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46e Paracha : Ki-tavo
"Quand tu viendras..."
Devarim (Le Deutéronome)
26, 1 - 29, 8
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim
Dufour
basé sur les livres
de nos Sages
http://modia.org
Quand tu viendras vers ma terre... toi que
j'aime... alors...
Plan
1e partie ici
Politique ou amour ?
La lumière et l'amour
L'espace d'amour
Les conditions de l'amour sur cette terre, "quand tu y viendras
(ki-tavo)".
Le chétar ténayim
Ne pas fuir, ne pas disparaître (l'espace d'Israël)
Le début essentiel
Les noms d'espace
Nous sommes dans le grand face à face
Notre fuite dans l'espace est expliquée
Et le couple ?
On n'est pas dans les combats des politiques partisanes.
Nos faces à faces
Exercice
Etude personnelle, en prolongement
|
Plan
2e partie par ce lien
La paracha dans sa suite
Les mitsvotes de la paracha
La recherche du sens
L'étude par le langage qui l'exprime
Après les repères, la recherche de leur sens
Bilan
Rabbénou Bé'hayé
La présence du kavod
Le peuple Cohen
Sens de la déclaration qui accompagne le prélèvement
Concrètement :
La h'ala
La tsédaqa
Le maâssér. Comment le répartir.
Conclusion
Exercices de développement personnel
Lecture, sur la tsédaqa Pour les étudiants avancés
|
Israël, espace d'amour
et non de politique
Politique ou amour ?
Depuis plusieurs parachotes nous voyons que le peuple est soumis
constamment à une double tension dans ce qui constitue son désir
:
- ou regarder son aventure selon une seule lecture politique, et se
détourner de la terre promise,
- ou la regarder comme un scénario d'amour selon la Torah.
Entrons dans le texte
Lisons et traduisons en tenant compte de la
ponctuation des téâmim :
Véhaya ki-tavo él-haaréts (zaqéf)
achér Hachém Eloqékha (zaqéf) notén
lékha na'hala (atna'h)
virichtah véyachavta bah.
Et ce sera quand tu viendras vers la terre (zaqéf) que
Hachém ton D.ieu (zaqéf) te donne en héritage
(atna'h)
et tu auras reçu l'héritage et tu résideras dedans
(sof passouq)".
On doit lire la Torah avec le coeur. Qui dit à quelqu'un d'autre
: "Quand est-ce que tu viendras, ce sera quand" ?
C'est quelqu'un qui aime quelqu'un, et l'espère de tout son coeur.
Sinon on dit : "quand tu arriveras, quand tu seras ici...". Voilà
tant d'années que Hachém a prévu ce moment,
créé le monde pour cet instant de la rencontre, choyé,
promis, guidé, sauvé, appelé, rappelé. Et
l'autre tarde toujours: nous.
Que dirait-on d'une fiancée qui dirait ces mots depuis des années
et son soi-disant amant reste à plusieurs milliers de kilomètres
et dit : "un jour le Messie viendra et tout ira bien, vivement ce jour
et très bientôt, alors je viendrai", et le fiancé
continue à mener sa vie tranquille ou pas, écrit régulièrement
mais ne vient pas. C'est le Cantique des Cantiques à l'envers.
Ainsi de notre peuple aujourd'hui alors qu'il peut réaliser
la Torah en tout ce qu'elle demande. Ce qui est surprenant, ce n'est pas
que vivent ainsi ceux qui ignorent mais aussi beaucoup de ceux qui savent
et enseignent la Torah. Or, tout ce qui se passe dans cette paracha
doit être entendu seulement dans ce cri de Hachém
envers nous. C'est bien pour cela que le premier mot a les lettres
exactes du Nom de D.ieu, même si cela est camouflé pudiquement
dans un ordre différent qui produit le mot véhaya "et
ce sera".
Nos Sages disent que cela est bâti sur le modèle du verset
30, 18 d'Isaïe. Il est ainsi traduit habituellement : "Pourtant Hachém
ne demande qu'à vous rendre Sa faveur ; pourtant, Il se lèvera
pour vous prendre en pitié, car Hachém est un D.ieu
de justice ; heureux ceux qui espèrent en Lui". Ce dernier verbe
"espèrent" est 'hokhéi et le verset s'était
ouvert par le même verbe que la traduction ne rend pas : yé'haké.
Cela veut nous montrer graphiquement, quand on lit l'hébreu, que
le bonheur venant de la confiance de l'homme qui "s'attend" à être
aidé, ce bonheur vient uniquement du fait que Hachém
nous "attend".
C'est magnifique. C'est toute la paracha.
Celui qui ne perçoit pas cela, ne retient de la paracha qu'une
suite de malédictions et de bénédictions, de même
qu'il ne voit dans l'actualité que des événements
positifs ou terribles. Et il reste loin du coeur des choses, il
reste loin du lieu conjugal (la terre d'Israël), et il attend vaguement
un miracle magique (un rabbin miraculeux, un nouveau message, un
événement céleste, qu'un rabbin s'éveille
et lance un signal alors que ce signal est dit noir sur blanc dans la
Torah) qui viendra changer tout dans le monde comme la fin d'un beau film
de Cecil B. De Mille. Il ne voit que de "la politique" ou que de "la religion".
Il ne voit pas la relation d'amour. Sa lecture n'est pas celle
de Moché, ni celle de la Torah de Moché qui presse le peuple
à voir cette relation et le lieu de cet amour : la terre d'Israël.
Celui qui a bien compris cela, comprend d'un coup toute la structure du
site Modia.
Voyez cette intensité comprise et exprimée, dans les
images de rose ici.

Le Grand Rabbin Roger Touitou, lors de la cérémonie d'hommage
posthume au Grand Rabbin Chalom Messas, zal, a dit ceci du Rav Messas qui concerne
exactement la rencontre dont nous parlons par le coeur: "Chaque fois
qu'il rencontrait quelqu'un, il l'asseyait à ses côtés
et chantait car la vie du Rav, c'était montrer qu'à chaque
instant la présence de D.ieu doit être ressentie pleinement
par le chant et l'émotion religieuse. Il arrivait à faire
sentir le moment présent comme un moment divin sur terre".
Et c'est bien en cette expérience que Rachi se place sur le troisième
verset de notre paracha ("je déclare aujourd'hui à
Hachém ton Eloqim, que je suis venu vers le pays
qu'a juré Hachém à nos pères de nous
donner") quand Rachi dit clairement et brutalement: "ché
éinékha kafouï tova, que tu n'es pas un ingrat".
Cela veut dire: "tu es aimé, tu reçois tout, tu le
sais, et tu ne réponds pas, ce n'est pas possible, ne sois pas
ingrat". Qui aujourd'hui ne reçoit pas le don de la terre
d'Israël qui est le plus grand cadeau que chacun ait jamais reçu
dans sa vie, c'est comme s'il refusait un enfant aimé à
la naissance. Il y a quelque chose de gigantesque dans notre refus
d'amour alors que nous prenons les apparences, et les discours de celui
qui y croit.
Il faudrait entendre ces premiers mots de la paracha (Véhaya
ki-tavo),aussi fortement que les premières notes de la 9e symphonie,
en être ébranlés et remettre les choses et notre vie
dans l'axe véritable et honnête. C'est la téchouva
(voyez le lien ici).
Cette volonté de ressentir la Torah est rendu dans notre écriture
qui montre que la Torah parle au coeur, dans nos photos pour "toucher"
Jérusalem et Israël, dans nos reportages multiples sur les
communautés ou les personnes et maîtres pour "toucher"
l'autre dont on dit qu'il est notre composante. C'est pour cela que je
mets ces liens en haut de cette paracha.
La lecture politique des événements, elle, soupèse
et soupèsera toujours les forces respectives en présence
: "Pharaon est-il le plus fort,... ou les habitants de la terre de Canaan
ou les royaumes qui l'entourent,... il ne faut pas contrarier nos ennemis,
tu as vu ces attentats épouvantables, ou ce que le Pharaon nous
a encore fait". C'est de la simple information, de la politique, ce n'est
pas la Torah, ce n'est pas le "quand tu viendras". Ces avocats
de la falsification de l'histoire juive en politique sont ceux qui ont
bâti le veau d'or pour inciter le peuple à revenir en Egypte,
c'est Qorah et la grande majorité qui conteste tout pouvoir à
Moché qui veut -lui- que le peuple se gouverne selon la qéddoucha
et la Torah ; ce sont les méraglim, les explorateurs qui,
tous, incitent le peuple à ne pas prendre le risque de partir pour
Erets Israel (sauf Yehoshua et Caleb) ; ces chantres de la vision
politique sont une des dynamiques constantes dans l'histoire du peuple
d'Israel. Ils ne veulent pas que la Torah soit une affaire de coeur
et d'amour à laquelle on répond par des actes de vie. Ceux
qui voient la terre d'Israël en terre-comme-les-autres (pour y venir
ou pour l'organiser) font la même chose. Finalement, ils n'ont jamais
de raison profonde d'y rester quand d'autres y contestent la place des
Juifs. Mais il n'y a pas ceux qui ont tort et ceux qui sont dans la vérité,
car nous participons tous de ces deux tendances.
La lecture d'amour est celle de Moché et des prophètes
: Celui qui aime le peuple d'Israël, qui le crée et lui donne
une mission et une protection est le Créateur qui est amoureux
de Sa créature et veut son coeur. Et il promet à Israël
le bonheur s'il va dans cette voie, et sinon, ipso facto, il sera abandonné
aux nations qu'il veut voir comme les maîtres de l'histoire. Hélas,
trois fois hélas, cela était écrit, et ce cycle s'est
toujours déroulé comme c'est écrit. Les ennemis (images
symboliques d'Amalek) prennent le terrain chaque fois que notre coeur
et notre fidélité se refroidissent. Et, inversement, le
temps de Yehoshua fut heureux jusqu'au bout (voyez le Livre de Yehoshua
24, 31).
Il ne s'agit donc pas de politique. Se trompe aussi sur la Torah celui
qui, assimilé à la culture occidentale qui lit tout en terme
d'idéologies, de politiques ou de stratégies commerciales,
veut cantonner la Torah à une sagesse pour en faire une "mystique"
et séparer ensuite cette mystique de la politique et de la réalité.
En oubliant, de plus, que les idéologies sont aussi des mystiques
et toute éducation est une mystique également. Etant conscient
de cela, il vaut mieux assumer notre Torah et celle de notre peuple que
de coopérer à la mystique anti-juive qui a toujours voulu
exclure le judaïsme de l'histoire et d'un territoire : ne pas
exister dans le concret de l'espace et du temps, c'est la proposition
continue de l'assimilation et de l'anti-sémitisme.
Si nous avons compris cette importance structurale du problème
(le coeur opposé à l'idéologie), nous comprenons
alors que nos débats à l'intérieur du peuple juif,
et dans l'espace réel d'Israel (et non de "communautés"
sans cet espace), ne sont pas la lutte entre deux courants idéologiques
et politiques; c'est, à l'intérieur du peuple juif, la
permanence d'une tension, d'un dilemme, d'une alternative qui contient
deux propositions contraires et contradictoires de la Torah entre lesquelles
il faut choisir. Cela est normal, constitutif, à l'intérieur
même de notre peuple.
Donc, tous ceux qui le vivent ne sont pas les uns des bons et les autres
des méchants : ces mouvements représentent des tensions
internes en chacun et en chaque génération. Il ne faut pas
s'illusionner par le fait que cela prend des noms de partis ou de mouvements.
Ne pas voir les gens en assimilés ou en religieux ou en laïcs,
en 'haridim ou en 'hilonim, en gens de gauche ou de droite,
ou chapeau ou en kippa ou sans, mais en Juifs qui vivent tous et chacun
ce même problème interne, chacun à travers ses paramètres
particuliers. Et cela est poignant parce que c'est le judaïsme concret.
Voilà pourquoi nous plaçons les acteurs de ces voix sur
le théâtre de notre site à travers "le choix
de nouvelles significatives". Non pas pour "faire de la politique
ni de la propagande ni pour donner des nouvelles" mais pour situer la
Torah dans le débat du peuple dans Son espace-temps.
La lumière et l'amour
Si cela est compris et bien stabilisé dans la pensée, nous
pouvons comprendre la proposition publique de la haftara : "Lève-toi,
resplendis car ta lumière est venue et la gloire de Hachém
rayonne sur toi". Tous nos problèmes et toute la Torah parlent
d'amour et de lumière. Quel politicien parlerait ainsi? Et
ce que l'on dit à l'entrée du Chabbat : lékha
dodi liqrate kalla, "viens mon bien-aimé à la rencontre
de la jeune mariée".
Il n'y a pas d'autre peuple qui est mené par cette proposition
de la lumière et de l'amour face à Celui qui crée,
mène l'histoire et aime. Cela n'a rien à voir avec un fondamentaliste
moral ou religieux dans la direction des affaires publiques : c'est la
Torah révélée.
C'est un amour bizarre, cosmique, historique, dans l'espace, une recherche
jalouse (voir le ch. 28 de la paracha ; et dans la haftara d'Isaïe
c'est un D.ieu amoureux et jaloux (qinea, Isaïe 59, 17) et
un peuple mis au féminin comme épouse (voyez Isaïe ch.
54 ou 60, 15).
Nous pouvons comprendre maintenant ce sommet de la vie juive qu'est le Chabbate
concret (pas la fête nationale, ni les vacances, en d'autres cultures)
avec ses chants continus d'amour. Quel peuple se réunit-il ainsi
chaque semaine pour chanter comme peuple un chant d'amour : le Cantique
des Cantiques, Chir haChirim, ou le Lékha dodi, allons,
bien-aimé ?
L'espace d'amour
Mais, attention, l'espace d'amour dont parle le début de la
paracha "quand tu viendras" n'est pas une mystique ni une idéologie.
Cela se joue dans un espace particulier, la terre d'Israël qui est
la chambre d'amour appartenant au Saint dans Sa sainteté, Eréts
haqqodéche.
Voilà pourquoi on rappelle toujours la Jérusalem concrète
de l'espace/temps, même le
jour du mariage avant de casser le verre dans la douleur en se souvenant
du palais brisé, même au moment de la plus grande joie (lien
ici). Et, au moins à ce moment là, le Juif doit dire
: "si je t'oublie Jérusalem (concrète) que ma main droite
se déssèche" (Psaume 137, 5) ; il le dit, et en s'y engageant
au moment des plus sérieux engagements. Pourquoi ? C'est que les
deux réalités sont une seule et se renvoient l'une comme
l'image de l'autre.
Et, en Israël, quand les époux se marient, ils ont le ciel
concret au dessus d'eux directement sans plafond qui sépare, car
ils sont et matérialisent l'union concrète des cieux et de
LA terre qui est l'union du Créateur et d'Israël.
Les conditions de l'amour sur cette terre, "quand tu y viendras (ki-tavo)"
Une coutume juive pour fixer le contrat entre les conjoints est la
kétouba
qui précise en particulier les 3 devoirs de l'époux envers
l'épouse (nourrir-vêtir en beauté-donner le plaisir).
Mais c'est aussi l'étape préalable et moins connue du "papier
de conditions" (Chétar ténayim). Il pose concrètement
dans le couple cette exigence de la Torah : venir habiter là et
ne pas s'enfuir (lo yivré'hou) : quand tu viendras (ki-tavo).
Expliquons ce qu'est ce chétar ténayim et le sens
très élevé de ces termes.
Le Chétar ténayim
Y sont mentionnés les personnages qui sont en chidoukh (arrangement
de mariage), les dates des étapes vers le mariage, les engagements
de chacun. Il peut y être double : un premier et bref contrat des
grandes lignes dites "raché praqim" (on n'y parle
pas de dates ni d'argent, et il est rédigé en privé)
et le second sérieux, nommé Chétar ténayim
(billet des conditions) rédigé en public. Certains font
ce dernier billet bien avant le mariage avec une fête où
quelqu'un le lit (le Rav ou quelqu'un d'autre); ailleurs, on l'écrit
juste avant le mariage. Un exemplaire est remis à chacun des pères
des conjoints et chacun d'eux payent le sofér (l'écrivain
qui le rédige). S'il n'y a qu'un exemplaire, c'est le marié
qui le paie. Il y a de nombreuses variantes dans ces usages mais le point
commun est de considérer cet acte comme une mitsva importante.
Certains y brisent un objet de porcelaine déja ébréché,
après la lecture du billet. Alors les deux témoins signent
le billet après l'avoir lu et parfois d'autres le signent aussi.
Il commence par des louanges générales appropriées
à la situation, les nominations des futurs époux et parfois
des parents, puis il est écrit que "le ba'hour
(jeune) Untel épousera la jeune fille (bétoula) Une
telle" ou bien on écrit que "la fiancée s'est engagée
à entrer sous la 'houpa avec le marié" ; et on indique
la date qui sera respectée, à moins qu'ils ne la devancent.
Une
page
entière sur le thème de l'amour.
Apprendre
l'amour dans Réchite 'Hokhma
Les
chiddoukhim qui vont fonder les couples juifs
Ici,
Théorie du chiddoukh
Ici,
Pratique du chiddoukh
(2 pages en photos)
Une mise en garde basée sur mon expérience
d'aide psychologique: certains intermédiaires apparemment
respectables présentent des personnes en les recommandant
et j'ai constaté qu'ils/elles ne vérifient même
pas les données de base et lancent dans la vie, avec des
menteurs, des innocentes qui leur ont fait confiance. Ensuite:
bonjour les dégâts et alors ces intermédiaires
déclinent toute responsabilité. Le
savoir et être vigilants.
Attention, également, aux menteurs qui trompent en faisant croire qu'ils sont capables de voir si les néchamotes correspondent; ou affirment connaître des trucs divins permettant de connaître les compatibilités ou incompatiblités entre les personnes, d'après les calculs chiffrés sur les noms, etc. Quand vous entendez ces procédés, vous avez immédiatement le signal que vous avez affaire à un menteur qui n'hésite même pas à tromper sur la Torah, le plus souvent pour des avantages financiers frauduleux. Lire à ce sujet le livre de Rabbi Yaakov Hillel, l'un des grands cabalistes de Jérusalem, directeur de la Yeshiva Ahavate Chalom à Méa Chéarim; il vous clarifiera toutes ces questions. Ce livre, en toute bonne librairie juive: "La foi, la kabbale et la folie". Indispensable de le lire. Depuis le Ari, zal, personne ne voit les néchamotes. Il n'a pas non plus de prophètes actuellement pour voir l'avenir. Nous avons la Torah, l'aide du Ciel et de notre intelligence et courage.
|
Ne pas fuir, ne pas disparaître (l'espace d'Israël)
Il est écrit alors :
vé al yivré'hou vé al yéâlimou
lo zé mi zo vé lo zo mi zé
et ils ne fuieront pas et ne disparaîtront pas ni lui d'elle
ni elle de lui.
Le Rabbi de Loubavitch Mena'hem Mendél Schneerson, zal, a
commenté plusieurs fois ce texte (sur la paracha Devarim et dans
le recueil Chidoukhim vé Nissouïne (arrangements de
mariage et fiançailles. Brooklyn, 1988).
Il apporte une clef majeure pour comprendre le mariage et la Torah simultanément
: il dit que cette phrase, écrite ci-dessus, est dès le
début l'essentiel (biréchito viqaro). Ainsi, l'essentiel
de la dynamique et de la problèmatique de l'amour est de ne
pas se fuir l'un l'autre et de ne pas disparaître l'un de l'autre.
Alors, si c'est cela, nous pouvons dire que nous comprenons maintenant
pourquoi il y a eu toutes ces pérégrinations dans l'espace,
dans le désert et dans l'exil. Pourquoi, au contraire, Avraham
est capital dans l'histoire par sa singularité a "chercher le rapprochement
dans l'espace vers le Mont Moriah, Jérusalem", de même que
Moché met toute sa vie à rapprocher le peuple de Celui qui
l'aime, de même que Yehoshua le rapproche du centre de sa terre.
Les noms d'espace
Le Rabbi de Loubavitch montre que les noms même des deux êtres
montrent bien cette problèmatique : le "jeune homme" (ba'hour)
est de la racine signifiant "fuir" (bara'h) et la "jeune fille"
(âlama) est de la racine signifiant "disparaître" (âlam).
Ainsi, ontologiquement, dans l'être il y aura cette double dynamique
d'amour apparent et de fuite.
Et le judaïsme le sait, le reconnait ; et il affirme que cela se
vit à égalité chez l'homme et chez la femme : le
Chétar ténayim (billet des conditions de base) l'indique
d'emblée. Et il y a égalité de risque chez l'un et
chez l'autre. D'ailleurs, dans la Torah et dans l'histoire, il est mis
aussi que le Créateur parfois voile Sa face dans l'espace et dans
le temps. Voilà pourquoi il nous est dit explicitement dès
le début de la paracha : "quand tu viendras".
Nos Sages disent qu'il fallait qu'Israël soit en Egypte pour avoir
à venir en Israël, que la terre devait être occupée
par Canaan pour qu'il y ait la libération et les retrouvailles,
et que Bat Chéva devait être d'abord à un autre mari
pour qu'il y ait aussi ces retrouvailles (voyez le commentaire du 'Hida
sur le psaume 68).
Nous sommes dans le grand face à face
Le Rabbi de Loubavitch ajoute d'autres niveaux grandioses, c'est que ces
expressions hébraïques (zé, zo) (l'un, l'autre)
concernent les niveaux les plus élevés, au delà des
prophètes, ceux de l'union de Moché lui-même face
à D.ieu. Ainsi, les époux mettent en jeu entre eux des niveaux
si importants et qui les dépassent ; voilà pourquoi nous
pouvons accueillir, dans notre petitesse, la fiancée Chabbate et
la Chékhina avec Son bien-aimé Haqqadoche Baroukh
Hou dans le chant Lékha dodi. (Et voyez nos commentaires
sur la bague du mariage, en ce sens).
Notre fuite dans l'espace est expliquée
En tout cela, la tendance des Juifs à
ne pas vivre dans la Torah, à peu la connaître, à
faire tout pour s'éloigner de leur terre comme aucun peuple ne
le fait au monde, sont éclairés par la Torah elle-même.
Les grands Sages d'Erets Israel, dans la Michna et dans la Guémara,
interpelaient vivement sur ce point leurs collègues de Babylone.
Prenant leur suite (sur ce point!),
les Présidents de l'Etat d'Israel ont toujours interpelé
les communautés dispersées à revenir dans l'unité
sur la terre commune : ils disent alors que ni les dons massifs faits
en faveur de l'Etat d'Israël ni la qualité de l'éducation
dans de nombreuses communautés ne peuvent dispenser de cette réunion.
Cette précision suscite souvent l'agacement des philanthropes donateurs
et des éducateurs qui dépensent et se dépensent et
ressentent, à tort, qu'ils ne sont pas assez appréciés
dans leur apport puisqu'on leur demande ou rappelle un autre point plus
essentiel encore.
Pourtant, tout cela est normal, comme une épouse se réjouirait
certes que le mari gagne de l'argent au loin et maintienne les liens avec
les cousins mais elle a besoin de vivre avec son époux.
Ce n'est pourtant pas trahison volontaire et
Moché l'a compris avec indulgence : c'est aussi difficile pour
eux parce que s'arrêter de s'enfuir de la tâche, ce serait
réparer tout le désordre du monde, perspective trop impresssionnante.
On dit ainsi que si le peuple d'Israël parvenait à bien vivre
3 chabbatotes de suite le Machia'h, le Messie, serait déjà
venu ipso facto, car ce serait réparer tout le monde. Ce n'est
pas de l'ordre du "ya-qu'à" ni du "eux ont tort".
Et le couple ?
Chaque couple s'attaque à cette tâche et à ce tiqqoune
ou réparation en se mariant, en se "rapprochant" et en s'engageant
à ne pas se fuir dans l'espace réel et psychologue de la
non-écoute. On n'est pas toujours conscient de cette aventure
juive en se mariant. Et cela est relié à l'espace de Jérusalem
et de la Judée, comme le disent les chants après la 'houpa
du mariage. Ainsi, toute la terre d'Israël est essentielle à
ces niveaux existentiels de vie, de bonheur, d'amour. Si les peuples
le comprenaient, ils nous supplieraient de crier notre message, pour
le propre bonheur de tous les êtres et de tous les couples ; comme
dit le prophète, ils viendraient nous attraper par le vêtement
et nous supplieraient de leur enseigner un peu de la Torah de Moché,
non celle de tel ou tel. Ils comprendraient qu'il est essentiel au bonheur
de tous que la terre d'Israël soit ce lieu de la rencontre de l'homme
et de Son Créateur.
Etre dans le peuple juif par l'alliance, ou être dans le couple
par l'alliance, c'est D.ieu qui nous donne le pouvoir de participer à
cette union si difficile des niveaux élevés du monde. On
comprend maintenant, dit en condensé le Rabbi de Loubavitch, pourquoi
il est écrit dans Baba Batra 42b que celui qui bénit le
nouveau mois en regardant la lune exactement en son temps c'est comme
s'il avait accueilli le visage de la Chékhina, présence
divine en ce monde. En effet, alors, il y a eu présence réelle
par la vue, et non fuite, et non disparition et distance : mais c'est
vision, regard et présence, accueil; et, alors, l'union la plus
divine se réalise.
La distance et le bonheur du monde
Toute distance dans le non-regard ou dans la non-écoute dans
le couple crée la distance dans la présence du bonheur de
D.ieu dans le monde.
Toute distance entre les membres du peuple d'Israël et la terre
d'Israël crée la distance dans la présence du bonheur
de D.ieu dans le monde.
Toute distance entre les membres du peuple vivant sur la terre d'Israël
et le visage de Celui qui y est La présence, crée la
distance dans la présence du bonheur de D.ieu dans le monde.
On n'est pas dans les combats des politiques partisanes.
Les leaders politiques ont-ils quelque chose à proposer de plus
les uns que les autres par rapport à cette mission donnée
par la Torah au peuple juif sur sa terre?
Car cela se joue dans la gestion de questions concrètes de comportement
des Juifs où qu'ils soient sur leur terre ou vers leur terre.
Voilà pourquoi les débats vécus dans le peuple
sont importants à suivre pour y comprendre comment s'y jouent les
enjeux profonds. Le peuple a tant besoin et soif de Sages les éclairant
sur ces enjeux. Il ne refuse pas, il est affamé, et un individu
n'est pas responsable de l'ignorance où l'histoire l'a mis. Il peut
cependant l'analyser pour la dépasser, c'est sa part de responsabilité.
Mais est encore plus irresponsable, la part de ceux qui connaissent
une part de la tradition et ne la véhiculent pas vers ceux qui n'ont
pas ces aliments.
Nos faces à faces
Voilà pourquoi aussi, il est impossible que le bonheur prévu
par la Torah sur la terre d'Israël se réalise si ce face à
face de présence-éloignement n'existe pas bien entre
les Juifs DIFFÉRENTS
dans le peuple (lien ici). Ce n'est pas une question de
"tolérance", c'est une question d'amour ontologique nécessaire,
comme nous venons de le voir. C'est pour cela que nous citons aussi bien
le Rabbi de Loubavitch que les Sages de la communauté marocaine
ou lithanienne. Vraiment et profondément. A EGALITE, dans la compréhension
de la diversité. Comme les membres aussi indispensables d'un seul
corps.
Il s'agit en tout cela DU
GRAND mariage (lien ici), de Haqqadoche Baroukh Hou (zé)
et d'Israël (zote) :
zé hou béhinéte nissouyine chél Haqqadoche
Baroukh Hou (zé) vé Yisrael (zo).
Et le couple joue vraiment ce défi.
Toute distance dans le face à face du couple entraîne, si
l'on peut dire, un éloignement entre l'essence même de Haqqadoche
Baroukh Hou et Sa présence et résidence sur terre que
l'on nomme Chékhina.
Donc, quand il y a échec, ce n'est pas seulement un échec
dans le peuple ou le couple, c'est un échec plus global; et, alors,
explique le Rabbi avec références à l'appui, la lumière
se retire du monde. Vous le voyez, nous puisons nos commentaires à
toutes les sources, de tous les courants. Car tous sont les membres du
corps.
C'est la grandeur du rôle reçu par les hommes que de pouvoir
tout illuminer et faire fructifier ou tout détruire. Mais le judaisme
a une science très précise de la correspondance des niveaux
et de la pratique de ces correspondances par les actes et sentiments des
hommes.
Exercice
Voilà pourquoi, afin d'avoir le rappel visuel de tout ce qui vient
d'être dit, il est placé dans toutes les synagogues le chandelier
avec la lumière constante et ces mots du psaume 16, 8 : chiviti
Hachém lé nekhdi tamid, je me suis représenté
face à moi Hachém, toujours. Et "chiviti"
veut dire aussi bien "imaginer" que "semblables", et "face à moi"
peut signifier aussi "contre moi" dans tous les sens du terme en hébreu.
Etude personnelle, en prolongement
Allez voir en Béréchite 2, 23 le premier zote
et chercher le sens, à la lumière de cela et des commentaires
qui orienteront vers d'autres passages.
Etudier l'amour de la terre d'Israël dans la Guémara Kétoubote
112a
et dans les Hilkhote Mélakhim 5, 10
Ici, Un poème
d'amour de la terre d'Israël
Ici, Un regard d'amour
vers la terre d'Israël
Ici, Une rencontre d'amour : la
prière
Le regard dévoilé de l'amour
de D.ieu pour Israël : les 7 haftarotes
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