22e Paracha
Vayaqhel Moché éte-kol-âdate...
"Il fit assembler, Moché,
tout... "

La fraternité et le Chabbate
Chémote (Exode) 35, 1
- 40, 38
Commentaire renouvelé
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de
nos Sages
Site Modia : http//:www.modia.org
La fraternité et l'unité
de notre peuple doivent être au niveau du Chabbate
et du Temple
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Les textes de Modia sont mis gratuitement à votre
disposition par l'auteur, selon la mitsva obligatoire
pour tout Juif qui est d'étudier et d'enseigner
simultanément. Vous pouvez donc imprimer
et dupliquer ces textes pour l'étude personnelle
et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu,
selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur
ni l'adresse du site. Les sites ne peuvent
faire qu'un lien vers ces textes sans les capter. Chacun
pourra ainsi accomplir la mitsva : véchinnantam
lé vanéikha (et tu l'enseigneras à
tes enfants) et l'autre mitsva : védibbarta bam
(et tu leur parleras dans les mots de la Torah. Dévarim
6, 7).
Voyez
les
règles du Copyright.
Ne
pas oublier que, sur votre version imprimée ou
polycopiée, vous perdez tous les liens qui renvoient
aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables
dans l'étude.
Beaucoup étudient selon
la méthode du Daf yomi (une page par jour)
qui a été fondée par le Rav Méïr
Chapira, de Loubline. Je vais essayer de vous fournir
la matière. C'est une occasion unique pour avancer
ensemble dans ce domaine essentiel de la connaissance
juive.
Commencez par étudier les bases sur le Talmud sur
cette page: http://www.modia.org/lev-gompers/index.html
Il est bon de lire ceci d'abord: http://www.modia.org/lev-gompers/methode/utilisation.html
Et découvrez ici comment le Talmud a commencé:
http://www.modia.org/tora/maitretous.html#Rabbi
Si vous habitez une grande ville, il y a certainement
des cours qui vont à ce rythme dans une synagogue.
Et vous avez maintenant un cours en audio sur la page
quotidienne de Talmud en français: http://www.hadafhayomi.co.il/index.php?l=fr&from_chk=1
Evidemment, cela ne suffit pas d'entendre la traduction
et l'explication rapide, il faut aussi acquérir
les bases précises, c'est ce que vous donne Modia:
http://www.modia.org/lev-gompers/index.html
Certaines années et celle-ci, ce Chabbate
présente des particularités car il précède
la fête de Pourim (13 Adar, c'est le jeûne
d'Esther; le 18 ou 15 Adar, c'est Pourim, voir
le lien ici). Pour cela, ce Chabbate est nommé
Zakhor (souviens-toi) car on y réalise
la mitsva obligatoire d'évoquer le souvenir
d'Amalek, l'ennemi mortel des Juifs, de générations
en générations et on lit ce passage
dans un second livre de la Torah (Dévarim 35,
17-19) après avoir fermé le premier.
Cela en liaison avec la haine de Amane envers les
Juifs du temps d'Esther. Rien n'a changé. L'humanité
n'a pas progressé d'un millimètre et
n'a rien appris.
On doit aller à la synagogue pour entendre
cette lecture en public le soir puis le matin.On ne
fait pas la bénédiction de la Torah
avant de lire ce passage. On pense que le lecteur
nous représente et, lui, doit être conscient
qu'il représente le public (tisbour)
pendant cette lecture. Car on doit bien comprendre
et se souvenir de tout cela pour être vigilant
et haïr ces personnages et s'en défendre.
C'est une obligation.
Pour cela, le lecteur veillera à lire très
posément pour être bien entendu et compris.
Et celui qui sera dans l'impossibilité,
comme un malade, de l'entendre en public depuis
le Séfer Torah, devra le lire en privé.
Voici ce texte, bref qui est à la fin de la
paracha Ki-tétsé.
et sa traduction:
"Zakhor éte achér-âssa
lékha Âmaléq.
Souviens-toi de ce que t'a fait Amaléq sur
le chemin quand tu sortais d'Egypte.
Comme il t'a surpris sur la route et s'est jeté
sur toi et sur tous ceux qui traînaient derrière
toi,
et toi tu étais épuisé, à
bout de forces, et lui ne craignait pas D.ieu.
Et c'est pourquoi, quand Il t'aura débarrassé,
Hachém ton D.ieu, toi, de tous tes
ennemis qui sont autour dans la terre d'Israël
que Hachém ton D.ieu te donne en héritage
pour la posséder;
tu effaceras le souvenir d'Amaléq de dessous
les cieux, ne l'oublie pas".
Chacun de ces mots est à méditer
et à prendre pour soi dans tout son sens,
aujourd'hui. C'est une obligation de la Torah.
On lit ensuite la haftarah en I Samuel 15,1-32. Les
Achkénazes commencent au second verset.
Dans beaucoup de communautés, on étudie
le rouleau d'Esther.
|
Question-réponse
Souvent des lecteurs m'écrivent pour me demander
comment étudier. Cette étude peut leur montrer
- comment on se place devant le texte pour y recevoir
les enseignements qui y sont placés,
- comment on découvre en suivant la méthode
d'analyse des Sages,
- comment on travaille l'hébreu pour mieux comprendre,
- l'organisation du savoir (notes, mémoire) qui
est nécessaire,
- l'apprentissage des niveaux simultanés dans la
méthode d'analyse,
- les notions connexes qu'il faut travailler (par exemple
: chabbate, chronologie),
- l'audition de la paracha pour la lire en même
temps,
- l'interrogation personnelle pour s'impliquer et étudier
avec le coeur.
- Enfin, accepter authentiquement de vivre l'enseignement
dans le concret de la vie personnelle et du peuple.
I.
Thèmes de la paracha
La paracha reprend le récit des prescriptions concernant
le Sanctuaire qui devra être réalisé
grâce aux dons remis "par les gens au cœur
généreux", puis elle décrit
la construction du Sanctuaire et de ses ustensiles.
Mitsvotes
La paracha ne comprend qu'une seule mitsva, la 115°,
celle de ne pas faire de feu pendant le Chabbate (lo
tévaârou éche... béyom haChabbate,
Chémote 35, 3). Nous verrons le lien de cette
mitsva à tous ces thèmes.
Résumé de la paracha
Cette paracha nous enseigne l’ordre de l’univers, l’ordonnancement
de ce qui se passe dans le temps, notre tâche dans
ce contexte : nous "rassembler". Cela veut dire :
- être ensemble à un certain niveau de très
grande qualité,
- agir avec cette qualité dans l'espace (vivre
comme sanctuaire)
- et dans le temps (vivre dans le Chabbate)
- selon le modèle donné par Hachém,
- et cela dans une attitude relationnelle (la réciproque
du don maximum qu’Il nous fait).
C'est ce que nous allons explorer
Il n'est pas étonnant que cette paracha nous soit
donnée à l'approche de la
fête de Pourim qui, malgré toutes les
difficultés de notre histoire et toutes les difficultés
personnelles de chacun, nous a révélé
que l'ordre du monde est mené par la bonté
du Créateur.
Dans ce contexte, où nous avons compris que nous
n'habitons pas chez les autres qui seraient les acteurs
puissants de l'histoire, la paracha vient nous apprendre
comment vivre chez nous, dans un lieu magnifique qui est
nommé michkane ou mikddache (lieu de
résidence et de sainteté). D.ieu dit
: Je serai "miqddaché" par eux, Je résiderai
en eux ; traduction non élégante mais qui
exprime exactement la phrase hébraïque.
Cela parce que la Torah n'est pas dans les cieux (lo
ba chamayim hi) mais nous la vivons ici.
II. Etude de la paracha selon le pchate,base
de toute étude de la Torah
Le pchate est le sens littéral, c'est comme
les fondations d'une maison ; jamais,
dit Rachi, la Torah ne sort de son pchate, même
si nous avons l'obligation de connaître ses autres
niveaux. Rechercher le pchate, c'est le faire d'abord
sur le sens du mot qui désigne la paracha, pour
comprendre tout l'axe de la paracha. Ici Vayaqhel.
Il y a beaucoup de mots en hébreu pour dire
"rassembler", il faut en connaître les nuances ;
quel est donc le sens de celui-ci : vayaqhel.

Examinons ces nuances et apprenons-les.
- le verbe kalal assemble sous forme de généralité
ou de globalité ; le klal est une règle
générale. Son contraire est le particulier,
prate. Un collel rassemble ceux qui se mettent
dans une direction générale commune.
- le verbe assaf assemble dans un lieu unique sous
forme de collection nombreuse pour l'y protéger
et l'y conserver ; une assefa est une réunion
professionnelle ou autre ; ossef, est une collection
d'objets, de papiers, de matériaux. On rassemble
aussi ses forces. Se rassembler en ce sens est léhitasséf.
- le mot kénés indique un ramassage
; un kénés ou kinous est un
congrès de gens informés, invités
et rassemblés. Se rassembler en ce sens est léhitkannés.
- le verbe ganaz rassemble mais en un endroit caché
; la guéniza est le lieu où l'on
dépose pour les protéger les documents anciens,
précieux et abîmés que l'on ne veut
pas détruire mais en les mettant hors d'usage.
- le verbe 'haver assemble sous forme de lien ;
une 'hévra est une réunion de gens
liés par une amitié ou un but. Un 'hévér
est une ligue.
- le mot kate assemble sous forme de collection
restreinte ; une kate est une secte. Beaucoup de
mots désignent cette collection restreinte. Une
kita est une classe d'élèves. Une
mioute est une minorité. Une miflaga
est un parti, ce qui divise et est composé de partisans
(alors que la politique devrait être l'union pour
le bien commun!). Une ma'hlaqa est un département.
Un anaf est une branche. Ta est une cellule.
'Havila est un paquet. Une amouta
est une association. Un 'houg est un cercle. Un
gouf est un corps. Un vaâd est un
comité de gestion ; une vaâda est
une réunion de ce comité. Mifgache est
une rencontre comme la péguicha.. Une
ténouâ est un mouvement.
- le mot chévéte est une tribu.
- le mot molédéte est la patrie.
- le mot êda assemble sous forme de l'origine
commune ; une êda est une communauté
comme la êda des juifs éthiopiens,
français, etc. Le léoum est la nation,
la nationalité.
- le mot tsibour assemble sous forme publique anonyme
; le tsibour est le public.
- le verbe qabéts assemble sous forme d'adjonction
qui centralise ; un qibbouts est l'endroit qui
rassemble des gens différents pour un but commun
et identique. On parle de qibbouts galouyote, le
rassemblement des dispersés du peuple juif dans
leur même lieu d'identité, Israël. Se
rassembler en ce sens est léhitqabbéts.
- le verbe chamâ (comme écouter) signifie
"saisir moralement" et rassembler en convoquant comme
dans le 1e livre de Samuel 15, 4 et 23, 8. C'est le sens
aussi du verbe zaâq.
- le mot îm signifie avec, et le mot âm,
de même écriture, signifie le groupe communautaire
dans la consience de l'appartenance identique : le peuple
juif, haâm hayéhoudi. La a'hava
est la fraternité. La a'hdoute
est l'unité.
- le verbe qalat signifie rassemble en cueillant.
J'ai "saisi" et compris ce que vous dites, j'y ai fait
attention et je l'ai acquis.
- la racine lakéd comporte l'idée
de faisceau rassemblé ; on parle du likoud
comme parti politique de rassemblement. lélakkéd,
c'est rassembler pour une cause noble. Un rassembleur
est un mélakkéd ou un lakhdane.
Se rassembler en ce sens est léhitlakkéd.
- le mot hamone signifie la foule nombreuse et
anonyme.
- le miniyane est un groupe de 10 personnes
nécessaires pour la prière.
Tout cela nous montre que le choix était grand
parmi les mots hébraïques pour nommer la forme
du rassemblement que souhaite Hachém pour
Son peuple et, ce qu'Il choisit, c'est un autre mot: le
"haqél". Pourquoi?
Il vient de la racine qahal qui indique
une assemblée mais de très haute qualité.
Ainsi une maqhéla est une chorale, assemblée
pour la beauté du chant. A la synagogue, celui
qui va parler s'adresse à l'assemblée et
lui dit qahal qadoche vé nekhmad, assemblée
sainte et agréable. La qéhila
est la congrégation que l'on apprécie. Le
roche haqqahal est le président de
l'assemblée que l'on respecte. La qéhilia
est le terme dérivé qui indique aussi
bien le Commonwealth que la république ou la communauté
de langue. Qéhal hattsofim est l'ensemble
des spectateurs tendus vers la même scène.
Daâte haqqahal est l'opinion publique que
l'on considère dans la qualité de ce que
ce groupe pense. Hitqahalout est un rassemblement
qui se produit pour des idées politiques dans la
rue.
Pourquoi ce long exposé qu'il nous faut apprendre
? C'est que le judaïsme
est une science concrète du rassemblement des hommes
dans une certaine haute qualité précise,
une morale disent certains, d'une façon abstraite
qui ne rend pas le caractère concret ni la mission
de ce peuple. Et il a à rassembler les hommes dans
le meilleur du monde qui n'est pas "son "propre programme
mais c'est se placer dans la source des bénédictions
ensemble. Là il n'est pas d'impérialisme
politique. Ni de profit, rien que yirate chamayim
(la crainte du Ciel), la tsénioute (pudeur)
et le service (la kéhouna), être cohen,
fonctionnaire de la lumière de bénédiction
pour le bien des nations.
Nous voyons à travers cela des dérivées
par le souci des Juifs de s'occuper du bien commun en
tous pays par la politique. Les autres disent "ils sont
partout" et c'est exact. Il ont reçu ce souci mais
c'est la Torah qu'ils ont à manifester et d'abord
à vivre entre eux, en dispositif qui a un lieu
pour cela : la Torah, la terre d'Israël, l'insertion
dans le peuple d'Israël et le chabbate, c'est une
seule et même réalité, nous allons
le voir. Voilà pourquoi le débat en Israël
sur l'observation du Chabbate est continu et si important.
Ensuite, la forme de ce mot ; le mot vayaqhel
est un hifîl, forme grammaticale qui n'existe
pas en français et qui signifie "faire faire" :
Moché fit rassembler. Rachi nous le fait remarquer.
Il ne suffit pas d'écrire une théorie morale
; il faut agir pour rassembler les hommes.
Pourquoi ce hifîl ?
- Parce qu'ils avaient commis la faute du veau d'or et,
donc, ils ne seraient pas venus spontanément vers
une plus haute qualité.
- Egalement parce que le visage de Moché était
lumineux de la présence divine et ils auraient
trouvé prétexte en cela pour s'en éloigner
(car "il ne faut pas être fanatique ni excessif
dans la religion", dirait-on aujourd'hui, comme souvent
nous nous éloignons de la Torah justement parce
que nous la trouvons trop divine et trop belle.
- Et aussi parce qu'il y avait parmi eux le êrév
rav, une partie de gens qui n'étaient pas des
béné Yisrael et qui s'y étaient
adjoints avec des motivations pas entièrement pures
et ce sont eux qui suscitaient les descentes de niveau
dans le peuple ; ils se seraient opposés à
une demande simple et directe.
Il ne s'agit pas de rassembler les hommes comme le font
tous les partis politiques sur un point particulier (parti,
partisan) à promouvoir et à imposer aux
autres selon des règles de décision qu'on
manipule sans cesse; il faut les faire rassembler car
il s'agit qu'ils soient mûs par ce qui est supérieur.
On le voit, il faut apprendre l'hébreu pour bien
lire la Torah. C'est la gloire de Rachi de nous avoir
enseigné cela. Que cette petite étude soit
envers lui un acte de reconnaissance.Une
page du site rassemble les liens de ces études
de vocabulaire qui permettent de comprendre exactement
la Torah. Vous aurez aussi le plaisir d'apprendre l'hébreu
de la vie de tous les jours qui est le même que
celui de la Torah. Seulement en Israël on peut vivre
cela, ou dans votre coeur déjà!
Vous voulez voir toute l'ampleur réalisée
du programme qu'avait Moché en ce mot qahal?
C'est chez David le roi-poète que vous le trouverez,
dans le psaume 89, c'est le chant de l'assemblée
des saints, qéhal qédochim (89, 6).
Vous y verrez, verset après verset, la description
précise de ce qu'est l'univers pour le Juif conscient
de ce qu'est son peuple.
Un tel peuple est décrit par les verset 2 et 3
de notre paracha.
C'est un peuple de gens de coeur (lev) et de largesse
de coeur. Le nadiv, c'est celui qui a bon coeur
(lev tov), qui donne volontiers (notén
bé ratsone) et sans calcul de ses biens pour
qui sont dans le besoin. C'est vraiment une qualité
du peuple d'Israël: bon ou méchants savent
donner sans fin, les bénévoles pour l'aide
gratuite (mitnadévim) et ceux qui
font sans cesse la tsédaqa ne se comptent
pas. La hitnadevoute est le volontariat. Lisez
Chofétim 5, 9 et Né'hémia 11, 2.
Une nédava est un don, terme employé
particulièrement chez les Sépharades. Il
y a quelques jours, je rencontre un vieux à Jérusalem;
je l'aime beaucoup, il rayonne toujours et dit quelques
mots de Torah qui vous remplissent de joie jusqu'au fond
de vous; je l'aborde et lui dis combien je suis content
de le voir et combien cela me fait du bien. Il me répond
sans défense: "je tiens cela de ma mère
qui était une femme tellement bonne et rayonnante,
je vois toujours son visage, et elle tenait cela de mon
grand-père, on vivait à Jérusalem
déjà, il était tellement bon, et
quand il a construit sa maison, il a fait un étage
entier pour les orphelins, pas moins".
Au contraire, nous voyons trop dans la société
les "partis" politiques se diviser et se nuire,
s'exclure et s'injurier. Et le comble est que des partis
vont jusqu'à mettre dans leurs programmes la haine
d'une certaine catégorie sociale, et veulent parvenir
aux postes ministériels pour enlever des avantages
sociaux à ces catégories nécessiteuses.
Ou pour éliminer une communauté (êda)
d'origine.Il faut vraiment lutter contre ces tendances
même si elles se camouflent derrière des
idéologies soi-disant nobles: voulant détruire
un organe, elle détruisent tout le corps vivant.
C'est un problème crucial dans le peuple juif,
et en Israël. Notre paracha nous apprend que nous
devons nous mobiliser contre cela, afin de réaliser
une unité avec nos différences. Chacun doit
donc s'engager dans cette tâche là où
il est. Et ne pas se contenter de lire l'information sur
ces conflits pour se ranger dans un camp partisan de division.
III. Une autre avancée. Etude selon le middrache.
Lien avec la mitsva de la paracha.
En conséquence de ces deux points (le rassemblement
et la seule mitsva de la paracha), le Chla
commente le rapport qu'il y a entre le Chabbate et le
Sanctuaire, lieu central du rassemblement.
Une remarque : les sujets réunissants ces deux
thèmes sont si grands, si importants et si nombreux
dans cette fin du livre de Chémote qu’il semble
indécent pour tout humain d’oser s’exprimer et
de choisir un axe plus qu’un autre, alors que le visage
de Moché rayonnait en tous sens rien que d’en parler.
Notre étude doit donc s’exercer sur des sources
sérieuses.
Etudions le verset de Chémote 38, 21: "éllé
péqoudéï hammichkane michkane (voici
les comptes du sanctuaire, le sanctuaire"...).
Selon le niveau d'interprétation que l'on nomme
middrache, parmi les quatre niveaux possibles,
cette répétition hammichkane michkane
(le sanctuaire sanctuaire) nous fournit plusieurs enseignements
basés sur le doublet et parallélisme entre
ce Sanctuaire du bas sur cette terre et le Sanctuaire
d'en-Haut :
1. Un lien réunit chamayim vaaréts,
le ciel et la terre : la Torah nous apprend comment le
haut et le bas sont coordonnés.
2. En conséquence, il y a une force qui pourrait
nous mouvoir : c'est le Temple, car le Sanctuaire du bas
y attire la force du Sanctuaire d’En-Haut.
3. Hachém assure ce don qu’est cette liaison
du haut et du bas, comme l’explicite Rabbéinou
Bé’hayé : bano vaniti beit zévoul
lakh makhone léchivtékha ôlamim,
“J’ai bâti ce Sanctuaire (d’En-Haut) nommé
zévoul pour Toi Hachém
et ce sera Ta résidence éternellement” (I
Mélakhim 8, 13).
4. Mais ce n'est pas un programme de mystique éthérée
et irréaliste, car le roi Chlomo (Salomon)
qui nous rapporte ce verset, nous y indique que nous pouvons
vivre ce programme dans l’état réaliste
de brouillard (ârafél) qui caractérise
l’existence : "az amar chlomo Hachém amar lichkone
baârafél" (alors Chlomo a dit : Hachém
a promis de résider dans ce brouillard).
Rôle de liaison qu’est le Chabbate dans ce
plan
La fonction du sanctuaire est de rétablir la
relation de bonheur qui a existé entre Dieu et
l'homme créé : ainsi, le Chabbate
lui-même nous rend participants de ce "monde à
venir" qui reprend et réalise le plan initial,
il préfigure un monde qui sera totalement Chabbate
; chaque membre du peuple d'Israël en est déjà
une part. Aujourd'hui, le Chabbate nous le fait vivre
et sentir dans l'organisation du temps et dans l'organisation
de l'espace, et dans l'organisation des relations et de
notre propre être. La maison particulière
devient ainsi un miqddache qatane, un petit
sanctuaire.
La paracha nous demande tout-de-suite de protéger
cet état de qualité si haute et ce collectif
de qualité en n'y faisant pas de feu, qui réfère
à la brutalité de la production concrète.
On comprend maintenant pourquoi la Torah et nos Sages
ont organisé de façon très concrète
la protection du Chabbate, par quelques interdictions
supplémentaires, car on ne peut vivre cet état
de bonheur ici sans l'organiser concrètement ;
la sortie des automatismes de travail et d'agitation et
de préoccupations ne se réalise pas sans
une protection.
On ne reçoit pas sans préparation des amis,
de même pour le Chabbate qui est de cet ordre de
ce qui nous est précieux, et bien au-delà.
Développons ce que nous en disent les commentateurs
à travers la paracha.
Une habitation dynamique orientée.
Le peuple juif doit vivre sur notre terre dans
la cohabitation avec Hachém, dans un état
qui doit se rapprocher de la nature et de la qualité
du sanctuaire
Les Sages insistent sur le fait que toute cette expérience
optimale d’ici-bas renvoie à un parallélisme
qui existe avec le sanctuaire d'En-Haut .
En effet, si nous sommes ce lieu-sanctuaire (comme le
dit Chémote 15, 17 : makhone léchivtékha
paâlta Hachém, "une place pour
y demeurer Tu l'as réalisée, Hachém"),
le mot michkane (place d'habitation) qui paraîtrait
statique peut être lu, simultanément, dans
les mêmes lettres, en dynamique (mékhouvane,
orienté), comme l’indique le middrache Tan’houma,
sur Péqoudéï ch. 2. Il faut essayer
de garder cette conscience de la dynamique, de la
tension et du geste chaque fois que nous sommes
dans le domaine du religieux. Les poèmes
sur Jérusalem manifestent cela ou cette photo
(auteur inconnu auquel je rends hommage) lors du retour
des Juifs d'Ethiopie: c'est toucher le concret, au Kotel,
le mur, où on se rassemble dans un mouvement
du coeur vers le haut et dans un sentiment collectif.
Temple et centralité
Cela veut dire que notre lieu de sanctuaire nous relie
dynamiquement au sanctuaire d'En-Haut où tout est
Chabbate et bonheur. On comprend ainsi l'importance
du Temple réel comme centralité de toute
la vie juive, de la prière, et dans toute l'histoire.
Il nous enseigne cela, le rappelle, en organise la pédagogie;
mais il est plus qu'une image, il est le véhicule
et le régulateur de cette vie double.
La vie double
Dressons donc, par 8 exemples de la Torah, le parallèle
entre la Création, le Sanctuaire et nous-mêmes
pour que nous puissions, après avoir bien saisi
le projet, découvrir personnellement où
et comment peut se réaliser en nous cette Création.
Le Chla reprend ce schéma pour montrer que Moché
a accompli cette besogne quand il a construit le Sanctuaire.
Pour bien être sûr qu'il s'agit de ce projet,
les termes qui décrivent l'action de Moché
dans la construction du Sanctuaire sont les mêmes
que ceux utilisés lors de la Création du
monde. Le Middrache Tan’houma (chapitre 2 concernant
notre paracha), Rabbéinou Bé'hayé
et le Chla, nous montrent la similitude de l’espace-temps
de la Création et de l’espace-temps du Sanctuaire.
Huit exemples fournis dans la précision du
texte de la Tora
1e exemple : pour les tentures :
- dans la Création du monde, Hachém
étend les cieux comme des tentures : "c'est Lui
qui déroule les cieux comme une tenture légère,
qui les déploie comme un pavillon, pour sa résidence"
(hannoté khadoq chamayim va yimta’hém
kaohél lachavéte, Isaïe 40, 22)
et aussi le psaume (104, 2 : noté chamayim kayériâ)
;
- de même, dans la réalisation et la mise
en place des tentures du Sanctuaire : tu feras des tentures
en poil de chèvre pour en faire des pavillons sur
le tabernacle (véâssita yériôte
îzim léohél âl-hammichkane,
Chémote 26, 7).
Il importe de ne pas aller trop vite dans la succession
des idées pour bien ressentir et percevoir intimement
les implications de ce parallélisme créateur
d’univers et de vie. Comme nous l'avons vu, nous avons
à cohabiter avec Hachém, l'homme
doit être revêtu de l'honneur et de la beauté
de Hachém dans son être et dans son
apparence, jusqu'aux vêtements (paracha
précédente) ; donc, l'organisation
de son lieu et de ses tentures doivent refléter
en quelque sorte l'organisation du monde divin comme résidence
commune de bonheur.
2e exemple : pour l’eau :
- il est dit lors de la Création : yiqavou hammayim,
“que les eaux se réunissent” (Beréchite
1, 9);
- et il est dit, de même, dans le sanctuaire : véâssita
kior né’hochéte, “et tu feras
un bassin de cuivre” (Chémote 30, 18).
3e exemple : pour la lumière :
- il est dit lors de la Création : yéhi
méorote, “qu'il y ait des luminaires” (Beréchite
1, 14);
- et il est dit, de même, dans le sanctuaire: véâssita
ménorate zahav taor “et tu feras un chandelier
d’or pur” (Chémote 25, 31).
4e exemple : pour les oiseaux :
- il est dit, lors de la Création : véôf
yéôféf, “que des animaux volant
volent” (Beréchite 1, 20);
- et il est dit, de même, dans le sanctuaire: véhayou
hakkérouvim prechéï khénafim,
“et les chérubins auront les ailes étendues”
(Chémote 25, 20).
5e exemple : la création de l'homme :
- il est dit, lors de la Création : vayivra
éloqim éte haadam, "Et Eloqim créa
l'homme" (Beréchite 1, 23);
- et il est dit, de même, dans le Sanctuaire : véata
haqrév éléikha éte aharone,
"et toi, fais venir à toi Aharone..." (Chémote
28, 1).
6e exemple : l’achévement :
- il est dit, lors de la Création : vayékhoulou
hachamayim vééte haaréts, “et
les cieux et la terre ont été achevés”
(tout le potentiel est dressé comme une table pour
que l'homme continue à le mener à son terme,
et le texte de la bénédiction du qiddouche
du soir de Chabbate nous situe dans ce programme de Hachém),
- et il est dit, de même, dans le Sanctuaire : vatékhél
kol-âvodate michkane, “ainsi fut terminé
tout le travail du tabernacle, les bnéi yisrael
l’avaient exécuté en agissant, en tout point,
selon ce que Hachém avait ordonné
à Moché (Chémote 39, 42).
Moché a réalisé cette tâche
jusqu'au bout : vayékhal Moché éte
ha mélakha, et Moché termina la
tâche (Chémote 40, 33).
A notre niveau, chacun peut se demander
- s’il a terminé la tâche qui lui est demandée
personnellement dans la construction de ce monde meilleur,
- si le peuple a terminé de se bâtir
lui-même en Sanctuaire,
- si nous contribuons à réunir tout le peuple
dans nos attitudes, nos réflexions, spécialement
concernant les groupes d'origine, de politique, de religion.
- de même son pays, Jérusalem, le lieu
du Temple, etc.
7e exemple : la sainteté, qéddoucha
:
- lors de la Création : vayévarékh
éloqim éte yom hachéviî vayiqaddéche
oto, "Eloqim bénit le septième jour
et le proclama saint" (Beréchite 2, 3);
- et il est dit, de même, dans le sanctuaire : vayévarékh
otam Moché (Chémote 39, 43) et
également vayéhi béyom kalote
Moché ... vayéqaddéche oto vééte
kol kélav, “le jour où Moché
eut achevé de dresser le michkane, il le consacra”
(Bamidbar 7, 1).
8e exemple : pour le rythme du Chabbate :
- dans la Création : ki vo chavate, “parce
qu’en ce jour il se reposa”;
- et il est dit, de même, dans le sanctuaire:
chéchéte yamim taâssé mélakha
ouvé yom hachéviî yiyé lakhém
qod
“pendant six jours on travaillera mais, au septième
jour, on aura une un repos saint en l’honneur de Hachém"
(Chémote 35, 2).
De la méthode d'étude au sens vécu
Cette étude rigoureuse du texte, selon la tradition,
était indispensable pour nous faire comprendre
notre histoire, notre espace juif de la terre d'Israël,
et en quoi nous sommes concernés pour mener à
terme cette tâche prescrite au peuple juif pour
le bien de toute le création. Nous ne vivons pas
l'espace comme les autres hommes, ni Israël comme
un autre pays. Même les opposants au projet juif
en Israël sentent l'importance de ce point: ils luttent
contre ce fait qu'Israël est un espace particulier,
et est régulé par des temps particuliers.
Ils veulent y imposer les rythmes des autres peuples et
des autres pays (pas de Chabbate mais des fêtes
comme Noël ou la Saint-Sylvestre, St Valentin, carnaval,
etc).
Le Middrache Tan’houma s’arrêtait là,
mais Rabbéinou
Bé’hayé montre qu’on peut étendre
cette règle découverte et y ajouter de nombreuses
autres considérations.
Tout cela est pour nous montrer que ce qui se passe ainsi
en parallèle implique des niveaux qui nous concernent
directement :
- deux niveaux parallèles, celui du sanctuaire
d’En-Haut et celui d’en-bas, les cieux et la terre : léhodiâkha
chéchékoula malékhéte hammichkane
kénégued chamayim vaaréts,
- une application directe et relationnelle est donnée
par Moché à la suite de tout cela : qe’hou
méitekhém térouma laChém (donnez
de vous une offrande à Hachém...
Chémote 35, 5).
Ainsi donc, un unique et identique bon usage de la réalité
nous est proposé sur trois plans différents
: le sanctuaire d’En-Haut, le sanctuaire d’en-bas, nous
comme sanctuaire et acteurs. L'être de l'homme-Juif,
son moi, son ani, est informé dans
la vie de Celui qui se nomme Ani, le seul vrai
Moi, dans la Torah. Il faut bien réaliser
que, en Israël plus que partout ailleurs, chacun
et les hommes ensemble ont à être au niveau
de ce en quoi nous avons été créés:
à l'image d'En-Haut. C'est pour cela aussi que,
avant la prière de la âmida, nous faisons
trois pas en arrière puis trois en avant pour nous
retirer de nos espaces médiocres et pour avancer
vers la qualité (le 1e pas vers la terre d'Israël,
le 2e pas vers Jérusalem, le 3e pas vers le Temple
et son Saint des Saints, cela en qualité intérieure
de l'être), voir ce
lien qui l'explique.
Effectivement, cette paracha nous enseigne l’ordre de
l’univers, l’ordonnancement de ce qui se passe dans le
temps, notre tâche dans ce contexte : agir selon
le modèle donné par Hachém
et cela dans une attitude relationnelle, qui est
la réciproque du don maximum qu’Il nous fait.
Rabbéinou Bé’hayé nous incite alors
à l’appliquer à d’autres dimensions avec
créativité (mi tokh ha clal ha zé
ché lamadnou noukhal lé’hadéche ouléhotsi
qétsate min happratim, "de toute cette
généralité que nous avons apprise,
nous pourrons renouveler et faire sortir quelque chose
en ce qui concerne des applications modestes"), et
il l’applique d’abord à la dimension de la fécondité
sur tous les plans :
- lors de la Création : "voici les engendrements
de fécondité des cieux et de la terre dans
leur acte de Création" (Beréchite 2, 4) ;
- dans le Sanctuaire : ou khévod Hachém
malé éte ha michkane,"car la gloire
de Hachém emplit le Sanctuaire..." (Chémote
40, 35).
Insertion dans notre existence : l'espace
Réflexion personnelle
Il ne s'agit pas de créer ici une théorie
ni une cosmologie abstraite, mais nos Sages nous indiquent
que toute cette science nous est donnée pour en
tirer des enseignements pour l’action : "achér
bara eloqim laâssote, que D.ieu a créé
pour réaliser (Béréchite 2, 3)".
Le Chla nomme cette insertion de la Torah Dérekh
'hayim, chemin de vie, voie de vie.
Cet ensemble des commentaires de nos Sages nous pose
donc quelques questions graves, immenses, qui concernent
ces différents parallélismes recensés
:
- qu'en est-il de la lumière dans notre
vie, est-elle améliorée chaque jour comme
le faisait Aharone ?
- qu'en est-il de notre pouvoir de placer la
présence de Hachém dans notre existence
; comme constante, comme force, comme présence,
dans les instants les plus simples, dans les actions
les plus concrètes ? Ainsi qu'il est dit : "Atem
ha dévaqim ba Hachém Eloqékhem,
'hayim coulekhem hayom, vous qui êtes adhérents
à Hachém et par Lui, des vivants
vous êtes tous".
- qu'en est-il de la tension de nos ailes et
de notre envol face à l'autre, y-a-t-il face
à face (Chémote 37, 5), y-a-t-il mouvement,
y-a-t-il présence et parole de Hachém
en ce lieu qui est le lieu exact où se place
la Chékhina, présence divine, et
d'où elle parle ?
- qu'en est-il de notre tâche allant jusqu’au
bout du rêve de Hachém pour Son
peuple et pour Sa Création ?
La tradition nous demande de nous poser ces questions, selon
la pédagogie de la Haggadah de Pessah. Un poète
juif, Jean-Jacques Goldman, a dit justement et chanté
: "j'irai jusqu'au bout de mes rêves". Le Juif et
le peuple juif que nous sommes vont-ils jusqu'au bout de
ces rêves de leur Créateur, maintenant? Chacun
devine bien de quoi il s'agit au niveau des changements
qu'il a à réaliser dans ses priorités,
dans ses formes de relation, dans le lieu où il habite,
etc.
Application à Israël, notre espace
Si beaucoup ressentent que notre pays ou notre nation
s'embourbent maintenant dans des querelles secondaires,
perdent parfois le sens des idéaux qui l'ont rebâti
dans les décades précédentes, c'est
aussi parce que nous avons construit sans percevoir suffisamment
quel est le phare et le foyer qui doivent mouvoir toute
cette reconstruction : la discussion reste au plan
de la "surface" de territoires comme taille défendable.
Mais la tradition nous enseigne bien plus, il ne s'agit
pas seulement de la capacité de se défendre
pour vivre en cessez-le-feu ou en paix avec un environnement,
il s'agit de découvrir ce QU'EST "ce" lieu,
"sa" puissance de vie, "son" être comme foyer de
rencontre et comme rayonnement.
En Israël, on parle beaucoup du "vide" des propositions
culturelles de ceux qui veulent seulement être extérieurs,
"comme" les autres pays, "comme" les autres nations, etc.
Il va de soi qu'il est absurde d'accuser ceux qui n'ont
pas conscience de la richesse de notre spécificité
nationale, car ils n'ont pas eu ce minimum d'éducation
de leur tradition sur "leur propre" être : c'est
la conséquence de la dispersion dans des cultures
autres avec le mélange de pression pour l'assimilation
et de la persécution.
Il s'agit seulement, maintenant, de REPRENDRE CONSCIENCE
de sa propre maison et de son propre être. De
notre maison commune. Il est même choquant d'accuser
ou de dévaloriser quiconque, au lieu de partager,
à l'intérieur de la famille: ce qu'il faut,
c'est faire savoir, modiâ.
Tout le temps perdu en discussions et affrontements devrait
être utilisé en partage de cette source
commune de vie. Ils sont nombreux ceux qui connaissent
cette source ; ce qui serait choquant c'est s'ils ne la
partagaient pas.
L'importance des images
de la terre d'Israël sur ce site, et le
regard de Moché mis en page d'accueil, doivent
être vus en ce sens: pour éveiller notre
vibration, et y vivre déjà dans le regard
qui touche l'intérieur de notre être.
Israël devient alors le coeur de la vie du corps
et non pas un lieu de rêve, ni un lieu de vacances,
un lieu de retraite mais "la maison dont nous recevons
la vie".
Insertion dans notre existence : le temps
Dans la dernière partie de son commentaire, le
Chla prend un exemple concret des implications de ces
enseignements : il est dit de ne pas allumer de feu pendant
le Chabbate (lo tévaârou éche...
béyom haChabbate, Chémote 35, 3). Il
s'agit, certes, du feu concret (niveau d'analyse appelé
le pchate), mais il s'agit également de
l'interdiction d'éviter, pendant le Chabbate, tout
ce qui peut ressembler à la colère, à
l'emportement dans les relations et en soi-même,
à l'intensité de la tristesse et des soucis.
Cela afin de remettre notre temps au niveau des sources
de la vie qui rendent ce monde entièrement bon.
On comprend pourquoi Aharone, le grand prêtre est
appelé "homme de la paix", pourquoi il portait
sur son coeur 12 pierres précieuses qui représentaient
les 12 composantes du peuple d'Israël, pourquoi les
parfums si importants au Temple ou pour sauver le peuple,
c'est tout ce qui peut éveiller notre conscience
envers cette beauté supérieure d'Israël.
Le peuple juif est un peuple du lien entre les niveaux
L'homme moderne aime ne voir que la technique et il s'étonne
qu'elle détruise et aboutisse aux génocides
continus sur toute la planète. C'est qu'il sépare
les plans qui gèrent l'ensemble de la vie. Le contact
est alors perdu avec la fusée. Rabbénou
Yosséf Caro montre l’erreur de R. Elicha ben Abouya
qui a voulu présenter les mondes comme séparés
: certes, le monde d’En-Haut est entièrement bon
et ne peut être altéré en rien, mais
notre monde intermédiaire est altéré
par nos fautes et nous devient alors opaque comme la peau
d’Adam qui perdit la lumière après la faute
; l’homme se fait alors mal à lui-même. Dans
cette zone intermédiaire où nous vivons,
nous pouvons en faire un lieu de rencontre sainte ou d’inattention,
comme dans toute relation affective profonde.
On comprend mieux alors ce qui est demandé
aux bnéï Yisraël lors de l'édification
du Sanctuaire pour que Hachém "habite en
eux", et ce qui nous est demandé par ces textes
qui sont là pour nous éclairer sur ce que
nous pouvons et devons être en tant qu'humains vivants
de la vie pleine de la Création.
Pour parvenir à l'entendre, on comprend l'importance
de l'écoute qui rythme toutes les journées
des Juifs : chémâ Yisraël, écoute
Israël.
Mais le peuple juif est-il capable de vivre et de
représenter un tel programme?
Basons-nous sur l’exemple de Moché qui nous
est donné pour prendre courage et entreprendre.
1- En fin de ce livre de Chémote 39, 33,
il est dit : on apporta à Moché le tabernacle
et la tente avec toutes leurs pièces (vayaviou
éte hammichkane)... et Rachi commente : “parce
qu’ils n’étaient pas capables de le monter (c’est
bien notre problème, individuellement, en famille,
en groupe, en nation)... personne ne pouvait le monter
à cause du poids énorme des planches que
personne n’avait la force de soulever (cette immensité
de l'enseignement, de la mission, de l'histoire, des ennemis,
etc).
2- Et c’est Moché qui le monta, cependant.
Comment ?
Moché , selon Rachi, avait dit devant Haqqadoche
baroukh hou : "comment le montage pourrait-il se faire
de la main d’homme ?" (eikh éfchar aqamato âl
yédé adam ?).
Dieu lui a répondu : "mets-toi à l’œuvre
toi-même de ta propre main (âssoq ata béyadékha)
et il te semblera que c’est toi qui l’a monté"
(nireé kéméqim).
3- En réalité, par cet engagement
de l'homme dans l'action, le Sanctuaire s’est dressé
et s'est monté de lui-même (véhou
nizqaf véqam méélav) et c’est
ce que signifie le texte en Chémote 40, 17 : il
fut dressé le tabernacle (vézéhou
ché néémar houqam hammichkane houqam
méélav middrache).
Qu'il en soit ainsi, par le travail concret de chacun,
pour la reconstruction de notre peuple revenant à
son identité, pour la reconstruction de la liberté
de notre peuple de vivre selon Sa Torah sur Sa terre d'Israël.
Beaucoup se demandent comment avancer dans le judaïsme
qui comporte tellement de pratiques, de connaissances,
d'exigence. C'est très simple: commencer un peu
plus, concrètement, et cela s'intègre vite
et permet un élargissement naturel ensuite.
Conclusion
Une seule conduite nous est demandée, en trois
points, selon les termes précis du Middrache
Tan’houma :
- étudier ce plan de vie qui relie les différents
niveaux, en reprenant cette étude jusqu'à
ce qu'à en percevoir clairement les principes.
- avoir l’humilité de la confiance en Celui
qui donne.
- et agir : “mets-toi à l’œuvre toi-même
de ta propre main, (âssoq béyadékha
véata maré léhaâmido véhou
ôméd méélav) et tu seras
vu l’ayant monté et il se montera de lui-même”.
On peut alors comprendre, en ce point, et relire ici
tout le psaume 91 et le psaume 23 :
oui, le bon et la bonté me poursuivront tous les
jours de ma vie (akh tov va’hesséd yirdéfouni
kol yéméï ‘hayaï)
et j’habiterai dans la maison de Hachém
de longs jours (véchavti bévéite
Hachém léorékh yamim).
Exercice
1. Lire le texte précédent et y mettre
en évidence les points-clefs.
2. Aller lire les références citées
dans le texte, spécialement le psaume 89.
2. Relire la paracha jusqu'à pouvoir se répéter
de mémoire le plan et la lire à travers
les grandes lignes du contenu de ce commentaire.
4. Sortir les principales questions, sous leur aspect
existentiel, et essayer d'y répondre.
5. Réviser périodiquement le texte étudié
pour ne pas l'oublier et pour être capable de se
le redire, avec clarté avec le plan et le contenu,
sans notes.
6. Explorer sur le site ce qui concerne la terre d'Israël.
Révision de notre lecture de la paracha
- Quelle part ont eu les femmes dans la construction du
Sanctuaire, et pourquoi ?
- Quel jour a eu lieu sa dédicace ?
- Quand Moché avait-il le droit d'entrer dans le
Sanctuaire, et pourquoi ?
Hébreu à mémoriser, tout au long
de ce commentaire, et...
le sanctuaire mobile, le tabernacle : hammichkane
le sanctuaire
stable, le Temple : hammiqddache
qu'il y ait des luminaires : yéhi méorote
or pur : zahav taor
tout le travail du tabernacle : kol-âvodate hammichkane
sainteté : qéddoucha
offrande : térouma
réaliser, faire : laâssote
chemin de vie, voie de vie : dérekh 'hayim
dans le jour du Chabbate : béyom ha Chabbate
écoute, Israël : chémâ Yisraël
bon et bonté : tov va’hesséd.
IV. Etude pour étudiants avancés
(en cours d'insertion)
Si le pchate est la base de l'étude de
la Torah, et s'il contient tous les niveaux, une fois
étudié nous ne le comprenons pleinement
qu'en avançant dans tous les repères de
lumière inscrits dans ce sens,
c'est le middrache qui nous ouvre l'esprit et le
coeur progressivement à ces sens, nous venons de
l'étudier ;
puis c'est l'étude de ce que nos Sages nous ont
transmis par le rémez, l'allusion : ils
nous montrent alors que tout ce que nous avons atteint
était aussi inscrit avec précision dans
les différents procédés de composition
du texte. Il ne faut aller vers ce niveau qu'après
avoir franchi les étapes précédentes,
sinon on divague au gré de toutes les combinaisons
possibles comme dans les allusions des codes. Seules les
significations transmises par Moché et par la chaîne
des disciples au niveau des lettres et des chiffres ont
sens. C'est une règle absolue et transmise.
| Le chapître 30 de Devarim indique que même
si quelqu'un prend appui sur le texte pour démontrer
ses propres thèses, et même avec le renforcement
de miracles qu'il accomplirait, cela ne changerait
pas le fait qu'il serait par là même
un faux prophète. La Torah est Torate Moché
uniquement. Qui veut connaître le judaïsme
doit abandonner toute autre voie fallacieuse
envers la Torah de D.ieu. |
Restons donc dans cette véritable transmission.
Quiconque ne la connaît pas et court vers de nouveaux
prophètes est un sot, il manque de la base du bon
sens.
Le Tour (voir
sa biographie) prend le premier verset (Chémote
35, 1) nous décrivant le programme développé
ci-dessus. "Voici les choses que Hachém
a ordonnées d'accomplir laâssote". Ce
mot laâssote a une particularité dans
ce verset, il n'a pas le vav correspondant au nombre
6. Les autres lettres de ce mot sont lamed
(nombre 30) et les lettres de téchâ
(9). Cela indique explicitement que les 39 travaux qui
interviennent dans la construction du Temple seront effectués
uniquement pendant les 6 jours de la semaine et non pas
pendant le Chabbate.
Le Tour apporte un autre enseignement : ce travail doit
être d'une certaine qualité qui ne sorte
pas de la Torah. En effet, la fin du du 3e verset et le
début du 4e sont les mots hachabbate et
vayomér. Les lettres initiales et finales
de ces deux mots forment le mot Torah. Cela ne
veut pas dire seulement que l'homme doit se comporter
dans ses affaires selon la morale de la Torah, ce qui
est évident, mais cela veut dire que l'essentiel
de la Torah est que l'homme ait l'esprit dégagé
des affaires qu'il réalise. La source en est le
traité Chabbate 96 du Talmud de Jérusalem.
Nous apprenons par là que jamais l'homme ne doit
quitter le niveau de Chabbate toute la semaine. Ceci nous
ramène à ce que Moché disait au peuple
par le mot Vayaqel.
Tout la semaine prépare le Chabbate, ce n'est que
sa fonction. On essaie d'élever le monde jusqu'au
niveau du Chabbate. Et, en hébreu, contrairement
aux autres langues, les noms de chaque jour sont des noms
qui expriment cela, par exemple: "yom richone,
jour premier". C'est le dimanche en français,
mais en hébreu le nom complet est "jour premier
dans le Chabbate". Et chaque jour est
un travail pour l'épuration de la réalité
embrouillée; nous essayons de l'élever.
Nos Sages (voyez Ma'hsof halavane de Ribbi
Yaâqov Abou'hatséra sur la paracha) nous
montrent cela, par exemple, à travers le psaume
48 que l'on lit chaque yom chéni (lundi,
après la prière du matin). Nous plaçons
cette étude dans la section des psaumes (lien
ici). C'est une synthèse au niveau du rémez.
Le Chabbate domine totalement sur les impuretés
et il y a une purification qui se fait dans la sainteté
(qédoucha) de ce jour.
J'ai lu une longue démonstration sur la paracha
développant cette idée et l'attribuant à
tort à la 'hassidoute récente sans
autre référence alors que c'est un enseignement
classique et ancestral : nous voyons par là la
nécessité d'enseigner en donnant les sources
qui remontent jusqu'à Moché pour ne pas
commettre ce genre d'erreur en attribuer à un Rav
récent les enseignements essentiels et d'en faire
à tort un nouveau Moché qui, lui seul, aurait
tout découvert et tout compris. L'ignorance seule
peut faire émettre de telles sornettes. Il est
dit, par contre, que celui qui cite ses sources apporte
la guéoula (libération finale) au
monde (kol ha omér davar bé chém
omero mévi guéoula la ôlam . Pirqé
avote 6).
Un autre éclaircissement est inclus dans cette
méthode d'approche par le rémez.
De qui parle-t'on quand la Torah indique que Moché
parle au qahal. Le Zohar II 195 a indiqué
que ce terme comprend hommes, femmes et enfants puisqu'il
est écrit en Dévarim 31, 12 : haqel...
convoque le peuple entier, les hommes, les femmes
et le nourrisson et le guér... Il est indiqué
que Yehoshua a entendu le bruit du peuple dans le camp
après le veau d'or (Chémote 32, 17) ce qui
veut dire que Moché ne l'a pas entendu. Cela nous
renseigne sur la composition du peuple en question. Moché
est à un niveau trop élevé pour l'entendre
mais Yehoshua qui est comme la lune qui reçoit
la lumière du soleil Moché participe aux
ténèbres et a pu les capter. Mais, après
le pardon, quand Moché assemble toute la communauté
des enfants d'Israël, alors il s'agit du peuple au
niveau de la lumière et le êrev rav
impur en est exclu. C'est l'analyse du Zohar. Il
s'interroge pourtant sur la place respective des hommes
et des femmes en raison de la vulnérabilité
de chacun. Tous vinrent mais séparément.
De là, les coutumes de séparer les hommes
et les femmes dans les moments de vulnérabilité
comme dans la prière, ou dans les enterrements.
Ribbi
'Hayim ben Âttar dans Or Ha'hayim commence
par reprendre l'argument que la crainte devant le rayonnement
de Moché (Chémote 34, 30) aurait pu éloigner
une partie du peuple, donc Moché doit convoquer
"tout le peuple", ce qui inclut femmes et nourrissons.
Et il reprend la méthode du rémez
en justifiant la séparation par l'emploi du mot
"fils" d'Israël au lieu de toute la communauté
d'Israël.
Puis il s'interroge sur le lien du mot laâssote
(qu'il estime superflu) avec les travaux du Chabbate
sans faire référence au rémez
indiqué plus haut mais à d'autres plus complexes
montrant que le verbe laâssote "faire" est
à prendre dans le sens de tiqqoune (réparation
comme l'indique Rachi sur le verset de Béréchite
18, 8. Ayant péché contre la Torah, ils
répareront par le Chabbate qui inclut toute la
Torah).
La question reste posée : que vient donc faire
le êrev rav (la multitude surajoutée
et entrainant des dommages) dans cette question. Le Ari,
zal indique que sa guématria est celle de
daâte, la connaissance suprême. Cela
voudrait probablement dire que la montée
jusqu'au niveau de Moché et jusqu'au niveau où
Moché doit conduire le peuple ne peut pas se dispenser
d'intégrer cette frange imparfaite qui existe dans
la Création et qui vient perturber le peuple juif.
C'est tout le monde qui monte si nous nous élevons
dans notre peuple. Car c'est la fonction d'Israël.
Maintenant, nous allons comprendre plus longuement
le sens des jours de la semaine, du travail et leur lien
au Chabbate :
a) les jours de la semaine sont nécessaires comme
ce êrev rav l'est pour apporter le mélange
impureté/pureté et l'élever.
b) les jours de la semaine sont ainsi une préparation
nécessaire pour le Chabbate et une réparation,
un tiqqoune.
c) le Chabbate dépend de notre travail réalisé
ou non dans la semaine.
d) chaque jour de la semaine est ainsi toujours inséré
DANS le Chabbate ; c'est pour cela que les jours sont
nommés :
"jour premier dans le chabbate" (yom richone
be chabbate), cela correspond au dimanche.
"jour deuxième dans le chabbate" (yom
chéni be chabbate), cela correspond au lundi.
jour troisième dans le chabbate (yom chélichi
be chabbate), cela correspond au mardi.
jour quatrième dans le chabbate (yom réviî
be chabbate), cela correspond au mercredi.
jour cinquième dans le chabbate (yom 'hamichi
be chabbate), cela correspond au jeudi.
jour sixième dans le chabbate (yom chichi be
chabbate), cela correspond au vendredi.
Nous sommes loin de la nomination de notre temps de la
semaine par des noms de dieux et d'idoles comme lorsque
nous disons les noms dans les langues latines. C'est ici
que se comprend ce que dit le Traité Kétouvote
110 b (pas moi, Yehoshua Ra'hamim):
kol ha dar bé h'outsa la arets (tout
celui qui vit hors de la terre d'Israël) domé
ké mi ché éine lo Eloha (est
comme comme quelqu'un qui n'a pas Eloqim) ché
néénar (car il est dit) latét
lakhém éte érets Kénanne lihiote
lakém lé Elohim ( pour vous donner
la terre de Canaane pour être pour vous Eloqim.
Vayiqra 25) vé kil ché éinon
dar ba arets eine lo Eloha car, en son langage quotidien,
il adopte automatiquement même les dieux de l'autre
culture, et c'est "comme" s'il adopte l'idolâtrie".
e) chaque jour de la semaine est orienté vers
le niveau de Chabbate (coulam mékhouvanot kénéghed
hacchabate) par la purification de l'univers qui s'y
réalise par le travail. Il y a ainsi un sens juif
du travail qui n'est pas la course à l'argent et
à la montée dans l'orgueil social. C'est
pour cela qu'il est dit : pendant 6 jours tu travailleras
et tu feras tout ton travail, car c'est un ordre et une
mission de faire "ce" travail.
f) les Juifs le rappellent tout cela en se disant "chabbate
chalom" même dans les jours de semaine qui se
rapprochent du chabbate.
g) c'est déjà dans la semaine que l'on "garde
le Chabbate" par cette préparation du travail,
et pas seulement par la préparation des plats du
repas chabbatique. Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
(alav hachalom) le dit explicitement : lakhén
trikhim atem liyote zéhirim ouzérizim bichémirate
chabbate karaouï vé chémirate chabbate
hi télouya bé chéchéte yémé
ha'hol ("c'est pourquoi vous devez être
empressés et zélés dans la garde
du Chabbate comme il est et cette garde du Chabbate dépend
précisément des six jours de la semaine
dans le profane").
h) le Rav ajoute, a contrario, pour que cela soit bien
clair :"et si l'homme n'a pas oeuvré durement
(vé im la tara'h haadam) dans les 6 jours
de la semaine profane dans l'étude de la Torah,
de la prière et des mitsvotes... comment pourra-t'il
entrer dans le Chabbate, car l'essentiel des 6 jours du
profane est de rendre lumière à tout ce
qui a été mélangé d'impureté.
C'est cela qui est dit par les mots éllé
ha dévarim (voici les choses) du premier verset
de notre paracha.
i) Voilà pourquoi on parle de qahal pour
nommer le peuple quand il arrive à ce niveau car,
dans le rémez du texte, le nom de Hachém
écrit selon les deux formes les plus élevées
a la guématria de 135 (72+63) qui correspond au
nom qahal, communauté se situant dans
la qédoucha, la sainteté.
j) le travail de ces membres dignes d'une telle communauté
est nommé mélakha (et non âvoda
,terme référant au labeur des ouvriers
quasi esclaves) car il réfère au nom de
"roi" mélékh et aux "rois" mélakhim
déchus de leur sainteté totale dès
le début des époques de la Création
dont nous faisons la réhabilitation (verset sur
les rois dans le psaume 48). Le judaïsme a une conception
révolutionnaire de l'Histoire.
Il n'est pas séant d'en dire davantage ici mais
ceux qui étudient avec un maître pourront
prolonger cette étude dans les textes qui en traitent.
Pour cela, justement, il était nécessaire
de montrer à tout Juif la richesse de son trésor
et de son héritage, de son anthropologie, conception
de l'homme et de l'existence et de l'image de soi qui
y est incluse.
Pourquoi se tourner sans cesse vers des succédanés
du judaïsme, miettes tombées de la table quand
nous avons à notre disposition ce Choukhane
Aroukh, cette table prête et disposée
pour nous et qui nous invite ?
Pour le concret, reportez-vous à la page
Chabbate.
Conclusion
Cette paracha-ci nous a montré, sur quelques versets,
les liens entre les différents niveaux d'étude
de la Torah (pchate, drache, réméz)
et avec la vie concrète, personnelle, communautaire
et sociale. La Torah est cela. Et cela nous est "donné,
offert". Plus encore, même d'un peuple qui s'est
engagé pour toutes ses générations,
nous avons le DEVOIR et l'ENGAGEMENT et l'ordre reçu
(mitsva) de le vivre et de le transmettre, comme
le dit le premier verset de notre paracha.
On comprend aussi pourquoi, même les 39 travaux
qui ont été nécessaires pendant la
construction du Temple n'ont plus de raison d'être
pendant le Chabbate : on est arrivé au coeur même
du sanctuaire, on le vit, et on ne régresse pas
alors vers les niveaux de la semaine où l'on construisait
progressivement ce Sanctuaire.
C'est le sens du respect et de la conscience du Juif qui
s'interdit les
39 travaux et leurs dérivés (voir la liste
sur ce lien).
Ces interdits ont un sens, il ne s'agit pas d'interdits
arbitraires que l'on s'imposerait par "obligation"
religieuse. C'est vivre dans un peuple conscient de sa
mission, de sa beauté, de son action pour le bien
du monde. La dite liberté de ne pas vivre le Chabbate
est, en réalité, l'ignorance de la richesse
dont on est possesseur et transmetteur.
Chabbate chalom
V. La cérémonie du Hakel
Tout ce que nous venons de comprendre est ritualisé
par la Torah dans une cérémonie pour toutes
les générations ultérieures. En Dévarim
31, 10-13 il est dit : "à la fin de chaque 7e année,
lors de l'année de chémita et de la fête
de Souccotes, alors que tout Israël vient comparaître
devant Hachém ton D.ieu, dans l'endroit
qu'Il aura choisi, tu feras la lecture de cette Torah
en présence de tout Israël qui écoutera
attentivement". Allez lire la suite.
L'organisation est précisée dans la
Michna Sota 7,8 que l'on trouve ci-dessous :
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Le 1e jour de la fête de Souccote, le 15 du
1e mois de la 8e année, donc dans la première
année du prochain cycle de la chémita,
on dresse pour le roi une estrade de bois dans la
cour des femmes au Temple, et le roi s'y assied pour
y lire la Torah face à tout le peuple.
Le 'hazane ou responsable de la synagogue
qui est sur le Mont du Temple, prend le rouleau de
la Torah et le remet au président de la
synagogue. Et celui-ci le transmet à l'aide
du Cohen Gadol, du Grand Prêtre. Et celui-ci
le remet au roi qui se lève de l'endroit où
il était assis et il le lit assis.
Le roi Agripas était debout, il le reçut
et le lit debout, et les Sages l'ont loué.
Et quand il arriva à la lecture du passage
: "et tu ne pourras pas prendre pour toi comme roi
un étranger" (Dévarim 17, 15), ses yeux
laissèrent tomber des larmes. Ils lui dirent
: "ne crains pas, Agripas, notre frère tu es,
notre frère tu es, notre frère tu es".
(il était étranger mais sa mère
était Juive, selon Rachi et Barténoura).
On lit les textes suivants :
Dévarim 6, 4-9 ; 11, 13-21 ; 14, 22-29; 17,
14-20 ; 28.
Ce sont les passages du Chémâ,
du joug des mitsvotes, des parts de la moisson
que l'on apporte en offrande
et maâsser pour ne pas l'oublier
jusqu'à la prochaine chémita.
Puis la paracha du roi, celle des bénédictions
et malédictions.
Et le roi dit les bénédictions comme
le fait le Cohen Gadol à Kippour
avec cette modification qu'il remplace l'allusion
aux fautes par : "tu nous as choisis". |
Parfois, en Israël, en souvenir de ce Hakel,
le Président de l'Etat organise en ce sens une
cérémonie publique sur l'esplanade face
à l'essentiel, au Kotel :
Comment assembler le peuple. Morale concrète
de la paracha.
1. D'abord, développer notre conscience que
la Torah nous demande de rassembler le peuple dans
toutes ses composantes et de l'élever. Elle ne
nous demande pas seulement d'aimer D.ieu, d'avoir de la
émouna sur ce qui va arriver de bien pour le peuple
juif, ou pour nos intérêts personnels, pour
notre famille, notre travail. Elle nous demande pas seulement
d'avoir un comportement moral envers autrui, elle nous
demande de rassembler.
2. Cela veut dire que nous devons avoir un sentiment
d'égalité envers toutes les communautés
d'origine, c'est clair, net et définitif. Véritablement
mettre sur le plan de qualité ce que nous pensons
des Juifs d'Ethiopie, d'Europe centrale, d'Afrique du
Nord, d'Iran, etc. Véritablement mettre sur le
plan de qualité la prière et la musique
et le comportement et l'intelligence de tous ces groupes.
Passer au crible nos jugements, nos réflexions,
nos actions sur ces plans.
3. Connaître ces groupes et les fréquenter.
C'est pour cela qu'il y a ces pages sur Modia à
étudier au même titre que le commentaire
de la paracha : connaître
les communautés et leur histoire et leur façon
de vivre, et de vivre le judaïsme (lien ici),
pour les connaître et parvenir à les comprendre
et les estimer "é-ga-le-ment". Nous avons
aussi les sites de ces communautés pour y parvenir
(lien
ici). Pour cela aussi, nous avons mis les sites de
tous ceux qui veulent vivre Israël à leur
façon avec leur mentalité collective particulière
(lien
ici) et bien souvent on me dit "mais pourquoi
avez vous mis les Satmar, ou les Loubavitch ou Mérets
ou...".
4. En finir avec toutes les justifications tordues
que nous utilisons pour justifier notre refus d'aimer
les autres concrètement, comme ces justifications
fréquentes: la justice sociale certes mais je ne
paie pas mes impôts, je ne déclare pas mes
revenus, la morale de la Torah certes mais il ne faut
pas mélanger les affaires et l'argent, vivre Israël
comme le pays de la Torah mais il ne faut pas mélanger
la politique et la religion. Un éditeur me devait
une somme importante d'argent, j'ai du finalement aller
en France le chercher sans quoi jamais je ne l'aurais
reçu, et je lui ai dit: je vois que vous êtes
juif et religieux, comment pouvez-vous m'avoir fait cela;
il a eu l'air stupéfait et m'a dit: "ah, si
vous mélangez les affaires et la religion...",
j'étais un martien tordu pour lui.
Autre exemple: ne pas vouloir comprendre que l'on donne
les nouvelles d'Israël, ou que l'on parle de ses
difficultés et dire: "vous faites trop de
politique, je cherche la Torah" alors qu'on sait
pertinement que nous devons vivre selon la Torah en tout,
spécialement en tout ce qui concerne la construction
d'Israël, et surtout dans la tentative de vivre ensemble
entre nous et avec les autres, et que la Torah est de
vivre comme dit le Chémâ Israel en aimant
Hachém de tout notre coeur et âme mais aussi
de toutes nos puissances (méôdékha),
en nous levant et dans toutes nos activités, comme
il est dit "dans toutes tes voies connais-Le, bé
khol dérakhékha dééhou".
Examiner comment Israël essaie de vivre cela dans
le concret, c'est vraiment la Torah, ce n'est en rien
faire de la politique. C'est ce que l'on voit quand le
Tanakh nous explique et analyse le comportement de tant
de rois, les conflits de Qorah autour de Moché,
les discussion des explorateurs s'il faut aller ou non
sur la terre d'Israël, les interventions constantes
des prophètes sur la justice sociale, leur réprimandes
aux gouvernants ou aux commerçants, les psaumes
de David qui nous parlent de tant de conflits. Tout cela
n'est que la tentative pour vivre la Torah en tout.
C'est la même Torah que nous avons à connaître
par la tête dans l'étude, par le coeur dans
la prière, par les actes dans la vie sociale.
Et la paracha nous rappelle que ce n'est pas seulement
individuel mais collectif.
Alors, le faisons-nous? Alors, faisons-nous tout ce qu'il
faut pour que tous les Juifs reçoivent cette éducation
de la Torah, ou bien considérons-nous l'éducation
en ce sens que nous avons la chance de recevoir ou d'accorder
à nos enfants au même titre que notre capital
personnel en banque: pour moi et les autres dans le peuple
ont ce que le destin leur donne. Non, assembler tout le
peuple et élever tout le peuple, et que tout le
peuple vivre selon la Torah, c'est la Torah.
A nous personnellement d'examiner tout cela en ce qui
nous concerne.
Vous comprenez mieux maintenant la structure du site,
ce n'est pas du tout un mélange où on trouve
tout, c'est une cohérence. Dans l'amour de la Torah
qui est texte, terre et peuple également.
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