33e paracha : Be'houqotaï
"Selon mes lois"
Vayiqra 26, 3 - 27, 34
Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
Site Modia : http//:www.modia.org
Attention, cette page comporte des lettres saintes, ne la placer que
dans un lieu respectable.
La terre d'Israël, dispositif réel
et nécessaire
de l'amour et de la paix
Elle termine le livre de Vayiqra qui nous transmet tout le dispositif
prévu par le Créateur.
C'est le coeur de la Torah. Et la dernière paracha montre que
la terre d'Israël en est un élément essentiel. Cette
paracha exige de nous que nous fassions un effort important pour sortir
d'une vision politique de la terre d'Israël et pour adopter le
regard de la Torah.
Note importante : apprendre l'hébreu qui est
amené avec sa traduction tout au long du commentaire de la paracha.
I.
Cette paracha est difficile à supporter dans la lecture
pour plusieurs motifs:
1) la Torah qui est vérité nous y avertit que si nous vivons
selon ses éclairages et prescriptions, la terre d'Israël nous
sera préservée, nos ennemis verront ipso facto leurs efforts
réduits à néant. Dans le cas contraire, nous serons
la proie de ces peuples ennemis jusqu'à ce que nous revenions à
la Torah de Hachém. Le programme est radical et effrayant
dans ses descriptions.
2) l'histoire s'est véritablement déroulée
plusieurs fois selon ces avertissements et nous ne pouvons maintenant
que les prendre au sérieux.
3) l'actualité nous met en présence de ce problème
non plus comme une exhortation mais comme un film de l'actualité
réelle et immédiate dont nous sommes les acteurs en cette
situation ou de vie ou de mort.
Or, nous étions sur cette terre d'Israël comme ceux à
qui s'adressait ce texte d'avertissement et, pourtant, on n'a pas tenu
compte de cet avertissement:
- nous avons négligé d'y organiser la vie selon la justice
et selon la Torah
- une haine continue s'est exercée contre les minorités
se référant à la Torah, traitées de primitives
et humiliées.
- les valeurs éducatives organisées ont voulu délibérément
être autre que celles de la tradition continue de la Torah.
- ce qui avait un sens primordial comme centralité de tout ce monde
de la Torah auquel les générations avaient aspiré
pendant tant de siècles (l'intégralité de la terre
comme champ de la présence divine dans Son peuple) a été
ramené à un seul problème politique.
- finalement, dans les dernières années apparaît une
frénésie de se débarrasser de cette terre promise
et reçue en la remettant justement à ceux qui ont toujours
dit explicitement leur programme : abolir l'histoire juive, prendre toute
la terre dans le feu et le sang, prendre tous les termes du destin et
du malheur juif pour les voler et les appliquer à un autre peuple
envers qui les Juifs de cette terre sont décrits comme les Nazis.
Inversion totale de l'identité. Après la civilisation du
christianisme qui a été, dans sa logique, jusqu'à
produire les bûchers et Auchwitz, c'est maintenant l'islam qui exerce
cette tactique de substitution envers les Juifs à propos de la
terre d'Israël.
Voyons ce texte de Béréchite Rabba 79,7:
|
(Traduction. La première ligne est le texte de Béréchite
que le middrache va commenter).
Va yiqén éte 'hélqate hassadé. Il
acquit la portion du champ, etc.
Amar Ribbi Youdane bé Ribbi Simone. Ribbi Youdane ben
Ribbi Simone a dit :...
Zé é'had michélocha méqomote, c'est
un des trois lieux...
ché éin oumote haôlam yékholine lé
honote éte Yisrael lomar, que les nations du monde ne pourront
pas contester à Israël en disant...
"guézoulim hén béyédkhém,
ce sont des terres volées qui sont en vos mains"...
vé éllou hén :
meârate hammakhpéka ou béit hammiqdache ouqévourato
chél yossef,
ce sont : la grotte de Makhpélah et (le site) du Temple, et
la sépulture de Yossef.
- meârate hammakhpéka dikhtiv, la grotte de Makhpélah
comme il est écrit...
Vayichmâ Avraham él Êfrone vayichqol Avraham
lé Efrone, va ôd.
Avraham écouta Efrone et lui compta le prix qu'il avait énoncé
en présence des enfants de 'Hét (Béréchite
23, 16)...
- béit hammiqdache dikhtiv : va yitén David
lé Ornane ba maqom chiqlé zahav michqal chéch
méote.
(le site) du Temple, comme il est écrit en I Chroniques 21,25:
David donna donc à Ornane pour l'emplacement six cents
sicles d'or.
- qévourato chél yossef : vayiqén éte
'hélqate hassadé, vaôd, Yaâqov qna Chékhém.
la sépulture de Yossef : ("quand aux ossements de Yossef
que les enfants d'Israël avaient emportés d'Egypte,
on les inhuma à Chkhém dans la pièce de terrain
que Yaâqov avait acquise pour cent késsita, des fils
de 'Hamor père de Chkém, et cela fut en héritage
pour les fils de Yossef" (Livre de Yehoshua 24, 32).
|
Ainsi, depuis toujours les nations accusent les Juifs d'avoir volé
ce qui est justement leur identité(ou la Torah ou la terre ou leurs
biens).
Et, face à ces accusations séculaires, trois endroits essentiels
en leur symbole sont donc décrits dans la Torah comme ayant été
pour toujours d'appartenance irrémédiable aux
Juifs : Chkhém (Naplouse) et Hévrone (Hébron).
Or, notre génération a commis une faute immense: nous les
avons précisément donnés:
1- quand le Mont du Temple est tombé dans nos mains en 1967,
nous n'en n'avons pas voulu et, à leur étonnement, le général
Dayane l'a remis aux arabes
stupéfaits et qui, depuis, y détruisent systématiquement
tous signes de l'histoire juive ; les archéologues (laïcs)
parlent du plus grand désastre archéologique depuis la destruction
du Temple (voyez ce lien);
- puis la politique avec Barak avait été de leur donner
de facto les zones de Jérusalem banlieue et intra muros à
ces ennemis qui affichent et diffusent leur programme de meurtres à
venir.
2- Hévrone: Bibi Netanyahou a donné 'Hévrone
en découpant la zone laissée aux Juifs de façon telle
qu'ils sont en péril constant comme on le voit par les nombreux
attentats qui s'y déroulent, et la Cour Suprême ne permet
pas que l'on établisse les conditions de dégagement autour
de cette zone qui permettraient de ne pas être entourés de
tueurs qui tirent sur les pélerins.Voici le
texte gouvernemental officiel de cette opération et voici la
carte officielle où la zone étranglée est invivable
et meurtrière par son étroitesse avec évidence
consciente. Le résultat: les assassinats répétés.

3- la tombe de Yossef:
Voyez ce
lien et celui-ci.
elle a été donnée également, et le soldat
d'Israël placé pour garder le tombeau n'a même pas été
délivré quand il a été attaqué et il
a perdu lentement son sang jusqu'à la mort, premier abandon d'un
soldat sur le terrain, évidemment c'était dans l'un de ces
trois lieux symboliques. Et quand les Arabes ont fait des destructions
systématiques, nous avons laissé faire, sous le gouvernement
actuel.
Puis l'Autorité palestinienne a islamisé le batiment
et on a de nouveau détruit 'intérieur de la tombe dernièrement,
et le gouvernement a laissé faire malgré les protestations
scandalisées des Juifs israéliens. Il faut comprendre les
ennemis, leur donner légitimité, c'est la
politique depuis Oslo d'émiettement systématiquement organisé
de la terre d'Israël (carte ici) . Elle continue de facto.
La faute est terrible. Et pourtant, nous avons vu il y a quelques semaines,
dans la paracha Qédochim, que Hachém avait dit: "quand
vous entrerez dans cette terre que Je vous donne...". Voilà
ce que nous en faisons et, ensuite, nous osons dire que nous ne sommes
pas aidés par le Ciel. Et il y est encore dit : "je vous donnerai
ce sol pour que vous en soyez possesseurs, ce pays ruisselant de lait
et de miel". Mais nous le donnons aux ennemis et nous étonnons
ensuite que les ennemis nous attaquent et nous tuent. !Simplement nous
refusons le don, nous ne venons pas y habiter, nous le donnons, nous faisons
tout le contraire de la Torah et nous nous étonnons de nos maux.
Hélas, tant paient de leur vie nos fautes impardonnables.
4- Les territoires.
Parmi les différentes zones de la terre d'Israël, il en
est deux dont l'union symbolise l'amour et qui sont nommées en
tout mariage comme expression de l'union de D.ieu et d'Israël et
comme le bonheur du nouveau couple (voyez
ce lien): c'est le lien indissociable de la région de Judée
et de Jérusalem, célébré dans les chants du
mariage. C'est donc essentiel. Et, évidemment, l'acharnement dans
l'auto-destruction veut casser cela pour remettre la terre de Judée
aux Palestiniens. On sait que les Juifs ont intériorisé
la haine des autres envers eux-mêmes mais cette pathologie atteint
des dimensions graves chez certains, et ils sont activistes agissants,
et grandement financés de l'extérieur.
5- Le refus clair et net du cadeau du Ciel.
Trop facile de mettre la loupe sur ceux qui, sur place, veulent détruire
le plan divin de bonheur. Il y a aussi, les Juifs les plus nombreux (62%
du peuple juif) qui lisent ces textes dans lesquels le Créateur
leur dit: "cette terre que je vous donne" et qui laissent le
Ciel leur tendre la main avec ce cadeau dedans et les mots d'amour qui
accompagnent ce geste et laissent ainsi en plan le donateur. Imaginez
une soirée: vous recevez quelqu'un de très très important
qui, de toute la ville a préféré passer une soirée
chez vous car il a entendu dire que vous parlez de lui en bien et vous
affichez comme étant sonpartisan. Il arrive et, dès l'entrée,
vous remet un somptueux cadeau, incroyable. Et vous le laissez avec son
cadeau en mains et allez regarder la TV parce que vous avez vos habitudes,
et vivez très bien tous les jours sans lui et son cadeau. Et il
attend. C'est une image exacte de la situation. Nous la vivons tous. Et
après ce refus du cadeau, nous continuerons à nous afficher
comme étant de son camp, car c'est vrai que nous le sommes.
Pourquoi cette auto-destruction sur laquelle nos textes, dans leur bonté,
nous mettaient en garde? Nous avons délibérément
voulu ignorer la Torah qui protège, et de plus, nous-mêmes
nous sommes devenus les acteurs et réalisateurs de l'effrayant
programme.
Nous ne sommes pas dans un film distrayant de fiction, ni dans un programme
d'information télévisée que l'on déguste en
prenant l'apéritif, nous vivons ces folies et sacrilèges
et scandales avec la chair de ceux qui tombent réellement par ces
abérrations morales. L'horreur est encore plus grande quand on
ose appeler ce processus d'auto-destruction : "processus de paix, chalom"
alors que Chalom est le nom même de D.ieu qui nous a transmis Son
programme selon un contrat passé pour toutes les générations
pour que la justice règne et que la terre d'Israël soit le
foyer des bénédictions pour toute l'humanité. C'est
le programme de notre paracha.
Pourquoi sommes- nous descendus si bas dans notre génération
?
Bien plus, nous étions ainsi avertis que cette terre de sainteté
vomirait ceux qui la profaneraient. Nous n'y prenons même pas garde.
Et nous allons avec obstination dans cette direction.
C'est la première fois depuis 2000 ans que des Juifs accomplissaient
ce forfait, c'est la première fois depuis la fondation du nouvel
Etat d'Israël que nous travaillions ainsi directement à nous
débarrasser de cette terre qui appartient à Hachém
qui veut en faire le sanctuaire des béné"dictions,
pour la remettre à ceux qui veulent nous détruire.
Nous ne pouvons donc pas nous étonner, en constatant de quoi nous
sommes capables, que la Torah ait pris la peine de nous mettre en garde.
C'est à nous que ce discours s'adresse, de toutes ces générations.
Mais, finalement, ne nous étonnons pas : car la première
génération, celle de Moché lui-même, avait
vu aussi la majorité de ses chefs religieux et chefs du peuple,
essayer de le détourner de la terre de sainteté ; c'était
l'épisode des explorateurs, les méraglim. Et un autre
chef, Qora'h, essaya de casser l'organisation de la société
sur la Torah pour la remplacer par une démocratie apparente qui,
en fait, favoriserait quelques leaders ou partis politiques. Nous sommes
encore exactement dans les mêmes tentatives.
Etudions donc maintenant avec précision ce que dit donc la Torah
? Car elle traite explicitement de cette question pour conclure le livre
de Vayiqra (le Lévitique).
Mitsvotes de la paracha
La paracha qui clôt le livre de Vayiqra comprend les mitsvotes
350 à 361 :
- évaluation de la valeur de la tâche d’un homme (27,
2),
- interdiction d’échanger un animal déjà destiné
au culte (27, 10),
- évaluation des animaux (27, 11-12),
- maisons et champs sur lesquels a été prononcé
un voeu (27, 14-17),
- interdiction d’attribuer à un autre sacrifice les animaux
offerts (27, 26),
- attribution aux cohanim des biens déclarés proscrits
‘hérém
par quelqu’un (27, 28),
- interdiction de vendre ou racheter ces biens (27, 28),
- fixation du taux annuel des animaux nouveaux-nés avant de
les utiliser (27, 32).
Ces mitsvotes achèvent les derniers détails du processus
concret de réparation dont nous avons été témoins
dans les sections précédentes.
II.
Un but absolu : le bonheur
Mais les deux brefs chapitres de cette paracha sont caractérisés
surtout par la description des promesses de bonheur pour le peuple
s’il
suit les prescriptions reçues, et de malheurs épouvantables
qui apparaîtraient dans le cas contraire.
Terminer par cette note tragique et par cette question de la rétribution
a de quoi surprendre et nous pose des questions.
Pour comprendre ce problème, nous devons situer ces promesses
dans le sens général dont nous avons fait état
depuis le début du livre de Vayiqra : le but de toutes
les pratiques qu’expose ce livre est de restaurer l’état où
le Créateur et sa créature habitaient ensemble dans le jardin
d’Edén pour qu’ils retrouvent leur proximité (sens du
mot sacrifice, qorbane) ; cela est rappelé à l’intérieur
de l’exposé de ces promesses :
vénatati michkani bétokhakhém vélo tighâl
nafchi étkhém
"Je fixerai ma résidence au milieu de vous et Mon esprit ne se
lassera pas d’être avec vous" (26, 11)
Supprimer le rappel de cet axe enlèverait tout sens aux promesses
et aux avertissements qui deviendraient alors infantiles, horribles et
dictatoriaux.
Bonheur et menaces ? La logique de l'amour
Cependant, une question subsiste : la demande d’amour du Créateur
envers l'homme peut-elle aller de pair avec l’expression de conditions
si tragiques ou si bonnes, sans liberté apparente ?
Nous comprenons le sens et le rapport de ces différentes données
en les regardant dans l’axe qui nous a été indiqué
dans les commentaires depuis le début du livre de Vayiqra :
| quand deux êtres s’aiment, s’ils n’orientent pas leur désir
et leurs actes de façon continue l’un vers l’autre, ils mettent
alors en œuvre un effondrement certain de leur relation et
la production insidieuse de catastrophes et de douleurs.
Il s’agit d’une logique interne et non de menaces ni de promesses.
En ce cas, plus l’amour était intense et de qualité,
plus seraient sensibles et tragiques la désillusion, la ruine
et les souffrances. Nombreux sont ceux qui connaissent cette logique
dans leur existence affective. Ainsi entre nous et le Créateur. |
L'enseignement de Rachi
Rachi va en ce sens quand il insiste, dans son commentaire, sur la continuité
des preuves et des manifestations qui est demandée pour qu’un tel
amour continue à être la forme de la relation (26,9: un ouvrier
qui l’a servi depuis longtemps, une nouvelle alliance indissoluble ; 26,10:
les fruits se conserveront et deviendront bons en vieillissant, de sorte
que la récolte vieille de trois ans sera meilleure que celle de
l’année écoulée ; 26,11: mon esprit ne sera pas dégoûté
de vous...).
Cela nous enseigne, sur l’amour en général et envers
Hachém
:
1. l’amour ne vaut pas s’il ne se donne pas tout le
temps et toujours ; ce n’est pas une tyrannie possessive mais c’est
la nature même de l’amour que cette totalité ;
Rachi le formule avec audace quand il commente le verset 26, 12 (véhitlalakhti
bétokhekhém, "et je marcherai au milieu de vous") par
ces mots :
atayél îmakhém kéghane êden kéé’had
mikém,
"je me promènerai avec vous dans le jardin d’Êdén
comme
un de vous".
Cette égalité de niveau et de démarche correspond
à cette dimension de totalité dans une relation qui doit
être amour, respect, réciprocité et égalité.
2. dans l'amour, il ne suffit pas qu’il y ait quelques dimensions
grandement positives (ce que le texte exprime par "recevoir le gîte,
le manger et le boire)", il faut que cela aille jusqu’à un point
qui s'appelle : "tout", kol. Rachi le dit explicitement sur
le verset 26, 6 venatati chalom baaréts, "et je donnerai
la paix sur la terre" :
- "vous direz peut-être voici à manger et voici à
boire mais s’il n’y a pas chalom, il n’y a rien du tout (éin
kloum) ; et c’est pour cela qu’il est dit après tout
cela (a’har kol) :
- venatati chalom baaréts, et je donnerai la paix sur la
terre" ;
de là, on comprend que le chalom est ce qui est en contrepartie
de tout et c’est pour cela qu’il est dit :
"il fait la paix et crée le tout" (ôssé
chalom ouvoré éte hakkol).
Le mot chalom doit être ici entendu au sens étymologique
de "complet, complétude". Dans l'amour, le choix est entre "rien"
et "tout".
La paracha commence au verset 26, 6 : vé natati chalom ba aréts,
je donnerai la paix dans la terre.
C'est cela "la paix maintenant" juive. C'est écrit. Et quel est
ce tout auxquels les hommes aspirent partout dans le monde? Ce tout, nommé
"chalom" en hébreu, est la Torah. C'est le sens
de la phrase:

Hachém, ôz lé âmo yité, Hachém
yévarékh éte âmo vachalom.
Hachém, la force Il la donne à son peuple, Hachém
Il bénit son peuple dans la paix".
En effet, ôz la force, c'est la Torah (de multiples références
le disent), et c'est elle qui donne le chalom, la paix.
L'enseignement de Rabbénou Béh’ayé et du Rambane
Les étapes
Rabbénou Béh’ayé (décédé
en 1340), élève du Rachba (1235-1310) qui était lui-même
élève du Rambane (1194-1270), commente ce verset en disant
: "après qu’il ait fait mémoire de l’influx de la bénédiction,
il achève par la mesure de chalom car sans
chalom
(totalité achevée), il n’est rien" (Sifra sur la paracha
1, 8).
Selon sa méthode qui distingue les niveaux de lecture comme
le faisait le Rambane, il nous indique qu’il faut aussi comprendre ce chalom
selon la tradition du sens intérieur de la Torah que nous résumons
en le formulant sans entrer dans la technicité :
- la bénédiction, donnée par le Créateur
et reçue par nous, doit encore passer par quelques étapes
pour parvenir à construire la plénitude, depuis l'influx
initial ;
- une nouvelle suite d'étape prendra en compte plusieurs composantes
de la vie et de l'être ;
- l’étude développera ce processus pour avancer vers
l’union totale que l’on appelle "tout" kol ;
- alors l’union se réalise sur la terre, jusque dans la floraison
que sont les enfants.
La paix juive a donc ce programme. Elle n'est pas : nous vous donnons
nos territoires et vous nous donnerez votre paix qui sera notre expulsion
et notre destruction et faisons-le maintenant tout-de-suite. La paix juive
n'oublie pas que le mot chalom n'est pas un mot français
ou anglais ("peace now") mais c'est le nom de D.ieu Lui-même : ata
chalom, le chalom c'est Toi.
C'est donc en Sa nature et en Sa promesse que se fera la paix sur terre
; et, pour les Juifs, uniquement en cela, c'est ce qu'enseigne la paracha.
L'état final de proximité
Cet état de chalom juif, on peut le nommer par cette
expression :
"le sanctuaire dans Sa sainteté est établi",
comme il est dit en I Rois 9, 50 véhayou êini vélibi
cham kol hayamim,
"et Mes yeux et Mon coeur seront là tous les jours".
En effet, dit Rabbénou Béh’ayé,
- bien que "Hachém soit dans le Sanctuaire de Sa sainteté,
Hachém dans les cieux est Son trône" (Hachém
béhéikhal qodcho, Hachém bachayim kisseo, psaume
11, 4),
- cependant Sa Chékhina est dans le Temple, parmi les hommes.
Cette proximité totale est si grande que même la nourriture,
l’argent ou les tourments de la vie sont des voies de ce rapprochement
(sur le verset 26, 41).
Le Rambane avait expliqué sur le verset 26, 6 (vénatati
chalom baaréts) que,
- dans le cas où l’homme est capable d’une telle proximité,
en totalité, où tout est relié ici et
avec le haut (vé âl dérékh haémét
chéyitén hachalom mé'houbar baaréts, vé
hou chalom hakkol hachaqoul kénéguéd hakkol),,
- alors seulement la violence est exclue, alors, il y a la paix
entre l’homme et l’homme.
C’est sa définition implicite de l’amour (sur le verset 26,
6).
Il explique ainsi pourquoi les bénédictions décrites
dans la paracha parlent de cette complétude qui s’étendra
à la réalité au point qu’il n’y aura plus ni d'avortements
ni d’infertilité.
Le monde n'est pas scindé
1. Pour bien comprendre ce dispositif global, nous devons nous
replacer dans ce que disait ci-dessus Rabbénou Béh’ayé
: "bien que Son trône glorieux soit dans les cieux, cependant
Il est parmi nous". C’est cela le paradoxe que veut nous enseigner
la Torah : le monde n’est pas scindé
- comme si l’invisible concernait l’autre monde et ne nous concernait
pas,
- alors que notre tâche concrète se déroulerait dans
la limite du visible, et que nous ne devrions nommer vie que cela, ici.
2. Le Rambane demande que nous prenions conscience de la véritable
réalité qui est l’union d’amour entre ces
deux états (le monde visible et le monde invisible). Hachém,
malgré la scission causée par la faute d’Adam, vient nous
redire dans sa Torah qu’Il marche avec nous, qu’Il est près
de nous et qu’Il nous apporte le bonheur.
C'est le sens du premier verset de la Torah.
La clef de cette paracha Bé'houqotaï tient en ceci :
c’est seulement notre ignorance envers cette union qui cause la séparation
de notre monde et qui annule la diffusion du bonheur et de la paix.
Le médecin qui vient nous guérir
Le Rambane nous dit que Hachém vient nous le ré-enseigner
par la Torah
et c’est en cela qu’Il est notre médecin qui vient nous guérir
: ki ani Hachém roféikha, Chémote 23, 26.
C’est l’enseignement précis du prophète Jérémie
dans la haftara où nous pouvons maintenant comprendre
la succession de ces mêmes thèmes (16, 19-17, 14) :
- Hachém, ma force ouzi, mon appui maouzi,
mon refuge ménoussi (proximité).
- le péché 'hatate... : vous avez allumé
un feu, éche qéda'htém (le déréglement
causé par l’éloignement).
- béni celui qui se confie en Hachém, baroukh
haguévér achér yivta'h baHachém.
- le coeur est malade, hallév anouche hou.
- c’est un trône glorieux sublime, kissé khavod
marom,... le lieu de notre Sanctuaire méqom miqdachénou.
- tous ceux qui Te délaissent, kol ôzvékha...
seront
confondus yévochou.
- guéris-moi, Hachém, et je serai guéri.
Les miracles continus sont invisibles
Le Rambane nous éclaire aussi sur un point capital (sur le verset
26, 11) après nous avoir dit que Hachém est notre
guérisseur : "le sens de cela, c’est que les bénédictions,
bien qu’elles soient des miracles, sont des miracles cachés
dont toute la Torah est pleine comme je l’ai expliqué".
Le sujet est si important que le Rambane a consacré les brèves
pages de son introduction à son commentaire de la Torah à
cette seule question.
Ne cherchons donc pas des miracles extraordinaires et visibles, des figures
charismatiques étranges et séductrices, des promesses mirifiques
; la Torah nous décrit notre univers qui est lui-même
miracle en tout parce qu’il est en tout l’expression directe de ce
que Hachém fait pour nous maintenant, et tout en est dit
dans la Torah, explicitement ou par allusion.
Cette paracha noiuys apprend ainsi la structure de la réalité
et celle de la terre d'Israël, comme réalité-de-la-réalité.
Il n’y a pas à chercher ailleurs car, si nous connaissons les
voies d’écriture de la Torah, tout cela nous est dit.
Et nous pouvons l'apprendre de la Torah qui est constituée du
don de cette science jusqu'à la connaissance des noms de Haqqaddoche
baroukh Hou qu’Il veut nous faire connaître.
Mais, cela, on ne peut le tirer de notre seule réflexion
sur le monde ni sur la Torah,
on l'apprendra uniquement par la connaissance reçue de la
tradition.
Les enseignements qui en découlent
Nous pouvons maintenant comprendre plusieurs dimensions explicitées
par les prophètes, et qui auraient semblé étranges
à notre esprit en dehors de ce contexte :
1- Hachém est proche, Il est amour, et Il nous
aime d’un amour impérissable (ahavate ôlam, Jérémie
31, 3). Cette expression est reprise avant la lecture du Chémâ
Yisrael.
2- Hachém nous cherche, nous appelle, demande notre
retour vers Lui, et notre acceptation entrainerait le bonheur du monde.
Il est surprenant -mais éclairant- de constater que celui qui rappelle
ce message, le prophète Jérémie dont on a lié
pour ce motif son enseignement à la paracha dans la haftara, soit
traité de "prophète de malheur" par ceux qui ferment leurs
oreilles et leur coeur : en fait, ainsi ils s'obstinent et s'assurent qu'ils
pourront persévérer à vivre dans le malheur contre
lequel nous avons pourtant reçu ces avertissements.
Le bonheur est ce que l'homme refuse le plus. L'amour également.
Car il ne se vivent que dans la réalisation concrète et réaliste
sans cette dimension complète, seule "chalom".
Ensuite, ces hommes auront, en plus, l’aplomb de parler du "silence de Dieu"
envers Ses créatures alors qu’elles ont seulement refusé
d’entendre quand il était temps.
Voici par exemple, ce que dit Jérémie (début du chapitre
4) :
"faute d’écouter vé lo chamânou, la voix de
Hachém...
Si tu revenais, im tachouv, Israël ...
Si tu écartais tes abominations, im tassir chiqoutsékha...
Et si tu jurais, vé nichbâta ...par Hachém
vivant en vérité 'haï Hachém bééméte...
en droiture et en justice mémichpate...
les peuples par Lui se diraient heureux ! vé hitbarékhou
vo..."!
3 - Hachém, Lui, n’abandonne jamais Son peuple, jamais,
même après qu’il se soit détourné, même
quand Son peuple a agi de manière à susciter les catastrophes
les plus grandes (26, 44), en collaboration tacite avec les nombreuses
forces de l’ombre qui veulent détruire Israël.
4- Exceptionnellement, nous allons citer quelques enseignements
du Zohar, simplement parce qu'ils sont dans cette ligne et n'abordent pas
des niveaux trop techniques qui n'ont pas leur place ici. Le Zohar va très
loin dans la formulation métaphorique de ce qu’est cet amour que
Hachém
souhaite de notre part, comme quelqu'un qui espère l'amour.
Il est écrit : Hachém veut tellement approcher
l’homme de Sa connaissance et de Son projet que celui qui réalise
les mitsvotes de la Torah a autant de mérite que "s’il avait fait"
Hachém.
Haqqaddoche baroukh Hou dit : "c’est comme s’il M’avait fait" (Zohar
III, 113 a).
Il nous est montré alors l’exemple le meilleur de la réponse
satisfaisante de l’homme à cette attente : c’est le roi David qui,
dans la nuit, savait entendre la véritable nature du monde animé
en permanence par le Créateur et qui, au cœur de la nuit, à
minuit, entendait les chants du monde et se levait alors pour étudier
la Torah jusqu’aux chants immenses du lever du jour et chantait le psaume
67 (Zohar II, 67 b).
Il pouvait ensuite aborder les durs combats de l’existence éprouvante
et retrouver sans cesse la réaction de louange dans ses psaumes
au milieu de chaque épreuve de la journée.
C’est dans la nuit et à l'heure de la solitude et des souffrances
qu’il est grand de garder la ligne de l’amour et du chant d’amour. C'est
simplement être "homme", "menche", en yiddish.
5 - A contrario, nous pouvons situer maintenant ces moments, tristes
et fréquents, où l’homme ne s’aperçoit même
plus qu’il oublie celui ou celle qu’il aime ; il oublie l’amour, la vie
et le bonheur. Il est concret, réduit et non complet, non "chalom".
Le verset 26, 44 de Vayiqra le montre bien : alors que dans les versets
précédents, toute la relation était en "tu", ici
c’est le "il" anonyme et distant qui s’instaure au moment où la
relation tourne à la catastrophe.
Nous avons vu ce que la Torah nous dit de la Terre d'Israël comme
résidence parfaite de Hachém et de Son chalom.
Certes, il nous laisse libre de nous boucher le coeur, et de continuer
à poser le problème de la paix et de la terre d'Israël
dans les termes qui ne sont pas la Torah, et ce sont des idéologies
étrangères qui ne prennent nullement en compte la nature
de la terre d'Israël et son Chalom divin donné. Nous sommes
placés devant un choix: plaire à ces idéologies qui
nous apprécieront apparemment de les flatter au lieu de nous placer
en Juif avec notre représentation de la terre d'Israël et
du chalom. En fait, à juste titre, ces non-Juifs méprisent
ces Juifs qui veulent les copier et se déguisant en ce qu'ils ne
sont pas.
Les Juifs qui se prosternent ainsi devant les idéologies non juives,
devraient comprendre que les peuples, quand ils font cette guerre continuelle
à Israël pour le dépouiller, c'est qu'ils reconnaissent
implicitement sa grandeur. Ils veulent dévaliser la joaillerie
spirituelle qui détient les vraies clefs de la vie; ils le pressentent.
L'erreur est simplement de penser qu'on peut les acquérir en tuant
et volant.
Vous me direz aussi: "mais on est quand même libre de ne pas
adhérer à la Torah!". Dites à vos enfant: "mais
je suis quand même libre de ne pas vous aimer!". Il y a une
phase de ce rejet apparent de ce à quoi on doit le plus: c'est
l'adolescence où on pense que l'on n'arrivera pas à se trouver
soi-même sans casser la coquille. Mais l'amour n'est pas une coquille,
c'est l'union et la vie. C'est notre problème.
Expliquons cela avec le commentaire de Rachi sur un verset de la paracha
Béhar, si proche (Vayiqra 25,38): "Je suis Hachém
votre D.ieu, qui vous ai fait sortir du pays d'Egypte pour vous DONNER
le pays de Kanaâne, pour ETRE VOTRE D.ieu". Saisissons bien
l'intentsité d'union affective de ces mots "donner... être
votre". Rachi dit:
- "Je vous ai fait sortir mais la condition en était que vous
acceptiez Mes commandements même s'ils vous pèsent.
- Je vous ai donner ce pays, mais comme récompense de ce que vous
acceptiez mes commandements. (et on arrive au plus important)
- "pour être votre D.ieu". Pour quiconque habite la terre
d'Israël, Je suis D.ieu, mais pour celui qui sort de cette terre,
c'est comme s'il adorait des idoles".
On ne peut pas trier dans la Torah ni dans Rachi. Ses mots sont impressionnants
et clairs et précis.
Je vous donne le commentaire sur ce Rachi dans Le Pentateuque de la Fondation
Lévy (Exode) page 277, note 32 : "Rachi, ici sui le Sifra
qui dit kol ha yotsé (celui qui sort) hors de la terre d'Israël;
tandis que le Talmud Kétouvote 110b indique kol hadar (celui
qui habite hors d'Israël). Tous deux avancent comme preuve supplémentaire
de leur assertion les paroles de David (I Samuel 26,19) "cat ils
m'empêchent aujourd'hui de demeurer dans l'héritage de Hachém,
disant: va servir d'autres dieux". Mais, objectent-ils, qqquelqu'un
a-t-il jamais ordonné à David de servir d'autres dieux?
Qu'il dût vivre hors d'Erets Israël (ou qu'il dût la
quitter), c'était comme si on lui ordonnait d'adorer les idoles".
Ne nous étonnons pas que la Torah bouscule et dérange comme
si on recevait une lettre d'amour imprévue. C'est bien cela la
Torah. Difficile de l'étudier, de comprendre et de faire ensuite
comme si on n'avait pas compris. Nous pourrons y parvenir, certes, comme
beaucoup. Mais pas au prix de l'honnêteté ni de la rectitude
de ce que l'on enseigne aux enfants. Nous sommes divisés, ambivalents,
etc. D.ieu le sait et nous aide. C'est pour cela qu'il nous a donné
Sa Torah. Finalement, je ne peux mieux traduire ce contenu magnifique
de la terre d'Israël et de ce que la Torah en dit que par cette photo
pris prise près de chez moi à Jérusalem cette semaine.
Voici l'un des arbres communs de la terre d'Israël, de beauté
splendide comme cet amour, et immense. Pour le montrer, j'ai pris en même
temps cette poubelle qui fait 1,50 de haut, elle est en bas à gauche.
Le symbole est net: reprochez ce que vous voulez à Israël,
la beauté divine qui y éclate est sans commune mesure.
et regardez de près, voici le dialogue amoureux qui nous est donné
dans la Torah
(Commentaire sur l'acquisition progressive de ce niveau donné
par la Torah).
1. La rectification continue. Le judaisme nous enseigne ainsi,
par l'exemple de David, que le meilleur des hommes a sans cesse
besoin d'une préparation pour retrouver son niveau, pour rectifier
les dégradations continues. Cela nous surprend ; et, pourtant,
de la même manière, nous devons sans cesse respirer, boire,
manger ; ce qui est vrai au niveau du corps l'est exactement de la même
manière sur le plan psychologique, affectif, moral, intellectuel.
2. L'indulgence. A partir de là, nous pouvons être
plus indulgents envers nous-même et envers autrui. Ainsi, quand
nous voyons un comportement déplorable chez quelqu'un, ou contre
nous, ou en nous-même, il importe de resituer le fait pathologique
dans la globalité intacte de la personne. Cette dégradation
épisodique, et répétitive, est normale.
3. Conduite psychologique personnelle. Ce qui ne serait pas normal,
ce serait de condamner globalement l'autre ou de tomber dans la dépression
devant notre propre comportement ou devant notre impuissance. Ce serait
rendre la partie qui se dégrade épisodiquement, pour le
tout : comme quelqu'un qui aurait faim et s'estimerait malade. Nous avons
reçu le temps et les années pour apprendre ainsi de notre
expérience, pour bâtir notre connaissance de l'homme, notre
"anthropologie juive". Combien d'heures les gens consacrent à se
perfectionner dans la cuisine, l'ordinateur, la bourse, les langues, la
mode etc. et ne trouvent pas normal de se perfectionner dans ce qui est
le plus important : la connaissance d'eux-mêmes et le perfectionnement
de la conduite de leur psyché.
4. Globalité, gestalt, chalom. Le livre de Vayiqra nous
enseigne que tous les plans de l'être sont interdépendants
et coordonnés. Ainsi, par le Temple et les sacrifices, un acte
bon (amour-offrande-élévation) ou un acte dangereux et nocif
(haine-faute-égoisme) sont reliés à D/ieu dans une
chaîne continue ; par exemple, pulsion-nourriture-relation-juste
hiérachie des choses et des êtres jusqu'à D.ieu. C'est
le concept juif de chalom que j'ai développé
ailleurs. Il veut dire plus complétude que "paix" et la
paix n'est qu'une conséquence de cet état qui ne trie
pas dans les composantes nécessaires. Le judaïsme a ainsi
une conception totalement holistique pour l'exprimer par un mot grec,
ou gestaltiste, pour l'exprimer par un mot allemand ; utilisons donc le
mot chalom dans son sens. Pervertir ce mot et cette vision du monde,
serait un faire un simple mot politique, et redescendre encore en faisant
de ce mot une munition dans la lutte contre des adversaires idéologiques
sans travailler au chalom-complétude de tout l'être et de
tous les niveaux. Ce serait aussi absurde que de se nourrir de vitamines
ou de médicaments au lieu d'avoir une hygiène globale, constante
et se renouvelant. Pour nous aider dans cette intégration, nous
avons besoin d'étudier avec un rabbin ou quelqu'un qui connait
la Torah vraiment.
5. Regard vers le soi. Le judaïsme présente également
une caractéristique : tout cela ne nous est pas enseigné
pour bâtir une belle image de soi ni des belles théories
psychologiques, ou philosophiques mais pour "être" et pour "vivre".
Nos Sages disent que l'orgueil dans l'appréciation de soi-même
est le 3e niveau et le pire des niveaux d'orgueil, plus grave que l'orgueil
de rivalité ou de supériorité.
6. Regard vers l'autre. Cette conception globale de la paracha
doit informer le regard que nous plaçons sur autrui, afin que nous
le situions dans tous ses richesses et dans tous ses niveaux, jusqu'à
son niveau divin (là où il est en ressemblance d'être
avec le divin, là où il est placé dans le plan divin
et dans le regard divin). Osons prendre un exemple très concret,
le regard de l'homme envers la femmme ou de la femme envers l'homme. Ce
ne sera pas d'y voir que l'élément de beauté ni la
seule dimension de réaction sexuelle, ni une qualité partielle,
ni un défaut partiel mais la situer ou le situer dans la complétude
de "tous" ses niveaux ; plus encore, dans la complétude de son
être double (adam constant et privé qui est homme et femme,
et non pas en faire mon objet d'usage fantasmatique) ; plus encore, c'est
situer tout cela dans son union au Créateur qui a été
décrite dans cette paracha. Il faudrait parvenir à avoir
sur l'autre le regard de Hachém ou, du moins, parvenir à
dépister notre regard partiel-réactif-utilisateur, parvenir
à y renoncer pour tendre à ce regard d'en-Haut et complet.
Nous pouvons dire que c'est là que doit se faire le sacrifice (qorbane)
pour être dans le type de rapprochement qui est l'ordre vrai des
choses. La Torah et les Sages nous enseignent cela. Et, de plus, nous
avons la chance d'être dans des générations où
le développement des sciences naturelles, psychologiques, sociales,
politiques nous permettent de développer nos outils d'analyse pour
y parvenir. Cependant, nous avons à aussi et d'abord à connaître
l'immense science de l'être que nous ont transmis nos Sages. Fin
du commentaire.)
Nous avons ouvert ce commentaire par une douleur immense venant de l'actualité.
| Ce qui est le plus pénible, c'est de constater que ceux qui
ont mené ainsi le peuple progressivement vers cette catastrophe
morale et politique actuelle l'ont fait par ignorance et non pas par machiavélisme.
La responsabilité revient autant à ceux qui connaissent la
Torah et qui ne l'ont pas diffusée dans leur peuple jusqu'à
ce que chacun la connaisse, aussi bien de façon intellectuelle que
vécue, et vécue ensemble. |
C'est la grandeur de Ribbi
Chimeône bar Yo'haï que d'avoir diffusé les beautés
de la Torah. C'est pour cela que tout le peuple le fête dans la joie
et l'amour à Lag ba Ômér.
La haine ne peut jamais être véhiculée contre le
peuple.
Conclusion sur tout le livre Vayiqra
Terminons le livre de Vayiqra en le reliant à son début
; nous allons comprendre, en regardant en arrière, la ligne directrice
de l’enseignement qui nous avait déjà été donnée
alors ; nous allons percevoir l’axe à travers les principaux
thèmes se relient, dans l’éclairage que nous ont donné
les commentaires des maîtres.
Le premier verset du livre Vayiqra disait :
Vayiqra él-Moché vayédabbér Hachém
élav méohél moêd lémor
"et il appela Moché et Hachém lui parla depuis
la tente du témoignage".
Après tout ce que nous avons entendu des Sages, le commentaire
de Ribbi ‘Hiya -qui relie tous les niveaux- va nous parler très
clairement (Zohar Vayiqra, III 2 b).
Il se base sur le Cantique des Cantiques 5, 1 (union-intimité-amour)
:
bati lékhani a’hoti khala (je suis entré dans
mon jardin, ma sœur, ma fiancée),
ariti mori îm-bessami (j’ai récolté mon
myrrhe et mon baume),
yaeri îm-divchi (j’ai mangé de mes rayons de miel),
chatiti yéni îm-‘halavi (j’ai bu mon vin et mon
lait).
Moché est et représente l’homme idéal et le peuple
juif, qui devraient pouvoir vivre dans la rencontre et l’union (chalom)
des deux dimensions du visible et de l’invisible.
Quand la tente de la "rencontre" (ohél moêd) fut
établie ici-bas comme ce lieu de rencontre entre le bas et le haut,
ce fut une jour de grande joie pour Hachém et Hachém
appela Moché (vayiqra) pour le rapprochement (d'où
les qorbanotes de rapprochement de la part d’un homme) car il voyait
que l'homme ne parviendrait pas à venir vers Lui par lui-même.
C'est encore notre situation.
C’est le sens de : "je suis entré dans mon jardin, bati lékhani
" et "ma sœur, ma fiancée a’hoti khala" est Israël.
Ensuite, les six noms ( mori bessami yaeri divchi
yéni ‘halavi) sont des expressions qui expriment la bénédiction
qui se répand dans tous les mondes et qui s’unit
à ce qui lui est destiné (myrrhe-baume, rayons-miel, vin-lait).
Cela se réalise par la science des qorbanotes (rapprochements)
avec les précisions et intentions qu’il convient d'y mettre. Même
si les sacrifices nous manquent pour vivre cela, nous devons le vivre
au maximum par l'étude. Et le couplage des mots deux par
deux concerne le couple des deux mondes et différentes autres unions
importantes.
En ce sens, le texte continue : ikhlou réîm (mangez,
compagnons), chetou vechikhrou dodim (buvez et enivrez-vous, amis)...
Les réîm, compagnons, sont les êtres d’en-haut
qui parviennent, eux, à toujours être unis entre eux et à
la source, tandis que le terme plus affectueux de dodim, amis,
concerne les êtres d’en-bas que nous sommes et qui ne parvenons
pas toujours à être dans l'union entre nous et avec le haut
comme il le faudrait. Et il est souhaitable qu’il y ait union à
la fois dans chaque monde et entre les mondes.
Vraiment, être Juif, c'est magnifique. Certains aiment l'art, la
musique, mais rien n'a cette dimension plus que cosmique. Divine et humaine.
Il a créé les cieux et la terre et l'homme. Pour le connaître
et l'aimer.
Et toutes les méchancetés de l'histoire n'y changeront rien.
Le livre du Lévitique, Vayiqra, est ce moment d’appel où
-explicitement- Haqqaddoche baroukh Hou explicite au peuple d’Israël
son plan, son désir, la relation qu’Il souhaite et comment
y parvenir. Nous ne pourrons plus dire : nous ne savions pas.
Ce beau programme, ces beaux messages nous font comprendre pourquoi
c'est le livre de Vayiqra que l'on apprend d'abord aux enfants, car il
est le centre et le coeur de la Torah, le troisième
des cinq livres.
Après tous ces enseignements de la tradition, nous ne verrons
plus le livre Vayiqra comme un texte compliqué parlant de rites
insolites et antiques. |
Nous savons mieux ce qu'est ce don des différences d'être et de
niveau qui nous ont été donnés pour que nous puissions
livrement nous réunir et unir. C'est notre tâche d'humains.
Comme m'a dit cette semaine un petit garçon de 5 ans et demi que
j'aime beaucoup, me voyant revenir du travail et qui m'avait demandé
il y a quelque temps quel était mon métier : "est-ce que
tu as calmé des gens aujourd'hui ?" et, comme il y avait au dessus
de nous la nuit étoilée de Jérusalem et la lune proche
de sa plénitude, il a ajouté : "est-ce que tu as prié
et dit merci pour la lune ?". N'y a t'il pas de quoi pleurer pour cette
immense intelligence des enfants ? et pour leur capacité de dire
l'essentiel.
Que le Créateur accorde de tels enfants à ceux qui se marient
en cette époque, et que nous ayions l'intelligence de ces enfants
pour entendre tous les dons constants et les appels que nous recevons.
Et que chacun vive la plénitude et la proximité de l'Adam
dans lequel il a été créé. Yaâqov-Israël
patriarche de la complétude nous a enseigné que tout cela
est très complexe et très progressif.
Que le Créateur veuille révéler à nos dirigeants,
et au peuple, la grandeur et la fonction de la terre d'Israël et
de notre peuple.
Que, après Lag ba Omér puis en la 6e semaine consacrée
à l'amélioration de la relation sexuelle, tout le plan d'union
se réalise pour chaque être afin que chacun puisse vivre
dans le bonheur l'être unique dans lequel il a été
créé.
Que le Créateur nous donne des Sages qui instruisent le peuple
ignorant, et qu'ils lui fassent découvrir que la vie est la Torah..
Rappels pour l'intégration personnelle
1. Sortir de ce texte
- tous les thèmes et y ajouter notre apport personnel et nos
interrogations et projets.
- tous les mots et expressions indiquées en français
et hébreu et les apprendre par coeur.
2. Relire la paracha dans ces axes, en y revenant car le rythme
de passage à une autre paracha chaque semaine ne permet pas d'assimiler
tout ce qui nous y est proposé.
3. Regarder la beauté de la lune,
lien modeste entre ici et ailleurs, entre la lumière et l'obscurité,
entre le brisé et la complétude. Que ce signe placé
sans cesse chaque jour devant nos yeux éveille notre sensibilité
et notre espoir. Je vous le souhaite à chacun. Béémet,
vraiment.
Etude pour étudiants avancés (second
niveau)
Comment prier
pour sauver la terre d'Israël ?
Cette question m'est souvent posée.
Avec prudence et en me basant uniquement sur les enseignements
de nos Sages, je vais tenter d'y répondre.
I. La prière individuelle (aspects généraux)
I.1 Conditions préalables
D'abord, une prière n'est exaucée que
- si nous faisons "téchouva" auparavant, c'est-à-dire
si nous ne la faisons pas dans notre intérêt mais pour vivre
selon le plan de bonté de Hachém,
- si nous regrettons avec précisions nos erreurs et fautes passées
et actuelles, les avouons, les reconnaissons (vidouï),
- si nous avons la ferme intention de ne plus continuer dans cette
voie, si nous rompons maintenant avec ces pratiques,
- surtout, si nous réparons le mal que nous avons fait à
autrui matériellement, financièrement, contre son honneur
ou par toute nuisance de médisance (lachone ha râ).
Ce sont les conditions préalables, sans lesquelles il est inutile
d'espérer la moindre écoute du Ciel.
Ensuite,
- la prière doit venir du profond du coeur,
- la prière individuelle doit se faire en plus de la prière
collective obligatoire (les trois prières
du jour : matin ou cha'harite, après-midi ou min'ha,
soir ou ârvite).
A chacune de ces prières nous demandons que nos yeux puissent
voir Son retour à Sion par l'effet de Son ra'hamim, de Sa
miséricorde (vé té'hézéina êinénou
bechouvékha lé tsione béra'hamim)
et nous disons : Béni es-Tu qui fais revenir (maintenant) Sa
chékhina
(Sa présence) vers Sion, baroukh ata Hachem hamma'hazir chékhinato
léTsione.
Voyez aussi dans la prière de Moussaf (office supplémentaire)
à Chabbate : nous demandons "que Tu nous fasses monter en joie vers
notre terre" (ché taâlénou bé sim'ha lé
artsénou) et que Tu nous plantes dans nos frontières"
(vé
titaênou vighvoulénou). C'est bien le sujet de la préoccupation
dont nous traitons.
Quant à la prière après le repas, donc dite chaque
jour, un tiers de la prière est consacré à la terre
d'Israël, allez le voir.
| Tout ceci nous montre combien le thème de la terre d'Israël
n'est pas politique mais c'est une entité vivante et le coeur du
dispositif de l'union de D.ieu et de l'homme, le coeur du dispositif du
bonheur de l'homme dans les bénédictions de la Torah qui
se diffusent pour le bonheur du monde entier. |
Les Sages ont donc choisi les meilleurs mots pour le demander.
- la prière doit se faire dans les mots transmis par nos Sages
qui seuls connaissent toute la science de ces communications.
Comme nous ne parviendrons pas à avoir ce niveau, l'intention
sincère de l'avoir et de rester dans la concentration vers ce but
suffisent, et cela passera même dans les mots simples de notre coeur.
I.2 Dans quels mots exprimer notre demande ?
I.2.1 Les psaumes
L'un des psaumes indiqués souvent par nos Sages pour demander
d'être exaucés est le psaume 28.
Il est particulièrement adapté à la demande de
salut pour la terre d'Israël et pour le peuple d'Israël.
Des psaumes demandent particulièrement le salut face aux ennemis
et la protection contre leurs desseins maléfiques :
psaumes 35, 36, 44, 48, 53, 54, 60, 70, 74, 83, 88, 109, 118, 125.
Leur nombre montre combien cette épreuve fait partie du défi
que nous avons à relever.
I.2.2 Les psaumes de chaque jour
Il y a aussi un psaume particulier à chaque jour qui doit soutenir
le peuple en ce jour :
- 1e jour de la semaine (dimanche), psaume 24.
- 2e jour de la semaine (lundi), psaume 48.
- 3e jour de la semaine (mardi), psaume 82.
- 4e jour de la semaine (mercredi), psaume 94.
- 5e jour de la semaine (jeudi), psaume 81.
- 6e jour de la semaine (vendredi), psaume 93.
- 7e jour de la semaine (chabbate), psaume 92.
I.2.3 Les autres prières rédigées par nos Sages
pour la terre d'Israël.
Il est interdit à celui qui n'est pas un éminent élève
des sages (talmid 'hakham mouvaq) reconnu par les Sages eux-mêmes
de composer des prières pouvant être utilisées par
d'autres. En effet, l'ignorance des voies ouvertes par les termes pourrait
conduire à des résultats opposés, et ce serait faire
preuve d'ignorance que de se lancer dans cette aventure. Précisons
bien que le chant spontané du coeur est évidemment permis
et, plus, indispensable.
Un exemple de ces compositions par nos Sages : Le Ram'hal,
Ribbi Moché 'Hayim Luzatto a composé de telles prières
axées sur la demande de salut pour Israël. Elles ont été
rassemblées en un livre intitulé Téfilot LéRamhal,
par le Rav Mordékhaï Chriqui, aux Editions Ramhal de sa Yeshiva
du Ramhal à Jérusalem. Ce Rav est francophone également.
Ces prières sont particulières et précisément
adaptées aux circonstances actuelles, dans ces temps où les
attaques augmentent contre le peuple d'Israël, sa terre et sa Torah,
tant de l'extérieur que de l'intérieur du peuple.
De nombreux Sages interprètent cela, sur la base du Talmud,
comme une époque qui est proche de la libération finale d'Israël.
Mais il ne faut pas considérer cela de façon magique
ni penser que de tels signes, exacts, assurent l'issue inévitablement.
En effet, la Torah donne chaque jour toutes les conditions du salut
et de libération (guéoula). Et elle le dit dans l'expression
"ha
yom" "aujourd'hui" employée plus de 500 fois dans le Tanakh.
Si nous le voulons, Haqqadoche Baroukh Hou a tout donné et
donne tout pour que l'ordre optimal des choses se réalise aujourd'hui.
Pas besoin de nouveaux gourous pour cela.
Maintes fois dans l'histoire, nos maîtres ont averti que le temps
de la guéoula (libération finale) était arrivé
et que tout était propice si nous faisions téchouva (retour,
pénitence), mais le peuple n'a pas fait alors ce qui lui était
expressément demandé. Il n'y a pas d'issue fatale ni
de Rav charismatique qui verrait prophétiquement que cela va inévitablement
se produire maintenant.
La tendance à la crédulité magique en ces matières,
ou à la confiance "allumée" envers de soi-disant prédictions
qui sont colportées, est simplement un reste de nos liens avec le
êrev
rav, ce peuple qui suit tous les faiseurs de prodiges depuis l'Egypte.
Cela ne fait que retarder la venue de cette libération qui repose
essentiellement sur la téchouva et non sur la docilité
magique à quelqu'un ni à quelque chose.
Nous avons reçu les seuls signes : c'est la Torah de Moché
Rabbénou, avec l'éclairage donné par nos maîtres
qui ne font eux-mêmes que transmettre. Celui qui prétend renouveler
le destin par une nouvelle voie donne le signe même qu'il n'est
qu'un imposteur et prend son public pour des ignorants de la Torah qui
nous a donné les mise en garde et a analysé toute ces situations
de supercherie à l'avance.
En terminant, il faut citer une source qui a nourri toute cette étude,
c'est le magnifique commentaire de Ribbi Yaâqov
Abou'hatséira dans Ma'hsof halavne. Ses mots sont lumière.
|
-- |