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Lév Gompers |
qui vont guider votre étude de la Torah et du Talmud sur le site Modia par le Pr Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Le Professeur Rav Achér Dov André Neher Mon second maître, après Ribbi
Moché Yossef Zénou, est le seul enseignant de qui je
puis dire, de mon côté je précise bien: il a été
dans l’étude du texte mori vérabbi, mon enseignant
et mon maître. Cette page ne peut pas être séparée
de l'apport et de l'influence de son épouse Rina Neher, féconde
historienne du judaïsme, du sionisme et d'Israël, et éducatrice
à qui
est consacrée une autre page. Ces deux auteurs sont ici réunis
sur cette photo dans la musique qui les réunissait aussi.
Je l’ai écrit dans le Lév Gompers (page 33) mais je dois ici développer davantage. Cette fois, c’est la tradition d’étude askénaze. L’image qu’en ont les lecteurs, par son renom, est très différente de la relation d’étude que j’ai vécue auprès de lui. Je lui avais demandé de publier un livre (Jérusalem, vécu
juif et message. 1984) qui décrit et explique son orientation, dans
la collection dont j’étais le conseiller aux Éditions du
Rocher. Mais j’ajoute maintenant à ce livre des dimensions de son
être qu’il m’a transmises et dont il n’a pas fait état par
pudeur dans son œuvre écrite.
Sa vie
Dans son enfance, il avait étudié tous les jours à Obernai (Alsace) auprès du rabbin Jérôme Lévy, qui était l’un de ces remarquables rabbins orthodoxes et très instruits, formés au séminaire de Berlin, qui avaient fait serment de ne pas travailler dans des communautés voulant s’assimiler et introduisant l’orgue dans les synagogues ; ils n’eurent alors d’autre solution que d’enseigner dans des petites communautés malgré leur haut niveau de connaissances. Ces rabbins alliaient, en plus, une formation universitaire solide et étaient munis de doctorat, en droit le plus souvent. Ce qui a donné à cet élève l’axe dont nous témoignons dans l’étude, c’est le passage qu’il fit à la yéchiva Êts 'Hayim de Montreux en Suisse, fondée et animée depuis 1927 par le Rav Yérahmiel Éliahou Botschko. Ce Rav, né en 1888 à Rorjél, avait reçu sa formation à la yéchiva de Lomze (ou Lomza), dans le Nord-Est de la Pologne, fondée en 1883 par Rabbi Éliêzér Szuliawicz qui la transféra à Péta’h Tiqva en Israël en 1926 ; puis il avait étudié à la yéchiva de Novardok (Novogrudok ou Nowogrodek, en Lituanie) qui transmettait la rigueur de cette tradition, un sens aigu de la méthode nécessaire dans l’étude et de la connaissance simultanée des différents niveaux du texte, de l’être et de la collectivité. André Neher disait qu’il avait reçu à la yéchiva Êts 'Hayim toute la méthode qui fut nécessaire pour étudier toute sa vie dans les textes difficiles et en profondeur. Les lecteurs comprendront donc par là la seconde filiation. Il faut savoir que Novardok avait été marquée par deux grandes influences. D’abord, celle de Rabbi Yits’haq El’hanane Spektor (1817-1896), reconnu comme la plus grande autorité halakhique de sa génération, qui travailla à résoudre les difficultés de la ché’hita en pays non-juif et hostile, les problèmes douloureux des âgounotes (femmes à qui le mari refuse cruellement d’accorder le guéte, acte du divorce) et il favorisa le mouvement de retour en Israël 'Hovevéi Tsione ainsi que les travaux d’écriture de R. Chimchone Rafaél Hirsch. Ensuite, l’influence du Rabbi Yé’hiel Mikhal Epstein (1829-1908) qui écrivit le Âroukh haChoul’hane, commentaire sur le Choul’hane Âroukh de R. Yosséf Caro dans lequel il éclaircit tout le processus de chaque halakha depuis les sources du talmud jusqu’à la décision ; il y ajouta les halakhotes qui concernent la vie sur la terre d’Israël, le Sanhédrine et le Temple. Nombre de ces rabbins lithuaniens menaient une vie professionnelle parallèlement à la charge de direction de la yéchiva dont ils ne tiraient aucun bénéfice financier. On comprend par là l’origine de beaucoup de traits qui ont marqué André Neher à travers ces maîtres. Orthodoxe et traditionnel, le Rav Éliahou Botschko lui-même n’hésitait pas à faire entendre sa voix dans les forums internationaux politiques chaque fois que l’avenir du peuple juif était en jeu. Il épousa Rivka Sternbuch, et leur fils R. Moshé transféra cette yéchiva à Jérusalem dans les années 1990, puis dans le Yichouv Kochav Yaakov où il la coanime dans la même tradition avec son fils le Rav Chaoul-David Botschko (Tel 02-9974922). Après son passage à la yéchiva Êts 'Hayim à Montreux, André Neher a poursuivi son œuvre professionnelle personnelle qui est connue et il n’a pas retrouvé - dans les ruines du judaïsme assimilé et détruit par la shoa - les groupes d’études correspondant au niveau de connaissance qui était le sien. Il reçut en 1946 le titre rabbinique de Morénou haravAchér Dov ben hé’haver Avraham. Chaque jour, il étudiait des pages de guémara après la prière du matin avant de se mettre au travail et il y ajoutait particulièrement le Chla pour l’étude de la paracha et des fêtes, et l’œuvre de Rabbi Moshé 'Hayim Luzzatto. Le Maharal, qu’il avait contribué principalement à
remettre en valeur, était à la jonction de son étude
et de sa recherche sur la personnalité créatrice du Juif
dans les temps de changement.
Son enseignement
Sa connaissance talmudique totale et précise nous est apparue au grand jour, particulièrement quand nous avons étudié auprès de lui pendant quelques années les souguiyotes ou débats et enseignements de Ribbi Eliêzer dans l'ensemble du talmud. Son écoute était particulière et c’est probablement
ce qui a bâti notre relation (inaugurée à l’occasion
de mon livre Ecouter le rêve) : il ne répondait jamais
à la question d’un élève, il répondait à
l’élève ; pour cela, il se taisait longuement afin de
bien comprendre le sens exact de la demande mais aussi le sens profond
et les différents niveaux du sens qui s’éveillaient chez
celui qui questionne, l’ouverture potentielle et le sens naissant ; il
allait jusqu’à apprendre ainsi à travers la question de
l’élève car il aimait son étudiant et, quand il
pouvait répondre, parfois après être allé rechercher
dans sa bibliothèque ce qu’en disent les sages, il apportait sa
réponse : précise, claire, délicate, concise, profonde
et lumineuse ; et il savait encore s’arrêter si l’élève
avait besoin de préciser son interrogation. Nous étions dans
l’attitude du chemâ, écoute... et du hinéni
(me voici...), autour de la table avec les grands sages dont il était
nourri ; nous savions le poids de leurs mots, des siens et des nôtres.
Il nous montrait immédiatement avec précision les passages
du talmud sur lesquels il s’appuyait sans cesse et il revenait sur ceux
qui étaient les axes de son âme.
La relation de maître à élève
Nous n’avons pas non plus étudié ensemble sa propre œuvre publiée (que nous connaissions bien). Notre relation était centrée directement sur la Torah, le cœur et l’amitié et nous partagions aussi la pudeur des sentiments, le lyrisme dans la vie intérieure juive, le sens du "dur bonheur d’être juif" et l’affection partagée dans les multiples Chabbates passés ensemble, les deux couples assis autour de la table du Chabbate dans les mots de la Torah qui étaient unis à l’amour de la Torah, du peuple et de son histoire que nous vivions sur la même trajectoire, également passé-présent-construction. Que son épouse Rina Neher-Bernheim en soit remerciée. Avec délicatesse, l’âme personnelle et commune pouvait se dire sans imperfection, sans incompréhension, dans la plus grande simplicité. Pureté. Fidélité. J’apporte maintenant quelques précisions qui répondront à d’autres questions souvent posées sur notre relation de maître à élève. Je suivais aussi le développement de ses publications, sachant que l’axe qu’il avait choisi de développer, dès après la Shoa, correspondait à sa mission de reconstruire avec quelques autres le judaïsme en France à partir des mentalités de l’époque qui ne correspondaient pas du tout aux mentalités actuelles. L’angoisse était alors la donnée première et existentielle, comme l’exprimait la philosophie du même nom. Choisir de publier des textes bourrés de références et pensée talmudiques, comme on peut le faire aisément aujourd’hui, eut été parler dans le désert. Cela explique la différence entre son discours et celui des rabbins francophones d’aujourd’hui. André Neher, rabbin, philosophe, germaniste, cultivé, animateur, leader communautaire et intellectuel avait alors une mission particulière, urgente, et il y consacra sa plume avec persévérance. Je connaissais les difficultés qu’il rencontrait pour se faire publier, comme tout auteur, malgré son renom. Un jour, je lui ai proposé un nouveau livre que je publierais dans ma collection. Je me suis permis de lui dire : "tout le cœur de ce que vous nous avez enseigné en face à face depuis des années, vous n’en faites pas état explicitement dans votre œuvre qui est orientée d’abord vers l’histoire, la philosophie et la lutte existentielle du juif à travers quoi vous ouvrez les yeux des lecteurs sur les grandes dimensions de l’existence juive ; je vous propose de publier un livre dans lequel vous feriez le lien et la synthèse de ce que vous écrivez, mais en y présentant aussi la source naissante chez les maîtres comme vous nous le transmettez dans votre enseignement oral ; ainsi, tout ce dont nous bénéficions, des milliers de vos lecteurs en profiteraient également". Il m’a écouté, a réfléchi, puis m’a demandé de préciser davantage mon projet, d’en rédiger le plan et de le lui exposer à nouveau, ce que j’ai fait. Comme chaque fois, son épouse est venue offrir une boisson à l’invité et elle s’est retirée pour vaquer à ses propres travaux d’écriture. Après avoir remis l’ouvrage sur le métier, je suis venu présenter et défendre le projet, lui parlant aussi de l’intériorité de l’être juif qu’il nous a éclairée à travers l’œuvre du Chla (en remerciement, je lui avais offert peu de temps auparavant le siddour commenté par le Chla que j’avais étudié après avoir achevé l’étude de la structure de la prière et de son pchate dans Nétiv Bina) ; j’ai explicité l’importance de ce qu’il pourrait ainsi apporter en faisant état de la nécessité aujourd’hui d’une intégration approfondie, ce que je connais bien à travers les personnes et couples aidés en psychothérapie qui recherchent une cohérence globale ; aujourd’hui, le public étant ouvert à l’ensemble des niveaux, il pourrait présenter cette synthèse vivante dont nous bénéficions, comme il l’avait fait en utilisant la philosophie existentielle à l’heure où cette culture était le bagage commun des intellectuels, comme voie de reconstruction des êtres détruits. Il m’a écouté longuement puis a réfléchi en silence ; il m’a souri très affectueusement, gentiment, finement et, avec humour, m’a dit : "ce livre, c’est vous qui l’écrirez". J’ai compris que sa réponse ne parlait plus du livre projeté et qui ne verrait donc pas le jour ; il parlait de notre relation de maître à élève car il m’a communiqué alors son programme et ses exigences pour la suite de ma formation : il m’a indiqué les auteurs et les passages que je pouvais ou devais étudier, en fonction de la nouvelle étape. Je n’avais plus qu’à écouter. On ne discute pas avec une source. Je lui demandais l’autorisation d’avancer dans telle ou telle voie précise d’étude, auprès de tel ou tel rabbin, car je savais qu’il comprenait et pouvait situer mieux que moi la trajectoire et la corriger s’il le fallait. Il me donna ces autorisations mais il insista pour que j’aie le souci d’intégrer en cette nouvelle étape, en plus de l’étude quotidienne et continue des bases classiques, des auteurs qui ont traité de l’ensemble de la connaissance juive et qui ont poussé la cohérence entre la connaissance et l’expérience de vie par leur montée en Israël. Je lui posais encore quelques questions très importantes ; à certaines il ne voulut pas répondre, me manifestant par là que l’enseignant doit montrer sa limite ; il se taisait aussi pour laisser ouvert le manque et pour montrer que l’on ne doit attendre que de Hachém certains éclairages et certaines aides, même dans l’enseignement, rejoignant par là la bénédiction à faire avant l’étude. L’affection n’altère pas la nécessité de rigueur. C’était m’enseigner aussi la confiance continue, ce que j’appelle l’effet domino dans l’étude : étudier encore un peu plus, et encore un peu plus, c’est comme bouger la pièce de domino qui est devant soi et elle entraîne la prochaine qui, à son tour, déplacera la suivante et ainsi une porte en ouvre une autre jusqu’à l’entrée dans le sanctuaire de la connaissance et de l’union : daâte. Son accompagnement lent m’a appris à aider le débutant dans son impression intérieure qu’il n’arrivera jamais à franchir toutes les étapes. En ce même sens, sa réponse sur le livre à écrire m’a encouragé à avancer ; il pensait que je parviendrais, avec l’aide du Ciel, à rédiger ce dont il entendait que je suis porteur et il m’encourageait à en entreprendre l’écriture ; il me disait : c’est uniquement par l’engagement dans l’acte personnel, dans l’action d’entreprendre l’écriture que je verrai si cela est possible et non dans les idées ni dans les projets, encore moins dans les projets concernant autrui. J’ai compris le conseil et l’enseignement. Il ravivait par là le conseil et l’ordre que tout humain a reçu dès la création du monde : achér bara Eloqim laâssote, le monde que Eloqim a créé pour que nous "fassions". Le Lév Gompers et ce site Modia sont une partie de celui qu’il m’a incité, ce jour-là, à entreprendre. Que le Rav Achér Dov André Neher ait choisi de ne pas témoigner de son titre de rabbin indique encore plus sa grandeur. C’était un choix délibéré qui avait sens à de nombreux niveaux. Il ne liait pas le titre à la fonction d’animation (ce qu’il faisait par son œuvre et son action communautaire) mais à la fréquentation des sages dans l’étude et cela, il n’éprouvait pas le besoin de le démontrer publiquement par un titre. Il était un talmid 'hakham et choisissait de préserver cette intimité. J’ai pu rencontrer, avant et après ces années, d’autres enseignements envers lesquels j’ai éprouvé de l’estime, parfois de l’espoir, et qui ont été ou sont quelques marches ; mais ces deux expériences (Ribbi Moché Yossf Zénou et le Rav André Neher) restent fondatrices et uniques pour moi, à ce jour, comme expérience de vie, d’affection, de rigueur, de pédagogie globale et de relation dans l’étude avec des maîtres qui, sans dire le mot, acceptent d’exercer ce rôle envers vous alors qu’ils auraient pu n’être que des enseignants. Ils se voulaient et étaient des "maillons dans la chaîne des générations" ; ils sont les pères de beaucoup dans notre générations : talmidim qerouïm banim
On comprend alors la bénédiction sur la gratuité des rencontres : "Toi qui donnes Ta Torah, Toi qui accordes avec bonté la connaissance". Auprès du Rav André Neher, j'ai appris ainsi à développer simultanément ces treize dimensions qui synthétisent la pédagogie du Chla et que les lecteurs me disent acquérir sur Modia :
"la prière doit être simultanément dans les mots, dans la pensée et dans l’intention, et cette corde triple ne sera pas rompue de si tôt". Témoigner de tout cela est, certes, se dépouiller un peu de l'intimité. Mais cela est nécessaire pour que ceux qui commencent à étudier découvrent tout ce que la tradition nous a donné dans le lien personnel à un enseignant qui devient peu à peu un maître ou parfois un père en Torah. D'où l'ordre de nos Sages : fais-toi un Rav, qui te convienne car cela est indispensable. Je souhaite donc à chacun, non seulement d'étudier, mais de rechercher son Rav qui lui convienne. Le bénéfice en sera incommensurable. Sa hiloula a eu lieu le 12 'Hechvane 1988.
Histoire biblique du peuple d'Israël
L'identité juive
L'exil de la parole. Du silence biblique au silence d'Auschwitz, Seuil, 1970, Paris. Moïse et la vocation juive, Seuil, 1977.
Et les morceaux choisis de toute l'œuvre d'André Neher : Un maillon
dans la chaîne, éd. du Septentrion, PUF, 1995. TRADUCTIONS DES LIVRES D'ANDRE NEHER Liste établie en mars 2003
David Gans (1541-1613) ou-zemano, mahschevet Israel veha-mahapekha ha-madait
shel ha-mea ha-shesh esre (David Gans (1541-1613), disciple du Maharal
de Prague, assistant de Tycho Brahe et de Jean Kepler) Korot am Israel be-or ha-mikra (Histoire biblique du peuple d'Israel),
avec Renée Neher Zehoutenou ha-yehoudit (L'identité juive) Nevouot ou-neviim (L'essence du prophétisme) Thorato shel ha-Maharal (Le puits de l'exil: la pensée du Maharal
de Prague)
Judische Identitet (L'identité juive).
Moses and the vocation of the jewish people (Mo?se et la vocation juive) The exile of the word. From the silence of the Bible to the silence
of Auschwitz. (L'exil de la parole, du silence biblique au silence d'Auschwitz) Jewish thought and the scientific revolution of the sixteenth century.
David Gans (1541-1613) and this times (David Gans (1541-1613), disciple
du Maharal de Prague, assistant de Tycho Brahe et de Jean Kepler) They made their souls anew (Ils ont refait leur âme)
Moises y la vocation judia (Moïse et la vocation juive) El exilio de la palabra. Del silencio biblico al silencio de Auschwitz
(L'exil de la parole, du silence biblique au silence d'Auschwitz)
Mose (Moïse et la vocation juive) L'esilio della parola, dal silenzio biblico al silenzio di Auschwitz
(L'exil de la parole, du silence biblique au silence d'Auschwitz) Chiavi per l'ebraismo (Clefs pour le judaïsme) Faust e il golem (Faust et le Maharal de Prague) Il pozzo del l'esilio (Le puits de l'exil) JAPONAIS : L'essence du prophétisme Moïse et la vocation juive L'exil de la parole parole, du silence biblique au silence d'Auschwitz
Het wezen van de profetie (L'essence du proph?tisme)
Clefs pour le judaïsme Ils ont refait leur âme
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Copyright Dufour |