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13e Paracha - Chémote : Voici les noms
Chémote (L'Exode) 1, 1 - 6, 2



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Un peuple de re-naissants
Les bases pour réussir à ce que notre peuple renaisse en vivant ensemble le judaïsme



Plan du commentaire
  1. Synthèse préalable de Béréchite à Chémote  : amour, création, exil, Egypte
  2. Nombre de lettres, mots... dans Chémote
  3. Situation actuelle dans le parcours
  4. Les 10 thèmes de la paracha Chémote
  5. Commentaires avec Rachi
  6. Le refoulement du bonheur
  7. Une nation-famille
  8. La place des femmes dans cette naissance
  9. L'enfant, le "naissant"
  10. L'audace de Moché, la réciprocité dans le changement
  11. La émouna, position juive
  12. Ce que l'amour fonde
  13. Le lieu de vie élargie, identité nouvelle
  14. Exercice d'intériorisation 
  15. Exercice de mémorisation 
  16. Connaissances dans le lexique
  17. L'hébreu de la paracha

  18. Poèmes en lien avec la paracha

    Poème : Si je suis là...

    Hiloula de
    - Rambam,
    - R. Yaâqov Abou'hatséra
    - Ribbi Matslia'h Mazouz


Pour "étudier" vraiment cette section de la Torah afin de la comprendre

Entendre la paracha
téâmim askénaziim

Entendre la paracha
téâmim sépharadiim

Entendre la haftara
téâmim askénaziim
Entendre la haftara
téâmim sépharadiim

On doit dire Chémote éter  béné yisraël et non pas bné yisraël. Voici Pourquoi.

Les tableaux historiques pour situer et mémoriser ce qui se passe dans la paracha :
- les étapes de la vie de Yaâqov.
- dates de naissance, durée de vie et hiloulotes des fils de Yaâqov.
- Moché Rabénou situé dans les grandes périodes de l'histoire juive.

Le plan précis de la création : l'amour divin

Le vocabulaire hébraïque de l'amour

Sens des noms juifs

Choisir un prénom juif selon son sens
Vos recherches généalogiques par les sociétés
et par l'entraide réciproque



Introduction
Sur Modia, nous n'apprenons pas seulement le contenu de la Torah, mais également les méthodes d'étude afin de devenir capables d'étudier le texte par nous-même. Nous découvrons une de ces règles (lire les raché tévotes, les initiales des mots) dès le début de la paracha de ce second livre de la Torah. En effet, la première lettre de chaque paracha forme le mot chovavim (rebelles); et la seconde règle est d'aller trouver ce mot dans un autre contexte car, là-bas, le sens nous sera donné et voici comment: chémote, vav (o) de vaéra, vo, véchala'h, itro, michpatim. Ce mot "chovavim (rebelles)" se trouve dans Jérémie 3,14 et 3,22: "chouvou vanim chovavim... revenez enfants rebelles, dit Hachém, car je veux Moi contracter une alliance avec vous... Je guérirai vos égarements... Nous voici, nous allons à Toi car Tu es Hachém notre D.ieu".
Cette lecture est solidement fondée dans la tradition et nous met en garde: ne pas lire notre paracha comme un récit historique mais, au contraire, comme un récit dans lequel nous devons découvrir ce qui nous interpelle pour revenir vers Hachém depuis nos égarements. C'est très sérieux. Une véritable psychanalyse de nous-même et un renouveau peut se réaliser grâce à cette étude.
Il y a ce niveau profond mais modeste, c'est toujours le plus solide. Mais pour les étudiants avancés, cette téchouva, ce retour se situe dans une épopée beaucoup plus large que soi-même et que le Ari zal décrit longuement de façon exceptionnelle sur une trentaine de pages sur notre paracha dans son livre Chaâr ha liqoutim. Une occasion aussi pour découvrir sur Modia ce qu'est la téchouva par des deux liens: ici et ici. Maintenant, éveillons-nous à ces enseignements qui nous concernent intimement chacun.

Nous sommes aussi, probablement, la génération qui peut mieux comprendre cette paracha pour deux motifs.

- Comme nous, les Hébreux avaient reçu tous les enseignements des Patriarches et Matriarches, l'éclairage de la Création, de l'histoire, de la morale, des dimensions essentielles de l'être. Et maintenant, il fallait apprendre à vivre tout cela en peuple.

- De plus, nous sommes parfaitement, comme nos frères d'Egypte alors, menacés d'étranglement progressif et organisé. Voici des décades que les nations ont décrêté les "droits légitimes du peuple palestinien", ce qui veut dire clairement pour eux leur droit de prendre notre place dans la géographie et dans l'existence. Et chaque erreur de notre part, ou chaque occasion, ou chaque tentative de négociation ou chaque geste de paix leur redonnent cette même espérance. Et nous ne manquons pas d'erreurs et de non-claivoyance, ni même de collaboration directe avec ceux qui programment et avouent notre perte.
Pharaon est aujourd'hui l'ONU, portée par les nations et, en effet, il représentait l'ensemble des nations et leur meilleur.
Nous avons aujourd'hui la fragilité du petit Moché menacé de mort : tous les tirs de mortiers contre nos quartiers, nos jeunes décimés, et nos réactions de défense pour survivre sont dénommées "crime contre l'humanité". Avraham et Yaâqov avaient reçu également la terre de Canaan (le livre Béréchite) et ils ont été forcés de la quitter pour se remettre entre ces pinces des belles civilisations d'antan.

Dans ce contexte, nous devons retrouver la confiance qui fut celle de Myriam exhortant ses parents à vivre et à se réjouir ensemble pour procréer à nouveau. (Voir ici le lien avec la notion de confiance, bita'hone)
Myriam comprenait que le Créateur a besoin des hommes pour sauver Son peuple, et nous devons retrouver en nous et en notre action la force de sa confiance absolue comme lorsqu'elle a éloigné le couffin, le "Moïse"  de son frère sur le fleuve : fragilité absolue, geste inconsidéré qui augmente apparemment le danger; où se mettre, où aller, partout le danger, mais elle a su en faire un geste de confiance totale dans la bonté des promesses faites par le Créateur, et en Sa bonté souveraine qui entoure et veille et protège et qui réalisera Ses promesses. Myriam a vu s'éloigner son frère dans ce geste de confiance insensée.
Nos Sages n'ont pas de limites dans la louange à son égard et disent qu'elle est le rebondissement de Ra'hel et sa réussite.
Et, comme nous si nous allons dans sa ligne, justement par son acte de confiance, de émouna, elle a vu le début du salut, de la délivrance. Certes, Moché continuera à bégayer et à manquer d'assurance, comme nous ne serons pas dispenser de balbutier par peur et par timidité, mais Hachém dit : "Je suis et Je serai avec toi, partout où tu iras, ainsi Je serai jusqu'à Ma terre que Je vous ai donnée".
Voilà pourquoi la haftara séfarade de cette paracha prend le texte du prophète Jérémie (son livre 1, 1-2, 3) qui nous dit : je suis un enfant, un nouveau-né fragile, mais un enfant de renaissance, entouré de la tendresse incessante de Celui qui est le Créateur en Sa puissance, qui fait de ce peuple si petit, faible et impuissant apparemment, un peuple choisi par Lui, jusqu'à en faire l'épouse comblée du Cantique des Cantiques. Lisez-la. Cela est écrit, cela se déroule dans l'actualité exactement comme cela fut promis et décrit. Si nous le voulons. (Découvrez ce qui est dit de la "tendresse" en mettant ce mot dans le moteur de recherche en haut de la page d'accueil).
A nous, simplement d'avoir la même innocence de l'enfant aimé, et de nous appuyer sur la force et le mérite des Myriam, femmes et hommes qui existent et sauvent notre peuple aujourd'hui. Croire que nous sommes collectivement ce Moché démuni mais promis au parcours jusqu'au bonheur sur la Terre promise, sans flancher un instant. 
Les Pirqé Avote, les Principes des Pères, nous le disent : tu ne dois pas te préoccuper de la réussite de ton action, tu dois commencer aujourd'hui et ne pas te dispenser de la tâche qui t'est possible. Si tu n'est pas pour toi, qui le sera ? Et, à ce moment, Hachém réalise ses promesses, comme il avait dit à Avraham: "Anokhi laguén lakh, Moi-même, c'est Moi qui suis ton bouclier" (Béréchite 15).
Aujourd'hui, dit Jérémie, D.ieu nous dit : "Je me souviens en ta faveur de ton amour pour Moi en ta jeunesse, de ta tendresse envers Moi quant tu étais Ma jeune épouse... celui qui dévore Ma récolte commet une faute grave car Ani itékha, Moi Je suis avec toi, pour te sauver, léhatsilékha. C'est ce dialogue que j'essaie de rendre sensible dans les photos sur Modia (lien ici) qui tentent de rendre une présence, une relation je-Tu.
Sous cet éclairage du prophète, nous pouvons lire la paracha.

Un poème, venu de cette vibration dans nos vies humaines, dit les mêmes tremblements, les mêmes espérances, les mêmes joies, les mêmes assurances : il s'intitule : "Si je suis là..." (lien ici) .
Voici, donc, le commentaire indispensable de cette paracha.

L'exil en Egypte et la sortie d'Egypte sont le modèle constant de tout exil ultérieur, de toute libération de la collectivité, et aussi du parcours individuel que doit franchir chacun.
Nous devons donc étudier en ce sens chaque ligne du livre de Chémote, non pas seulement pour connaître mieux le "texte" mais nous devons étudier le texte comme "trajet personnel où nous trouvons la trajectoire juste et la force motrice qui nous propulse". Et, surtout, qui nous assure la réussite de notre projet commun.
Chémote (les noms des Juifs) parlent de notre véritable être, car notre nom (Yéhoudi, Juif), est inséré dans le nom même de D. en quatre lettres, comme chacun des noms des pères des tribus d'Israël l'est également.
Notre  être est ainsi inséré dans sa véritable trajectoire : notre être biologique, psychologique, intellectuel, spirituel, identitaire, collectif, relationnel, sentimental, politique, historique.
Nous aurons à étudier chacun des mots de Chémote en écoutant ces résonances en chacun de ces plans. Ce ne sera pas de l'élucubration car le texte lui-même est cela qui nous donne la connaissance du divin, et de l'humain, face au divin ; les commentaires qui nous ouvrent le texte comme on déploie un éventail, nous explicitent cela.
Nous avons cependant à faire un travail personnel rigoureux sur le texte pour relier notre personne à cette proposition du texte et des commentaires : nous brancher.

De plus, aujourd'hui, nous sommes concernés plus que toute autre génération par ce livre que nous allons étudier ensemble. En effet, plus que jamais, nous sommes dans un virage de l'Histoire, comme cela a été dans la période de Moché rabbenou :
- nous nous regroupons,
- nous reprenons conscience de notre identité de peuple,
- nous nous extirpons de nos cultures assimilatrices,
- par masses, nous reprenons conscience de notre identité individuelle, 
- en masses, nous reprenons conscience de la terre d'Israël comme sanctuaire, 
- en masses, nous reprenons conscience de Jérusalem, coeur de notre vie, 
- en masses, nous reprenons conscience que nous ne pourrons jamais échapper à notre destin de Juif, pas plus qu'à la persécution des ennemis bien habillés ou barbares qui, en fait, sont des épines qui devraient nous ramener dans le vrai chemin,
- en masses, nous reprenons conscience du caractère insupportable de l'injustice sociale dans notre peuple, de l'immoralité, des leaders sans valeurs et aux doubles jeux continus,
mais aussi de non-Juifs purs qui aiment Israël et sa Torah comme Yitro,  non pas pour se l'approprier afin de bâtir d'autres religions,
- en masses, nous reprenons conscience que notre peuple a besoin de prophètes, de voix qui connaissent et diffusent la connaissance, et qui éclairent, et qui parlent, et non pas des organisateurs de collectivités clivées et fermées.
Tout cela est ressenti comme urgent, comme mouvement global, comme vital, comme cela l'était du temps de Moché: ou périr dans l'esclavage culturel, en valets d'empires, ou vivre de nos valeurs sûres.
Il est clair aussi que ce défi qui se joue dans l'actualité ne se confond en rien  avec les choix étroits entre des concurrents politiques qui ne parlent d'ailleurs pas au nom de la Torah, absente de leurs propositions. Leur  "essence" médiatique n'est pas ce qui fait carburer profondément ce peuple très particulier, divers mais uniforme dans son lien à la Torah. 
Ils sont importants, car ils construisent ou détruisent, coopèrent ou non à notre destruction. Ils ont besoin de notre prière (lien ici) mais surtout de notre assurance dans la voie que nous avons reçue en héritage. Nos leaders nous suivent toujours. 
Tout ceci est dit pour que le lecteur ne confonde pas la proposition d'intégrer la Torah en nos vies avec les débats médiatiques même capitaux. Le roi juif doit toujours porter avec lui la Torah pour la méditer, une Torah en privé et une Torah en public. Nous ne sommes pas encore revenus à cette conscience de notre politique nationale minimale chez nos leaders. Ils ont appris la politique ailleurs que dans le judaïsme.
Cela dit, aujourd'hui, inévitablement à cause de l'intensité des enjeux et périls vitaux, et par les changements si rapides, beaucoup s'interrogent sur les formes de salut qu'a ouvertes Moché rabbenou : Torah, guéoula (salut), machia'h, tsaddik, etc. Et cela n'est ni simple ni évident.
Qui s'imagine trouver des solutions simples dans le judaïsme est hors de l'étude juive véritable qui déchiffre toujours dans la complexité de plusieurs conceptions différentes.
Car il n'y a plus d'unité claire du sens depuis que le Sanhédrine ne siège plus ensemble à Jérusalem. Qu'elle soit rebâtie bientôt, de nos jours, Amen et que cela soit Sa volonté.

C'est une histoire d'amour, la reprise du projet de la Création.
Puisque la paracha qui commence l'aventure du peuple va se placer avant tout sur la trajectoire de l'amour, il faut lire ce que dit D.ieu lui-même de Son amour pour nous dans ce peuple (Jérémie 30, 25 - 31,3) :
- éhié lé Eloqim lékhol michpé'hote Yisrael, "Je serai le D. bon pour toutes les familles d'Israël,
- vé hémma yiyou-li lé âm,  et eux ils seront pour Moi Mon peuple...
- vé ahavate-ôlam ahavtikhe,  et d'un amour éternel Je t'ai aimée
- âl-kén méchakhtikhe 'hasséd,  c'est pourquoi je t'ai attirée dans la bonté".
La constitution de ce peuple et de cette nation n'est donc pas d'abord une histoire "politique".

Ce qui se passe, c'est la reprise du projet de la création
Ce projet était que D. a voulu créer Adam l'homme (masculin et féminin) à Son image et l'a placé dans Son lieu de bonheur qui participe de Sa vie (la terre d'Israël, jardin d'Eden) pour y vivre avec Lui dans les délices. Il lui a donné aussi la liberté, dimension essentielle de l'amour pour qu'il y ait la réciprocité volontaire. 
L'apprentissage de cette liberté a entraîné l'éclatement, la dispersion, la difficulté de gestion de l'instinct (yetser ha râ), et les haines envers les frères, envers la femme, envers les parents, les guerres, la domination, l'inceste  et l'idôlatrie.
Un seul être a réussi, et de lui-même, sans recevoir une révélation, à découvrir le centre, l'axe et la réalité fondamentale de l'univers : c'est Avram. Il a intégré toutes les connaissances des différents sages, savants et empires (important de comprendre ce trait de notre père fondateur, ce n'est pas un sage hindou coupé de l'histoire et des sciences) et il a compris que ce qui meut fondamentalement l'univers ce ne sont pas les forces physiques, ni culturelles ni politiques mais la bonté ('hésséd) :'Héssed ôlam yibané, le monde est bâti sur le 'hésséd.
Par sa découverte, il a recréé le monde et rebranché l'homme à l'image de D.
De plus, il ne s'est pas enfermé dans son palais d'étude, mais il a tenté de faire partager sa découverte à sa famille, à tout individu et aux gouvernants.  (Essayez de bien retenir ces points différents).
Une partie seulement des humains ont compris cela, aussi bien dans leur famille que autour d'eux.
Cette transmission arrive à son point familial optimal à la 3e génération avec Yaâqov et sa famille qui n'est pas exempte de graves conflits. 
Pour que la Création retrouve son axe, il fallait que cette famille qui a retrouvé l'axe bon du monde revienne s'intégrer dans ce qui est Mitsrayim, l'Egypte. Pourquoi ? Parce que Mitsrayim est justement l'axe décalé du projet de la Création : c'était alors le meilleur de la culture, de la morale, de la politique, du pouvoir, de la science, de l'humanité mais aussi, inévitablement, sa dimension la plus inhumaine comme tout impérialisme qui se substitue à l'ordre bon de la Création. 
La famille de Yaâqov descend donc en Egypte à travers l'épisode complexe de Yossef et de ses frères. Le bon s'y manifestera aussi bien que le pire et alors il faudra faire sortir l'Egypte de l'Egypte : ce sera la tâche de Moché. Hélas, Pharaon n'acceptera pas les plaidoiries successives de Moché et il n'y aura qu'un groupuscule (les descendants de Yaâqov et ceux qui s'y joindront) qui auront la mission de refaire le trajet de l'Egypte à la terre d'Israël comme lieu de la vie en plénitude selon la vie et la morale divine.

C'est vraiment la gestation de la Création qui est reprise, et la re-naissance de l'humanité. Voilà pourquoi on se réfère toujours à la sortie d'Egypte avec la référence à la Création (comme dans ce que l'on dit pendant le qiddouche du Chabbate), et voilà pourquoi cette galoute de Mitsrayim, cette dispersion et diaspora d'Egypte n'a rien de semblable à celles qui ont suivi, y compris la dispersion actuelle des Juifs. Certes, toutes les dispersions se caractérisent 
- par l'échec et le refus de vivre totalement le plan divin, par la réticence individuelle et collective, par la surdité et par l'infidélité, 
- et aussi par la mission de retrouver les étincelles dispersées et affaiblies pour les ramener à leur source. Ribbi Yaâqov Abou'hatséra dit que le mot Mitsraïma au premier verset de notre paracha (les fils de Jacob se dirigeant vers l'Egypte) a la même guématria que la chékhina (présence divine) car ce retour est une reconstruction de l'unité initiale qui existait non seulement entre D. et l'homme mais aussi entre Haqqadoche Baroukh Hou et la chékhina.
C'est, au sens fort, un retour, une téchouva. et ce mot est présent dans les dernières lettres de ce verset : mitsraïma éte Yaâqov iche... Nous connaissons cette concordance du thème de l'histoire et des particularités du jeu des lettres (niveaux du réméz et du sod, allusion et secret).

En ce sens, toutes les diasporas sont une occasion de nouvelle naissance et succèdent aussi à un échec. Mais elles sont encore plus graves dans la mesure où D. aura  aidé davantage en donnant Sa Torah, Sa Terre, Son sanctuaire pour vivre ensemble et que nous refusons encore et Sa Torah et Sa Terre, et cherchons à nous en débarrasser sans cesse, trahissant ainsi le souhait divin et les dons reçus avec la science de leur valeur.

Etudions maintenant les pièces de ce puzzle qui nous est donné pour en vivre.

Sur cette trajectoire, faisons le point.
C'est une grande date quand nous commençons le livre de Chémote (l'Exode).
Pour ceux qui aiment aussi les chiffres, nous arrivons alors à ce privilège de recevoir, lire, écouter, déguster, aimer, comprendre, appliquer ces  20513e et 20514e mots de la Torah : vééllé Chémote ! Nous avançons mais il y a encore de la route à franchir jusqu'au dernier mot, le 79847.

Nombre de lettres, mots... dans chacun des livres de la Torah
 

  LETTRES MOTS VERSETS SECTIONS
Torah 304805 79487 5845 187
Chémote 63529 16723 1209 40

Il y aura, dans tout le livre de Chémote, 11 sections ou  parachiyotes, comprenant 164 sujets délimités en paragraphes nommés aussi parachiyotes.

Moché est la 26e génération et vivra 120 ans (Dévarim 34, 7). Il avait 80 ans quand il intervint auprès du Pharaon (Chémote 7, 7) et passera 40 ans dans le désert. Quand il est né, le peuple était en esclavage depuis 34 ans et il y avait passé 94 ans heureux auparavant. 

Moché est fils de Yokhébéd et Amram (Chémote 6, 20), lui-même fils de Kohate (Chémote 6, 18), qui est fils de Lévi (Chémote 6, 16), fils de Yaâqov.
Il faut mémoriser toutes ces données pour étudier sérieusement, comme nous le faisons dans tout secteur professionnel où nous sommes compétents. La méthode de l'étude juive est aussi d'organiser son savoir par des notes personnelles, des sémanim. C'est ainsi que j'ai rédigé ces parachiyotes et la page des aides-mémoire historiques qui vous y aidera. Beaucoup investissent un temps considérable pour savoir gérer leur profession, leur argent, leur santé mais ne recherchent pas le même degré de compétence pour ce qui est le plus important : la compréhension humaine, l'amour, la Torah de vie.

Situation dans le parcours
Donc, dans le livre Beréchite ont été exposées toutes les données de la Création, le plan de son développement, les obstacles à la réalisation, les partenaires en jeu et les premières tentatives et échecs aussi bien dans le couple que dans la fratrie, la famille ou entre les peuples, entre les hommes et envers le Créateur. 
La fin du livre Beréchite était une sorte de reprise en mains de l'ensemble du jeu : on y retourne en Egypte, représentante de l'ensemble de l'univers humain, pour reprendre tout ce projet qui est bloqué et y faire éclater la gangue qui empêche la réalisation du plan global, la qlipa. Les Sages expriment que c'est en ces dynamiques que se réalisent les transformations d'identité chez ceux qui se convertissent, les guérim et retrouvent ainsi l'authenticité de leur être. Voilà pourquoi nos ancêtres sont nommés guérim. Les gens ne se "convertissent" pas, ils sont la pointe de ce travail réalisé par tout le peuple juif pour revenir à l'identité initiale authentique. Et chaccun, dans le peuple juif, a à refaire ce même travail, cela est le parcours précis que nous enseignera la Haggadah de Pessa'h (lien ici).

Le livre de Chémote est la suite  du livre du commencement (béréchite) comme l'indique la lettre vav qui commence ce livre, et cette lettre vav a le sens de charnière, continuité, "et".
Les 7 premières parachiyotes du livre Chémote seront le processus de naissance et libération après la gestation jusqu'à ce que, à son tour, l'homme libéré puisse choisir : soit continuer sa libération ou choisir de rester en esclavage comme le fera l'esclave hébreu. Le Ari zal, dans Séfer halliqoutim, résume cela en disant : 
yéridate béné Yisrael lé mitsrayim hou romez et ha oualad
(la descente des fils d'Israël vers l'Egypte est une allusion au naissant, à l'enfant).

Pour ces motifs, le début de la paracha Chémote se relie aux partenaires du livre précédent, puis nous y assistons à la naissance de l'homme nouveau et du peuple. 
 

Les 10 thèmes de la paracha Chémote

On peut distinguer 10 grandes étapes dans la paracha :

1. Les noms et les répartitions dans le peuple.

2. La nouvelle période : un nouveau roi arrive, il persécute les béné Yisraël par les impôts, ordonne de tuer leurs garçons à la naissance, de les jeter au fleuve.

3. La naissance de Moché, l'intervention de Miriam pour le sauver, la venue au fleuve de Bitia fille de Parô, le Pharaon; Miriam place Moché à proximité et il est sauvé. Sens de son nom.

4. Moché tue un bourreau et s'enfuit. Les filles de Yitro. Le mariage de Moché avec Tsipora.

5. Les cris de prière du peuple persécuté. Moché, berger, voit le buisson ardent. Sa bonne réaction le sélectionne pour sa tâche de leader prototypique de ce peuple. Son refus de se présenter à Parô. Les miracles qui l'encouragent (serpent, main, sang). Son refus de parler à Parô et la réponse de Hachém.

6. Le départ de Moché avec sa famille pour sa mission en Egypte et il quitte Yitro.

7. La rencontre périlleuse avec l'ange, la rencontre avec Aharone. Les preuves de Moché au peuple.

8. Premiers ordres de Moché à Parô de laisser partir le peuple. Son refus et les mesures terribles de rétorsion que Parô prend contre Israël. 

9. La première des révoltes du peuple persécuté contre Moché et Aharone.

10. La plainte de Moché à Hachém et la réponse de Hachém : "maintenant, tu vas voir...".
 

1. Commentaires avec Rachi (ni politique, ni psychologique mais amour, réalité ontologique).
Soulignons un point important. Rachi ne va pas nous commenter d'abord un processus de libération politique ni la dynamique psychologique de ces partenaires ni exposer des considérations théologiques ou morales. 
Rachi situe la première réalité et la première dynamique en jeu dans tous ces thèmes de la paracha au plan de l'amour
Vééllé chémote béné Yisrael ; af-âl-pi chéménaane bé'hayéhém bichémotam, 'hazar ouménaane bémitatane, léhodiâ 'hibatane...
"et voici les noms des enfants d'Israël ; bien qu'on les ait comptés pendant leur vie par leurs noms, on revient et on les compte encore après leur mort pour faire savoir la tendresse envers eux...". 

Il est très important de comprendre et de respecter cette hiérarchie des plans (dans les thèmes et dans les événements) qui est inscrite dans la Tora, c'est ce que Rachi nous enseigne là comme méthode.
Rachi ouvre de même sur la tendresse de Dieu ('hiba) chacun de ses commentaires sur les différents livres de la Torah (aller le constater), son but est d'inscrire une fois pour toutes en notre attention cette hiérarchie inscrite dans la réalité
De même, plus tard, lorsqu'on arrivera à la formulation précise des préceptes organisateurs, il y aura le commandement d'aimer (véahavta, Dévarim 6, 5). Celui-ci sera repris comme centre de l'édifice et centre de la prière quotidienne puisque ce mot "amour" encadre la récitation du chéma israel dès le matin.
 

Assimilons cet enseignement de Rachi par deux questions : 
• avons-nous conscience, dans notre représentation de l'histoire de l'humanité ou dans notre représentation de l'évolution du peuple juif que l'enjeu, l'intention et la dynamique sous-jacente effective de notre histoire et de toutes nos relations est l'amour ? 

• malgré la difficulté de la masse des événements historiques et politiques ou des soucis personnels, avons-nous l'audace d'essayer de voir toute cette histoire selon cet axe d'amour que nous transmet la tradition ?

Pour ceux qui ne verraient pas spontanément l'amour et la tendresse ('hiba) dans le texte de cette persécution en Egypte, les prophètes le formuleront et le rappelleront, mais on a trop tendance à le leur attribuer comme étant une de leurs préoccupations ; en effet, ils ne font que rappeler la Torah et, Rachi nous le montre bien, c'est ce que le texte de la Torah nous dit clairement.  Il n'y a pas de nouveau testament qui serait l'amour. Seuls des ignorants de la Torah bâtissent toujours et continuellement de nouvelles religions sur cette ignorance des bases de la Torah.

Le refoulement du bonheur
En fait, il nous est difficile de voir spontanément l'amour comme fondement de la réalité et de la Torah qui le dévoile. Pourquoi ? La Torah est cette lettre d'amour et nous risquons normalement de n'y voir qu'une suite d'événements, ou seulement un récit, un texte fondateur ancien alors qu'elle nous apporte une lecture surprenante : l'évolution de l'humanité est une quête d'amour. Rachi, conscient de ce piège que nous nous mettons dans la lecture, nous dévoile cet obstacle. C'est qu'il y a toujours un refoulement de l'amour et du bonheur chez l'homme. Il faut un courage extrême pour avoir foi dans l'amour et le bonheur de Dieu et des hommes. Dans une grande part des psychothérapies ou du conseil psychologique, je constate que les problèmes recouvrent souvent ce barrage que j'appelle "le refoulement du bonheur". L'art est de parvenir à le comprendre, le rendre transparent, négocier avec lui pour reprendre la marche.

2. Une nation-famille
La seconde remarque porte sur la première phrase de la paracha :
"et voici les noms des enfants de Yisraël ; avec Yaâqov, ils vinrent chacun avec sa famille".
Nous constatons que, dans le processus qui pourrait être vu comme historique ou politique de la naissance d'une nation ou d'un peuple, il s'agit ici d'autre chose en liant cette réalité avec le commentaire de Rachi : 
ce qui va naître c'est un peuple-famille et dont la constitution n'est pas l'appartenance collective d'affiliation mais la relation d'amour qui s'y adresse à chacun. Il nous est dit explicitement que le fait fondateur de cette collectivité est l'amour. Surprenante constitution où il n'est pas écrit en en-tête "liberté-égalité-fraternité" mais "amour". Quel Conseil Constitutionnel, quel parti oseraient présenter un tel projet ?

3. La place des femmes dans cette naissance. 
Ce sera la troisième remarque. Processus de naissance suppose une intervention couplée de l'homme et de la femme comme procréateurs. Nous découvrons dans la paracha un phénomène éclairant à ce sujet.
D'un côté, les hommes arrêtent le processus de création (Parô en opprimant, l'homme de la famille de Lévi en coopérant avec lui par le refus d'avoir des relations sexuelles avec son épouse, Moché qui refuse deux fois d'intervenir, les refus successifs de Parô).
Cela doit nous faire réfléchir sur ce qui continue de se produire dans le monde par la présence quasi exclusive des hommes aux postes de décision collective, et qui bloquent de siècle en siècle le développement de l'Histoire dans l'amour. Combien le monde a besoin encore de l'intervention de Myriam. Qui le sera en notre génération? 

Par contre, le texte nous indique le rôle créateur de vie que manifestent les femmes (la fille du Pharaon, ses servantes, Yokhébéd la mère de Moché et Miriam sa soeur, les sages-femmes) ; il faut relire la paracha selon cet axe. 
Ne réprimons pas cet enseignement derrière le cliché ("on parle de naissance, il est normal que les femmes soient décrites comme présentes"). Le texte insiste avec précision sur cette différence entre hommes et femmes dans ce qui est d'une importance collective capitale : le processus qui permet à la vie de reprendre entre les humains. Cela doit nous éclairer, nous mettre en garde et conduire à des rectifications précises.

Comment cela apparaît-il dans les précisions linguistiques?

La tradition (en Sotah 12 a) dit, par l'analyse de l'article défini répété: "la" ha, (Exode 15, 20 Miriam la prophétesse, hannévia) que Miriam danse à la sortie de la Mer Rouge avec "le" même tambourin qui a accompagné sa joie quand son père s'est laissé convaincre par elle de reprendre ses relations sexuelles avec sa mère pour procréer à nouveau. 

Là encore, à l'issue de la libération d'Egypte, la femme sera reconnue dans le rôle qu'elle y aura joué, reconnaissance enseignée par la Torah mais qui n'est pas encore intégrée dans la réalité humaine de nos jours. Les questions qui en découlent valent d'être approfondies.

4. L'enfant, le "naissant"
Les "sages-femmes" (ainsi qu'on les nomme en français) sont nommées en hébreu méyaledotes. Ce mot signifie "celles qui font naître, celles qui mettent au jour". Chaque tradition linguistique a ses richesses. 
Par contre, ce qui est plus intéressant, c'est que la même racine ("faire naître") est utilisée en hébreu pour nommer celui que nous appelons en français "l'enfant". En effet, le mot "enfant", en hébreu, yéléd se traduira au mieux par l'expression : le "naissant"
Ici nous apparaît que la position de l'enfant dans la civilisation juive est tout-à-fait différente de celle qui lui est attribuée dans les langues latines où le mot enfant vient du latin in-fari qui veut dire : "ne parlant pas". 

Ainsi, d'un côté, dans la représentation collective inconsciente qui modèle chacun, l'enfant est un être catalogué collectivement comme celui qui n'a pas encore accédé à ce qui caractérise l'humain, la parole, et c'est un muet dans le jeu relationnel, donc celui que l'on n'entend pas, et celui que l'on ne comprend pas. On réalise mieux, sur la base de ce constat culturel, pourquoi il a fallu attendre tant de siècles dans le monde non-juif pour que l'on prête attention aux besoins et à la psychologie de l'enfant, pour qu'on lui accorde l'instruction, pour qu'on n'en fasse pas un simple objet de production corporelle ou une aide dans le travail, pour qu'on lui apprenne à lire ; l'amour pour l'enfant n'est pas une donnée naturelle ni une donnée collective spontanée ; la violence continue contre les enfants et l'exploitation de millions d'enfants de nos jours dans le travail ou la prostitution sont là pour le prouver. 

De l'autre côté, dans la tradition hébraïque, en voyant ce fondement linguistique du statut de l'enfant comme longue période de vie dénommée "naissant", on comprend mieux 
• l'importance obsessive qu'il y a toujours eu dans cette civilisation juive pour les enfants, 
• l'instruction et la lecture que l'enfant reçoit dès le plus jeune âge alors que les adultes étaient incultes et sans lecture, sans école dans d'autres civilisations occidentales, 
• la transmission culturelle dont il est l'objet dès ses premières années, 
• la valorisation parfois excessive, 
• le fait que la mère enceinte l'amène déjà dans la synagogue pour que le foetus puisse entendre la langue sainte autour de lui : car il est hypervalorisé puisqu'il est considéré déjà et d'abord et continuellement comme un naissant perpétuel, chaque jour comme la fête de sa naissance
• le besoin de parents de continuer ce processus de vie par d'autres naissances.
Et cette centration sur lui sous ce regard durera jusqu'à l'âge de sa maturité d'adulte qui sera alors précoce (12 ans pour la fille et 13 pour le garçon). 

La tradition juive estime que l'enfant est capable d'aborder et d'intégrer dès son enfance un programme immense et elle lui donne le plus vite possible tout l'ensemble du bagage culturel dont il disposera ensuite dans sa mémoire pour y réfléchir aux différentes étapes du développement de son intelligence.

Dans toute la paracha, les enfants et les naissances sont importants, le problème de l'homme voulu par le Créateur est qu'il reste toujours un enfant naissant et renaissant.

L'enfant apparait ainsi, dans ce texte fondateur, comme la clef du renouvellement du peuple, le prototype exemplaire et le projet proposé : une renaissance continue. Et nous voyons que Dieu n'apprécie pas du tout quand, Moché grandissant, il commence à perdre confiance dans sa capacité de développement et pense qu'il ne parviendra pas à parler ni à convaincre le Pharaon. Toute la suite du texte de la Torah montrera ce combat entre la demande de Dieu pour un développement et la tendance du peuple à douter, à freiner, à retourner en arrière et à préférer la mort sur place sans bouger à la vie dans le risque. 
L'enfant et la femme d'abord, puis secondairement Moché, resteront le modèle créatif qui doit vivre dans tou adulte juif.

5. L'audace de Moché, la réciprocité dans le changement
La cinquième remarque, en ce sens, concernera le nom de D. que Moché demande de connaître. C'est la grandeur de Moché que, dans sa propre difficulté, il ose quand même demander à D. de lui en dire plus sur Lui-même, plus que tout ce que les Patriarches ont déjà révélé.
Cette audace fera qu'il sera loué à la fin des cinq livres pour sa main forte (yad 'hazaqa) avec laquelle il a pris aussi la Torah ; pour cette audace inconcevable, il aura mérité que la Torah soit nommée de son propre nom : Torate Moché, "Torah de Moché", et non pas "Torah de Dieu".

Cette demande à D.ieu vient aussi de ce que Moché, comme tout le peuple d'Israël savait qu'il devrait y avoir un renouvellement que Yosséf avait décrit dans l'avant dernier chapitre de Béréchite, lien ici (50, 25) : paqod ifqod Eloqim étkhém, en raison du doublement du mot paqod ifqod (intervenir, il interviendra) il devra y avoir une double intervention de Dieu (péqida kéfoula), et celui qui prouvera qu'il en est l'instrument et le révélateur sera le sauveur d'Israël. Ribbi Yaâqov Abou'hatséra  l'analyse avec précision dans Ma'hsof hallavane. Je ne développe pas ici cette démonstration qui dépasse le type d'enseignement sur un site internet ouvert à tous.

C'est en raison de ce test nécessaire que Moché pose sa question.
Il lui sera répondu : Mon nom est éhié acher éhié. Dans ce moment où Moché cherche à s'assurer des garanties sur l'avenir, le nom doublé qui lui est dit signifie, littéralement, pour l'oreille hébraïque : "je serai qui je serai".
Sans aborder le sens que les lettres hébraïques révèlent chacune, et qui en est l'essentiel, remarquons que la réponse donnée à Moché exige de lui précisément ce qu'il ne voulait pas accorder : l'incertitude absolue, la foi dans un processus indéterminé, progressif, non précis, non défini. 

Mais la réponse lui apporte aussi un enseignement capital : "sache que tu trouveras ta réussite et ton assurance dans ce programme de développement" ; c'est peut-être la confortation la plus précieuse que celle-là pour l'enfant (Moché enfant, et le peuple enfant) face au programme si long, et si inconnu, et si impressionnant de la vie : entendre que ses parents le sentent capable de continuer toujours sur la base de ce qu'il est pour réussir dans l'avenir quel qu'il soit. C'est cela le potentiel du nom donné à l'enfant avec amour.

En entendant ce nom doublé éhié acher éhié, Moché a dû réaliser alors que cette confortation lui avait été déjà donnée avant ce verset 3, 14 (allez voir le texte); en effet, auparavant, dans le verset 3, 12 ce mot éhié lui avait déjà été dit mais cette fois-là sous la forme d'un accompagnement et d'un soutien et, apparemment, Moché n'y avait vu qu'une parole d'encouragement et non pas le nom même de l'être de Dieu, si l'on peut dire :
 "Moché dit à Dieu : qui suis-je pour aborder Parô et pour que je fasse sortir les enfants d'Israël de l'Egypte ?
 Il dit : c'est que éhié îmakh "Je serai" (est effectivement) avec toi, et ceci sera pour toi comme signe que c'est Moi qui t'envoie".

La émouna, position de l'existence juive
L'enseignement qui en ressort est celui de la émouna, cette confiance totale et enfantine envers Dieu pour la réalisation de Ses promesses. En effet, devant le défi le plus difficile, celui de la sortie de la prison culturelle et politique, et celui de la prison du manque personnel de confiance, il est proposé au Juif 
• une confiance absolue 
• en l'accompagnement de proximité 
• par Celui dont on ne pourra jamais se faire aucune représentation
• et cela vers l'avenir.

Chacun de ces 4 termes (à mémoriser) est également important et on ne pourra privilégier aucun de ces 4 termes. Ainsi, les cabalistes indiquent que ce nom éhié est à la fois le plus élevé, le plus fermé à notre compréhension, et pourtant c'est de lui que procèdent les autres noms qui manifestent l'intervention divine et la connaissance que nous pouvons en avoir. 
Ce mélange indissociable de l'inconnaissance et de la proximité, que nous venons de voir traduits dans le langage, exprime bien ce qu'est la position juive. Et il n'y aura jamais aucune concession sur aucun de ces deux points (inconnaissance et proximité). Le Juif est ainsi un ami des aurores (sens du recueil des poèmes).

Ce que l'amour fonde
Nous rejoignons par là le premier commentaire de Rachi. Ces deux critères simultanés (proximité confiante et devenir inconnu) ne sont-ils pas ce qui fonde l'amour ? Croire dans le tout qui a été vu ou entendu ou pressenti chez l'autre, et savoir que pourtant on ne l'a pas encore entendu, ni vu réellement mais être en écoute continuelle et en attente continuelle, et cela parce qu'il y a eu entre ces deux êtres ce quelque chose de commun qui a nom "amour", et qu'on lui est fidèle malgré le changement des apparences ; et alors les deux partent ensemble pour une longue aventure commune et mouvementée. Et le souvenir des mots échangés initialement sera toujours le point d'appui pour retrouver la émouna commune qui est source de beauté et de force et de bonheur.Un être commun, découvert en un instant, part ensemble pour un inconnu double.
Mais, pour en être capable, il faut pouvoir dire comme Moché face au buisson ardent, au verset 3, 3 : 
"assoura na vé éré éte ha maré ha gadol ha zé madouâ...
je vais m'écarter d'ici, de moi, pour aller auprès de cela et plus loin et voir ce grand  phénomène et me poser des questions...". 
Alors, celui qui s'écarte de sa voie habituelle, de ses propres certitudes ou de soi-même pour revenir sans cesse vers le nouveau et vers l'autre et se mettre en questions nouvelles, parvient à aimer d'un amour naissant et renaissant, il entend le "me voici", et il fait l'expérience du qoddéch, du sacré. C'est exactement ce qui est décrit dans le Cantique des Cantiques à travers les barrages temporaires du silence jusqu'au moment où on pressent que "ête ha zamir higuiya, le temps des chants est arrivé" (2, 12) et "karmi chéli léfanaï,mon vignoble est devant moi" (8, 12).

Le lieu de vie élargie, identité nouvelle
Comment comprendre cela ? C'est qu'en fait celui qui aime a quitté son lieu personnel, individuel et solitaire ; il est devenu un lieu en commun, le lieu double (ma'hanayim). Il a déménagé de son domicile fixe, comme le fait Moché au buisson ardent, il devient un "autre lieu". Dans le judaïsme, D. est nommé maqom, lieu, et la haggada de Pessa'h nous le rappelle lorsqu'on doit se remettre en mouvement.
Bien plus, D. est LE lieu à l'intérieur duquel notre lieu et la nature sont situés, c'est que que l'on appelle le panenthéïsme (voyez ici que André Neher a souvent développé ce thème dans son oeuvre). 

L'amour est renaissance continue et mobilité parce que le lieu qui nous est commun est forcément mobile quand il est aussi le lieu de l'autre que je ne peux pas figer ni enfermer. Voyez ici l'index éducatif qui développe ce thème sous diverses facettes. Aimer, ou être juif, ce n'est pas d'abord "penser que le judaïsme ou l'autre sont ceci ou cela" ; c'est "être là dans ce lieu Maqom commun", être soi-même un autre espace d'identité que le seul moi
Le éhié imakh (je serai avec toi) de Chémote 3, 12 éclaire cela : au lieu de ton petit "toi", désormais il y a avec toi toujours et à chaque instant, et pour toujours : "Moi qui suis éhié" ; insère-toi dans ce éhié imakh et tu ne seras jamais abandonné et Je ne t'abandonnerai jamais.

Tous les psaumes nous montrent le combat de David dans sa relation à Dieu entre ces dimensions. L'homme vascille sans cesse, la marche est un déséquilibre positif. Yaâqov vit ces mêmes mouvements : il est soumis à toutes ces variations bien qu'il soit un grand tsaddiq.

Accepter cette permanence de la relation, de l'auto-assurance, de l'affection reçue, de la confiance, de la foi en la parole donnée même quand il n'y a plus présence visible ou sentie, même comme le fait Hachém quand il y a soucis, échecs, trahisons extérieures, attaques cruelles, est une option essentielle que l'amour propose avec évidence mais qui est extrêmement difficile à l'homme (véahavta ét adonoute élohéikha, tu aimeras ton Dieu... Dévarim 6, 5). 

C'est difficile car nous vivons cette consience élargie et amoureuse sans stabilité, et par contre nous avons fortement la consience de notre faiblesse ; enfin, nous l'avons dit plus haut, l'homme trouve une force considérable pour... préférer l'échec plutôt que la confiance dans l'amour, le bonheur et la vie renaissante. Chacun des personnages de cette paracha est confronté à ces défis.

Le judaïsme, et notre paracha, nous proposent ainsi un très grand élargissement de notre identité : du "je" au "nous dans le maqom". Cette identité élargie est nommée sous de multiples formes : 

• Ta "maison" (achré yochévé véitékha, heureux ceux qui vivent Ta maison (psaume 84), comme traduit le 'Hida, 

• Ton sanctuaire" (qu'ils Me fassent un sanctuaire et J'habiterai parmi eux), 

• Ton "nom" (la formule "dans Ton nom" revient sans cesse).

Application concrète

Le problème n'est pas de "penser" cela mais de parvenir à s'y resituer fréquemment dans la journée, comme il est dit : chiviti adonoute lé négdi tamid, "je me représente Hachém devant moi toujours". Le mot chiviti indique bien que nous avons à faire un effort de représentation intérieure pour nous remettre en présence de notre réalité qui est celle des quatre lettres fondatrices de vie continue. 
Pour s'en souvenir, les Sages proposent de mettre cette phrase avec le nom de Hachém dans le maximum de lieux où l'on vit. Par contre, le nom éhié révélé à Moché, et qui est la source des autres noms, est moins visuel, il est plus intériorisé encore.
Il est remarquable de voir que, dès que notre le peuple fut fondé et libéré, l'ensemble a compris ces enjeux et débats : c'est là dessus que s'est fait la "libération". Tant de peuples ont disparu de l'Histoire parce qu'ils n'ont pas eu la science de ce renouvellement, même si quelques sages ou philosophes les exhortaient.

C'est un grand bonheur de vivre dans un peuple qui possède une telle conscience de la vie et de la renaissance perpétuelle.



(Photos de l'auteur, pour entendre la Torah de façon sensible: Ecoute ISraël)

Nous devons donc développer dans notre peuple, dans nos groupes, communautés, sous-groupes et cliques et partis, cette conscience de cet amour familial très spécial qui nous unit, et que les opinions politiques ou religieuses diverses ne peuvent pas altérer. Nous devons stopper le dérapage ou l'avalanche quand nous nous en éloignons et perdons la conscience commune de cet enfant naissant que nous devons être dans le monde et entre nous. Nous devons garder la conscience de cette couleur commune de l'amour commun, comme sur cette photo.

Exercice d'intériorisation 
Cette paracha nous propose d'entreprendre un examen de notre conception vécue de la parole, de savoir 

• si nous entendons ces niveaux d'intériorité dans la parole de l'autre, 

• si nous prenons le temps d'encourager l'autre et si nous prenons le temps de nous encourager nous-mêmes à accepter la richesse de tous ces niveaux de la parole dite ou entendue, de nous connaître en "profondeur",

• si nous cultivons notre capacité de naissance continue, 

• si nous y sommes attentif dans le devenir de qui nous aimons,

• si la confiance dans la parole dite dans la relation d'amour est un élément essentiel de notre aventure personnelle,

• si nous trouvons les moments communs et individuels, et les moyens de renouveler notre écoute de nous-même et de l'autre pour que la relation de parole et d'amour soit vraiment le lieu de notre être sans cesse naissant, dans un peuple "re-naissant".

Nous voyons ici, à quel point il y a une cohérence entre la maturation psychologique de l'être, la maturation dans la Torah, la maturation dans l'art de vivre ensemble dans le peuple, la maturation du monde. Je vous assure, à vous qui peinez douloureusement, que des Juifs qui travaillent sur eux-mêmes et sur leurs difficultés dans un accompagnement psychologique avec quelqu'un qui a aussi une formation approfondie dans la Torah en ce sens, découvre de soi-même cette cohérence interne. Il faut au conseiller ou au psy cette double formation pour permettre à l'autre de le découvrir en soi. Sinon, on risque de ne pas lui permettre de vivre ce que l'on s'est interdit à soi-même, sans même le savoir. Il n'est pas rare que des conseillers ne permettent pas à l'autre d'aller vers l'amour ou vers la vie qu'ils ont refusés pour soi-même. Ensuite, on trouvera tout ce qu'il faut pour le justifier.
Nous voyons que nous avons besoin de mettre en oeuvre beaucoup des dimensions de notre intelligence et de notre coeur pour le comprendre, et la "science de l'écoute et de l'analyse humaine" aident beaucoup. Il ne suffit pas de lire pieusement la Torah, il faut "l'entendre", c'est-à-dire l'étudier jusqu'à la comprendre dans l'intérieur véritable, c'est le sens du verbe chémâ.

Pour ceux qui penseraient que nous n'avons pas besoin d'utiliser tous les dons que le Créateur nous a donnés pour comprendre la Torah, l'homme et soi-même, je citerai seulement le Traité Chabbat 75 a : "R. Simeon ben Pazi, au nom de R. Yehoshua ben Levi au nom de Bar Kappara, a dit : ‘Celui qui a appris l’astronomie (science du monde à l'époque) et ne pratique pas cette science est désigné par ce verset ‘ils ne font pas attention à l’oeuvre de Hachém et ils ne voient pas l’oeuvre de Ses mains’ (Isaïe 5, 12)".

Tous les grands Sages d'Espagne, en particulier et tant d'autres, à l'image d'Avraham, de David, de Rachi ou du Rambam, avaient su cumuler à égalité ces sciences et arts afin de vivre totalement dans la Torah.


Exercice de mémorisation 

1.
Vééllé chémote béné Yisrael. af-âl-pi chéménaane bé'hayéhém bichémotam, 'hazar ouménaane bémitatane, léhodiâ 'hibatane...
"et voici les noms des enfants d'Israël ; bien qu'on les ait comptés pendant leur vie par leurs noms, on revient et on les compte encore après leur mort pour faire savoir la tendresse envers eux...". Commentaire de Rachi sur le premier verset de Chémote.

2.
éhié îmakh
je serai avec toi. (Chémote 3, 12).

3.
achré yochevé véitékha,
heureux ceux qui vivent Ta maison (psaume 84)


L'hébreu de la paracha et ses messages


Poèmes en lien avec la paracha Chémote

dans L'ami des aurores :
Si je suis là... (nouveau poème)

Hommage aux hommes.


Hiloula (pluriel Hiloulotes)

20 Tévéte 29 décembre 2007)
En 1205 (an 4965), Hiloula de Ribbi Moché ben Maïmone, le Rambam, le grand aigle, hannéchér haguadol
En 1880 (an 5640), Hiloula de Rabbénou Haqqaddoche Yaâqov Abou'hatséra (nommé Abir Yaâqov).
C'est l'anniversaire du décès (hiloula) de deux aigles du judaisme
sepharade et de tout le judaisme :
1. Maimonide, le Rambam.
Ici, sa vie.
http://www.modia.org/tora/maitretous.html#rambam
Son oeuvre principale, Michné Torah, est l'une des bases "incontournables" de la formation de tout Juif qui veut comprendre ce qu'est la halakha, c'est-a-dire la concrétisation pratique des enseignements de la Torah dans la vie quotidienne.
Ce passage de la Torah à la halakha demande une formation
vous pouvez la comprendre tres serieusement sur Modia
http://www.modia.org/lev-gompers/halakha/halakha.html

Sur cette autre page, vous trouverez le plan de Michné Torah en ses 14 livres, et la description de ses commentateurs:
http://www.modia.org/tora/maitretous.html#michne
Le Michné Torah de Maimonide est dans un hébreu tres facile à lire et à comprendre.

2. C'est aussi un anniversaire qui me tient très à coeur : celui de Rabbenou Yaaqob Abou'hatseira
Sur cette page :
http://www.modia.org/tora/abouhatsera.html
vous découvrirez sa vie, sa photo, sa généalogie et sa descendance, son oeuvre, ses commentaires très présents sur Modia.
Vous découvrirez son alyah dramatique vers la terre d'Israel.
Et également le lien de votre serviteur par ses maitres en Torah, jusqu'à Rabbeinou Yaaqov .
Et un petit repertoire des parachiyotes sur Modia ou son commentaire y est présent.

Egalement, le judaisme marocain dont il est l'une des composantes.
http://www.modia.org/tora/maitrmaroc.html
Si vous n'êtes pas sépharade ni d'origine marocaine,  c'est l'occasion de pratiquer ce qui est important: l'amour de tout Israel par la connaissance, cela tient une grande place sur Modia, tous azimuths avec égalité.
 

Et comme la tombe de ces Sages est un lieu spirituel de pelerinage, vous découvrirez quel est le sens de cette pratique.
Si cet ensemble vous a plu, ce sera pour vous l'occasion de découvrir egalement d'autres communautés et leurs rabbins.
http://www.modia.org/infos/israel/comunot.html
et leurs sites nombreux
http://www.modia.org/infos/infos/annuaire-juif.html#communautes


Le 21 Tevete, 30 décembre 2007), sera l'anniversaire du décès et de l'arrivée en gloire (hiloula) de Ribbi Matslia'h Mazouz, gloire du judaisme tunisien. Il fut directeur de Yeshiva à Tunis et  dayane, et créa la Yechiva Kissé Ra'hamim au nom de R. Ra'hamim 'Haï 'Hawita HaCohen. Il fut assassiné par un arabe lors des émeutes à Tunis  le 21 Tevete 5731, 1970.  Son livre de Reponses halakhiques (choute) "Iche Matslia'h" lui a donné ce nom. 
Ses fils, Ribbi Tsema'h et  Ribbi Meïr Mazouz  ont transféré la yeshiva à Bné Braq en
Israël. Le style intérieur y est typiquement djerbien. C'est le centre actuel de la tradition d'étude tunisienne et de ses publications, en Israël. 
Un siddour quotidien , livre de prière, au nom de Iche Matslia'h est, à ce jour, le siddour le plus précis et le plus lisible dans l'exactitude des règles d'écriture et de prononciation. 
Tous les détails sur le judaisme tunisien, ses rabbins, ses coutumes, ses fêtes, etc. sur cette page de Modia
http://www.modia.org/infos/israel/tunemaitres.html

 


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