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17e Paracha : Yitro
Chémote (L'Exode) 18, 1 - 20, 23
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
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Poème sur Yitro
Poème: Respect.
Ch. 19, 5 : "Et maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous
gardez mon alliance,
vous serez pour moi un trésor choisi parmi tous les peuples,
car à moi est toute la terre".
Un peuple qui écoute et respecte, face au don
de la Torah
Plan
-
Thèmes
-
Etonnements
-
L'écoute, clef du judaïsme
-
Les différents usages de la parole
-
Les convertis étaient au Sinaï
-
La réunion
-
L'antithèse vécue
-
La conversion et le dessein divin
-
La conversion et le destin du peuple
-
La réunion de la création
-
La répartition des rôles
-
Valoriser les 10 commandements ?
-
L'histoire en cours
-
Ramer ou farniente
-
Exercices
1. Relire la paracha sous ces perspectives
2. Situer personnellement ces dynamiques
3. Echanger avec des proches
4. Cours d'hébreu (à mémoriser)
5. Mémoriser ces phrases
6. Consulter le lexique
La paracha n'a que 72 versets! 3 mitsvotes positives (tu feras) et 14 mitsvotes négatives (tu ne feras pas).
|
Entendre la
paracha (Ort), askénaze
Entendre la
paracha (Alliance), sépharade
Entendre la
haftara (Ort), askénaze
Entendre
la haftara (Alliance), sépharade
Ce qu'est la
conversion au judaïsme (Yitro étant un converti).
Nécessaire de le lire aussi pour tout Juif, pour mieux comprendre et apprécier sa propre identité de fils d'Avraham, et la continuité du tiqoune de la Création.
Vocabulaire d'hébreu
La fête de Yitro chez les Juifs tunisiens cette semaine donc,
découvrir le judaïsme tunisien. Nécessaire en fraternité:
Le judaïsme tunisien :
|
Thèmes
Pour comprendre le commentaire suivant et le sens de la paracha, il
est important de lire d'abord la paracha.Le plan suivant sert à
y délimiter chacun des différents thèmes.
Pour entrer dans la méthode active de l'étude juive,
écrire ci-dessous les chiffres des versets pour chaque thème
entre les parenthèses.
La paracha nous décrit les épisodes suivants :
Chapitre 18
-
La description de l'écoute réceptive de Yitro
(Chémote... ) ;
-
La venue de Yitro vers Moché avec les siens et les
phases de la rencontre (Chémote... ) ;
-
La déclaration d'obédience de Yitro (Chémote
18,
10-11) ; son sacrifice ;
-
La venue de tous les Anciens (Chémote... )
;
-
Moché rend la justice ; le conseil de Yitro à
Moché (Chémote... ) ;
-
Réponse de Moché au converti (Chémote
18,
24) ;
Chapitre 19
-
La première montée au Sinaï, le premier
message et la réponse du peuple (Chémote 19,1-...)
;
-
La transmission de la réponse, la préparation
(Chémote 19, 9-15) ;
-
La manifestation du Sinaï, la mise en garde de ne pas
approcher (Chémote... ) ;
Chapitre 20
-
Les 10 commandements (Chémote... ) ;
-
Le peuple, quelques prescriptions supplémentaires
(Chémote 20, 15-23).
Etonnements
Les Sages commencent souvent leur étude par la liste des questions
étonnantes (témouâ); faisons de même.
Nous sommes effectivement face à un phénomène étonnant
et stupéfiant :
• d'abord, cette paracha qui veut nous enseigner la Torah porte le nom
d'un non-Juif ;
• de plus, nous y voyons ce récent converti donner des conseils...
à Moché lui-même sur l'organisation du peuple saint,
où tout est sainteté, et Moché s'empresse de suivre
dans le détail ses conseils.
• enfin, le nom de ce converti est choisi pour la paracha centrale qui
est celle de la révélation du Sinaï et des 10 commandements
: Yitro.
• encore moins logique, nous ne parvenons pas à relier cela avec
l'idée admise que le judaïsme n'est pas prosélyte et
qu'il accepte avec difficulté les conversions.
Nous devons comprendre le message que tout cela veut nous transmettre,
d'autant que cela est justement choisi pour marquer le moment central
de l'histoire juive.
Dans son commentaire de la paracha Bo, le Rav Chalom Messas, zal,
disait que les plaies d'Egypte référaient chacune à
la création du monde. Simple notation pour celui qui fait l'erreur
de ne pas chercher ce que le Rav a en tête en disant cela, comme
on le fait pour Rachi. Le judaïsme ne donne ses clefs qu'à
ceux qui les cherchent. Le Rav voulait nous rappeler que la constitution
du peuple juif lors de sa sortie d'Egypte concerne le tiqoun (l'amélioration)
du monde qui est en pannes successives depuis sa Création.
C'est pourquoi, dans la paracha précédente, Béchallah,
nos Sages font remarquer que trois fois l'expression âm (peuple)
apparaît dans les premiers verset et que, la quatrième fois,
ce n'est plus le mot âm qui est utilisé (allez voir)
mais les bné Yisrael, les fils d'Israël. Cela veut
dire que trois tentatives de tiqoun, d'amélioration de ce monde
ont échoué, dans la génération du déluge,
dans la génration de la Tour de Babel et de la dispersion, dans
la génération de Noé. Seulement l'homme et la Création
commencent à réussir ce tiquoun avec la reprise de toute
la Création en Egypte, cet empire le plus élevé et
le plus puissant qui la symbolise, et c'est l'émergence de l'homme
qui trouve les clefs vers la Torah révélée.
Ce même lien entre le projet global de la Création et de
tout l'homme, avec la fonction du peuple juif, apparaît avec une
intensité grandiose dans l'amitié qui se lie entre Moché
et Yitro. Une relation extraordinaire, dans les deux sens. Un respect
au niveau le plus élevé possible, chez les deux partenaires.
C'est cela qui reviendra entre les deux partenaires : le peuple juif et
les non-Juifs.
Celui qui a quelque connaissance du meilleur des religions et philosophies
d'autres peuples (le Sanhédrine connaissait toutes les langues
du monde et leur culture), en respecte la sagesse, la morale, en apprend,
y voit une image de la beauté du Créateur comme le dit le
Traité Sanhédrine en parlant de la beauté unique
de chaque peuple. Alors seulement la fonction du peuple juif sera comprise
et appréciée.
C'est dans ce contexte que je place un
poème "Respect", qui traduit cette sensibilité (lien ici). Il fallait dire tout cela pour se mettre dans l'axe de
la paracha.
"Et maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance,
vous serez pour moi un trésor choisi parmi tous les peuples,
car à moi est toute la terre". Un peuple qui écoute et respecte, face au don de la Torah.
On peut mesurer le lien et la distorsion et le fantasme de ceux qui se représentent les Juifs dans les termes de cette image ci-dessous du site Aljazeerah, alors que le judaïsme et être Juif n'est qu'une fonction de service envers tous à partir des lumières de la Torah et de ses bénédictions, sans aucune intention de conquête idéologique ni de profit. Même cette image nous enseigne et nous donne une leçon de notre morale. Si nous ne vivons pas la Torah, voilà comment nous sommes compris. Il y a aussi, en cela, le fantasme de ceux qui ont pensé se substituer aux Juifs et, culpabilisés de leur acte, font de leurs supposées-victimes des boucs émissaires de leur propre intention car ils ont voulu s'accaparer, procédé classique de la "projection" (et cela pour une année à peine commencée!) :

(Hamed Najeeb, Alittihad, 2/8/06).
L'écoute, clef du judaïsme
Il trouve sa clef dans le premier mot de la paracha : "Vayichmâ,
Il entendit Yitro... ce que Eloqim a fait à Moché
et à Yisraël son peuple". Nous remarquons tout-de-suite que
ce mot (Vayichmâ, il entendit ) est celui qui deviendra le
slogan de tout le judaïsme : car Yitro le premier parvient à
"entendre".
Ce mot ne veut pas dire seulement entendre physiquement, mais également
entendre au sens de "comprendre vraiment".
A partir de là, Rabbénou
Bé'hayé ouvre son commentaire de toute la paracha par
le verset 15, 4 des Proverbes (Michlé) :
marpé lachone êts 'hayim, vé séléf
ba chévér bé roua'h
"une langue qui guérit est un arbre de vie, et celle qui porte
en elle la perfidie brise l'esprit".
Continuons selon la méthode juive qui est de se poser des questions
pour avancer :
quel est le rapport entre cette clef présentée et toute
la paracha de la révélation du Sinaï et ce qu'a bien
entendu Yitro ?
Cela veut probablement nous dire que nous sommes devant des bons messages
mais qu'ils ne sont bons également que lorsque l'oreille est bien
disposée et Yitro nous aurait enseigné la véritable
écoute qui est demandée au Juif, même au peuple qui
reçoit la révélation du Sinaï.
C'est probablement pour cela que Moché s'est fié aux
conseils de Yitro, devant la sincérité et la droiture d'une
telle écoute et disponibilité juste.
Mais la question reste : pourquoi celui qui doit nous donner cet enseignement
n'est-il pas un des béné Yisraël ?
Les différents usages de la parole
Rabbénou Bé'hayé va partir d'une question qui
semble être une simple dimension de morale pour aboutir directement
aux réponses que nous cherchons.
Il décrit d'abord le mauvais usage de la parole :
-
celui qui humilie quelqu'un en public n'a aucune part dans le monde à
venir (Baba Metsia 59 a) ;
-
la maladie que cause la médisance est plus violente que toute maladie
corporelle, elle brise tout l'être, comme le dit le verset des Proverbes.
Par contre, le bon usage de la parole nous a été donné
par Avraham Avinou :
-
c'est cela, cette "perle" dont on nous dit qu'Avraham la portait à
son cou, et qui guérissait tous les malades qui la voyait : c'est
cette science du bon usage de la parole.
-
il diffusait la connaissance de D.ieu par la parole et confirmait les gens
dans cette voie (Sota 10 b).
Rabbénou Bé'hayé parle d'une "thérapie de la parole"
(réfouate hallachone) chez Avraham envers son entourage et
qui faisait que nombre d'entre eux "entraient sous les ailes de la Chékhina"
(se convertissaient) et cela était pour eux un arbre de vie.
C'est sur ce modèle d'Avraham que Moché parla à Yitro,
avant même le Sinaï (opinion du Rambane), et c'est dans l'écoute
de ce que lui dit Moché qu'il se convertit. Tout cela est l'introduction
de Rabbénou Bé'hayé à la paracha.
Par parenthèse, à échelle très modeste, c'est
la démarche et le sens du nom du site (modiâ, je fais
savoir) qui essaie de "faire savoir" à qui de droit, sa propre parole
d'héritage et de Torah sur laquelle il a droit par appartenance proche
ou lointaine, dans la bonté et dans la beauté qu'elle fait
dans la vie. En effet, Rabbénou Bé'hayé cite explicitement
la démarche de Moché: "je fais connaître" (véhodâti,
Chémote 18, 16). En fait, Celui qui fait connaître, c'est
Hachém qui nous a fait connaître Sa Torah ; le reste
n'est qu'une courroie de transmission, nécessaire.
Les convertis étaient au Sinaï
Rabbénou Bé'hayé explique les 5 premiers versets
de la paracha qui montrent Yitro allant porter sa découverte aux
membres de son clan et les ramenant à la conversion, puis allant
avec tout le peuple au mont Sinaï. De là, par sa présence,
on comprend le verset qui parle de la présence de tous les convertis
à venir au Sinaï, à travers cette représentation
symbolique, par cette néchama, où il est dit: "nous
et tous ceux qui sont avec nous". Le terme employé par Rabbénou
Bé'hayé est, avec précision, légayére
(convertir).
La réunion
Il indique qu'il ne s'agit pas d'une démarche personnelle seulement
(ce qui n'aurait pas grand intérêt collectif), mais c'est
une expression d'un processus de réunion tant dans la Création
que dans le projet interne de D.ieu Lui-même. C'est pour cela qu'il
est dit (verset 18, 9) : vayi'had Yitro, "et Yitro unit pour tout
le bien que Hachém avait fait à Israël", dit
Rabbénou Bé'hayé ; la traduction française
habituelle qui défigure le texte hébreu (Yitro se réjouit
de tout le bien...) camoufle tout l'enjeu effectif.
L'antithèse vécue
C'est pour cela que cette démarche de Yitro est l'antithèse
de celle d'Âmaléq qui, lui, porte la main contre le trône
même de Hachém comme nous l'avons vu dans le dernier
verset de la paracha précédente (Chémote 17,
16). C'est pour cela que ces deux sujets se suivent strictement ; on parle
alors de sémikhoute parachiyote (proximité de deux
parachiyotes) ; il s'agit même ici de deux versets (17, 16 et 18,
1).
La conversion et le dessein divin
Cela veut nous montrer l'exacte antithèse dans la reconstruction
du projet divin en cours (Yitro qui vient faire accélérer
vigoureusement ce processus) ou la destruction volontaire et perfide (Âmaléq).
Ajoutons que, si l'on a bien repéré cela, on comprend
ipso facto le rôle important et nécessaire des converties
comme Ruth, qui sera la mère de la lignée de David et du
Messie.
Note - Il va de soi qu'on ne parle ici que de conversions totales qui
viennent partager totalement le dessein du peuple (la Torah), à
l'image de Yitro qui recevra avec le peuple toute la Torah, ce qui exclut
la possibilité de conversions triant les mitsvotes et "réformant"
le judaïsme. Que des juifs se définissent comme ils le veulent,
se regroupent comme ils le veulent, est un autre problème qui ne
change en rien du tout leur appartenance dans la diversité ; par
contre, l'entrée ne peut être que dans la Torah qui est un
corps vivant entier dont on ne découpe pas des morceaux. Une conversion
partielle est donc ipso facto invalide, dès le départ ou
même a posteriori, ce qui n'est pas le cas pour le Juif de naissance.
La conversion et le destin du peuple
Il ne s'agit pas là d'une participation "spirituelle" à
un dessein ; mais d'une participation concrète à un destin
; c'est pourquoi, devant le péril encouru par ces messagers juifs
au milieu des autres peuples, le début du livre de Ruth nous montre
Noémie repoussant 3 fois avec affection mais fermeté la demande
de conversion de Ruth. Si celle-ci persévère, elle sera accueillie
à bras ouverts mais elle aura été mise en garde, pour
son bien. C'est la base halakhique de l'attitude des 3 refus répétés
et temporaires des rabbins devant toute demande. Il va de soi que cela
doit être fait avec délicatesse et dans l'explicitation respectueuse.
Mais une responsabilité.
La réunion de la Création
Combien de fois, sinon presque toujours, les conversions sont des retours
après de nombreuses générations ; ou des "néchamotes
juives authentiques égarées" dans la Création pour
une certaine fonction ; le travail laborieux qu'elles feront est ainsi
intégré dans la gestation globale. Rabbénou Bé'hayé
le montre en dévoilant cette question chez Yitro :
• Yitro est la 10e génération depuis...Mitsrayim (nom
de l"Egypte !), fils de 'Ham, fils de Noa'h (Noé)
• Noé eut un fils, Chém, dont descend Avraham, également
à la 10e génération ! ;
• il y a également 10 générations de 'Ham à
Midiane, dont vient Yitro. Midiane est le fils qu'Avraham eut avec Qétoura,
la femme qu'il épousa après la mort de Sara.
Cette histoire de famille (avec le chiffre 10 qui hante cette paracha)
peut sembler à la fois compliquée et curieusement très précise ; mais cela nous montre que cette "histoire" est un grand
projet familial où les enjeux se jouent sur de nombreuses générations
(voir ici l'article famille
sur le site). C'est dans cet axe qu'il faut comprendre les cas
d'authentique conversion : c'est cela qu'examinent les rabbins qui ne jugent
pas de l'enthousiasme pour les Juifs ni pour la spiritualité du
judaïsme, mais de la participation qui adopte l'ensemble du concret
dans la nature même de l'être et des actes. Modestement, ils
ne s'estiment pas juges du reste.
Dans cette question d'insertion effective, il va de soi que des 3/4
ou des 7/8 de conversion, s'ils peuvent être assumés par les
intéressés, conduisent à de véritables drames
chez les enfants dont l'identité n'est pas reconnue ensuite ; cette
question de responsabilité envers l'avenir doit primer sur toute
idéologie.
La répartition des rôles
Nous venons de voir la part des conversions comme Yitro dans la réalisation
du plan divin. C'est cette conscience seule qui permet de comprendre l'écoute
de Moché envers les éclairages que lui apporte Yitro
et où il voit la réalisation du déploiement divin.
Ainsi,
- simultanément, se joue le rôle de Moché et de
Yehoshua, Juifs de naissance, dans ce même plan ;
-
et nous avons vu la conjonction des parachiyotes Âmaleq-Moché-Yitro.
Là également nous allons voir ce même déploiement
à longue échelle :
• Moché et Yehoshua luttent aussi contre Âmaléq,
lutte qui continuera (dit Rabbénou Bé'hayé) jusqu'au
temps du Machia'h et de la venue du messager le prophête Eliahou
(Elie).
• il faut savoir que le Machia'h ben Yosséf descendra de la tribu
d'Ephraïm dont est membre Yehoshua, tandis que le prophète
Eliahou descend de la tribu de Lévi dont est membre Moché
Rabbénou.
• ainsi ce long accouchement dans l'histoire se déroule simultanément
en un même processus qui concerne ces pôles différents
: 1) toutes les nations qui sont le projet initial, 2) Âmaléq
le perturbateur et destructeur, 3) les conversions qui sont le retour des
étincelles dans le courant de la Torah, 4) le fleuve et le phare
de la Torah représentés par le peuple juif.
• cette gestation continue de générations en générations
jusqu'au grand jour du jugement suivie de la résurrection (té'hiya),
c'est pour cela que nous arriverons dans la prochaine paracha qui s'intitule
"jugements" (michpatim). Tout cela est le strict commentaire de
Rabbénou Bé'hayé, hormis les explicitations informatives
que j'ai fournies sur la conversion vue du point de vue de la halakha.
• Ajoutons un point qui revient fréquemment sous la plume du
Chla et des Sages : Yitro fait également la réparation (voir
ici le mot tiqqoune dans le
moteur de recherche) de l'étape de Caïn qui a été
le premier meurtrier fraternel envers Abel. Quand il aborde Moché
(Chémote 18, 6), Yitro lui dit : ani 'hoténékha
Yitro ba élékha (moi, ton beau-père, Yitro,
je viens vers toi) ; Moché comprend le message car il connait les
règles et codes du texte et il voit que les initiales forment le
mot a'hi (mon frère) et il comprend que c'est la réconciliation
du meurtrier et de la victime dont ils sont chacun le rebondissement dans
l'histoire, ce que la tradition appelle "le guilgoul".
C'est donc une formidable reconstruction qui est en cours après
toutes les destructions dont nous avons suivi les faits et les dynamiques
dans le livre de Béréchite. La science de cette reconstruction,
qui ne camoufle rien de sa complexité, c'est la science de la Torah
que porte le peuple juif ; le dossier est extrêment riche, complexe,
spirituel et concret. Il se joue dans les drames et les bonheurs des existences
: c'est l'histoire de tant de Juifs où véritablement tout
cela est souvent terriblement clair et cruel. André Neher parlait
du "dur bonheur d'être Juif". Au Sinaï, tout le peuple a vu
clair et, pourtant, très vite il lui sera difficile de ne pas protester,
de ne pas se révolter, de vouloir fuir de la mission. Qui ne comprendrait
?
Nous avons les pièces du dossier, pour éclairer notre
démarche, pour nous soutenir, pour nous réjouir. Une chose
est impossible : oublier d'étudier ; ce serait comme un pilote d'avion
qui refuserait de réviser sa liste des consignes avant le décollage
: "bonjour les dégâts", dit-on, c'est cela aussi l'histoire
humaine.
Valoriser les 10 commandements ?
En plus, de façon cachée, Quelqu'un est présent
dans l'histoire et agit ; là aussi, selon les codes qu'Il nous révèle
dans chaque paracha.
C'est ainsi qu'Il a révélé les codes essentiels
des 10 commandements. Apparemment, les nations les ont adoptés :
dans de nombreux pays, ils figurent sur les édifices des palais
de justice. Les nations y voient l'acte mondial fondateur de la morale
de l'humanité, une déclaration universelle de la morale mais
cette adhésion est "optative" ; en effet, le commandement du chabbat
est bien la spécificité du peuple juif. Et combien d'autres
préceptes essentiels, les autres nations ont puisé dans le
trésor juif ("tu aimeras ton prochain comme toi-même") et,
en toute ignorance ou fallacieusement chez ceux qui savent, l'attribuent
ensuite à leur propre fondateur comme une nouvelle révélation.
Non, le judaïsme ne valorise pas plus les 10 commandements que
le reste du texte, motif pour lequel de nombreuses communautés ne
se lèvent pas pendant leur lecture. La valorisation de ces 10 préceptes
est un artifice historique pour diminuer l'importance du reste. Alors que
cette même importance, exacte, s'étend également à
chaque mot de la Torah, comme nous le voyons de paracha en paracha.
Le Chla en fait un point important de son commentaire de cette paracha
: chacun des mots de la Torah est une révélation des
noms de D.ieu, chacun des mots. Ce n'est pas le lieu de le démontrer
mais il suffit de le savoir pour ceux qui veulent aller plus loin dans
la proposition de Celui qui a voulu se faire connaître directement
des hommes par Sa Torah.
L'histoire en cours
C'est que l'histoire est loin d'être terminée, l'actualité
des nations le démontre ; l'actualité du peuple juif dispersé
également, qui est autant tiraillé par la centrifugeuse de
l'assimilation qui détruit des centaines de milliers ou millions
de Juifs sur une génération, et par l'autre centrifugeuse
de la centralité de Jérusalem, porteuse de la Torah. Et les
histoires familiales ou individuelles sont secouées par toutes ces
tempêtes.
Heureusement, un phare stable et serein éclaire toute la scène
: la Torah écrite et orale qui nous permet d'analyser, de comprendre,
d'espérer et d'aimer. De lutter et de transmettre.
Ramer ou farniente
Car ce qui nous est demandé, ce n'est pas seulement de trouver
la cabine la plus confortable sur le navire, pour y lire agréablement
des cours sur la Torah, vivant l'aventure humaine comme des retraités
tranquilles. Nous avons simultanément le devoir d'étudier
et de transmettre (lilmod oulélaméd).
La génération du Sinaï a faibli sur ce point ; elle
a préféré rester dans le désert avec sa Torah,
sa manne, ses miracles continus et elle y est morte. Seuls deux hommes
(ce n'est pas beaucoup sur une génération entière,
et celle qui avait bénéficiée de la Torah !) ont opté
pour l'option dynamique de transmettre et d'avancer et eux seuls sont entrés
dans la terre d'Israël. Moché, évidemment, a franchi
la sortie du désert. Mais également toutes les femmes, qui
avaient sauvé le peuple hébreu en Egypte, qui n'avaient pas
fauté devant le veau d'or. Ne l'oublions pas.
Aujourd'hui, une minorité du peuple connaît la Torah. Raison
de plus pour ceux qui la connaissent, même partiellement, de la diffuser.
L'aventure n'est que collective : notre paracha le dit sans cesse : "tout
le peuple" (kol ha âm). Chacun peut retransmettre ce qu'il
sait, avec la prudence de donner les sources et de distinguer ce qui est
de soi ou ce qui a été reçu.
Exercices
1. Maintenant, relire la paracha sous ces perspectives.
2. Prendre le temps de se situer personnellement dans ces dynamiques,
enjeux ou typologies présentes dans la paracha.
3. Echanger là-dessus avec des proches
4. Cours d'hébreu (à mémoriser)
:
il s'est converti, nitgayére
il se convertit, mitgayére
convertir, légayére
converti, guér
conversion, guiyour
proximité de deux parachiyotes, sémikhoute parachiyote
résurrection, té'hiya
jugements, michpatim
réparation, tiqqoune
thérapie de la parole, réfouate hallachone
étudier et transmettre, lilmod oulélaméd
5. Mémoriser ces phrases :
marpé lachone êts 'hayim, vé séléf
ba chévér bé roua'h
une langue qui guérit est un arbre de vie, et celle qui porte
en elle la perfidie brise l'esprit (Proverbes 15, 4).
ani 'hoténékha Yitro ba élékha
moi, ton beau-père, Yitro, je viens vers toi (Chémote
18, 6).
Etude auprès de
Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra (Ma'hsof ha lavane)
lien ici, sur le verset :
Ch. 19, 5 : "Et maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous
gardez mon alliance,
vous serez pour moi un trésor choisi parmi tous les peuples,
car à moi est toute la terre".
Le Rav commente la phrase mot par mot. Il commence.
Après qu'il ait dit : "et je vous amènerai vers moi, c'est-à-dire
que l'intention de Haqqadoche Baroukh Hou était d'unir à
Lui la présence divine dans le monde qu'est la Chékhina,
Il vient dire aux Hébreux ce à quoi ils devront être
vigilants sans cesse pour qu'ils puissent être unis à Lui.
- véâta .
Avant tout, la téchouva (le retour vers Lui) en toute
période (ce que veut dire véâta), comme l'ont
interprété nos Sages "éïne véâta
éllé téchouva" (tout expression "et maintenant"
ne parle que de la téchouva).
Et également... en toute période il faut faire téchouva.
- im chamoâ.
La guématria de chamoâ est qadoche, saint-pur-séparé
(410). Qu'ils soient vigilants en ce qui concerne la sainteté, ce
qui est l'essentiel de l'union d'adhésion (hitdabéqoute)
à Haqqadoche Baroukh Hou.
- tichméôu.
Le notaricone de ce mot est composé des lettres initiales de
titpallélou cha'harite, min'ha, ârvite (priez ces trois
offices quotidiens).
- ouchémaértém éte bériti.
Cela veut dire chabbate, circoncision, téfilines.
- chamoâ tichméôu véqoli ou chémartém.
Les initiales de ces mots forment le mot bochéte, honte.
Qu'ils gardent bien conscience d'un sentiment de honte (humilité)
envers eux-mêmes car Ma gloire (kavodi) emplit tout le monde.
Et c'est pour cela qu'Il termina par ces mots : ki li kol haaréts
(car à Moi est toute la terre. C'est pourquoi ils doivent se comporter
avec humilité face à Moi.
- âta.
De plus, les lettres du mot âta, avec un en plus (le kollel)
composent le mot daât (connaissance), selon la méthode du rémez (allusion).Cela veut nous faire allusion au fait que ce niveau comporte cinq dimensions
de bonté et cinq de rigueur et.../... par leur diffusion ici le
plan de la Torah se réalise complètement jusqu'à la
concrétisation de Son royaume. Et cette réalisation complète
dépend de "Mes enfants".
Donc soyez vigilants sur vos actes de bonté pour que la bonté
d'En-haut puisse être sollicitée, invitée et s'épandre...
Cela est exprimé dans le mot béqoli...
- ouchémartém éte bériti.
C'est la Torah, que vous en fassiez votre occupation jour et nuit,
comme il est écrit : im lo bériti yomam va laïla.
Et sachez que c'est une chose merveilleuse en ce qui concerne la Chékhina
que vous soyez en étude de la Torah bé 'hatsote ha laïla,
à minuit. C'est cela qui est dit en ces mots : vé héyitém
li ségoula mi kol haâmim (et vous serez pour moi un trésor
précieux parmi tous les peuples)... La guématria de ségoula
mi kol est celle de 'hetsi ha laïla, minuit.
- ki li kol ha arets.
La présence divine sur terre, la Chékhina, a sa
racine et sa réalité dans les mondes d'En-haut mais par nos
péchés elle redescend de niveau ; et le désir de Haqqadoche
Baroukh Hou est qu'elle reste imprégnée des niveaux les
plus élevés. Haarets, "la terre" c'est la Chékhina
que l'on appelle érets 'hayim, la terre de vie. Et l'intention
est "Ma volonté est qu'ainsi la terre soit mienne et soit Chékhina.
Sans redescente de niveau. Sans éloignement de Moi.
- li kol haarets.
les lettres initiales de ces mots (les raché tévote)
forment le mot kala, fiancée-épouse. C'est-à-dire
que la terre (lieu de la présence divine) est Mon épouse
et que Moi Je suis son époux (vaani 'hatane chélah).
Et il n'est pas concevable que l'époux se sépare de l'épouse.
ET CETTE CHOSE LÀ DÉPEND DE VOUS ET EST REMISE ENTRE VOS
MAINS.
C'est pourquoi, soyez forts et courageux, ne craignez pas pour réaliser
ce programme et ne flanchez pas, et essayez de toutes vos forces d'unir
l'époux et l'épouse.
- kol.
Pourquoi ce mot kol ? Je devais dire : ki li "kol" haarets.
C'est, puisque la terre est la résidence de la Chékhina,
son essentiel est toujours placé dans la qualité des mondes
d'En-haut et y subsiste sans en être détachée totalement
; c'est pour cela qu'il est écrit : ki li "kol" haarets.
Cela veut dire que Ma volonté est qu'elle soit à Moi, chez
Moi, avec Moi dans le monde d'En-haut; toute la terre qui est hamalkhoute,
le royaume, dans toute sa plénitude. C'est pourquoi soyez forts
et courageux, et c'est pour cela qu'il est écrit ensuite : véatém
tiyou li... et VOUS soyez pour Moi, etc.
Commentaire personnel
Ce verset ainsi éclairé par la tradition nous montre la
dignité de la Terre d'Israël (lien ici). Il en découle,
pour le peuple juif, que tout se qui s'y passe doit l'être dans
la dignité de cette résidence de la présence divine
:
- y vivre selon les règles de la Torah de vie divine. Et d'abord,
y respecter la plénitude de vie divine et humaine unifiées
qu'est le Chabbate.
- y donner à tout Juif l'éducation de la connaissance
de cette Torah de vie et de plénitude de la vie qui crée
les mondes dans la bonté et dans le bonheur.
- ne pas placer dans ce sanctuaire des choses d'impureté contraire
à ce bonheur. Un couple ne place pas de poubelle dans sa chambre
à coucher et on ne parle pas alors de contrainte religieuse car
c'est simplement le bon sens et la cohérence. Ainsi, exactement
d'Israël et de son Créateur. Il ne s'agit pas alors de "kéfia
datite". Devraient le comprendre le premier les laïcs qui ont
fait au monde occidental le grand apport de l'éducation obligatoire
pour chaque enfant. Et ils ne parlaient pas alors de "kéfia 'hilonite",
de "contrainte laïque" mais de base vitale humaine.
- y développer les règles de la Torah concernant la justice
sociale qui est l'organisation concrète de ce monde de bonheur où
D.ieu vit parmi Son peuple.
- alors, il va de soi que les impuretés conçues comme
normale ailleurs (traite des femmes dans la prostitution, etc.) ne peuvent
avoir place sur cette terre de la dignité, de la présence
divine, de la dignité des humains qui sont porteurs de la révélation
de la Torah individuellement et en tant que peuple, et cela pour la bénédiction
de tous les autres peuples et de toute la Création.
Quand on voit la beauté et la dignité de cette terre d'Israël
et que nous ne pouvons tout vivre en notre vie si brève, pourquoi
vivre ailleurs quand on est Juif, quand on a le souci et le devoir de transmettre
à nos enfant le meilleur du monde et le meilleur de la vie, et le
meilleur de la Torah !
La lumière splendide de ce commentaire devrait aussi donner un
grand respect envers cette tradition séfarade
marocaine (lien ici) dont Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
est un des joyaux.
Et j'en dis autant de toutes les traditions. Ceux qui n'y voient que
ce qui leur est étranger et incompréhensible dans les comportements
ou les musiques ont tort, qu'il s'agisse de ce qui est fermé à
leur oreilles (pour certains c'est la musique 'hassidique ou la 'hazanoute
askénaze ou orientale) et ils ferment également par là
leur esprit et leurs coeurs. Que cet exemple soit une exhortation pour
regarder dans la lumière et l'ouverture toute tradition de la Torah.
Et elles se complètent toutes, comme un texte n'est compréhensible
que par la présence de toutes les lettres de l'alphabet.
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