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16e Paracha : Béchalla'h - "Il envoya"
(attention : bien doubler le lamed)

Chémote (L'Exode) 13, 17 - 17, 16 - Chabbate Chira


Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

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Où vivre, Vers quoi vivre?


Un peuple qui apprend à vivre en parfait état de marche,
ayant écouté Hachém et Myriam avec confiance.


Plan
  1. Thèmes de la paracha
  2. La mitsva de la paracha
  3. Son pchate (sens littéral, au premier niveau)
  4. La trajectoire de l'enjeu
  5. L'enjeu présent
  6. Pourquoi cette mitsva de l'espace ?
  7. Permanence du problème
  8. On n'en sort pas
  9. On veut fuir le bonheur
  10. La question fondée de la double allégeance
  11. Le duel des espaces de vie
  12. La halakha
  13. La Torah, rien que le coeur
  14. La pratique du lien
  15. Regard sur notre existence personnelle
  16. Une Torah d'existence
  17. Aujourd'hui
  18. Le Sanctuaire
  19. La rencontre
  20. La responsabilité de conception
  21. Une proposition
  22. Exercices
  23. Mémorisation

  24. Consulter le lexique.

    Découvrir les textes sur Myriam dans Modia, en écrivant Myriam dans la case du moteur de recherche Google en haut de la page d'accueil

    et ici le verset du nom Myriam

    Approfondir la halakha de la paracha:
    Choul'hane Aroukh, Orah 'Hayim 397,1.

 Garder le niveau

Peut-on encore garder confiance pour Israël et chanter ?

Ce qu'est la yéchiva

Entendre le Chant de la Mer Rouge et  la paracha
téâmim sépharades (Alliance) et askénazes (ORT)

Entendre la haftara (Ort) et sépharade

Ce Chabbate, c'est aussi Tou bi Chévate, le Nouvel an des arbres! Une fête juive à connaître

Photo de l'auteur, voir la galerie de ses photos de nature en Israël
 

Besoin d'un rappel.


Cette paracha ressemble à notre époque: beaucoup d'angoisse, des Juifs poursuivis par les puissances, le peuple hésitant, une masse confuse qui veut constamment détourner le peuple de sa voie et qui dit comme jadis: "nous voulons rester en Egypte ou retourner en Egypte servir les Egyptiens", tout en connaissant la Torah et la célébrant. Et les miracles eux-mêmes ne suffisent pas à ce peuple, il pense -comme le souligne le Rav Messas dans son commentaire : "pourquoi nous donner des miracles après les épreuves?". Hachém, dans ce contexte, demanda à Moché de voir plus haut et de regarder la source de la lumière au milieu de l'obscurité; et pour nous rappeler cela, Il a placé la lune sans source de lumière mais la recevant et la retransmettant; ainsi devons nous être. C'est pour cela aussi que le middrache Chémote Rabba, repris par Rachi en Chémote 12,2 dit: Héreahou lévana (Il lui a montré la lune)
.
Quand je vous écris, je n'ai qu'à tourner la tête, le soir ou la nuit, et la lune est là et ce soir encore voici ce que j'ai vu
au milieu des nuages qui défilent rapidement tout à coup elle apparaît, se cache et réapparaît, précise, les jumelles me montrent avec ce relief étonnant son sol, aussi exactement. Il suffit de recevoir et de méditer, entre la crise et la sérénité. La communication existe entre nos doutes, nos souffrances et la lumière supérieure.


Les pieds sur terre et sachant d'où vient la lumière, nous pouvons avancer avec Moché et tout le peuple tel qu'il est dans cette étude qui éclaire la démarche de Pessa'h et le parcours de la haggada.

Thèmes
Pour comprendre le commentaire suivant et le sens de la paracha, lire la paracha et y délimiter les différents thèmes en écrivant les chiffres des versets entre les parenthèses indiquées ci-dessous.
La paracha nous décrit les épisodes suivants (complétez par vous-même les références des versets): 

  • le rappel du programme : que le peuple parvienne à comprendre ce que veut dire que "Je suis Hachém" et vivre avec Lui et selon Lui (Chémote 14, 4) ;
  • Pharaon poursuit les bné-Yisraël, épouvantés (Chémote ......) ;
  • la réaction de Hachém, son programme et l'explication du motif (Chémote ......) ;
  • la traversée de la Mer Rouge (Chémote ......) ;
  • le Cantique de Moshé (Chémote ......) ; et celui de Myriam (Chémote ......) ;
  • l'épisode de Marah où l'eau manque (Chémote ......) ;
  • la révolte du peuple à Elim (Chémote ......) ;
  • la manne (Chémote ......) ; et les cailles (Chémote ......) ;
  • la prescription du Chabbate et le premier Chabbate (Chémote ......) ;
  • la contestation à Massa et Mériba (Chémote ......) ;
  • la lutte contre Amalec, le rôle différent de Moché et de Yehoshua (Chémote ......) ;
  • la promesse concernant Amalec et la déclaration de Moché (Chémote ......).
Recherche du sens de la mitsva
L'unique mitsva de cette paracha est la 24° des 613 de la Tora : elle prescrit :
Chévou iche ta'htav, al yétsé iche mimméqomo bayom hachéviî.
"Restez chacun à sa place, que personne ne quitte sa place le septième jour" (Chémote 16, 29). 

Selon la méthode que nous connaissons bien maintenant et qui nous est transmise par le Chla, nous devons comprendre tout le sens de la paracha en lien avec la mitsva qui s'y trouve. Donc, liens entre : le chabbate, la mitsva "de ne pas quitter notre lieu", et la sortie d'Egypte ainsi présentée dans cette paracha.
Or, nous voyons que toute la paracha est une succession de déplacements que le peuple ne parvient pas à déchiffrer ; pour nous, cela nous sera plus compréhensible, avec l'aide de nos Sages.

Le pchate (sens littéral, au premier niveau)
Les Sages se demandent quelle est la taille de cette restriction des déplacements qui est demandée le jour du Chabbate à l'homme et à ses biens. 
Dans le Livre des Mitsvotes (Séfér hammitsvote), le Rambam, Maïmonide dit que cette délimitation concerne une distance d'au-delà de 2000 coudées, soit environ 1200 mètres à partir de la limite de la ville, c'est-à-dire que on ne dépasse pas cette banlieue, que la ville soit grande ou petite. Dans Michné Torah, il fixe cette distance à la dimension du campement dans le désert (distance 12 fois plus large, soit environ 14 kms 400).
Même dans ce cadre, on ne permet que des déplacements agréables et non fatiguants. Les Sages du talmud ont examiné de multiples cas y compris celui d'un homme qui habiterait une tour se déplaçant dans l'espace, cela il y a quelques millénaires.
Le Rambane (tapez son nom dans le moteur de recherche de Google en haut de la page d'accueil), Na'hmanide, dit que ces précisions ne sont pas indiquées dans la Torah écrite mais transmises par la chaîne de la Torah orale par nos Sages et ils comprennent par ce verset qu'il est demandé de ne pas transporter d'objets du domaine privé vers le domaine public et vive-versa pendant le Chabbate, comme l'explique le traité Erouvine page 48. En fait, les deux questions (transport et distance) sont liées et, de façon prescriptive, la distance retenue par les rabbins est de 1200 mètres à partir de la limite de la ville (voir Choul'hane Âroukh, Ora'h 'Hayim 376-416). On peut l'étendre par un Êrouv, ou fusion des domaines.

La trajectoire et son enjeu
Il ne faut pas oublier quel est l'enjeu dans cette sortie d'Egypte : nous l'avons vu dans la paracha Vaéra, et il faut s'y reporter. 

C'est faire passer 

- le monde créé qui est comme condensé dans son niveau le plus élevé qu'est l'Egypte (connaissances, pouvoir, gestion, vie politique, théologique et morale réelle et centrée sur la nature et sur la connaissance des puissances divines qui gèrent et sont nommées "Eloqim"), 

- à un niveau plus élevé par la connaissance de la révélation de cet ordre supérieur qui est le véritable ordonnateur du monde "Ani Hachém, Je suis Hachém" ; par là, Il se révèle pour être connu, pour recevoir l'obédience des puissants dans une morale effective car Il est un D.ieu d'alliance, d'écoute, de libération, de proximité, d'habitation avec l'homme, avec un lieu central de rencontre qu'est la terre de Canaane. Quelle longue phrase, mais c'est pour y synthétiser tout le programme décrit en Chémote 6, 2-8.

Et Moché doit tenter de convaincre le roi des rois (Pharaon, Parô) de se soumettre à la réalité qui est celle du Rois des rois des rois. 

C'est passer de la religion à l'exercice du coeur ; voilà pourquoi, il est toujours dit que le "coeur" de Parô s'endurcit. (Voir les phrases sur le coeur, en fin de cette étude).
 

L'enjeu présent
Nos Sages font remarquer (selon la synthèse faite par Rabbénou Yaâqov Abou'hatséira) que 

ce programme était le programme initial de la Création. 

trois tentatives initiales de tiqqoune (réparation) ont échoué: dans la génération de la Tour de Bavel, dans la génération de la dispersion et dans la génération de Noé. 

l'enjeu est repris par la génération de Moché quand un peuple familial s'est préparé en devenant moralement les "fils d'Israël" et, munis de cette excellence collective difficile mais effective, de par la volonté de Hachém, ils descendent en Egypte pour tenter une quatrième fois. 

Tout cela est indiqué dans le premier verset de notre paracha (Chémote 13, 17-18) comme ceci : trois fois le mot "ha âm, le peuple" parle de ces trois générations qui ont échoué, et la quatrième nomination est celle des "béné Yisraël", comme on le voit ci-dessous :
Vayéhi béchala'h Parô éte ha âm ,vélo na'ham Élohim dérékh éréts plichtim ki qarov hou
Or, lorsque Pharaon eut laissé partir le peuple
D.ieu ne les dirigea point par le pays des Philistins, lequel est rapproché ; 

ki amar Élohim pén yinna'hém ha âm bireotam mil'hama véchavou mitsrayima
parce que Eloqim disait : "Le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre, et retourner en Egypte." 

vayyassév Élohim éte ha âm dérékh hammidbar yam souf 
Eloqim fit donc dévier le peuple du côté du désert, vers la Mer Rouge, 

va'hmouchim âlou béné Yisrael mééréts mitsrayim
et les enfants d'Israel partirent en bon ordre du pays d'Egypte.

Voilà pourquoi il est dit que le pharaon "fit partir" le peuple, béchala'h, car il remplissait sur ordre divin cette mission globale de la 4e tentative de réparation de la Création.
Précisons que l'expression  ha âm, le peuple, concerne toujours les enfants d'Israël auxquels se sont mêlés les membres d'une populace qui attire des ennuis tout au long de l'histoire (comme le veau d'or) et que l'on nomme êrev rav.

Mais pourquoi cette mitsva de l'espace ?
Mais, alors quel est le rapport entre cet enjeu et la seule mitsva de cette paracha ?
Le Chla va nous le faire découvrir. Il reprend l'enseignement des Sages qui l'écrivent en termes dont il n'est pas question de décrire la complexité, ici, sur ce site. 

Tout l'espace du monde pourrait être saint, comme lieu de cohabitation commune dans la sainteté (qéddoucha) comme au jardin d'Eden, avec le centre qu'est le Temple, lieu de la présence centrale et de la régulation (ce que l'on atteindra dans le 3e livre, Vayiqra ou Lévitique).


 

Mais, en ce monde tel qu'il est symbolisé par l'Egypte de pharaon, Parô, les forces négatives ont le pouvoir de dominer, hormis l'espace de sainteté qui se trouve symboliquement réduit à l'espace de déplacement permis pendant le Chabbate. Il est dénommé Té'houme-Chabbate, "domaine du Chabbate" ou "domaine". Il correspond à ces 2000 coudées. Là, si on s'y maintient, on augmente ipso facto la présence de la sainteté dans le monde et les forces destructrices perdent ipso facto leur force dans toutes les zones autour où elles dominaient. C'est ainsi que le Chabbat vécu et respecté sauve Israël et le monde lui-même. Cet paracha est donc une demande à chacun pour se mettre à mieux appliquer le Chabbate et pour ainsi en découvrir toute la beauté.

Les Sages montrent les correspondances exactes entre ce nom de té'houm et la révélation nouvelle sur le nom de D.ieu reçue par Moché quand Il lui dit : éyé acher éyé, mot éyé qui revient trois fois dans la paracha Chémote . Sans le démontrer ici, il suffit de savoir que Moché a dû se justifier devant les Sages de son peuple et apporter des preuves faites par la guématria qui compte les lettres des différents noms ; Moché a demandé ces preuves de l'authenticité de sa mission à D.ieu qui les lui a données par la révélation de son nom Eyé; les Juifs ont reçu la transmission de ce dossier avec toutes les précisions. Ils peuvent l'apprendre dans la transmission de l'étude.

Tout cela est le motif de ce lien entre 

  • le sens de l'espace dans le judaïsme, 
  • sa limitation pendant le Chabbate, 
  • la permission que sollicitait Moché de se rendre hors de l'Egypte en un espace de sainteté. 
Ensuite, cela nous est dit parce qu'il nous faut aussi apprendre à vivre en permanence dans cet espace de sainteté ; et c'est le sens du départ, de toutes les démarches et étapes successives qui sont décrites pour nous dans la paracha. Pour une prise progressive des distances et de la coupure.
Voilà pourquoi nous avons intitulé ce commentaire, au sens propre et au sens figuré dans ces termes précis : "un peuple en état parfait de marche".

Permanence du problème
Les Juifs rencontrent toujours ces questions : "En quel lieu ou pays vivre ? Faudra-t'il en sortir ? Ne faut-il pas en sortir, ou y rester ? Quel est mon lieu, mon pays ? Faut-il vivre dans le point de centralité ou dans les zones de la dispersion ? Est-ce le moment de vivre ici ou là, par rapport à l'évolution de la vie de mon peuple ou dans l'évolution de ma vie personnelle ?". 
Questions sérieuses et respectables dans les termes où chacun les ressent et les pose dans son évolution incertaine. Je reçois souvent ce genre de question. La réponse est d'abord de commencer à étudier ce qu'est l'espace, et l'espace juif pour comprendre où vivre.  
Avant tout, ayons le respect de toutes ces recherches individuelles ou collectives, car nul n'a la clarté de Moché, et il restait avec tous sans mépriser, à leur rythme ; il n'a pas "filé" seul vers une réserve spatiale de sainteté personnelle. Il aimait son peuple dans ses obscurités, lenteurs, erreurs et alternances.

Les nations également pressentent bien que le problème du Juif est celui de l'espace et n'est pas d'abord une "spiritualité" comme d'autres religions : les nations parlent du "Juif errant", elles disent que "ils sont partout", elles les expulsent, elles leur disputent leur terre. Espace. Elles veulent ou ne veulent pas que les Juifs aient leur terre, qui est une terre de sainteté.

Dans la paracha, nous voyons que Hachém se pose aussi ce même problème qui est contenu, avec intensité, dans ces deux mots : "où être": ainsi,
Eloqim se disait à Lui-même, au début de notre paracha : "le peuple pourrait se raviser à la vue de la guerre et retourner en Egypte" (Chémote ......). (traduisons aujours'hui: retourner vivre dans l'exil). 
Les bnéï Yisraël questionnaient Moché : "pourquoi nous as-tu fait sortir d'Egypte ?" (Chémote ......). (Aujourd'hui encore, combien de Juifs en sont à cette question: pourquoi allez vous vivre en Israël?

Deux tribus demandèrent ensuite à Moché l'autorisation de s'établir en deçà du Jourdain. 
On ne descend pas en arrière dans la sainteté.
Pour tous ces motifs, on comprend la nécessité de la prescription de ne pas sortir du lieu de la sainteté (le Chabbate) quand on l'a atteint, 
de même qu'il est prescrit au Grand Prêtre, le Cohen haggadol, de ne pas sortir du Sanctuaire (Vayiqra 21, 12), comme le souligne le Chla dans son commentaire. Une règle juive est qu'on ne doit pas redescendre du niveau que l'on a atteint en qéddoucha, sainteté.
On veut fuir le bonheur.
Devant cette tendance des Juifs à la bougeote continuelle pour fuir ce jardin d'Edén bien localisé par le Créateur des espaces, et devant leur difficulté à se stabiliser, il est donné de nombreux conseils aux Juifs pour qu'ils restent en place, "s'assoient", c'est le sens du mot: la "yéchiva" :

  • importance de prier à la même place,
  • importance de s'asseoir pour étudier. 
Comme disent de nombreux parents à leurs enfants : "est-ce que tu ne pourrais pas rester un peu en place un instant au lieu de bouger comme cela sans cesse". 

Cette instabilité est vie, mais c'est également la difficulté interne de situer son propre être.
(Pour les étudiants avancés, se reporter aux sources suivantes sur cette "yeshiva" : Taânite 8a, Yoma 28b, Tan'houma 58, 3 et Tana débé Eliahou Rabba 3 et 13 et 18).

Quand le Juif s'agite et veut fuir, c'est parce qu'il ne sait pas vivre simultanément dans les deux domaines auxquels il appartient et qui n'en sont qu'un : celui du profane et du sacré. 
Ainsi, comme exemple, le débat pénible pour tous les Juifs, actuellement, qui déchire le peuple en Israël entre 'hilonim et datiim, traduit clairement ce problème dans les deux camps qui sont surtout deux dimensions plus que des groupes distincts. 

Le terme 'hilonim ne veut pas dire "laïcs" au sens français mais "profanes, étrangers, extérieurs": être ici mais ne pas y être, être d'ici mais ne pas en être, voilà les questions de ce Juif : comment s'en "sortir". Le terme de dati, à l'autre extrême, est excessif également car il indique une "religion", en tant que rite fermé, ce que n'est pas le judaïsme qui est davantage une culture globale, une vision anthropologique dans un enjeu collectif du monde.

Le problème apparait encore dans le lieu qu'est le nom : garder ou ne pas garder le nom et, surtout, le prénom  juifs pour ne pas montrer aux autres et à soi-même "qu'on en est". 

Porter ou non un kissouï roche (couvre-chef), délimitation spatiale de soi sous La présence et reconnaissance sociale de cette réalité personnelle et sociologique juive.

Placer ou non la borne spatiale et le repère spatial de la maison juive par la mézouza.

Ce problème se déplace dans les questions alimentaires : être ou ne pas être dans un restaurant cacher, ailleurs que les autres. 

Derrière tout cela, "être ou ne pas être, liyote o lo liyote, voilà la question", car choisir de vivre c'est vivre dans un espace ; c'est une tension et une hésitation entre vie culturelle ou suicide culturel, c'est: "j'ai placé devant toi la mort et la vie, mais choisis la vie" (Dévarim 30). 


Remarquez bien que je ne formule aucune solution pour les autres. Nous étudions seulement ensemble la paracha, en nous sensibilisant par ces exemples à la problématique qui est en cause.

La question fondée de la double allégeance
Les nations ne se trompent donc pas du tout quand elles parlent de la question de la double appartenance, ou de la double allégeance du Juif car il est toujours divisé entre le lieu commun à tous et Son lieu à lui qui est celui de son histoire, de la sainteté et de l'Autre avec qui il y a une histoire séculaire et une alliance et une révélation. Notre paracha pose tous ces problèmes. Avoir sa propre terre ou non, s'en débarrasser quand on l'a, sont les formes les plus crues de ce problème.

La question telle qu'elle est posée par le Créateur dans la paracha
Mais, si nombre de nos manifestations de malaise posent un problème réel, nous sentons bien qu'elles le posent mal, partiellement, avec confusion. 
Par contre, notre paracha veut nous montrer comment Hachém, Lui, pose ce problème du lieu et l'éclaire. 
En Chémote 13, 20-21 il est dit : "ils décampèrent de Souccote et vinrent camper à Etam à l'extrêmité du désert. Hachém les guidait, le jour par une colonne de nuée qui leur indiquait le chemin, la nuit par une colonne de feu pour les éclairer, afin qu'ils puissent marcher jour et nuit". 

Les bnéï Yisraël se posaient donc la question spatiale dans le sens horizontal (où être, ici ou là-bas?) tandis que Hachém place le problème autrement :

1° d'abord, dans le temps quand Il dit : soyez simultanément du jour et de la nuit, marchez en étant "jour-et-nuit" ; et, pour cela, pendant le jour, Il complète les Juifs par la nuée de nuit, et pendant la nuit Il les complète par le feu du jour.

2° ensuite, Il situe autrement qu'ils ne le faisaient la question de l'espace : où que vous soyez, votre problème sera le même car "Je suis le lieu du monde", le maqom.

Nous avions déjà rencontré cette sensibilité à ces deux composantes simultanées à propos de la pédagogie intime de la nouvelle lune dans la paracha précédente, Bo : il s'agissait de percevoir l'émergence de la fine lumière au milieu des ténèbres. Maintenant, dans cette paracha-ci, la Torah nous l'enseigne encore: non plus dans la contemplation statique mais dans la marche de l'existence. Je me souviens de quelqu'un qui s'était grimé et déguisé lors de la fête de Pourim dans l'unité d'un double visage jour-nuit, c'est cela le Juif: "un soir et un matin, jour un". 

Le courant qui s'est éloigné du judaïsme il y a deux mille ans, avait lâché cette dimension spatiale concrète comme lieu de la sainteté en croyant que la fin des temps était arrivée et, donc que la circoncision spatiale (mila) était abolie. Or, la mila est le terme qui veut dire également le "mot", ce véhicule de toute la Torah ; nous avons constaté que abolir cette unité du coeur, du corps spatial, du temps et de la connaissance devait conduire à tant de tragédies historiques. Car l'esprit perd le contrôle du pilotage quand il ne se laisse pas contrôler par le réel et par le premier sens simple et concret de la Torah. Cette recherche interne au peuple nous montre l'intensité de ses répercussions également pour l'ensemble de l'humanité.

Après le Juif d'il y a 2000 ans, le Juif israélien rencontre lui aussi, de nos jours, ce problème et ce défi de la complexité du temps et de l'espace, mais il veut trop souvent les résoudre en ne voulant être qu'unidimensionel, takhless, pratique, dans la seule dimension du concret et de l'immédiat et il refuse souvent la complexité de la vie, la complexité de la pensée et de l'autre et la complexité des différences qui doivent se vivre dans une unité nuancée. Ou bien, il s'évade dans un tourbillon de voyages dans le monde avec retours constants à son lieu central, comme le mouvement brownien d'un insecte autour d'une lampe allumée.

L'histoire juive est l'histoire de tous ces modes de démarches depuis qu'Avraham a vu de loin que le centre de tout est Jérusalem et depuis que Moché nous a fait sortir d'Egypte pour revenir vers cette direction, après avoir expérimenté l'Egypte.

Le duel des espaces de vie
La "vie" d'un Juif qui se nourrit de la tradition ne devrait pas être menée par ces radicalismes agités en surface. En effet :

la vie, en hébreu, se dit 'hayim (vies), au duel grammatical, car la vie est double;


 

de même, Jérusalem, objectif de la marche du Juif et lieu de sa vie se dit au duel grammatical (terminaison du mot en aïm qui est plus qu'un pluriel, c'est un couplage) : Yérouchalaïm, en hébreu, au duel également car Jérusalem est double : Jérusalem de la terre-et-du ciel, ou bien Jérusalem du présent et du "renouvellement" pour l'avenir comme le dit le Roche, Baâl haTourim sur Béréchite 22, 14. La traduction française "Jérusalem" réduit à une seule dimension du présent : 

si Yérouchalaïm n'est plus la double présence, et devient seulement Jérusalem, alors effectivement elle appartient au plus armé sur le seul terrain des combattants ;

par contre, si elle est duelle, Yérouchayim, elle est "éréts haqqoddéche", la terre du Saint, et non pas "ma" patrie, "mon" refuge mais Sa résidence oùIl nous demande de venir tenir une fonction pour le monde entier. 

Il faut relire ici le premier Rachi de toute la Torah pour comprendre la conception juive de notre pays. 

On comprend alors que celui qui ignore cette conception de la tradition puisse voir cet espace comme une terre-gâteau excellent dont on répartit les parts par négociation actuelle entre tous les avis intéressés entre des gens qui ne connaissent rien du message séculaire porté par le peuple, et selon la nouvelle religion récente qu'est la conception actuelle des droits de tous les peuples. En fait, aucun peuple n'accepte cela pour son territoire; seuls, les Juifs ont cette culpabilité face à leurs droits, d'une part à cause de 20 siècles d'oppression, mais aussi parce que, effectivement, les autres peuples de la Création sont concernés par cette terre ; le problème n'est donc pas simple, d'autant qu'une part importante du peuple juif ignore le sens traditionnel de sa propre terre y compris chez ceux qui y habitent. Tous les peuples ne jugent pas leur terre en fonction de la seule sécurité, mais avant tout en raison de l'héritage reçu et du sens de leur identité : quelle perte de niveau moral quand quelques politiciens (souvent anciens militaires de carrière) n'y voient que sécurité, ou quand des politiciens n'y voient qu'un pactole à prendre pour leur parti en utilisant tous les arguments et procédés.

On comprend aussi que le choc des identités historiques pose de graves problèmes, spécialement quand un peuple (palestinien) fait de l'identité une arme de conquête alors qu'une grande partie du peuple juif se sent très culpabilisée d'utiliser la même arme (350.000 Palestiniens sont montés, unanimes, en un seul jour pour la prière sur le mont du Temple à Jérusalem: combien de Juifs sont-ils prêts à monter, même simplement, à Jérusalem. Quelle leçon ils reçoivent de ces Arabes déterminés!).

Déjà, Moché a vite éprouvé que sa proposition créait de pénibles problèmes, soulevait des résistances internes considérables et le plaçait en accusé. D'autant que le peuple réagissait souvent à l'immédiat, dans une grande versatilité.

La halakha
Le Zohar commente notre verset de Chémote 13, 21 dans lequel Hachém nous donne comme lieu de vie cette dualité jour-nuit en nous plaçant intérieurement à l'intersection des deux dimensions simultanées dans lesquelles nous vivons ("Hachém allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les diriger sur la route ; la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer afin qu'ils puissent marcher jour et nuit"). Suivons ce commentaire pas à pas.

Réalisons bien que le Juif est un être qui marche sans cesse ; c'est le sens du mot halakha (marche) qui n'est pas un code de réglements religieux mais un éclairage de toutes les démarches du Juif marchant. Même quand il étudie assis, il bouge!

Le Zohar commence par citer le psaume 22, 1 : "Sur la biche de l'aurore"... Le Juif devrait parvenir à vivre comme cette biche mobile et à l'apparence fragile comme une fleur mais qui est tellement pure et proche de la nature que, lorsqu'elle s'élance, elle éveille l'aurore de toute la Création. Pourquoi l'aurore ? Nous allons le découvrir. (Revoir aussi le commentaire de Kippour sur le symbole de la biche).

Le Zohar continue en nous disant que celui qui étudie la Torah est aimé dans le monde d'En-Haut et dans le monde d'En-bas. Cela va de soi si la Torah, qui donne vie à ces deux mondes, est nécessairement en jonction d'amour avec chacun de ces deux mondes, avec celui qui l'étudie et l'aime. Et Hachém écoute cet homme et ne l'abandonne jamais ni dans ce monde-ci, ni dans le monde à venir car il cherche à y être présent Lui-même.  N'oublions pas que la paracha précédente s'appelait bo, viens, dit D.ieu.

Le Juif vit ainsi à la jonction de toutes ces liaisons et, s'il les accepte, il reçoit alors la vie de tous ces niveaux et il l'apporte ipso facto à l'ensemble du monde. C'est le mode de vie du Juif, tsaddiq du monde. C'est aussi ce qui explique la position traditionnelle : celui qui étudie la Torah exerce une fonction collective de maintien et d'amélioration du monde, plus fortement encore que dans toute autre activité. Les "religieux" qui renforcent cette réalité en Israël ont donc un rôle essentiel, aussi important que l'activité d'autres qui se consacrent à l'économie.

Ensuite, à l'appui de sa thèse, le Zohar cite un verset du début du livre de Yehoshua qui se relie à notre verset de paracha : "ce livre de la Tora qu'il ne quitte pas ta bouche, tu le méditeras jour-et-nuit, (véhaguita bo yomam valayéla)". 

Ainsi, Hachém a commencé à parler à Yehoshua après la mort de Moché pour lui donner cette consigne de vivre en un état qui est nommé "jour-et-nuit", de même qu'immédiatement après la sortie d'Egypte, il avait appris aux bnéï Yisraël à aller de compagnie avec Lui "jour-et-nuit" et à marcher "jour-et-nuit".

La Torah nous apprend par là combien c'est une nécessité première et urgente pour Hachém de dire tout cela à l'homme, et nous devons comprendre pourquoi. Le Zohar nous l'explique pas à pas. 

La plupart des hommes ne vivent que le jour, domaine de l'apparent et, ensuite, dorment la nuit, comme le font les animaux ; le Juif prend modèle sur ce verset disant que le jour n'est complet que s'il est uni à la nuit (Beréchite 1, 5 : "un soir-et-un matin, jour un"). L'homme est lui-même "un" s'il intègre en lui, en une seule unité, ce qui est clair et ce qui est obscur et s'il parvient à marcher continuellement avec ces deux dimensions, que ce soit de jour ou de nuit.

La Torah, rien que le coeur
S'il vit vraiment cela, comme Yehoshua ou comme le peuple dans le désert, alors, le Juif est uni à la complexité du Nom de D.ieu qui a créé ce monde couplé, de même que toute la Torah commence par la lettre 2, le béit.

Sur notre paracha, Rabbénou Bé'hayé dit que toute la Torah, du début à la fin est coeur, lév, depuis la première lettre (béit) jusqu'à la dernière (laméd) qui forment ensemble le mot "coeur, lév" en réunissant le premier mot de la Création de D.ieu (Béréchite) avec le dernier mot (Yisraël). Comme dit la tradition, léfi ânioute deâti, avec prudence et pauvreté d'esprit, je vois en ce mot juif du coeur "lb" qui se prononce lév, le laméd de direction "vers" (comme le mot "to" en anglais), et la cible qui est le béit, le 2, la relation. Le coeur-lév, ce n'est pas posséder, c'est être orienté vers l'autre, comme il est dit : "je suis vers mon bien-aimé et mon bien-aimé est vers moi" (ani lé dodi védodi li. Cantique des Cantiques).

La pratique du lien
C'est pour ces motifs qu'il est recommandé de se lever pour étudier à minuit, moment du 2, des jonctions simultanées du jour et de la nuit, car c'est à ce moment précis que l'union des deux mondes est la plus grande. L'exprime bien le verset de la fin du Cantique des Cantiques : "toi" (au féminin) qui es assise dans les jardins, "les amis" (masculin) écoutent ta voix, fais-moi l'entendre". De nombreuses métaphores d'union conjugale décrivent cette rencontre heureuse entre le Juif-Israël et son Créateur dans l'étude. 

Puis il y a une phase d'obscurcissement et de fatigue avant le matin et, à nouveau, c'est la rencontre de l'aurore où Hachém comble les humains de dons dans la lumière des 18 bénédictions du lever, puis de la longue prière de Cha'harite qui reconstruit notre être.

Le texte nous dit que le Juif est ainsi avec Lui, et cela est indiqué par la lettre vav de la phrase : "et Hachém va devant eux, vé Hachém olékh lifnéihém". Des exemples pris chez les Patriarches, Avraham, Yits'haq, Yaâqov et chez David (ceux que l'on nomme en mobilité : "les 4 roues du char de la Chékhina") nous montrent comment ces patriarches ont accompli eux-mêmes cette vie complexe, reliée et mobile ; pour cela, ils accompagnent toujours Hachém dans cette rencontre avec nous car nous avons besoin de ces guides.

Le Zohar termine ce commentaire en indiquant que si les bnéï Yisraël marchaient ainsi de jour-et-nuit, ce n'est pas qu'ils fuyaient ou erraient, car D.ieu les protégeait ; c'était parce que cette forme de marche, dans la double présence au bas et au haut, était celle qui mène à la complétude, la perfection, la paix, selon les sens du mot hébraïque de chalom (qui ne parle nullement de "paisible"), car il n'y a pas de complétude dans le seul jour de lumière superficielle, et il n'y en a pas dans la seule nuit profonde mais oppressante, on ne la trouve que dans l'union "jour-et-nuit". Quel homme, quelle femme, ne connaissent pas dans leur vie ces pérégrinations entre la dimension sublime et la fatigue de l'action concrète, entre les moments pleins et les moments vides qui se succèdent et sont, en fait simultanés. Et il n'y aura pas de repos dans cette marche pour les Juifs.


et renouvelée, un chant de toute la Création et la Création en mouvement continu. C'est pour cela que la lune en dévoloppement constant est notre modèle. J'ai pris cette photo aujourd'hui dans la paracha, le 9 Chevate.

(J'ai pris toutes les photos cette semaine, pendant la paracha, chez moi à Jérusalem et autour de chez moi)

Cette paracha nous montre comment Hachém a tenu à nous apprendre ainsi à marcher dans la véritable dimension double de l'existence, comme une jardinière d'enfants soutient un petit homme commençant à marcher dans son âge tendre.

Regard sur notre existence personnelle
Au contraire, étrangères à cela, dans notre vie collective actuelle, les propositions qui nous sont faites par les pouvoirs des média et de la consommation sont très différentes: au lieu d'une marche continue et d'un mélange d'obscurité et de jour, on nous installe passifs devant le journal ou devant l'écran de télévision pour fait miroiter que tout achat, tout lieu de vacances, toute émission, toute manifestation, tout standing matériel, tous slogans idéologiques à la mode nous accorderont ipso facto et passivement un plaisir immédiat, comblant, sûr, reconnu, etc. Et Israël est vendu de la même manière comme un catalogue de séjours de vacances, ou comme une carte d'adhérent à un parti politique. 

La Torah ose dire à tout cela: "mensonge, car vous ne vendez que du vent, du maquillage, du plâtre".

Elle propose au Juif:

  • de ne pas entrer dans ces confrontations violentes (car tout le monde n'a pas la classe de Moché pour affronter cela et nous ne sommes pas accompagnés explicitement de Aharone et de la parole prophétique); le premier verset des psaumes le dit: "heureux celui qui ne va pas sur le sentier des méchants".
  • d'oser traverser le désert des pauvretés, changements et déménagements, sur tous les plans, pour nous mettre en rencontre intérieure puis prolonger sans cesse ce sentier imprévu.
  • d'assumer, comme un état normal, la complexité d'obscurité et de lumière de l'existence, ce qui prend les formes variables pour chacun et suivant les périodes de la vie.
  • de faire la rencontre de l'étude de la Torah comme parole en dialogue, comme une question incessante où l'on rouvre sans cesse tous les dossiers.
  • de marcher sans cesse dans cette étude qui est La rencontre.
  • et, comme il sera dit à Yehoshua d'y être très "fort et courageux" ('hazaq véémats) à l'exemple de Moché ; en effet, ces termes, trois fois répétés à Yehoshua, et devenus un code continu dans la vie juive, réfèrent au compte des lettres du nom de Moché aussi bien qu'à celui de Hachém. Apparemment, c'est un parcours solitaire, mais Hachém est toujours en Présence.
Une Torah d'existence
Le propre de la Torah, c'est de définir clairement les données de ce programme de vie complexe. On peut vouloir l'assumer ou non ; mais on ne peut pas dire que la proposition n'est pas faite clairement, on ne peut pas dire non plus que la proposition n'est pas adaptée aux dynamiques réelles, profondes et complexes de l'existence ni aux besoins profonds de l'âme humaine et des aspirations d'amour, ni à l'intelligence d'adultes qui réfléchissent et à qui on ne peut pas en conter par crédulité.

Médiocres, comme beaucoup de membres des béné Yisraël, par impatience infantile, par peur et angoisse devant cette proposition de vie sur deux dimensions, nous serions prêts à nous agiter, protester, et à nous enfuir à la seule vue de cette vérité ; devant cela, Moché nous a répondu (Chémote 14, 13-14) : 

"ne craignez pas, rendez-vous stables et vous verrez le salut de Hachém qu'Il a fait pour vous en ce jour. Car, vous avez bien vu les Egyptiens en ce jour mais vous ne les reverrez plus jamais de jamais. Hachém combattra pour vous (Hachém yila'hém lakhém) et, quant à vous, faites silence ! (véatém ta'hrichoune)."

Moché a répondu avec précision, force, autorité et réassurance à nos craintes.

Quelle force propose-t-il ? Voici sa solution : certes, il y a combat, mais si vous vivez avec Lui comme nous l'avons vu, simultanément dans le jour et dans la nuit, alors c'est Hachém lui-même qui combattra en vous ou auprès de vous dans les combats constants qu'ils soient de lumières ou de ténèbres.

Et la fin de sa prescription est dite sous une forme impérative qui est très brutale comme sa traduction en français : "quant à vous, silence! (véatém ta'hrichoune)". Tout cela n'est pas une lecture psychologique de notre part, c'est l'enseignement des Sages cités, simplement en rendant sensible le message qui est dit pour l'être.

Aujourd'hui
Ce qui est proposé là, c'est d'habiter ainsi dans la simultanéité d'un espace double dans l'instant présent immédiat, ce que l'on appelle hayom, "en ce jour d'aujourd'hui". Ce nom hayom est très riche de significations dans toute la Torah, dans les prophètes, les psaumes, les offices de prière, et par chacune des lettres de ce mot.

Hayom, c'est l'espace-temps optimiste, joyeux, beau, du Juif ; c'est le lieu de force et de créativité continue dans la marche de l'existence ; c'est un endroit, un lieu où l'on entend les harmonies de ces échanges de l'être, des êtres, de la nature, des époques et du Créateur, sans rien entendre de palpable.

Qui n'aimerait entendre toujours, à chaque instant, ce qui est dit dans le texte du Chémâ : hayom im chamoâ, "en ce jour, si tu m'écoutes..."? Qui n'aime ou qui n'aimerait le dire, et entendre le redire? C'est le Cantique des Cantiques, ce sont les psaumes. C'est la lettre aimée que l'on lit et relit: la Torah. C'est le mur infranchissable devant, et les ennemis qui se précipitent derrière et, par la seule force de la marche dans la mer, celle-ci s'entrouve.

C'est le Cantique de Moché et le chant de Myriam dans cette paracha: une jubilation imprévue qui a vu le monde changer, et qui concerne tous les mondes. 

Et cela englobe la coordination réussie et impossible du noir et du blanc, de la lumière et de l'obscurité qui construisent ensemble, comme cette disposition en pierres, dans la calligraphie de ce cantique (regardez cette construction typographique: Chémote, chapitre 15).
Et si cette marche constructive commence entre le Créateur et l'homme, a fortiori, cela peut continuer à se vivre avec les autres.

Le Sanctuaire
Celui qui habite ainsi dans l'existence en cette relation au jour et à la nuit qui nous est proposée par la paracha, relié à Hachém qui est à la fois révélé et caché, celui-là perçoit le monde comme un grand sanctuaire où, comme dans la prière du matin, les différents éléments s'expriment et disent leur louange, aussi bien l'âme que le néféche concret de celui qui prie : "barékhi nafchi, bénis, mon âme". C'est le sens du nom du troisième recueil de poèmes.

La rencontre
La rencontre avec l'autre devrait se faire en ce lieu, où l'autre est accepté avec ses deux dimensions qui le traversent lui aussi. 
Mais ce jeu n'est pas simple, ce n'est pas une soirée au concert: Parô joue aussi sa partie, et Âmaléq, d'âge en âge, de générations en générations, veut exterminer Israël. La Haggada de Pessa'h va nous contraindre à le dire, tout ce programme, même ces dernières lignes terrifiantes, afin que nous refassions tout ce scénario jusqu'à la libération. L'importance, cela y est dit, c'est de le vivre dans un "aujourd'hui" ; cette étude pourra y contribuer.

Mais, dans ce beau programme, jamais nous ne pourrons nous retrancher derrière un "les autres nous persécuteront toujours, ils sont foncièrement mauvais". Jamais, non plus, les autres ne seront habilités à nous dire : "vous vous prenez pour un peuple supérieur". Etre aimé et avoir reçu une lettre importante n'est pas une supériorité; nous n'y sommes vraiment pour rien, et c'est seulement une responsabilité à assumer. 

La responsabilité de conception
En plus de cette obligation morale, nous avons un privilège, c'est de connaître cette longue histoire, d'en avoir toutes les pièces du dossier, historiques aussi bien qu'existentielles, et cela dans une transmission directe depuis les événements. 

Alors, se joue pour nous le problème de la fidélité, comme en amour.

Le judaïsme n'est pas une spiritualité mais c'est la Création continuée



Il va de soi que ce n'est pas seulement un groupe sociologique avec ses habitudes, rites et conaissances. On voit combien on dépasse la conception de l'antisémitisme ou de la désinformation et lutte contre la désinformation. Il faut voir le sens des choses et les enjeux en cause.

Ce que la Torah nous apprend explicitement, c'est que Hachém le Créateur marche avec nous et que nous pouvons marcher avec Lui si nous acceptons ces grandes dimensions complexes qui nous habitent. Et cela se joue, certes, dans des combats au milieu de l'espace. On dit bien "espace vital".

 

La Torah nous apprend aussi que nous gaspillons nos forces à revendiquer, nous plaindre, critiquer, être sceptique sur le meilleur avenir de l'homme, alors que nous pourrions utiliser ces forces à apprendre comment écouter ces messages d'amour de Celui qui nous propose sans cesse de vivre dans le hayom.

Le Juif n'est pas seul, c'est pour cela qu'il a la force de traverser les siècles. C'est tout le sens de notre proximité aux téfilines que nous collons sur notre peau.Voir ici les images dans la page Bar mitsvah.

Le Juif les traverse aussi comme les mois d'une gestation, c'est pour cela que ce Cantique de Moché est mis au féminin (chira) et, seulement quand l'histoire sera terminée et la maturation atteinte, on sortira de ce Cantique en grossesse féminine pour dire un chant nouveau (qui ne sera donc plus nommé au féminin mais au masculin : chir (chirou lachém chir 'haddache); lire ici ce psaume 96. Ce passage de chira à chir correspond également à la différence des termes qu'il y a dans le Tanakh entre yéchouâ et yéchouôte, selon Rabbénou Bé'hayé.

Pourquoi tant d'étapes ?
Il nous dit également que le don, promis et accessible, de la plénitude ne nous est pas donné en une seule fois mais exige des étapes très nombreuses

pour plusieurs motifs:

  • nous entraîner à la confiance (bita'hone).
  • nous mettre à l'épreuve pour voir si nous voulons vraiment marcher selon le mode de Hachém.
  • mettre à l'épreuve la qualité de notre coeur.
Plus que tout, Moché nous propose de faire un peu de silence dans les bruits de l'Egypte, de prendre de la distance, pour entendre les combats de D.ieu dans notre existence juive. "Hachém combattra pour vous (Hachém yila'hém lakhém) et, quant à vous, faites silence! (véatém ta'hrichoune)".

Une proposition :
regarder l'image de cet endroit qui est le centre de tout cela : notre Yérouchalayim, que nous pouvons voir et ressentir hayom, aujourd'hui. (cliquer sur Jérusalem, panorama, en page d'accueil du site, ou sur ses pages de fleurs où j'essaie d'y capter sa beauté).
Qu'elle soit bientôt complète. Amén kén yéhi ratsone.


Exercices

1. Maintenant, relire la paracha dans cette perspective. 

2. Commencer à parcourir la Haggada de Pessa'h, en ce sens : c'est la même trajectoire.

3. Reprendre l'étude pour y faire la liste des dynamiques présentes dans cette paracha et qui rejoignent des enjeux personnels importants.

4. Echanger là-dessus avec des proches.

5. Mémoriser les mots :
lieu, maqom
domaine, té'houme
sainteté, qéddoucha
sanctuaire, miqddache
position assise, yéchiva
jour et nuit, yom valayéla
jour et nuit, yomam valayéla

6. Mémoriser ces phrases sur l'importance du coeur :

VaHachém yiré lallévav
Mais Hachém voit le coeur (I Samuel 16, 7)

Haqqaddoche Baroukh Hou liba baê
Haqqaddoche exige le coeur (Sanhédrine 106 b, et le Rachi). Phrase en araméen.

Îqar hattorah coula télouya ballev
L'essentiel de la Torah, c'est qu'elle est entièrement dépendante du coeur 

(Rabbénou Bé'hayé, Introduction à la paracha Béchala'h).

7. Consulter 
Abou'hatséra
Rambam
Rambane
Tiqqoune

8. Des erreurs de prononciation très fréquentes,  à ne pas commettre en lisant 
ou chantant "Az yachir Moché".
Voyez les règles qui expliquent la bonne prononciation sur cette page.

DIRE
NE PAS DIRE
ouvné yisrael ou béné israel
va yomérou lémor va yomrou lémor
ki ghao gaa ki gao gaa
vérokhévo vékhokhvo
va yéhi li lichouâ va yéhi lichouâ
yarédou vimtsolote yardou vimtsolote
yéminékha yéminkha
khémo-nér kémo nér
qaféou qafou
a'halléq a'haléq
vérou'hakha bérou'hakha
tsalalou tsalélou
addirim adirim
baqqodéche baqodéche
nora téhillote nora téhilote
vé'hasdékha bé'hasdékha
chaméou âmmim chamou âmim
yochévé pélachét yochvé pélachét
alloufé édom aloufé édom
namoghou namogou
yochévé khénaâne yochvé kénaâne
bighdol bigdol
âmmékha âmékha
béhar na'halatékha béhar na'halat'kha
miqédache miqdache
halékhou vayabacha halkhou bayabacha
vahayéta vahayta
yiyé iyé
Rappels :
- bien prononcer l'article avec souffle : hha
- bien doubler la consonne après l'article (ha zzote)
- mettre l'accent tonique à la bonne place indiquée par le taâm : Aréts, Félé...
- doubler les lettres avec dagguéche quand il ne s'agit pas des lettres bégad kafate : âmmékha.

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