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53e Paracha : Haazinou

Dévarim (Le Deutéronome) 32, 1- 52

Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
http://wwwmodia.org 


Je dédie cette paracha
à ceux (chacun de nous) qui savent qu'ils ont trouvé
leur peuple, leur terre, leur identité
et qui n'ont pas encore trouvé le lien qui donne la force de franchir le pas
pour y vivre dans ce bonheur, dans le lieu du bonheur, dans les liens du bonheur.

Le bonheur, à l'image du ciel et de la terre,
est dans le lien "Hachém/Homme... adam/Terre... adama"
Vé khipér admato âmo (Dévarim 32, 43).

Plan
 
  • La cime de la Torah
  • Ecouter en couple
  • La mise en garde
  • L'unité du lien Hachém-Homme-Terre
  • L'aujourd'hui
  • L'explication du Chla
  • Le gâchis
  • Le poème
  • Nous sommes en un seul être
  • Les développements des commentateurs
  • Comment aviver la conscience de cette rencontre
  • Les formes de cette union en un seul être
  • La fécondité de l'invisible
  • Les fruits passent par des étapes
  • Est-ce penser trop grand ? 
  • Exercices de développement personnel
  • Il faut aussi lire la même expression de notre paracha : "chira" (cantique chanté) dans Chémote 15, 1; Bémidbar 21, 17; Dévarim 31, 19 et 31, 21-22 et 31, 30 et 32, 44; II Samuel 22, 1; Psaumes 18, 1; Isaïe 5, 1 et 23, 15; Amos 8, 3. Et les commentaires.

    Ecoute de la paracha chantée (ORT, askénaze)

    Ecoute de la haftara chantée (ORT, askénaze) : Joël 2,15-2,27.

    (Ce texte comportant des lettres hébraïques de la Torah, ne déposer les feuilles imprimées qu'en lieu décent). 

    1. La cime de la Torah
    Nous sommes arrivés au sommet de la Torah, ce qui nous y sera dit est donc l'essentiel. De plus, nous y recevons le dernier message de Moché, et Rachi nous a appris, à l'occasion des  dernières paroles de Yaâqov, que lorsqu'on approche du moment de la mort on a l'obligation de dire les enseignements importants (qu'ils plaisent ou non). Aussi, ce que va nous révéler Moché est de la plus grande importance.
    La paracha va donc nous entraîner avec Moché notre Maître sur des cimes très élevées de la Torah et de l'existence. Nous pourrions penser que cela n'est pas de notre niveau, mais ce serait là une fausse humilité, car seul D.ieu décide et connaît ce dont nous sommes capables ; et s'Il estime que, membres de Son peuple à qui Il a donné Sa parole, et que  nous sommes capables d'entendre ces niveaux, c'est à nous de l'accepter, et d'étudier cette paracha.
    Le Rav Chalom Messas, zal, dans Vé'ham haChamech, son commentaire de la Torah, dit que "chacun a l'obligation d'étudier continuellement la Torah selon ses capacités et ses forces, et il y a celui qui le peut pour le talmud, pour la michna, pour la Torah, pour les psaumes. Et pour Hachém, tout cela est une même chose. C'est le sens du verset des psaumes 119,96: "lékhol tikhla raiti qéts, ré'hava mitsvotékha méôd, A toute chose j'ai vu des limites, mais ta Torah est infiniment vaste". Cela veut dire que pour toute chose il y a son plan initial de réalisation et la fin de la réalisation; et celui qui ne va pas jusqu'à la fin de la réalisation de son projet, n'a rien accompli du tout; par exemple un menuisier qui peut réaliser un récipient, et il a dans ses mains des planches, mais tant qu'il ne les a pas assemblées, c'est comme s'il n'avait rien fait du tout. Mais ce n'est pas ainsi en ce qui concerne la Torah car elle est infiniment vaste au point qu'il est impossible d'en atteindre la fin, car elle n'a ni limite ni fin, mais chacune de ses composantes doit être considérée comme une fin en soi".

    Il fallait nous le rappeler en arrivant à la fin de la Torah. Ne l'étudions pas comme une clôture.

    2. Ecouter en couple
    D'entrée, nous nous étonnons alors que Moché n'interpelle pas les humains mais les cieux et la terre. C'est que l'essentiel de l'homme est à l'image de l'UNION des cieux et de la terre ; il ne faut plus prendre de détour mais dire la vérité, rien que la vérité et toute la vérité, et c'est précisément celle-là. Lisons le premier verset de la Torah qui contient tout le projet divin et c'est de cela qu'il parle : 
    "en tête de tout, Eloqim a créé et le ciel et la terre", béréchite bara Eloqim éte hachamayim vé éte haaréts.
    En bref, Moché nous demande d'écouter (première qualité du juif), mais d'écouter en tant que "cieux et terre" : 
    "écoutez, les  cieux, je vais parler (haazinou hachamayim vaadabéra)
    et qu'elle entende, la terre, les paroles de ma bouche (vétichmâ haaréts imré-fi).
    Cela veut dire en tant que couple (cieux-terre). D'ailleurs ce texte de la Torah a la particularité d'être bâti en deux colonnes, dont voici les deux premières lignes seulement. 

    - Il faut donc que l'homme se pense, se comporte, se respecte en tant que duo et couple car tout n'est que cela
    - et cela est à l'image du Créateur en qui cette diversité est une, comme le dit le Middrache Dévarim Raba 2, 30 :
    "J'ai tout créé couples (hakkol barati zougote)
    les cieux et la terre : couples (chamayim va aréts : zougote)
    le soleil et la lune : couples ('hama va lévana : zougote)
    l'homme Adam et la femme 'Hava : couples (adam vé 'Hava : zougote)
    ce monde-ci et le monde qui vient : couples (ha ôlam hazzé vé ha ôlam habba : zougote)
    mais Mon honneur est un (aval kévodi é'had)comme il est dit : 
    écoute Israël, Hachém notre D.ieu, Hachém est UN", Chémâ Yisrael Hachém EloqénouHachém é'had.
    Nous avons développé cette ligne dans le commentaire depuis le début de la Torah, selon l'éclairage de nos Sages et du Chla en particulier. 

    3. La mise en garde
    Et Moché continue la présentation de l'essentiel : mais les hommes veulent toujours tout dissocier et détruire, ne voir dans la Création que la "nature", puis ne voir dans l'histoire du peuple juif qu'une "histoire" parmi d'autres, puis voir dans la terre d'Iraël une "surface" que l'on peut oublier, profaner dans l'usage, déchirer et donner aux autres, cela continue  depuis les méraglim, les explorateurs
    Ainsi, "Hachém est outragé par ses fils et ses filles jusqu'à la colère" (vayineats mikaâs banav ou vénotav Dévarim 32, 19). Alors que les budgets sociaux sont coupés terriblement pour les besoins de sécurité, la municipalité de Tel Aviv gaspille 750 mille chéquels pour organiser une parade géante de l'amour exhibitionniste sur le modèle inventé par l'Allemagne et Berlin où le pire s'expose. Cette semaine, les parents de lycées officiels envoient des lettres de protestations à la ministre de l'éducation parce qu'on supprime l'enseignement du Tanakh (la Bible) et spécialement l'année où les enfants font leur bar-mitsva. Jusqu'au peut-on descendre ainsi dans les modèles choisis chez ceux qui nous ont déjà détruit une autre fois?
    Moché n'adoucit pas ses paroles, il refuse que l'on travestisse l'histoire juive pour tromper le contrat d'alliance entre D.ieu et Son peuple qui est un contrat d'amour.
    Il met chaque génération devant sa responsabilité, qualifie ces arrangements-là de trahisons et fourberies intellectuelles (génération perverse et tortueuse, dor îqéche ouftaltol, Dévarim 32, 5). Il faut avoir le courage d'entendre cela dans les débats qui se jouent en chaque génération car la Torah n'est pas une spiritualité mais un guide pour le peuple.
    Un seul être est fidèle : Hachém, mais le peuple dédaigne le Rocher qui l'a fait naître (voyez 32, 18), et c'est ainsi qu'il paie D.ieu en retour (32, 9).

    4. L'unité du lien Hachém-adam-adama (Hachém-homme-terre)
    Moché termine les derniers mots de son chant sur l'union indissoluble pour D.ieu de "Sa terre et de Son peuple" (admato âmo). Hachém en fait une unité identique et éternellement indissociable et inséparable qu'il réhabilitera malgré les trahisons de son peuple qui vont le mener à perdre toutes ses forces, jusqu'à être sans appui et sans ressouces (32, 36). C'est un peuple qui perd son intelligence (goï ovéd étsote) et qui n'a aucune intelligence pour comprendre (vé éïn bahém tévouna, 32, 27).
    Les prophètes ont dit et répété qu'en chaque génération, le peuple pensait avoir trouvé le salut en lâchant tout son héritage pour passer des alliances selon les critères de paix des nations. Moché appelle cela : "ils M'ont irrité, dit Hachém, par des dieux nuls (hém qineouni bé lo él). Les prophètes ont toujours rappelé que ces alliances de paix hors du respect de la vérité de la Torah, de la terre du Saint et du peuple saint ne seront qu'illusoires, et que l'abandon de toutes les fidélités de l'alliance n'apportera aucune paix mais uniquement désastres... jusqu'au retour à la fidélité. Nous expérimentons tout crla. Que l'on n'appelle pas alors "silence de D.ieu" les trahisons des hommes, comme quelqu'un qui délaisse son couple et accuse l'autre de se détourner. Cela est très fréquent.
    Certes, finalement, devant notre impuissance et devant notre infidélité continue et ses dégâts terribles, Hachém réparera par Lui-même mais Il réparera en basant le renouveau sur l'égalité en sainteté peuple-terre, c'est la clef (derniers mots du Cantique de Moché : vékhippér admato âmo).

    5. L'aujourd'hui
    Cette transmission-là du sens de la Torah est faite par le Chla haqqadoche au nom duquel nous le rapportons
    Ce n'est pas une thèse politique, c'est la Torah. Ne la falsifions pas en la qualifiant de thèse politique que l'on peut mettre ensuite discussion avec d'autres pour mieux la rejeter : "j'ai une autre philosophie du judaïsme, ou une autre conception politique", dira-t'on. Mais il ne s'agit pas de "ma" philosophie mais de Sa Torah..
    Nous ne pourrons jamais tricher en nous disant que 
    - c'est le programme d'une minorité dans le peuple juif,
    - le problème est différent d'une génération à l'autre,
    - aujourd'hui il y a des nouvelles conditions historiques permettant de nous libérer de tous ces enjeux ; les Juifs partisans de la domination culturelle étrangère grecque tenaient déjà ce discours répétitif.
    C'est Moché rabbénou, notre maître qui le dit comme message final et de synthèse sur l'histoire et il nous dit ainsi que, en chaque génération, nous sommes l'acteur de "cette" histoire-là.
    Et il nous demande d'écouter (haazinou) et d'entendre (chémâ) ces éclairages.

    6. L'explication du Chla
    Le Chla explique l'articulation des concepts qui mettent de bien le comprendre dans la tradition juive. Ecoutons son enseignement.
    - Tous les hommes sont inclus dans le projet divin de Sa Création. 
    - Mais un seul peuple est référé à l'essence de Son projet et cela est repéré par le fait qu'Israël est appelé adam, du nom de la terre d'En-haut qui se dit adama comme il est dit en Ezéchiel 34, 31 (adam atém, homme vous) et en Isaïe 14, 14 (je monterai sur les hauteurs d'un nuage -et ce mot âv est une métaphore du nom de D.ieu- et je serai l'égal d'En-haut : éêlé âl-bamoté-âv édamé léêlione).  Ce mot "je serai égal édamé" a les lettres de adama le sol, pour bien nous montrer l'identité de cette chaîne de réalités et de concepts que seule la lecture de l'hébreu peut ainsi transmettre avec exactitude.
    - Pourquoi cette chaîne de concepts ? Parce que la présence divine repose sur ce que l'on appelle un char, une merkava ; on dit aussi que le trône de Sa gloire est posé sur ce sol adama, c'est-à-dire qu'il repose sur ce peuple qui s'appelle adama-adam. C'est pour cela qu'il est dit en Béréchite 1, 26 : naâssé adam..."faisons l'homme à Notre image et à Notre ressemblance", et cela est inscrit dans le nom de cette terre d'Isra-ël (él=D.ieu) qui est la propriété du Saint, éréts haqqodéche.
    Donc, cette terre ne peut pas être l'objet de dons à d'autres peuples, sous aucun prétexte, pas plus que le peuple juif ne peut  se dessaisir d'une part de la Torah ou de sa moitié ou de ses enfants, de l'amour de ce qui est son être même, car ce serait alors folie de l'esprit et horreur, même si cela est apparemment habillé de belles illusions.
    Le Chla souligne que cela est inscrit dans les versets 32, 4-5 où, si on porte atteinte à cela en bas sur cette terre ('has vé chalom, que cela n'arrive pas), on entraîne ipso facto, dit-il, des dommages dont les conséquences seront ensuite terribles.

    Le gâchis
    Après ces explications, on comprend que Moché parle simultanément à son peuple, et aux cieux-terre, car il est face à la vérité dernière et globale des choses. 
    Tout risque encore une fois de s'effondrer par la faute des hommes qui ne croiront pas à l'amour donné dans la Torah qui est vie, ni dans le fil conducteur qui les mène, ni en la bonne terre, ni en leur union d'être ensemble et avec Hachém.
    Moché en tremble, tout est fragile, mais Le Rocher est ferme. Moché est resté ferme et il sait qu'Il apaisera Son peuple et le vengera de tous ceux qui le dépècent. 
    Moché montre que, d'âge en âge, Israël aura envie de coopérer avec les ennemis qui voudraient le détruire. 
    Et, finalement, D.ieu devra redresser Lui-même l'histoire ainsi gâchée, mais que de carnages inutiles auront eu lieu par notre faute.

    Le poème
    Quand les gens ne veulent rien entendre, il ne reste plus qu'à le dire dans un poème. Trop bas, trop petits, trop sceptiques, trop rationnels, trop peureux et trop discutailleurs pour écouter un poème, ils ne s'y opposeront pas, au moins. 

    Alors Moché chante son enseignement dans un texte poétique. De même que le Chir haChirim (Cantique des Cantiques) échappe à toute hargne des critiques politiques face au peuple juif !

    Est-il un autre peuple dont les textes essentiels, les lois et la Constitution sont des poèmes ? Dont le dirigeant s'adresse à son peuple en un poème, une chira ? Moché la dit "avec Yehoshua" en relation intime, il la dit "dans les oreilles du peuple" (béozné haâm 32, 44) et il l'a dit à leurs coeurs : "mettez-la vers vos coeurs" (simou lévavékhem 32, 46). Comprenez que "ce n'est pas une chose vide pour vous" (lo davar réq hou miqém 32, 47).

    Puis, ayant dit que tout cela est plein de vie et de présence, paradoxalement, D.ieu lui dit, à lui Moché si sublime, qu'il n'entrera pas dans LE pays pour lequel il plaide sans cesse ; il ne le voit que "de loin seulement". 


    (Photo prise par l'auteur. Au loin, la terre d'Israël, vue depuis la zone où se trouvait Moché, au delà du Jourdain)

    Quelle émotion terrible : lui, qui est conscient de la fonction divine de cette terre, est bouleversé.
     

    (cliquez ici pour agrandir ce dessin de l'auteur)

    Le motif en est que son niveau est bien plus élevé que l'état actuel de laCcréation : il devra donc rejoindre la véritable terre parfaite ; celle d'En -haut, pouvant seule être à sa dimension. Et D.ieu lui dit, selon Rachi : "Je sais combien ce pays que tu vois t'est cher".

    Si tout cet enseignement nous est ainsi présenté en un poème : c'est qu'il ne faut le comprendre que par le coeur et l'oreille. Essayer de le "ressentir", vibrer, arrêter les idées et la tête. "Ecoute, Israël". C'est la raison des poèmes sur le site, poèmes de vibration à la Torah.

    Nous sommes en un seul être (Hachém-Homme-Terre)
    Le Chla centre son commentaire sur l'intérieur, la rosée qui anime dedans (Dévarim 32, 2 : que mon enseignement s'épande comme la pluie, que mon discours distille comme la rosée, tizal kattal imrati). Il parvient à nous faire comprendre ce qu'était cette sensibilité de Moché et qu'il tentait de nous transmette et nous faire partager par ce poème (chira).

    Pour cela, le Chla va prendre un verset dans le dernier chant de Moché, en Devarim 32, 9 : ki 'héléq Hachém âmo, "car une part de Hachém est son peuple". C'est que le Chla perçoit bien que Moché a saisi là l'unité de toute la création jusqu'au bout (âd toumam 32, 30). 
    Certes, il y a  la signification simple de cette phrase (ki 'héléq Hachém âmo)qui voudrait dire que Hachém s'est réservé Israël comme une part pour lui et non pas pour les autres. Mais ne nous fermons pas le coeur et entendons, en même temps, l'autre signification soulignée par les commentaires : Israël (et tout membre d'Israël) est une part effective de Hachém, au sens propre, "une partie de". C'est ainsi dans un vrai couple, ou dans celui pour lequel chaque humain fut créé.
    Il est clair que cela demande d'être pris au sérieux et compris sérieusement pour ne pas en faire une caricature simpliste que l'on pourrait ainsi, facilement, rejeter.
    Moché dit au nom d'Israël et au nom de Hachém : nous sommes un seul être. Le Chla ouvre son commentaire sur cette paracha en citant Sanhédrine 90 a : kol yisrael yéche lahém 'héléq léôlam habba, "tout Israël a une part au monde à venir". Je ne remercierai jamais assez ceux qui m'ont apporté ces enseignements, ceux que le Ciel a menés pour m'apporter ces enseignements.

    Entendons la profondeur du retentissement d'une telle parole : 
    - sans que nous sachions parfaitement encore ce que cela veut dire, 
    - nous savons que, désormais, membres d'Israël nous avons le même destin unique, 
    - nous sommes aussi de la même source et nous ne sommes pas ce qui est différent de nous, 
    - mais nous sommes unis comme les parties différentes de l'eau le sont dans le puits de Myriam, comme les gouttes dans le même flux du torrent, comme les particules de la même lumière qui éclaire, comme le même amour qui unit deux êtres, 
    - et, en cela, nous sommes vraiment une part de ce monde essentiel qui, un jour, sera entièrement bon,
    - et cela est donc depuis le début de la Création et pour toujours.
    C'est pour cela que le Chla place en début de son siddour, le livre de prières, des versets qui disent les chants de la nature envers le Créateur et, pour le même motif, je place sur le site les chants des photographies de la nature que je vois chanter à Jérusalem. (nouvelles photos placées)
    De nombreux commentaires soulignent ce mode d'être en nous où nous sommes une part de celui de Hachém et où nous le sommes ensemble.

    Les développements des commentateurs
    1. Ainsi, sur le psaume 84, 5 achré yochevé véïtékha,

    les commentateurs comme le 'Hida soulignent qu'il n'est pas écrit bévéïtékha "heureux ceux qui sont assis dans ta maison" mais véïtékha "heureux ceux qui sont les assis de ta maison, et sont ta maison". Nous sommes Son sanctuaire, Sa maison, et non pas seulement "dans" sa maison, ainsi qu'il est dit âssou li miqdache véchakhaneti vétokham, "faites-moi un sanctuaire et je séjournerai en eux".

    2. Le Zohar III 130 b (Paracha Emor) développe cette forme de relation à propos de la fête de Souccote. Il remarque qu'il n'est pas dit "et nous habiterez pendant sept jours dans la soucca" mais il est dit : "asseyez-vous sept jours" tachévou chivâte yamim, ce qui indique qu'il faut y être dans l'état qui est nommé "sept-jours" (une plénitude nommée sept-jours, parallèlement à "soyons ta maison") ; et cela parle des 7 grands invités qui y vivront avec nous et dont nous partagerons le niveau d'être, les ouchpizines.

    Il s'ensuit, dit le Zohar, que celui qui entre dans cet état d'existence qui est "soucca" (c'est à dire notre condition si fragile et totalement-dans-la-présence-à-Hachém et dans Sa dépendance) doit réaliser qui il est, où il vit et avec qui il vit ; pour cela Rav Hamémouna Saba disait en entrant dans la soucca : "invitons les ouchpizines, venez invités d'En-haut, invités de la émouna, et il élevait les mains et il se réjouissait en disant "heureuse notre part, heureuse la part d'Israël comme il est dit 'héléq Hachém âmo". Ce texte nous indique clairement que, bien que nous sommes dans le silence et dans l'invisible face à ces présences avec qui nous constituons un seul être, Israël, qui lui-même est uni à Hachém comme une part, nous avons à nous le rappeler, à inviter la conscience de cette réalité, nous la redire et nous réjouir alors de ce qu'est notre véritable source, notre véritable être, notre véritable..

    Ainsi il en est de même pour celui (ou celle) qui aime et qui ne voit pas l'aimée (ou l'aimé) et avec qui il est un seul être : il doit -dans l'état de silence, d'éloignement apparent et de fragilité si forte qui caractérise toujours deux êtres en dehors de l'union complète, fragilité souffrante car elle est due en grande partie à l'orientation exclusive de tout l'être vers cette personne aimée et absente-, il doit alors se redire : "reviens, toi que j'aime, reviens à ma conscience, toi qui es ici présente et emplis ma vie, et que je sois un avec toi, et que je sois au niveau d'être qui est le tien, un seul niveau d'être avec toi, niveau d'être qui est notre union en Hachém qui nous a créés comme Un dès l'émergence de Sa pensée, en une seule néchama". C'est le Lékha dodi, le Chir hachirim entre Hachém et Israël. C'est en ce lieu que se placent nos unions.

    Comment aviver en nous la conscience de cette rencontre
    Cela n'est pas une belle image pieuse mais c'est une réalité effective et affective, étonnante, et le Chla s'y attarde dans son commentaire sur le traité Soucca ; il souligne l'importance des actes intérieurs et extérieurs pour nous donner cette conscience de la rencontre vraie, effective, avec l'autre, notre invité, notre partenaire si élevé, et la nécessité de faire les gestes de rappels et de se réjouir.

    Il souligne cette importance par le fait que des commentateurs comme le Tour, le Beit Yossef, ou son propre père dans Êméq Bérakha, précisent qu'il faut se réjouir à haute voix en faisant la bénédiction de la soucca, comme nous le faisons pour celle d'un qiddouche.

    Cet éclairage étendu que je viens d'indiquer se justifie par le fait que ce passage du Zohar fait remarquer immédiatement qu'il en est de même dans le début de la Genèse où il n'est pas écrit ki "bé"chéchéte yamim âssa Hachém éte hachamayim vé ét haaréts (car "pendant 6 jours" D.ieu a créé le ciel et la terre) mais chéchéte yamim ("six jours") ; c'est-à-dire qu'il y a eu toute la qualité d'être et de développement de l'être qui va depuis la troisième zone 'Héssed jusqu'à la neuvième zone yéssod avant d'accéder à la réalité qu'est Chabbate (9-3 = 6). Et ce texte est celui que nous disons avant le qiddouche du premier repas de Chabbate, centré entièrement sur l'union du couple.

    Dans Massékhète Pessahim 176, le Chla cite également ce même verset ki 'héléq Hachém âmo ("car Son peuple est une part de Hachém") et il souligne que, dans notre néchama (notre âme), nous sommes reliés comme une corde dont un bout est en haut et un bout est ici en bas. Ainsi de ceux qui s'aiment, leur union est continue en Lui. Et le Chla poussa très loin cette compréhension en indiquant que même la partie de nous qui fait partie de la force de résistance et de destruction qui est en chacun, elle-même n'est pas entièrement négative car elle a aussi sa source en haut, car même Samaël, l'ange destructeur qui attaqua Yaaqov, est "la drogue de la mort" (sam el) mais il a du divin encore en lui ("el", D.ieu) ; et, finalement, tout se purifiera un jour et la sainteté, la qéddoucha, l'emportera en tout.

    Ainsi, de ce qui nous semble être le plus négatif et le plus sans issue dans ce qui est notre trajectoire de vie, ainsi dans ce qui nous y blesse, en nous ou dans notre peuple. Et il le souligne par l'exemple précis d'Avraham qui sortit du bas niveau humain qu'était Téra'h. Il est également bien connu que les enfants de Qora'h, l'abominable, le perfide et le violent, furent de grands sages souvent cités dans les psaumes.
     

    Les formes de cette union en un seul être
    Cette union en un seul être est exprimée sous plusieurs formes qui nous éclairent :

    - tout d'abord, "les cieux et la terre" comme il est dit ici et dans le texte du qiddouche et dans le début de la Genèse. La différence totale des deux êtres y est cependant reliée par le même mot éte qui indique la présence identique et commune de la Chékhina : "en tête de tout, Eloqim a créé et le ciel et la terre", béréchite bara Eloqim éte hachamayim vé éte haaréts; leur différence apparente n'est en fait que la seule condition de la fécondité et du plaisir dans le face à face ; la différence est la condition qui permet la distance et la liberté, assurant le plaisir renouvelé du retour vers l'union, comme cela est clairement indiqué dans les chérubins, distants mais toujours présents l'un à l'autre et se rapprochant pour s'embrasser.

    - tous les fils de Yaaqov constituent un seul être quand ils viennent en Egypte et ils sont 70 comme les 70 visages de la Torah, chacun est lettre et membre de la même vie commune qui, ensemble, est la Torah, et qui est un grand nom de D.ieu.

    - Yaaqov exprime parfaitement et de la façon la plus extrême cette union de l'homme et de la femme et du bas et du haut par la double dynamique Yaâqov-Léa et Yaâqov-Ra'hel, comme le Chla le décrit aussi dans la paracha Vayetsé, condensant les enseignements des maîtres. Yaâqov-Léa correspond à l'union invisible et cachée entre les êtres qui se passe dans les sphères que nous ne connaissons pas en ce monde mais qui existent cependant  ; tandis que l'union de Yaâqov-Ra'hel est l'union à venir la plus parfaite ici-bas ; c'est celle d'Israël-Ra'hel où on dit que Yaâqov aimait Ra'hel et qu'elle était aimée. C'est l'état à venir de la présence de D.ieu dans le monde, c'est le chabbate, c'est la Chékhina complète, c'est le Temple rebâti, c'est Israël admise par les nations et pouvant être Cohen de lumière pour les nations.

    Or, comme la qéddoucha est de l'ordre de l'invisible, l'amour est l'union en ce qu'elle a de visible et qui réjouit clairement (hahava hou sod hagguilouï hassaméa'h), et le Chla indique que Léa est de l'ordre du caché que l'intelligible ne peut atteindre et qui, parce qu'il est loin, pour cela, est appelé haine, différent, opposé à ce qu'est l'amour apparent. Pour cela, en ces nuances, il est dit que Léa n'était pas aimée (dans notre concret de ce monde, entièrement).

    La fécondité de l'invisible
    Dans notre situation d'existence où nous supportons mal la séparation, l'invisible, le silence, qui nous donnent un sentiment douloureux de précarité et de fragilité et de crainte (comme David nous en donne des constants exemples dans ses psaumes), il est important de comprendre que cet état invisible est extrêmement fécond, comme l'était Léa qui eut 6 fils et une fille Dina. Quant à Ra'hel, concrète mais imparfaite encore comme ce monde, elle engendre seulement deux fils (.../...). Je ne le cite ici que pour faire comprendre que le plan total de D.ieu se réalise toujours à nos yeux en des étapes, en des différences ; mais, à Son niveau, ce n'est qu'un seul plan et une seule réalisation et une seule vie, celle que nous rencontrons quand nous nous mettons avec Lui en confiance, émouna, où tout est déjà béma'hachava té'hila (dans sa pensée dès le début). 
     

    Les fruits passent par des étapes
    Alors, pour chacun, il s'agit de franchir d'un seul trait les étapes suivantes : voir simplement qu'il est écrit que 'héléq Hachém âmo, sentir l'émoi de l'union des êtres, voir d'un regard tout le chemin de la vie passée et des espoirs dans la même trajectoire de cet émoi et que Hachém nous demande encore et toujours les dernières confiances pour atteindre des fruits qui ne sont pas au niveau des unions médiocres mais au niveau de ces vies aux multiples épreuves qu'ont eu les patriarches jusqu'à la fructification totale. 

    Les commentaires insistent sur un paradoxe : plus il y a des composantes de difficulté dans l'existence, plus on est proche de la saison des fruits ; ils l'illustrent par ces caractéristiques (êtres différents, étapes successives répétées, comme cela l'a été pour Yaaqov et Rahel) ; ainsi, l'union unique Israël-Ra'hel a atteint un niveau que n'ont même pas atteints les autres patriarches ; toute l'épreuve est pour la nécessité de la purification.
     

    Est-ce penser trop grand ? 
    Non, car la Torah nous est dite pour y lire et y réfléchir notre existence ; puis, pour la comprendre dans le plan piloté par Hachém, jusqu'à l'étape de ces douleurs d'enfantement et de ces forces en dévoilement.

    Non, car le Chla ose nous dire à propos de la réalisation du troisième sanctuaire : 
    békhol ête haddavar béyadénou ché héchiv imataï ben david ba ? hayom im tichméou.
    "En tout, cela est entre nos mains, aujourd'hui même... si nous le voulons, si nous écoutons". 
    Dans notre peuple, trop ne regardent pas ces enseignements eessentiels, sûrs et proches et vont s'étourdir dans la recherche des dernières devinettes à la mode sur l'arrivée magique du salut à travers des calculs de magiciens d'Egypte qui, les jours passants, vont rejoindre dans le gouffre l'oubli avec les autres marchands d'illusions. Le grand Ribbi Méïr pestait contre ce besoin incessant chez chacun, alors que vous avons à portée de main la lumière et la vie.
    Il s'agit d'entendre cette voix intérieure de la émouna totale quand l'Aimé parle en nous comme cela nous est démontré dans le Cantique des Cantiques. Peu d'humains sont alors capables d'aller à la fenêtre et de voir l'aimé qui passe et de le prendre et de l'amener dans la chambre : lékh lékha. Ils préfèrent continuer à se lamenter sur l'absence. Relire le Cantique des Cantiques dans cet axe qui est bien celui du commentaire de Rachi.

    Au début de la paracha 'Hayé Sara qui parle de l'union des "deux" niveaux de vie ('hayim, mot en forme du duel : 'Hayé Sara), le Chla montre qu'il s'agit là des êtres dont il est dit : véatem haddévaqim baHachém Eloqékhém, 'hayim koulekhem hayom (vous, qui êtes adhérents à Hachém votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui).

    Il s'agit bien en effet des êtres unis ensemble, dans leur vie double ensemble et dans le double niveau de chacun, et en Hachém (ils sont collés dans Hachém, par Hachém) et ils sont alors "hayim, vies", au duel grammatical ; et le Chla ajoute : véhém moukhanim lé'hayé âd, ce sont des êtres prêts pour une "vies" double, qui est à la fois ici concrète et contingente, mais aussi qui va être éternelle et pour toujours.

    (Photo de la rencontre profonde d'une fleur et d'une abeille prise cette semaine par l'auteur).
     

    Exercice de développement personnel

    Cette étude n'est pas un texte littéraire ni philosophique ni politique, mais en chaque génération c'est une interpellation de Moché à son peuple dans son ensemble et à chacun en particulier. 

    A nous d'en faire le bilan de cette proposition dans toutes ces dimensions, ces dynamiques et ces aspirations.

    En effet, Moché, dans cette paracha, nous  rappelle ces ces splendeurs pour nous mettre en garde contre notre tendance à nous endormir et à nous en détourner.
     

    Voir le poème : Ecoutez les bourgeons. et beaucoup d'autres poèmes du site.
     
     

    Relire cette étude et :

    1. mettre en évidence les différentes phases qui alternent dans le discours de Moché : révélation de l'essentiel, exhortation, mise en garde, reproche, parties concernant la relation à Hachém, ou centrées sur Moché.

    2. mettre en évidence les dimensions auxquelles vous êtes sensibles, puis reprendre la lecture de la paracha et les y retrouver dans le texte et dans Rachi.
     
     

    3. chercher les répercussions existentielles personnelles de tout cela. 
    - Notre participation au judaïsme et à la Torah, et à Israël sont-ils de cet ordre : cette union amoureuse qui touche ces niveaux élevés, intimes et profonds. 
    - Si la réponse est négative : pourquoi ? Alors que la Torah est cela, le judaïsme est cela, Israël est cela. 
    - Qu'est-ce qui barre cette réalisation de notre identité (éducation insuffisante, déformée, enfermement dans les autres idéologies positives, antisémitisme sournois qui a été intégré en soi et fait que l'on méprise quelque peu le judaïsme et soi-même, manque de courage, peur de la solitude) ? 
    - S'il y a de cela, et puisque nous ne sommes plus à l'âge des adolescents qui ont besoin de s'opposer pour se sentir exister, comment  avancer vers notre vraie identité ?

    4. échanger avec des proches sur toute cette étude.

    5.  apprendre systématiquement le vocabulaire hébreu et sa traduction qui est dans le commentaire.



    Etude pour étudiants avancés

    Après cette longue étude  de la signification précise du texte (pchate), de son symbolisme (middrache), nous pouvons aussi comprendre le niveau du réméz (allusion) qui transmet le même message à partir des lettres du texte et de leurs combinaisons chiffrées.
    Ce niveau supplémentaire n'est pas seulement une répétition mais il ouvre d'autres horizons plus secrets que nous ne développons pas ici.
    Les lettres initiales des six premiers mots ont la guématria du mot yi'houd (unification). Je l'indique ici pour que l'on perçoive combien  tout le message que nous avons développé jusqu'à maintenant dans ce commentaire, est ainsi synthétisé. Ainsi, celui qui a accordé à l'étude de la Torah tout le temps nécessaire pour les premiers niveaux, peut découvrir par transmission orale, toutes ces clefs merveilleuses placées dans chaque lettre. Attention, il s'agit des clefs transmises par la tradition et non pas de clefs tirées au hasard par des logiciels informatiques : il faut être sérieux et respecter la parole de D.ieu.
    Cette unification est encore indiquée par la guématria des deux premiers mots qui signifie daâte ou union complète depuis le niveau le plus élevé jusqu'au niveau corporel.
    De mots en mots, nos Sages nous transmettent ces fleurs merveilleuses sur tout le texte de la paracha. Il suffit de la savoir pour qui veut atteindre à cette connaissance de la Torah. Cette lettre nous a été remise, qui veut ouvre l'enveloppe. Il n'y a en cela aucun ésotérisme.
     
     
     

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