13e Paracha - Chémote : Voici
les noms
Chémote (L'Exode) 1, 1 - 6, 2

© Les textes de Modia
sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur,
selon la mistva obligatoire pour le Juif qui est d'etudier et
d'enseigner simultanement. Vous pouvez donc imprimer et
dupliquer ces textes pour l'etude personnelle et de groupe, ou
pour l'enseignement. Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant
pas le nom de l'auteur et l'adresse du site. Les sites ne
peuvent faire qu'un lien vers ces textes sans les capter.
Voyez les règles du Copyright.
Ne pas oublier que, sur votre version imprimee ou polycopiee,
vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres textes de
Modia. Or, ils sont indispensables dans l'etude.
Un peuple de re-naissants
Les bases pour réussir à ce que notre peuple
renaisse en vivant ensemble le judaïsme
Plan du commentaire
- Synthèse préalable
de Béréchite à Chémote
: amour, création, exil, Egypte
- Nombre de lettres, mots...
dans Chémote
- Situation actuelle dans le parcours
- Les 10 thèmes de la paracha Chémote
- Commentaires avec Rachi
- Le refoulement du bonheur
- Une nation-famille
- La place des femmes dans cette naissance
- L'enfant, le "naissant"
- L'audace de Moché, la réciprocité
dans le changement
- La émouna, position juive
- Ce que l'amour fonde
- Le lieu de vie élargie, identité nouvelle
- Exercice d'intériorisation
- Exercice de mémorisation
- Connaissances dans le lexique
- L'hébreu
de la paracha
Poèmes en lien avec la paracha
Poème
: Si je suis là...
Hiloula de
-
Rambam,
-
R. Yaâqov Abou'hatséra
-
Ribbi Matslia'h Mazouz
|
Pour "étudier" vraiment cette section de la Torah
afin de la comprendre
Entendre
la paracha
téâmim askénaziim
Entendre la
paracha
téâmim sépharadiim
Entendre la
haftara
téâmim askénaziim
Entendre la
haftara
téâmim sépharadiim
On doit dire Chémote
éter béné yisraël et non
pas bné yisraël. Voici
Pourquoi.
Les tableaux historiques pour situer et mémoriser
ce qui se passe dans la paracha :
- les
étapes de la vie de Yaâqov.
- dates
de naissance, durée de vie et hiloulotes des fils
de Yaâqov.
- Moché
Rabénou situé dans les grandes périodes
de l'histoire juive.
Le plan précis de la création
: l'amour divin
Le
vocabulaire hébraïque de l'amour
Sens
des noms juifs
Choisir
un prénom juif selon son sens
Vos
recherches généalogiques par les sociétés
et par l'entraide
réciproque
|
Introduction
Sur Modia, nous n'apprenons pas seulement le contenu de la Torah,
mais également les méthodes d'étude afin
de devenir capables d'étudier le texte par nous-même.
Nous découvrons une de ces règles (lire les raché
tévotes, les initiales des mots) dès le début
de la paracha de ce second livre de la Torah. En effet, la première
lettre de chaque paracha forme le mot chovavim (rebelles);
et la seconde règle est d'aller trouver ce mot dans un
autre contexte car, là-bas, le sens nous sera donné
et voici comment: chémote, vav (o) de vaéra,
vo, véchala'h, itro, michpatim. Ce mot "chovavim
(rebelles)" se trouve dans Jérémie 3,14 et
3,22: "chouvou vanim chovavim... revenez enfants
rebelles, dit Hachém, car je veux Moi contracter
une alliance avec vous... Je guérirai vos égarements...
Nous voici, nous allons à Toi car Tu es Hachém
notre D.ieu".
Cette lecture est solidement fondée dans la tradition et
nous met en garde: ne pas lire notre paracha comme un récit
historique mais, au contraire, comme un récit dans lequel
nous devons découvrir ce qui nous interpelle pour revenir
vers Hachém depuis nos égarements. C'est
très sérieux. Une véritable psychanalyse
de nous-même et un renouveau peut se réaliser grâce
à cette étude.
Il y a ce niveau profond mais modeste, c'est toujours le plus
solide. Mais pour les étudiants avancés, cette téchouva,
ce retour se situe dans une épopée beaucoup plus
large que soi-même et que le Ari zal décrit longuement
de façon exceptionnelle sur une trentaine de pages sur
notre paracha dans son livre Chaâr ha liqoutim.
Une occasion aussi pour découvrir sur Modia ce qu'est la
téchouva par des deux liens: ici
et ici.
Maintenant, éveillons-nous à ces enseignements qui
nous concernent intimement chacun.
Nous sommes aussi, probablement, la génération
qui peut mieux comprendre cette paracha pour deux motifs.
- Comme nous, les Hébreux avaient reçu
tous les enseignements des Patriarches et Matriarches, l'éclairage
de la Création, de l'histoire, de la morale, des dimensions
essentielles de l'être. Et maintenant, il fallait apprendre
à vivre tout cela en peuple.
- De plus, nous sommes parfaitement, comme nos frères
d'Egypte alors, menacés d'étranglement progressif
et organisé. Voici des décades que les nations ont
décrêté les "droits légitimes du peuple
palestinien", ce qui veut dire clairement pour eux leur droit
de prendre notre place dans la géographie et dans l'existence.
Et chaque erreur de notre part, ou chaque occasion, ou chaque
tentative de négociation ou chaque geste de paix leur redonnent
cette même espérance. Et nous ne manquons pas d'erreurs
et de non-claivoyance, ni même de collaboration directe
avec ceux qui programment et avouent notre perte.
Pharaon est aujourd'hui l'ONU, portée par les nations et,
en effet, il représentait l'ensemble des nations et leur
meilleur.
Nous avons aujourd'hui la fragilité du petit Moché
menacé de mort : tous les tirs de mortiers contre nos quartiers,
nos jeunes décimés, et nos réactions de défense
pour survivre sont dénommées "crime contre
l'humanité". Avraham et Yaâqov avaient reçu
également la terre de Canaan (le livre Béréchite)
et ils ont été forcés de la quitter pour
se remettre entre ces pinces des belles civilisations d'antan.
Dans ce contexte, nous devons retrouver la confiance
qui fut celle de Myriam exhortant ses parents à vivre
et à se réjouir ensemble pour procréer à
nouveau. (Voir
ici le lien avec la notion de confiance, bita'hone)
Myriam comprenait que le Créateur a besoin des hommes pour
sauver Son peuple, et nous devons retrouver en nous et en notre
action la force de sa confiance absolue comme lorsqu'elle a éloigné
le couffin, le "Moïse" de son frère sur le fleuve
: fragilité absolue, geste inconsidéré qui
augmente apparemment le danger; où se mettre, où
aller, partout le danger, mais elle a su en faire un geste de
confiance totale dans la bonté des promesses faites par
le Créateur, et en Sa bonté souveraine qui entoure
et veille et protège et qui réalisera Ses promesses.
Myriam a vu s'éloigner son frère dans ce geste de
confiance insensée.
Nos Sages n'ont pas de limites dans la louange à son égard
et disent qu'elle est le rebondissement de Ra'hel et sa réussite.
Et, comme nous si nous allons dans sa ligne, justement par
son acte de confiance, de émouna, elle a vu le début
du salut, de la délivrance. Certes, Moché continuera
à bégayer et à manquer d'assurance, comme
nous ne serons pas dispenser de balbutier par peur et par timidité,
mais Hachém dit : "Je suis et Je serai avec toi,
partout où tu iras, ainsi Je serai jusqu'à Ma terre
que Je vous ai donnée".
Voilà pourquoi la haftara séfarade de cette paracha
prend le texte du prophète Jérémie (son livre
1, 1-2, 3) qui nous dit : je suis un enfant, un nouveau-né
fragile, mais un enfant de renaissance, entouré de la tendresse
incessante de Celui qui est le Créateur en Sa puissance,
qui fait de ce peuple si petit, faible et impuissant apparemment,
un peuple choisi par Lui, jusqu'à en faire l'épouse
comblée du Cantique des Cantiques. Lisez-la. Cela est écrit,
cela se déroule dans l'actualité exactement comme
cela fut promis et décrit. Si nous le voulons. (Découvrez
ce qui est dit de la "tendresse" en mettant ce mot dans
le moteur de recherche en haut de la page d'accueil).
A nous, simplement d'avoir la même innocence de l'enfant
aimé, et de nous appuyer sur la force et le mérite
des Myriam, femmes et hommes qui existent et sauvent notre
peuple aujourd'hui. Croire que nous sommes collectivement ce Moché
démuni mais promis au parcours jusqu'au bonheur sur la
Terre promise, sans flancher un instant.
Les Pirqé Avote, les Principes des Pères,
nous le disent : tu ne dois pas te préoccuper de la réussite
de ton action, tu dois commencer aujourd'hui et ne pas te dispenser
de la tâche qui t'est possible. Si tu n'est pas pour toi,
qui le sera ? Et, à ce moment, Hachém réalise
ses promesses, comme il avait dit à Avraham: "Anokhi
laguén lakh, Moi-même, c'est Moi qui suis ton
bouclier" (Béréchite 15).
Aujourd'hui, dit Jérémie, D.ieu nous dit : "Je me
souviens en ta faveur de ton amour pour Moi en ta jeunesse, de
ta tendresse envers Moi quant tu étais Ma jeune épouse...
celui qui dévore Ma récolte commet une faute grave
car Ani itékha, Moi Je suis avec toi, pour te sauver,
léhatsilékha. C'est ce dialogue que j'essaie
de rendre sensible dans les
photos sur Modia (lien ici) qui tentent de rendre une présence,
une relation je-Tu.
Sous cet éclairage du prophète, nous pouvons lire
la paracha.
Un poème, venu de cette vibration dans nos vies humaines,
dit les mêmes tremblements, les mêmes espérances,
les mêmes joies, les mêmes assurances : il s'intitule
: "Si
je suis là..." (lien ici) .
Voici, donc, le commentaire indispensable de cette paracha.
L'exil en Egypte et la sortie d'Egypte sont le
modèle constant de tout exil ultérieur, de toute
libération de la collectivité, et aussi du parcours
individuel que doit franchir chacun.
Nous devons donc étudier en ce sens chaque ligne du livre
de Chémote, non pas seulement pour connaître mieux
le "texte" mais nous devons étudier le texte comme "trajet
personnel où nous trouvons la trajectoire juste et la force
motrice qui nous propulse". Et, surtout, qui nous assure la réussite
de notre projet commun.
Chémote (les noms des Juifs) parlent de
notre véritable être, car notre nom (Yéhoudi,
Juif), est inséré dans le nom même de D. en
quatre lettres, comme chacun des noms des pères des tribus
d'Israël l'est également.
Notre être est ainsi inséré dans sa
véritable trajectoire : notre être biologique, psychologique,
intellectuel, spirituel, identitaire, collectif, relationnel,
sentimental, politique, historique.
Nous aurons à étudier chacun des mots de Chémote
en écoutant ces résonances en chacun de ces plans.
Ce ne sera pas de l'élucubration car le texte lui-même
est cela qui nous donne la connaissance du divin, et de l'humain,
face au divin ; les commentaires qui nous ouvrent le texte
comme on déploie un éventail, nous explicitent cela.
Nous avons cependant à faire un travail personnel rigoureux
sur le texte pour relier notre personne à cette proposition
du texte et des commentaires : nous brancher.
De plus, aujourd'hui, nous sommes concernés
plus que toute autre génération par ce livre que
nous allons étudier ensemble. En effet, plus que jamais,
nous sommes dans un virage de l'Histoire, comme cela a été
dans la période de Moché rabbenou :
- nous nous regroupons,
- nous reprenons conscience de notre identité de peuple,
- nous nous extirpons de nos cultures assimilatrices,
- par masses, nous reprenons conscience de notre identité
individuelle,
- en masses, nous reprenons conscience de la terre d'Israël
comme sanctuaire,
- en masses, nous reprenons conscience de Jérusalem, coeur
de notre vie,
- en masses, nous reprenons conscience que nous ne pourrons jamais
échapper à notre destin de Juif, pas plus qu'à
la persécution des ennemis bien habillés ou barbares
qui, en fait, sont des épines qui devraient nous ramener
dans le vrai chemin,
- en masses, nous reprenons conscience du caractère insupportable
de l'injustice sociale dans notre peuple, de l'immoralité,
des leaders sans valeurs et aux doubles jeux continus,
mais aussi de non-Juifs purs qui aiment Israël et sa Torah
comme Yitro, non pas pour se l'approprier afin de bâtir
d'autres religions,
- en masses, nous reprenons conscience que notre peuple a besoin
de prophètes, de voix qui connaissent et diffusent la connaissance,
et qui éclairent, et qui parlent, et non pas des organisateurs
de collectivités clivées et fermées.
Tout
cela est ressenti comme urgent, comme mouvement global, comme
vital, comme cela l'était du temps de Moché: ou
périr dans l'esclavage culturel, en valets d'empires, ou
vivre de nos valeurs sûres.
Il est clair aussi que ce défi qui se joue dans l'actualité
ne se confond en rien avec les choix étroits entre
des concurrents politiques qui ne parlent d'ailleurs pas au nom
de la Torah, absente de leurs propositions. Leur "essence"
médiatique n'est pas ce qui fait carburer profondément
ce peuple très particulier, divers mais uniforme dans son
lien à la Torah.
Ils sont importants, car ils construisent ou détruisent,
coopèrent ou non à notre destruction. Ils
ont besoin de notre prière (lien ici) mais surtout
de notre assurance dans la voie que nous avons reçue en
héritage. Nos leaders nous suivent toujours.
Tout ceci est dit pour que le lecteur ne confonde pas la proposition
d'intégrer la Torah en nos vies avec les débats
médiatiques même capitaux. Le roi juif doit toujours
porter avec lui la Torah pour la méditer, une Torah en
privé et une Torah en public. Nous ne sommes pas encore
revenus à cette conscience de notre politique nationale
minimale chez nos leaders. Ils ont appris la politique ailleurs
que dans le judaïsme.
Cela dit, aujourd'hui, inévitablement à cause de
l'intensité des enjeux et périls vitaux, et par
les changements si rapides, beaucoup s'interrogent sur les formes
de salut qu'a ouvertes Moché rabbenou : Torah, guéoula
(salut), machia'h, tsaddik, etc. Et cela n'est ni simple
ni évident.
Qui s'imagine trouver des solutions simples dans le judaïsme
est hors de l'étude juive véritable qui déchiffre
toujours dans la complexité de plusieurs conceptions différentes.
Car il n'y a plus d'unité claire du sens depuis que le
Sanhédrine ne siège plus ensemble à Jérusalem.
Qu'elle soit rebâtie bientôt, de nos jours, Amen et
que cela soit Sa volonté.
C'est une histoire d'amour,
la reprise du projet de la Création.
Puisque la paracha qui commence l'aventure du peuple va se placer
avant tout sur la trajectoire de l'amour, il faut lire ce que
dit D.ieu lui-même de Son amour pour nous dans ce peuple
(Jérémie 30, 25 - 31,3) :
- éhié lé Eloqim lékhol michpé'hote
Yisrael, "Je serai le D. bon pour toutes les familles d'Israël,
- vé hémma yiyou-li lé âm,
et eux ils seront pour Moi Mon peuple...
- vé ahavate-ôlam ahavtikhe, et d'un
amour éternel Je t'ai aimée
- âl-kén méchakhtikhe 'hasséd,
c'est pourquoi je t'ai attirée dans la bonté".
La constitution de ce peuple et de cette nation n'est donc pas
d'abord une histoire "politique".
Ce qui se passe, c'est la reprise du projet de
la création.
Ce projet était que D. a voulu créer Adam
l'homme (masculin et féminin) à Son image et l'a
placé dans Son lieu de bonheur qui participe de Sa vie
(la terre d'Israël, jardin d'Eden) pour y vivre avec
Lui dans les délices. Il lui a donné aussi la liberté,
dimension essentielle de l'amour pour qu'il y ait la réciprocité
volontaire.
L'apprentissage de cette liberté a entraîné
l'éclatement, la dispersion, la difficulté de gestion
de l'instinct (yetser ha râ), et les haines envers
les frères, envers la femme, envers les parents, les guerres,
la domination, l'inceste et l'idôlatrie.
Un seul être a réussi, et de lui-même, sans
recevoir une révélation, à découvrir
le centre, l'axe et la réalité fondamentale de l'univers
: c'est Avram. Il a intégré toutes les connaissances
des différents sages, savants et empires (important de
comprendre ce trait de notre père fondateur, ce n'est pas
un sage hindou coupé de l'histoire et des sciences) et
il a compris que ce qui meut fondamentalement l'univers ce
ne sont pas les forces physiques, ni culturelles ni politiques
mais la bonté ('hésséd) :'Héssed
ôlam yibané, le monde est bâti sur le 'hésséd.
Par sa découverte, il a recréé le monde
et rebranché l'homme à l'image de D.
De plus, il ne s'est pas enfermé dans son palais d'étude,
mais il a tenté de faire partager sa découverte
à sa famille, à tout individu et aux gouvernants.
(Essayez de bien retenir ces points différents).
Une partie seulement des humains ont compris cela, aussi bien
dans leur famille que autour d'eux.
Cette transmission arrive à son point familial optimal
à la 3e génération avec Yaâqov et sa
famille qui n'est pas exempte de graves conflits.
Pour que la Création retrouve son axe, il fallait que cette
famille qui a retrouvé l'axe bon du monde revienne s'intégrer
dans ce qui est Mitsrayim, l'Egypte. Pourquoi ? Parce
que Mitsrayim est justement l'axe décalé du projet
de la Création : c'était alors le meilleur de
la culture, de la morale, de la politique, du pouvoir, de la science,
de l'humanité mais aussi, inévitablement, sa dimension
la plus inhumaine comme tout impérialisme qui se substitue
à l'ordre bon de la Création.
La famille de Yaâqov descend donc en Egypte à travers
l'épisode complexe de Yossef et de ses frères. Le
bon s'y manifestera aussi bien que le pire et alors il faudra
faire sortir l'Egypte de l'Egypte : ce sera la tâche de
Moché. Hélas, Pharaon n'acceptera pas les plaidoiries
successives de Moché et il n'y aura qu'un groupuscule
(les descendants de Yaâqov et ceux qui s'y joindront) qui
auront la mission de refaire le trajet de l'Egypte à la
terre d'Israël comme lieu de la vie en plénitude selon
la vie et la morale divine.
C'est vraiment la gestation de la Création
qui est reprise, et la re-naissance de l'humanité. Voilà
pourquoi on se réfère toujours à la sortie
d'Egypte avec la référence à la Création
(comme dans ce que l'on dit pendant le qiddouche du Chabbate),
et voilà pourquoi cette galoute de Mitsrayim, cette
dispersion et diaspora d'Egypte n'a rien de semblable à
celles qui ont suivi, y compris la dispersion actuelle des Juifs.
Certes, toutes les dispersions se caractérisent
- par l'échec et le refus de vivre totalement le plan
divin, par la réticence individuelle et collective, par
la surdité et par l'infidélité,
- et aussi par la mission de retrouver les étincelles
dispersées et affaiblies pour les ramener à leur
source. Ribbi
Yaâqov Abou'hatséra dit que le mot Mitsraïma
au premier verset de notre paracha (les fils de Jacob se dirigeant
vers l'Egypte) a la même guématria que la chékhina
(présence divine) car ce retour est une reconstruction
de l'unité initiale qui existait non seulement entre D.
et l'homme mais aussi entre Haqqadoche Baroukh Hou et la
chékhina.
C'est, au sens fort, un retour, une téchouva. et
ce mot est présent dans les dernières lettres de
ce verset : mitsraïma éte Yaâqov iche...
Nous connaissons cette concordance du thème de l'histoire
et des particularités du jeu des lettres (niveaux du réméz
et du sod, allusion et secret).
En ce sens, toutes les diasporas sont une occasion
de nouvelle naissance et succèdent aussi à un échec.
Mais elles sont encore plus graves dans la mesure où D.
aura aidé davantage en donnant Sa Torah, Sa Terre,
Son sanctuaire pour vivre ensemble et que nous refusons encore
et Sa Torah et Sa Terre, et cherchons à nous en débarrasser
sans cesse, trahissant ainsi le souhait divin et les dons reçus
avec la science de leur valeur.
Etudions maintenant les pièces de ce puzzle
qui nous est donné pour en vivre.
Sur cette trajectoire, faisons le point.
C'est une grande date quand nous commençons le livre de
Chémote (l'Exode).
Pour ceux qui aiment aussi les chiffres, nous arrivons alors à
ce privilège de recevoir, lire, écouter, déguster,
aimer, comprendre, appliquer ces 20513e et 20514e mots de
la Torah : vééllé Chémote !
Nous avançons mais il y a encore de la route à franchir
jusqu'au dernier mot, le 79847.
Nombre de lettres, mots...
dans chacun des livres de la Torah
| |
LETTRES |
MOTS |
VERSETS |
SECTIONS |
| Torah |
304805 |
79487 |
5845 |
187 |
| Chémote |
63529 |
16723 |
1209 |
40 |
Il y aura, dans tout le livre de Chémote,
11 sections ou parachiyotes, comprenant 164 sujets
délimités en paragraphes nommés aussi parachiyotes.
Moché est la 26e génération
et vivra 120 ans (Dévarim 34, 7). Il avait 80 ans quand
il intervint auprès du Pharaon (Chémote 7, 7) et
passera 40 ans dans le désert. Quand il est né,
le peuple était en esclavage depuis 34 ans et il y avait
passé 94 ans heureux auparavant.
Moché est fils de Yokhébéd
et Amram (Chémote 6, 20), lui-même fils de Kohate
(Chémote 6, 18), qui est fils de Lévi (Chémote
6, 16), fils de Yaâqov.
Il faut mémoriser toutes ces données pour étudier
sérieusement, comme nous le faisons dans tout secteur
professionnel où nous sommes compétents. La méthode
de l'étude juive est aussi d'organiser son savoir par des
notes personnelles, des sémanim. C'est ainsi que
j'ai rédigé ces parachiyotes et la
page des aides-mémoire historiques qui vous y aidera.
Beaucoup investissent un temps considérable pour savoir
gérer leur profession, leur argent, leur santé mais
ne recherchent pas le même degré de compétence
pour ce qui est le plus important : la compréhension humaine,
l'amour, la Torah de vie.
Situation dans le parcours
Donc, dans le livre Beréchite ont été exposées
toutes les données de la Création, le plan de son
développement, les obstacles à la réalisation,
les partenaires en jeu et les premières tentatives et échecs
aussi bien dans le couple que dans la fratrie, la famille ou entre
les peuples, entre les hommes et envers le Créateur.
La fin du livre Beréchite était une sorte de reprise
en mains de l'ensemble du jeu : on y retourne en Egypte, représentante
de l'ensemble de l'univers humain, pour reprendre tout ce projet
qui est bloqué et y faire éclater la gangue qui
empêche la réalisation du plan global, la qlipa.
Les Sages expriment que c'est en ces dynamiques que se réalisent
les transformations d'identité chez ceux qui se
convertissent, les guérim et retrouvent
ainsi l'authenticité de leur être. Voilà
pourquoi nos ancêtres sont nommés guérim.
Les gens ne se "convertissent" pas, ils sont la pointe de ce travail
réalisé par tout le peuple juif pour revenir à
l'identité initiale authentique. Et chaccun, dans le
peuple juif, a à refaire ce même travail, cela est
le parcours précis que nous enseignera la Haggadah
de Pessa'h (lien ici).
Le livre de Chémote est la suite du
livre du commencement (béréchite) comme l'indique
la lettre vav qui commence ce livre, et cette lettre vav
a le sens de charnière, continuité, "et".
Les 7 premières parachiyotes du livre Chémote
seront le processus de naissance et libération après
la gestation jusqu'à ce que, à son tour, l'homme
libéré puisse choisir : soit continuer sa libération
ou choisir de rester en esclavage comme le fera l'esclave hébreu.
Le Ari zal, dans Séfer halliqoutim, résume
cela en disant :
yéridate béné Yisrael lé mitsrayim
hou romez et ha oualad
(la descente des fils d'Israël vers l'Egypte est une allusion
au naissant, à l'enfant).
Pour ces motifs, le début de la paracha Chémote
se relie aux partenaires du livre précédent,
puis nous y assistons à la naissance de l'homme nouveau
et du peuple.
Les 10 thèmes de la paracha Chémote
On peut distinguer 10 grandes étapes dans
la paracha :
1. Les noms et les répartitions dans le peuple.
2. La nouvelle période : un nouveau roi
arrive, il persécute les béné Yisraël
par les impôts, ordonne de tuer leurs garçons
à la naissance, de les jeter au fleuve.
3. La naissance de Moché, l'intervention
de Miriam pour le sauver, la venue au fleuve de Bitia fille
de Parô, le Pharaon; Miriam place Moché
à proximité et il est sauvé. Sens de son
nom.
4. Moché tue un bourreau et s'enfuit. Les
filles de Yitro. Le mariage de Moché avec Tsipora.
5. Les cris de prière du peuple persécuté.
Moché, berger, voit le buisson ardent. Sa bonne réaction
le sélectionne pour sa tâche de leader prototypique
de ce peuple. Son refus de se présenter à Parô.
Les miracles qui l'encouragent (serpent, main, sang). Son refus
de parler à Parô et la réponse de Hachém.
6. Le départ de Moché avec sa famille
pour sa mission en Egypte et il quitte Yitro.
7. La rencontre périlleuse avec l'ange,
la rencontre avec Aharone. Les preuves de Moché au peuple.
8. Premiers ordres de Moché à Parô
de laisser partir le peuple. Son refus et les mesures terribles
de rétorsion que Parô prend contre Israël.
9. La première des révoltes du peuple
persécuté contre Moché et Aharone.
10. La plainte de Moché à Hachém
et la réponse de Hachém : "maintenant,
tu vas voir...".
1. Commentaires avec Rachi (ni politique,
ni psychologique mais amour, réalité ontologique).
Soulignons un point important. Rachi ne va pas nous commenter
d'abord un processus de libération politique ni la dynamique
psychologique de ces partenaires ni exposer des considérations
théologiques ou morales.
Rachi situe la première réalité et la
première dynamique en jeu dans tous ces thèmes de
la paracha au plan de l'amour :
Vééllé chémote béné
Yisrael ; af-âl-pi chéménaane bé'hayéhém
bichémotam, 'hazar ouménaane bémitatane,
léhodiâ 'hibatane...
"et voici les noms des enfants d'Israël ; bien qu'on les
ait comptés pendant leur vie par leurs noms, on revient
et on les compte encore après leur mort pour faire savoir
la tendresse envers eux...".
Il est très important de comprendre et de
respecter cette hiérarchie des plans (dans les thèmes
et dans les événements) qui est inscrite dans la
Tora, c'est ce que Rachi nous enseigne là comme méthode.
Rachi ouvre de même sur la tendresse de Dieu ('hiba)
chacun de ses commentaires sur les différents livres de
la Torah (aller le constater), son but est d'inscrire une fois
pour toutes en notre attention cette hiérarchie inscrite
dans la réalité.
De même, plus tard, lorsqu'on arrivera à la formulation
précise des préceptes organisateurs, il y aura le
commandement d'aimer (véahavta, Dévarim 6,
5). Celui-ci sera repris comme centre de l'édifice et
centre de la prière quotidienne puisque ce mot "amour"
encadre la récitation du chéma israel dès
le matin.
Assimilons cet enseignement de Rachi par deux
questions :
• avons-nous conscience, dans notre représentation de l'histoire
de l'humanité ou dans notre représentation de l'évolution
du peuple juif que l'enjeu, l'intention et la dynamique sous-jacente
effective de notre histoire et de toutes nos relations est l'amour
?
• malgré la difficulté de la masse
des événements historiques et politiques ou des
soucis personnels, avons-nous l'audace d'essayer de voir toute
cette histoire selon cet axe d'amour que nous transmet la
tradition ?
Pour ceux qui ne verraient pas spontanément
l'amour et la tendresse ('hiba) dans le texte de cette
persécution en Egypte, les prophètes le formuleront
et le rappelleront, mais on a trop tendance à le leur attribuer
comme étant une de leurs préoccupations ; en effet,
ils ne font que rappeler la Torah et, Rachi nous le montre bien,
c'est ce que le texte de la Torah nous dit clairement. Il
n'y a pas de nouveau testament qui serait l'amour. Seuls des ignorants
de la Torah bâtissent toujours et continuellement de nouvelles
religions sur cette ignorance des bases de la Torah.
Le refoulement du bonheur
En fait, il nous est difficile de voir spontanément
l'amour comme fondement de la réalité et de la Torah
qui le dévoile. Pourquoi ? La Torah est cette lettre
d'amour et nous risquons normalement de n'y voir qu'une suite
d'événements, ou seulement un récit, un texte
fondateur ancien alors qu'elle nous apporte une lecture surprenante
: l'évolution de l'humanité est une quête
d'amour. Rachi, conscient de ce piège que nous nous
mettons dans la lecture, nous dévoile cet obstacle. C'est
qu'il y a toujours un refoulement de l'amour et du bonheur
chez l'homme. Il faut un courage extrême pour avoir
foi dans l'amour et le bonheur de Dieu et des hommes. Dans
une grande part des psychothérapies ou du conseil psychologique,
je constate que les problèmes recouvrent souvent ce barrage
que j'appelle "le refoulement du bonheur". L'art est de parvenir
à le comprendre, le rendre transparent, négocier
avec lui pour reprendre la marche.
2. Une nation-famille
La seconde remarque porte sur la première phrase de la
paracha :
"et voici les noms des enfants de Yisraël ; avec Yaâqov,
ils vinrent chacun avec sa famille".
Nous constatons que, dans le processus qui pourrait être
vu comme historique ou politique de la naissance d'une nation
ou d'un peuple, il s'agit ici d'autre chose en liant cette réalité
avec le commentaire de Rachi :
ce qui va naître c'est un peuple-famille et dont la constitution
n'est pas l'appartenance collective d'affiliation mais la relation
d'amour qui s'y adresse à chacun. Il nous est dit explicitement
que le fait fondateur de cette collectivité est l'amour.
Surprenante constitution où il n'est pas écrit en
en-tête "liberté-égalité-fraternité"
mais "amour". Quel Conseil Constitutionnel, quel parti oseraient
présenter un tel projet ?
3. La place des femmes dans cette naissance.
Ce sera la troisième remarque. Processus de naissance suppose
une intervention couplée de l'homme et de la femme comme
procréateurs. Nous découvrons dans la paracha un
phénomène éclairant à ce sujet.
D'un côté, les hommes arrêtent le processus
de création (Parô en opprimant, l'homme de la
famille de Lévi en coopérant avec lui par le refus
d'avoir des relations sexuelles avec son épouse, Moché
qui refuse deux fois d'intervenir, les refus successifs de Parô).
Cela doit nous faire réfléchir sur ce qui continue
de se produire dans le monde par la présence quasi exclusive
des hommes aux postes de décision collective, et qui bloquent
de siècle en siècle le développement de l'Histoire
dans l'amour. Combien le monde a besoin encore de l'intervention
de Myriam. Qui le sera en notre génération?
Par contre, le texte nous indique le rôle
créateur de vie que manifestent les femmes (la fille
du Pharaon, ses servantes, Yokhébéd la mère
de Moché et Miriam sa soeur, les sages-femmes) ; il faut
relire la paracha selon cet axe.
Ne réprimons pas cet enseignement derrière le cliché
("on parle de naissance, il est normal que les femmes soient décrites
comme présentes"). Le texte insiste avec précision
sur cette différence entre hommes et femmes dans ce qui
est d'une importance collective capitale : le processus qui permet
à la vie de reprendre entre les humains. Cela doit nous
éclairer, nous mettre en garde et conduire à
des rectifications précises.
Comment cela apparaît-il dans les précisions
linguistiques?
La tradition (en Sotah 12 a) dit, par l'analyse
de l'article défini répété: "la" ha,
(Exode 15, 20 Miriam la prophétesse, hannévia)
que Miriam danse à la sortie de la Mer Rouge avec "le"
même tambourin qui a accompagné sa joie quand son
père s'est laissé convaincre par elle de reprendre
ses relations sexuelles avec sa mère pour procréer
à nouveau.
Là encore, à l'issue de la libération
d'Egypte, la femme sera reconnue dans le rôle qu'elle y
aura joué, reconnaissance enseignée par la Torah
mais qui n'est pas encore intégrée dans la réalité
humaine de nos jours. Les questions qui en découlent valent
d'être approfondies.
4. L'enfant, le "naissant"
Les "sages-femmes" (ainsi qu'on les nomme en français)
sont nommées en hébreu méyaledotes.
Ce mot signifie "celles qui font naître, celles qui mettent
au jour". Chaque tradition linguistique a ses richesses.
Par contre, ce qui est plus intéressant, c'est que la même
racine ("faire naître") est utilisée en hébreu
pour nommer celui que nous appelons en français "l'enfant".
En effet, le mot "enfant", en hébreu, yéléd
se traduira au mieux par l'expression : le "naissant".
Ici nous apparaît que la position de l'enfant dans la civilisation
juive est tout-à-fait différente de celle qui lui
est attribuée dans les langues latines où le mot
enfant vient du latin in-fari qui veut dire : "ne parlant
pas".
Ainsi, d'un côté, dans la représentation
collective inconsciente qui modèle chacun, l'enfant est
un être catalogué collectivement comme celui qui
n'a pas encore accédé à ce qui caractérise
l'humain, la parole, et c'est un muet dans le jeu relationnel,
donc celui que l'on n'entend pas, et celui que l'on ne comprend
pas. On réalise mieux, sur la base de ce constat culturel,
pourquoi il a fallu attendre tant de siècles dans le monde
non-juif pour que l'on prête attention aux besoins et à
la psychologie de l'enfant, pour qu'on lui accorde l'instruction,
pour qu'on n'en fasse pas un simple objet de production corporelle
ou une aide dans le travail, pour qu'on lui apprenne à
lire ; l'amour pour l'enfant n'est pas une donnée naturelle
ni une donnée collective spontanée ; la violence
continue contre les enfants et l'exploitation de millions d'enfants
de nos jours dans le travail ou la prostitution sont là
pour le prouver.
De l'autre côté, dans la tradition
hébraïque, en voyant ce fondement linguistique du
statut de l'enfant comme longue période de vie dénommée
"naissant", on comprend mieux
• l'importance obsessive qu'il y a toujours eu dans cette civilisation
juive pour les enfants,
• l'instruction et la lecture que l'enfant reçoit dès
le plus jeune âge alors que les adultes étaient incultes
et sans lecture, sans école dans d'autres civilisations
occidentales,
• la transmission culturelle dont il est l'objet dès ses
premières années,
• la valorisation parfois excessive,
• le fait que la mère enceinte l'amène déjà
dans la synagogue pour que le foetus puisse entendre la langue
sainte autour de lui : car il est hypervalorisé puisqu'il
est considéré déjà et d'abord et continuellement
comme un naissant perpétuel, chaque jour comme la fête
de sa naissance.
• le besoin de parents de continuer ce processus de vie par d'autres
naissances.
Et cette centration sur lui sous ce regard durera jusqu'à
l'âge de sa maturité d'adulte qui sera alors précoce
(12 ans pour la fille et 13 pour le garçon).
La tradition juive estime que l'enfant est capable
d'aborder et d'intégrer dès son enfance un programme
immense et elle lui donne le plus vite possible tout l'ensemble
du bagage culturel dont il disposera ensuite dans sa mémoire
pour y réfléchir aux différentes étapes
du développement de son intelligence.
Dans toute la paracha, les enfants et les naissances
sont importants, le problème de l'homme voulu par le Créateur
est qu'il reste toujours un enfant naissant et renaissant.
L'enfant apparait ainsi, dans ce texte fondateur,
comme la clef du renouvellement du peuple, le prototype exemplaire
et le projet proposé : une renaissance continue.
Et nous voyons que Dieu n'apprécie pas du tout quand, Moché
grandissant, il commence à perdre confiance dans sa capacité
de développement et pense qu'il ne parviendra pas à
parler ni à convaincre le Pharaon. Toute la suite du texte
de la Torah montrera ce combat entre la demande de Dieu pour un
développement et la tendance du peuple à douter,
à freiner, à retourner en arrière et à
préférer la mort sur place sans bouger à
la vie dans le risque.
L'enfant et la femme d'abord, puis secondairement Moché,
resteront le modèle créatif qui doit vivre dans
tou adulte juif.
5. L'audace de Moché, la réciprocité
dans le changement
La cinquième remarque, en ce sens, concernera le nom de
D. que Moché demande de connaître. C'est la grandeur
de Moché que, dans sa propre difficulté, il ose
quand même demander à D. de lui en dire plus sur
Lui-même, plus que tout ce que les Patriarches ont déjà
révélé.
Cette audace fera qu'il sera loué à la fin des cinq
livres pour sa main forte (yad 'hazaqa) avec laquelle il
a pris aussi la Torah ; pour cette audace inconcevable, il aura
mérité que la Torah soit nommée de son propre
nom : Torate Moché, "Torah de Moché",
et non pas "Torah de Dieu".
Cette demande à D.ieu vient aussi de ce que
Moché, comme tout le peuple d'Israël savait qu'il
devrait y avoir un renouvellement que Yosséf avait décrit
dans l'avant
dernier chapitre de Béréchite, lien ici (50,
25) : paqod ifqod Eloqim étkhém, en raison
du doublement du mot paqod ifqod (intervenir, il interviendra)
il devra y avoir une double intervention de Dieu (péqida
kéfoula), et celui qui prouvera qu'il en est l'instrument
et le révélateur sera le sauveur d'Israël.
Ribbi
Yaâqov Abou'hatséra l'analyse avec précision
dans Ma'hsof hallavane. Je ne développe pas ici
cette démonstration qui dépasse le type d'enseignement
sur un site internet ouvert à tous.
C'est en raison de ce test nécessaire que
Moché pose sa question.
Il lui sera répondu : Mon nom est éhié
acher éhié. Dans ce moment où Moché
cherche à s'assurer des garanties sur l'avenir, le nom
doublé qui lui est dit signifie, littéralement,
pour l'oreille hébraïque : "je serai qui je serai".
Sans aborder le sens que les lettres hébraïques révèlent
chacune, et qui en est l'essentiel, remarquons que la réponse
donnée à Moché exige de lui précisément
ce qu'il ne voulait pas accorder : l'incertitude absolue, la foi
dans un processus indéterminé, progressif, non précis,
non défini.
Mais la réponse lui apporte aussi un enseignement
capital : "sache que tu trouveras ta réussite et ton
assurance dans ce programme de développement" ; c'est
peut-être la confortation la plus précieuse que celle-là
pour l'enfant (Moché enfant, et le peuple enfant) face
au programme si long, et si inconnu, et si impressionnant de la
vie : entendre que ses parents le sentent capable de continuer
toujours sur la base de ce qu'il est pour réussir dans
l'avenir quel qu'il soit. C'est cela le potentiel du nom donné
à l'enfant avec amour.
En entendant ce nom doublé éhié
acher éhié, Moché a dû réaliser
alors que cette confortation lui avait été déjà
donnée avant ce verset 3, 14 (allez voir le texte); en
effet, auparavant, dans le verset 3, 12 ce mot éhié
lui avait déjà été dit mais cette
fois-là sous la forme d'un accompagnement et d'un soutien
et, apparemment, Moché n'y avait vu qu'une parole d'encouragement
et non pas le nom même de l'être de Dieu, si l'on
peut dire :
"Moché dit à Dieu : qui suis-je pour aborder
Parô et pour que je fasse sortir les enfants d'Israël
de l'Egypte ?
Il dit : c'est que éhié îmakh
"Je serai" (est effectivement) avec toi, et ceci sera pour toi
comme signe que c'est Moi qui t'envoie".
La émouna, position de l'existence
juive
L'enseignement qui en ressort est celui de la émouna,
cette confiance totale et enfantine envers Dieu pour la réalisation
de Ses promesses. En effet, devant le défi le plus difficile,
celui de la sortie de la prison culturelle et politique, et celui
de la prison du manque personnel de confiance, il est proposé
au Juif
• une confiance absolue
• en l'accompagnement de proximité
• par Celui dont on ne pourra jamais se faire aucune représentation
• et cela vers l'avenir.
Chacun de ces 4 termes (à mémoriser)
est également important et on ne pourra privilégier
aucun de ces 4 termes. Ainsi, les cabalistes indiquent que ce
nom éhié est à la fois le plus élevé,
le plus fermé à notre compréhension, et pourtant
c'est de lui que procèdent les autres noms qui manifestent
l'intervention divine et la connaissance que nous pouvons en avoir.
Ce mélange indissociable de l'inconnaissance et de la
proximité, que nous venons de voir traduits dans le langage,
exprime bien ce qu'est la position juive. Et il n'y aura jamais
aucune concession sur aucun de ces deux points (inconnaissance
et proximité). Le Juif est ainsi un ami
des aurores (sens du recueil des poèmes).
Ce que l'amour fonde
Nous rejoignons par là le premier commentaire de Rachi.
Ces deux critères simultanés (proximité confiante
et devenir inconnu) ne sont-ils pas ce qui fonde l'amour ? Croire
dans le tout qui a été vu ou entendu ou pressenti
chez l'autre, et savoir que pourtant on ne l'a pas encore entendu,
ni vu réellement mais être en écoute continuelle
et en attente continuelle, et cela parce qu'il y a eu entre ces
deux êtres ce quelque chose de commun qui a nom "amour",
et qu'on lui est fidèle malgré le changement des
apparences ; et alors les deux partent ensemble pour une longue
aventure commune et mouvementée. Et le souvenir des mots
échangés initialement sera toujours le point
d'appui pour retrouver la émouna commune qui est
source de beauté et de force et de bonheur.Un être
commun, découvert en un instant, part ensemble pour un
inconnu double.
Mais, pour en être capable, il faut pouvoir dire comme Moché
face au buisson ardent, au verset 3, 3 :
"assoura na vé éré éte ha maré
ha gadol ha zé madouâ...
je vais m'écarter d'ici, de moi, pour aller auprès
de cela et plus loin et voir ce grand phénomène
et me poser des questions...".
Alors, celui qui s'écarte de sa voie habituelle, de
ses propres certitudes ou de soi-même pour revenir sans
cesse vers le nouveau et vers l'autre et se mettre en questions
nouvelles, parvient à aimer d'un amour naissant et renaissant,
il entend le "me voici", et il fait l'expérience du qoddéch,
du sacré. C'est exactement ce qui est décrit dans
le Cantique des Cantiques à travers les barrages temporaires
du silence jusqu'au moment où on pressent que "ête
ha zamir higuiya, le temps des chants est arrivé" (2,
12) et "karmi chéli léfanaï,mon vignoble
est devant moi" (8, 12).
Le lieu de vie élargie, identité
nouvelle
Comment comprendre cela ? C'est qu'en fait celui qui aime a quitté
son lieu personnel, individuel et solitaire ; il est devenu un
lieu en commun, le lieu double (ma'hanayim). Il
a déménagé de son domicile fixe, comme le
fait Moché au buisson ardent, il devient un "autre lieu".
Dans le judaïsme, D. est nommé maqom, lieu,
et la haggada de Pessa'h nous le rappelle lorsqu'on
doit se remettre en mouvement.
Bien plus, D. est LE lieu à l'intérieur duquel notre
lieu et la nature sont situés, c'est que que l'on appelle
le panenthéïsme (voyez
ici que André Neher a souvent développé
ce thème dans son oeuvre).
L'amour est renaissance continue et mobilité
parce que le lieu qui nous est commun est forcément
mobile quand il est aussi le lieu de l'autre que je ne peux
pas figer ni enfermer. Voyez
ici l'index éducatif qui développe ce thème
sous diverses facettes. Aimer, ou être juif, ce n'est
pas d'abord "penser que le judaïsme ou l'autre sont ceci
ou cela" ; c'est "être là dans ce lieu Maqom
commun", être soi-même un autre espace d'identité
que le seul moi.
Le éhié imakh (je serai avec toi) de Chémote
3, 12 éclaire cela : au lieu de ton petit "toi", désormais
il y a avec toi toujours et à chaque instant, et pour toujours
: "Moi qui suis éhié" ; insère-toi
dans ce éhié imakh et tu ne seras jamais
abandonné et Je ne t'abandonnerai jamais.
Tous les psaumes nous montrent le combat de David
dans sa relation à Dieu entre ces dimensions. L'homme vascille
sans cesse, la marche est un déséquilibre positif.
Yaâqov vit ces mêmes mouvements : il est soumis à
toutes ces variations bien qu'il soit un grand tsaddiq.
Accepter cette permanence de la relation, de l'auto-assurance,
de l'affection reçue, de la confiance, de la foi en la
parole donnée même quand il n'y a plus présence
visible ou sentie, même comme le fait Hachém
quand il y a soucis, échecs, trahisons extérieures,
attaques cruelles, est une option essentielle que l'amour propose
avec évidence mais qui est extrêmement difficile
à l'homme (véahavta ét adonoute élohéikha,
tu aimeras ton Dieu... Dévarim 6, 5).
C'est difficile car nous vivons cette consience
élargie et amoureuse sans stabilité, et par contre
nous avons fortement la consience de notre faiblesse ;
enfin, nous l'avons dit plus haut, l'homme trouve une force considérable
pour... préférer l'échec plutôt que
la confiance dans l'amour, le bonheur et la vie renaissante. Chacun
des personnages de cette paracha est confronté à
ces défis.
Le judaïsme, et notre paracha, nous proposent
ainsi un très grand élargissement de notre identité
: du "je" au "nous dans le maqom". Cette identité
élargie est nommée sous de multiples formes :
• Ta "maison" (achré yochévé
véitékha, heureux ceux qui vivent Ta maison
(psaume 84), comme traduit le 'Hida,
• Ton sanctuaire" (qu'ils Me fassent un sanctuaire
et J'habiterai parmi eux),
• Ton "nom" (la formule "dans Ton nom" revient sans
cesse).
Application concrète
Le problème n'est pas de "penser"
cela mais de parvenir à s'y resituer fréquemment
dans la journée, comme il est dit : chiviti adonoute
lé négdi tamid, "je me représente Hachém
devant moi toujours". Le mot chiviti indique bien que nous
avons à faire un effort de représentation
intérieure pour nous remettre en présence
de notre réalité qui est celle des quatre lettres
fondatrices de vie continue.
Pour s'en souvenir, les Sages proposent de mettre cette phrase
avec le nom de Hachém dans le maximum de lieux où
l'on vit. Par contre, le nom éhié révélé
à Moché, et qui est la source des autres noms, est
moins visuel, il est plus intériorisé encore.
Il est remarquable de voir que, dès que notre le peuple
fut fondé et libéré, l'ensemble a compris
ces enjeux et débats : c'est là dessus que s'est
fait la "libération". Tant de peuples ont disparu de l'Histoire
parce qu'ils n'ont pas eu la science de ce renouvellement,
même si quelques sages ou philosophes les exhortaient.
C'est un grand bonheur de vivre dans un peuple
qui possède une telle conscience de la vie et de la renaissance
perpétuelle.

(Photos de l'auteur, pour entendre la Torah de façon
sensible: Ecoute ISraël)
Nous devons donc développer dans notre
peuple, dans nos groupes, communautés, sous-groupes et
cliques et partis, cette conscience de cet amour familial très
spécial qui nous unit, et que les opinions politiques ou
religieuses diverses ne peuvent pas altérer. Nous devons
stopper le dérapage ou l'avalanche quand nous nous en éloignons
et perdons la conscience commune de cet enfant naissant que nous
devons être dans le monde et entre nous. Nous devons garder
la conscience de cette couleur commune de l'amour commun, comme
sur cette photo.
Exercice d'intériorisation
Cette paracha nous propose d'entreprendre un examen de notre conception
vécue de la parole, de savoir
• si nous entendons ces niveaux d'intériorité
dans la parole de l'autre,
• si nous prenons le temps d'encourager l'autre
et si nous prenons le temps de nous encourager nous-mêmes
à accepter la richesse de tous ces niveaux de la parole
dite ou entendue, de nous connaître en "profondeur",
• si nous cultivons notre capacité de naissance
continue,
• si nous y sommes attentif dans le devenir de qui
nous aimons,
• si la confiance dans la parole dite dans la relation
d'amour est un élément essentiel de notre aventure
personnelle,
• si nous trouvons les moments communs et individuels,
et les moyens de renouveler notre écoute de nous-même
et de l'autre pour que la relation de parole et d'amour soit vraiment
le lieu de notre être sans cesse naissant, dans un peuple
"re-naissant".
Nous voyons ici, à quel point il y a une
cohérence entre la maturation psychologique de l'être,
la maturation dans la Torah, la maturation dans l'art de vivre
ensemble dans le peuple, la maturation du monde. Je vous assure,
à vous qui peinez douloureusement, que des Juifs qui travaillent
sur eux-mêmes et sur leurs difficultés dans un accompagnement
psychologique avec quelqu'un qui a aussi une formation approfondie
dans la Torah en ce sens, découvre de soi-même cette
cohérence interne. Il faut au conseiller ou au psy cette
double formation pour permettre à l'autre de le découvrir
en soi. Sinon, on risque de ne pas lui permettre de vivre ce que
l'on s'est interdit à soi-même, sans même le
savoir. Il n'est pas rare que des conseillers ne permettent pas
à l'autre d'aller vers l'amour ou vers la vie qu'ils ont
refusés pour soi-même. Ensuite, on trouvera tout
ce qu'il faut pour le justifier.
Nous voyons que nous avons besoin de mettre en oeuvre beaucoup
des dimensions de notre intelligence et de notre coeur pour le
comprendre, et la "science de l'écoute et de l'analyse
humaine" aident beaucoup. Il ne suffit pas de lire pieusement
la Torah, il faut "l'entendre", c'est-à-dire
l'étudier jusqu'à la comprendre dans l'intérieur
véritable, c'est le sens du verbe chémâ.
Pour ceux qui penseraient que nous n'avons pas besoin
d'utiliser tous les dons que le Créateur nous a donnés
pour comprendre la Torah, l'homme et soi-même, je citerai
seulement le Traité Chabbat 75 a : "R. Simeon ben Pazi,
au nom de R. Yehoshua ben Levi au nom de Bar Kappara, a dit :
‘Celui qui a appris l’astronomie (science du monde à l'époque)
et ne pratique pas cette science est désigné par
ce verset ‘ils ne font pas attention à l’oeuvre de Hachém
et ils ne voient pas l’oeuvre de Ses mains’ (Isaïe 5, 12)".
Tous les grands Sages d'Espagne, en particulier
et tant d'autres, à l'image d'Avraham, de David, de Rachi
ou du Rambam, avaient su cumuler à égalité
ces sciences et arts afin de vivre totalement dans la Torah.
Exercice de mémorisation
1.
Vééllé chémote béné
Yisrael. af-âl-pi chéménaane bé'hayéhém
bichémotam, 'hazar ouménaane bémitatane,
léhodiâ 'hibatane...
"et voici les noms des enfants d'Israël ; bien qu'on les
ait comptés pendant leur vie par leurs noms, on revient
et on les compte encore après leur mort pour faire savoir
la tendresse envers eux...". Commentaire de Rachi sur le premier
verset de Chémote.
2.
éhié îmakh
je serai avec toi. (Chémote 3, 12).
3.
achré yochevé véitékha,
heureux ceux qui vivent Ta maison (psaume 84)
L'hébreu
de la paracha et ses messages
Poèmes en lien avec la paracha Chémote,
dans L'ami des aurores :
Si
je suis là... (nouveau poème)
Hommage
aux hommes.
Hiloula (pluriel Hiloulotes)
20 Tévéte 29 décembre
2007)
En 1205 (an 4965), Hiloula de Ribbi Moché ben Maïmone,
le Rambam,
le grand aigle, hannéchér haguadol.
En 1880 (an 5640), Hiloula de Rabbénou
Haqqaddoche Yaâqov Abou'hatséra (nommé
Abir Yaâqov).
C'est l'anniversaire du décès (hiloula) de
deux aigles du judaisme
sepharade et de tout le judaisme :
1. Maimonide, le Rambam.
Ici, sa vie.
http://www.modia.org/tora/maitretous.html#rambam
Son oeuvre principale, Michné Torah, est l'une des
bases "incontournables" de la formation de tout Juif qui veut
comprendre ce qu'est la halakha, c'est-a-dire la concrétisation
pratique des enseignements de la Torah dans la vie quotidienne.
Ce passage de la Torah à la halakha demande une formation
vous pouvez la comprendre tres serieusement sur Modia
http://www.modia.org/lev-gompers/halakha/halakha.html
Sur cette autre page, vous trouverez le plan de
Michné Torah en ses 14 livres, et la description
de ses commentateurs:
http://www.modia.org/tora/maitretous.html#michne
Le Michné Torah de Maimonide est dans un hébreu
tres facile à lire et à comprendre.
2. C'est aussi un anniversaire qui me tient très
à coeur : celui de Rabbenou Yaaqob Abou'hatseira
Sur cette page :
http://www.modia.org/tora/abouhatsera.html
vous découvrirez sa vie, sa photo, sa généalogie
et sa descendance, son oeuvre, ses commentaires très présents
sur Modia.
Vous découvrirez son alyah dramatique vers la terre d'Israel.
Et également le lien de votre serviteur par ses maitres
en Torah, jusqu'à Rabbeinou Yaaqov .
Et un petit repertoire des parachiyotes sur Modia ou son commentaire
y est présent.
Egalement, le judaisme marocain dont il est l'une
des composantes.
http://www.modia.org/tora/maitrmaroc.html
Si vous n'êtes pas sépharade ni d'origine marocaine,
c'est l'occasion de pratiquer ce qui est important: l'amour de
tout Israel par la connaissance, cela tient une grande place sur
Modia, tous azimuths avec égalité.
Et comme la tombe de ces Sages est un lieu spirituel
de pelerinage, vous découvrirez quel est le sens de cette
pratique.
Si cet ensemble vous a plu, ce sera pour vous l'occasion de découvrir
egalement d'autres communautés et leurs rabbins.
http://www.modia.org/infos/israel/comunot.html
et leurs sites nombreux
http://www.modia.org/infos/infos/annuaire-juif.html#communautes
Le 21 Tevete,
30 décembre 2007), sera l'anniversaire du décès
et de l'arrivée en gloire (hiloula) de Ribbi Matslia'h
Mazouz, gloire du judaisme tunisien. Il fut directeur de Yeshiva
à Tunis et dayane, et créa la Yechiva Kissé
Ra'hamim au nom de R. Ra'hamim 'Haï 'Hawita HaCohen.
Il fut assassiné par un arabe lors des émeutes à
Tunis le 21 Tevete 5731, 1970. Son livre de Reponses
halakhiques (choute) "Iche Matslia'h" lui a donné
ce nom.
Ses fils, Ribbi Tsema'h et Ribbi Meïr Mazouz
ont transféré la yeshiva à Bné Braq
en
Israël. Le style intérieur y est typiquement djerbien.
C'est le centre actuel de la tradition d'étude tunisienne
et de ses publications, en Israël.
Un siddour quotidien , livre de prière, au nom de Iche
Matslia'h est, à ce jour, le siddour le plus précis
et le plus lisible dans l'exactitude des règles d'écriture
et de prononciation.
Tous les détails sur le judaisme tunisien, ses rabbins,
ses coutumes, ses fêtes, etc. sur cette page de Modia
http://www.modia.org/infos/israel/tunemaitres.html
|