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32e Paracha : Behar
"Au mont"
Vayiqra 25, 1 - 26, 2
Commentaire basé sur les
livres de nos Sages
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
Site Modia : http//:www.modia.org
© Les textes de
Modia sont mis gratuitement à votre disposition par l'auteur, selon
la mitsva obligatoire pour tout Juif qui est d'étudier et d'enseigner
simultanément. Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces
textes pour l'étude personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement.
Bien entendu, selon la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur
ni l'adresse du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien
vers ces textes sans les capter. Chacun pourra ainsi accomplir la mitsva
: véchinnantam lé vanéikha (et tu l'enseigneras à
tes enfants) et l'autre mitsva : védibbarta bam (et tu leur parleras
dans les mots de la Torah. Dévarim 6, 7).
Voyez les règles
du Copyright.
Ne pas oublier que, sur
votre version imprimée ou polycopiée, vous perdez tous les
liens qui renvoient aux autres textes de Modia. Or, ils sont indispensables
dans l'étude.
Klal oufrate, Aimer en principes et aimer en
faits
Plan
Phases dans la méthode d'étude
Première étape de l’étude : les mitsvotes
et le sens global de la paracha
Deuxième étape de l’étude : l'analyse
par la méthode de Rachi
Comment tirer du texte une question
La méthode de Rachi
La règle de klal oufrate
L'enseignement de Rachi
Que veut nous dire Rachi à propos du mont Sinaï
?
Troisième étape de l’étude
De l'étude à la prière
La morale du particulier et du général.
Une réalité particulière
Chacun manque à Israël
Rappel d'intégration
Une autre approche du même enseignement :
Poème
sur le thème de la paracha
Conte sur
le thème de la paracha
Tout sur la chémita |
Audition de la
paracha (Ort) : askénaze
Audition de la
paracha (Alliance) : sépharade
Audition de la
haftara (Ort ) : askénaze
Le site vous apporte beaucoup, faites-le connaître, ce sera aimer
notre peuple. Vous diffuserez ainsi la Torah. C'est une mitsva obligatoire
: enseigner ce que l'on sait. |
Phases dans la méthode d'étude
Nous allons progresser selon les 4 étapes de la méthode
traditionnelle que nous avons adoptée jusqu'ici :
- comprendre l’apparence du sujet et les mitsvotes qui y sont données
en les situant dans le sens qui se déploie de paracha en paracha,
- puis entrer dans la précision du pchate avec Rachi,
- découvrir alors l’intériorité et la luminosité
de la Torah vivante,
- comprendre notre place dans cette vie et ce qui régule la
dévéqoute
(présence d’adhésion) avec
Hachém dans l’existence,
dans l’étude et dans la prière.
Première étape de l’étude : les mitsvotes et
le sens global de la paracha
La paracha comporte les mitsvotes 326 à 349 qui concernent d’abord
l’année de chemita
(mise en jachère) concernant les particularités du repos
de la terre tous les 7 ans, mises en relation avec le travail de l’homme.
Il est clair que nous ne sommes pas ici dans un problème écologique
mais dans l’extension de la sainteté dont nous nous avons
découvert la mise en œuvre progressive chez le Cohen Gadol
(le Grand Prêtre) puis chez chaque membre du peuple.
Maintenant cette sainteté s'étend aux dimensions du
travail, des relations sociales de production et de commerce.
C'est qu'une régulation relie l’espace de la terre au
rythme du temps, selon le rythme plein de 50 divisé en sept
semaines ; c’est le prolongement général du déploiement
de la sainteté par le travail de l’homme tel que nous l’avons
vu dans la pérode du Ômér.
Le Chla souligne que l’objectif est la sainteté : véqiddachtém
éte chenate ha’hamichim, "vous sanctifierez l’année
50... en proclamant liberté dans la terre pour tous ceux qui l’habitent"
(Vayiqra 25, 10).
| Nous pouvons ainsi parler d’une gestion et d’une administration
sociale de la sainteté dans les rapports du travail : |
- dans les transactions commerciales (25, 14 ; mitsvotes 337-338),
- dans la vente de la terre conformément à sa dignité,
- dans l’interdiction de prêt à intérêt envers
ses compatriotes (25, 37 ; mitsva 343),
- dans les relations entre employeurs et employés (25, 39-53
; mitsvotes 344-348).
Et, si l’on a bien compris qu’en tout ce respect de l’homme, il s’agit
de respect envers celui qui est fait à l’image et à la ressemblance
du Créateur, si le visage de l’homme est vu dans cette lumière
; alors, la dernière mitsva s’impose de soi-même : "ne pas
mettre de pierre symbolique (évén machkite) dans votre
pays pour vous prosterner devant elle, car Je suis Hachém
votre Eloqim" (26, 1-2 ; mitsva 349).
Note: apprendre l'hébreu de la Torah avec toutes ces traductions. C'est aussi le bon hébreu courant.
Deuxième étape de l’étude : l'analyse par la
méthode de Rachi
1. Rachi cherche le sens dans une particularité du texte :
il fait remarquer qu’une phrase se trouve avant tous les sujets que nous
venons de présenter ; la paracha commence par ces mots :
vayédabbér Hachém él Moshé behar
Sinaï... "Et Hachém parla à Moshé
au mont Sinaï".
2. Rachi nous montre alors comment tirer du texte une question puis
un enseignement :
- "ma ignane chémita étsél har Sinaï ?
quel
est le rapport entre le mont Sinaï et l’année de chemita ?
- vahalo kol hammitsvotes néémérou missinaï
? car toutes les mitsvotes ne sont-elles pas dites au Sinaï ?
- élla ma chémita néémérou kélalotéya
vé diqdouqéya missinaï.Mais c’est pour nous dire
que l’année de Chemita a été dite comme la paracha
le décrit avec ses règles générales et toutes
ses prescriptions détaillées et particulières au Sinaï,
- af koulane néémérou kélalotéhéne
védiqdouqéhéne missinaï, et que, donc également,
tout le reste qui a été dit au Sinaï l’a été
dans ses prescriptions générales et dans les moindres détails,
- kakh chénouya béTorate Cohanim, ainsi que nous
l’explique la Torate Cohanim".
Reportons nous-donc au middrache de Torate Cohanim.
Nous savons qu'il est indispensable de nous reporter toujours aux sources
de Rachi. Nous constatons alors qu'il recopie le texte en y insérant
une seule modification.
Rachi a ajouté un seul mot oufirtotéiya "toutes
ses prescriptions détaillées et particulières".
Nous savons que c’est la méthode de Rachi : il fait passer
l’essentiel de la mise en valeur de son message par une modification
qu’il apporte souvent dans la transcription de sa source qui est souvent
un middrache, en choisissant celui qui exprime au mieux ce qu’il veut nous
dire du
pchate.
Il n'est pas possible d'apprendre ce que dit la Torah sans suivre les
étapes que nous présentons ici ; la Torah ne se livre donc
qu'à ceux qui suivent une formation. C'est possible.
La règle de klal oufrate
Rachi nous enseigne ici une règle d’interprétation de
la Torah qui est la cinquième des 7 règles de Hillel, celle
de klal oufrate qui sera développée dans les règles
7 à 11 de Ribbi Yichmaél et particulièrement dans
la 8e règle. Que l’on se reporte au chapitre 11 du Lév Gompers
inséré sur le site (lien ici et pages suivantes) pour bien comprendre ces règles essentielles dans la lecture de
la Torah.
Voici les mots de cette huitième règle de kélal
oufrate qui doit être bien importante pour qu'on la lise chaque
matin dans le rituel sépharade parmi les 13 middotes ou
règles d'interprétation, juste avant le premier qaddiche
:
vékhol davar chéhaya bikhlal, véyatsa min ha
kélal lélamméd, lo lélamméd âl
âtsmo yatsa, élla lélamméd âl hakkelal
koulo yatsa.
Traduisons :
"toute chose qui est dans la règle générale et
qui est donnée séparément comme enseignement, ne vient
pas enseigner sur soi-même, mais elle enseigne sur toute la règle
dont elle semble sortie".
Pour simplifier, prenons un exemple imaginaire ; si on disait d'un
réglement : "il s'appliquera à tous les Juifs et à
ceux qui ont les cheveux roux" ; la généralité (kélal)
est "tous les juifs", et le particulier (pérate) est "ceux
qui ont les cheveux roux". La règle kélal oufrateest
que, lorsqu'on a une généralité suivie d'un cas spécifique,
celui-ci ne s'y ajoute pas puisqu'il était déjà inclus
; son rôle est de dire que la généralité doit
être comprise uniquement à partir de ce cas particulier ;
dans notre exemple, cela veut dire que ce réglement s'applique uniquement
à tous les Juifs qui ont les cheveux roux. Donc, tout ce qu'on
nous enseigne sur ce cas particulier, nous est enseigné envers l'ensemble
des cas ; c'est cela seulement la règle générale,
cette généralisation du particulier.
Examinons cette règle dans les sources .
Premier exemple :
en Vayiqra, Lévitique 1, 2, il est dit :
adame ki yakriv... mine habbéhéma, mine habbaqar ou
mine hattsone
"si quelqu'un d'entre vous veut offrir une offrande de bétail
(kélal, général), c'est une offrande de gros
ou petit bétail (pérate, spécifique : seuls
le gros et le petit bétail seront la prescription de la Torah).
Le verset de la Torah cite d'abord ce qui est commun aux différents
cas (le kélal), avant de nommer ce qui est spécifique,
le pérate. En ce cas, les détails nommés en
dernier constitueront la seule règle et ne sont pas considérés
comme une illustration de la règle générale.
Deuxième exemple :
allez l'analyser en Dévarim, Deutéronome 22, 12.
Troisième exemple :
dans Baba Qama, page 54a, les lignes 3 et 4 donnent et l'exemple
et la règle :
éima vénafal kélal... chor vé'hamor
pérate... klal ou prate éïn bikhlal élla ma ché
bifrate
peut-on dire que "et tombe", c'est la régle générale
du kélal, que "taureau et âne" c'est le spécifique
du
pérate, et que dans la règle du kélal
et du pérate, il n'y a rien de plus à retenir du général
que ce qui est dit dans le spécifique ?
Quatrième à sixième exemples :
analyser les pages 54b et 62b du traité Baba Qama ou la page
85a, où les deux termes sont plus éloignés : jamais
on n'applique la règle si les deux termes du général
et du spécifique ne sont pas dans le même verset).
En esprits cartésiens français, vous pourriez dire : il
eut été plus efficace de le dire directement car "ce que
l'on conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le
dire arrivent aisément".
Erreur ; car ceux qui voient toujours des évidences devraient
avoir l'attention attirée par le fait que ce phénomène
insolite apporte quelque chose qu'ils n'ont pas vus. Mais les gens assurés
dans leurs opinions n'ont pas cette intelligence de la recherche. Le Juif
doit être un chercheur, et un chercheur continu.
| L'apport de ce procédé est que ce n'est pas la masse
ni la généralité ni la règle qui ont raison
; elles doivent exister mais en se soumettant au cas particulier. Cela
est l'introduction de la morale dans la vie sociale. L'enseignement est
immense, sous l'apparence d'une règle de linguistique et d'interprétation
de textes. |
Voilà pourquoi l'intelligence juive et l'apport de la morale
au monde ont toujours été de pair, et voilà pourquoi
les Juifs ont toujours été contestataires des pouvoirs totalitaires.
Lien des niveaux
1. Tout Juif qui prie en lisant ces 13 règles d'interprétations
nommées middotes, sait bien que cela correspond aux 13 caractéristiques
du comportement de Hachém qui ont ce même nom de middotes
(lisez-les
en Chémote 34, 6-7).
2. Ainsi la pensée, l'acte et la nature même de l'être
sont dans une cohérence qui ordonnent l'ensemble du monde. Voilà
la grandeur de l'étude juive, pour celui qui est prêt à
poser son orgueil intellectuel et à étudier pour connaître
la tradition.
3. Connaître ces règles précises comme les bases
d'une rigueur nécessaire, puis insérer cet exercice intellectuel
dans l'étude de la Torah ou de la Guémara, enfin, insérer
ces exercices dans la prière situe l'ensemble de notre être
dans une même cohérence qui est celle de notre ressemblance
avec le Créateur, avec sa vie diffusée (bérakha)
et ses modes de vie (middotes).
4. Les Sages, dans Péri Ets 'Hayim, expriment cela en
disant que la généralité kélal
est l'ensemble de la Torah (Tiféréte) et que le pérate
est
sa concrétisation limitée mais affermie (malkhoute).
5. Même si nous ne parvenons pas à être conscients
de cette cohérence, notre intention a priori de vivre selon la Torah
fait exister cette cohérence et diffuser la vie qu'elle porte.
Le judaïsme peut sembler compliqué, mais c'est la vie qui
est complexe et nous acceptons cette complexité dans tous les domaines
(sciences, affaires, amour, affection, santé, psychologie...) ;
il est normal que nous acceptions également la complexité
dans la vie intérieure de la réalité qu'est
le judaïsme.
Revenons à l'enseignement de Rachi
Une seconde question se pose à nous : que veut donc nous
dire Rachi à partir de là à propos du mont Sinaï
?
Ceci : "derrière cette question "particulière" de la
chemita
(la
mise en jachère de la terre chaque 7e année pour qu'elle
ait aussi son chabbate), la Torah -ici même en ce verset- vous révèle,
par cet exemple, une règle d'interprétation vous permettant
de comprendre toute la Torah. Vous avez donc ici l'enseignement d'une clef
importante pour comprendre toute la Torah".
Voici la démonstration.
1) nous avons ici l’indication insolite qu’une prescription particulière
(la chemita) est indiquée ici comme étant donnée
au Sinaï et avec précision des détails. Appelons ce
fait, un "cas particulier", nommé prate dans la règle.
2) or, nous avons, dans la dernière phrase du livre de Vayiqra
(27, 34) l’indication "générale" que toutes ces mitsvotes
ont été données au Sinaï :
éllé hammitsvote achér tsiva Hachém
éte-Moché él-béné Yisraél béhar
Sinaï.
3) Puisque la Torah ne répète jamais des choses sans
une nouvelle raison (autre règle), c'est donc qu'elle nous donne
ici un enseignement supplémentaire.
Nous allons trouver cet enseignement puisque nous connaissons le principe
: "quand il y a une règle générale et qu’un cas particulier
est donné concernant cette même règle générale,
le
cas particulier est la forme optimale selon laquelle il faut comprendre
toute la règle générale et il n’en est pas une exception".
Ainsi, dans le cas présent,
1. la règle générale dite à la fin du livre
précise seulement que toutes les mitsvotes ont été
données au Sinaï,
2. mais le cas particulier de cette règle générale
indiqué au début de la paracha, nous dit (de la chemita)
qu’elle a été donnée à Moché avec
ces grandes lignes et avec ses plus petits détails que la Torah
décrit longuement,
3. ainsi, donc, nous pouvons tirer la conclusion que Moché a
reçu au Sinaï toutes les mitsvotes sans exceptions dans
leur lignes générales (comme on aurait pu le comprendre de
la fin du livre), mais aussi dans les plus petits détails de réalisation
et du sens.
Hillél appelle cela la règle de kélal ouferate
(général
et particulier). Et Ribbi Né'hounia, le maître de Ribbi Yichmaél,
a interprété toute la Torah selon cette méthode, et
le lui a transmis. C'est ce qui fait à la fois l'élévation
de son enseignement et sa concrétisation, ce qui a valu de le prendre
comme modèle pendant la période du Ômér comme
nous l'y décrivons.
Evidemment, cela change le regard que nous avons sur la Torah, sur
les mitsvotes et sur leur réalisation jusque dans les détails
que de savoir maintenant
- qu'elles ont une cohérence dans les détails,
- que cela a été enseigné à Moché
rabbénou (notre maître),
- que cet enseignement est parvenu jusqu'à nous dans la chaîne
de l'enseignement,
- que nous sommes chacun un maillon de transmission, de compréhension
et de réalisation,
- que nous avons encore beaucoup à étudier.
Troisième étape de l’étude
Rachi est reconnu par toutes les communautés juives de toutes
les époques comme le plus grand pédagogue juif. Qui ne verrait
dans Rachi qu’un grammairien, assidu de précisions factuelles
et de règles n’aurait pas compris du tout cette méthode capitale:
- il faut passer par la rigueur de la méthode dans l'étude
- pour parvenir au sens et à la vie.
Ce lecteur n'aurait pas compris ce que le dit le Chla : Rachi
ne parle que dans le Roua’h haqqodéche (l'esprit divin),
et toujours ; son message n’est donc pas seulement une précision
de grammaire ou de vocabulaire ou de dictionnaire.
La rigueur de la Torah est exactement comme la précision d’une
clef :
- si vous ne possédez pas la clef correspondant avec la plus
grande précision ) la serrure vous ne pourrez pas entrer ;
- pour une pièce sans importance, si la clef est imprécise
vous parviendrez à entrer car on n’y a fixé qu’une serrure
grossière;
- par contre,
pour le trésor, seule la clef précise
et unique ouvrira, et qui ne l’a pas n’ouvrira pas ; ainsi de la Torah,
le Rav Guikatilia y revient constamment dans ses livres et dès l’introduction
de Chaâréi Ora.
De l'étude à la prière
On pressent bien maintenant pour quel motif gigantesque ouvert par Rachi,
ces règles de Ribbi Yichmaél sont placées dans la
prière du matin, cha’harite : lors de la phase préparatoire,
dans la montée progressive, après le service de l’encens
et après les sacrifices (qorbanotes) ; cette étape
est juste avant d’atteindre la taille d’homme selon la prescription de
Yéhouda bén Téima en 4 dimensions et avec un lévav
chalém (un cœur complet) ; cela permet d’accéder au premier
qaddiche
qui fait monter tout ce travail accompli par le peuple en prière
vers un second niveau, celui de louange et union (
hodou, baroukh ché
amar,
etc.).
Donc, dans cette étude précise de Rachi et de la tradition
que certains antisémites ignorants appellent encore des "arguties
talmudiques", nous ne sommes pas dans la révision de la grammaire
ni dans des études linguistiques universitaires, mais nous sommes
dans l’union de la prière et de la vie. C'est par l'attention
au détail que l'union se réalise
Maintenant, avec ces aides fournies par Rachi, Hillél et
Ribbi Yichmaél, par le souci des anechéi
khnésséte hagguédola qui ont placé
là cette règle dans la prière du matin, nous comprenons
cette morale juive du lien du particulier et du général.
La morale du particulier et du général.
Les Sages, sur ce thème, ont souvent médité en
ce sens :
- la règle générale (le kélal) représente
la volonté générale de Haqqaddoche baroukh Hou
de faire descendre Sa Torah par l’intermédiaire de son peuple composé
de gens qui étudient Sa Torah (revoir Péri Ets 'Hayim);
- la seconde partie, "ce qui sort de la règle, le cas particulier
(le pérate), concerne la réalisation effective ici
bas de ce désir de Hachém et du nôtre.
Cela est de l’ordre des 2 étapes du verset que nous récitons
avant chaque âmida :
séfataï tifta’h oufi yaguid téhilatékha
HachémToi tu ouvriras mes lèvres (phase 1 de la
source générale),
et ma langue dira Ta louange (phase 2).
Et ce détail précis et modeste de réalisation,
également dans l'étude, dans la prière ou dans l'action,
nous enseigne sur l’amour général et immense qu’est la vie
de la Torah (kélal) que Hachém veut nous communiquer.
Et cela nous enseigne que c’est la même chose en toutes les
mitsvotes et en chacune.
Voilà les portes que nous ouvre Rachi,
voilà ce qu’est
"un Rachi".
Et il nous dit : ce sont les règles de l’étude et de
la halakha pour aller dans cette rencontre à laquelle
Hachém
nous invite et qu'Il nous révèle dans le concret le plus
précis de l'existence et des relations humaines.
Chaque individu doit y être entendu, respecté,
mis en valeur, sinon le kélal, tout l'ensemble, se détruit
ipso facto ; le créateur lui-même dont nous sommes image serait,
si l'on peut dire, également atteint.
Relisons maintenant la phrase avec tous ces arrières plans dans
notre écoute intérieure :
vékhol davar ché haya bikhlal véyatsa mine
hakkelal lélamméd, lo lélamméd âl âtsmo
yatsa, élla lélamméd âl hakkelal koulo yatsa.
"toute chose qui est dans la règle générale et
qui est donnée séparément comme enseignement, ne vient
pas enseigner sur le petit cas particulier, mais elle devient toute la
règle et elle nous enseigne sur l'ensemble dont elle paraît
être sortie".
Une fois que nous avons compris cela, chacun des mots de cette règle
d'étude devient, par ses implications, aussi beau que chacun des
mots du lekha dodi. C'est la condition de réalisation de
la Torah, cette mise en valeur de chacun, de chaque particulier.
Merveille que cette Torah, d'autant que nous réalisons n'avoir
touché qu'à ces si simples et premiers mots de la paracha
: vayédabbér hachém él Moshé béhar
sinaï.
Quelle prière peut exprimer cette beauté ? Seulement
celle du matin rédigée par nos Sages qui savent comment nous
porter à la hauteur de cette symphonie.
Commentaire personnel. Chacun manque à Israël
En effet, chacun peut exprimer à sa façon unique le grand
plan de bonheur prévu par le Créateur, puisqu’il est dit
après la phrase commentée ici : lémor (pour
le dire), .
Ceux de notre peuple qui accordent une valeur à cette Torah
(phase nommée kélal) et qui ont le privilège
de la connaître viennent donc la vivre là concrètement
où il est prescrit de la vivre de façon optimale dans la
réalité concrète (phase nommée
pérate).
Ils pourront y améliorer le kélal par leur particularité.
Si ce particulier manque, il manque à tout notre peuple, et c'est
l'ensemble qui est malade.
La vie est parfois très dure en Israël, beaucoup y sont
profondément blessés par l'écart qu'ils ressentent
entre leur attente, leur idéal et la réalité quotidienne.
Les critiques sont justifiées et faciles.
Mais, si chaque particulier plein d'idéal venait y apporter
la note de beauté que lui seul porte dans le monde, il nous serait
moins difficile de faire face à toutes ces tâches. Sans eux,
nous le faisons si mal.
Il est dit : si ton frère s'écroule
sous son fardeau, tu ne dois pas rester indifférent mais tu dois
venir l'aider. Le verset 25, 35 impose cette mitsva :
vékhi- yamoukh a'hikha ou mata yado îmakh, véhé'hézaqta
bo guér vé tochav va'haï îmakh
"si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler
sa fortune, soutiens-le... et qu'il vive avec toi".
Dans cette perspective de l'attention à autrui dans les relations
concrètes de l'existence quotidienne sur cette terre que le Créateur
nous donne, Israël n'est pas un pays de vacances, ni de rêves,
ni de retraite, mais notre pays d'Israël est un lieu où
chacun devrait manquer aux autres quand il n'y est pas ; et manquer à
soi-même.
Un lieu où celui qui n'y est pas, serait conscient de ce
qu'il y appauvrit l'expression humaine et divine du lieu par son absence.
Chaque Juif qui a un idéal d'éducation, de vie sociale,
manque à Israël s'il ne vient pas y apporter cet idéal
pour améliorer le pays qui en a bien besoin.
Chaque Juif qui aime Israël et cette terre de notre héritage,
de nos valeurs, ce sanctuaire mondial de bénédictions manque
à Israël quand une part lutte sur place pour liquider cette
entité et son identité.
Nos prisonniers nous manquent aussi, chaque jour nous comptons un jour
de leur peine avec eux, chaque jour sur la page d'accueil de Modia et dans
nos coeurs.
Nous manquent aussi ces enfants juifs arrachés à leur
peuple contre leur volonté (voyez "Enfants martyrs" en page d'accueil)?
Mais nous n'oublions pas non plus tous ces adultes détournés
de leur peuple pendant la Choa après leur avoir sauvé la
vie et qui n'ont pas été rendu à leur peuple ; nous
en connaissons beaucoup qui vivent dans les diverses Eglises, et connaissent
maintenant leur origine juive, souffrent en silence mais ne se sentent
pas capables de modifier leur vie à leur âge.
Le problème est le même avec les conversions forcées
et nombreuses qui se sont produites dans l'Islam depuis des siècles.
Et aussi ceux qui ont fuit l'Espagne et n'ont eu de possibilité
que de devenir des "nouveaux catholiques" pour survivre puis se sont assimilés
; ils sont des millions en Espagne, en France ou au Québec,
gardant encore une coutume particulière qui est le reste transmis
de l'identité. Et les descendants, libérés aujourd'hui
des persécutions et informés sur l'histoire, découvrent
en leur coeur cette identité originale qui les travaille. Il n'est
pas de semaine où ne m'arrivent de ces lettres souvent douloureuses,
souvent émerveillées de l'un de ces Juifs qui semblaient
perdus et , par un détail (pérate), ont retrouvé
le poteau indicateur qui les ramène à leur source . Détail
d'amour indéfectible.
C'est aussi le sens de la présence sur Modia de pages où
nous voulons découvrir les
différentes communautés avec le même amour de leurs
maîtres, de leurs traditions, de leurs cultures, de leurs accents,
de leur façon de mettre en valeur la Torah dans leurs chants, de
leurs noms. A égalité de respect, de connaissance.
La Torah est à connaître dans chacune de ses lettres.
Chacune est nécessaire et si une seule manque, un rouleau de Torah
n'est plus cachér et il ne peut plus être utilisé car
il ne transmet plus la Torah dans son intégrité de vie.
La Torah est à connaître dans chaque des richesses de
sa terre inaliénable.
La Torah est à connaître dans chacune des composantes
de son peuple.
Texte-terre-peuple sont les trois dimensions de la même identité
juive dont chacune n'est vraie que dans le détail connu, respecté,
aimé, partagé, aidé réellement.
On est encore loin du compte dans la tâche à accomplir.
Les Principes des Pères (Pirqé avotes) que nous lisons
chaque chabbatependant ces semaines du Ômér, nous disent :
"il ne t'est pas demandé de terminer la tâche, mais il t'est
demandé de ne pas t'en dispenser".
Commencer, c'est d'abord enseigner aux enfants que "la réussite"
ne sera pas la quantité d'argent dont ils parviendront à
se glorifier dans la société ni dans la communauté.
"Mon fils a réussi" (- il est riche d'argent ! mais le reste ?-
je ne vois pas de quoi vous parlez).
Le compte joint à ce commentaire nous apprend à balayer
les faux prétextes.
Le Chla, après avoir attiré l'attention sur les mitsvotes
et sur les sens les plus élevés en arrive à ces conclusions
morales de l'attention concrète à autrui dans la réalité.
Sans cela, tout est vent et mensonge. Et les enfants ne sont pas dupes
quand ils atteignent l'âge où ils recherchent leur idéal
et jugent les adultes. La haftara de la paracha suivante, Bé'houqotaï,
exigera cette cohérence et nous éclairera sur le bonheur
qui en découlera si nous avons le courage terrible d'opter pour
cette voie et non pas de jouer un double jeu ; le prophète est explicite
dans sa démonstration (Jérémie 16, 19 - 17, 14).
On comprend alors que notre paracha se termine par : lo taâssou
lakhém élilim, "ne vous faites pas pour vous des faux
dieux". Cela veut dire : ne vous racontez pas des histoires, en faisant
de Moi et de Ma Torah des mensonges trafiqués. Ne pas respecter
autrui, c'est porter atteinte au Créateur en cette image de Lui
qu'est l'homme.
Et percevons bien que le prophète dit cela aux Juifs qui vivent
sur la terre d'Israël, et non pas seulement à ceux qui sont
encore à l'extérieur.
Que l'on me permette ces mots chargés d'exigence, qui m'impliquent
d'abord personnellement. Ils sont dits aussi par quelqu'un qui travaille
dans les difficultés sociales et psychologiques d'Israël,
qui y est témoin de tant de tragédies et violences sociales
ou familiales, où les pauvres sont souvent abandonnés,
humiliés. Israël est aujourd'hui l'un des pays avec les écarts
les plus importants dans les rémunérations entre les pauvres
et les riches, le Président de la Knesset vient encore de le rappeler.
C'est la preuve d'une faute éducative collective. Ne me dites pas
: "il ne faut pas dire ces choses-là", car c'est à la Torah
que vous demanderiez de supprimer de nombreux versets.
La Torah et Rachi nous donnent les clefs pour refaire le monde, en
ce livre de Vayiqra : étudiez auprès de nos Sages, pour comprendre
cette Torah de vie dans le concret et dans le particulier : travaillez
les middotes. La période
du Ômer est ce travail dans le particulier.
Les améliorer modestement et concrètement, c'est rénover
le monde. Car, Lui, Il ne nous abandonne pas le gardien d'Israël.
Rappel d'intégration
- apprendre l'hébreu et sa traduction dans cette étude.
- formuler précisément les interrogations personnelles
qui surgissent de cette étude.
- relire la paracha dans cet axe.
- transmettre à qui a moins étudié.
- échanger avec les proches sur tout cela.
Pour approfondir les méthodes
de Rachi
Pour approfondir les pédagogies
de l'amour dans la Torah
Vocabulaire du particulier et du
général
1)
- un individu, une unité, un détail : ya'hid,
pérate
- des détails : pératim, pratim
- et particulièrement, et spécialement : bifrate
- les petits détails : praté pratim
- dans tous ses détails : lé khol pratav
- le protocole (d'une réunion) : praté-kol
- la petite monnaie : péréte
- le détail (des communications téléphoniques)
: ha péroute
- (le domaine) privé : prati
2)
- une globalité complexe, une collectivité, un total,
un public, une règle générale : kélal
- complètement : kélal
- une règle importante : kélal gadol
- nettement et totalement : bikhlal
- c'est la règle : zé ha kélal
- exception, exceptionnel : yotsé mine ha kélal
- il n'y a pas de règle sans exception : éïne
klal ché éïne bo yotsé mine ha kélal
- la chose publique, l'intérêt général :
ignané
ha kélal
- tous les Juifs : kélal Yisrael
- général (adjectif, comme Directeur général,
assemblée générale) : klali
Un poème : nous ne sommes que psaume
multiple
Un conte
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