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18e Paracha: Michpatim - "  Statuts" de l'amour réel
Chémote (L'Exode) 21, 1 - 24, 18

La cohérence du religieux et de l'acte
Une initiation de base au judaïsme, jusqu'au sommet.

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

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Ch. 19, 5 : "Et maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance,
vous serez pour moi un trésor choisi parmi tous les peuples,
car à moi est toute la terre".






Plan
  • Les thèmes de la paracha
  • Deux dimensions dans le pchate
  • Le sens de cette unité de la vie divine et de nos actes sociaux
  • Oeil pour oeil
  • Comprendre le judaïsme
  • Source contre source.
  • Le contrôle du regard
  • Voir la plénitude d'autrui
  • La projection
  • Les michpatim, conditions du bonheur
  • Les niveaux de l'application des mitsvotes.
  • La synthèse dans les lettres de la paracha.
  • Découvrir le sens du mot michpatim dans tous les niveaux


Haftara : Jérémie 34, 8-22 et 33, 25-26
Pour comprendre les prophètes :
- lire ici
- lire "Jérémie", par André Neher (Seuil. Collec. Points. Sagesse.  environ 8 euro).

IMPORTANT :
Nécessité d'étudier la Torah orale qui précise comment la Torah écrite entre dans la vie concrète. Une occasion pour découvrir toutes les pages qui traitent de ce thème et assurent la formation de base.

Entendre la paracha (Ort)
Entendre la haftara (Ort)
Entendre la paracha (téâmim sépharades).(Alliance)

Poèmes de l'amour réel (pour parler depuis le coeur):

L'épreuve
Le partage du rêve


Le judaïsme : unité de l'action et du divin

Les thèmes de la paracha
Après la réception des 10 commandements -au chapitre 20 de Chémote dans la paracha précédente (lien)- qui fixent les grandes lignes essentielles de la morale, cette paracha-ci va détailler 53 mitsvotes qui concernent la façon de vivre et les relations à autrui (mitsvotes 42 à 95, sur les 613).

Puis il est dit à Moché de prendre avec lui Aharone, Nadab et Abihou et 70 des anciens et de s'avancer vers la montagne du Sinaï. Ensuite Moché montera seul (Chémote 24).

Le peuple dit qu'il exécutera tout ce que Hachém lui dit de faire (kol ha dévarim acjer dibbér Hachém, naâssé)

Moïse demande aux jeunes d'offrir un sacrifice (ôla), lit le livre de l'Alliance (séfér ha bérite), prend du sang et dit : ceci est le sang de l'alliance (dam ha bérite).

Il se dirige vers la montagne (har) avec les Sages, comme indiqué ci-dessus, et tous contemplent la Gloire du D.ieu d'Israël et la pierre de saphir (va yirou éte Elohé Yisrael, vé ta'hat raglav ké maâssé livnate ha sapir). Après cette jouissance, ils mangèrent et burent.

Hachém dit alors à Moché qu'Il veut lui donner les tables de pierre où Il a inscrit et Moché monte avec Yehoshua. Puis la gloire (kavod) divine apparait comme un feu dévorant et Moché pénètre dans le nuage et s'élève sur la montagne où il reste 40 jours et 40 nuits.

Nous allons voir que, de façon absolue, nous ne pouvons pas séparer la conscience de la beauté de la Torah divine et son application terrestre. Nous ne pouvons pas être des Juifs contents de ce statut glorieux mais ne pas nous conformer à ce lien. Cela veut dire que nous ne pouvons pas choisir dans la Torah avec des ciseaux (rien que l'étude mais pas la morale, rien que la morale mais pas le culte, rien que le texte mais pas la terre, rien que la spiritualité mais pas le peuple). Elle est un tout. Nous avons vu dans la paracha précédente Yitro: cette logique d'ensemble est ce qu'avait compris Yitro le non-hébreu, précurseur des non-Juifs vivant dans la pureté et la morale et qui, un jour, se réunissent à la plénitude du projet divin dans Sa Création.
Yitro l'a comprise, il l'a entendue, il l'a choisie, il l'a vécue. Moché lui accorda donc le maximum d'attention et d'affection fraternelle car la Torah n'est que la rectification de toute la Création et la présence d'un enseignement venant du non-Juif est importante pour manifester cela. Moché nous a montré que nous pouvons apprendre beaucoup des non Juifs qui vivent ainsi, et c'est bien pour cela que l'épisode de Yitro est placé avant l'enseignement de notre paracha qui traite de la cohérence du divin et du terrestre.

Je citerai donc en ce sens un middrache non-Juif qui nous enseigne ces préalables:
un conte hindou rédigé par un des écrivains modernes de la révolution sociale, Premchand (puisqu'il faut le nommer, de même que Yitro ou Ruth furent nommés selon leur nom originaux), raconte l'histoire des anges policiers divins, les khoudaï faoudjar: c'est l'histoire d'un commerçant riche et très pieux qui était parti de rien et, en fait, avait bâti sa fortune en trompant quotidiennement autrui et ne manifestait aucune pitié en affaires; piété oui, pitié non. Il s'était assuré de la complicité des autorités et de la police par ses pots de vin, tricherie banale. (Tout cela est encore banal de nos jours partout, et parmi nous).
Et, un jour, il reçut des menaces de chantage et que sa vie serait en péril s'il ne payait pas et ne livrait pas sa fortune. Il informa la police qui vint le voir et lui conseilla de mettre ses richesses en sécurité pendant quelques jours sous protection de la police, le temps de mener l'enquête discrètement mais définitivement. Un camion blindé de la police vint prendre ses ligots pour les mettre en sécurité et il les accompagna. En chemin, un policier lui dit: "quel beau chemin tu as fait dans la vie depuis que tu as commencé sans rien". "Certes, répondit-il, et D.ieu m'a comblé mais ces biens ne sont pas le plus important pour moi, l'essentiel est autre chose, c'est l'étude et la piété". (Ay, ay, ay!)
"Mais pourquoi donc ne donnes-tu pas cette fortune alors qu'il y a tant de malheureux". "D.ieu crée le riche et le pauvre, répondit-il, et il ne nous appartient pas d'en décider, il faut seulement accepter le sort qu'il nous donne et je suis toujours prêt à suivre Sa volonté, c'est ma clef dans la vie, et le Ciel semble avoir apprécié" dit le mensonger religieux. Alors le faux policier qui était l'un des brigands (outils célestes) lui dit: "Tu vas pouvoir mettre enfin tes actes en vérité avec tes mots et accepter ton sort, car l'heure est venue pour toi d'être pauvre" et il le jeta du camion et il vit les brigands s'envoler avec toute sa fortune mal acquise et mal vécue.

Yitro aurait pu nous donner ce bel avertissement avant la réception de la Torah. Nous devons donc apprendre de tout homme droit fait à l'image de celui qui nous donne sa révélation, comme l'a fait Moché Rabbénou (de tout autre membre du peuple qui n'est pas du même groupe religieux ou politique que nous, ou qui n'a pas la même couleur de peau, ni les mêmes vêtements et d'une autre couleur ou coupe, ni la même langue, ni la même musique).
Non pas aimer l'autre (on sait combien de millions d'hommes ont été tué d'après cette prétention de les aimer pour faire leur salut éternel), mais aimer en apprenant de cet autre homme, comme Moché la fait, comprendre selon la sensibilité de l'autre, et surtout partager car les biens sont ceux de la Création et non notre création. Un chabbat, j'ai souffert vraiment de ceci: nous échangions pendant le repas sur l'évolution morale de notre monde et je disais que notre génération a détruit plus que toute autre, pas seulement à cause des moyens techniques gigantesques mais par l'immoralité sociale qui caractérise notre époque; je donnais l'exemple de l'Afrique détruite. Et quelqu'un de très bien m'a dit simplement mais nettement: "laisse tomber, profite de ce que tu as de bon dans ton assiette". Insensibilité. Et il a continué à commenter la Torah...

L'écoute du psychologique et psychothérapeute que je suis m'a montré qu'il était indispensable de comprendre la langue et la culture des personnes qui n'avaient pas les miennes pour vraiment les aider et, à partir de cette expérience, j'ai réalisé ensuite et depuis je continue, ma thèse de doctorat d'état sur l'influence des cultures différentes sur le rêve personnel à partir de la littérature sur le rêve dans les oeuvres originales de diverses langues (hébreu, latin, grec, espagnol, arabe, hindi et sanscrit, persan). Et j'ai formé par ces instruments mes étudiants à devenir psychothérapeutes en utilisant les outils thérapeutiques des différentes cultures de leurs patients. Car la Torah n'est pas dans les cieux, lo bachamyim hi nous dit son texte, à nous de la vivre dans la réalité. Celui qui n'aimerait pas cette approche, qu'il essaie d'enlever la paracha Yitro de la Torah et sa jonction avec la paracha Michpatim!
Après cette précaution, écoutons notre paracha.

Deux dimensions dans le pchate

Nous voyons donc que ces détails de la conduite morale quotidienne en ce monde-ci sont placées entre la révélation des 10 commandements et la révélation de la Gloire divine. Cela nous indique tout-de-suite qu'il n'y a pas de différence entre ces différents plans, c'est cela l'originalité de cette révélation morale juive . Un ami, leader libéral juif américain, m'écrit: "non Israël n'est pas une théocratie, c'est une démocratie, ne vivez plus dans le ghetto". Comique, lui qui reste dans l'exil, propose à ceux qui essaient tant bien que mal de relier le destin et le message juifs avec le concret réel: "faites une société de démocratie américaine et votre problème sera fini, comme nous en avons trouvé la solution". Hertzl avait pensé un moment également agir pour convertir tous les Juifs au christianisme. Non, le judaïsme n'est pas une simple déclaration humaine des droits et devoirs humains; c'est le dévoilement d'une seule et même réalité : la relation entre les hommes/ la relation à D.ieu; et c'est bien pour cela que les deux tables étaient parallèles et chaque commandement de 1 à 5 concernant l'amour de D.ieu y est en relation directe avec chacun des commandements de 6 à 10 concernant l'amour des hommes. Ce n'est même pas un parallélisme conceptuel, mais c'est une même réalité et nature. C'est ce qui est exprimé constamment par l'expression unifiée "D/ieu a créé les cieux et la terre" (hachamayim véhaaréts). Et, comme rappel pédagogique, j'aime dire ce premier verset de la Torah dans différentes langues pour intégrer vraiment cette différence.
In the beginning God created the heaven and the earth...aadi men Parameshvar ne akash aur prathvee kee srashtti kee... Dios, en el principio, creó los cielos y la tierra... dar ebtédo ofarid Khouda asmone va zamine ra... La morale divine passe par tous les êtres humains différents et envers eux.

Si nous avons bien compris ce sens global de l'existence double qui est la nôtre, transmis par la structure même du texte (règle de méthode), nous pouvons maintenant voir le détail de ces règles de conduite sans revenir à la conception erronée que c'est "de la morale" ou "de la législation sociale" sur un seul niveau horizontal et terrestre. Alors, qui porte atteinte en bas, porte atteinte en haut, qui aime dans le concret en bas, aime effectivement en haut. C'est la grandeur de cet enseignement: en chacune de ces mitsvotes, il s'agit de Hachém, c'est pour cela qu'il est dit : michpété Hachém (les ordonnances de Hachém).

Maintenant, vissés sur terre, il faut donc aller lire le détail de ces mitsvotes (Chémote 21, 1 - 23, 33) pour voir comment cela se joue dans le détail de notre vie sociale :

  • relations de travail, employés et esclaves,
  • coups, meurtres, enlèvements, injures, rixes, blessures, viols,
  • dédommagements pour nuisances,
  • vols, effractions, garde des biens non réalisée, prêts à intérêt, objets perdus,
  • personnes vulnérables en danger dans la société ou dans les procès, 
  • idolâtrie, etc.

Si nous gardons ce lien d'unité, alors nous n'aurons pas les yeux attristés, dans les jours difficiles de la politique, de l'insécurité militaire, de l'injustice sociale, face à la médisance du lachone ha râ. Pour une fourmi, une seule goutte de rosée qui tombe sur elle est un cyclone; nous devons voir plus large, à la dimension de La Création et de son projet. Avoir la stabilité de la Création. Nous sommes le peuple de cela.



Le Juif, en son être même,  porte ce lien du réel concret et du divin: le lien à Hachém et cela est inscrit en son nom : Yéhoudi qui comporte les quatre lettres du nom de Hachém.

et aussi la lettre daléte qui indique l'horizontale et la verticale de notre espace concret où nous sommes situés en pauvres (dal) certes mais aussi capables d'en faire une porte vers la réussite plénière (délète), comme l'indiquent nos commentaires sur le psaume 30 ki dilitani (lien ici).
Pour bien nous donner l'axe unique de tout cela, au milieu est rappelée la sortie d'Egypte et les prescriptions de la fête de Pessa'h et des montées à Jérusalem : l'esclavage concret d'un côté et la Jérusalem divine de l'autre côté c'est une seule et unique trajectoire. N'oublions pas cela lors du Sédér de Pessa'h. Ne cassons pas cette unité en arrêtant, comme les 80% des Hébreux qui n'ont pas voulu faire ce lien du divin et du terrestre et qui y sont restés en Egypte, ou comme ceux qui feront de même en disant éternellement: "l'an prochain à Jérusalem" et en brisant l'unité de la Création des Cieux et de la terre dont la manifestation deviendrait pourtant éclatante car Jérusalem réussira, uniquement par notre travail. Nous allons, dans la logique progressive du développement de la Torah, rencontrer cela bientôt, en nous préparant à Pessa'h.

Cette unité est bien exprimée par le verset du psaume 19, 10 qui utilise le mot de notre paracha michpatim:
"Michpété Hachém éméte, tsidqou ya'hdav
Les prescriptions de Hachém sont vérité, elles sont parfaites en unité tous ensemble".

Note - Une fois de plus, nous voyons sur quelle ignorance et sur quelle volonté de diffamation a été bâti l'antisémitisme religieux séculaire qui a voulu présenter le judaïsme comme enfermé dans la répétition d'actes sans coeur, dans la crainte et le tremblement alors qu'une nouvelle révélation aurait mensongèrement apporté enfin l'amour du prochain et la conception du D.ieu d'amour, reliant enfin la nature humaine et divine. C'est une injure à la parole de D.ieu dans la Torah qui avait révélé complètement son juste message rien ne pouvait être rajouté. Tout cela était dit explicitement dans le judaïsme en une seule unité. Pourquoi vouloir ainsi défigurer la Torah pour tenter de la voler, et pour leur enlever leur terre aux Juifs qui y ont cette fonction uniquement voulue par D.ieu? Pourquoi ? Incompréhensible, absurde, illogique, monstreux. Le Rambam et le Rambane qui surent dans leur propre vie être des géants de la Torah et des géants dans la réussite humaine osèrent le dire haut et fort face aux pouvoirs, et en courant tous les risques, prévoyant vers quelles catastrophes le monde allait en prenant des telles voies; et le chant du Ramban sur Jérusalem nous bouleverse de tendresse. Et pourquoi osèrent-ils faire cela face à D.ieu, de siècle en siècle? Et pourquoi prétendre le faire au nom de D.ieu ? Il y a pourtant des limites à la profanation. Et pourquoi tuer de siècle en siècle les porteurs de ce message pour se substituer à eux? Et pourquoi appeler encore cela religion? Et tout cela dure encore, même si on le camoufle subtilement sous le mot "dialogue".
Non, jamais le judaïsme ne se considérera comme une "spiritualité" par rapport à d'autres spiritualités car il ne sépare pas le concret, le matériel, le relationnel, le spirituel et l'abstrait. Et il ne persécutera jamais les autres pour les amener à partager cette fonction, car chacun a sa fonction infiniment noble dans cette Création.

Le sens de cette unité de la vie divine et de nos actes sociaux
Sur le verset des psaumes, le Chla dit que cette unité est la chlémoute haadam, la complétude de l'homme, la paix véritable de l'homme. C'est cela la paix juive maintenant, le chalom akhchav du Juif, son "peace now"; ce n'est nullement une seule résolution de conflits politiques dans le sens des volontés de l'ennemi. Il faut bien comprendre que le mot hébraïque chalom comprend ipso facto cette complétude de ces dimensions du "haut" et du "bas" en une seule unité qui informe alors une vie divine sur l'ensemble de la terre et parmi les humains à travers leurs actes; depuis le nom de D.ieu qui est "chalom", jusqu'au nom du roi Chélomo qui fut ich ménou'ha et apporta la paix, même aux ennemis, jusqu'au projet concret du judaïsme. Le Chla explique le contenu de cette complétude. C'est ce que nous allons voir maintenant.
Le mot bouclier se dit maguéne en hébreu. La chlémoute (complétude et paix, comme nous venons de l'expliquer) est triple, selon les 3 lettres (mém, guimél, noun) du mot bouclier, maguéne : chlémoute du mamone (argent), chlémoute du gouf (corps), chlémoute de la néchama (âme). (Ajoutons que la source de cette affirmation est dans le Rachi sur Béréchite 33, 18 et dans le traité Chabbate, page 33 b. S'y reporter).

C'est cette triple volonté de chlémoute (complétude) que nous nous rappelons chaque fois que nous disons le Chémâ Yisraël :

Entends Israël Hachém notre D.ieu, Hachém est Un. Et tu aimeras le Seigneur ton D.ieu
de tout ton coeur (chlémoute du gouf, corps),
de toute ton âme (chlémoute de la néchama, âme),
et de toutes tes puissances (chlémoute du mamone, argent). Et en totalité à chaque niveau.

Toutes les lois sociales de la paracha, citées ci-dessus, concernent les mots : "de tout ton coeur" (chlémoute du gouf, corps) et "de toutes tes puissances" (chlémoute du mamone, argent); cherchez les dans la liste suivante :

  • relations de travail, employés et esclaves,
  • coups, meurtres, enlèvements, injures, rixes, blessures, viols,
  • dédommagements pour nuisances,
  • vols, effractions, garde des biens non réalisée, prêts à intérêt, objets perdus,
  • prescriptions alimentaires,
  • personnes vulnérables en danger dans la société ou dans les procès. 
Toutes les lois concernant la chlémoute de la néchama (âme) concernent les questions de respect des autorités qui impliquent l'honneur de D.ieu, le refus des divinités étrangères et de leurs rites (âvoda zara), le refus de faire des pactes de paix avec les 7 nations de l'époque qui habitaient sur la terre de Canaane pour ces motifs, le refus de permettre des cultes païens sur cette terre d'Israël, la montée au Temple 3 fois par an.
"Le but de toutes ces prescriptions (michpatim) dit le Chla, c'est de faire compléter ces 3 sortes de complétudes qui se trouvent en l'homme" :
Haré hammichpatim véhaddinim hém léhachlim chélocha miné chlémiyote hanimtsaote baadam.
Aujourd'hui, nous avons le privilège de pouvoir mettre cela en oeuvre sur la terre d'Israël dans un Etat juif, ce qui veut dire la possibilité d'organiser la justice sociale et politique selon cette économie de l'unité divine et concrète; certes, on est encore très très loin du compte mais ce défi relève de notre liberté ; et pour cela, il faut aussi que les Juifs connaissent leur propre tradition.
Le mot mitsva est l'expression de cette unité: c'est un acte concret, mais ses lettres sont aussi constituée des lettres du Nom de D.ieu (pour les étudiants avancés, le mem et le tsadé deviennent youd et dans le système at-bach).

Oeil pour oeil (Chémote 21, 24)

Dans ce contexte, est apportée l'expression "oeil pour oeil, âyine ta'hate âyine". Le Chla donne les références du problème; je les développe maintenant pour ceux qui n'y ont pas accès.
Nous allons voir avec précision le mauvais traitement apporté à nos textes par une conception antisémite confuse: d'un côté selon eux, il y aurait le judaïsme (qu'ils falsifient) et, de l'autre, un nouveau degré excellent qui consisterait à dire : "tends la joue et aime ton prochain comme toi-même".

La conception juive est au contraire très précise et infiniment morale: relisez Chémote 21, 22-25 et vous verrez que, si on a causé un tort à autrui, il faut le dédommager financièrement avec précision contre le préjudice subi ; pour cela il faut faire évaluer le dommage par des experts et les pertes occasionnées sur différent plans seront évaluées, non seulement l'oeil mais aussi tous les usages que l'on en avait et toutes les jouissances. C'est cela que veut dire l'expression "oeil pour oeil, âyine ta'hate âyine" et nous sommes de le faire en regardant ainsi les choses (oeil) et en les regardant ainsi sous le regard divin (oeil). Donc, rien de cruel ni de primitif.

Cela étant bien réajusté, le judaïsme ne permet pas de s'en tirer du mal fait à autrui en disant : "je t'aime et je te tends la joue" ni "aime-moi et tends-moi la joue". On connaît toutes ces demandes de pardon et de dialogue de Raminagrobis après avoir commis les crimes impardonnables de la Shoa, tout en continuant à ne pas rendre aux Juifs ni les enfants, ni les biens pris au long des siècles, preuves de la non-sincérité. Cela n'est pas encore réparé aujourd'hui. Ecoutez cette histoire vraie: j'étais en taxi en Israël et je me rends à l'aéroport, le chauffeur me demande où je vais, je lui dis Paris. Il est un peu ému et me raconte pourquoi; ses parents furent envoyés à Drancy et Auchwitz et il fut recueilli dans un couvent avec beaucoup d'autres enfants juifs. A la fin de la guerre, ils restèrent là, baptisés, élevés dans le christianisme. Un jour, arriva une femme qui dit avoir remis cet enfant qu'elle reconnut, on refusa de le lui donner, à juste raison sans preuves. Elle demanda si, par hasard, ils avaient encore les vêtements qu'ils portaient à leur arrivée. Une vieille se souvint qu'ils étaient au grenier. Elle alla avec les religieuses, reconnut son manteau et demanda aux religieuses d'ouvrir l'ourlet dans lequel il y aurait son nom et les détails de la famille. Ce fut fait et exact. Et elle partit avec son neveu. Il me dit: s'il n'y avait pas eu tout cela, je n'aurait pas été rendu à une famille juive et mes camarades sont devenus prêtres et religieuses. Quelles non réparations envers les Juifs, et on les accuse!

Il faut absolument réparer et rembourser dans le concret, dit le judaïsme dans cette paracha; l'amour n'est pas que spirituel, il se traduit par le corps et par l'argent.

En ce sens, l'injustice sociale est immense en Israël et elle doit être réparée. Rien n'est à l'horizon dans les différents programmes électoraux. Nous sommes un peuple-laboratoire de cette justice; et l'injustice y est aussi intolérable que tout ce que je viens de dire précédemment. Et cela existe parce que l'on veut briser le modèle juif pour lui substituer d'autres valeurs de civilisation, et pour cela se réalise l'alliance des capitalismes d'argent et d'autres extrêmismes idéologiques. Mais nous savons ces manipulations qui se déguisent en mots de belles idéologies depuis que la Torah nous a analysée la démarche de Qora'h. Certes, il y a même un parti qui affiche publiquement qu'il veut éliminer le judaïsme de la vie sociale, et qu'il y a déjà réussi en grande partie, et demande les voix des électeurs pour continuer. Mais ce ne sont pas les partis qui sont concernés par la Torah, c'est chaque Juif.

C'est pour cette vérité que, dans la tradition la plus ancienne, nous avons choisi d'apprendre le Talmud sur le traité Baba Qama (page 84) et nous l'étudions sur le site ; il développe avec précision comment réaliser cette triple chlémoute en cas de préjudice porté à autrui. L'expert qui devra évaluer le préjudice fera son compte-rendu qui comportera l'addition de 8 types de dédommagements éventuels:

1La a'harayoute : c'est la responsabilité qui s'impose à celui qui a reçu le dépôt de quelque chose pour accomplir une certaine tâche (garder, mener un animal au sacrifice ; Baba Qama 12 a, 14 b, 11 b, 118 a, etc.). Il y a des situations où, en cas de disparition ou vol, il faut rembourser ou remplacer l'animal disparu (Baba Qama 8 et 9).

2• Le mamone : c'est ce que l'on paie comme strict dédommagement équivalent au préjudice causé (Maïmonide, Hilkhote Néziqéï Mamone 2, 8), tandis que le qnas est ce que l'on paie en plus ou en moins du dédommagement strict prévu pour le préjudice causé (Baba Qama 38 b, 43 a et 43 b). Le qnas ne peut être infligé que sur déposition de témoins mais, s'il a avoué de lui-même auparavant, son auteur est dispensé de qnas (Baba Qama 3).

3• Le kofér est l'amende payée en contrepartie de la dispense de recevoir une peine physique (d'emprisonnement par exemple, ou de coups à recevoir...). L'exemple le plus célèbre est "œil pour œil, dent pour dent", qui consiste à payer le dédommagement correspondant à la valeur de cette partie et de tous les avantages de son usage, et non pas de recevoir une peine physique de crevaison de l'œil. Certaines peines ne relèvent pas du kofér, comme les sanctions de l'assassinat. Voir Nombres 35, 31. Dans Baba Qama, on discute du kofér éventuel pour le bœuf qui a tué, selon Exode 21, 29.

4• La bochéte est le dédommagement financier que doit payer quelqu'un pour le préjudice moral de honte qu'il a infligé à autrui. Cette valeur subjective est relative et elle est liée à la position sociale des deux personnes qui sont en cause. C'est l'un des 5 dédommagements financiers Baba Qama 4 b (voir Maïmonide, Hilkhote 'Hovél Ouméziq 1 et 2).

5• Le nézéq : c'est la nuisance infligée au bien ou à la personne par le préjudice, par exemple un membre estropié qui entraîne une perte de l'usage et de sa beauté. Voir Lévitique 24, 20.

6• Le tsaâr : c'est la souffrance ; on l'évalue d'après la somme que celui qui a reçu le préjudice serait disposé à payer pour en être dispensé de cette souffrance (Baba Qama 5 a, 26 b, 83 b, 84 a). Voir Exode 21, 25.

7• Le ripouï : c'est la valeur financière du traitement médical et du temps nécessaire, consécutifs au préjudice, pour recouvrer la santé antérieure selon le témoignage de la victime (Baba Qama 85 a.) Voir Exode 21, 18.

8• La chévéte : c'est la valeur financière du dédommagement pour le temps pendant lequel la victime n'a pu se rendre à son travail ou l'accomplir normalement suite au préjudice, selon le témoignage de la victime. Voir Deutéronome 22, 29.

Comprendre le judaïsme
Cet exemple du préjudice permet de comprendre ce que dit le Chla : les détails précis de chaque mitsva sont absolument essentiels et liés à la véritable nature de la mitsva. C'est en raison du lien total d'essence entre le spirituel et le concret qu'il faut entrer dans ces détails qui agacent ceux qui (par ignorance) appellent cela "argutie talmudique" car ils ne comprennent pas
  • ce sens de l'unité des niveaux,
  • ce sens de la dignité de tous les niveaux,
  • ce sens de l'amour concret et complet,
  • ce sens de l'amour "réel" et non "spirituel".
Le judaïsme l'exprime par de multiples expressions disant que l'essentiel de la divinité est" ici-bas" (batat'htonim), ou utilisant le mot éloqim aussi bien pour D.ieu que pour des juges.
Pour être cohérent, le Juif doit donc étudier avec précision le détail de cet amour concret, et une part importante des livres du Talmud est consacrée à l'étude de ces dédommagements.

Source contre source.
Nous pouvons maintenant comprendre le pourquoi de cette expression "oeil contre oeil" car l'hébreu n'a choisi cet exemple par hasard mais pour le fait que le mot âyine signifie également oeil et source. 

En effet, ce que tu vois par ton oeil (âyine) révèle ta propre source (maâyane) car il n'y a pas de barrage possible entre les deux , disent nos Sages, lors du regard : ainsi, celui qui regarde une image troublante ou laide ou méchante est atteint dans ses profondeurs ipso facto ; il y a un conduit direct entre la surface de l'oeil et la profondeur la plus intime de nous-mêmes, la source.

Le contrôle du regard
C'est pourquoi, sur le plan de la morale juive, le contrôle du regard est si important pour ne pas lui permettre de communiquer avec le sexuel qui ne nous appartient pas, ou qui n'appartient pas à notre couple, ni avec les images ou médias qui projettent constamment ces images sans nous demander l'autorisation et sans nous prévenir (revues, affiches, télévision). Cela peut consister aussi bien dans le spectacle d'images de désastres ou de laideurs qui abaissent, abîment et que l'on se plait à regarder plusieurs fois quand cela n'est pas nécessaire. Le contrôle du regard n'est donc pas une fuite de pruderie, ni une obsession ridicule mais une conscience du lien des sources, de l'appartenance de notre propre être à quelqu'un de précis dans un couple, de l'union de notre être aux profondeurs et aux niveaux élevés de l'invisible. Conscience également de notre fragilité en dehors de cela.

Voir la plénitude d'autrui
Cette morale, consciente, devrait permettre de voir autrui également de la même manière, avec son appartenance à ces niveaux concrets et élevés en un seul être; également en sa complétude sexuelle, qui ne permet pas d'en faire un jouet pour notre regard. De là, les bénédictions que nous sommes invités à dire lorsque nous voyons tel ou tel type de personnes.

La projection
Cette conception juive du regard-source permet aussi de contrôler ce que l'on appelle aujourd'hui en psychologie "la projection" (ha achla'ha). Cela consiste à projeter inconsciemment sur autrui les dimensions négatives qui sont en nous, depuis notre source intime et par le regard. Nous avons alors la certitude que l'autre est mauvais et nous en avons la confirmation parce que notre regard le détecte réellement, dans la réalité. En fait, nous avons projeté sur lui, à partir d'un indice exact et provocateur, le mal qui est le nôtre et nous l'ignorons; ce que la tradition appelle, à partir de notre part d'instinct qui se relie au mal, le yétsér harâ.

Mais cela nous permet de pratiquer le rite du bouc émissaire sur autrui : nous le chargeons ainsi de nos défauts que nous ne voulons pas reconnaitre en nous, et nous disons que c'est lui qui est comme ceci ou cela. En fait, chaque fois que nous n'aimons pas un trait que nous remarquons chez autrui, nous devrions nous poser la question : n'est-ce pas un trait qui me caractérise quelque peu ? 

Projeter ainsi notre mal sur autrui vise à nous en soulager; mais alors, le mal reste ainsi en nous, nous avons simplement compliqué la relation.

La tradition connaît tout cela depuis des millénaires et l'exprime par cette phrase de Qiddouchine 70 a :
kol happossél, bémoumo possel
"tout celui qui disqualifie autrui sur un point, c'est à partir de son propre mal qu'il met en cause autrui".

Ce phénomène est si puissant qu'elle dit "quiconque, kol " disqualifie autrui... Pas de divergence entre la psychologie et le judaïsme car il s'agit du même être vivant créé.

Les michpatim, conditions du bonheur
Après avoir défriché toutes ces questions, nous comprenons que le judaïsme propose, au nom de Hachém, un bonheur complet, une chlémoute entre tous les plans, mais à condition d'un énorme travail personne pour avancer vers cette situation: que

  • nous soyions cohérents entre les plans spirituels et concrets,
  • on vive la même cohérence dans les plans différents de l'âme, de l'être et des biens,
  • on vive cette cohérence dans le détail des actes, de l'étude, de la prière,
  • on étudie nos textes pour connaître cette cohérence et cette chlémoute dans la précision des dynamiques et des actions,
  • on utilise les ressources des expériences des générations qui nous ont transmis cette science morale, psychologique, philosophique, religieuse, juridique, sociale, etc. qui est un seul et même dispositif,
  • on étudie ces textes auprès de personnes qui les connaissent, qui les pratiquent mais qui ont aussi l'expérience de leur complexité dans le réel. Celui qui a étudié théoriquement mais qui n'a pas ces qualités dans le concret est nommé par la tradition comme 'hassid choté, un enthousiaste déréglé qui n'a pas de chimouche, c'est-à-dire qu'il n'a pas regardé comment les Sages vivent leur sagesse dans leur vie quotidienne (voir les exemples dans le Traité Sota 21 b et dans le Lév Gompers pp 268-9).
  • on examine nos actes et leur cohérence avec nos pensées, nos idéologies.
Certes, le développement de chaque science de l'humain donne de nouveaux outils mais ils n'annulent pas cette connaissance gigantesque du judaïsme. Ils ne font que nous permettre de mieux la mettre en oeuvre.

Bien plus, dans le Traité Chabbate 75 a, nos Sages reprochent gravement à ceux qui en sont capables de ne pas utiliser ces sciences de la réalité pour être plus proches de la vie divine qui meut le monde et que la Torah nous transmet : "R. Simeon ben Pazi, au nom de R. Yehoshua ben Levi au nom de Bar Kappara, a dit: ‘Celui qui a appris l’astronomie et ne pratique pas cette science est désigné par ce verset ‘ils ne font pas attention à l’oeuvre de YHWH et ils ne voient point l’oeuvre de Ses mains’ (Isaïe 5, 12)"
"kol ha yodéâlé'hachev batéqoufote oumazalote vé éino 'hachev âlav hakatouv omer:
vé éte poâl Hachém lo yabitou oumaâssé yadav lo raou
" .


On voit par là qu'il n'y a aucune contradiction entre étudier totalement la Torah et étudier totalement la Création concrète de Hachém car
- tout est Son oeuvre et Sa présence.
- Evidemment, à chacun, selon les aptitudes d'accomplir ou non cette double connaissance. C'est bien pour cela que le Talmud dit: "celui qui est capable de connaître..."
- une priorité est de toujours acquérir la connaissance de la Torah.
- il est souhaitable d'accorder autant de temps à l'acquisition de la connaissance de la Torah (qui est immense), alors que nous n'hésitons pas à acquérir les autres connaissance que nous dénommons -par erreur- profanes.
- enfin, la société a besoin de personnes qui consacrent tout leur temps à un secteur de connaissance pour acquérir un niveau exceptionnel qui maintient la science, la développe et en fait d'excellents pédagogues. C'est ainsi que, étant professeur de psychologie à l'Université, et entendant parfois des collègues critiquer des rabbins consacrer tout leur temps à l'étude de la seule Torah, je leur dis: "toi non plus et moi non plus, nous ne sommes pas des dentistes ou des médecins ou garagistes et passons tout notre temps dans les connaissances et sommes payés pour cela comme ces rabbins que tu critiques; et cela te semble normal car la société et les étudiants en ont besoin de ces bibliothèques vivantes qui peuvent former la nouvelle génération".
- et, comme beaucoup de collègues qui pullulent en particulier en Israël et à Jérusalem, je peux témoigner que tout le temps nécessaire au métier ne m'a pas détourné du tout d'étudier la Torah jour et nuit, ni de réduire mon temps pour la vie familiale et personnelle. L'un stimule l'autre. Et les Sages du moyen-âge espagnol juif nous ont montré qu'en plus ils pouvaient être poètes, hommes d'affaires, etc. Car la Torah est source de vie.

Nos Sages vont jusqu'à nous montrer comment et combien ces actes précis que nous prescrivent ces michpatim sont des dynamiques divines et des noms divins; mais il va de soi que ce niveau ne peut pas être enseigné sur le Net. Il n'est enseigné qu'après avoir acquis la base de connaissance et d'action et de relation par un maître à un élève, non pas collectivement ni anonymement.

Les niveaux de l'application des mitsvotes
Ainsi, nous découvrons en ces michpatim que le judaïsme a une pédagogie très développée de la connaissance, de la pratique, de la morale et de la relation.

Il y a même des niveaux dans la façon de réaliser ces michpatim concrets, ces mitsvotes, que l'on appelle des maâssim tovim, des actes bons. Le Chla présente ces niveaux :

haddour mitsva
Le premier niveau, ordinaire, est déjà exceptionnel dans ce qu'il atteint, même si nos textes l'appellent niveau de base : c'est "haddour mitsva ou "l'embellissement de la mitsva", c'est-à-dire réaliser non seulement l'acte mais aller jusqu'à mobiliser ses biens pour cela gratuitement, afin de diffuser la Torah, pour aider les personnes dans le besoin, comme le faisaient Myriam et les sages-femmes en finançant le sauvetage des enfants hébreux et en se dépensant pour cela (Chémote 1, 18). De cela, Hachém dit : "biqrovaï aqqadéche, en ceux qui sont proches de Moi, Je serai sanctifié" (Vayiqra 10, 2-3).

zérouz mitsva
Le second niveau est "l'empressement ou le zèle dans l'accomplissement de la mitsva : zérouz mitsva". Cet enseignement est merveilleux : c'est courir pour l'accomplir, se diriger vers et le chercher mais, surtout, c'est faire avec joie la petite partie dont on est capable même si on n'est pas capable de faire le tout. Moché nous a enseigné cela par la constitution de villes de refuge pour les meurtriers involontaires (Bamidbar 35, 14-15 ; Dévarim 4, 41) ; il les a isolés mais il leur a dit aussi de continuer à accomplir la partie des mitsvotes dont ils étaient capables. C'est une tolérance envers soi et envers autrui, sans critique mais avec droiture et exigence. Le verset qui explique cette attitude du point de vue de D.ieu est achér yaâssé otam haadam vé'haï bahém (que l'homme les fera et vivra par cela. Vayiqra 18, 5).

ôssé 'héssed
Le troisième niveau ("ôssé 'héssed, agit en bonté") va jusqu'au don de soi profondément par le don de sa personne, méssirate néféche. Celui qui donne son être à quelqu'un, c'est parce qu'il l'aime à l'exemple de Hachém envers nous, ôssé 'héssed (Chémote 20, 6). Les niveaux précédents pouvaient encore être réalisés comme un devoir, comme une connaissance, ou une exigence, ou une performance, ou par crainte, etc. Cette fois, "le" motif, c'est uniquement l'amour de Hachém et des autres en un seul amour. Et dans tout notre être. L'exemple en est la démarche d'Avraham et de Yits'haq dans la âqéda, contrairement à Yichmaël (Voir le Rachi sur Béréchite 22, 1). Ils engagent tout leur être, même physique et par amour.

léchém chamayim
Le quatrième niveau est "la réalisation par gratuité, pour le Ciel, léchém chamayim", sans viser aucun avantage, même pas l'avantage de l'amour vécu. Avraham nous en donne l'exemple quand il ne veut même pas recevoir un lacet de sandale (Béréchite 14, 23).

har'haqout ahavat haôlam hazzé
Le cinquième niveau est "l'éloignement de l'amour des valeurs qui sont admises communément en ce monde-ci har'haqout ahavat haôlam hazzé", cela veut dire savoir distinguer entre les vraies valeurs et les fausses qui plaisent à la masse ou selon la mode, "savoir distinguer et trier" entre la paille ou l'épi, le nécessaire ou le secondaire et le superflu, comme Yaâqov (Béréchite 28, 20).



La synthèse dans les lettres

Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra (lien ici) nous montre que tout cet enseignement est également inscrit avec clarté dans les lettres mêmes des premiers mots de la paracha Michpatim :

"vééllé hammichpatim achér tassim lifnéhém
et voici les précisions impératives que tu exposeras devant eux".
Voici la version sonore de cette phrase (lien ici).
- après tout ce commentaire ci-dessous sur l'unité du spirituel divin et du plus concret dans l'existence, on n'est plus surpris d'entendre nos Sages nous dire que le mot hammichpatim (les précisions impératives) écrit en écriture développée a le chiffre ou guématria des mots néféche-roua'h-néchama (personnalité-esprit-âme). Ainsi, la prescription détaillée dans la moindre mitsva et qui nous est précisée par Hachém et explicitée par le Talmud, est une activité qui insuffle à notre "personnalité-esprit-âme" toute la dimension divine. L'enseignement traditionnel de la Torah nous transmet ainsi des milliers de milliers de correspondances entre le récit, les chiffres, les mots, les lettres et toutes leurs combinaisons, remontant à la source du Sinaï; inutile de chercher notre vérité par des jeux de logiciels d'ordinateurs en ignorant cette immense base traditionnelle.
- ces prescriptions impératives, nous l'avons vu, concernent des dommages, ce qui est rendu également par le premier mot vééllé. Mais ce mot comporte en son intérieur également les lettres du mot Eloqa qui est la manifestation miséricordieuse de D.ieu. Ainsi, la Torah nous montre que nous ne sommes pas abandonnés dans les heures de difficultés, d'épreuves, d'horreur parfois. Nous avons le potentiel du salut à l'intérieur même de l'épreuve. D'autres éclairages sur les mots, qu'il n'est pas le lieu ici de développer, montrent que ce mot vééllé comporte aussi les mots hébraïques de bénédiction, de sauveur.
- de là, il nous faut comprendre que le dessein divin réel est le bonheur mais aussi notre participation à l'amélioration du monde. Celle ne se réalisera pas par une révélation magique ni par un gourou superman, ni par un leader charismatique (tout cela est ce qui caractérisait les magiciens d'Egypte) mais par la volonté de l'homme qui s'élèvera à la qualité de tsaddiq, de juste, en faisant monter le bon qui se trouve à l'intérieur de tout  mélange imparfait en ce monde. Et tout est ainsi remis par D.ieu dans les mains d'Israël. Tout dépend maintenant de nous (ha kol talouï bidé am yisrael).
- Comment ? Pour cela, il nous faut d'abord connaître la science de la Torah et bien connaître qui nous sommes. Il faut posséder aussi la science du discernement et de l'analyse que donne la Torah orale, celle qui se transmet dans l'enseignement de maître à élève par l'étude de la Michna et du Talmud. Alors la bénédiction (bérakha) pourra se déployer avec force quand elle sera demandée dans la prière (il faut aussi une formation pour savoir prier) et quand elle sera accompagnée par des bonnes actions (maâssim tovim) selon les mitsvotes ; mais il faudra encore y joindre la bienfaisance en dons (tsédaqa)

- Il reste encore une condition : ce travail d'épuration et d'élévation du monde ne se fait pas dans un séminaire ou ashram ou monastère ni dans un club d'élites, mais par une mise à l'épreuve du Juif et du tsaddiq dans l'existence. Nous avons reçu cet enseignement à travers la description de la "vie" des patriarches. Cela passe par l'examen dans la nuit. L'épreuve (nissayone) est signe de cette avancée proposée. L'issue lumineuse du matin ne se fera qu'après la traversée inévitable et angoissée de la nuit.

- le dernier mot du verset l'indique: lifnéhém (devant eux) est aussi la guématria de yirea (la crainte modeste) sans laquelle l'homme ne peut pas recevoir.

Cette forme d'enseignement de la Torah par le message des lettres s'appelle le rémez (allusion). Il n'est pas une répétition de ce que nous avons déjà reçu dans le sens littéral (le pchate). Il ajoute une vision de synthèse qui élargit l'horizon et fait relier beaucoup de questions indispensables pour vivre. La technique de formation à ce niveau ne peut pas trouver de façon suffisante sur le site car il demande d'abord une large formation de base sur le sens littéral et, ensuite, une formation individuelle directe auprès de Sages qui ont reçu la tradition de Moché notre maître. On le voit, une formation à la Torah comprend l'ensemble de ces formations sans laquelle on n'a qu'une vision partielle comme quelqu'un qui connaitrait seulement la physique ou la chimie ou le système nerveux de l'être humain alors que sa connaissance est un tout.

Cependant, il n'y a pas à se décourager car celui qui étudie avec persévérance et   yirea (la crainte modeste) reçoit déjà tout. Et il le sait bien.

Et tout ce programme est possible, avec patience, les Juifs de tous âges, de toutes cultures, de toutes époques l'ont prouvé.


Autre étude : découvrir le sens du mot michpatim dans tous les niveaux

Ce mot « michpatim » étant si important dans la paracha, au point de donner son nom à une partie de la Torah, nous devons le comprendre exactement. Nous verrons ainsi que l’hébreu parlé le plus courant et celui de la Torah ne sont qu’un. Il n’y a pas un seul peuple au monde qui vit ainsi son actualité fondue avec une parole multi-millénaire dans la même langue parlée et lue depuis. Quelle colonne vertébrale cela nous donne !

Le mot michpatim vient de la racine en trois lettres chafat qui veut dire juger. La lettre mem (m) qui est ajoutée devant une racine sert à constituer des mots qui indiquent « le lieu concret ou abstrait où se déroule cette réalité ». Pour s’en souvenir, pensez que mem est l’initiale de maqom, le lieu. Ainsi, miqdach est le lieu de ce qui est sacré qadoch, mizbéa’h est le lieu du sacrifice, ma'hbérete est un cahier, mévachel est le cuisinier, mougbal est une limite, mitnadev est un volontaire, méroutsé est satisfait, mapoléte ou mapala est une chute, mikla'hate est une douche, mil'hama est la guerre, maâtafa est le lieu de ce qui entoure un objet, meitav est le lieu de ce qui est mieux tov, migdal est une tour élevée gadol, manoul est l’objet qui ferme ou la serrure, etc. Par ce système, on apprend rapidement de multiples mots en hébreu car on entend leur racine que l'on connait, plus la lettre mém et cela nous donne tout-de-suite le sens.

Ce système d'adjonction d'une lettre, typique de l'hébreu, permet de composer de nombreux mots. Exemple : la lettre tav ajoutée à une racine indique souvent une réalité abstraite : pallel est prier, téfila est la prière, par exemple. Ou taânoug, le plaisir, téouda un témoignage, téchouva une réponse, toracha est l'hérédité, tokha'ha est un reproche, tilbochete est un costume, etc.

Progressons lentement. Le mot michpate (au pluriel michpatim) apparaît plus de 420 fois dans la Bible (le Tanakh) sous des formes grammaticales variées. Il est donc important. Il a plusieurs sens qui sont reliés. Disons plutôt qu’il a plusieurs usages centrés autour du même sens. Reportez-vous aux références que j’indique ci-dessous pour véritablement assimiler la Torah.

-         c’est d’abord un ordre absolu (une mitsva) qui règle les relations entre l’homme et son prochain, comme dans le premier verset de notre paracha. Il y a le sens de loi qui nous dépasse et ne dépend pas de notre volonté pour la modifier (‘hoq). C’est aussi un commandement (tsivouï) divin, d’où le mot mitsva, lieu de ce commandement.

-         De là, découle le sens de règle de bon comportement (hitnahagoute), que l’on nomme dérékh érets, et qui organise en bien les rapports entre l’homme et son prochain (bein adam lé ‘havéro). Lisez I Samuel 27, 11 et Juges 13, 1) .

-         Du sens de loi absolue, ce mot michpate s’applique à l’activité décisionnaire du juge (îniyane ha nadoune âl yédé choféte, comme en Dévarim 16, 19) qui doit se référer à cette qualité de la loi (voyez Dévarim 16, 18). Et c’est aussi la décision qui est décrétée par le juge, le jugement lui-même, ce que l’on appelle le psaq-dine (Isaïe 42, 3). Tout cela est de l’hébreu courant aujourd’hui et pas seulement du tout la langue d’un texte ancien. Et c’est aussi le corps social qui est habilité à pratiquer ce michpate, la rachoute, le corps judiciaire. Et aussi, la partie de la loi qui concerne tel secteur (voyez Dévarim 21, 17). On parle ainsi de la justice militaire, michpate tsévaï. On nomme michpatim la science du droit, la faculté de droit ; beit-michpate est le palais de justice aussi bien que le corps des juges qui délibèrent sur un cas; misrad ha michpatim est le Ministère de la justice, beit hamichpate haêliyone est la Cour suprême de justice. On voit à quel point la vie civile en Israël, contrairement à ce qui se produit dans un autre pays, est basée sur la Torah même si la référence ne semble pas y être du tout. Ce n’est pas la même chose de pratiquer les mitsvotes ailleurs et de vivre ainsi dans les mots de la Torah dans le quotidien, comme nous en avons la mitsva que nous disons dans le texte du Chémâ Yisrael : vé dibarta bam, « tu parleras à tes enfants  à l’intérieur des mots de la Torah ». Tout Juif qui élève ses enfants dans la Torah pratique cela ipso facto.

-         Quand un individu s’arroge ce droit de loi, sans même en être conscient, et juge autrui selon un « pré-jugé » et non selon les faits, on parlera de michpate qadoum.

-         Nous arrivons maintenant à un sens qui est l’essentiel (ne vous inquiétez pas si vous ne comprenez pas tout, il en faut pour chaque catégorie de lecteurs) : nous avons vu que le mot michpate comprend le sens de loi mais aussi celui de dérékh érets, bon comportement relationnel. Les cabalistes comme Ribbi Moché Cordovero dans Pardes rimonim appellent cela, le dine qui est tempéré de ra’hamim (dine biqtsate ra’hamim, et c’est le dine que l’on trouve en beauté  (tiféréte) qui est la Torah. Le Zohar (paracha Qédochim 85b) parle de michpate comme dine avec mélange taârovéte ra’hamim, et éte bé ra’hamim, yéche bo ra’hamim, il y a ra’hamim dedans. Et dans la paracha A’haré mote 73b, michpate est mis à égalité avec ra’hamim (michpate déihou ra’hamim) car le motif (ha taâm) est celui-ci: sa source qui est le principal (méqoro ché hou îqaro) est ra’hamim car le dine qui vient de la rigueur de la sagesse (bina) puise sa source dans la sagesse ‘hokhma d’où vient toute bonté. Ces brèves indications suffisent pour que ceux qui ont étudié ces niveaux trouvent ainsi les repères et se réfèrent aux sources pour y relier la Torah. Cela est dit pour que nous comprenions bien que la Torah est à la fois mitsva (ordre) et amour spécialement prouvé avec autrui.

- Cela nous mène au sens principal
de michpate qui est le dine tsédéq, le jugement de justice. Mais ici, il faut comprendre la justice comme la justice parfaite qui est celle de la bonté et de la droiture, sans aucune falsification (îvoute) ; voyez Dévarim 17, 18 et Isaïe 5, 7. Ce tsédéq (justice) n’est pas différent de la tsédaqa (bienfaisance, dans tous les sens du terme) et, pour cela, il est ajouté en fin de mot la lettre qui indique la présence de Hachém. Inscrivez le mot « tsedaqa » dans le moteur de recherche de Google en haut de la page d’accueil et vous trouverez les pages qui en traitent, spécialement la paracha ‘Hayé Sara. A ce moment-là, le sens du mot michpate devient "miséricorde".

-         C’est ce sens de complétude qui est rendu aussi par le pluriel michpatim, dit le Ari zal et aussi le ‘Hida. Il fallait toute cette étude linguistique pour comprendre exactement ce terme. Ceci nous montre pourquoi on dit qu’il faut étudier la Torah selon le pchate, le sens littéraire, comme nous l’enseigne Rachi, mais qu’il faut aussi aller jusqu’au pardes, terme qui rassemble les quatre niveaux de la Torah. Nous avons vu que tout cela est un et lié. C’est pour cela que vous trouverez souvent liés les deux mots « tsédaqa ou michpate » (Isaïe 25, 17), environ 30 fois dans le Tanakh. Et également dans l’autre ordre : michpate ou tsédaqa. Lisez le psaume 33 et les psaumes 24 et 98, et Dévarim 33, 21. (Une demande : une petite prière pour celui qui a fait pour vous cette étude, merci, en cette tsédaqa !).

Ce qui est important de comprendre, c’est que cet ensemble qui va depuis la loi jusqu’au comportement avec autrui est dans l’amour, c’est pour cela qu’il est dit : Hachém « aime » le michpate (voyez Isaïe 61, 8 et les psaumes 33, 37, 99).

-         Enfin, comme il est beau, après avoir compris tout cela, de découvrir que le mot « phrase », en hébreu se dit michpate. En effet, tout ce que nous avons dit doit se traduire dans notre parole et dans l’organisation de nos mots. Tout l’ensemble de nos mots (la phrase) doit avoir cette rigueur et cette bonté. Mais nous avons à faire un travail d’organisation pour cela. Comprenons sous un jour nouveau ces mots : sujet, verbe, complément. Le sujet est la personne elle-même qui mérite tout respect jusque dans les compléments. Ce sujet est concret en hébreu, on l’appelle le gouf, le corps. C’est une morale réaliste de michpatim. En français, on appelle de façon abstraite la « phrase » ou la « proposition » qui rassemble les mots qui expriment une pensée. Cela est rendu par ce michpate en hébreu : une proposition complexe avec plusieurs sujets se dit michpat colél, une proposition avec subordonnée se dit michpate mourkav, une proposition composée de propositions indépendantes se dit michpate mé’houbar, etc. Ainsi, le Juif ne peut pas échapper à cette exigence de rigueur dans la bonté, aussi bien dans ses actes que dans ses paroles. Encore faut-il aller jusqu’à vivre dans l’hébreu pour le comprendre en actes. Des méthodes d’apprentissage de la langue comme celles de l’Institut Méguila sensibilisent à ces liens de l’hébreu (voir ce lien).

-         Et, pour que cette conception de la Torah, de l’homme, de l’action, de la parole et des relations parvienne à l’excellence du chant et de la relation à D.ieu dans la prière, nous avons reçu les psaumes. Lisez en ce sens particulièrement le psaume 33. Vivre ainsi est vivre « en » Hachém : en effet, il n’est pas écrit dans le premier verset du psaume Rannénou tsaddiqim laChém mais Rannénou tsaddiqim baChém (Réjouissez-vous, justes « en » Hachém) car si on essaie de vivre selon les michpatim, on est véritablement « en » Hachém puisqu’Il est cette rigueur dans la bonté et en tout ce qu’Il fait. Il est nommé pour cela tsaddiq (juste), faisant la tsédaqa et le michpate.

Nous comprenons maintenant pourquoi l’étude de cette paracha michpatim est l’essentiel de ce que l’on étudiait dans la Yeshiva de Ribbi Âqiva et pourquoi j’ai pris ce passage comme base du livre Lév Gompers et de toute la formation au Talmud sur Modia : le traité Baba Qama. Voyez (dans le plan ci-dessus) ce lien qui sera pour vous l’ouverture de ce cours de talmud ; les leçons y sont ajoutées régulièrement.



Exercices
1. Noter les axes de lecture indiqués ci-dessus auxquels vous avez été sensibles, et relire la paracha avec précision pour les y découvrir.

2. Echanger sur ces découvertes et sur les questions que cela pose à la vie ou à notre être.

3. Vérification des connaissances. Que signifient ces 24 termes :
a'harayoute
âvoda zara
bochéte
chalom
chévéte
chlémoute
gouf
haddour mitsva
har'haqout ahavat haôlam hazzé
kofér
kol happossél, bémoumo possel
léchém chamayim
maâssim tovim
maguéne
mamone
michpatim
Michpété Adonoute éméte, tsidqou ya'hdav
néchama
nézéq
ôssé 'héssed
ripouï
tsaâr
yétsér harâ
zérouz mitsva


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