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54e Paracha : Vézote habbérakha

"Et ceci est la bénédiction"

Devarim (Le Deutéronome) 33, 1- 34, 12
La paracha sera lue lors de la Fête de Sim'hate Tora,

Commentaire
basé sur le Chla, Rabbénou Bé'hayé
et Ribbi Yaâqov Abou'hatséra

 par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour 
 http://www.modia.org 

*****

Guémar 'hatima tova à chacun!

Cette paracha nous donne une véritable formation très importante :
- être les juifs et les juives de la bénédiction
- comment faire une bénédiction.


Plan

1) Le Chla
Le dernier enseignement : le devoir de bénir
Comment bénir ?
Conclusion
Exercice de développement personnel
Le lien de la bénédiction

2) Rabbénou Bé'hayé
Exercice de développement personnel
 
Et... des événements exceptionnels cette semaine, ici.

  • La bénédiction du réveil
  • La bénédiction avant l'étude
  • La bénédiction de la 'hala
  • La bénédiction sur le vin
  • La bénédiction du chofar
  • La bénédiction du miqvé
  • Les 18-19 bénédictions

  • Le gomel ou bénédiction de remerciement

    Lecture et écoute de la paracha (ORT)

    et de la haftarah

    La bénédiction avant la lecture de la Torah

    La bénédiction après la lecture de la Torah

    La bénédiction avant la lecture de la haftarah

    La bénédiction après la lecture de la haftarah

    *****

    Nous terminons la Torah. Nous honorerons les maîtres principaux qui nous ont conduits de semaine en semaine, en étudiant strictement le commentaire du Chla haqqaddoche, celui de Rabbénou Bé'hayé et celui de Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra sur la bénédiction. Je les présente ici et les développe car ils sont très condensés dans leurs ouvrages.
    Ne craignez pas l'avancée lente dans la démonstration : c'est une étude sérieuse et je m'adresse à un public prêt à écouter et intelligent.

    Le Chla

    Le dernier enseignement : le devoir de bénir
    Il n'y a plus de mitsva nouvelle et explicite à étudier dans cette paracha car la 612e mitsva (rassembler tout le peuple, Dévarim 31, 10-12) et la 613e (chaque juif doit écrire un rouleau de la Torah, Dévarim 31, 19) étaient dans la paracha Vayélékh. 
    Pourtant, le Chla reste fidèle à la méthode de Rachi (le premier pilier de notre enseignement), en étudiant le sens premier des phrases (le pchate) et la mitsva implicite qui y apparaît encore dans ce qu'il nomme le niveau de nér mitsva (la mitsva comme chandelier).

    Le Chla nous fait remarquer alors que nous recevons ici un grand enseignement : celui de devoir bénir. En effet, toute la paracha est un seul acte concret, celui-ci : l'importance de faire une bénédiction.
    Cela nous apprend que bénir est une mitsva. Elle est tellement importante que c'est celle-là précisément que Moché Rabbénou a choisi de nous enseigner dans la dernière paracha et, même, dans les derniers moments de son existence. 
    Au moment où il ne peut plus faire qu'il seul acte, il choisit de bénir. Voilà qui doit mettre en nous la conscience qu'il s'agit d'un acte essentiel. Nous devons donc bénir les autres en prononçant une bénédiction.

     


    Un enseignement souvent oublié de nos jours

    La plupart des Juifs oublient que Jérusalem et la terre d'Israël sont un lieu de bénédiction pour l'ensemble de la Création et des peuples et ils se cantonnent dans les positions suivantes (ou bien une assimilation dans la culture des autres nations et ne faisant de leur judaïsme qu'une religion avec quelques prières pour le gouvernement de leur pays, ou même en oubliant cela; ou bien un nationalisme fermé à finalité fermée, considérant les autres nations et religions à distance comme d'autres univers ou erronées).
    En cette paracha sur la bénédiction, Rachi nous rappelle la véritable fonction de bénédiction du peuple juif pour tous:
    - sur le verset 33,17 de la paracha "aux extrémités de la terre", il écrit "Il n'y avait pas, vraiment, de prince ou de roi qui n'ait acquis sur la terre d'Israël un palais ou un terrain car elle possédait de l'importance pour eux tous comme il est écrit en Jérémie 3,19: un patrimoine désiré par les armées des nations.
    "
    - sur le verset 33,17 de la paracha "et des trésors", il écrit: "les marchands des autres nations viendront et verront alors tout Israël adorer un D.ieu unique et manger la même nourriture alors que chez les adorateurs d'idoles chaque divinité ne ressemble pas à celle de l'autre ni la nourriture de l'un à celle de l'autre. Et alors ils se convertiront mitgayérin comme il est écrit cham yizbé'hou zivhé tsédéq, et là ils sacrifieront des sacrifices de justice". Et le Talmud développe ces thèmes (Sanhédrine).
    Cet enseignement d'un judaïsme ouvert aux peuples et à leur conversion éventuelle sans difficulté en étonnera beaucoup. Nous n'avons pas encore rectifié les erreurs de l'histoire dues aux persécutions que nous avons subies.


     

    Comment bénir ?
    Le Chla nous montre que l'épisode nous enseigne aussi comment bénir, sur le plan le plus pratique. Pour nous faire prendre conscience de ce niveau du pchate, le Chla va recourir au Zohar. 
    Voilà qui peut nous surprendre : en effet, le Zohar n'est-il pas un livre mystique, diront beaucoup ? Et il ne concernerait donc pas les mitsvotes ni les actes pratiques mais les secrets. Mais rappelons-nous que Rachi affirme sans cesse qu'il n'enseigne que le pchate et, pourtant, il recourt sans cesse également aux middrachim pleins d'imagination, de métaphores, de contes et symboles chaque fois, dit-il sur le verset 3, 8 de Béréchite, que ce sont eux qui présentent ainsi mieux le vrai sens du pchate, premier niveau du texte : vaani lo bati élla lifchouto chél miqra ou léagadah haméyachévéte divré hammiqra davar davour âl ofnav.

    Le Chla cite intégralement un passage du début de la paracha Bémidbar dans le Zohar (III 117 b) qui analyse la Torah et fournit la procédure pratique. 

    Je traduis avec précision en mettant pour la première fois sur le site le texte en araméen et en hébreu :
    Ribbi Yits'haq pata'h, Ribbi Yits'haq a dit : 
    "Hachém  zékha ranou yévarékh yévarékh éte beit Yisrael... Hachém s'est souvenu de nous bénir (psaume 115, 12), Il a béni la maison d'Israël... 
    - Ta 'hazéi ,Viens et vois (cet enseignement, en conséquence) : 
    hai mane déamar chéva'ha dé 'havré, celui qui fait la louange de son ami, 
    divnoi de ses enfants, o démanoné ou de ses biens, 
    baé lévarékha lé, doit le bénir 
    ou lé odaa âlé birkhane, et louer à propos de ces bénédictions (reçues). 
    - Minalane, D'où cela nous est-il enseigné ? 

    Mi Moché dikhtiv, De Moché, car il est écrit :
    véhinekhem hayom kékhokhvé hacchamayim la rov, "et vous aujourd'hui vous êtes devenus aussi nombreux que les étoiles du ciel" (Devarim 1, 10)
    - lévatar ma khétiv, et, ensuite, qu'est-il écrit ? 
    Hachém Eloqé avotéikhém yossef âlékhém kakhém éléf péâmim...Hachém le Dieu de vos pères vous ajoutera encore des milliers de fois et qu'Il vous bénisse comme Il vous l'a dit.
    - (Térine virkhane hou. Donc, Moché fait deux bénédictions) 
    'Had Hachém Eloqé avotékhém, une première bénédiction quand il dit "Hachém le Dieu de vos pères...",
    - Ha 'had lévatar, et il en fait une ensuite (en demandant) 
    vayévarékh étkhém qu'Il vous bénisse.
    Léodaa âlayéhou (D'abord) louanges,
    birkhane âl birkhane, puis (demandes de) bénédictions.

    Le Zohar, ainsi rapporté intégralement dans le commentaire du Chla, ajoute :
    - et si quelqu'un fait la louange de son ami, et se dispense de reconnaître d'abord (la source) des bénédictions, il casse tout depuis En-haut.
    - Mais s'il bénit (comme il faut), alors lui-même est béni depuis En-haut.

    Le texte continue.
    On comprend, à partir de là qu'il faut bénir avec un "bon oeil" et non pas avec un "mauvais oeil"; et en toutes choses Haqqaddoche baroukh Hou veut l'amour du coeur (ahavate hallév)...
    Et, a fortiori, celui qui fait une bénédiction envers Haqqaddoche baroukh Hou doit le faire avec un bon oeil et un bon coeur et l'amour du coeur. C'est pour cela qu'il est écrit : "vé ahavta éte Hachém Elohékha békhol lévavékha, et tu aimeras Hachém ton D. avec tous tes coeurs". (Devarim 6, 5). (Fin du texte du Zohar rapporté par le Chla, jusqu'ici sa citation, âd kane léchono).

    Conclusion
    Le Chla ne commente même pas ce passage et ne le traduit même pas tant il lui semble répondre avec précision à notre besoin de tirer des enseignements du comportement de Moché, comme il est dit : "maâssé avote simane labanim, les actes des pères sont un signe qui enseigne les enfants" (voir sur ce concept, le middrache Béréchite Rabba 70, 6 et le traité Sota du Talmud, 34 a). 

    Résumons donc les phases que l'on doit appliquer pour bénir quelqu'un :
    1. quand nous nous réjouissons sur la réussite de quelqu'un (en bonheur, affaires, santé, etc), ou quand nous voulons lui attirer la bénédiction en raison de ses besoins,
    2. il faut faire état explicitement du nom de D.ieu comme source de la bénédiction, car c'est Lui qui a donné gratuitement cela,
    3. il faut louanger D.ieu de ce bienfait (l'évocation de Son nom peut être cette louange),
    4. il faut demander que la bénédiction continue.
    5. cela donne à celui qui bénit (ou ne bénit pas) un pouvoir
    - soit de faire continuer la bénédiction pour l'autre et pour soi,
    - soit de tout briser.
    6. il est souhaitable d'invoquer cela à travers l'exemple des Patriarches, c'est pour cela que l'on commence souvent comme ceci : "mi ché barakh Avraham... Celui qui a béni Avraham..."

    Une meilleure compréhension
    Cet enseignement nous permet de mieux comprendre les personnes qui sont des bénédictions permanentes, comme l'était notre père en Torah et notre maître Ribbi Moché Yossef Zenou (âlav hacchalom, que la paix soit sur lui) dont tous ceux qui l'ont connu ont bénéficié du flux de ses bénédictions comme moi.

    Cela permet de mieux comprendre les membres de communautés juives qui ont gardé cette façon de communiquer avec spontanéité. Bien souvent les membres de communautés déjudaïsées et assimilées pendant plusieurs générations regardent alors ces vrais Juifs qui le sont restés, comme des gens crédules et peu évolués qui utilisent systématiquement des formules sans réfléchir; après notre commentaire, on comprendra maintenant comment, au contraire, ce sont des personnes ou des groupes qui ont encore la véritable connaissance et la pratique vivante de ces enseignements si élevés et si importants. Il faudra désormais les entendre avec respect comme les véritables continuateurs des grands Sages, sous leur apparence souvent modeste.
    Cette attitude s'étend alors aux formules les plus quotidiennes :
    - ma chlomkha comment vas-tu ? - Baroukh Hachém ( la bénédiction vient de Hachém, qu'Il soit béni)".
    et on ajoute si tout va très bien : toda la El, merci à D.ieu!
    et on ajoute souvent s'il y a une difficulté : Hachém yaâzor, Hachém aidera. Yom yom, un jour à la fois.
    - chalom, bonjour. et on ajoute souvent ou en répondant: ou vérakha, et bénédiction.

    Exercice de développement personnel
    Cette étude n'est pas un texte littéraire ni une dissertation philosophique sur l'ordre de l'univers, mais c'est une interpellation de Moché envers son peuple dans son ensemble et envers chacun en particulier. 
    Donc, c'est à nous de faire le bilan de notre position envers toutes ces dimensions, ces dynamiques et ces aspirations.

    Comment ?

    1. Relire cette étude,

    2. Relire les deux premiers versets de la paracha pour y repérer ces différentes étapes. La référence à Hachém y est donnée dans "Moché, homme de Eloqim" et, dans le début du deuxième verset , "Hachém depuis le Sinaï" ; voir alors l'évocation indiquant que ces bénédictions continueront à l'avenir.

    3. Rechercher des situations où on exprime à des amis ou proches combien on apprécie leur bonheur, ou combien on souhaite qu'il continue et...
    rechercher comment introduire alors les deux moments essentiels :
    - l'évocation du nom de D.ieu qui est la reconnaissance,
    - la demande que Haqqaddoche baroukh Hou continue à donner et répandre ces bénédictions.

    4. Comme, le plus souvent, cette façon de se comporter est en discordance avec l'entourage, le Tour ou Baâl hattourim commence tout son ouvrage monumental sur la halakha en insistant sur ceci : ne jamais craindre les railleurs, les sarcastiques et les cyniques si on veut avancer dans la voie de la Torah.

    5. Echanger avec des proches sur toute cette étude et sur ces exemples de bénédictions quotidiennes que nous pourrions dire.

    6. J'ajouterai que Ribbi Moché Yossef Zenou  m'a appris, une fois la bénédiction reçue, à dire à celui qui vient de me la donner : "bé'hayékha tovim (que la vie soit bonne pour toi)". Ainsi, de la même manière que le bon oeil de l'ami a ouvert et maintenu ouvertes les écluses de la bénédiction d'En-haut, dans l'amour du coeur, ainsi nous le faisons envers celui qui nous bénit également. Et nous reconnaissons que cette bénédiction s'épanche sur lui aussi.

    Les minhaguim
    Ceci nous montre que les moindres des pratiques que l'on rencontre dans le judaïsme ne sont pas des superstitions ni des coutumes (minhaguim) insolites. Ces minhaguim sont des concrétisations très précises de la Torah, explicitées par les textes et les Sages dans une grande logique. Seule l'ignorance fait croire à la stupidité des autres comme il est dit  dans le psaume 92, 7 : "iche baâr lo yédâ, l'homme ignorant ne sait pas qu'il est ignorant". Et, durement, la tradition ajoute encore : "oukéssil lo yavine éte zote, et le sot ne comprend pas cela" (car il est imbu de suffisance).

    Le coeur, toujours
    Attirons l'attention sur le lien de tout ce comportement de bénédiction avec le coeur. Car il est important de ne pas se dire que les commentaires du site, ou leur auteur, reviennent sans cesse sur ce concept: nous avons vu dans la démonstration du Chla et celle du Zohar que le coeur (lév) y est nommé explicitement; et "Hachém veut le coeur (Ra'hamana liba bâé, D.ieu demande le coeur, les sentiments, l'amour", voir Sanhédrine 106 b), comme une mitsva, ainsi qu'il est dit : "véahavta éte Hachém, et tu aimeras Hachém" (Devarim 6, 4). 

    On sait qu'on relie immédiatement le dernier mot de notre paracha (donc le dernier mot de la Torah) avec la lecture du début de la Torah, lors de la fête de Sim'hate Torah. Et cette jonction des deux mots IsraëL Béréchite forme encore ce mot LB  lév, (le coeur) qui est ainsi présenté comme étant toute la Torah depuis le début jusqu'à la fin, et depuis la fin jusqu'au début. C'est tellement l'unique réalité des choses et des mondes dans le judaïsme que Ribbi Yaâqov Abou'hatséira fait remarquer dans son commentaire sur notre paracha que ces deux mots "IsraëL Béréchite" avec le chiffre de leur union ont pour guématria 1455 qui est également la guématria du nom des quatre niveaux des mondes ("atsiloute, béria, yétsira, âssia"). Que ceux qui en douteraient encore poursuivent leur étude jusqu'à la compréhension de ces textes et ils comprendront alors que non seulement D.ieu est amour comme le disent diverses religions mais que le judaïsme a capté par Avraham que le monde entier lui-même est "amour-'hesséd". Cela est une révolution totale des conceptions. Le malheur et le mal deviennent alors des scandales que la Torah veut nous aider à juguler et que nous pouvons juguler en arrêtant notre propension permanente à tout détruire.

    Note. Celui qui lit la fin de la Torah est nommé 'Hatane Torah (marié de la Torah), celui qui recommence la Torah par la lecture de Béréchite se nomme 'Hatane Béréchite (marié de Béréchite). Ce second rôle est le plus important. 

    La bénédiction relie les temps
    Le Chla ouvre la seconde partie de son commentaire en disant : ce lien de la création à la bénédiction pour Israël nous permet de mieux comprendre le commentaire du premier Rachi ici résumé et basé sur Béréchite Rabba 1, 4  :
    "j'ai commenté comme ont commenté nos Sages, darchéni kémo ché dérachouhou raboténou
    le commencement, le béréchite, était pour la Torah, bichvil haTorah ché niqréte réchite darko (Proverbes, 8, 22)
    et pour Israël qui s'occupera de la Torah, ouvichvil Yisrael ché niqreou réchite tévouato (Jérémie 2, 3)" .

    Ce qui était en cause dès le début, cette bénédiction, devait aller jusqu'à son terme qu'est Israël recevant toute la Torah et toutes les bénédictions que cela exprime. Avant de mourir, Moché relie la bénédiction qu'il dit à son peuple à la grande bénédiction que le Créateur avait projetée dès le début pour ce peuple (cf le Rachi cité ci-dessus). On peut donc avec raison relier la fin et le début de la Torah dans la lecture.

    Tout ce qui vient d'être dit est seulement la moitié de la première des onze pages du Chla sur cette paracha ! Que cela nous montre tous les plats délicieux que nos Sages ont préparé pour nous.

    Ne terminons pas ce cycle avec le Chla sans souligner une fois de plus que l'étude du pchate et des mitsvotes (comme le fait Rachi) n'est en rien rester "au ras des paquerettes"; cela nous met en contact avec le vrai terreau, la source des fleurs qui en sortiront... pour qui sait jardiner et pour qui l'a appris auprès de nos Sages.


    Rabbénou Bé'hayé
    Il commence son commentaire sur notre paracha, qui est la dernière de la Torah, par le dernier verset du livre des Proverbes (31, 31) écrit par le roi Chlomo (Salomon). C'est le dernier verset du poème intitulé "Echéte 'Hayil, la femme du Combattant puissant". L'intention est claire : le parallélisme (fin/fin) doit nous enseigner l'essentiel, le but de tout.
    Note. Malheureusement, ce magnifique poème aux multiples dimensions est trahi dans les mentalités par une erreur absurde des traductions : Echéte 'Hayil, la femme vertueuse ou courageuse; c'est une erreur grammaticale sur laquelle s'ajoute une projection idéologique vieillote (donc la position féministe qui la refuse est "hors sujet", de la même manière; en effet, la femme vertueuse se dirait icha tova, et la femme courageuse se dirait icha amitsa. Le mot "échéte" est ce qu'on appelle en grammaire un "état construit" qui signifie "femme de" comme dans "échéte iche" la femme d'un homme, l'épouse, la femme mariée. Donc : "Echéte 'Hayil, la femme du Combattant puissant".

    N'oublions pas que ce verset est, également, lu chaque semaine avant le premier repas de chabbat et qu'il est vu, simultanément, comme une louange de la Torah, d'Israël et de la femme, ce qui nous indique à quelle hauteur est considérée la femme dans le judaïsme par ceux qui connaissent la tradition (revoir le verset du psaume 92, 7).

    Rabbénou Bé'hayé synthétise toujours chaque paracha par un verset de Michlé, le livre des Proverbes, car ce livre n'est pas un opuscule de sagesse populaire, mais un livre qui résume les clefs de la Torah.

    Ce verset dit : 
    "ténou la mipéri yadéya vihalléloua bachéârim maâsséa 
    donnez-lui selon le fruit de ses mains, et on louera aux portes ses oeuvres".

    Rabbénou Bé'hayé, selon sa méthode, explique le verset selon les différents niveaux du sens :

    - le niveau du pchate (âl dérékh happchate)
    ce cantique fait la louange de la femme qui ne se contente pas de sa beauté mais vit selon la Torah et met en valeur tous ses dons de A à Z, toutes ses beautés dans toutes les lettres possibles (en effet,  chaque verset de ce cantique commence par une lettre différente de l'alphabet). Celui qui a trouvé une telle femme, a tout trouvé et a trouvé le bonheur, disent de nombreux textes de la tradition. La seule beauté externe ne serait que mensonge et vanité. C'est par les fruits qu'elle a ainsi développée qu'elle est louangée. Et elle sauve par là tous ceux qui vivent avec elle.

    - le niveau du middrache (âl dérékh hamiddrache)
    cette femme si riche et si douée est la Torah; son mari est chaque sage qui étudie, et les pauvres sont ceux qui commencent à étudier et qu'elle nourrit; ils lui donnent de l'honneur (kavod) pour tous les biens dont elle les abreuve. Ce fruit de ses mains qu'elle partage, c'est celui de l'arbre de vie. Elle est elle-même le fruit du seul vrai Sage, le Créateur, pour une vie éternelle.

    - le niveau de la qabbala (âl dérékh haqqabbala)
    c'est le niveau de l'essentiel central qui nous explique quelle est la bénédiction seule digne de clôturer le livre de la Torah et de le commencer; voici:
    - comme nous avons besoin de la bénédiction pour vivre, ainsi Dieu a également besoin des bénédictions des hommes (que nous ne le comprenions pas n'est pas un problème suffisant car ce n'est pas nous qui décidons de la nature des choses, ni de ce qu'est Dieu).
    - celui qui bénit est béni, 
    - la bérakha (bénédiction) permet l'existence du monde. C'est pour cela que toute la Torah commence par la lettre béit du mot bérakha, car la lettre béit est le moteur de toute existence et, par elle, Eloqim bénit, dans le processus des jours de la Création.
    - Haqqadoche baroukh hou a dit l'essentiel de tout  à Avram (Béréchite 12, 2) c'est : "Je te bénirai", car cela est la condition de la vie. 

    De plus, Haqqadoche baroukh hou donne à Avraham et au Juif, la fonction et la capacité de bénir qui il veut (Béréchite Rabba 39, 18). C'est cela le rôle de bénisseur que possèdent les tsaddiqim, les justes. C'est le rôle d'Israël au milieu des peuples, et ils le sentent, c'est pour cela qu'ils sont obsédés par Israël ou veulent le supplanter.
    Ainsi, Yaâqov bénit chacun de ses enfants selon sa bénédiction qui lui est propre (lire Béréchite 49, 28 : kévirkhato vérakh otam).
    (De même les parents bénissent les enfants, Yaâqov bénit le Pharaon, Israël bénit les nations...).
    De même Moché, et voici ce qui est très important  : ils le font car ils ont la connaissance du fonctionnement de la bénédiction (lire Devarim Rabba 11, 1) comme il est dit : "et c'est ainsi que leur père leur parla et les bénit, dispensant à chacun sa bénédiction propre" (Béréchite 49, 28).

    Ayant précisé tout ce cadre sur le dernier verset des Proverbes, Rabbénou Bé'hayé l'applique au premier verset de notre dernière paracha : 
    "vé zote habbérakha achér bérakh Moché iche haéloqim éte-béné Yisrael liné moto
    et ceci est la bénédiction que bénit Moché, homme de Eloqim pour les fils d'Israël avant sa mort...".

    - le niveau du pchate (âl dérékh happchate)
    Moché a fait cela comme le font tous les tsaddiqim, avant leur mort.

    - le niveau du middrache (âl dérékh hammiddrache)
    Bileâm le perfide, prophète des nations, fut contraint de bénir Israël mais il restreignait au maximum ces bénédictions et n'en fit que trois. Car son oeil n'était pas bon. Vint Moché de bon oeil (voir Proverbes 22, 9) qui multiple les bénédictions, et il est béni parce qu'il bénit. Il leur donna les 4 bénédictions qui manquaient pour parvenir à la complétude des 7  (voir Chémote 39, 43 ; Vayiqra 9, 23 ; Devarim 1, 11 ; Devarim ch. 33).

    - le niveau de la qabbala (âl dérékh haqqabbala)
    il dit que Moché a béni comme l'a fait Yaâqov et dans la même connaissance de ce qu'est la bérakha, et en quel lieu elle se fait et agit (Béréchite  49, 28).

    Ici se termine le commentaire de Rabbénou Bé'hayé sur ce premier verset.

    Exercice de développement personnel

    Cette étude de Rabbénou Bé'hayé demande de

    - réfléchir à l'importance du Cantique de Echéte 'Hayil, dit le soir de Chabbate, hors des stéréotypes, et à la lueur de cet enseignement. En particulier, à la grandeur de la nature de la femme, ainsi placée au niveau de la Torah.

    - réfléchir à la fonction d'expression de la bénédiction que l'on se doit d'exercer et de diffuser envers ceux pour qui on a un rôle parental direct ou symbolique. En particulier, veiller à ce que la bénédiction développe bien la particularité de chacun, comme nous le montrent les deux épisodes des bénédictions de Yaâqov envers ses enfants, et de Moché envers les tribus.
    Pense-t-on à bénir ainsi nos proches et connaissances, ceux qui sont placés sur notre chemin pour les aider ou les éduquer ? 
    Les bénit-on selon les règles qui gèrent l'efficacité de la bénédiction ?
    Comment trouver ces termes pour dire la bénédiction ?
    Cela demande écoute intérieure, attention, observation, mais aussi d'oser exprimer la bénédiction.

    - lire la bénédiction des Cohanim qui est le prototype de la bénédiction (Bamidbar 6, 22-27).

    - connaitre le texte de la bénédiction que l'on dit aux enfants (celle de Yaâqov à Ephraïm et Ménaché, Béréchite 48, 15-16, la seule qui ait pu se développer sans créer aucune rivalité fratenelle, disent les middrachim, à l'image de la merveilleuse fraternité de Aharone et Moché).

    - apprendre du Roi David, dans les psaumes, l'art de bénir à partir de chaque réalité quotidienne, de chaque rencontre, de chaque sentiment. Tout en sachant que les psaumes sont, en même temps, comme le livre des Proverbes, un traité qui enseigne de la façon la plus précise la Torah elle-même.


    Que le mérite de ceux qui nous ont enseigné et transmis tout cela leur donne gloire comme nous la reconnaissons à la Echéte 'Hayil des Proverbes (ch. 31), baroukh Hachém.

    Puissions-nous être sensibles au fait que la grandeur de ces Sages est exprimée en ce Cantique sous la forme de la femme, de même qu'Israël elle-même est au féminin en hébreu, et de même que la Torah. Voilà qui devrait définitivement fermer la bouche à ceux qui attribuent (à leur image) une non valorisation de la femme dans le judaïsme.

    Puisse chaque membre du peuple juif, diffuser sans avarice la bénédiction et la connaissance de ce qu'il a appris et dont les autres manquent : si chacun, dans notre peuple, transmettait à son échelle autour de soi ce qu'il connaît de la Torah, il n'y aurait plus d'assimilation destructrice mais respect réciproque dans le peuple et de la part des nations. Il y a peu de personnes qui, volontairement, s'assimilent hors de leur peuple juif ; mais il y a des myriades de Juifs qui sont abandonnés hors d'Israël et en Israël, par leurs frères repus de connaissances de la Torah et qui ne les partagent pas. C'est un immense scandale.
    Les prophètes pestaient contre les riches qui ne partagent pas et ils criaient: D.ieu ne veut pas de vos prières ni de vos sacrifices puisque nous ne vous souciez pas de ceux qui ont faim et qui sont nus; ce problème continue aujourd'hui dans cette réalité vitale de la connaissance de l'identité juive.
    Il ne s'agit pas ici de missionnarisme mais de partage du pain miminal.

    Au contraire, Ribbi Yaâqov Abou'hatséira nous montre que Moché Rabénou aimait tellement son peuple, plus qu'un père aime ses enfants, au point qu'il alla jusqu'à en mourir plutôt que de ne pas tout faire pour lui. Et il est mort à l'heure de la prière de min'ha de Chabbate qui est l'heure de l'aide la plus grande face aux difficultés, comme l'indiquent les initiales des mots du premier verset  jusque "homme de D." (2116, guématria de bé min'hate chabbate zémane ête ratsone).
    Voilà un homme qui était toute bénédiction pour l'humanité, son nom Moché est composé des lettres finales de "Moché iche Eloqim, Moché était tout homme de D".
    Ceux qui veulent en savoir davantage ont déjà pu, par ces commentaires, goûter quelques gouttes de cet immense breuvage plein de délices. Rien n'y est secret ni ésotérisme. Le plus souvent, malgré la grandeur des commentaires de nos Sages que j'ai rapportés, je n'ai pu en traiter que par quelques mots en chaque paracha.
    Mais cela aura, au moins, prouvé à chacun :
    - la grandeur de ces messages,
    - leur importance pour toutes les dimensions de notre existence,
    - la possibilité d'atteindre ces enseignements et ceux qui les ont reçus et acquis par l'étude,
    - la possibilité de recevoir l'héritage qui nous est destiné.
    - l'impossibilité d'atteindre le fruit de la Torah sans la transmission qu'en font les Sages de la tradition reçue depuis Moché notre maître.

    Une triple condition : 
    - l'étude dans l'hébreu,
    - l'étude dans le peuple,
    - l'étudte auprès de ceux qui ont reçu la tradition. Loin des dissertations et élucubrations idéologiques diverses.

    Terminons par le texte de la bénédiction des Cohanim (Bamidbar 6, 22-27) :

    "Ainsi vous bénirez les enfants d'Israël, en leur disant :
    Il te bénira, Hachém, et Il te gardera.
    Il fera rayonner, Hachém, sa face vers toi et te sera bienveillant.
    Il dirigera, Hachém, sa face vers toi et Il t'accordera chalom.
    Ils mettront Mon nom sur les enfants d'Israël et Moi Je les bénirai."

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    Bénédictions particulières
  • La bénédiction du réveil
  • La bénédiction avant l'étude
  • La bénédiction de la 'hala
  • La bénédiction sur le vin
  • La bénédiction du chofar
  • La bénédiction du miqvé
  • Le gomel ou bénédiction de remerciement
  • La bénédiction de la lune
  • La bénédiction lors des nominations des enfants

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