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L'analyse d'un commentaire de
Rachi : Qora'h
Bamidbar (Les Nombres) 16, 1
Commentaire
par Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
http://modia.org
Je dédie cette étudie
aux si nombreuses personnes rencontrées en Israël ces jours-ci,
et qui vivent pour la première
fois dans le plus grand désarroi, jusqu'à en être malades,
devant le manque de conscience
des valeurs du judaïsme et de la terre d'Israël
qui est affiché par les
responsables.
Comme les études de chaque paracha, ceci est un exemple de l'essai
de compréhension de la Torah, avec toute la rigueur que cela suppose.
On n'atteint jamais la Torah par des raccourcis superficiels et faciles.
C'est la même chose envers les êtres humains. Si vous voulez
en savoir plus que la liste des 10 commandements et le commandement d'amour,
vous ne pourrez pas vous dispenser de l'étude longue et laborieuse.
Reportez-vous aux conseils
sur l'étude.
De plus c'est cela l'étude désintéressée
que a Torah nous demande : simplement pour la recevoir et rencontrer ainsi
le désir de D.ieu qui a voulu nous transmettre son message.
Voici le texte de la Torah :
vayiqqa'h Qora'h bén Yitshar bén Qéhate bén
Lévy
véDatane vaAvyram bné Éliav véOne bén
Péléte bné Réouvén
vayyaqoumou lifné Moshé vaanachim mibné Yisrael
'hamichim oumatayim
néssié éda qrié moéd aneché
chém
Et il prit, Qora'h, fils de Yits'har, fils de Qéhat, fils de
Lévi,
et Datane et Aviram fils d'Eliav, et One fils de Pélét,
descendants de Réouvén".
Ils s'avancèrent devant Moshé avec deux cent cinquante
des enfants d'Israël, princes de la communauté, membres des
réunions, personnages notables.
Voici le commentaire de Rachi, en traduction littérale pour
saisir les nuances :
Et il prit Vayiqa'h, Qora'h : cette paracha est bellement commentée
dans le Middrache de Ribbi Tan'houma.
Et il prit Vayiqa'h, Qora'h : Il prit lui-même vers le
côté autre pour être né'hlaq séparé
à l'intérieur de a communauté pour contester la fonction
de Cohen
et c'est ce qu'a traduit Onqélos : véitepélég,
il se sépara né'hlaq il se sépara du reste
de la communauté pour renforcer dans la querelle,
et c'est ainsi que l'on a
(Job 15, 12) : "pourquoi te laisses-tu emporter par ton coeur ?". Se
faire prendre en s'emportant pour que l'on se sépare du reste des
humains.
Autre chose (Davar a'her) . Et il prit Vayiqa'h,Qora'h.
Il a exercé une attirance sur les chefs des sanhédrins qui
étaient parmi eux, cela par des paroles, comme il est dit
(Bémidbar 20, 25) : "Prenez Aharone",
(Hochéâ 14, 3) : "Prenez avec vous des paroles".
Nous l'avons souvent dit : Rachi n'est pas un commentateur simple pour
enfants. C'est un maître complexe.
Si on l'enseigne aux enfants c'est qu'il est essentiel et qu'ils n'oublieront
jamais ce qu'ils ont su dans leur enfance.
Mais ce commentaire nous montre avec évidence qu'il est
complexe, codé, et que nous n'en comprenons pas le montage.
Nous avons donné, dans la paracha
Ki Tissa, 5 questions qu'il faut toujours se poser sur chaque commentaire
de Rachi pour parvenir à le comprendre. Les voici :
1. Sur quel problème Rachi a-t-il bûté pour
éprouver le besoin de l'éclaircir ? (cela n'est pas évident
à la seule lecture première du "Rachi"). C'est la
règle de "témia", étonnement. On dit alors
"tamoua !".
2. Par quelle voie apporte-t-il une solution à ce problème
? (Est-ce par un raisonnement, est-ce par un appui pris sur un verset,
ou sur un autre commentaire, ou sur la traduction d'Onqélos... ?
).
3. Quelles sont les sources sur lesquelles il s'appuie et qu'il
n'indique pas ?
4. Quel enseignement Rachi nous apporte-t-il par là ?
5. Donc, quelle erreur ou inversion de sens aurions-nous faite
sans l’aide de Rachi ?
1. Sur quel problème Rachi a-t-il bûté pour éprouver
le besoin de l'éclaircir ? Il faut obligatoirement s'étonner
sur le texte. Rachi ne nous le dit pas mais il faut le chercher à
travers le mot qu'il a prit soin de sélectionner pour l'analyser.
Un premier problème, c'est qu'on ne sait pas ce qu'a pris Qora'h,
le texte ne nous le dit pas.
Un second problème, il n'y a pas la particule éte
avant les noms qui suivent, ce qui aurait laissé entendre que la
chékhina était avec les personnages nommés
ensuite, comme nous le savons dès le premier verset de la Torah.
Un troisième problème, le mot "il prit Vayiqa'h",
a de multiples sens en hébreu. Il n'est pas précisé
dans la Torah de quel sens il s'agit ici.
Abordons la seconde question.
2. Par quelle voie apporte-t-il une solution à ce problème
?
Nous voyons que sa réponse comporte plusieurs séquences
différentes et juxtaposées. Isolons chacune par une lettre.
a) Et il prit Vayiqa'h, Qora'h : cette paracha est bellement
commentée dans le Middrache de Ribbi Tan'houma.
b) Et il prit Vayiqa'h, Qora'h : Il prit lui-même vers
le côté autre pour être né'hlaq séparé
à l'intérieur de a communauté pour contester la fonction
de Cohen
et c'est ce qu'a traduit Onqélos : véitepélég,
il se sépara né'hlaq il se sépara du reste
de la communauté pour renforcer dans la querelle,
et c'est ainsi que l'on a
(Job 15, 12) : "pourquoi te laisses-tu emporter par ton coeur ?". Se
faire prendre en s'emportant pour que l'on se sépare du reste des
humains.
c) Autre chose (Davar a'her) . Et il prit Vayiqa'h,Qora'h.
Il a exercé une attirance sur les chefs des sanhédrins qui
étaient parmi eux, cela par des paroles, comme il est dit
(Bémidbar 20, 25) : "Prenez Aharone",
(Hochéâ 14, 3) : "Prenez avec vous des paroles".
Nous nous trouvons maintenant devant plusieurs réponses de Rachi
sans en comprendre le sens.
Il nous faut connaître les règles de Rachi pour parvenir
à déchiffrer ce message. Sur le site Modia, on trouvera la
formation nécessaire pour les connaitre dans la
page de la formation à Rachi ou dans la page du Lév
Gompers.
Comme dans un enseignement de transmission orale de la tradition, nous
allons parcourir ces méandres pour déchiffrer le message
de Rachi et, donc, le message de la Torah.
Plus de 100 fois, Rachi utilise ce terme de yafé "beau"
dans son commentaire du Tanakh, la Bible entière, il est donc très
sensible à la beauté ; mais, me semble-t-il, c'est le seul
endroit où il applique ce terme à un commentaire.
Le Réem, un de ses principaux
commentateurs, nous donne une clef : cela veut dire que Rachi est entièrement
satisfait de la compréhension du sens littéral, le pchate,
tel que le fournit le Tan'houma et qu'il n'a pas besoin de faire le
travail à sa place.
Nous sommes bien dans les questions 3 à 5 ; mais, pourtant,
cette remarque du Réem ne nous éclaire pas sur le fait que
Rachi éprouve le besoin de fournir d'autres explications, ni pourquoi
il choisit dans ce qu'il rapporte. Et, même dans sa première
réponse il y a plusieurs points différents. Pourquoi alors
cite-t'il Onqélos ?
On le voit une fois de plus, la Torah ne se livre qu'à ceux
qui veulent bien travailler durement avec elle. Ceux qui ne cherchent qu'une
philosophie générale ne recevront pas son messages ni ses
dons.
Avant tout, sans quoi notre étude serait vaine, nous devons connaître
les sens multiples du verbe laqa'h. En effet, Rachi les connaît
bien et ne prend pas la peine de nous les indiquer mais c'est par rapport
à eux que son commentaire fera ses choix. Voyons-les.
1) D'abord, il y a le sens de prendre concrètement dans sa main
ou dans sa possession morale, comme dans Dévarim 31, 26 (allez lire
le contexte) : il prit le livre de cette Torah.
2) Le second sens est "prendre femme". Cela se dit aussi en français.
Voyez Béréchite 28, 6.
3) le troisième sens insiste sur l'objet possédé
et sur le changement de propriétaire. Cela correspond au passif
nilqa'h. Etre pris, en hébreu, peut aussi signifier "être
emporté par la mort". Se prendre soi-même, c'est s'emporter,
hitlaqéa'h.
4 Le quatrième sens est "prendre connaissance" comme dans les
Proverbes 21, 11. Egalement, prendre morale, tirer une leçon. L'oreille
prend, elle comprend.
On parle aussi de "prendre volonté" (Rois 2, 13), prendre vengeance
(Isaïe 47, 3), prendre coeur ou saisir le coeur (Hochéa 4,
11). Prendre le coeur de quelqu'un, c'est le séduire, le "prendre
par les paupières".
Prendre des paroles avec quelqu'un, c'est en devenir proche ou complice.
Prendre corde ou bandeau avec quelqu'un, c'est s'associer à lui,
laqa'h 'hévél bé. On "prend torah de quelqu'un",
on étudie auprès de lui.
On dit aussi qu'un feu prend ou une querelle. Renforcer se dit prendre
force.
Rachi connait le jeu de tous ces sens en hébreu et, donc,
il s'interroge à juste titre sur le sens exact de ce mot qui est
mis en tête de toute la paracha. Maintenant nous avons tous les éléments
pour comprendre les réponses de Rachi et ce qu'il fait du commentaire
du Tan'houma. Si nous allons jusque là, nous aurons "étudié
un Rachi".
Reportons-nous donc au Middrache Tan'houma puisque Rachi nous le demande.
Voici ce qu'il dit. Etudions avec lui pour découvrir ses choix puis
leur sens. A ce niveau, je laisserai le lecteur tirer ses conclusions.
Tan'houma (abrégé) :
"1) il prit Vayiqa'h,Qora'h. C'est ce qu'il est écrit
: "un frère infidèle est pire qu'une ville forte, les disputes,
que les verrous d'un chateau-fort" (Proverbes 18, 19)... C'est Qora'h qui
a divisé et contesté contre Moché...
2) il prit Vayiqa'h. Il n'y a pas de "il prit" si ce n'est
de l'attraction par des paroles doucereuses, et il attira tous les grands
d'ISraël et des autres tribunaux de sanhédrines. Et de Moché
il est dit : Et il prit Moché et Aharone de ces gens (Bémidbar
1, 17). Et prenez avec vous des paroles et revenez (Hochéâ
14, 3). Et la femme fut prise dans la maison de Pharaon (Béréchite
12, 15). Et Qoraéh saisit leur coeur par des paroles douces.
3) Il prit Vayiqa'h,Qora'h. Par quoi a-t-il créé
la division . Par Elitsafane...
Donc, maintenant, votre véritable réflexion personnelle
commence :
- pourquoi Rachi a-t-il ainsi présenté le Tan'houma ?
- pourquoi a-t-il apporté des différences en le citant
?
- quel est le sens de ces modifications .
- à quel problème qu'il s'est lui-même posé
a-t-il pensé que sa référence au Tan'houma apportait
une réponse ? et en présentant ainsi le Tan'houma ?
C'est cela la méthode traditionnelle d'étude d'un commentaire
de Rachi. Elle demande ces étapes et ce recours aux sources.
Hachém ôz lé âmo yitén,
Hachém yévarékh éte âmo vachalom
Hachém donnera la force à Son peuple,
Hachém bénira Son peuple par Sa vraie paix.
Amén vé Amén
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