16e Paracha : Béchalla'h (attention : bien doubler le lamed) "Il envoya" Chémote (L'Exode) 13, 17 - 17, 16
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Un peuple qui apprend à vivre en parfait état de marche, ayant écouté Hachém et Myriam avec confiance.
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L'unique mitsva de cette paracha est la 24° des 613 de la Tora : elle prescrit : Chévou iche ta'htav, al yétsé iche mimméqomo bayom hachéviî. "Restez chacun à sa place, que personne ne quitte sa place le septième jour" (Chémote 16, 29). Selon la méthode que nous connaissons bien maintenant et qui nous est
transmise par le Chla, nous
devons comprendre tout le sens de la paracha en lien avec la mitsva qui s'y
trouve. Donc, liens entre : le chabbate, la mitsva "de ne pas quitter notre
lieu", et la sortie d'Egypte ainsi présentée dans cette paracha. Le pchate (sens littéral,
au premier niveau)
La trajectoire et son enjeu
• C'est faire passer - le monde créé qui est comme condensé dans son niveau le plus élevé qu'est l'Egypte (connaissances, pouvoir, gestion, vie politique, théologique et morale réelle et centrée sur la nature et sur la connaissance des puissances divines qui gèrent et sont nommées "Eloqim"), - à un niveau plus élevé par la connaissance de la révélation de cet ordre supérieur qui est le véritable ordonnateur du monde "Ani Hachém, Je suis Hachém" ; par là, Il se révèle pour être connu, pour recevoir l'obédience des puissants dans une morale effective car Il est un D.ieu d'alliance, d'écoute, de libération, de proximité, d'habitation avec l'homme, avec un lieu central de rencontre qu'est la terre de Canaane. Quelle longue phrase, mais c'est pour y synthétiser tout le programme décrit en Chémote 6, 2-8. Et Moché doit tenter de convaincre le roi des rois (Pharaon, Parô) de se soumettre à la réalité qui est celle du Rois des rois des rois. • C'est passer de la religion à l'exercice du coeur ; voilà
pourquoi, il est toujours dit que le "coeur" de Parô s'endurcit.
(Voir les phrases sur le coeur, en fin de cette étude). L'enjeu présent
• ce programme était le programme initial de la Création. • trois tentatives initiales de tiqqoune (réparation) ont échoué: dans la génération de la Tour de Bavel, dans la génération de la dispersion et dans la génération de Noé. • l'enjeu est repris par la génération de Moché quand un peuple familial s'est préparé en devenant moralement les "fils d'Israël" et, munis de cette excellence collective difficile mais effective, de par la volonté de Hachém, ils descendent en Egypte pour tenter une quatrième fois. Tout cela est indiqué dans
le premier verset de notre paracha (Chémote 13, 17-18) comme
ceci : trois fois le mot "ha âm, le
peuple" parle de ces trois générations qui ont échoué,
et la quatrième nomination est celle des "béné
Yisraël", comme on le voit ci-dessous : ki amar Élohim pén yinna'hém ha âm bireotam
mil'hama véchavou mitsrayima
vayyassév Élohim éte ha âm dérékh
hammidbar yam souf
va'hmouchim âlou béné Yisrael mééréts
mitsrayim
• Voilà pourquoi il est dit que le pharaon "fit partir" le
peuple, béchala'h, car
il remplissait sur ordre divin cette mission globale de la 4e tentative
de réparation de la Création. Mais pourquoi cette mitsva de l'espace ?
• Tout l'espace du monde pourrait être saint, comme lieu de cohabitation
commune dans la sainteté (qéddoucha) comme au jardin
d'Eden, avec le centre qu'est le Temple, lieu de la présence centrale
et de la régulation (ce que l'on atteindra dans le 3e livre, Vayiqra ou
Lévitique). • Mais, en ce monde tel qu'il est symbolisé par l'Egypte de pharaon, Parô, les forces négatives ont le pouvoir de dominer, hormis l'espace de sainteté qui se trouve symboliquement réduit à l'espace de déplacement permis pendant le Chabbate. Il est dénommé Té'houme-Chabbate, "domaine du Chabbate" ou "domaine". Il correspond à ces 2000 coudées. Là, si on s'y maintient, on augmente ipso facto la présence de la sainteté dans le monde et les forces destructrices perdent ipso facto leur force dans toutes les zones autour où elles dominaient. C'est ainsi que le Chabbat vécu et respecté sauve Israël et le monde lui-même. Cet paracha est donc une demande à chacun pour se mettre à mieux appliquer le Chabbate et pour ainsi en découvrir toute la beauté. • Les Sages montrent les correspondances exactes entre ce nom de té'houm et la révélation nouvelle sur le nom de D.ieu reçue par Moché quand Il lui dit : éyé acher éyé, mot éyé qui revient trois fois dans la paracha Chémote . Sans le démontrer ici, il suffit de savoir que Moché a dû se justifier devant les Sages de son peuple et apporter des preuves faites par la guématria qui compte les lettres des différents noms ; Moché a demandé ces preuves de l'authenticité de sa mission à D.ieu qui les lui a données par la révélation de son nom Eyé; les Juifs ont reçu la transmission de ce dossier avec toutes les précisions. Ils peuvent l'apprendre dans la transmission de l'étude. Tout cela est le motif de ce lien entre
Voilà pourquoi nous avons intitulé ce commentaire, au sens propre et au sens figuré dans ces termes précis : "un peuple en état parfait de marche". Permanence
du problème
• Les nations également pressentent bien que le problème du Juif est celui de l'espace et n'est pas d'abord une "spiritualité" comme d'autres religions : les nations parlent du "Juif errant", elles disent que "ils sont partout", elles les expulsent, elles leur disputent leur terre. Espace. Elles veulent ou ne veulent pas que les Juifs aient leur terre, qui est une terre de sainteté. Dans la paracha, nous voyons que Hachém se
pose aussi ce même problème qui est contenu, avec intensité, dans
ces deux mots : "où être": ainsi, Deux tribus demandèrent ensuite à Moché l'autorisation
de s'établir en deçà du Jourdain.
Cette
instabilité est vie, mais c'est également la difficulté
interne de situer son propre être. Quand le Juif s'agite et veut fuir, c'est parce qu'il ne sait pas
vivre
simultanément dans les deux domaines auxquels il appartient
et qui n'en sont qu'un : celui du profane et du sacré.
• Le terme 'hilonim ne veut pas dire "laïcs" au sens français mais "profanes, étrangers, extérieurs": être ici mais ne pas y être, être d'ici mais ne pas en être, voilà les questions de ce Juif : comment s'en "sortir". Le terme de dati, à l'autre extrême, est excessif également car il indique une "religion", en tant que rite fermé, ce que n'est pas le judaïsme qui est davantage une culture globale, une vision anthropologique dans un enjeu collectif du monde. • Le problème apparait encore dans le lieu qu'est le nom : garder ou ne pas garder le nom et, surtout, le prénom juifs pour ne pas montrer aux autres et à soi-même "qu'on en est". • Porter ou non un kissouï roche (couvre-chef), délimitation spatiale de soi sous La présence et reconnaissance sociale de cette réalité personnelle et sociologique juive. • Placer ou non la borne spatiale et le repère spatial de la maison juive par la mézouza. • Ce problème se déplace dans les questions alimentaires : être ou ne pas être dans un restaurant cacher, ailleurs que les autres. Derrière tout cela, "être
ou ne pas être, liyote
o lo liyote, voilà la question", car choisir de vivre c'est
vivre dans un espace ; c'est une tension et une hésitation
entre vie culturelle ou suicide culturel, c'est: "j'ai placé devant
toi la mort et la vie, mais choisis la vie" (Dévarim 30).
La question fondée de la double allégeance
La question telle qu'elle
est posée par le Créateur
dans la paracha
Les bnéï Yisraël se posaient donc la question spatiale dans le sens horizontal (où être, ici ou là-bas?) tandis que Hachém place le problème autrement : 1° d'abord, dans le temps quand Il dit : soyez simultanément du jour et de la nuit, marchez en étant "jour-et-nuit" ; et, pour cela, pendant le jour, Il complète les Juifs par la nuée de nuit, et pendant la nuit Il les complète par le feu du jour. 2° ensuite, Il situe autrement qu'ils ne le faisaient la question de l'espace : où que vous soyez, votre problème sera le même car "Je suis le lieu du monde", le maqom. Nous avions déjà rencontré cette sensibilité à ces deux composantes simultanées à propos de la pédagogie intime de la nouvelle lune dans la paracha précédente, Bo : il s'agissait de percevoir l'émergence de la fine lumière au milieu des ténèbres. Maintenant, dans cette paracha-ci, la Torah nous l'enseigne encore: non plus dans la contemplation statique mais dans la marche de l'existence. Je me souviens de quelqu'un qui s'était grimé et déguisé lors de la fête de Pourim dans l'unité d'un double visage jour-nuit, c'est cela le Juif: "un soir et un matin, jour un". Le courant qui s'est éloigné du judaïsme il y a deux mille ans, avait lâché cette dimension spatiale concrète comme lieu de la sainteté en croyant que la fin des temps était arrivée et, donc que la circoncision spatiale (mila) était abolie. Or, la mila est le terme qui veut dire également le "mot", ce véhicule de toute la Torah ; nous avons constaté que abolir cette unité du coeur, du corps spatial, du temps et de la connaissance devait conduire à tant de tragédies historiques. Car l'esprit perd le contrôle du pilotage quand il ne se laisse pas contrôler par le réel et par le premier sens simple et concret de la Torah. Cette recherche interne au peuple nous montre l'intensité de ses répercussions également pour l'ensemble de l'humanité. Après le Juif d'il y a 2000 ans, le Juif israélien rencontre lui aussi, de nos jours, ce problème et ce défi de la complexité du temps et de l'espace, mais il veut trop souvent les résoudre en ne voulant être qu'unidimensionel, takhless, pratique, dans la seule dimension du concret et de l'immédiat et il refuse souvent la complexité de la vie, la complexité de la pensée et de l'autre et la complexité des différences qui doivent se vivre dans une unité nuancée. Ou bien, il s'évade dans un tourbillon de voyages dans le monde avec retours constants à son lieu central, comme le mouvement brownien d'un insecte autour d'une lampe allumée. L'histoire juive est l'histoire de tous ces modes de démarches depuis qu'Avraham a vu de loin que le centre de tout est Jérusalem et depuis que Moché nous a fait sortir d'Egypte pour revenir vers cette direction, après avoir expérimenté l'Egypte. Le duel des espaces de vie
• la vie, en hébreu,
se dit 'hayim (vies),
au duel grammatical, car la vie est double; • de même, Jérusalem, objectif de la marche du Juif et lieu de sa vie se dit au duel grammatical (terminaison du mot en aïm qui est plus qu'un pluriel, c'est un couplage) : Yérouchalaïm, en hébreu, au duel également car Jérusalem est double : Jérusalem de la terre-et-du ciel, ou bien Jérusalem du présent et du "renouvellement" pour l'avenir comme le dit le Roche, Baâl haTourim sur Béréchite 22, 14. La traduction française "Jérusalem" réduit à une seule dimension du présent : • si Yérouchalaïm n'est plus la double présence, et devient seulement Jérusalem, alors effectivement elle appartient au plus armé sur le seul terrain des combattants ; • par contre, si elle est duelle, Yérouchayim, elle est "éréts haqqoddéche", la terre du Saint, et non pas "ma" patrie, "mon" refuge mais Sa résidence oùIl nous demande de venir tenir une fonction pour le monde entier. Il faut relire ici le premier Rachi de toute la Torah pour comprendre la conception juive de notre pays. On comprend alors que celui qui ignore cette conception de la tradition puisse voir cet espace comme une terre-gâteau excellent dont on répartit les parts par négociation actuelle entre tous les avis intéressés entre des gens qui ne connaissent rien du message séculaire porté par le peuple, et selon la nouvelle religion récente qu'est la conception actuelle des droits de tous les peuples. En fait, aucun peuple n'accepte cela pour son territoire; seuls, les Juifs ont cette culpabilité face à leurs droits, d'une part à cause de 20 siècles d'oppression, mais aussi parce que, effectivement, les autres peuples de la Création sont concernés par cette terre ; le problème n'est donc pas simple, d'autant qu'une part importante du peuple juif ignore le sens traditionnel de sa propre terre y compris chez ceux qui y habitent. Tous les peuples ne jugent pas leur terre en fonction de la seule sécurité, mais avant tout en raison de l'héritage reçu et du sens de leur identité : quelle perte de niveau moral quand quelques politiciens (souvent anciens militaires de carrière) n'y voient que sécurité, ou quand des politiciens n'y voient qu'un pactole à prendre pour leur parti en utilisant tous les arguments et procédés. On comprend aussi que le choc des identités historiques pose de graves problèmes, spécialement quand un peuple (palestinien) fait de l'identité une arme de conquête alors qu'une grande partie du peuple juif se sent très culpabilisée d'utiliser la même arme (350.000 Palestiniens sont montés, unanimes, en un seul jour pour la prière sur le mont du Temple à Jérusalem: combien de Juifs sont-ils prêts à monter, même simplement, à Jérusalem. Quelle leçon ils reçoivent de ces Arabes déterminés!). Déjà, Moché a vite éprouvé que sa proposition créait de pénibles problèmes, soulevait des résistances internes considérables et le plaçait en accusé. D'autant que le peuple réagissait souvent à l'immédiat, dans une grande versatilité. La halakha
Réalisons bien que le Juif est un être qui marche sans cesse ; c'est le sens du mot halakha (marche) qui n'est pas un code de réglements religieux mais un éclairage de toutes les démarches du Juif marchant. Même quand il étudie assis, il bouge! Le Zohar commence par citer le psaume 22, 1 : "Sur la biche de l'aurore"... Le Juif devrait parvenir à vivre comme cette biche mobile et à l'apparence fragile comme une fleur mais qui est tellement pure et proche de la nature que, lorsqu'elle s'élance, elle éveille l'aurore de toute la Création. Pourquoi l'aurore ? Nous allons le découvrir. (Revoir aussi le commentaire de Kippour sur le symbole de la biche). Le Zohar continue en nous disant que celui qui étudie la Torah est aimé dans le monde d'En-Haut et dans le monde d'En-bas. Cela va de soi si la Torah, qui donne vie à ces deux mondes, est nécessairement en jonction d'amour avec chacun de ces deux mondes, avec celui qui l'étudie et l'aime. Et Hachém écoute cet homme et ne l'abandonne jamais ni dans ce monde-ci, ni dans le monde à venir car il cherche à y être présent Lui-même. N'oublions pas que la paracha précédente s'appelait bo, viens, dit D.ieu. Le Juif vit ainsi à la jonction de toutes ces liaisons et, s'il les accepte, il reçoit alors la vie de tous ces niveaux et il l'apporte ipso facto à l'ensemble du monde. C'est le mode de vie du Juif, tsaddiq du monde. C'est aussi ce qui explique la position traditionnelle : celui qui étudie la Torah exerce une fonction collective de maintien et d'amélioration du monde, plus fortement encore que dans toute autre activité. Les "religieux" qui renforcent cette réalité en Israël ont donc un rôle essentiel, aussi important que l'activité d'autres qui se consacrent à l'économie. Ensuite, à l'appui de sa thèse, le Zohar cite un verset du début du livre de Yehoshua qui se relie à notre verset de paracha : "ce livre de la Tora qu'il ne quitte pas ta bouche, tu le méditeras jour-et-nuit, (véhaguita bo yomam valayéla)". Ainsi, Hachém a commencé à parler à Yehoshua après la mort de Moché pour lui donner cette consigne de vivre en un état qui est nommé "jour-et-nuit", de même qu'immédiatement après la sortie d'Egypte, il avait appris aux bnéï Yisraël à aller de compagnie avec Lui "jour-et-nuit" et à marcher "jour-et-nuit". La Torah nous apprend par là combien c'est une nécessité première et urgente pour Hachém de dire tout cela à l'homme, et nous devons comprendre pourquoi. Le Zohar nous l'explique pas à pas. La plupart des hommes ne vivent que le jour, domaine de l'apparent et, ensuite, dorment la nuit, comme le font les animaux ; le Juif prend modèle sur ce verset disant que le jour n'est complet que s'il est uni à la nuit (Beréchite 1, 5 : "un soir-et-un matin, jour un"). L'homme est lui-même "un" s'il intègre en lui, en une seule unité, ce qui est clair et ce qui est obscur et s'il parvient à marcher continuellement avec ces deux dimensions, que ce soit de jour ou de nuit. La Torah, rien que le coeur
Sur notre paracha, Rabbénou Bé'hayé dit que toute la Torah, du début à la fin est coeur, lév, depuis la première lettre (béit) jusqu'à la dernière (laméd) qui forment ensemble le mot "coeur, lév" en réunissant le premier mot de la Création de D.ieu (Béréchite) avec le dernier mot (Yisraël). Comme dit la tradition, léfi ânioute deâti, avec prudence et pauvreté d'esprit, je vois en ce mot juif du coeur "lb" qui se prononce lév, le laméd de direction "vers" (comme le mot "to" en anglais), et la cible qui est le béit, le 2, la relation. Le coeur-lév, ce n'est pas posséder, c'est être orienté vers l'autre, comme il est dit : "je suis vers mon bien-aimé et mon bien-aimé est vers moi" (ani lé dodi védodi li. Cantique des Cantiques). La pratique du lien
Puis il y a une phase d'obscurcissement et de fatigue avant le matin et, à nouveau, c'est la rencontre de l'aurore où Hachém comble les humains de dons dans la lumière des 18 bénédictions du lever, puis de la longue prière de Cha'harite qui reconstruit notre être. Le texte nous dit que le Juif est ainsi avec Lui, et cela est indiqué par la lettre vav de la phrase : "et Hachém va devant eux, vé Hachém olékh lifnéihém". Des exemples pris chez les Patriarches, Avraham, Yits'haq, Yaâqov et chez David (ceux que l'on nomme en mobilité : "les 4 roues du char de la Chékhina") nous montrent comment ces patriarches ont accompli eux-mêmes cette vie complexe, reliée et mobile ; pour cela, ils accompagnent toujours Hachém dans cette rencontre avec nous car nous avons besoin de ces guides. Le Zohar termine ce commentaire en indiquant que si les bnéï
Yisraël marchaient ainsi de jour-et-nuit, ce n'est pas qu'ils
fuyaient ou erraient, car D.ieu les protégeait ; c'était
parce que cette forme de marche, dans la double présence au bas
et au haut, était celle qui mène à la complétude,
la perfection, la paix, selon les sens du mot hébraïque
de chalom (qui
ne parle nullement de "paisible"), car il n'y a
pas de complétude dans le seul jour de lumière superficielle,
et il n'y en a pas dans la seule nuit profonde mais oppressante, on ne
la trouve que dans l'union "jour-et-nuit". Quel homme, quelle femme,
ne connaissent pas dans leur vie ces pérégrinations entre
la dimension sublime et la fatigue de l'action concrète, entre
les moments pleins et les moments vides qui se succèdent et sont,
en fait simultanés. Et il n'y aura pas de repos dans cette marche
pour les Juifs.
Cette paracha nous montre comment Hachém a tenu à nous apprendre ainsi à marcher dans la véritable dimension double de l'existence, comme une jardinière d'enfants soutient un petit homme commençant à marcher dans son âge tendre. Regard sur notre existence personnelle
La Torah ose dire à tout cela: "mensonge, car vous ne vendez que du vent, du maquillage, du plâtre". Elle propose au Juif:
Le propre de la Torah, c'est de définir clairement les données de ce programme de vie complexe. On peut vouloir l'assumer ou non ; mais on ne peut pas dire que la proposition n'est pas faite clairement, on ne peut pas dire non plus que la proposition n'est pas adaptée aux dynamiques réelles, profondes et complexes de l'existence ni aux besoins profonds de l'âme humaine et des aspirations d'amour, ni à l'intelligence d'adultes qui réfléchissent et à qui on ne peut pas en conter par crédulité. Médiocres, comme beaucoup de membres des béné Yisraël, par impatience infantile, par peur et angoisse devant cette proposition de vie sur deux dimensions, nous serions prêts à nous agiter, protester, et à nous enfuir à la seule vue de cette vérité ; devant cela, Moché nous a répondu (Chémote 14, 13-14) : "ne craignez pas, rendez-vous stables et vous verrez le salut de Hachém qu'Il a fait pour vous en ce jour. Car, vous avez bien vu les Egyptiens en ce jour mais vous ne les reverrez plus jamais de jamais. Hachém combattra pour vous (Hachém yila'hém lakhém) et, quant à vous, faites silence ! (véatém ta'hrichoune)." Moché a répondu avec précision, force, autorité et réassurance à nos craintes. Quelle force propose-t-il ? Voici sa solution : certes, il y a combat, mais si vous vivez avec Lui comme nous l'avons vu, simultanément dans le jour et dans la nuit, alors c'est Hachém lui-même qui combattra en vous ou auprès de vous dans les combats constants qu'ils soient de lumières ou de ténèbres. Et la fin de sa prescription est dite sous une forme impérative qui est très brutale comme sa traduction en français : "quant à vous, silence! (véatém ta'hrichoune)". Tout cela n'est pas une lecture psychologique de notre part, c'est l'enseignement des Sages cités, simplement en rendant sensible le message qui est dit pour l'être. Aujourd'hui
Hayom, c'est l'espace-temps optimiste, joyeux, beau, du Juif ; c'est le lieu de force et de créativité continue dans la marche de l'existence ; c'est un endroit, un lieu où l'on entend les harmonies de ces échanges de l'être, des êtres, de la nature, des époques et du Créateur, sans rien entendre de palpable. Qui n'aimerait entendre toujours, à chaque instant, ce qui est dit dans le texte du Chémâ : hayom im chamoâ, "en ce jour, si tu m'écoutes..."? Qui n'aime ou qui n'aimerait le dire, et entendre le redire? C'est le Cantique des Cantiques, ce sont les psaumes. C'est la lettre aimée que l'on lit et relit: la Torah. C'est le mur infranchissable devant, et les ennemis qui se précipitent derrière et, par la seule force de la marche dans la mer, celle-ci s'entrouve. C'est le Cantique de Moché et le chant de Myriam dans cette paracha: une jubilation imprévue qui a vu le monde changer, et qui concerne tous les mondes. Et cela englobe
la coordination réussie et impossible du noir
et du blanc, de la lumière et de l'obscurité qui construisent
ensemble, comme cette disposition en pierres, dans la calligraphie
de ce cantique (regardez cette construction typographique: Chémote,
chapitre 15). Le Sanctuaire
La rencontre
Mais, dans ce beau programme, jamais nous ne pourrons nous retrancher derrière un "les autres nous persécuteront toujours, ils sont foncièrement mauvais". Jamais, non plus, les autres ne seront habilités à nous dire : "vous vous prenez pour un peuple supérieur". Etre aimé et avoir reçu une lettre importante n'est pas une supériorité; nous n'y sommes vraiment pour rien, et c'est seulement une responsabilité à assumer. La responsabilité de
conception
Alors, se joue pour nous le problème de la fidélité, comme en amour. Le judaïsme
n'est pas une spiritualité mais c'est la Création
continuée et renouvelée, un chant de toute la Création
et la Création en mouvement continu. C'est pour cela que
la lune en dévoloppement constant est notre modèle. J'ai pris cette
photo aujourd'hui dans la paracha, le 9 Chevate.
Ce que la Torah nous apprend explicitement, c'est que Hachém le
Créateur marche avec nous et que nous pouvons marcher avec
Lui si nous acceptons ces grandes dimensions complexes qui nous habitent.
Et cela se joue, certes, dans des combats au milieu de l'espace.
On dit
bien "espace vital". La Torah nous apprend aussi que nous gaspillons nos forces à revendiquer, nous plaindre, critiquer, être sceptique sur le meilleur avenir de l'homme, alors que nous pourrions utiliser ces forces à apprendre comment écouter ces messages d'amour de Celui qui nous propose sans cesse de vivre dans le hayom. Le Juif n'est pas seul, c'est pour cela qu'il a la force de traverser les siècles. C'est tout le sens de notre proximité aux téfilines que nous collons sur notre peau.Voir ici les images dans la page Bar mitsvah. Le Juif les traverse aussi comme les mois d'une gestation, c'est pour cela que ce Cantique de Moché est mis au féminin (chira) et, seulement quand l'histoire sera terminée et la maturation atteinte, on sortira de ce Cantique en grossesse féminine pour dire un chant nouveau (qui ne sera donc plus nommé au féminin mais au masculin : chir (chirou lachém chir 'haddache); lire ici ce psaume 96. Ce passage de chira à chir correspond également à la différence des termes qu'il y a dans le Tanakh entre yéchouâ et yéchouôte, selon Rabbénou Bé'hayé. Pourquoi tant
d'étapes
?
pour plusieurs motifs:
Une proposition :
1. Maintenant, relire la paracha dans cette perspective. 2. Commencer à parcourir la Haggada de Pessa'h, en ce sens : c'est la même trajectoire. 3. Reprendre l'étude pour y faire la liste des dynamiques présentes dans cette paracha et qui rejoignent des enjeux personnels importants. 4. Echanger là-dessus avec des proches. 5. Mémoriser les mots :
6. Mémoriser ces phrases sur l'importance du coeur : VaHachém yiré lallévav
Haqqaddoche Baroukh Hou liba baê
Îqar hattorah coula télouya ballev
(Rabbénou Bé'hayé, Introduction à la paracha Béchala'h). 7. Consulter
8. Des erreurs de prononciation très fréquentes,
à ne pas commettre en lisant
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