lui Yéhouda en disant : en moi mon seigneur qu'il dise, de grâce, ton serviteur, une parole dans les oreilles de mon seigneur..."

 

LECTURES

• Développement des mots rencontrés dans cette étude, voir à :

Baâl hattourim ou le Tour, Rabbénou Yaâqov ben Achér
Baâl Chem Tov
dibbour hammat'hil
Onqélos
Qaro
Schneerson
Tséma'h
âssara haroughéi malkhoute

Un poème : Visite amitié

 

II. Eclairage de la paracha Vayigache par la haftara

Cette haftara est tirée du Livre du prophète Yé'hézqél (Ezéchiel). En lien avec la paracha, il importe de savoir qu'il commença à prophétiser après une grande catastrophe (à l'image de la vente de Yossef), après la destruction du Temple et 7 ans après l'exil du Roi Yéhoyakine, entre les années 570-590 environ avant l'ère commune du calendrier non juif. Ses prophéties, souvent émises depuis Babylone, annonçaient la chute de Jérusalem en raison du comportement immoral des Juifs, puis la chute des nations ennemies, des prophéties sur la restauration d'Israël, la guerre de Gog et Magog contre Israël et la défaite de ces nations, l'ère messianique et la vision du Temple à venir. Tout cela au milieu de leçons morales. C'est le troisième grand livre de prophéties après Isaïe et Jérémie. Des scènes de ce livre sont célèbres comme la vision des os qui ressuscitent, la vision du Char divin (maâssé merkava), celle du Temple.  A travers tout cela, rayonne un immense amour pour le peuple d'Israël, sa terre et Jérusalem.

Notre haftara se trouve au chapitre 37, 15-28. Dès maintenant, pour la comprendre, n'oublions pas tout ce que nous avons étudié dans la paracha : dans la rencontre de Yosséf et de Yéhouda, une description de toutes les dynamiques nécessaires pour réaliser le tiqqoune (la réparation, lien ici) du manque de fraternité par rapport au plan divin qui s'impose à chaque être. Cela seul, permet la réussite du plan divin de l'histoire. La haftara va mettre en évidence toute cette pédagogie.
Il est indispensable de se reporter aux références données pour que cette étude ait un sens: celui d'étudier avec les prophètes eux-mêmes et avec les Sages.

1e partie (chapitre 37, 15-17) : le symbole concret.
Les prophètes utilisent souvent la mise en scène d'un acte ou d'un objet qui va symboliser l'enseignement qu'ils veulent transmettre. Parfois c'est dans leur habillement, dans leur style de vie (voyez absolument Jérémie 16, 2...), d'autres fois c'est un objet (comme en Jérémie 43, 8... ou la poterie de Jérémie ch. 19...). Ezéchiel présente une brique (ch 4) ou un couteau (ch. 5). Le peuple sait que le prophète utilise des objets qui sont des signes dont il faut trouver le sens (voyez Isaïe 7, 10... ou 38, 7... ou 38, 21-22, etc.).
Ici, Hachém donne un ordre au prophète Yé'hézqél en 6 points : prends un morceau de bois, et un autre, écris dessus, approche-les l'un de l'autre, qu'ils restent unis dans ta main.

2e partie (chapitre 37, 18-20) : l'interprétation précise et globale du symbole concret.
- quand les fils de ton peuple te demanderont à quoi servent ces morceaux, tu diras...
- Hachém dit "JE" prends Yosséf et J'en rapproche Yéhouda, de l'ensemble je ferai un seul tronc, et ils ne seront plus qu'un dans ma main. 
Voilà 6 points qu'il faut méditer avec précision, nous le ferons ; c'est l'intervention de Hachém, il prend les opposés, les rapproche, les unit, et leur union sera dans Sa main et non pas ailleurs. Que de réflexions pour notre peuple actuellement. Cela nous dit qu'il n'y a pas de solution à nos désastres en dehors de ce scénario que nous devons réaliser. Pas de belles paroles, pas de beaux plans, pas de messages de tel ou tel rabbin merveilleux qui a découvert la spiritualité la plus extraordinaire et possède toutes les clefs, même celles que Moché n'a pas montrées mais uniquement ce plan de Hachém, précis et clair.

3e partie (chapitre 37, 15-17) : Hachém précise son plan.
Ce n'est pas un vague plan spirituel sur la guéoula (la libération finale), c'est un programme très précis en points organisés successivement en scénario d'action pour nous éclairer sur ce que nous avons à faire :
1. JE vais les retirer des peuples 
2. où ils sont allés y vivre,
3. JE les rassemblerai de partout,
4. JE les amènerai vers leur terre,
5. JE ferai d'eux un seul peuple et ils ne seront plus coupés en deux royaumes,
6. ils ne se souilleront plus par leurs idoles (les cultures qu'ils préféraient à leur tradition),
7. JE les délivrerai de leurs errements,
8. JE les purifierai,
9. ils seront pour MOI un peuple,
10. et MOI JE serai pour eux un D.ieu,
11. MON serviteur David sera leur roi,
12. ils se conformeront à MES lois,
13. ils résideront sur la terre que J'ai donnée, 
14. pour toujours.
15. J'établirai avec eux une alliance de paix,
16. une alliance éternelle,
17. JE les installerai,
18. JE les ferai se multiplier,
19. J'établirai au milieu d'eux MON sanctuaire,
20. pour toujours,
21. ainsi, reconnaîtront les nations
22. que JE sanctifie Israël
23. de par l'installation de MON sanctuaire,
24. au milieu d'eux pour toujours.

Voilà 24 points, comme les 24 livres du Tanakh.

Le programme politique y est dressé avec exactitude en ces 24 points (si on appelle politique le plan de développement d'un peuple dans le temps et dans une articulation précise des points nécessaires). 
Les éducateurs de communautés, rabbins, ou chéli'him (envoyés) chargés d'inviter les Juifs du monde à monter en Israël dans la direction où tous leurs ancêtres ont rêvé et prié comme eux, ont là le seul programme justifiable, et réalisable. 
Tout autre se casserait en route, comme un avion qui s'écraserait parce qu'on n'a pas réparé la pièce défectueuse. Ainsi de nombreux projets religieux ou sionistes qui n'ont eu qu'une vue partielle de ce projet : ils sont condamnés à l'échec et à s'égarer dans l'aventure castastrophique de l'histoire. Cela a été prouvé maintes fois et se démontre encore actuellement. Tout projet qui se baserait sur une spiritualité partielle d'un courant spécifique le plus beau soit-il au lieu de se faire dans l'unité avec ceux qui sont loin de soi, différents de soi, en conflit avec soi (comme Yosséf et Yéhouda) seraient donc hors du plan divin, hors des conditions uniques de réussite indiquées par le prophète au nom de Hachém ; il y a beaucoup à réfléchir pour tous en cet enseignement.

Bien plus, si les leaders de ces groupes ne montrent pas l'exemple ou ne se soumettent pas à la volonté divine de se rencontrer avec les autres leaders spirituels éloignés, ils sont ipso facto en dehors de ce plan historique de Hachém.

Ils sont donc en dehors encore de la réussite possible, ceux qui veulent faire de la terre d'Israël un refuge, une démocratie, un simple pays comme les autres, etc. Cela est défini à l'avance comme une tentative qui n'a pas d'issue mais, bien plus grave, qui fait échouer tout le projet
Ainsi de toute tentative qui n'a pas le respect de l'enseignement complet de notre Torah. Ainsi ceux qui disent cette stupidité qu'il faut préférer l'homme à la terre et être prêt à donner la terre promise par Hachém "pour avoir la paix". Comme si un médecin disait : "que mon voisin me coupe les jambes pour que je vive en paix avec lui" ou "qu'il tue mon fils et prenne la moitié de mon appartement pour avoir la paix maintenant". On est dans la stupidité la plus grande dans l'analyse, du type : "préférez-vous que je vous innocule la peste ou le choléra?". Alors, ceux qui aujourd'hui veulent justement donner la terre de Yéhouda à une partie de peuple étranger qui s'étend dans les autres pays d'alentour où il a déjà 21 pays devraient réviser leur copie historique. Evidemment, cela est envisageable si on estime nul ce que le peuple d'Israël a reçu envers lui-même dans toute son histoire. Mais pourquoi privilégier ce que les autres peuples pensent à notre sujet, au lieu d'apprécier notre propre identité ?

Que l'on ne dise pas que je présente une analyse particulière : non, car ce plan d'action en 24 points précis est la pédagogie du prophète sur la terre qui ne fait que développer ce que dit la Torah elle-même en Dévarim 30, 4 : "tes proscrits, fussent-ils à l'extrémité des cieux, Hachém ton D.ieu te rappellerait de là, et là même Il irait te reprendre".
Les autres prophètes portent le même enseignement 
- comme Jérémie 30, 3 : "En vérité, un temps arrivera, ainsi s'exprime Hachém, où JE ferai revenir mon peuple captif, Israël et Yéhouda, dit Hachém, où JE les raménerai dans le pays que J'ai donné à leurs ancêtres et ils en prendront possession".
- ou comme Hochéâ (Osée 2, 2) : "et les enfants de Yéhouda et ceux d'Israël, ensemble réunis, se donneront un même chef et sortiront du pays de leur exil, car il sera grand le jour de Jézréel. Appelez vos frères 'mon peuple' et vos soeurs 'chérie'...".
Les middrachim développent cet enseignement comme Béréchite Rabba 98, 2 sur Béréchite 49, 1: "Yaâqov dit à ses fils, rassemblez-vous... rassemblez-vous les 12 tribus, purifiez-vous, prenez garde aux dissensions, quand les enfants d'Israël sont comme une seule main, alors ils se préparent eux-même en voie pour la guéoula, la rédemption finale".
Cliquez ici sur le logo de Modia en page d'accueil qui le rappelle en beauté.

 

Après tout cet enseignement, nous allons mieux comprendre ce que nous dit la Torah dans la paracha qui nous montre la rencontre de Yossef et de Yéhouda.
Le rôle des chefs
Deux chefs, leaders spirituels (comme nous en avons de grands en chaque génération), sont en conflit (comme cela est très fréquent dans notre peuple, de génération en génération).
Et ils se réunissent. Les commentaires (qui savent que les psaumes ne sont pas seulement des prières mais aussi des commentaires de la Torah) nous invitent à lire le verset 48, 5 des Psaumes qui éclaire cette dynamique : 
"ki hiné, hammélakhim noâdou, âvérou ya'hdav,
car voici que les rois se sont rencontrés, ils sont passés ensemble".
La traduction du Rabbinat "passe à côté de ce sens" quand elle dit :" les rois se sont ligués, mais ensemble ils ont disparu". C'est le contraire qui se réalise entre les deux frères.
Certes, c'étaient des rois en conflit, en guerre, mais ils ont réussi à passer de la guerre à l'unité. 
Nous le voyons dans d'autres endroits du Tanakh où le même verbe  noâdou est utilisé (nos lecteurs savent que c'est cette méthode qui permet de trouver le sens véritable, comme Rachi le décrit souvent). 
En Yéhoshua 11, 5 on voit les rois se mettre en guerre contre Israël (vayivaâdou) mais cela se terminera bien. 
En Amos 3, 3-4 l'explication est encore plus précise : "deux hommes marchent-ils de concert (ya'hdav) s'ils ne se sont pas entendus d'avance (noâdou) ?". Effectivement, la suspicion règne entre Yossef et Yéhouda, mais aussi l'accord a été trouvé sinon ce serait la destruction comme le dit le verset suivant chez Amos. 
En Job 2, 11... ses trois amis se concertent ensemble (vayivaâdou ya'hdav) pour venir le voir et le consoler dans sa détresse". 
Effectivement, dans tous ces contextes qui ont les mêmes mots, nous voyons par là que la situation de notre paracha n'est pas seulement une guerre latente, mais toute mésentente est ausssi une détresse chez chacun, et la Torah possède les voix de la paix véritable et de la thérapie de cette détresse.
 

BI

La haftara nous apporte éclairage sur la paracha. Et nous avons vus que Yéhouda et Yossef se rencontrent dans le niveau qui est appelé "bi" (littéralement "en moi"). 

"vayigache élav yéhouda vayomér Et il rencontra vers lui Yéhouda en disant :
bi adoni en moi mon seigneur 
yédabber-na âvdékha  qu'il dise, de grâce, ton serviteur, 
davar béoznéï adoni... une parole dans les oreilles de mon seigneur, 
véal-yi'har apékha... et qu'elle ne s'enflamme pas ta colère...".

A la lueur de la haftara qui met en valeur constamment l'intervention divine, nous allons mieux comprendre ce mot "bi" du début de la paracha. Nous avons mis à cet effet en majuscules chaque fois que Hachém dit que c'est par LUI, que se fera cette amélioration (JE, MOI...).
Pour bien comprendre, chaque Juif se souviendra qu'il dit ce mot "bi" dès le début des bénédictions du matin : "hannéchama ché natata bi téhora hi..." (la néchama que Tu m'as donnée "bi", en moi, est pure...).

Quel est ce niveau de l'être que l'on nomme "bi" ?

Prenons les commentaires des plus grands sans y voir aucunement de la mystique mais un enseignement général de base. 
Le Ari, zal, dit (Chaâr hacavanote) que ce mot indique les niveaux des quatre mondes de plus en plus élevés qui sont regroupés sous le terme de néchama, l'âme. Il dit aussi (Chaâr haliqoutim) que la guématria de ce mot est 12, et réfère aux 12 permutations des lettres du tétragramme (Hachém). Il suffit de comprendre par là que nous sommes là au niveau le plus pur de notre être, celui où nous participons directement de l'union avec le Créateur et à son image et ressemblance. De cela, nous comprenons que Yéhouda indique à son frère Yossef que, quelle que soit la guerre qu'il y a eu entre eux, il lui assure qu'il est présent face à lui uniquement avec la plus grande pureté de tout son être et qu'il sait être perçu par lui au même niveau. Alors, la guerre peut fondre. Cela nous enseigne beaucoup sur la résolution normale des conflits.
Dans Chaâr ha chamayim (Porte du Ciel), son commentaire du siddour (le livre de prières quotidiennes), le Chla nous fait remarquer que Hachém Lui-même emploie ce mot pour dire : bi nichbâti (par Moi-même J'ai juré), et cela indique encore le niveau le plus élevé de Hachém qui est atteignable par l'homme, le niveau même de Lui-même par lequel Il s'engage envers nous. C'est pourquoi ce niveau correspond à celui de Adam avant la faute ; par contre, après la faute on trouve plutôt l'expression béâtsmi (par moi-même, à un niveau moindre).
Cela nous enseigne que nous devons rechercher le niveau le plus pur de nous-même pour rencontrer justement nos compatriotes avec qui nous formons ce peuple d'Israël constitué à l'intérieur du projet divin. Et, justement, si nous nous sentons en conflit avec eux.

Cela nous enseigne aussi que nous ne pouvons pas y parvenir par la seule mobilisation de nos facultés personnelles, même les meilleures ou ples plus développées sur le plan psychologique ou intellectuel ou de connaissance et d'expertise. Il faut la jonction volontaire avec le point où nous sommes unis à Hachém et dépendants de Lui.

En effet, notre expérience et celle de l'histoire et de l'actualité nous montrent que même le juste (dont Yossef est le prototype parfait, le tsaddiq) pèche 7 fois par jour comme disent les Proverbes. Nous sommes le peuple de D.ieu et, cependant, nous faisons tant d'erreurs, il y a tant d'immoralités commises par nous sur la terre d'Israël ou dans la vie des communautés dans le monde, dans les rapports de l'argent et de la morale, même dans les milieux dits religieux ; combien utilisent le magnifique projet historique qu'est le peuple juif pour le détourner en bénéfices de cliques, de groupes clivés dits politiques ou religieux ou culturels ou d'origines ; tout cela est constant depuis Moché Rabbénou jusque dans l'actualité immédiate.
Il serait injuste et hypocrite d'utiliser ces déficiences semblables à celle de Yéhouda et Yossef pour nous retirer du navire familial au nom de notre pureté ; en effet, nul n'est plus pur que les autres. Au contraire, nous devons participer pour lutter, nous améliorer et améliorer la famille. Jouer du scandale moral pour ne pas tenir nos responsabilités morales, ne pas aider Israël sur place est un mensonge clair.

Aussi, nous comprenons, dans la conscience personnelle de nous-mêmes que c'est Hachém qui, seul, peut venir nous sauver en notre niveau "bi". C'est ce que dit notre fameux psaume 6 commenté longuement sur le site et que nous disons souvent pour les malades (que nous sommes tous) : 
"Chouva Hachém, 'halétsa nafchi, hochiêni lémaâne 'hassdékha
Reviens et fais revenir, Hachém, délivre mon âme, sauve-moi pour Ta bonté".
Lui seul peut sauver Son peuple dans la détresse où nous sommes, dans les immensités de souffrances par les meurtres que réalisent nos ennemis à l'intérieur de nos familles et de nos proches, et cela avec la douleur supplémentaire que des membres de notre peuple sont toujours en collaboration avec les assassins, les introduisent, les arment, les défendent, les promeuvent auprès des autres nations qui à leur tour les soutiennent contre nous. C'est une souffrance devenue intolérable pour beaucoup. Le but de cette "terreur" psychologique est de faire perdre le moral à notre peuple par excès de détresse et de fuir de notre terre et de notre mission.

Il importe de bien voir que ces défis durent depuis des siècles, et que  cet enseignement conjugué de la paracha et de la haftara nous montrent avec clarté comme faire ce tiqqoune (cette réparation) et comment les réussir. 

Et maintenant, comme il est dit à Yehoshua au début de son livre, 'hazak vé émats : nous devons être forts et confiants car nous avons 
1) les éclairages et
2) l'assurance de l'aide.

 


Conclusions, à la lueur de la paracha et de sa haftara, à la lueur du conflit entre les frères

1. quelles sont les clefs de la résolution des conflits terribles que vit le judaïsme?

Ces conflits sont simultanément 

- ceux de la haine fraternelle; une seul exemple, fréquemment répété, une semaine des Juifs sont allés de l'autre côté de la barrière de sécurité installée pour empêcher l'entrée de terroristes et, du côté de ces ennemis réalisant leur tâche qui a tuée plus de 900 Juifs ils ont protesté contre Israël qui se défend ainsi. L'absurde continue: un des manifestants reçoit un tir de l'armée israélienne, et le peuple se divise soit contre ces collaborateurs soit contre l'armée de défense, dans un petit jeu politicien. Mais les autres conflits sont identiques quand chacun dans une communauté juive loin dans le monde se dispute sur des broutilles, loin de la terre où est LA Présence de l'enjeu essentiel.
- les conflits de l'oubli que notre loi absolue est le Créateur qui est toute bonté et que nous avons à le faire passer avant le besoin d'assouvir nos besoins de gains, de pouvoir, de haines mesquines, 
- les conflits qui nous poussent en nous enfermer en sectes qui ne communiquent plus avec les autres membres du corps complet, en sectes qui s'affirment être seules la révélation, la vérité, l'étape ultime au lieu de comprendre que nous avons chacun des fonctions différentes. Ces sectes, qu'elles soient minuscules ou rassembleraient des myriades, perdent ainsi le sens que toute la révélation est donnée et c'est à nous de la faire fleurir selon nos capacités différentes.
- les conflits qui viennent de ce que les chefs perdent le sens de l'histoire et qu'ils sont situés sur une trajectoire qui est celle d'un peuple saint qui a une mission et une Torah.

2. quelles sont les étapes qu'il faut absolument respecter pour en sortir ?

- à la lueur de la Torah, il faut prendre conscience que nos conflits ne sont pas simplement des conflits psychologiques et politiques même s'ils prennent ces formes apparentes. 

- comme les fils de Yaâqov, nous sommes situés dans l'histoire d'une fonction des H ébreux et des Juifs qui ont a réalisé un tiqqoune de l'humanité en difficulté. C'est pour cela que nous vivons les difficultés et les pires défauts du monde et que nous en sommes victimes, replongeons en Egypte, sommes dispersés au milieu de ce monde cruel. Notre tâche, à l'instar de tous les psaumes de David qui vivait aussi le désespoir, les fautes, les trahisons familiales,notre tâche est de comprendre que nous avons dans la Torah la pédagogie précise qui correspond à notre rôle, à nos difficultés et que, sans la lumière de cette pédagogie de la Torah, toutes nos analyses psychologiques, philosophiques ou politiques ne pourront pas aboutir car elles doivent être placées dans un axe qui est le tiqqoune global.


3. quelle est notre part, celle de nos leaders ?



- étudier beaucoup pour comprendre tout cela qui nous est expliqué dans la Torah. Cela n'est pas ma thèse, c'est uniquement la thèse de la Torah transmise par le Ciel et retransmise et enseignée par nos Sages.
- être prêts à porter ces fardeaux, à subir ces épreuves, être dedans et ne pas nous dispenser de la tâche sous mille prétextes.
- comprendre que nous devons combiner la science de la Torah avec les autres sciences de l'intelligence que Hachém nous a donnée. Et cela avec le même degré de qualification dans la Torah que dans nos autres compétences.

- comme Yossef et Yéhouda, nous rebrancher au meilleur de nous-mêmes qui est le meilleur de notre néchama juive. Alors, nous aurons le pouvoir d'allumer la lumière comme à 'Hanouka. Pour cela, il faut prendre le temps de faire avec intention la prière du matin avant de reprendre les autres tâches pour retrouver notre constitution saine que nous perdons sans cesse. Il faut nous nourrir à temps fixe de l'étude de la Torah et non pas aux seuls moments libres aléatoires.

- alors nous pourrons interpeler aussi les autres Juifs au niveau du meilleur d'eux-mêmes et nous retrouverons notre unité, difficilement comme Yossef et ses frères mais sûrement. Alors, ce corps juif sera assez plein de la force de la Torah ou de la lumière de la 'Hanoukia au point que, ipso facto, nos ennemis s'éloigneront de ce lieu d'Israël qui est le seul où on peut être assurés de vivre, et ils s'éloigneront parce qu'ils verront ce miracle de la présence claire de Hachém parmi son peuple.

- il faut que les leaders spirituels de notre peuple clament tout cela qui est la paracha, il faut qu'ils donnent l'exemple, la paracha l'enseigne clairement, ils ne sont pas des fonctionnaires gérants de communautés, ils doivent être des leaders qui proclament par l'exemple de leurs actes personnels et de leurs actions publiques comme le montre la paracha.

- il faut que chacune des 24 étapes décrites avec précision par la haftara soit inscrite dans le timing du scénario que nous construisons ensemble. Et nos programmes d'action doivent être examinés et rectifiés en fonction de cette adéquation. Sinon la voiture capotera une fois de plus, comme les fois précédentes.
Cette fois, nous ne sommes plus dans des thèses d'écoles car nos ennemis sont là, autour de nous et parmi nous depuis 1940, et leur programme précis est proclamé, est démontré par les meurtres, les nations le savent et les soutiennent et ne demandent de nous que la forme de ce qu'elles appellent la paix soit notre démission et notre disparition.
Nous avons reçu toute la lumière là-dessus dans la Torah et dans cette paracha.
Nous y avons les clefs et la pédagogie à suivre.

Nous pouvons objecter : "mais notre âme n'est pas assez belle et n'est pas assez forte pour mener un tel combat si fatiguant". C'est pour cela que le Roi David dit dans le psaume 6 :
"chouva Hachém 'halétsa nafchi, fais revenir mon âme et sauve la",
(car, sans cette aide aux niveaux invisibles, nous ne réussirons pas à atteindre le meilleur niveau psychologique de nous mêmes),

hochiêni, sauve-moi ainsi dans la réalité apparente,

lémaâne 'hasdékha, en raison de Ta bonté, en qui j'ai confiance".
C'est le commentaire du 'Hida sur ce psaume.


 
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