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48e Paracha : Chofétim
"Des juges"

Dévarim (Le Deutéronome) 16, 18 - 21, 9

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
Page d'accueil de tout le site : http://www.modia.org


Cette paracha ouvre le mois de Eloul, chargé de sens et d'événements (lien ici).
Elle suit la fête de Roche 'hodéche Eloul.
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Le judaïsme est un équilibre :
analyser rigoureusement, 
mais relier l'idéal au plus concret.


Plan
  • L'éclairage du Middrache Tan'houma
  • Les 40 mitsvotes
  • Rechercher le sens des mitsvotes
  • Méthode
  • Examen des particularités
  • L'éclairage par la tradition nous donne la clef
  • Situons cette règle de pensée
  • Relier
  • Rachi et sa méthode
  • Vers le sod
  • Les deux rouleaux de la Torah
  • Ne pas amputer la Torah
  • La balance
  • Deux mises en garde
  • Radicalisme
  • La haftara
  • Le relatif du monde actuel
  • Le niveau du sod
  • Exercices

  • Mémoriser
     Lecture et audition de la paracha
    téâmim askénaziim (lien Ort)

    Lecture et audition de la paracha
    téâmim sépharadiim (Alliance)
     

     Lecture et audition de la haftara
    téâmim askénaziim (lien Ort)
     
     
     Les dates des fêtes de l'année 5769-70
     

    Cours de lecture d'hébreu
    pour débutants

    La page de l'hébreu

    Ici, important cours de lecture de cette paracha
    et des prières, pour tous. 


    Cette paracha s'adresse à nous Juifs et non pas à l'ensemble de la planète car il est écrit

    "Chofétim vé chotérim titéne lékha békhol-chéârékha. Des juges (des dayanim selon la Torah) et des applicateurs des décisions tu te donneras à toi-même en tous tes portails".
    Le judaïsme n'a pas de prétention totalitaire comme les religions missionnaires qui ont souvent dominé par le glaive et le bûcher en déferlant sur les divers continents au nom de la civilisation, ni comme les idéologies totalitaires modernes qui se succèdent, y compris les plus dominatrices actuelles qui se camouflent derrière l'instrument de conquête civilisatrice nommé droits de l'homme. La Torah n'est pas pour les autres, mais pour nous seulement.


    Voilà ce qu'en dit le Rav Chalom Messas, zal, dans Vé'ham hachéméch, son commentaire de la Torah:
    Paracha zo médabbéréte âl minouï haddayanim
    (Cette paracha parle de la nomination des "dayanim", juges rabbiniques")
    haddayanim hém hachofétim ché posseqim éte hadine,
    (les dayanim sont les juges qui décrètent le jugement en halakha, ce que l'on doit faire)
    véhachotérim hém hamotsiim lafoâl,
    (et les policiers ou gardiens sont ceux qui assurent la mise en oeuvre)
    vékhén ita (yéchna) bammidrache

    (et, effectivement, c'est cela qui est dit dans le Middrache):
    chofétim éllou haddayanim, chotérim éllou happarnassim.

    (les juges ce sont les dayanim, et les policiers ou gardiens sont ceux qui gèrent la communauté, les parnassim).

    Le Rav écrit ici selon la méthode de Rachi que nous avons souvent étudiée: claire, simple, explicative, sans références précises, mais avec un indice qui nous permet brièvement d'aller poursuivre l'étude, pour ceux qui en ont le niveau et la volonté. Cet indice se trouve en ces mots: "vékhén ita (yéchna) bammidrache (et effectivement c'est cela qui est dit dans le middrache)".
    Comme pour Rachi, nous savons que cette expression désigne presque toujours le Middrache Tan'houma. Allons-y, c'est comme cela qu'il faut étudier. Il ne faut pas prendre cette allusion du Rav comme une simple figure de style dans laquelle il ne voudrait pas importuner le lecteur ou l'auditeur par des références trop précises qui seraient comprises comme de la prétention, et qui feraient qu'il se contente de références vagues.
    Le commentateur n'a pas ces faux problèmes, et il souhaite que l'on étudie. Seulement, comme la Torah, il ne contraint pas.
    Mais nous voulons étudier et suivre le poteau indicateur posé par le Rav. C'est cela étudier "avec les Sages": non seulement lire ce qu'ils disent, mais rejoindre ce qu'ils ont dans la tête lorsqu'ils écrivent telle ou telle phrase; quand on connait ces codes des méthodes de l'étude, on comprend les messages qui sont placés dans le commentaire pour l'élève; nous l'avons appris avec Rachi (lien ici sur ces méthodes chez Rachi). On étudie alors vraiment "avec" les Sages.

    Voici donc ce que dit le Middracha Tan'houma qui est un ouvrage ancien de commentaires qui comportent aussi des exhortations morales et des précisions halakhiques, il porte sur toute la Torah et on l'appelle aussi Tan'houma yélamdénou:
    Au second chapitre du commentaire de la paracha on trouve exactement les termes du Rav puis les expressions suivantes:
    - ils dirigent la communauté (êda); (note: que le Ciel fasse que l'on ait ce type de dirigeants politiques; connaissant la Torah pour organiser le peuple dans cette constitution de bonheur!).
    - s'il n'y a pas de chotér (éxécutant), il n'y a pas de juge. Ainsi David n'aurait rien réalisé même s'il avait posé ses bons décrêts s'il n'avait pas eu son exécutant Yoav ben Tsérouya (voyez I Chroniques, Divré hayamim 18,14...: "David régna sur tout Israël, et il gouverna tout son peuple avec justice et équité", et suit la liste des ministres exécutants de David).Et c'est en cela que se réalisait le verset de Job 29,16: "j'étais un père pour les malheureux, et la cause que je ne comprenais pas je l'étudiais à fond. Et je brisais la machoire du malfaiteur, et j'arrachais la proie d'entre ses dents".
    Le Rav Messas, zal, (lien ici) était le Premier juge rabbinique de Jérusalem, Président des Présidents des tribunaux rabbiniques et, s'il nous renvoie à ces textes, c'est qu'il les méditait et les pratiquait. La discrétion de la référence en indique sa puissance comme fondement personnel comme dayane (juge rabbinique). Et, à partir de cette implication personnelle, le Middrache Tan'houma nous donne une autre compréhension encore plus intérieure de l'expression "juges et gardiens".
    C'est le cas d'un dayane, Ribbi 'Hanina ben Elâzar qui juge le dossier d'un plaignant demandant au juge de décider car l'arbre de son voisin a des branches qui s'étendent sur son jardin et lui portent préjudice dans ses cultures. Or le dayane comprend qu'il s'agit de son voisin et de son propre arbre. Le dayane remet sa décision au lendemain; le plaignant lui fait remarquer que, d'habitude, il décrète le jour même. Le juge maintient sa décision et envoie vite quelqu'un abattre son propre arbre. J'abrège, reportez-vous au texte. Il conclut: "c'est pour cela qu'il est écrit: juges et gardiens, chéllo yéhé vachofét davar chel pessolét (qu'il n'y ait pas à l'intérieur du dayane quelque chose qui soit des ordures, des choses répréhensibles)".

    A travers tout cet enseignement, nous pouvons maintenant appliquer cela à toutes les mitsvotes car LE Juge qui prescrit est le Créateur qui nous donne et nous prescrit la Torah. Et nous nous sommes engagés à la respecter et à l'appliquer. Etudions-les, pas de façon formelle en nous déchargeant sur d'autres mais en étant notre juge et notre gardien.

    Les mitsvotes du Juif

    La paracha prescrit 40 mitsvotes (de 491 à 531 sur les 613) que le Chla répartit selon les 6 piliers (âmoudim) qui soutiennent le monde : Torah, âvoda (prière et culte), guémiloute 'hassadim (bienfaisance), dine (justice), émète (vérité), chalom (paix). Ce sont les fondations sur lesquelles le monde existe (ha yéssodote ché haôlam ôméd âléhém). Torah, âvoda (prière et culte), guémiloute 'hassadim (bienfaisance) est dit par Chiméone ha Tsadiq (Simon le Juste) dans les Principes des Pères 1,2

    et dine (justice), émète (vérité), chalom (paix) par Chiméone ben Gamliel en 1,18.

    Le pilier de torah concerne les mitsvotes reliées aux Léviim qui n'auront pas de possession de terre, recevront des subsistances et dons (téroumotes), étudieront et enseigneront la Torah. 

    Le pilier de âvoda (culte) concerne l'interdiction de planter des arbres sur la montagne du Temple, d’élever des monuments de pierre et de sacrifier des animaux infirmes.

    Le pilier de guémiloute 'hassadim concerne la bonté à manifester aux défunts et les villes de refuge pour ceux qui ont tué sans intention de le faire, par inadvertance.

    Le pilier de dine, la rigueur, est représenté par les mitsvotes concernant la nomination des juges, leurs règles concernant le témoignage, la soumission à leurs décision, la nomination d'un roi pour mener le peuple dans la voie de la Torah.

    Le pilier de émète, la vérité, concerne les sorciers et les faux prophètes s'appuyant sur le mensonge à propos de la Torah.

    Le pilier de chalom, la paix, concerne les mitsvotes de la guerre, le rapport aux habitants de Canaane, la présence des cohanim au combat, le devoir de ne pas craindre les ennemis.


    Rechercher  dans le texte le sens des mitsvotes

    Méthode

    La paracha n’est pas seulement un code d’organisation sociale selon la morale. Il y a plus. Sont dans l'erreur ceux qui s'appuient sur leur seule pensée pour interpréter la Torah ; cela est une base nécessaire mais insuffisante ; il faut aussi découvrir le sens véritable par la méthode qui consiste à soulever des questions et à y répondre par la prise en compte des particularités de l'hébreu.

    Examen des particularités
    Il faut toujours rechercher les particularités du langage de la Torah car elles donnent les clefs du message de la Torah. 

    Première particularité, il n’est pas dit : "tu jugeras selon la justice" (ce qui serait conforme à une conception de Torah comme code social moral) mais il est dit : "justice justice tu poursuivras"

    (tsédéq tsédéq tirdof, Dévarim 16, 20). De là, nous arrivons à la question : pourquoi ce doublet et quel en est le sens ? La réponse nous fournira un axe qui éclairera toute la paracha.

    Autre particularité : la formulation du premier verset de la paracha 
    (des juges et des exécuteurs de justice, chofétim véchotérim
    tu donneras vers toi, titén lékha)
    conduit à comparer ces mots (titén lékha, Dévarim 16, 18) aux termes utilisés pour la prescription de "placer un roi sur toi", tassim âlékha (Dévarim 17, 15). Pourquoi "vers toi" et pourquoi "sur toi" ?
    Il importe d'aller lire les références indiquées.



    L'éclairage par la tradition nous donne la clef

    Après la localisation des questions, la méthode traditionnelle consiste à se reporter aux sources qui en traitent (voilà pourquoi, en plus de l'étude solitaire ou en groupe, il faut étudier auprès de quelqu'un qui a étudié la tradition, car on ne peut pas inventer la Torah, les associations  intellectuelles ne suffisent plus).
    Recherchons les sources qui éclairent ces différences.
    Sur ce texte, le talmud (Yévamote 45 et Sanhédrine 20) s'interroge longuement devant l’étonnante consternation du prophète Samuel (I Samuel 8, 6-17) quand le peuple lui demande de lui attribuer un roi : "cela déplut à Chmouel de les entendre dire : donne-nous un roi pour nous juger, vayérâ haddavar bé êiné Chemouél cachér amérou téna lanou mélékh". En effet, le prophète savait bien que la Torah avait prescrit de nommer un roi et que, de plus, ce roi agirait selon la Torah. Cela était, d'ailleurs, précisé, symboliquement  dans un ordre bon des choses, par le fait que le roi devra avoir 2 rouleaux de la Torah, un à l'intérieur de sa demeure et l'autre qu'il emportera au combat. Il devra tenir compte des deux dans sa conduite du peuple selon la Torah, ce qui indique que la Torah représente deux optiques (qui sont indépendantes mais reliées) concernant l'intériorité et l'extériorité et ce serait une erreur grave que de les confondre.

    La pensée juive progresse par enrichissement d'associations et non pas selon la seule logique mathématique.
    C'est pour cette dualité, entre autres, qu'il est écrit deux fois tsédéq tsédéq, "justice justice" (Dévarim 16, 20) :

    ainsi, 
    - d'une part, il y a apparence de similitude,
    - mais, d'autre part, il faut savoir discerner et distinguer ; c’est tout l’enseignement de cette paracha.  C'était la clef que nous recherchions. Elle formera ce que l'on appelle l'intelligence juive : cette capacité acérée d'analyse qui détecte vite les illusions et les supercheries. Nous l'avons vu souvent, la vérité de la Torah se livre uniquement pour celui qui accepte de peiner pour aller jusqu'au bout du jeu de piste.

    Situons cette règle de pensée
    Nous avons reçu de nombreuses parachiyotes nous donnant le sens de la création (Béréchite), le sens de l'histoire (Chémote), le sens du dispositif mis au coeur de la création qu'est la centrale de sainteté, le Temple (Vayiqra), le sens de l'organisation particulière du peuple juif dans la sainteté, qéddoucha (Bamibar) et après une révision de tout cet ensemble (Dévarim), la Torah s'adresse maintenant personnellement à chacun et nous éclaire, pour nous gérer individuellement, sur le mode de fonctionnement juste du coeur (parachiyotes précédentes) et, ici, sur le mode de fonctionnement juste de la pensée. 

    Applications
    Ce principe étant compris (similitude/distinction), la paracha nous l’enseigne à plusieurs niveaux.
    Ainsi, sur le plan du pchate (niveau apparent, évident et concret du texte) et sur le plan de l’organisation de la vie sociale, le roi ne doit pas prendre entre ses mains la fonction de juge ni vouloir se substituer au Sanhédrine (le plus important tribunal des Sages). Chaque fonction a une spécificité et l'histoire juive, dans son évolution vers la destruction du Temple, a montré que des catastrophes surviennent quand il n'y a pas le respect de ces différences et nuances. C'est la base historique du respect de la séparation des pouvoirs et des droits différents de chacun. (Les idéologies totalitaires, au contraire, fonctionnent selon un autre principe : leurs droits universels annulent les droits particuliers, et  sont définis selon l'intérieur et la mentalité du camp dominant).

    Ainsi, en fait, la réponse à la consternation du prophète Samuel est celle-ci : il s’étonnait que le peuple ne lui demande pas un roi qui gouvernerait selon la Torah mais un roi qui dominerait "sur eux", comme c'est le cas dans les autres nations ; le terme qui l'indique est l’emploi du mot "sur" (âl) au lieu du mot "vers" (lé). C'est pour cela qu'ils ont dit "comme toutes les nations, kékhol haggoyim (I Samuel 8, 5). 
    Nous comprenons maintenant pourquoi Hachém a répondu au prophète : 
    "ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est Moi-même dont ils ne veulent plus pour leur roi sur eux
    ki oti maassou mi mélokh âléhém (I Samuel 8, 7). 

    Cette question de l'obédience à la Torah est encore en "débat continu" dans l'Etat d'Israël d'aujourd'hui ; il ne faut pas le camoufler sous prétexte de déficiences réelles des partis et intérêts religieux que l'on peut utiliser intellectuellement pour camoufler le débat fondamental.

    Relier
    D'autres commentateurs du pchate (premier niveau de la compréhension évidente) interprètent le doublet tsédéq tsédéq comme 
    - une application de la justice aussi bien à soi-même qu’à autrui, 
    - aussi bien aux paroles qu’aux actes, 
    - aussi bien face au juge visible que face au Juge invisible. 
    Cependant, ces interprétations ne répondent pas au problème posé par le texte, car il n’est pas dit "jugez selon la justice ceux-ci et ceux-là" mais "justice justice", doublet du même mot. Pourquoi ?

    Et, de plus, on n’aurait pas dû avoir besoin de ce doublet car, en soi, toute chose de ce monde possède deux niveaux comme l’indique et la première lettre de la Torah (béite), et le verset du psaume 62, 12 : "une fois Il a parlé, deux fois j’ai entendu". Tournons-nous alors vers Rachi pour nous aider à résoudre le problème.

    Rachi et sa méthode

    Rachi (lien ici) possède toujours l’art d’orienter brièvement vers l’essentiel. Il commente tsédéq tsédéq  en disant seulement : halokh a’har "beit dine yafé",

    "aller après un tribunal beau". Il nous apparaît avec évidence qu'il faut apprendre de quelqu'un qui connait la méthode de Rachi pour recevoir le message de ces mots brefs et énigmatiques. Il fait allusion au commentaire du traité Sanhédrine 32 b qui le dit en ces termes. Nous allons donc nous y reporter.

    Nous avons déjà dit souvent que Rachi parle brièvement pour nous inviter à nous reporter aux sources qu’il utilise et nous les faire interroger en y voyant ce qu’il a rapporté, omis, modifié et nous devons chercher pourquoi cela afin de comprendre le message de Rachi. 

    Donc, ici, Rachi a omis toutes les interprétations parlant de parallélisme (cas d’un grand procès ou d’un petit procès, par exemple, comme ci-dessus) et il ne retient que ceci : a’har beit dine yafé, "aller après un tribunal beau" ; et, alors, le talmud ajoute "après Ribbi Eliêzér à Lod, Ribbi Yo’hanane à Béror ‘Hayil... de la lumière des chandeliers à Béror ‘Hayil annonçait michté cham michté cham, un festin de noces là, un festin de noces là". Expliquons.

    Par ce dernier terme ("un festin de noces là") qui, de plus, est doublé comme tsédéq tsédéq, nous comprenons qu’il était important de ne pas dire : un tribunal "juste" mais : un tribunal "beau". Rachi veut nous dire ceci :  ce dont nous parlons, même dans le pchate de cette expression tsédéq tsédéq touche les niveaux des noces essentielles
    Rachi nous dit ainsi clairement : ici, le sens littéral premier ou  pchate de la paracha est le sod, l’intime, le secret, le cœur le plus important. On revient aux thèmes de l'amour touchés comme base de toute la Torah dans les parachiyotes précédentes. Rachi, qui en reste au pchate, a souvent dit qu'il utilise aussi le middrache symbolique quand c'est lui qui est le sens du pchate clairement apparent.
    Je souhaite aux lecteurs de ne pas s'imaginer qu'il s'agirait en cette insistance sur les noces et le couple, d'une orientation personnelle de mes commentaires mais il s'agit bien de la ligne de nos Sages qui nous transmettent la Torah de Moché. 
    On pourrait objecter : mais pourquoi ne pas le dire d'emblée et le cacher ? 
    Effectivement, c'est une caractéristique de la volonté de D.ieu que de cacher le trésor de ce qu'il révèle pour ne pas le prostituer auprès de ceux qui n'en feront pas bon usage, les Proverbes nous le répètent sans cesse. 
    Mais à celui qui est humble, sincère, l'entrée dans le trésor de l'amour et de la lumière ne sera pas cachée.
    Rachi ne fait aucune concession à cette règle de méthode.
    Il en est de même pour chacun : le coeur des valeurs intimes n'est jamais présenté aux étrangers, même par ceux qui s'expriment ouvertement en présence de leurs invités.

    Vers le sod (intérieur secret) par une liaison
    Rachi nous ayant mené à la porte du trésor, ainsi que le Chla le montre souvent, nous allons continuer avec le Chla qui commente en prenant son relais.
    Pour y parvenir, nous allons nous diriger en traversant le niveau du drache et du réméz (la réflexion et l’allusion symbolique) avec l’analyse du Chla, puis nous atteindrons le sod (intérieur secret) dans le commentaire de Ribbi Yaâqov Abou’hatséra.

    Une fois bien posée la différence des niveaux et fonctions, le Chla montre que la similitude des termes tsédéq tsédéq indique cependant qu'il faut relier les niveaux de l’être d'une certaine manière et tenir compte du niveau d’En-Haut pour la conduite des affaires terrestres, mais cette liaison doit être exercée avec souplesse

    C'est ainsi que le principe dina dé Malkhouta dina

    (la justice du roi est justice à suivre, Guittine 10 b, Zohar 3, 227 a), est souvent invoquée à tort pour justifier l'obédience et l'obéissance à tout ordre venant du pouvoir civil, même si celui-ci est étranger ou contraire à la Torah ; mais, en vérité, ce principe repose, au contraire, sur un lien qui doit être tenu entre ce pouvoir d'en-bas et le pouvoir d'En-Haut

    En effet, les lettres du mot dina sont les mêmes que celles du mot adonoute, le Seigneur ; et le Sanhédrine, quand il se prononçait, ne devait que confirmer les jugements tels qu'ils sont prononcés En-Haut par Le Roi des rois.

    Dans une autre paracha, le Chla avait aussi montré le lien entre ce mot dina et l'achèvement positif de la succession des forces spirituelles représentées par les fils de Yaâqov, en la personne de Dina, la fille de Yaâqov, cela se jouant également aux niveaux les plus élevés des séfirotes. 

    Il suffisait d'indiquer cet exemple pour montrer que la Torah pose comme une nécessité, à la fois, de distinguer les plans et fonctions mais aussi de connaître leur interrelation. Nous avons atteint là, en compagnie des différents Sages, la règle de la pensée juive transmise en cette paracha.

    La Torah nous dit que tout le fonctionnement de l'univers et des structures qui s'y trouvent (surtout les structures sociales) est basé sur cette rigueur-complexité qui demande une grande agilité ; l'étude de la Torah l’assure par l’analyse et la réflexion continues qu’elle exige. Le talmud est la gymnastique intellectuelle sans concession dont nous avons besoin pour parvenir à discerner et pour parvenir ensuite à relier. On est loin de la politique basée sur les intérêts des groupes et les sondages d'opinion.

    Sans le respect simultané de ces deux règles qui ne sont pas contradictoires mais complémentaires, 
    le monde ne peut pas subsister
    et il vire dans les extrémismes 
    destructeurs parce que unilatéraux
    C'est cela que voulait nous dire le Chla au début de ce commentaire : ce sont les piliers du monde. Ainsi, les Pirké avote (Principes des Pères) ou Michlé (les Proverbes) ne sont pas des adages populaires, une sorte de "veillée des chaumières" du Juif, mais ce sont des condensés de ces principes de raisonnement dans la vie sociale et ils nous mènent au sens du coeur des choses. Cela change leur axe de lecture. 

    Un exemple bien connu de dysfonctionnement de ces principes est celui des juges au moment de la destruction du Temple, qui se basaient à juste titre sur la seule rigueur, le dine strict de la Torah d'en-bas, mais ne prenaient pas en considération son lien avec l'intériorité et la miséricorde, ra'hamim, de la Torah d'En-Haut. Il est dit que le Temple, c'est-à-dire tout l'univers, a été détruit à cause de cela. 

    Ce principe double (distinction et lien) nous éclaire aussi sur la nécessité des deux Torah (la Torah écrite et la Torah orale) : elles n'en sont qu'une seule, sous deux formes. La réduction à "un" nouveau testament qui simplifierait cette complexité était, évidemment, aux yeux des Sages qui connaissent la Torah une aberration et une incompréhension de ce qu'est la Torah, dues simplement au niveau d'ignorance de ces promoteurs.

    Les deux rouleaux de la Torah
    Le Chla essaie de nous sensibiliser fortement à cette double dynamique par un exemple : il prend à cet effet le verset disant que le Roi aura deux livres de la Torah, elle (au féminin, dans le texte) sera avec lui et il le lira dedans (au masculin, dans le texte) :

    véhayeta îmo véqara vo. C'est cette mise en relation complexe du masculin et du féminin qui permet l'accomplissement du projet divin et l'union espérée, jusque dans les séfirotes de Tiférète (dimensions masculines) et Malkhoute (dimensions féminines). C'est cela qu'exprime David quand il dit, au féminin : "de cela (au féminin) je suis sûr, bé zote ani votéa'h" (psaume 27, 3 et psaume 119, 56). Cela est l'enseignement du Chla, celui de la tradition, nous ne sommes que leur scribe. Et si nos poèmes et notre style vont dans ce sens, c'est simplement par la familiarité de vie avec ces Sages et leur délicatesse chaleureuse, comme il se doit dans l'enseignement ("divré 'hakhamim bé na'hate nichméîm, les paroles des Sages qui sont douceur et calme sont entendues". Qohéléte 9, 17).

    Ne pas amputer la Torah
    Qui ne voit dans la Torah que le côté unilatéral (prescription, obligation et jugement) ne fait que projeter sur elle une tendance masculine radicale et unilatérale qui est en lui-même alors que la Torah tient à la fois, à égalité, les deux voies, le féminin et le masculin, le relié et le distingué. 
    Il ne peut pas y avoir d'épanouissement dans le monde s'il ne vise que celui du masculin seulement ; la destruction généralisée serait le fruit de cette politique erronée. Cet enseignement central de la Torah n'est pas encore assez compris.

    La balance
    Nous pourrions ajouter que cela nous est enseigné dans les Pirqé avote, les Principes des Pères (5, 21), qui ne sont pas un simple livre de morale mais fondent rigoureusement la morale juive sur les enseignements les plus élevés de la Torah. Ainsi, il n'y est pas dit, unilatéralement, que nous devons être forts mais cela est exprimé en deux temps, eux-mêmes subdivisés en deux attitudes différentes, opposées et complémentaires :
    - sois puissant comme le jaguar et... léger comme l'aigle, hévé âz kannamér...véqal  kannéchér
    - cours avec agilité comme l'antilope et... sois stable comme le lion, rats kattsévi véghibbor kaar...


    Ces principes de jugement et de comportement nuancés sont si importants que Rabbénou Yaâqov (1270-1343), dit le Tour, ouvre son monumental ouvrage Arbaâ Tourim sur la halakha, en l'inscrivant comme base et introduction à la première page.

    Toute la Torah, et le Chabbate, sont une science de cet équilibre heureux du masculin et du féminin, du différent et du relié. Cet épanouissement doit aller jusqu'au détail de la pensée, de la vie sociale et des relations de la vie quotidienne.
     

    Deux mises en garde

    Deux tendances religieuses se trouvent ainsi exclues par cet enseignement de la Torah :

    a) la tendance qui se satisfait de pratiques religieuses sous leur forme codifiée et sociale sans rechercher la dynamique intérieure qui la meut et sans comprendre que c'est la même vie qui règle les rapports entre l'homme et Dieu ou entre l'homme et ses semblables
    C’est pour cela que, dans le traité Bérakhote 28 b, Ribbi Eliêzer donne "4" conseils et non "un" à ses élèves qui lui demandent que faire dans la sensibilité des relations (ore'hote 'hayim) pour mériter le niveau du monde à venir (vé nizké va hén lé 'hayé haôlam habba)
    - soyez vigilants sur les égards à manifester envers les amis, 
    - évitez que vos enfants n’apprennent sans réfléchir, 
    - placez vos enfants sur les genoux des Sages
    - quand vous priez, soyez conscients de devant qui vous vous tenez.

    b) la tendance qui scinde le monde en deux et prétend que le judaïsme ne concerne que la face terrestre et visible des vivants dans la qualité de leurs rapports sociaux, l'amour du prochain et les droits de l'homme ; de même, la fermeture dans une étude qui ne se mettait pas en pratique dans la vie sociale. 

    Ainsi, des succédanés de cette tendance non juive à la simplification s'expriment aujourd'hui par certains courants 
    - niant toute valeur à ce qui est exprimé concernant la sainteté de la terre d'Israël sous le prétexte que cela serait de l'idolâtrie et que cet attachement à la terre ferait oublier les mitsvotes entre les hommes : c'est un système de "ou bien ou bien".
    - affirmant que seul l'humanisme horizontal compte car il est écrit que le Temple ne descendra du Ciel que lorsque la paix sera déjà réalisée sur terre entre les hommes. 

    On le comprend maintenant, la Torah s'est exprimée en mettant en garde contre cette tendance qui sépare le spirituel et le terrestre ; cette attitude ne trouve pas sa source dans la Torah mais veut appliquer à la Torah des analyses idéologiques, sociologiques ou politiques uni-dimensionnelles qui lui sont étrangères. 

    En effet, la Torah ne scinde pas les plans (tsédéq tsédéq) car elle ne voit aucune autonomie à la qualité de la relation entre les hommes : la source de cette qualité est la relation au  hesséd de Dieu et Sa volonté, soit lorsqu'Il a créé gratuitement le monde, soit lorsqu’Il a fait l’homme à Son image, soit en le maintenant à chaque instant dans l'existence par un miracle continu. La Torah revient constamment sur ce thème en disant : "ainsi parle Hachém, Moi, pas d'autre que moi". Supprimer cette source transcendante à l’intérieur de toute existence juive, c'est détruire le judaïsme lui-même.

    Radicalisme
    Un autre exemple de ce radicalisme extrémiste qui scinde les plans se trouve chez certains penseurs religieux juifs prétendant que, 
    - puisque l'Etat d'Israël actuel n'est pas fondé explicitement sur la halakha, 
    - il n'y aucun "aucun" sens à revendiquer que "aucune" partie de la pratique juive des citoyens dans cet Etat soit organisée selon la halakha 
    - et, donc, "toute" la politique devrait être coupée de ce qu’ils nomment "religion" juive. 
    Chaque fois,  après chaque tentative de s'imposer, cette tendance reçoit un refus global de la part du peuple juif qui y pressent une erreur grave.

    En fait, cette façon maximaliste de poser le problème s'appuie sur une logique apparente qui semble justifiée tant que l'on ne regarde que le raisonnement lui-même et en le coupant de son contexte et de ses applications : c'est ce que l'on nomme un sophisme. 

    Ainsi, les philosophes grecs sophistes prouvaient qu'il est impossible de se déplacer car on n'atteint jamais, d'abord, que la moitié du parcours escompté et cela indéfiniment. C'est, avant tout, un jugement qui ne se soumet même pas au critère de la réalité ni de la complexité. 

    Le but final du sophisme chez les intellectuels (et il faut le démasquer) est toujours une destruction de la vie, un choix absurde et, finalement, la destruction sadique des faibles par ceux qui sont capables de jouer de plus grandes subtilités de l'intellect à leurs dépens ; c'est une domination cruelle qui substitue à la Torah de vie reposant sur la prise en considération de "tous" les paramètres et de tous les niveaux, une autre autorité reposant sur d'autres critères partiels, et qui ignore toute la dynamique complexe qu'il y a entre ‘hésséd-dine (bonté-rigueur) et ra'hamim (miséricorde) dans le judaïsme. 
    C'est la même position maximaliste et déséquilibrée qui a tendance à éliminer du judaïsme tout pratiquant "illogique" dans son comportement, tout pécheur, tout homme, et découragerait de la prière tout celui qui ne sait pas prier selon la perfection des intentions. Ce système élitiste est un système inhumain et hors de la réalité.

    Le relatif du monde actuel
    En effet, le monde actuel n'est que de l'ordre de la relation (tsédéq tsédéq) du relatif, de l'ordre de "l'orientation vers" (él, lé), de l’aspiration à (tirdof, tu rechercheras, Dévarim 16, 20), de la proximité modeste et gentille (dévéqoute, adhésion); dans son ensemble, notre monde est imparfait, complexe, médiocre.
    En raison de cela, les Maîtres, dans leur grande sagesse, 
    - ont établi la règle que, si le principe est exact qu'il est interdit de prier sans cavana (intention), il vaut mieux cependant prier un peu avec intention que beaucoup sans intention ; 
    - ils ont établi aussi que celui qui commence à étudier sans intention droite et désintéressée envers le Ciel (lo lichma) en viendra à étudier dans le respect de la volonté de l'Auteur de la Torah (lichma),
    - que chaque Juif ne parvient pas à vivre bien l'ensemble des mitsvotes mais que c'est l'ensemble d'Israël qui peut y tendre dans la collaboration et la co-responsabilité de ses membres. Ainsi en est-il dans toute famille. 
    Nous découvrons par là que la vision des médias européens qui divise entre, d'une part, les Juifs occidentalisés et libéraux et, d'autre part, les Juifs religieux et fanatiques est une absurdité : cette vision  est pourtant partagée par beaucoup de Juifs assimilés et elle n'est que la projection actuelle de l'antisémitisme chrétien séculaire.
    (Pour les étudiants avancés, une étude halakhique approfondie de la question lichma-lo lichma est exposée dans le livre du Rav Ôvadia Yosséf, chalita, intitulé Yé'havé Daâte, volume 3, question 74).
    Cette approche juive repose sur la règle qui a fondé le monde : le ‘hésséd (bonté), où le regard qui existe entre Dieu et les hommes est celui d'un père ou d'une mère envers leur enfant, qui comprennent la complexité et la nécessité du cheminement.

    Ces nuances sont importantes pour un autre motif également :  sous prétexte d'exigence non critiquée, on détournerait de la voie de la Torah des débutants généreux pour qui on aurait remplacé la Torah complexe comme la vie par la dépendance absurde à des maîtres sophistes, extrémistes, caporaux, radicaux. Ils préfèreraient alors rester avec des idéologies sociales étrangères à leur judaïsme et qui semblent généreuses au premier abord.

    La haftara
    La Torah a posé ces problèmes ; le Talmud les analyse constamment et, autour du Traité Sanhédrine, il détecte constamment les falsificateurs de la pensée, de la loi et de la pratique. C'est aussi vers la haftara qu'il faut se tourner (celle la paracha est en Isaïe 51, 12 - 52, 12) pour découvrir la réalité de la dynamique qui soustend le tsédéq tsédéq. On découvre alors 
    - combien la Torah extérieure, logique et sociale, est portée par la chaleur des sentiments de la Torah intérieure, 
    - combien la logique statique du règlement social est insérée dans l'essentiel qui est l'exigence d'un plan réalisateur d'amour et de bonté : ce plan est celui de Hachém qui s'impose à tout Juif, ce n'est pas celui d'une idéologie sociale ou politique qui s'ajouterait au judaïsme pour l'équilibrer.

    Tout le Traité des dommages, Nézéqim, traite de ces questions et Ribbi Yéhouda centrait continuellement ses étudiants sur ces problèmes (Sanhédrine 106 b) ; c’est le motif de notre choix de Baba Qama comme base de l’initiation au talmud, dans le Lév Gompers.

    Tout l'enseignement de cette paracha et de cette étude-ci sont rassemblés (maintenant nous pouvons le comprendre) dans la dualité de ce verset d'Isaïe 51, 7 en traduction littérale :


    1. Ecoutez vers moi, vous les connaisseurs de la justice, chimou élaï yodéê  tsédéq,
    2. peuple de ma Torah dans leurs coeurs,  âm torati vé libam.

    N'est-ce pas ce que nous essayons de faire (grâce à l'enseignement qui nous est transmis par les Sages) : de devenir plus et d'être ensemble rigoureux dans la connaissance, écoutant, peuple dans l'affection réciproque, Torah, coeurs.

    Le niveau du sod
    Pour comprendre le fondement véritable de cette architecture sociale de la paracha Chofétim, son intériorité, nous pouvons maintenant nous tourner vers l’explication qu’en donne le niveau de l'intériorité, du sod de la Torah. 

    Nous en trouvons, par exemple, l’exposé clair dans Ma’hssof Lavane, commentaire de la Torah par Rabénou Yaâqov Abou’hatséra (lien ici), l'une des lumières du judaïsme marocain, qui a présenté dans son oeuvre l’ensemble des niveaux de la Torah, sur la base des Sages. Il suffit de donner cette référence pour que ceux qui peuvent lire ces oeuvres s'y reportent, ce n'est pas le lieu ici. 
    Nos lecteurs voient que nous apprécions autant et relions l'enseignement du maître askénaze, le Chla, et l'enseignement du maître sépharade, Rabénou Yaâqov Abou'hatséra.

    Donnons seulement un aperçu de son magnifique commentaire. 
    La présence divine, Chékhina, n'est pas unilatéralement "toute-puissance", elle est en ce monde sous la forme d'un manque que l'on nomme "pauvre" (dal) ou dine qaché, "rigueur dure" ; cela s'exprime dans le concept de notre paracha :  tsédéq, "justice rigoureuse", mot qui est la guématria 194 de zo hi néqouda (elle est un point). 
    Cela veut dire que c'est l'état actuel du monde et d'Israël : déficients, en rétraction, par rapport à ce qu'ils devraient être de bonheur. La tradition dit que, alors, la Chékhina est "sans visage" (béli partsouf). Je commente : c'est un monde qui est mu par les règles droites, impitoyables et rigoureuses de la justice, de la rigueur, des principes, des idéologies ; la rencontre de l'autre dans son intériorité n'existe pas, il n'y a que son apparence pour le distinguer ; la religion elle-même est alors une dimension sociale, un club, une nécessité, une droiture. Qui n'est pas  dans les normes de cette idéologie de rigueur est balayé, c'est le monde moderne des groupes et partis de pressions et d'intérêts. La priorité n'est pas donnée à la rencontre de visage à visage. C'est la rigueur absolue, dine gamour. C'est l'essentiel de la règle normale de ce monde (iqar chorcha véiqara hi dine tsédéq).

    Par contre, la Torah dans le premier verset de notre paracha nous propose de mettre notre énergie à avoir une autre conception : tirdof ("poursuivez") une autre justice que cette justice unique, ce sera une justice qui soit double (tsédéq tsédéq), à la fois celle du Haut et du bas et non celle de ce bas monde seulement .

    Quelle est-elle, cette justice double  ?
    C'est quand Israël étudie la Torah véritablement pour l'amour du Ciel (lichma) ; alors un hé,  lettre de la présence divine, est ajouté au mot tsédéq et il devient le mot tsédaqa, "bienfaisance qui est bonté et miséricorde" (hésséd et ra'hamim).
    De multiples combinaisons de lettres et de chiffres le montrent dans les versets de la paracha. Il n'est pas possible de le démontrer ici.
    C'est de ces amants-là que parle Isaïe 51, 1 :"écoutez-Moi, vous qui pousuivez la justice (tsédéq), vous qui demandez Hachém". Il faut lire tout ce chapître 51 qui montre qu'il s'agit d'une justice caractérisée par la proximité, le rapport moi-tu.
    Alors, Rabénou Yaâqov Abou'hatséra cite le passage de la haftara de la paracha Réé (Isaïe 54, 14) :
     
    bitsédaqa tikonani (tu seras bien établie sur la tsédaqa : sur tsédéq hé).

    Et il précise que, par là, le prophète vient "faire connaître" (modia, mot du nom de notre site) combien grand est le mérite d'Israël qui a reçu la capacité de modifier cet état du monde par la connaissance que donne l'étude de la Torah, par la prière et par les bonnes oeuvres qui en découlent. Alors, la Chékhina elle-même, présence divine dans le monde, reprend "visage". 

    Le principal (îqar) est donc le labeur dans la Torah (êsséq ha torah). Mais il s'agit bien d'une forme d'étude dans laquelle on s'engage de visage à visage, de coeur à coeur, de façon désintéressée (lichma) et non pas dans un but utilitaire précis. C'est pour cette forme de relation qu'il est dit à Moché que D.ieu lui parlera "d'entre les séraphins" qui sont en face à face comme un couple dans le Sanctuaire. On comprend maintenant aussi le verset de la même haftara Réé (Isaie 54,13) : 
    vékhol banaïkh limoudé Hachém  et tous tes enfants sont des étudiants de Hachém
    vé rav chélom banaïkh  et une concorde de plénitude est en tes enfants. 
    Le prophète Isaïe dit par là : si vous étudiez la Torah, vous atteindrez la paix.
    C'est le désir de tous les Juifs israéliens et de tous les Juifs, alors écoutons et appliquons cet enseignement.
    Pour Israël, en particulier, il n'y aura jamais de paix interne et externe sans une éducation qui place en priorité la connaissance de cette justice à la fois à visage humain et divin, celle qui est double et intègre la Torah. L'enseignement dans les écoles d'Etat en Israël n'a pas encore intégré dans ses programmes l'enseignement de cette richesse de la pensée juive.
    Des politiques ignorantes totalement de ces dimensions caractéristiques de la nation juive, ne les installant pas dans le peuple ni dans la relation aux autres peuples, ne peuvent que conduire à des échecs, à des pertes de temps, et à un coût humain considérable. Les prophètes nous ont mis en garde sans cesse, avec exemples historiques à l'appui. Il faut de la patience et laisser à Israël le temps de se bâtir et de s'améliorer.
    Le Rav dit que l'on comprend maintenant tous les versets de ce type : "vayiq'hou li térouma" (faites moi un apport, un don), c'est celui de ce rôle constructeur qu'a Israël par l'étude selon le coeur ; et le mot térouma le prouve qui est constitué des lettres de torat hé.

    Notre pouvoir d'action
    Le Rav  veut donner conscience au peuple d'Israël que nous sommes les facteurs agissants (atém ha gorémim la kol zé) de cette amélioration possible qui importe à toute personne ayant un idéal.
    On comprend alors les accents d'espérance émue et plaintive que le prophète Isaïe exprime au nom de D.ieu envers nous les membres du peuple d'Israël. Notre rôle, par l'étude, est vital.
    Si nous adoptons une méthode de développement personnel continu sur ces points, il est assuré que la situation n'est pas désespérée pour Israël.

    Lien du sod et du pchate dans la morale de vie
    Précisons bien que ce niveau du sod, dont nous venons de présenter brièvement les axes, ne prend sa base que sur les méthodes d'analyse du niveau du pchate, parce que en fait il est inclus dans le pchate de la réalité visible.
    Sur la base de ce que nous avons étudié ainsi, les maîtres les plus grands reviennent alors aux premiers versets de la paracha : faites-vous des gardiens à vous-mêmes en tous vos portails ; le Rav 'Hayim Vital dit que nos yeux qui voient, nos oreilles qui entendent, notre bouche qui parle, notre nez qui sent, nos sens qui constatent par les mains et les pieds sont les lieux et portails (chaâr)  par lesquels se jouent ces grandes choses dont nous avons parlé ; une garde très précise, vigilante et permanente doit être exercée sur chacun de ces portails pour que ce beau programme se réalise. C'est une tâche quotidienne concrète.

    Exercices

    • Relire toute la paracha selon cet axe.
    • S'interroger sur soi-même, sur notre tendance spontanée à simplifier et radicaliser, sur la part que nous donnons à l'équilibre entre souplesse et rigueur (dans nos jugements, réactions),
    • sur notre insuffisance dans la connaissance de la Torah comme facteur d'amélioration.
    • Examiner si la source de notre conduite, en ces domaines, est dans la Torah en ce sens.
    • Essayer de maintenir le contrôle de ces équilibres dans les rencontres, discussions, dans les jugements.


    Mémoriser :
    - les 6 piliers qui soutiennent le monde :
    Torah, âvoda, guémiloute 'hassadim, dine, émète, chalom).
    - la phrase : tsédéq tsédéq tirdof, Dévarim 16, 20. 
     
     


    Cours d'hébreu pour tous niveaux :

    Une erreur fréquente dans la lecture de l'hébreu, 
    de la Torah et des prières
     

    L'erreur de nombreux lecteurs, même expérimentés par ailleurs, est de lire ainsi le début de notre paracha (Dévarim 17, 18) :
    choftim vé chotrim titéne-lékha békhol. chéâréikha.
    des juges et des fonctionnaires tu donneras à toi-même dans toutes (tes entrées de ville)...

    Or la lecture exacte est différente. La voici : 
    chofétim  vé  chotérim titéne-lékha békhol chéâréikha
    Il est évident que la lecture exacte est impérative car tout a sens dans la Torah, en effet la Torah est parole divine qui doit être respectée sans y ajouter, sans rien retrancher.

    L'erreur est commise, avec le plus total amour de la Torah, simplement par la méconnaissance de quelques règles précises. Je les simplifie et, peu à peu, nous arriverons à comprendre toutes les règles et leurs combinaisons.

    La règle du métég
    1e règle.
    La voyelle chéva est composée de deux points superposés ; elle se trouve sous la deuxième lettre en commençant à droite dans la phrase en hébreu ci-dessus.
    Elle se lit de deux façons différentes :
    1. La voyelle chéva ne se prononce pas (elle est comme un e muet) quand elle est sous la 2e lettre d'une syllabe 
    (par exemple, ici, sous la 2e lettre lettre (d, dalét) du mot qadma
    donc, on lit  qadma et non qadéma.

    2. La voyelle chéva se prononce é en deux cas différents :

    - é en début de mot (comme sous la première lettre du dernier mot : khol dans la phrase en hébreu ci-dessus) ; 
    ou bien ici, dans le mot bérakha, bénédiction :

    Ainsi, dans le langage quotidien, on doit dire béni (mon fils) et non pas bni comme certains le prononcent à tort. 
    On doit dire yisraël et non pas bné yisraël

    - é à l'intérieur d'un mot quand la syllabe peut être assimilée à un début de mot.
    C'est le cas ici dans le premier mot chofétim

    et plus loin dans le mot vé  chotérim. Eliminons-y la particule qui veut dire "et".

    Se reporter ici au cours sur la prononciation du mot tolédote et non toldote, parce que le chéva est précédé d'une voyelle longue.


    2e règle. Nous arrivons au métég !
    Pourquoi cette seconde syllabe du premier mot chofétim est-elle assimilée à un début de mot ?
    Parce que la 1e syllabe du mot (la première lettre, chine) possède un petit vertical en dessous (un métég, ou frein) qui fait comme une coupure et arrête l'influence de la première lettre du mot sur la seconde. 
    Ainsi, la seconde syllabe qui est la lettre fé, devient comme une 1e syllabe et doit se prononcer comme si elle était en début de mot : et non fe, chofétim et non choftim.

    Exemples d'application, chaque fois qu'il y a un métég.
    1e exemple : ici, on dit chofétim , vé  chotérim  et non pas choftim vé chotrim .

    2e exemple : le cas est fréquent dans le cantique que l'on chante à la maison au retour de la synagogue le vendredi soir (Echéte 'Haïl) en l'honneur de la Torah, de la Chékhina et de sa propre femme, l'erreur n'est pas permise ! Voici quelques erreurs fréqentes et leur prononciation exacte :
     

    - erreur : darcha tsémér ; bonne prononciation : darécha tsémér...


    - erreur : haïta kaoniyotte ; bonne prononciation : hayéta kaoniyotte...


    - erreur : zamma sadé ; bonne prononciation : zaméma sadé...
    - erreur : 'haguera ; bonne prononciation : 'haguéra...
    - erreur : kapa parsa ; bonne prononciation : kapa paréssa...
    - erreur : marvadim asta ; bonne prononciation : marvadim asséta...
    - erreur : sadine asta ; bonne prononciation : sadine asséta...
    - erreur : pia pat'ha ; bonne prononciation : pia paté'ha...


    3e exemple, dans le kiddouche du samedi matin :

    - erreur : vé chamrou ; bonne prononciation : vé chamérou...
    - erreur : vé chamrou béné... ; bonne prononciation : vé chamérou véné...


    4e exemple, très fréquent, au début de ârvite, il y a un métég sous la premiere syllabe de barékhou
     

    - erreur : barrkhou ; bonne prononciation : barékhou...
    Cela se retrouve presque toujours dans les conjugaisons de ce mot très fréquent dans la prière.

    5e exemple, le Chant Az yachir Moché, chant de la traversée de la Mer Rouge, est souvent massacré en de multiples versets par la méconnaissance de ces quelques règles présentées ici ; il importe donc de bien  apprendre à le lire et surtout à bien le lire :
     

    - erreur : sous vé rokhvo; bonne prononciation : sous vé rokhévo...
    - erreur : vaaroménéhou ; bonne prononciation : vaaroméménéhou...
    - erreur : yardou vimtsolote ; bonne prononciation : yarédou vimtsolote...
    - erreur : yéminekha ; bonne prononciation : yéminékha...
    - erreur : guéonekha ; bonne prononciation : guéonékha...
    - erreur : 'haronekha ; bonne prononciation : 'haronékha...
    - erreur : néd nozlim ; bonne prononciation : néd nozélim...
    - erreur : qafou ; bonne prononciation : qaféou...
    - erreur : yéminekha ; bonne prononciation : yéminékha...
    - erreur : chamou âmim ; bonne prononciation : chaméou âmim...
    - erreur : yochvé ; bonne prononciation : yochévé...
    - erreur : na'halatekha ; bonne prononciation : na'halatékha...
    - erreur : halkhou vayabacha ; bonne prononciation : halékhou vayabacha...
    - erreur : véhaïta ; bonne prononciation : véhayéta...

    Des lecteurs  experts pourraient me dire : "mais il y a d'autres facteurs que vous n'avez pas cités, on peut l'expliquer autrement...". Je devance leur scrupule en précisant qu'il s'agit ici d'être efficace dans l'apprentissage, ce n'est pas une grammaire pour universitaires.

    3e règle. Une autre règle nous contraint à lire le chéva é au lieu du e muet.
    C'est quand le chéva suit une voyelle longue. Prenons un exemple simple et qui revient continuellement :
    le psaume Achré ("Heureux") que l'on dit chaque jour deux fois.

    Sous le mot Achré, sous le chine, la voyelle chéva ne se prononce pas, donc on dit : Achré.
    Par contre, comment prononcer le mot suivant : 
    yoch vé 
    ou yo ché vé ?
    Ce mot est un présent ("assis", heureux celui qui est assis) et la marque du présent est un vav qui est une voyelle longue. Or, après toute voyelle longue, le chéva se lit é. Donc, on lit :  Achré  yo ché vé. 

    Quand on connait cette règle on ne fait plus les fautes très répandues. 
    Un exemple :  dans la répétition de Modim,  il faut dire : yotsérénou et non pas  yotsrénou. Dans la bénédiction après le repas, on dit : boréénou et non pas borénou. 
    Lisez le Cantique de Moché, az yachir, selon cette règle et vous découvrirez de nombreuses fautes fréquentes de lecture.
    Essayez de pratiquer ces règles. Je vous donnerai également beaucoup d'autres exemples à corriger si vous le souhaitez,  comme
    - erreur : toratekha ; bonne prononciation : toratékha...
    Vous voyez, par l'importance et la fréquence de ces mots, que l'on  peut pas se permettre ces erreurs. 

    (Vous pouvez continuer à découvrir toutes ces règles sur le lien à cette page).
     
     
     
     
     

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