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Consolez mon peuple :
les 7 haftarotes de consolation
envers la terre et le peuple d'Israël
par
le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
http://www.modia.org



Y-a-t'il un espoir quand le peuple désespère ?

Y-a-t'il un espoir quand le peuple persévére à ne pas vouloir vivre sur sa terre ? Et quand, de plus, il cherche à se débarrasser de celle qu'il a en partie reçue.

Y-a-t'il un espoir quand le peuple ne veut pas vivre de la Torah et construit son Etat pour ressembler aux critères des autres nations ?

Y-a-t'il un espoir quand le peuple qui connait les conséquences dramatiques de toutes ces erreurs de nos pères ne veut pas tenir compte des leçons données par l'Histoire ?

Y-a-t'il un espoir quand le peuple se divise sur ces projets, alors qu'il sait que les destructions sont venues en conséquence des divisions et des haines ?

Aujourd'hui encore, comme à chaque siècle, ce sont les mêmes questions.

Cette étude prend la suite normale du cri pour éveiller la réflexion que nous avons placé dans : Voir Israël et vivre. Elle en constitue la réponse donnée par nos Sages.

Dans la ligne de cet enseignement, je ne proposerai aucune réponse politique 
à ces problèmes permanents du peuple juif, 
mais je resterai au niveau de l'enseignement permanent de notre tradition.

Avant les 7 semaines

Non seulement, le peuple d'Israël souvent désespère. Mais, souvent aussi, par son désespoir, il a désespéré ses prophètes, et D.ieu lui-même.

Combien de fois, le peuple a voulu fuir ou la Torah ou la terre ou l'amour de tout le peuple qui est, lui-même, une partie de Hachém (yisrael 'héléq hachém).

Après les épisodes malheureux des explorateurs, le livre de Dévarim s'ouvre sur deux parachiyotes (Devarim et Vaét'hannane) qui éclairent totalement le peuple sur la valeur de la terre d'Israël comme lien à Hachém, et sur la nécessité d'aller y vivre, selon la Torah.

Cette demande rencontre le doute, l'angoisse, la peur parmi le peuple qui utilise alors mille motifs pour y échapper.

En ces temps, comme aujourd'hui, le peuple et nombre de ses militants et leaders invoquent toujours la force des autres nations et le besoin de paix par une autre voie que celle de la Torah. C'est le drame que nous décrivons dans Voir Israel et vivre.

Et, subtil argument, le peuple plaide toujours face à Dieu à partir des souffrances.

Cette démarche d'éloignement du bonheur mène directement au 9 av et à ses malheurs.

Les sept semaines

Puis nous sommes entrés dans une nouvelle période de 7 semaines jusqu'à la nouvelle année. Pendant chacune de ces 7 semaines, nous lisons une haftara dans la série dite des "haftarotes de consolation". Dressons-en la liste :
  • paracha Vaét'hannane, haftara Na'hamou : Isaïe 40, 1-26.
  • paracha Eqév, haftara Vatomér Tsione : Isaïe 49, 14 - 51, 3.
  • paracha Réé, haftara Ânia soâra : Isaïe 54, 11 - 55, 5.
  • paracha Choftim, haftara Anokhi Anokhi : Isaïe 51, 12 - 52, 12.
  • paracha Ki tétsé, haftara Ronni âqara : Isaïe 54, 1-10.
  • paracha Ki Tavo, haftara Qoumi ori : Isaïe 60, 1-22.
  • paracha Nitsavim, haftara Sos assis : Isaïe 61, 10 - 63, 9.

Isaïe

Pourquoi toutes ces haftarotes sont-elles choisies chez le prophète Isaïe ?

Isaïe parle à ses concitoyens qui ont été emmenés en exil à Babylone, il y a environ 50 ans (vers l'an 586 avant le compte de l'ère commune). 

50 ans d'épreuves, puis l'espoir renait : Cyrus, roi de Perse, attaque Babylone et va la faire tomber et autoriser les juifs à rentrer à Jérusalem. 

50 ans après la catastrophe, un chiffre qui nous parle. 50 ans de dur combat intérieur pour tenir, et la fatigue ; au point que peu de juifs voudront bien rentrer au bercail. Et pourtant, ils étaient en bute à toutes les attaques (ici, il faut lire absolument Isaïe 41, verset 17 ; et 51, versets 7, 13, 22-23).

Combien cela nous parle, juifs d'aujourd'hui, fatigués et désespérés de l'hostilité environnante continue, et des nations amies qui se retournent et nous abandonnent avec précision dès que c'est la minute précise de la menace réelle envers nous. 

C'est le découragement et le désespoir qui conduiraient à abandonner les plans de Hachém et à s'en remettre à n'importe quel plan humain par ceux d'entre nous qui jettent l'éponge. Jusqu'à entendre, ces jours-ce, à la radio, l'un des meneurs de l'émission de politique la plus courue dire sans pudeur et sans susciter de réactions : "vraiment, aucune prière n'a jamais rien aidé dans le monde". 

Le prophète connait bien ces discours qui proposent de recourir à d'autres plans que ceux de la tradition (44, 10 ; 48, 5).

Isaïe connait bien la réalité et notre peuple qui ne change pas de siècles en siècles : il faut lire les versets 40, 30 ; 44, 20 ; 46, 12 ; et 49, 14.

Le prophète Isaïe voudrait rappeler à notre peuple sa véritable mission : vivre dans la lumière de Hachém et ainsi être pour le monde entier une lumière qui rayonne (ch. 60) et apporte la justice et la vérité sur la terre qui attend son enseignement (42, 1-4). 

Pour l'instant, il a en face de lui des êtres blessés, enfermés dans la souffrance, qui doutent du bonheur et commettent en conséquence la pire erreur : dire "non au bonheur". Le prophète ne fait que reprendre le cri de la Torah : "j'ai placé devant toi la vie et la mort, choisis la vie !" (Devarim 30).

Après une phase de colère et d'exhortation au moment du 9 av pour la non-application de Son programme, Dieu essaie maintenant de reprendre en main Son peuple par la douceur et la manifestation de l'amour, la consolation et l'encouragement. C'est ce que décrivent nos 7 haftarotes dont on peut voir la gradation.

L'accent poignant de chaque haftara

  • paracha Vaét'hannane, haftara Na'hamou Na'hamou : Consolez, consolez (Isaïe 40, 1-26).
  • paracha Eqév, haftara Vatomér Tsione : Et Sion dira Il m'a abandonnée (Isaïe 49, 14 - 51, 3).
  • paracha Réé, haftara Ânia soâra : Pauvre, secouée par la tempête (Isaïe 54, 11 - 55, 5).
  • paracha Choftim, haftara Anokhi Anokhi : Moi, Moi je vous console : (Isaïe 51, 12 - 52, 12).
  • paracha Ki tétsé, haftara Ronni âqara : Réjouis-toi, stérile (Isaïe 54, 1-10).
  • paracha Ki Tavo, haftara Qoumi ori : Lève-toi, éclaire (Isaïe 60, 1-22).
  • paracha Nitsavim, haftara Sos assis : Je me réjouirai de bonheur (Isaïe 61, 10 - 63, 9).
Il faut les lire chacune. 

On le voit tout-de-suite: l'accent de chacune est très sentimental, émotionnel, dramatique, tragique, émouvant.

Tout cela était pourtant dit clairement dans la paracha de la Torah, chaque semaine ; mais, beaucoup ne parvenaient pas à lire de cette manière la Torah, ils en faisaient une lecture séche, distante, rationnelle, intellectuelle et croient ainsi s'acquitter de leur tâche. 

Il n'en est rien ; en fait, ils cherchaient à neutraliser la Torah qui est une question d'amour comme il est dit avant et après le Chémâ.

C'est pourquoi, dans la haftara, le prophète vient rectifier cette distorsion de l'étude et de la pratique : alors, il commente la Torah, la présente dans un langage expressif pour que nous ne puissions pas tricher. 

Tout pourrait s'y résumer en ceci : "d'un amour éternel je t'ai aimée, dit Hachém, reviens vers-moi, aie confiance, sois forte et vis selon Ma Torah sur Ma terre, vivons ensemble dans la qéddoucha".

Au nom de Hachém, le prophète comprend bien que l'infidélité du peuple n'est pas une hostilité délibérée mais plutôt une maladresse, l'expression d'une impuissance, l'incapacité à surmonter les épreuves et à distinguer où est le bien. Tout cela est tellement actuel. 

Parfois, cependant, quand le peuple se drape dans sa richesse ou dans le confort culturel des autres civilisations, alors la colère de l'amant D.ieu éclate et révèle à son peuple que tout cela va se terminer en catastrophe. 

Hachém met l'accent sur une pédagogie des sentiments pour ramener à la maison la femme prostrée dans son égarement.

Passons en revue chaque haftara pour l'examiner dans cette ligne.


1e haftara Na'hamou Na'hamou (paracha Vaét'hannane) :

Consolez, consolez (Isaïe 40, 1-26).

Le peuple a besoin de prophètes qui lui parlent au coeur :
  • la fin de ton malheur causé par tes fautes est proche,
  • Hachém nous destine au bonheur,
  • Il est tout-puissant pour le réaliser,
  • Il veille sur nous avec amour,
  • ne craignez aucun peuple, ils sont un fétu de paille,
  • levez les yeux de là et regardez comme Hachém dirige chaque étoile.

Voici le texte et apprenez ce vocabulaire hébraïque simple:
"Consolez (na'hamou), consolez mon peuple, dit votre Dieu (Eloqékhém). Parlez au cœur (lév) de Jérusalem, et criez-lui que son temps d'épreuve est fini, que son crime est expié, qu'elle a reçu de la main du Seigneur double peine pour toutes ses fautes.

Une voix (qol) proclame: "Dans le désert, déblayez la route (panou dérékh) de Hachém; nivelez, dans la campagne aride, une chaussée pour notre Dieu! Que toute vallée soit exhaussée, que toute montagne et colline s'abaissent, que les pentes se changent en plaines, les crêtes escarpées en vallons! La gloire du Seigneur va se révéler, et toutes les créatures, ensemble, en seront témoins: c'est la bouche de Hachém qui le déclare. Une voix dit: "Proclame!" Et on a répondu: "Que proclamerai-je?" "Toute la chair (habbassar) est comme de l'herbe, et toute sa grâce ('hasdo) est comme la fleur des champs. L'herbe se dessèche, la fleur se fane, quand l'esprit (roua'h) de Hachém a soufflé sur elles. Or, le peuple est comme cette herbe. L'herbe se dessèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsiste à jamais."

Monte sur une montagne élevée, porteuse de bonnes nouvelles pour Sion, élève la force de ta voix, messagère de Jérusalem! Elève-la sans crainte, annonce aux villes de Juda: "Voici (hinné) votre Dieu!" Oui, voici le Seigneur, Hachém, s'avançant avec force (bé'hazaq), avec son bras triomphant; voici, il apporte son salaire avec lui, et sa rémunération le précède. Tel un berger (roê), menant paître son troupeau, recueille les agneaux dans ses bras, les porte dans son sein et conduit avec douceur les mères qui allaitent.

Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main, pris les dimensions du ciel à l'empan? Qui a jaugé la poussière de la terre, pesé au crochet les montagnes, et les coteaux avec une balance? Qui a embrassé l'esprit de Hachém? Qui a été le conseiller de sa pensée? Avec qui a-t-il délibéré pour s'éclairer, pour apprendre la voie de la justice? Qui lui a donné des leçons de sagesse et indiqué le chemin de l'intelligence (tévouna)? Certes, les nations (goyim), à ses yeux, sont comme une goutte tombant du seau, comme un grain de poussière dans la balance; certes, il ballotterait les îles comme des atomes. Le Liban (Lévanone) ne suffirait pas à nourrir le feu [de son autel]; ses bêtes ne suffiraient pas à un holocauste (ôla). Toutes les nations sont comme zéro (éfés) devant Lui; il les considère comme le vide et le néant (tohou). À qui donc pourriez-vous comparer Dieu et quelle image lui donneriez-vous comme pendant? Une statue (péssel) est coulée par le fondeur, plaquée d'or par l'orfèvre, qui la garnit encore de chaînettes d'argent. Celui qui est trop pauvre pour une telle offrande choisit un bois incorruptible, puis s'en va chercher un ouvrier habile, pour fabriquer une idole qui ne bronche jamais. Vous ne savez donc pas! Vous ne comprenez donc pas! Ne vous l'a-t-on pas appris dès l'origine (mé roch)? Ne saisissez-vous pas ce qu'enseignent les fondements de la terre?

C'est Lui qui siège au-dessus du globe de la terre, dont les habitants sont pour lui comme des sauterelles; c'est Lui qui déroule les cieux comme une tenture, qui les déploie comme un pavillon, pour sa résidence. C'est lui qui réduit les princes à néant, qui fait un rien des arbitres du monde. À peine sont-ils plantés, à peine sont-ils semés, à peine leur tronc a-t-il pris racine dans le sol, que déjà il souffle sur eux et ils se dessèchent, et un ouragan les emporte comme le chaume. "À qui donc m'assimilerez-vous, à qui vais-je ressembler?" dit le Saint (Qaddoche). Levez (séou) les regards vers le haut (marom) et voyez! Qui les a créés? Qui fait défiler leur armée en bon ordre? Tous, il les appelle par leur nom (chém), et telle est sa puissance et son autorité souveraine que pas un ne fait défaut."


2e Haftara Vatomér Tsione (paracha Eqév) :

Et Sion dira Il m'a abandonnée (Isaïe 49, 14 - 51, 3).

Voir l'étude détaillée de cette haftara de Eqév:

Quand l'amour doute de Hachém...

Le contexte dans le désert

N'oublions pas que la trajectoire de nos parachiyotes est d'arriver en terre d'Israël pour y vivre la Torah : c'est l'enseignement de Moché et cette tâche rencontre le doute, l'angoisse, la peur dans le peuple qui utilise alors mille motifs pour y échapper, et ils invoquent toujours la force des autres nations et leur besoin de paix par une autre voie que celle de la Torah. Ils présentent toujours à Dieu leurs souffrances.

Après une phase de colère et d'exhortation avant le 9 av, D.ieu essaie maintenant de reprendre en main son peuple par la douceur et la manifestation de l'amour, la consolation et l'encouragement. C'est le commentaire de la paracha Eqév.
 

Le contexte constant, expliqué par Isaïe

Les haftarotes doublent exactement le texte de la Torah. C'est le même message mais (alors que la Torah est très condensée et demande des méthodes précises d'étude comme nous le voyons dans les commentaires de la paracha), dans la haftara, le prophète explique ce message dans le contexte de l'actualité, il le montre pour le faire comprendre à l'intelligence et, surtout, aux sentiments et aux coeurs. Mais c'est le même message exactement.

Isaïe, prophète du 8e siècle avant l'ère commune, parle à ses concitoyens qui ont eu beaucoup de guerres avec l'Assyrie qui a occupé la Samarie, menacé Jérusalem qui fut délivrée selon ses conseils. Il évoque ce qui adviendra quand ils seront emmenés en exil à Babylone, vers l'an 586 avant le compte de l'ère commune. 

50 ans d'épreuves et l'espoir renaîtra : Cyrus, roi de Perse, attaquera Babylone, la fera tomber et autorisera les Juifs à rentrer à Jérusalem. 50 ans de dur combat intérieur pour tenir, et la fatigue les guettera ; au point que peu de Juifs voudront bien rentrer au bercail. Et pourtant, ils seront en bute à toutes les attaques (il faut lire absolument Isaïe 41, verset 17 ; et 51, versets 7, 13, 22-23).

Combien cela parle à nous, Juifs d'aujourd'hui, fatigués et désespérés de l'hostilité environnante continue, et des nations amies qui encouragent et applaudissent quand il s'agit d'accepter les exigences de l'autres, mais qui se retournent et abandonnent avec précision dès que c'est l'heure précise de la menace réelle envers nous.

C'est le découragement et le désespoir qui conduiraient à abandonner les plans de Hachém et à s'en remettre à n'importe quel plan humain par ceux d'entre nous qui jettent l'éponge

Le prophète connait bien ces discours qui proposent de recourir à d'autres plans que ceux de la tradition (44, 10 ; 48, 5).

Isaïe connait bien la réalité et notre peuple qui ne change pas de siècles en siècles : il faut lire les versets 40, 30 ; 44, 20 ; 46, 12 ; et 49, 14 dans notre haftara.

Le prophète Isaïe ne peut pas encore rappeler au peuple sa véritable mission : vivre dans la lumière de Hachém et ainsi être pour le monde entier une lumière qui rayonne (ch. 60) et apporte la justice et la vérité sur la terre qui attend son enseignement (42, 1-4). 

Pour l'instant, il a en face de lui des êtres blessés, enfermés dans la souffrance et qui doutent du bonheur et commettent en conséquence la pire erreur : dire non au bonheur. Le prophète ne fait que reprendre le cri de la Torah : j'ai placé devant toi la vie et la mort, choisis la vie ! (Devarim 30).

Le contexte étant bien dressé (et qui ne s'y reconnaÎtrait peu ou beaucoup), analysons notre haftara.

Etude de notre haftara

Il faut d'abord la lire en entier : Isaïe 49, 14 - 50, 3.

Cette étude-ci fournira simplement un guide de lecture pour mieux percevoir les rythmes du texte et la particularité de chaque phase d'enseignement.


Quatre parties dans la haftara

  1. Le doute du peuple, par souffrance, et la défense de Hachém par lui-même (de 49, 14 à 49, 26).
  2. L'inversion : la plainte de Hachém, blessé par le doute du peuple (de 50, 1 à 3).
  3. Le modèle du bon juif et de sa relation à Hachém (de 50, 4 à 11).
  4. L'explication du motif essentiel pour lequel on doit espérer en la force de l'amour (de 51, 1 à 3).
Relire le texte pour bien percevoir avec clarté ces 4 parties.
 
 

ANALYSE DE LA PREMIÈRE PARTIE (49, 14-26)

le doute du peuple, par souffrance, et la défense de Hachém par lui-même (de 49, 14 à 49, 26).

1. L'amertume du peuple sioniste (oui ! le mot est précisément écrit) est exprimée crûment : Hachém nous délaisse et nous oublie (49, 14). C'est le résumé de toute la situation et la base à prendre comme "un problème à résoudre". Comment agir en conséquence ?

2. La défense de Hachém par lui-même (de 49, 14 à 49, 26).

a) Hachém répond par 3 arguments :

  • j'ai un ventre de mère (ré'hem, donc j'ai ra'hamim miséricorde).
  • en Moi, vous collez à Moi (16).
  • déjà tes enfants arrivent et tes persécuteurs s'éloignent (17).
b) Hachém éclaire sur le motif qui produira ce revirement (18): c'est par Lui-même et parce qu'Il est Le vivant que tout le noir (délaissement, solitude, ruine, exploitation, état de proscrit) se changera en bon (parure, fiancée, enfants, abondance) (19-20).

c) De même que tu ne comprends pas ton délaissement et ta dépression actuels, tu ne comprendras pas quand tout virera ainsi en bonheur (21).

d) Que se passera-t-il entre Hachém et les persécuteurs ? (20-23).

  • c'est Hachém qui interviendra sur eux et les dominera, Lui-même.
  • ces nations ramèneront les juifs dispersés et les aideront.
  • ils s'inclineront devant toi ceux qui te persécutaient.
3. Alors, dit Hachém, à ce moment-là tu devras bien reconnaitre que Je ne trompe jamais l'attente de ceux qui placent leur espérance en Moi.

4. Hachém qui connait bien son peuple 

4a soulève lui-même l'objection : tu penses que celui qui t'oppresse et garde tes biens en butin est trop fort pour Moi.

4b Hachém répond :

  • oui, il y a des tyrans, des forts, des adversaires qui te capturent et t'oppriment ;
  • Je les détruirai de façon cruelle ;
  • alors, pas seulement toi, mais toute créature saura que tu es protégée, que tu as un libérateur et que c'est Moi, Hachém, le Puissant de Yaâqov.
Commentaires

Nous découvrons que tous les détours de nos sentiments et de la réalité sont bien pris en compte, décrits et éclairés par la Torah.

Nous découvrons aussi la constance de ces dynamiques qui font donc partie du combat continu que nous avons à mener.

Nous découvrons enfin, que les états d'âme personnels doivent certes être analysés sur un plan strictement individuels mais aussi replacés dans le cadre d'une conception plus large de la vie d'un juif

Parenthèse

Pour ceux qui, comme moi, exercent dans des tâches de conseiller et de soutien, sous de multiples formes professionnelles, il est indispensable de connaître ces analyses et propositions juives.
Aujourd'hui, les éducateurs et psychologues ont compris que tout problème individuel doit aussi être situé dans la pression des influences de scénarios familiaux inconscients qui se transmettent (psychothérapie familiale), dans les propositions de désastre ou de solution que telle culture particulière transmet inconsciemment à ses membres (ethnopsychologie) ; il va de soi que celui qui aide doit alors étudier et comprendre cette culture car ses modèles agissent même s'ils ne sont pas perçus.
Donc, a fortiori le conseiller juif se trouvant devant des problèmes d'un Juif doit être capable d'entendre ce discours et de le situer.
 
 

DEUXIÉME PARTIE (50, 1-3) : Hachém renverse les rôles 

Il présente une liste d'arguments qui ne permettent de prétendre à l'abandon de sa part.
Il rappelle Sa puissance 
 
 

TROISIÉME PARTIE (50, 4-11) : le modèle du Juif en ces situations 

1. C'est un Juif 

  • qui vit en écoutant (lien avec le chémâ Yisraël de nos parachiyotes actuelles de Devarim).
  • qui vient en relation avec Hachém,
  • qui reconnait les bontés de Hachém et sa conduite sur nos vies,
  • qui résiste à l'ébranlement des coups de la vie,
  • qui sent la présence de Hachém quand il sent les coups adverses,
  • qui n'oublie pas le sort final qui sera celui de ces adversaires cruels.
2. Avec discrétion, délicatesse et bonté, Hachém 
  • confirme ce choix de vie,
  • incite à ne pas pas tomber dans le scénario des sentiments d'abandon même aux heures des plus grandes ténèbres.
QUATRIÉME PARTIE (51, 1-3) : l'anthropologie du Juif

La fin de la haftara règle bien le sens de tout ce passage : il ne s'agit pas d'un cours de morale, ni d'une consultation de soutien psychologique de "pensée positive en deux temps rapides" (avant : abandon et dépression - après : youpi tout est rose).

La clef est donnée : tout cela est ainsi parce que vous-mêmes êtes taillés dans une certaine nature

  • vous êtes faits d'un certain "rocher" (tsour), vous êtes tirés d'un certain creusement du puits (maqévéte bor) :
  • vous êtes faits de cette nature unique qu'est Avraham et Sara, les grands confiants qui résument l'appel, la bénédiction et la multiplication, selon des rythmes lents qu'ils ont su admettre.
La conclusion est double : 
  • cela doit être notre modèle solide en nous : ruine-désert-solitude puis consolation-Eden-jardin en compagnie de Hachém dans la joie et les remerciements.
  • Sion (qui est l'étape nécessaire mais insuffisante de la réalisation de la Jérusalem complète) sera consolée de toutes ses ruines.
Commentaires brefs de méthode

1. Nous avons voulu montrer toute la stratégie déployée par le prophète dans la haftara pour nous faire comprendre le message de la paracha, quand il donne une lecture sensible du message.

2. Pour l'atteindre, il faut en faire une analyse aussi précise que celle que nous réalisons dans la paracha et ne pas en rester à une impression globale et confuse d'un texte lu dans la fatigue de la fin d'un office long le samedi matin.

3. La haftara nous met en évidence le caractère relationnel qui n'aurait pas été évident pour nous dans la paracha. En effet, le débat est placé ici dans une relation, dans une relation passionnelle chargée de sentiments intenses et divers. 

4. Surtout, il est bien dit qu'il ne s'agit pas d'une philosophie de la vie, d'un enseignement, d'une Torah, mais de -si l'on peut dire avec les précautions nécessaires- de Quelqu'un qui se met en relation de présence personnelle avec notre être et notre existence dans ce qu'ils ont de plus essentiels : Moi (anokhi) Je ne t'oublierai pas (49, 15)..., Mes mains, Mes yeux (16)... comme Je suis vivant (18)..., Moi Hachém (23) je ne déçois pas..., Moi Hachém ton sauveur (26)...

5. Après cela, le commentaire sur l'amour qui est écrit sur la paracha Eqév prend maintenant davantage de sens.
 
 

Exercices

1. S'interroger avec ce texte

  • sur la trajectoire du destin d'Israël et sur les réactions,
  • sur notre propre trajectoire et nos réactions,
  • sur le développement à réaliser.
2. Relire toute la paracha et son commentaire dans cet axe.

3. A l'avenir, ayant compris cette méthode, lire également la hatara pour mieux comprendre la paracha.

Et la bénédiction viendra sur toi.

Tavo âlékha ouâlaikh habbérakha.

 


3e Haftara Ânia soâra (paracha Réé) :

Pauvre, secouée par la tempête (Isaïe 54, 11 - 55, 5).

  • Israël sera bâti désormais sur la stabilité, la force et la beauté.
  • il vivra selon, la Torah et dans la fraternité et l'harmonie.
  • les agresseurs et les médisants perdront tout pouvoir.
  • orientez bien votre désir et vous serez comblés.
  • orientez bien votre oreille vers Moi et vous aurez la vie.
  • vous serez sollicités par les peuples.
  • tout cela parce que Je suis le Saint d'Israël.


Voici le texte:
"O infortunée (ânia), battue par la tempête, privée de consolation! Vois, Moi-même (Anokhi) Je cimenterai tes pierres avec le stuc, et Je te bâtirai sur le saphir. Je te construirai des créneaux en pur cristal, des portes en escarboucles, et toutes tes barrières seront en pierres précieuses. Tous tes enfants (banaïkh) seront les disciples de Hachém; grande sera la concorde de tes enfants. Tu seras affermie par la justice: bannis toute idée d'oppression, car tu n'auras rien à craindre; de terreur, car tu seras garantie contre elle. Que si l'on se mettait contre toi, ce serait sans mon aveu; quiconque se mettra contre toi succombera sur ton sol. Certes, c'est Moi qui ai créé le forgeron, lequel attise la braise ardente et façonne l'instrument pour l'usage auquel il est destiné; Moi aussi J'ai créé le destructeur qui cause des dégâts. Tout instrument forgé contre toi sera impuissant, toute langue qui se dressera contre toi pour t'accuser sera convaincue d'injustice; tel est le partage des serviteurs de Hachém, et l'arrêt équitable qu'ils obtiennent de Moi, dit Hachém.

Oh (Oï)! Vous tous qui avez soif, allez (lékhou) vers l'eau (mayim)! Vous qui n'avez point d'argent, allez, approvisionnez-vous et mangez; gratuitement, sans rétribution, allez, fournissez-vous de vin et de lait! Pourquoi dépensez-vous de l'argent pour un pain qui ne nourrit pas, le fruit de vos peines pour un aliment qui ne rassasie pas? Ecoutez, écoutez-moi! Alors vous mangerez ce qui est bon, et votre âme se délectera de mets savoureux. Prêtez-moi l'oreille et allez vers Moi (lékhou élaï), écoutez (chimeou) et votre âme revivra (té'hi), et je vous accorderai une alliance éternelle (bérite ôlam), les bienfaits durables promis à David ('hassdéi David). Certes, Je l'ai établi comme un témoin pour les nations, comme le guide et le législateur des peuples. Des nations à toi inconnues, tu les convoqueras; des peuples qui ne te connaissent pas accourront (yaroutsou) à toi, en l'honneur de Hachém, ton Dieu, et du Saint d'Israël, car Il t'a embellie (péarakh)". Nous continuerons les traductions de la suite.


4e Haftara Anokhi Anokhi (paracha Choftim): Moi, Moi je vous console : (Isaïe 51, 12 - 52, 12).

Dans cette très longue haftara, Hachém parle en style direct :

  • Hachém éclaire Son peuple sur le choix fondamental : tu dois choisir entre la peur ou Moi.
  • d'une part, Je te rappelle que je suis plus fort que tout tandis que les tyrans ne sont que de l'herbe.
  • d'autre part, si tu es Mon peuple c'est que j'ai besoin de toi pour rénover l'univers.
  • Hachém reconnait que la souffrance d'Israël a été extrême dans le vertige, dans la ruine et dans la mort. Ce temps est fini, ce sont les oppresseurs qui le subiront.
  • quand Israël est opprimé, c'est le Nom même de Hachém qui est humilié.
  • Voici désormais la tâche d'Israël : se réveiller, secouer sa poussière, se revêtir de sa sainteté, ne plus rien toucher d'impur, se purifier, vivre dans la présence de Hachém.

"C'est moi (Anokhi), c'est moi qui vous console (Ména'hemékhem)! Qui es-tu, toi (Ate, au féminin) qui as peur d'hommes qui mourront, des fils d'Adam qui tout à l'heure seront de l'herbe? Oubliant Hachém, qui t'a créé, qui a étendu les cieux et fondé la terre, tu trembles (vatéfa'héd) sans cesse, tous les jours, devant la colère du tyran qui médite ta perte; mais où (vahayé) donc est maintenant la colère du tyran? Rapidement (mihar) le captif verra tomber ses chaînes; il ne mourra pas dans son cachot et le pain ne lui fera pas défaut. Car je suis Hachém, ton Dieu, Celui qui dompte la mer (hayam) quand ses flots se soulèvent, et qui se nomme Hachém-Cebaot. J'ai déposé mes paroles dans ta bouche, et je t'ai abrité à l'ombre de ma main, voulant établir de [nouveaux] cieux et réédifier la terre, et dire à Sion: "Tu es mon peuple!" Réveille-toi, réveille-toi! Debout (qoumi), Jérusalem! Tu as été abreuvée, par la main du Seigneur, du calice de sa colère; la lie de la coupe du vertige, tu l'as bue, tu l'as épuisée. Et pas un ne la soutient de tous les fils qu'elle a enfantés! Pas un ne saisit sa main (vé éine ma'haziq béyadah) de tous les enfants qu'elle a élevés! Deux coups t'ont frappée, nul ne t'a plaint: la dévastation et la ruine, la famine et le glaive; à qui donnerais-je mission de te consoler? Tes enfants, défaillants, gisent au carrefour de toutes les rues comme le buffle pris au piège, étourdis qu'ils sont par la colère de Hachém, par l'animadversion de ton Dieu. Or donc, écoute ceci, infortunée, toi qui es ivre, mais non de vin. Ainsi parle ton Maître, Hachém; ton Dieu, le champion de ton peuple: "Vois, je retire de ta main le calice du vertige; la lie de la coupe de ma colère, tu ne la boiras plus. Je la mettrai dans la main de ceux qui t'ont contristée, de ceux qui, s'adressant à ta personne, te disaient: "Couche-toi à terre, que nous passions [sur toi]!" Et tu faisais de ton dos comme un sol qu'on foule, comme une rue pour les passants.

Réveille-toi (Ouri), réveille-toi! Pare-toi de ta force, ô Sion! Revêts tes habits de fête, ô Jérusalem, Cité sainte (Ir haqqodéch)! Car désormais personne d'incirconcis ni d'impur n'entrera plus chez toi. Secoue ta poussière, lève-toi et reprends ta place, Jérusalem! Débarrasse ton cou des liens qui l'enserrent, ô captive, fille de Sion! Car ainsi parle le Seigneur, Hachém: "Gratuitement vous avez été vendus, et sans dépense d'argent (késsef) vous serez rachetés!" Oui, ainsi parle le Seigneur, Hachém: "À l'origine, mon peuple descendit en Egypte pour y séjourner, et puis Achour l'opprima sans motif. Et maintenant, qu'ai-je à faire ici, puisque mon peuple a été capturé gratuitement? Ses dominateurs poussent des cris de triomphe, dit le Seigneur, et constamment, chaque jour, mon nom est outragé!

Eh bien donc! Que mon peuple connaisse ce nom; eh bien donc! [Qu'il sache] en ce jour que moi qui parle, je suis là (hinnéni)!" Qu'ils sont gracieux sur les montagnes les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, qui annonce la délivrance, qui dit à Sion: "Ton Dieu est roi! (Mélékh Elohaikh)" C'est le cri de tes sentinelles! Ils élèvent la voix et ensemble ils jettent des accents de triomphe; car ils voient, de leurs propres yeux, Hachém rentrer dans Sion. Eclatez (Pits"hou) en cris de joie, chantez ensemble (ya'hdav), ruines de Jérusalem! Car Hachém console son peuple, délivre Jérusalem. Hachém déploie son bras auguste aux regards de tous les peuples, et tous les confins de la terre sont témoins de l'œuvre de salut de notre Dieu. Eloignez-vous, éloignez-vous, quittez ces lieux! Ne touchez à rien d'impur! Sortez de son enceinte; purifiez-vous, vous qui portez les armes de Hachém! Car ce n'est pas avec une hâte éperdue que vous vous échapperez, ce n'est pas dans une fuite précipitée que vous partirez; mais Hachém sera devant vous, votre arrière-garde le Dieu d'Israël."


5e Haftara Ronni âqara (paracha Ki Tétsé) : Réjouis-toi, stérile (Isaïe 54, 1-10).

Cette haftara très courte affronte un problème pertinent et douloureux : même si la femme Israël veut revenir vers D.ieu qui lui promet bénédiction, fécondité et rassemblement, il faut oser mettre en face de cette promesse la dure réalité contraire : l'infertilité. Ce thème de la femme stérile qui est un fil continu dans l'histoire biblique.

1. La fertilité est la volonté explicite du créateur

Le but de la création est l'union du couple et la multiplication des enfants (Béréchite 1, 26-28). Bien plus, le prophète Isaïe qui est le porte-parole de Hachém le rappelle lui-même (45, 19-19) en termes absolus et sans nuances : 

  1. car ainsi parle Hachém, le Créateur des cieux, ce Dieu qui a façonné la terre... non pour qu'elle demeure déserte mais pour qu'elle soit habitée ;
  2. Je suis Hachém et il n'en est pas d'autre (c'est la règle du créateur qui s'engage Lui-même en cela) ; ce n'est pas en secret que J'ai parlé, dans un endroit obscur de la terre (le décrêt est public).
  3. Je n'ai pas dit aux enfants de Yaâqov : recherchez-moi dans la solitude...
De nombreux textes vantent la bénédiction divine sous ces images (voyez les psaumes 127 et 128). Inversement une punition radicale peut être l'absence d'enfants (Vayiqra 20, 21).

2. Il y a des échecs, pourtant : il y a de nombreux cas de saintes femmes stériles (Sara, Rivqa, Ra'hél, 'Hanna. Les textes décrivent la souffrance terrible qui en découle : Sara crie "donne-moi des enfants ou je meurs" (Béréchite 30, 1). 

3. C'est même cette situation qui est prise comme modèle de ce que doit être l'attitude de chacun devant Hachém, en particulier dans la prière : reconnaître que rien ne nous est dû mais que nous dépendons entièrement de Hachém, avoir confiance, le remercier à l'avance pour ses bienfaits. La prière de 'Hanna et son attitude sont enseignées comme le modèle à suivre par tout priant, homme ou femme (II Samuel, ch. 2). 

4. Dans la haftara, Hachém reconnait que c'est bien la situation d'Israël que ce manque, cette souffrance, cet outrage, cette honte et cette humiliation. Pour la dépeindre, il y ajoute également la situation anormale du veuvage, et celle de la femme abandonnée. Nous sommes donc dans un virage : ce n'est plus seulement une exhortation envers Israël à revenir vers son Dieu, mais Lui-même reconnaît qu'Il a une part dans cette situation déplorable : "Je t'ai un instant caché ma face, un court instant je t'ai délaissée".

5. Hachém jure qu'Il gardera désormais une affection sans limite ('hésséd ôlam). Cet état s'appelle une miséricorde (ra'hamim) et, en un concept très précis : "alliance de paix" (brite chalom)

Donc, cette haftara est un changement complet, un virage dans la façon dont les problèmes sont posés, et un changement dans la relation.

Cela demande une grande réflexion personnelle.

"Réjouis-toi, femme stérile (âqara) qui n'as point enfanté! Fais éclater ton allégresse et chante, toi qui n'as pas été en mal d'enfant! Car plus nombreux seront les enfants de la femme délaissée (choméma) que de la femme mariée, a dit Hachém. Elargis l'emplacement de ta tente, qu'on déploie les tentures de ta demeure, n'y épargne rien! Allonge tes cordes, fixe solidement tes chevilles! Car de droite et de gauche tu déborderas, et tes enfants recueilleront l'héritage (yirach) des nations, peupleront des villes devenues solitaires.

Ne crains pas (al tirei), car tu ne seras plus humiliée; ne sois pas confuse, car tu ne subiras plus d'outrage; car la honte de ta jeunesse, tu l'oublieras, le déshonneur de ton veuvage, tu ne t'en souviendras plus.

Oui, ton époux (boalaikh) ce sera ton Créateur, qui a nom Hachém-Cebaot, ton sauveur (goalékh) sera le Saint d'Israël, qui s'appelle le Dieu de toute la terre. Car comme une femme abandonnée (âzouva) et au cœur affligé, Hachém t'a rappelée; la compagne de la jeunesse peut-elle être un objet de dédain? Ainsi parle le Seigneur. Un court instant (bérégâ qatone) je t'ai délaissée, et avec une grande tendresse (ou vé ra'hamim) je veux te recueillir. Dans un transport de colère je t'ai, un instant, dérobé ma face; désormais je t'aimerai d'une affection sans bornes, dit ton libérateur, Hachém. Certes, je ferai en cela comme pour les eaux de Noé (méï Noa'h): de même que j'ai juré (nichbâti) que le déluge de Noé ne désolerait plus la terre, ainsi je jure de ne plus m'irriter ni diriger des menaces contre toi. Que les montagnes (héharim) chancellent, que les collines s'ébranlent, ma tendresse ('hasdi) pour toi ne chancellera pas, ni mon alliance de paix (brit chélomi) ne sera ébranlée, dit Celui qui t'aime (méra'hamékh), Hachém!"


6e Haftara Qoumi ori (paracha Ki Tavo) : Lève-toi, éclaire (Isaïe 60, 1-22).

Suite à la haftara précédente, la situation est débloquée, comme il est dit dans le Lékha dodi, la gloire de Hachém est sur Israël (kevod Hachém âlaikh). 

Comme pour quelqu'un qui se sait subitement aimé, le monde est décrit comme en voie de changement : les verbes sont certes au futur mais il y a certitude maintenant que les enfants de bénédiction arrivent. Hachém les voit se rassembler dans Sa "maison de beauté" (béit tifarti afaér). Les termes employés sont "retour des colombes". Les peuples qui ont persécutés viendront dans l'humiliation se prosterner.

Ce sera le temps de la paix, de la justice, de l'absence de violence parce que Hachém sera la lumière permanente de Son peuple. Le temps du deuil sera terminé.

"Lève-toi (qoumi), resplendis (ori), car ta lumière (orékh) est venue, et la gloire de Hachém rayonne sur toi. Oui, tandis que les ténèbres couvrent la terre et une sombre brume les nations, sur toi Hachém rayonne, sur toi sa gloire apparaît. Et les peuples (goyim) marcheront à ta lumière, les rois à l'éclat de ton aurore. Lève tes yeux à l'entour et regarde! Les voilà qui s'assemblent tous et viennent à toi: tes fils arrivent de loin, avec tes filles qu'on porte sur les bras.

À cette vue, tu seras radieuse, ton cœur battra d'émotion et se dilatera, car les richesses de l'océan se dirigeront vers toi, et l'opulence des peuples te sera amenée. Tu seras inondée d'une multitude de chameaux, de dromadaires partis de Madian et d'Epha; voici venir tous ceux de Saba, apportant l'or et l'encens et proclamant les louanges de Hachém. Les brebis de Kèpar s'entassent dans tes murs, et les béliers de Nebaïot s'offrent à ton usage; ils montent sur mon autel en sacrifice agréable, et ainsi je glorifierai ma glorieuse maison.

Qui sont ceux-ci (mi éllé), qui volent comme une nuée, comme des colombes vers leurs colombiers? Ce sont les îles qui attendent mon signal, et d'abord les vaisseaux de Tarchich, pour ramener de loin tes fils! Ils ont avec eux leur argent et leur or, en l'honneur de Hachém, ton Dieu, et du Saint d'Israël qui te glorifie.

Et les fils de l'étranger bâtiront tes murailles, et leurs rois te serviront; car si je t'ai frappé dans ma colère, dans ma bonté je prends pitié de toi. Et tes portes seront toujours ouvertes; ni le jour ni la nuit elles ne se fermeront, pour laisser entrer chez toi les richesses des nations et leurs rois marchant à la file. Car le peuple, la dynastie qui refusera de te servir périra; ce peuple-là sera voué à la ruine. La gloire du Liban affluera chez toi, cyprès, orme et buis, tous ses bois ensemble, pour orner le lieu de mon sanctuaire, pour honorer l'endroit où reposent mes pieds. Et ils viendront à toi, tête, basse, les fils de tes persécuteurs, et tous tes insulteurs se prosterneront jusqu'à la plante de tes pieds; ils t'appelleront Cité de Hachém, la Sion du Saint d'Israël.

Délaissée (âzouva) que tu étais, et haïe (sénoua) et solitaire, je ferai de toi pour l'éternité un sujet d'orgueil, la joie (méssos) des générations successives. Et tu suceras le lait des peuples et tu boiras à la mamelle des souverains; et tu sauras que je suis Hachém, ton sauveur, que tu as pour libérateur le Puissant de Jacob.

Où il y avait de l'airain, je mettrai de l'or; où il y avait du fer, je mettrai de l'argent; je remplacerai le bois par l'airain, les pierres par le fer. Pour toute magistrature, je te donnerai la Paix (chamom), pour autorité souveraine la Justice (tsédaqa). On n'entendra plus parler de violence en ton pays, de ravages ni de ruine en ton territoire, et tu appelleras tes murs "Salut" (yéchouâ), et tes portes "louange" (téhila). Ce ne sera plus le soleil qui t'éclairera le jour, ni la lune qui te prêtera le reflet de sa lumière: Hachém sera pour toi une lumière permanente (or ôlam), et ton Dieu ta splendeur glorieuse (létifartékh). Ton soleil n'aura jamais de coucher, ta lune jamais d'éclipse; car Hachém sera pour toi une lumière inextinguible, et c'en sera fini de tes jours de deuil. Et ton peuple ne sera composé que de justes (tsaddiqim), qui posséderont à jamais ce pays, eux, rejeton que j'ai planté, œuvre de mes mains, dont je me fais honneur. Le plus petit deviendra une tribu, et le plus chétif une nation puissante (goï âtsoum). Moi Hachém, l'heure venue (béîtah), j'aurai vite accompli ces promesses."


7e Haftara Sos assiss (paracha Nitsavim) : Je me réjouirai de bonheur (Isaïe 61, 10 - 63, 9).

Cette dernière haftara est le sommet du bonheur : c'est le verset qui est sur le site depuis le début de sa création avec les fleurs en page d'accueil. C'est le bonheur de Hachém, le bonheur d'Israël, de la création et de la femme et de l'homme également : "pour l'amour de Sion, je ne garderai pas le silence, pour Jérusalem je n'aurai pas de repos, jusqu'à ce que son salut n'ait éclaté comme un jet de lumière, et sa victoire comme une torche brulante."

Il faut lire lentement toute cette haftara. 

Cette fois, on arrive au bonheur qui a nom Jérusalem (non, exactement Yérouchalayim, ce qui est différent car c'est un nom double, en couple) ; en effet, Sion n'est que la première étape de l'union, caractérisée par le rapprochement, comme les fiançailles par rapport au mariage.

Hachém décrit sa fureur de la souffrance abusive que les peuples ont fait subir à Israël.

Il révèle que dans les pires moments de la conduite de Son peuple, il disait : "ils sont Mon peuple, après tout, des enfants qui ne sauraient trahir". Dans toutes leurs souffrances, Il a souffert avec eux.

Nous disons : "je veux proclamer les bontés de Hachém".

"Je veux me réjouir pleinement (soss assis) en Hachém, que mon être (nafchi) se délecte en mon Dieu! Car il m'a revêtu de la livrée du salut (yéchâ), enveloppé du manteau de la victoire: tel un fiancé ('hatane) orne sa tête d'un diadème (péer), telle une jeune épouse (kalla) se pare de ses joyaux. Car, de même que le sol développe ses plantes, de même qu'un jardin fait germer les graines qui lui sont confiées, ainsi Dieu, Hachém, fera éclore le salut et la gloire à la vue de toutes les nations.

Pour (lémaâne) Sion, je ne garderai pas le silence, pour Jérusalem je n'aurai point de repos, que son salut n'ait éclaté comme un jet de lumière, et sa victoire comme une torche allumée (lapid). Alors, les peuples seront témoins de ton triomphe et tous les rois de ta gloire, et on t'appellera d'un nom nouveau (chém 'hadach), qu'aura désigné la bouche de Hachém. Et tu seras une couronne glorieuse aux mains de Hachém, et un diadème royal dans la paume de ton Dieu. Tu ne seras plus nommée la Délaissée et ta terre ne s'appellera plus Solitude; toi, tu auras nom Celle que j'aime, et ta terre se nommera I'Epousée; parce que tu seras la bien-aimée de Hachém, et parce que ta terre connaîtra les épousailles. Oui, comme le jeune homme s'unit à la vierge, tes enfants te seront unis; et comme le fiancé se réjouit de sa fiancée, ton Dieu réjouira de toi.

Sur tes remparts (âl 'homotaïkh), ô Jérusalem, j'ai posté des guetteurs, qui ne se tairont ni le jour ni la nuit, en aucun temps: "O vous qui faites appel au souvenir de Hachém, ne prenez aucun répit! Et à lui non plus ne laissez point de trêve, qu'il n'ait rétabli Jérusalem et n'en ait fait un sujet de gloire dans le monde."

Hachém l'a juré par sa droite et son bras puissant: "Jamais plus je ne livrerai ton blé en pâture à tes ennemis; jamais plus les fils de l'étranger ne boiront ton vin, fruit de ton labeur. Ceux qui l'auront récolté le mangeront et célébreront Hachém: ceux qui l'auront recueilli le boiront dans les parvis de mon sanctuaire." Passez, passez par les portes, faites déblayer la route du peuple; nivelez, nivelez la chaussée, enlevez-en les pierres, levez l'étendard pour les nations. Voilà que Hachém fait entendre son appel jusqu'aux confins de la terre: "Dites à la fille de Sion: Voici ton salut qui vient! Voici [Dieu] qui arrive, escorté de son salaire, devancé par sa rémunération!" Et on les appellera le peuple saint (âm ha qoddéch), les affranchis de Hachém; et toi [Jérusalem], tu auras nom la Recherchée, la Ville non délaissée.

Quel est celui qui vient d'Edom, qui arrive de Boçra, les vêtements teints de rouge (adom)? Qu'il est magnifique dans son costume et s'avance fièrement dans l'éclat de sa force! C'est moi, qui parle le langage de la justice et suis puissant pour sauver. Pourquoi cette couleur rouge à ton vêtement? Pourquoi tes habits sont-ils comme ceux du vendangeur qui foule le pressoir? C'est que j'ai foulé une cuvée à moi tout seul, et d'entre les nations personne n'a été avec moi. Et je les ai pressurés dans ma colère, écrasés dans mon courroux: leur sève a rejailli sur mes vêtements et mes habits en sont tout souillés.

Car c'était un jour de revanche dans ma pensée, l'année de mes représailles était venue. Et j'ai regardé: personne pour m'assister! J'observai avec surprise: personne pour me prêter main forte (éïn ôzér)! Alors mon bras fut mon secours (vé tochâ li zéroî), mon indignation fut mon auxiliaire. Et je broyai des peuples dans ma colère, je les étourdis dans ma fureur, et fis couler leur sève à terre.

Je veux proclamer les bienfaits de Hachém, les louanges de Hachém, en raison de toutes les bontés qu'il a eues pour nous, du bien immense (rav tov) qu'il a fait à la maison d'Israël, qu'il lui a fait selon sa miséricorde et l'abondance de ses grâces. Il disait: "Ils sont mon peuple, après tout, des enfants qui ne sauraient trahir." Et il devint pour eux un sauveur.

Dans toutes leurs souffrances, il a souffert avec eux; sa présence tutélaire les a protégés. Dans son amour et sa clémence, il les a délivrés; il les a portés et soutenus pendant toute la durée des siècles (kol yéméi ôlam)."


Conclusion

C'est un trajet long et lent que celui du retour d'Israël vers Hachém, et aussi celui du retour de Hachém vers le bonheur complet trouvé dans son peuple.

Tout en voulant rester uniquement dans les textes de l'enseignement de notre tradition, il faut faire sentir ces textes ; c'est pour cela que nous faisons un effort graphique et d'image, et esthétique, et plaçons des poèmes pour que la sensibilité participe et aggrippe l'être.

C'est pour cela que nous avons scandé ce parcours d'Israël dans cette suite de pages :

  • le texte : "ensemble" (une étude brève qui dépeint notre diversité).
  • puis la prière en poème d'espérance et de renouvellement, en essayant de trouver la note juste de participation au sein du peuple, loin des divisions.
  • l'apport de photos et documents pour sentir la terre et le retour.
  • dans ce contexte, le drame actuel et continu du peuple, face auquel nous ne devons pas détourner les yeux pour ne pas voir ou pour minimiser le mal, ni nous enfermer dans de minuscules débats d'intérêts politiques de pouvoir.
  • face à ces réalités, vivre ce scénario de consolation offert à nous dans ces haftarotes.
  • entrer à nouveau dans la réalité concrète (sens de cet annuaire de sites israéliens qui dépeignent bien ce qu'est vivre réellement ici, et ne pas voir Israël comme une brochure de vacances).
Un enseignement essentiel :
Comment prier pour la terre d'Israël et pour que nous ayons des guides dignes de la mission d'Israël
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