32e Paracha : Behar - "Au mont"
Vayiqra 25, 1 - 26, 2
Klal oufrate, Aimer en principes et aimer
en faits
|
Plan
Phases dans la méthode d'étude
Première étape de l’étude
: les mitsvotes et le sens global de la paracha
Deuxième étape de l’étude
: l'analyse par la méthode de Rachi
Comment tirer du texte une question
La méthode de Rachi
La règle de klal oufrate
L'enseignement de Rachi
Que veut nous dire Rachi à propos du
mont Sinaï ?
Troisième étape de l’étude
De l'étude à la prière
La morale du particulier et du général.
Une réalité particulière
Chacun manque à Israël
Rappel d'intégration
Une autre approche du même enseignement :
Poème
sur le thème de la paracha
Conte
sur le thème de la paracha
Tout sur la chémita
|
Le site vous apporte beaucoup, faites-le connaître,
ce sera aimer notre peuple. Vous diffuserez ainsi la Torah. C'est
une mitsva obligatoire : enseigner ce que l'on sait.
|
Phases dans la méthode d'étude
Nous allons progresser selon les 4 étapes de la méthode
traditionnelle que nous avons adoptée jusqu'ici :
- comprendre l’apparence du sujet et les mitsvotes qui y sont données
en les situant dans le sens qui se déploie de paracha en paracha,
- puis entrer dans la précision du pchate avec Rachi,
- découvrir alors l’intériorité et la luminosité
de la Torah vivante,
- comprendre notre place dans cette vie et ce qui régule la dévéqoute
(présence d’adhésion) avec Hachém dans l’existence,
dans l’étude et dans la prière.
Première étape de l’étude
: les mitsvotes et le sens global de la paracha
La paracha comporte les mitsvotes 326 à 349 qui concernent d’abord
l’année de chemita
(mise en jachère) concernant les particularités du repos
de la terre tous les 7 ans, mises en relation avec le travail de l’homme.
Il est clair que nous ne sommes pas ici dans un problème écologique
mais dans l’extension de la sainteté dont nous nous avons découvert
la mise en œuvre progressive chez le Cohen Gadol (le Grand Prêtre)
puis chez chaque membre du peuple.
Maintenant cette sainteté s'étend aux dimensions du travail,
des relations sociales de production et de commerce.
C'est qu'une régulation relie l’espace de la terre au rythme
du temps, selon le rythme plein de 50 divisé en sept semaines
; c’est le prolongement général du déploiement
de la sainteté par le travail de l’homme tel que nous l’avons
vu dans la pérode du Ômér.
Le Chla souligne que l’objectif est la sainteté : véqiddachtém
éte chenate ha’hamichim, "vous sanctifierez l’année 50...
en proclamant liberté dans la terre pour tous ceux qui l’habitent"
(Vayiqra 25, 10).
| Nous pouvons ainsi parler d’une gestion et d’une
administration sociale de la sainteté dans les rapports
du travail : |
- dans les transactions commerciales (25,
14 ; mitsvotes 337-338),
- dans la vente de la terre conformément à sa dignité,
- dans l’interdiction de prêt à intérêt envers
ses compatriotes (25, 37 ; mitsva 343),
- dans les relations entre employeurs et employés (25, 39-53
; mitsvotes 344-348).
Et, si l’on a bien compris qu’en tout ce respect de l’homme, il s’agit
de respect envers celui qui est fait à l’image et à la
ressemblance du Créateur, si le visage de l’homme est vu dans
cette lumière ; alors, la dernière mitsva s’impose de
soi-même : "ne pas mettre de pierre symbolique (évén
machkite) dans votre pays pour vous prosterner devant elle, car Je suis
Hachém votre Eloqim" (26, 1-2 ; mitsva 349).
Note: apprendre l'hébreu de la Torah avec toutes ces traductions.
C'est aussi le bon hébreu courant.
Deuxième étape de l’étude
: l'analyse par la méthode de Rachi
1. Rachi cherche le sens dans une particularité
du texte : il fait remarquer qu’une phrase se trouve avant tous les
sujets que nous venons de présenter ; la paracha commence par
ces mots :
vayédabbér Hachém él Moshé behar
Sinaï... "Et Hachém parla à Moshé au mont
Sinaï".
2. Rachi nous montre alors comment tirer
du texte une question puis un enseignement :
- "ma ignane chémita étsél har Sinaï ? quel
est le rapport entre le mont Sinaï et l’année de chemita
?
- vahalo kol hammitsvotes néémérou missinaï
? car toutes les mitsvotes ne sont-elles pas dites au Sinaï ?
- élla ma chémita néémérou kélalotéya
vé diqdouqéya missinaï.Mais c’est pour nous dire
que l’année de Chemita a été dite comme la paracha
le décrit avec ses règles générales et toutes
ses prescriptions détaillées et particulières au
Sinaï,
- af koulane néémérou kélalotéhéne
védiqdouqéhéne missinaï, et que, donc également,
tout le reste qui a été dit au Sinaï l’a été
dans ses prescriptions générales et dans les moindres
détails,
- kakh chénouya béTorate Cohanim, ainsi que nous l’explique
la Torate Cohanim".
Reportons nous-donc au middrache de Torate
Cohanim.
Nous savons qu'il est indispensable de nous reporter toujours aux sources
de Rachi. Nous constatons alors qu'il recopie le texte en y insérant
une seule modification.
Rachi a ajouté un seul mot oufirtotéiya "toutes ses prescriptions
détaillées et particulières".
Nous savons que c’est la méthode de Rachi : il fait passer l’essentiel
de la mise en valeur de son message par une modification qu’il apporte
souvent dans la transcription de sa source qui est souvent un middrache,
en choisissant celui qui exprime au mieux ce qu’il veut nous dire du
pchate.
Il n'est pas possible d'apprendre ce que dit la Torah sans suivre les
étapes que nous présentons ici ; la Torah ne se livre
donc qu'à ceux qui suivent une formation. C'est possible.
La règle de klal oufrate
Rachi nous enseigne ici une règle d’interprétation de
la Torah qui est la cinquième des 7 règles de Hillel,
celle de klal oufrate qui sera développée dans les règles
7 à 11 de Ribbi Yichmaél et particulièrement dans
la 8e règle. Que l’on se reporte au chapitre 11 du Lév
Gompers inséré sur le site (lien
ici et pages suivantes) pour bien comprendre ces règles essentielles
dans la lecture de la Torah.
Voici les mots de cette huitième règle de kélal
oufrate qui doit être bien importante pour qu'on la lise chaque
matin dans le rituel sépharade parmi les 13 middotes ou règles
d'interprétation, juste avant le premier qaddiche :
vékhol davar chéhaya bikhlal, véyatsa min ha kélal
lélamméd, lo lélamméd âl âtsmo
yatsa, élla lélamméd âl hakkelal koulo yatsa.
Traduisons :
"toute chose qui est dans la règle générale et
qui est donnée séparément comme enseignement, ne
vient pas enseigner sur soi-même, mais elle enseigne sur toute
la règle dont elle semble sortie".
Pour simplifier, prenons un exemple imaginaire ; si on disait d'un réglement
: "il s'appliquera à tous les Juifs et à ceux qui ont
les cheveux roux" ; la généralité (kélal)
est "tous les juifs", et le particulier (pérate) est "ceux qui
ont les cheveux roux". La règle kélal oufrateest que,
lorsqu'on a une généralité suivie d'un cas spécifique,
celui-ci ne s'y ajoute pas puisqu'il était déjà
inclus ; son rôle est de dire que la généralité
doit être comprise uniquement à partir de ce cas particulier
; dans notre exemple, cela veut dire que ce réglement s'applique
uniquement à tous les Juifs qui ont les cheveux roux. Donc,
tout ce qu'on nous enseigne sur ce cas particulier, nous est enseigné
envers l'ensemble des cas ; c'est cela seulement la règle générale,
cette généralisation du particulier.
Examinons cette règle dans les sources
.
Premier exemple :
en Vayiqra, Lévitique 1, 2, il est dit :
adame ki yakriv... mine habbéhéma, mine habbaqar ou mine
hattsone
"si quelqu'un d'entre vous veut offrir une offrande de bétail
(kélal, général), c'est une offrande de gros ou
petit bétail (pérate, spécifique : seuls le gros
et le petit bétail seront la prescription de la Torah).
Le verset de la Torah cite d'abord ce qui est commun aux différents
cas (le kélal), avant de nommer ce qui est spécifique,
le pérate. En ce cas, les détails nommés en dernier
constitueront la seule règle et ne sont pas considérés
comme une illustration de la règle générale.
Deuxième exemple :
allez l'analyser en Dévarim, Deutéronome 22, 12.
Troisième exemple :
dans Baba Qama, page 54a, les lignes 3 et 4 donnent et l'exemple
et la règle :
éima vénafal kélal... chor vé'hamor
pérate... klal ou prate éïn bikhlal élla ma
ché bifrate
peut-on dire que "et tombe", c'est la régle générale
du kélal, que "taureau et âne" c'est le spécifique
du pérate, et que dans la règle du kélal
et du pérate, il n'y a rien de plus à retenir du général
que ce qui est dit dans le spécifique ?
Quatrième à sixième
exemples :
analyser les pages 54b et 62b du traité Baba Qama ou la page
85a, où les deux termes sont plus éloignés : jamais
on n'applique la règle si les deux termes du général
et du spécifique ne sont pas dans le même verset).
En esprits cartésiens français,
vous pourriez dire : il eut été plus efficace de le dire
directement car "ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement
et les mots pour le dire arrivent aisément".
Erreur ; car ceux qui voient toujours des évidences devraient
avoir l'attention attirée par le fait que ce phénomène
insolite apporte quelque chose qu'ils n'ont pas vus. Mais les gens assurés
dans leurs opinions n'ont pas cette intelligence de la recherche. Le
Juif doit être un chercheur, et un chercheur continu.
| L'apport de ce procédé est que ce
n'est pas la masse ni la généralité ni la
règle qui ont raison ; elles doivent exister mais en se
soumettant au cas particulier. Cela est l'introduction de la morale
dans la vie sociale. L'enseignement est immense, sous l'apparence
d'une règle de linguistique et d'interprétation
de textes. |
Voilà pourquoi l'intelligence juive
et l'apport de la morale au monde ont toujours été de
pair, et voilà pourquoi les Juifs ont toujours été
contestataires des pouvoirs totalitaires.
Lien des niveaux
1. Tout Juif qui prie en lisant ces 13 règles d'interprétations
nommées middotes, sait bien que cela correspond aux 13 caractéristiques
du comportement de Hachém qui ont ce même nom de middotes
(lisez-les en Chémote 34, 6-7).
2. Ainsi la pensée, l'acte et la nature même de l'être
sont dans une cohérence qui ordonnent l'ensemble du monde. Voilà
la grandeur de l'étude juive, pour celui qui est prêt à
poser son orgueil intellectuel et à étudier pour connaître
la tradition.
3. Connaître ces règles précises comme les bases
d'une rigueur nécessaire, puis insérer cet exercice intellectuel
dans l'étude de la Torah ou de la Guémara, enfin, insérer
ces exercices dans la prière situe l'ensemble de notre être
dans une même cohérence qui est celle de notre ressemblance
avec le Créateur, avec sa vie diffusée (bérakha)
et ses modes de vie (middotes).
4. Les Sages, dans Péri Ets 'Hayim, expriment cela en disant
que la généralité kélal est l'ensemble
de la Torah (Tiféréte) et que le pérate est sa
concrétisation limitée mais affermie (malkhoute).
5. Même si nous ne parvenons pas à être conscients
de cette cohérence, notre intention a priori de vivre selon la
Torah fait exister cette cohérence et diffuser la vie qu'elle
porte.
Le judaïsme peut sembler compliqué, mais c'est la vie qui
est complexe et nous acceptons cette complexité dans tous les
domaines (sciences, affaires, amour, affection, santé, psychologie...)
; il est normal que nous acceptions également la complexité
dans la vie intérieure de la réalité qu'est
le judaïsme.
Revenons à l'enseignement de Rachi
Une seconde question se pose à nous : que veut donc nous dire
Rachi à partir de là à propos du mont Sinaï
?
Ceci : "derrière cette question "particulière" de la chemita
(la mise en jachère de la terre chaque 7e année pour qu'elle
ait aussi son chabbate), la Torah -ici même en ce verset- vous
révèle, par cet exemple, une règle d'interprétation
vous permettant de comprendre toute la Torah. Vous avez donc ici l'enseignement
d'une clef importante pour comprendre toute la Torah".
Voici la démonstration.
1) nous avons ici l’indication insolite qu’une prescription particulière
(la chemita) est indiquée ici comme étant donnée
au Sinaï et avec précision des détails. Appelons
ce fait, un "cas particulier", nommé prate dans la règle.
2) or, nous avons, dans la dernière phrase du livre de Vayiqra
(27, 34) l’indication "générale" que toutes ces mitsvotes
ont été données au Sinaï :
éllé hammitsvote achér tsiva Hachém éte-Moché
él-béné Yisraél béhar Sinaï.
3) Puisque la Torah ne répète jamais des choses sans une
nouvelle raison (autre règle), c'est donc qu'elle nous donne
ici un enseignement supplémentaire.
Nous allons trouver cet enseignement puisque nous connaissons le principe
: "quand il y a une règle générale et qu’un cas
particulier est donné concernant cette même règle
générale, le cas particulier est la forme optimale selon
laquelle il faut comprendre toute la règle générale
et il n’en est pas une exception".
Ainsi, dans le cas présent,
1. la règle générale dite à la fin du livre
précise seulement que toutes les mitsvotes ont été
données au Sinaï,
2. mais le cas particulier de cette règle générale
indiqué au début de la paracha, nous dit (de la chemita)
qu’elle a été donnée à Moché avec
ces grandes lignes et avec ses plus petits détails que la Torah
décrit longuement,
3. ainsi, donc, nous pouvons tirer la conclusion que Moché a
reçu au Sinaï toutes les mitsvotes sans exceptions
dans leur lignes générales (comme on aurait pu le comprendre
de la fin du livre), mais aussi dans les plus petits détails
de réalisation et du sens.
Hillél appelle cela la règle de kélal ouferate
(général et particulier). Et Ribbi Né'hounia, le
maître de Ribbi Yichmaél, a interprété toute
la Torah selon cette méthode, et le lui a transmis. C'est ce
qui fait à la fois l'élévation de son enseignement
et sa concrétisation, ce qui a valu de le prendre comme modèle
pendant la période du Ômér comme
nous l'y décrivons.
Evidemment, cela change le regard que nous
avons sur la Torah, sur les mitsvotes et sur leur réalisation
jusque dans les détails que de savoir maintenant
- qu'elles ont une cohérence dans les détails,
- que cela a été enseigné à Moché
rabbénou (notre maître),
- que cet enseignement est parvenu jusqu'à nous dans la chaîne
de l'enseignement,
- que nous sommes chacun un maillon de transmission, de compréhension
et de réalisation,
- que nous avons encore beaucoup à étudier.
Troisième étape de l’étude
Rachi est reconnu par toutes les communautés juives de toutes
les époques comme le plus grand pédagogue juif. Qui ne
verrait dans Rachi qu’un grammairien, assidu de précisions
factuelles et de règles n’aurait pas compris du tout cette méthode
capitale:
- il faut passer par la rigueur de la méthode dans l'étude
- pour parvenir au sens et à la vie.
Ce lecteur n'aurait pas compris ce
que le dit le Chla : Rachi ne parle que dans le Roua’h haqqodéche
(l'esprit divin), et toujours ; son message n’est donc pas seulement
une précision de grammaire ou de vocabulaire ou de dictionnaire.
La rigueur de la Torah est exactement comme
la précision d’une clef :
- si vous ne possédez pas la clef correspondant avec la plus
grande précision ) la serrure vous ne pourrez pas entrer ;
- pour une pièce sans importance, si la clef est imprécise
vous parviendrez à entrer car on n’y a fixé qu’une serrure
grossière;
- par contre, pour le trésor, seule la clef précise et
unique ouvrira, et qui ne l’a pas n’ouvrira pas ; ainsi de la Torah,
le Rav Guikatilia y revient constamment dans ses livres et dès
l’introduction de Chaâréi Ora.
De l'étude à la prière
On pressent bien maintenant pour quel motif
gigantesque ouvert par Rachi, ces règles de Ribbi Yichmaél
sont placées dans la prière du matin, cha’harite : lors
de la phase préparatoire, dans la montée progressive,
après le service de l’encens et après les sacrifices (qorbanotes)
; cette étape est juste avant d’atteindre la taille d’homme selon
la prescription de Yéhouda bén Téima en 4 dimensions
et avec un lévav chalém (un cœur complet) ; cela permet
d’accéder au premier qaddiche qui fait monter tout ce travail
accompli par le peuple en prière vers un second niveau, celui
de louange et union ( hodou, baroukh ché amar, etc.).
Donc, dans cette étude précise
de Rachi et de la tradition que certains antisémites ignorants
appellent encore des "arguties talmudiques", nous ne sommes pas dans
la révision de la grammaire ni dans des études linguistiques
universitaires, mais nous sommes dans l’union de la prière et
de la vie. C'est par l'attention au détail que l'union se réalise
Maintenant, avec ces aides fournies par
Rachi, Hillél et Ribbi Yichmaél, par le souci
des anechéi
khnésséte hagguédola qui ont placé là
cette règle dans la prière du matin, nous comprenons cette
morale juive du lien du particulier et du général.
La morale du particulier et du général.
Les Sages, sur ce thème, ont souvent médité en
ce sens :
- la règle générale (le kélal) représente
la volonté générale de Haqqaddoche baroukh Hou
de faire descendre Sa Torah par l’intermédiaire de son peuple
composé de gens qui étudient Sa Torah (revoir Péri
Ets 'Hayim);
- la seconde partie, "ce qui sort de la règle, le cas particulier
(le pérate), concerne la réalisation effective ici bas
de ce désir de Hachém et du nôtre.
Cela est de l’ordre des 2 étapes du verset que nous récitons
avant chaque âmida :
séfataï tifta’h oufi yaguid téhilatékha
HachémToi tu ouvriras mes lèvres (phase 1 de la source
générale),
et ma langue dira Ta louange (phase 2).
Et ce détail précis et modeste de réalisation,
également dans l'étude, dans la prière ou dans
l'action, nous enseigne sur l’amour général et immense
qu’est la vie de la Torah (kélal) que Hachém veut nous
communiquer.
Et cela nous enseigne que c’est la même chose en toutes les mitsvotes
et en chacune.
Voilà les portes que nous ouvre Rachi, voilà ce qu’est
"un Rachi".
Et il nous dit : ce sont les règles de l’étude et de la
halakha pour aller dans cette rencontre à laquelle Hachém
nous invite et qu'Il nous révèle dans le concret le plus
précis de l'existence et des relations humaines.
Chaque individu doit y être entendu, respecté, mis en valeur,
sinon le kélal, tout l'ensemble, se détruit ipso facto
; le créateur lui-même dont nous sommes image serait, si
l'on peut dire, également atteint.
Relisons maintenant la phrase avec tous
ces arrières plans dans notre écoute intérieure
:
vékhol davar ché haya bikhlal véyatsa mine hakkelal
lélamméd, lo lélamméd âl âtsmo
yatsa, élla lélamméd âl hakkelal koulo yatsa.
"toute chose qui est dans la règle générale et
qui est donnée séparément comme enseignement, ne
vient pas enseigner sur le petit cas particulier, mais elle devient
toute la règle et elle nous enseigne sur l'ensemble dont elle
paraît être sortie".
Une fois que nous avons compris cela, chacun des mots de cette règle
d'étude devient, par ses implications, aussi beau que chacun
des mots du lekha dodi. C'est la condition de réalisation de
la Torah, cette mise en valeur de chacun, de chaque particulier.
Merveille que cette Torah, d'autant que nous réalisons n'avoir
touché qu'à ces si simples et premiers mots de la paracha
: vayédabbér hachém él Moshé béhar
sinaï.
Quelle prière peut exprimer cette beauté ? Seulement celle
du matin rédigée par nos Sages qui savent comment nous
porter à la hauteur de cette symphonie.
Commentaire personnel. Chacun manque à
Israël
En effet, chacun peut exprimer à sa façon unique le grand
plan de bonheur prévu par le Créateur, puisqu’il est dit
après la phrase commentée ici : lémor (pour le
dire), .
Ceux de notre peuple qui accordent une valeur à cette Torah (phase
nommée kélal) et qui ont le privilège de la connaître
viennent donc la vivre là concrètement où il est
prescrit de la vivre de façon optimale dans la réalité
concrète (phase nommée pérate).
Ils pourront y améliorer le kélal par leur particularité.
Si ce particulier manque, il manque à tout notre peuple, et c'est
l'ensemble qui est malade.
La vie est parfois très dure en Israël, beaucoup y sont
profondément blessés par l'écart qu'ils ressentent
entre leur attente, leur idéal et la réalité quotidienne.
Les critiques sont justifiées et faciles.
Mais, si chaque particulier plein d'idéal venait y apporter la
note de beauté que lui seul porte dans le monde, il nous serait
moins difficile de faire face à toutes ces tâches. Sans
eux, nous le faisons si mal.
Il est dit : si ton frère
s'écroule sous son fardeau, tu ne dois pas rester indifférent
mais tu dois venir l'aider. Le verset 25, 35 impose cette mitsva :
vékhi- yamoukh a'hikha ou mata yado îmakh, véhé'hézaqta
bo guér vé tochav va'haï îmakh
"si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler
sa fortune, soutiens-le... et qu'il vive avec toi".
Dans cette perspective de l'attention à autrui dans les relations
concrètes de l'existence quotidienne sur cette terre que le Créateur
nous donne, Israël n'est pas un pays de vacances, ni de rêves,
ni de retraite, mais notre pays d'Israël est un lieu où
chacun devrait manquer aux autres quand il n'y est pas ; et manquer
à soi-même.
Un lieu où celui qui n'y est pas, serait conscient de ce qu'il
y appauvrit l'expression humaine et divine du lieu par son absence.
Chaque Juif qui a un idéal d'éducation, de vie sociale,
manque à Israël s'il ne vient pas y apporter cet idéal
pour améliorer le pays qui en a bien besoin.
Chaque Juif qui aime Israël et cette terre de notre héritage,
de nos valeurs, ce sanctuaire mondial de bénédictions
manque à Israël quand une part lutte sur place pour liquider
cette entité et son identité.
Nos prisonniers nous manquent aussi, chaque jour nous comptons un jour
de leur peine avec eux, chaque jour sur la page d'accueil de Modia et
dans nos coeurs.
Nous manquent aussi ces enfants juifs arrachés à leur
peuple contre leur volonté (voyez "Enfants martyrs" en page d'accueil)?
Mais nous n'oublions pas non plus tous ces adultes détournés
de leur peuple pendant la Choa après leur avoir sauvé
la vie et qui n'ont pas été rendu à leur peuple
; nous en connaissons beaucoup qui vivent dans les diverses Eglises,
et connaissent maintenant leur origine juive, souffrent en silence mais
ne se sentent pas capables de modifier leur vie à leur âge.
Le problème est le même avec les conversions forcées
et nombreuses qui se sont produites dans l'Islam depuis des siècles.
Et aussi ceux qui ont fuit l'Espagne et n'ont eu de possibilité
que de devenir des "nouveaux catholiques" pour survivre puis se sont
assimilés ; ils sont des millions en Espagne, en France
ou au Québec, gardant encore une coutume particulière
qui est le reste transmis de l'identité. Et les descendants,
libérés aujourd'hui des persécutions et informés
sur l'histoire, découvrent en leur coeur cette identité
originale qui les travaille. Il n'est pas de semaine où ne m'arrivent
de ces lettres souvent douloureuses, souvent émerveillées
de l'un de ces Juifs qui semblaient perdus et , par un détail
(pérate), ont retrouvé le poteau indicateur qui les ramène
à leur source . Détail d'amour indéfectible.
C'est aussi le sens de la présence sur Modia de pages où
nous voulons découvrir les
différentes communautés avec le même amour de leurs
maîtres, de leurs traditions, de leurs cultures, de leurs
accents, de leur façon de mettre en valeur la Torah dans leurs
chants, de leurs noms. A égalité de respect, de connaissance.
La Torah est à connaître dans chacune de ses lettres. Chacune
est nécessaire et si une seule manque, un rouleau de Torah n'est
plus cachér et il ne peut plus être utilisé car
il ne transmet plus la Torah dans son intégrité de vie.
La Torah est à connaître dans chaque des richesses de sa
terre inaliénable.
La Torah est à connaître dans chacune des composantes de
son peuple.
Texte-terre-peuple sont les trois dimensions de la même identité
juive dont chacune n'est vraie que dans le détail connu, respecté,
aimé, partagé, aidé réellement.
On est encore loin du compte dans la tâche à accomplir.
Les Principes des Pères (Pirqé avotes) que nous lisons
chaque chabbatependant ces semaines du Ômér, nous disent
: "il ne t'est pas demandé de terminer la tâche, mais il
t'est demandé de ne pas t'en dispenser".
Commencer, c'est d'abord enseigner aux enfants que "la réussite"
ne sera pas la quantité d'argent dont ils parviendront à
se glorifier dans la société ni dans la communauté.
"Mon fils a réussi" (- il est riche d'argent ! mais le reste
?- je ne vois pas de quoi vous parlez).
Le compte joint à ce commentaire nous apprend à balayer
les faux prétextes.
Le Chla, après avoir attiré l'attention sur les mitsvotes
et sur les sens les plus élevés en arrive à ces
conclusions morales de l'attention concrète à autrui dans
la réalité. Sans cela, tout est vent et mensonge. Et les
enfants ne sont pas dupes quand ils atteignent l'âge où
ils recherchent leur idéal et jugent les adultes. La haftara
de la paracha suivante, Bé'houqotaï, exigera cette cohérence
et nous éclairera sur le bonheur qui en découlera si nous
avons le courage terrible d'opter pour cette voie et non pas de jouer
un double jeu ; le prophète est explicite dans sa démonstration
(Jérémie 16, 19 - 17, 14).
On comprend alors que notre paracha se termine
par : lo taâssou lakhém élilim, "ne vous faites
pas pour vous des faux dieux". Cela veut dire : ne vous racontez pas
des histoires, en faisant de Moi et de Ma Torah des mensonges trafiqués.
Ne pas respecter autrui, c'est porter atteinte au Créateur en
cette image de Lui qu'est l'homme.
Et percevons bien que le prophète dit cela aux Juifs qui vivent
sur la terre d'Israël, et non pas seulement à ceux qui sont
encore à l'extérieur.
Que l'on me permette ces mots chargés d'exigence, qui m'impliquent
d'abord personnellement. Ils sont dits aussi par quelqu'un qui travaille
dans les difficultés sociales et psychologiques d'Israël,
qui y est témoin de tant de tragédies et violences sociales
ou familiales, où les pauvres sont souvent abandonnés,
humiliés. Israël est aujourd'hui l'un des pays avec les
écarts les plus importants dans les rémunérations
entre les pauvres et les riches, le Président de la Knesset vient
encore de le rappeler. C'est la preuve d'une faute éducative
collective. Ne me dites pas : "il ne faut pas dire ces choses-là",
car c'est à la Torah que vous demanderiez de supprimer de nombreux
versets.
La Torah et Rachi nous donnent les clefs pour refaire le monde, en ce
livre de Vayiqra : étudiez auprès de nos Sages, pour comprendre
cette Torah de vie dans le concret et dans le particulier : travaillez
les middotes. La période
du Ômer est ce travail dans le particulier.
Les améliorer modestement et concrètement,
c'est rénover le monde. Car, Lui, Il ne nous abandonne pas le
gardien d'Israël.
Rappel d'intégration
- apprendre l'hébreu et sa traduction dans cette étude.
- formuler précisément les interrogations personnelles
qui surgissent de cette étude.
- relire la paracha dans cet axe.
- transmettre à qui a moins étudié.
- échanger avec les proches sur tout cela.
Pour approfondir les
méthodes de Rachi
Pour approfondir les
pédagogies de l'amour dans la Torah
Vocabulaire du particulier et du général
1)
- un individu, une unité, un détail : ya'hid, pérate
- des détails : pératim, pratim
- et particulièrement, et spécialement : bifrate
- les petits détails : praté pratim
- dans tous ses détails : lé khol pratav
- le protocole (d'une réunion) : praté-kol
- la petite monnaie : péréte
- le détail (des communications téléphoniques)
: ha péroute
- (le domaine) privé : prati
2)
- une globalité complexe, une collectivité, un total,
un public, une règle générale : kélal
- complètement : kélal
- une règle importante : kélal gadol
- nettement et totalement : bikhlal
- c'est la règle : zé ha kélal
- exception, exceptionnel : yotsé mine ha kélal
- il n'y a pas de règle sans exception : éïne klal
ché éïne bo yotsé mine ha kélal
- la chose publique, l'intérêt général :
ignané ha kélal
- tous les Juifs : kélal Yisrael
- général (adjectif, comme Directeur général,
assemblée générale) : klali
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