31e Paracha : Emor "Dis" - Vayiqra (Lévitique)
21, 1 - 24, 22
Lecture et étude des
Pirqé Avote (lien ici).
Haftara: Ezéchiel chapitre 44: vision sur le bon usage du Temple
par les Juifs.
La paracha précédente
(Qédochim, ici pour ceux qui ne l'auraient
pas étudiée en même temps que A'haré mote)
disait clairement que nous aurons la terre d'Israël, lieu de la
Présence divine, dans la mesure où nous vivrons selon
la Torah et sur cette terre.
Cette étude-ci centre davantage sur la dimension personnelle
de la sainteté (qédoucha).
Elle comprend trois étapes, suivant la capacité et la
volonté d'approfondir.
Imaginez vraiment que nous allons faire cette étude ensemble,
pas à pas, comme je la fais,
réfléchissant, allant aux sources et références,
confrontant les commentaires.
Nous découvrirons que les prescriptions données aux Cohanim
nous concernent très intimement
et que nous pouvons découvrir les voies de la sanctification
juive uniquement par l'étude.
Introduction importante
Le Rav Chalom Messas, zal, dans son commentaire Vé'ham ha
chéméche, reprend ce que dit le middrache, souligne
le fait que la paracha fait l'éloge des Cohanim et surtout de
Aharone, et montre leur niveau tellement élevé dans toutes
les pratiques. Mais surtout Aharone est louangé pour la qualité
de son silence après la perte de ses enfants. Ces deux faits
sont donc en relation et veulent nous enseigner quelque chose. Et le
middrache nous éclaire en disant: yiréate Hachém
téhora ômédéte laâd, la crainte
envers Hachém est pure et subsiste pour toujours. Cela
veut dire qu'il y a deux sortes de crainte ou de révérence
envers Hachém: celle qui relève de la peur d'une
punition (ônéche) et ne porte pas des fruits de
longue durée, car elle est mue par la peur d'une maladie ou d'un
danger à encourir, mais il y a celle qu'on appelle yiréate
haromémoute, la crainte du niveau très élevé
envers Hachém seul, et celle-là est pure, ne
disparaît pas et porte ses fruits constamment. C'est celle d'Aharone
qui nous est décrite, pour que nous allions selon son modèle
de pureté. Car les Cohanim sont le modèle de l'humain
idéal pour notre enseignement.
Synthèse simple de la paracha : mitsvotes et thèmes
Après avoir lu la paracha, on découvrira cet axe-ci.
La paracha Emor comprend les mitsvotes 263 à 325.
Elles prennent des mesures pour organiser la pureté la
plus grande chez le Cohén Gadol (Grand Prêtre) dans
les différentes conditions de vie où il pourrait être
en contact avec des expressions de l’imperfection (impureté,
infirmités, échecs dans les relations humaines et de couple
et, surtout, dans l’absence de développement du processus vital
qu’est la mort).
Ce principe général est ensuite appliqué en ce
qui concerne les offrandes, les sacrifices et les fêtes : Pessa’h,
Ômér,
Chavouôtes,
Roche
ha chana, Kippour,
Souccote.
La pureté du Cohen concerne le fait qu'il ne se mettra pas
en contact avec la mort hormis le cas de rendre les derniers devoirs
aux 6 proches (père, mère, fils, fille, soeur, frère,
en Vayiqra 21, 1-3). Cela est la base des rites juifs de deuil envers
les proches définis par ces 6 catégories. Le Grand Prêtre
sera même soustrait à ces contacts. Voir le Choul'hane
Aroukh, Yoré Déâ 369-373.
Ensuite, sont définies toutes les catégories d'épouses
interdites au Cohen en fonction de la manifestation la plus grande
de la vie qu'il doit manifester (prostituées, veuves,
divorcées, etc. en Vayiqra 21, 13-15) et celles qui lui
sont permises.
Ensuite, la pureté qui doit être présente dans tous
les sacrifices, tant pour les offrandes que chez les offrants, au ch.
22.
Tout cela est pour ne pas porter atteinte à Hachém
mais afin de sanctifier Son nom (Vayiqra 22, 32...).
Après l'organisation de la sainteté dans l'espace des
personnes, le texte précise l'organisation de la sainteté
dans le temps des personnes, par les fêtes. Lire, dans cette
ligne, le ch. 23. Et se reporter aux liens des fêtes, ci-dessus.
Entrée dans le sens du thème
Il ne suffit pas de lire la paracha comme un texte extérieur
de mathématiques ou de droit.
Elle est écrite pour nous transmettre un message d'existence
et un plan divin. Même dans ce qui semblerait en être
des principes généraux. Il faut entrer dans l'intérieur
du texte par l'intérieur de notre être :
1. Le Cohen Gadol manifeste la volonté
de rénovation de l’homme.
2. De sa sainteté, nous devons apprendre comment vivre, comme
lui, pour nous rapprocher le plus de Hachém. Comme
lui-même procède, nous devons tout faire pour éviter
de prendre de la distance par rapport à cette sainte présence
; et cela, sur tous les plans de l’être, de la pensée,
des relations et des actes.
3. Cette paracha est particulièrement intéressante sur
le plan de l'étude car elle nous démontre que, si l'on
peut saisir un sens global comme nous venons de le faire, la
Torah nous incite à une rigoureuse analyse intellectuelle
pour nous faire comprendre combien ce que la Torah demande doit saisir
finement tout notre être.
4. Il va de soi que l'on ne parvient pas à faire cette analyse
si précise dans la solitude car, seul, on ne peut pas avoir assez
de perspicacité pour éviter nos erreurs, la lassitude,
les incompréhensions, les blocages sur un point ; à deux
ou en groupe, ou dans une relation d'enseignement comme ici, cette étude
est possible. On voit l'intérêt de l'étude individuelle
comme préparation ; mais, ensuite, il faut la mise en commun.
La tradition a inventé l'échange ('hévrouta)
depuis des millénaires ; mais ce ne peut être valable que
s'il est préparé et guidé, par des gens qui prennent
l'habitude d'étudier.
Pour comprendre la Torah, il est impossible de "surfer" rapidement.
Avancée dans l'analyse : étude
de l'application à la période du Ômér
Ce contexte général prend une forme précise car
les versets y parlent de l’Ômér (Vayiqra 23, 9 -
22) : "Hachém parla à Moché : parle aux
enfants d'Israël et dis-leur : quand vous serez arrivés
dans le pays que je vous accorde et que vous y ferez la moisson, vous
apporterez un ômér (dose) des prémices de
votre moisson au Cohén. Il balancera ce ômér
devant Hachém... puis vous compterez, depuis le lendemain
de la fête (de Pessa'h)...
sept semaines Chavouôtes
qui doivent être entières... soit cinquante jours,
et vous offrirez une oblation nouvelle à Hachém"...
Il faut aller lire tout ce passage qui se termine par ces mots de morale:
"les glanes de la moisson, abandonne-les au pauvre et à l'étranger
: je suis Hachém votre D.ieu".
|
Volumes dans la Torah
|
Equivalences (environ)
|
| Efa |
25 litres |
| Séa |
8, 3 litres |
| Hine |
4, 1 litres |
| Ômér |
2, 5 litres |
| Kav |
1, 4 litre |
| Log |
0, 3 litre |
| Réviîte |
86 cm3 |
| Béitsa |
57 cm3 |
| Kézayite |
28 cm3 |
La méthode dans l'étude
Comme chaque fois, nous allons prendre appui sur les trois maîtres
: Rachi,
Rabbénou Bé'hayé et le Chla haqqaddoche.
Sans eux, nous ne pourrions pas comprendre. Notre analyse, guidée
par eux, va donc être progressive et lente.
Reprenons le texte ; nous y découvrons trois obligations :
- apporter au Temple, en plus de quelques sacrifices et offrandes, les
prémices de la moisson d’orge,
- les offrir en les balançant dans les différentes directions
pour symboliser que la bonté viendra de toutes parts, et elle
seulement, comme le suggère Rachi ;
- compter à la fois les jours et les semaines qui séparent
Pessa’h de Chavouôte. Cherchons-en le sens.
La recherche du sens à travers
Rachi
Nous continuons ici de nous
initier à la connaissance de la méthode de Rachi.
Il nous indique toujours des sens élevés à travers
des précisions ; ainsi il dit ce qu'est le ômér
: âssirite haéfa; kakh aya chéma, un volume
de la mesure qui est le 10ème de la éfa (il ne
précise pas sa source qui est Chémote 16, 36 ; la éfa
fait 25 litres, donc le ômér fait 2 litres et demi).
Puis son insistance sur certains points nous indique une ligne de lecture
dans ce que nous recherchons : le fait de devoir être purs.
Ses indications concernent :
- "dans toutes vos demeures" (békhol mochevotéikhém),
au verset 23, 14 ;
- le fait que les semaines "doivent être entières" (témimote
tiyéna), au verset 23, 15 ;
- "ils seront consacrés" (qoddéche yiyou), au verset
23, 20 et il souligne que le niveau de l'offrande par la communauté
a un plus grand degré de sainteté que celle du particulier
(chalmé-tsibour chéhéne qadché qadachim)
;
- au pauvre et à l’étranger "abandonne-les" (taâzov
otam), au verset 23, 22.
Maintenant que nous connaissons quelque peu la méthode de Rachi,
nous pouvons essayer de nous centrer sur ses indications précises
et, par réflexion, y découvrir des sens multiples et élevés.
Que le lecteur réalise cet exercice de recherche du sens à
partir de chacun de ces mots, avant même de lire la suite de cette
étude.
Rachi attire l'attention sur chacun de ces
mots : "hana'h lifnéhéim véhém yilqetou,
vééine lékha lésayéâ léa'had
méhém, pose devant eux et eux ramasseront, et tu
n'as pas à aider spécialement l'un d'eux". Qui cherche
en ces mots, y trouvera les règles de conduite intérieure
et extérieure pour atteindre à cette pureté de
l'être dont parle la paracha. Egalement des principes éducatifs
importants.
La recherche du sens à travers
Rabbénou Bé’hayé
Nous
connaissons également bien sa méthode : elle consiste
à voir d'abord ce qu'en dit le Roi Chélomo, Salomon, dans
les Proverbes (Michlé) et les règles de comportement,
ensuite bien situer le sens précis comme Rachi, puis y ajouter
explicitement les autres sens plus élevés (symbolique,
logique), et le plus intérieur (le sod).
Premier exemple
Donc, Rabbénou Bé’hayé insiste également
sur cette approche que j'essaie de faire percevoir et qui va, en
trois étapes, du précis à l’intériorité
et jusqu’aux niveaux élevés : quand le verset 23,
15 dit ousefartém lakhém(et comptez pour vous),
cela indique une prescription qui concerne chaque membre individuellement,
comme au verset 40 quand il est dit "vous prendrez" le loulav (ouleqa’htém
lakhém) : c’est une tâche concernant "chacun", afin
que lui compte, examine, juge, et se souvienne, comme l’explique le
traité Mena’hote 65 b.
Cela concerne tout un chacun (lékhol é’had véé’had).
Les commentaires insistent pour donner le sens de l’importance de
ce travail intérieur individuel.
Et l’essentiel de la mitsva, dit Rabbénou Bé’hayé,
c’est de commencer à compter tout-de-suite et de ne plus s’arrêter
en apportant à Hachém ; l’important, c’est d’apporter
de l'intérieur de soi l’offrande, et de le faire en réalité,
plus que la matérialité du sacrifice ; le sacrifice
n’est là que pour l’offrande : hiné hamména'hote
îqar hammitsva ; lo îqar haqqorbanote.
Deuxième exemple : importance
de la grammaire de la Torah
Rabbénou Bé’hayé nous montre aussi que la beauté
concise des commentaires de Rachi ne peut pas être perçue
si on ne connaît pas la grammaire de la Torah. Suivons la technique
de la recherche du sens.
Au verset 23, 16 si l’on n’avait pas pris garde au atna’h
(signe de ponctuation indiquant la moitié de la phrase, correspondant
un peu au point virgule)
on aurait pu lire, en se trompant : "jusqu’au lendemain de la septième
semaine vous compterez cinquante jours" ; mais l’attention au atna’h
(voyez-le, placé entre "hamichim, cinquante" et "yom,
jours", et donc coupant cette expression) fait lire exactement le texte
comme ceci : "jusqu’au lendemain de la septième semaine vous
compterez cinquante (atna’h donc coupure) jours et vous offrirez
une oblation nouvelle à Hachém". Rachi dit : "
jusqu’au" (dans "jusqu’au lendemain de la septième semaine" veut
dire) non compris (vé loâd bikhlal véhén
arbaîm vétichâ yom) et donc il y aura 49 jours
et non 50.
A travers cette recherche de Rachi, nous comprenons qu'on discute de
la nécessité d'un travail continu et exigeant sur nous-mêmes
et qui doit aller jusqu'au bout. Mais peut-on aller jusqu'à
ce but, jusqu'à cette chlémoute, cette plénitude
de 50 ou seulement jusqu'à l'approche de 49? En fait, que ce
soit ou non possible, il faut y tendre, et ces semaines seront alors
complètes.
Précision par un autre taâm
Rabbénou Bé’hayé apporte un autre élément
qui nous permet de comprendre : entre "vous compterez (tisperou)"
et "cinquante ('hamichim)", il y a un petit signe (taâm)
qui indique une petite coupure du sens, un signe disjonctif, en forme
de virgule inversée sous la lettre reiche du mot tisperou,et
donc il faut lire "vous compterez" et ensuite lire "cinquante jours
vous offrirez une nouvelle oblation à Hachém" comme le
dit Rachi : "vous l’offrirez le cinquantième jour".
Ce petit signe de lecture qui change la mélodie quand on lit
la Torah tout haut (nommé suivant les communautés tipe’ha
ou tar’ha ou de’hi) se trouve placé, soit avant
la fin d’un verset (avant le sof passouq), soit avant la moitié
du verset (avant le signe de étna’hta ou atna’h).
Il amène des découpages très importants qui ouvrent
de multiples lectures comme sous le premier mot de la Torah (beréchite),
ce qui a donné l’ensemble des commentaires et des traditions
des Tiqqounéi Zohar.
Nous pouvons passer maintenant du niveau de cette précision grammaticale
apportée par ce taâm (goût, sens) à
d’autres niveaux, car le taâm est toujours un mot qui relie
les différents niveaux du "sens", depuis le plus précis
jusqu’au plus intérieur très ressenti par la néchama
; nous comprenons alors que nous devons aller par notre travail jusqu’au
49e degré de purification, mais qu’il y a un arrêt entre
le 49e et le 50e degré dans la possibilité de notre marche
car le 50e est de l’ordre de l’union totale qu’on ne peut partager
ni continuer à vivre ici sur cette terre temporaire, ainsi
qu’il a été dit à Moché lui-même.
La recherche
du sens (de compter, de jours et de semaines) par le Chla
Sur ces bases, nous pouvons aborder les commentaires du Chla sur le
Ômér qui se trouvent dans sa Massékhète
Pessahim (Edition Rabbi Meyer Kats, pages 118 et 242 sq.).
Quand
nous disons "hayom", aujourd'hui, dans la bénédiction
du Ômér (par exemple, "aujourd'hui 14e jour
du Ômér...), nous accomplissons cette "mitsva
de compter" car nous prenons en compte l'instant de maintenant avec
précision, et nous l'ajoutons aux instants précédents
; et il faut bien compter à la fois les jours et les semaines
car il est dit au verset 23, 15 : "vous compterez chacun, depuis le
lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert
le Ômér du balancement, sept semaines complètes",
comme le dit le Traité ‘Haguiga 18 a. (Ici, il serait
bon de lire dans le Choul’hane Aroukh, Ora’h ‘Hayim 489 a). Quel
est le sens de cela : cherchons-le nous mêmes avant de recevoir
les réponses qui suivent. (Pause).
Continuons maintenant. Les Tossafotes indiquent que les jours sont
pour l’accroissement dans la qéddoucha et les semaines
pour la plénitude (yomé la qodéche,
atséréte chevouî la tachloumé). Et, comme
le Temple n’est pas encore rebâti dans sa plénitude, nous
disons ensuite yéhi ratsone ché yibané véite
hammiqqdache (qu’il soit rebâti, cf. Tossafotes de
Méguila 20b, dibbour hamat’hil "kol"). L'arrière-plan
de cela est que nous sommes destinés à être sanctuaire
nous-mêmes. Ainsi, dit le Chla, le compte concerne certes
l’individu précis (le corps, le gouf) mais prélever
de sa moisson et l’apporter concerne bien le Temple, la véritable
plénitude de tous les niveaux et de tous les êtres ensemble.
En ce point, le Chla loue sa communauté
de Prague qui disait cette bénédiction en collectivité.
Nous comprenons maintenant pourquoi.
D’abord, dit-il, cette combinaison des jours et de la semaine agit en
référence aux actes de la Création. Il y a sens
que ce processus initial et créateur se soit réalisé
par une scansion, jour après jour, et jusqu’à l’achèvement
de la semaine : six fois un, plus une plénitude. C'est d'ailleurs
la scansion de la prière de Ribbi Né'hunéiya ben
Haqana que nous
indiquons chaque jour. Chaque verset y comprend 6 mots comme les
6 jours de la semaine, puis les inittiales des mots forment le 7"
jour de plénitude.
De même, le renouveau de la Création (comme nous le disons
dans chaque qiddouche) se réalise dans la sortie d’Egypte
; cette expression yétsiate mitsrayim est citée
50 fois dans la Torah car c’est une expansion de la bonté d'En-haut,
en ses 50 portes de pureté et de sainteté et 50 marches
progressives. C'est notre cadre du 50.
La part du Créateur et notre part
du travail
Cela n'a pas été achevé totalement à Pessa'h,
après l’acte d'une libération qui était dûe
à la seule bonté du Créateur, puis les mondes se
sont distanciés à nouveau ; c’est à l’homme de
faire maintenant sa part de travail pour se rapprocher. Et quand
il "compte", il fait cette évaluation de soi-même
et dépasse un niveau puis un autre, jusqu'au dernier.
Cela est explicitement décrit dans ce contexte dans les textes
de nos Sages, dit le Chla.
On peut objecter et trouver curieux ce retrait de la puissance de libération
après la fête de Pessa’h, puisque l’adage est bien connu
: "baqqéddoucha lo yoredine baddargua, on ne redescend
pas dans les degrés de sainteté".
La direction sûre du travail de
purification : de soi à la famille et à Israël
Le Chla nous transmet des textes du Zohar et dit, par là, qu'il
est possible de nous appuyer sur un texte du Zohar quand il transmet
un éclairage simple mais non pas des sens ésotériques
incompréhensibles pour les non-initiés. Le Zohar II 182
b fournit la solution de cette énigme apparente de la Torah.
Il est écrit (en Vayiqra 16, 6, 11, 17) que "Aharone a rapproché-sacrifié
le bétail immolé pour la faute et il a sanctifié
pour lui-même et pour sa maisonnée (véhiqriv
Aharone éte par ha’hatate achér lo vékhipér
béâdo ouvéâd béito).
Cela nous explique qu'il devait donc
- d’abord se sanctifier lui-même et
- ensuite le faire envers sa maison, sa famille.
Ainsi pour toute sanctification, elle doit d’abord s’exercer par
cercles concentriques, depuis l'intérieur vers l'extérieur
: d'abord envers soi-même puis, par marches et paliers, s’exercer
ensuite envers la famille et aller jusqu’à Israël, nous
allons le voir. Strictement dans ce sens. Le travail de purification
demandé ne commence pas par des grandes théories politiques
ou religieuses lancées contre les autres.
C'est pour cela que sur le site Modia
une
grande importance est donnée à toutes les dimensions psychologiques
et existentielles de la vie pour que la qédoucha y réside.
Ainsi en est-il également pour la démarche envers Israël
qui est knéssète yisraél, la communauté
d’Israël, la "maison d’Israël" ; de là, de cet intérieur
se fait la remontée pour atteindre les jours saints d’En-Haut.
Et le rapport de progression, à ces niveaux élevés
est dans un rapport progressif de 1/7 : six marches avant de parvenir
à un palier, six jours avant de parvenir au chabbate de la semaine
; ainsi, de même pour ce que nous devons faire : c’est de remplir
nos jours d’ici-bas de la sainteté, de la qéddoucha
d’En-Haut pour que, de jour en jour, lentement et modestement, nos semaines
soient pleines et soient rapprochées de la qéddoucha.
Le second passage du Zohar qui traite de
ces questions (III, 95 a) décrit cette réparation comme
une demande de la part de Hachém envers knéssète
yisraél, la communauté d’Israël. Lisons le verset
du Cantique des Cantiques (Chir hachirim 5, 2) : "je dors mais
mon cœur veille, la voix de mon bien-aimé frappe à la
porte et Il dit : ouvre-moi, ma sœur, mon aimée, ma colombe,
ma parfaite, car ma tête est pleine de rosée...".
C’est la knéssète yisraél qui parle et elle
dit qu’elle reste en état de veille dans la dispersion d’Egypte
et dans les souffrances de l’esclavage ; et le Bien-aimé, c’est
Haqqaddoche baroukh Hou qui se souvient de Son alliance.
Il dit "ouvre-moi, même comme la petite ouverture qu’il
y a dans une aiguille et, alors, Moi Je t’ouvrirai en grand les
portails d’En-Haut ; c’est toi seule qui peut ouvrir Mes portails et
si tu ne le fais pas, Je resterai fermé et on ne Me trouvera
pas. Ouvre-Moi donc pour qu’on puisse s’unir pour toujours". C’est
ce qu’a dit David dans le verset du psaume 118 : ouvrez pour moi les
portails saints... c'est le portail pour Hachém,
pit'hou li chaâré tsédéq, ... zé
hachaâr laChém.
Le Chla dit que cela suffit d’avoir parlé ainsi. Celui qui voudra
vivre vraiment cette réalité d'union que D.ieu révèle
à Son peuple Israël y trouvera la voie, en les méditant
et en les vivant..
Tirons-en quelques leçons précises
:
- une libération globale, politique et théorique
est insuffisante ;
- elle est fausse si elle ne commence pas par la libération intérieure,
par la vie en "sensibilité à la sensibilité
d'autrui" cf les pages du site sur la fraternité
(lien) et sur la mitsva de "tu aimeras
l'autre comme toi-même (lien)".
- la libération demande à se concrétiser chaque
jour, dans le concret de l'existence ;
- elle doit être entreprise systématiquement et
progressivement, selon une méthode ;
- si l'homme ne le fait pas, les libérations espérées
ne viendront pas comme des cadeaux de loterie. La sortie d'Egypte suffit,
comme promesse globale ; nous y avons tous les enseignements.
- mais, ensuite, seul l'homme peut ouvrir les vannes de la bénédiction
; qu'il ne s'étonne pas et ne se plaigne pas si elle ne vient
pas ; c'est qu'il n'aura pas utilisé la clef qui lui avait été
remise. Qu'il ne parle pas alors d'un silence de D.ieu, car ce serait
une falsification.
- le ômér est la stratégie et la tactique
précises pour ce travail.
|
Ces règles sont particulièrement
importantes en notre époque où beaucoup pensent
que le salut viendra seulement d'options politiques, de votes,
ou d'intervention divine magique.
|
De toute manière, ce qui ressort
de là, dit le Chla, c’est que l’homme doit -chaque jour et de
jour en jour- réparer les conduites en chaque particularité
car ces jours du Ômér sont aussi des jours de la
rigueur (le dine). S'il ne le fait pas, la tentative de libération
amorcée n’en échouera que davantage, comme cela s’est
produit pour les 24000 élèves de Ribbi Âqiva. Ce
serait alors une inversion de la Torah de vie. La salut d'Israël
passe par ces règles.
Les Sages, sur cette base, ont établi l’ordre des prières
et des intentions qui orientent cette action de purification à
l'image d'Aharone, pour chaque jour et pour chaque semaine.
Par exemple, dans Tomer Devora, Ribbi Moché Cordovero
nous
apprend comment travailler (lien ici) à l’amélioration
concrète de chaque attitude de l’homme, de chaque midda,
pour que chacun se rapproche de plus en plus de Son Créateur
qui l’a fait à Son image. Alors les portails s’ouvriront et...
Dernière conclusion :
seule l'étude sérieuse, minutieuse, et avec les méthodes
des Sages peut nous donner de tels enseignements.
Au contraire, une philosophie vague, une religion vague sur la Torah,
sont dangereuses. De même, une étude sans l'éclairage
des Sages et sans l'aide de ceux qui ont appris la tradition. On sait
les dégâts causés par la mauvaise interprétation
de versets par les ignorants : ainsi, ne connaissant pas les règles
de ponctuation de la lecture de la Torah, ils ont lu "béni est
celui qui vient au nom de D.ieu" comme si cet homme venait de D.ieu
et était de la nature de D.ieu lui-même, alors que
la connaissance de la ponctuation dans la lecture de la Torah, fait
lire par tout étudiant sérieux : "est béni, au
nom de D.ieu, celui qui vient". On voit les conséquences graves
de l'ignorance et de substituer des constructions bien intentionnées
à la parole de D.ieu lui-même et qui est rigoureuse. Ensuite,
toujours, l'histoire devient une suite d'horreurs sanglantes car le
pilotage est perdu.
La Torah n'est Torah de vie que dans l'étude avec ceux qui connaissent
la tradition et la transmettent. Ils existent ces rabbins et ceux qui
ont étudiés, prêts à transmettre. Elle est
vivante cette Torah de connaissance rigoureuse, dans le peuple juif.
Cours de 2e niveau
Je dédie cette étude aux personnes que je reçois
en conseil familial,
également soucieuses de se comprendre par elles-mêmes
et selon la Torah.
Émor, parler,
et daber dire
Comment une étude précise de la langue de la paracha
nous montre le lien de la Torah à l'éducation des enfants
La clef est dans les mains de Rachi
Dans sa brièveté coutumière, Rachi pointe une question
essentielle. Le premier verset a toujours un mot qui donne le titre
à la paracha, il faut savoir qu'il en donne aussi l'axe. Ce mot,
dans notre paracha, est Émor, "parle". De plus,
ce mot va y revenir sous trois formes différentes. Cela suffit
pour nous faire comprendre qu'il est particulièrement important
et doit susciter notre étude.
Cela, d'autant que tout ce troisième livre de la Torah est placé
dans la relation de parole (Vayiqra,
il appela).
Le texte du 1e verset de notre paracha est ceci, littéralement
: "et il dit Hachém vers Moché, dire
vers les cohanim fils d'Aharone ; et tu leur diras à l'homme
qu'il ne se rendra pas impur dans son peuple". Il y a un passé,
puis un infinitif impératif et un futur ; cela est étrange
pour le même mot dans la même phrase.
Rachi commente : émor, véamarta, léhazhir
guédolim âl qétanim. C'est tout : "Il dit, tu
diras, pour que les grands avertissent les petits". Il est clair qu'il
s'agit d'un langage abrégé que nous devons décoder
pour en tirer tout l'enseignement.
Méthode de Rachi
Rachi nous contraint, par là, à nous reporter à
de nombreux écrits des Sages pour parvenir à y trouver
les repères auxquels il fait allusion et que nous ne connaissons
pas : c'est son art d'être pédagogue car la Torah ne se
dévoile que selon cette procédure. Suivons sa flèche.
Phase d'analyse précise :
émor, véamarta, léhazhir guédolim âl
qétanim:
- émor, véamarta, d'abord il nous dit de nous interroger
sur la répétition ;
- léhazhir, puis il indique que cette répétition
est une prescription de mise en garde (à nous de nous interroger
sur le sens de ce verbe amar comme avertissement) ;
- guédolim âl qétanim,
enfin il nous parle de grands et de petits (qui sont-ils ?).
Les sources explicites de Rachi
Méthode : souvent, Rachi, développe ce qu'il veut dire
dans des commentaires situés ailleurs que dans le verset étudié
et qu'il faut connaître pour comprendre ce qu'il dit, car cet
autre verset est plus explicite et Rachi nous donne alors ces sources.
Voilà pourquoi, dans le judaïsme, il faut toujours apprendre
avec quelqu'un qui connaît davantage que soi, et qui a davantage
de livres sous la main, dans la tête et dans le coeur, pour découvrir
ces filières du sens transmises par nos Sages.
Très souvent, aussi, Rachi s'appuie sur le Middrache Rabba
et sur le Middrache Tan'houma ; on pourrait trouver curieux qu'il
recoure au middrache imaginatif et coloré pour nous donner
le sens de la lecture directe du texte, le pchate. En fait,
il nous explique qu'il agit ainsi chaque fois que ce middrache
donne le sens exact du pchate.
Effectivement, nous découvrons que
le Middrache Tan'houma est ici sa source :
- celui-ci remarque, comme Rachi le fera
en ce commentaire, qu'il y a deux fois ce mot émor, véamarta,
et que le texte le dit aux Cohanim (émor el hacohanim
véamarta aléhem, haré amira chéné
péâmim). Le middrache l'interprète en
ce sens : comme un Roi dit à son cuisinier, "puisque tu entres
et sors devant moi et vois ma face, alors tu ne dois pas te rendre impur
en étant en contact avec le mort". Cela nous enseigne que le
Cohen est serviteur, qu'il relie à Celui qui est la vie
totale et qu'il apporte la vie à travers les sacrifices qui permettent
au peuple de se nourrir ; la répétition semble avoir un
rapport avec l'entrée et la sortie, c'est-à-dire qu'il
assure la communication dans les deux sens pour transmettre cette
vie qu'il voit et qu'il peut répartir.
- le middrache cite alors un doublet
de ce mot dans le psaume 12, 7 (imarote Hachém amarote tehorote...)
: "les paroles de Hachém sont des paroles pures, pour
ce motif Haqqaddoche baroukh hou avertit Yisraël, pour leur
sainteté et leur pureté". Réfléchissons
sur le sens de ce commentaire. Chacun pourra y trouver ses éclairages
; j'y vois le lien du doublet à la pureté : Hachém
n'est pas simplement si l'on peut dire Lui-même, il se manifeste
dans la pureté. Ainsi, le peuple d'Israël qui est le peuple
de Hachém doit vivre dans la sainteté de Hachém
et dans la pureté qui en découle dans les paroles et dans
les actes. Le prototype de cela est le Cohén. Et comme
Hachém Lui-même, le grand, informe le petit, ainsi
le Cohén en titre doit avertir ceux qui le seront. Le
doublet a donc plusieurs significations.
- le Middrache Rabba cite ce
même verset des psaumes et en fait une autre lecture. Il se centre
directement sur la "pureté". Certes, il y a les deux niveaux
(les grands et les petits) mais le verset sous-entend que les paroles
des autres rois et des autres serviteurs ne sont pas pures car il y
a le jeu de la flatterie et des intérêts. Tandis que le
Cohén n'est que pureté et il n'emploie même
aucun mot qui puisse être atteint par l'impureté ; ainsi,
en Béréchite 7, 2 il dit : mine habbéhéma
achér lo tehora hi, "des animaux non purs" afin de ne pas
employer un mot négatif qui serait "des animaux impurs".
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Règle de comportement,
dérékh érets
Nous en tirons une règle
de conduite :
notre langage et nos regards et nos pensées doivent être
vérifiés constamment pour ne pas y laisser entrer
le négatif, l'impur. Le Juif, à l'exemple du Cohen,
doit essayer de vivre dans cette lumière intérieure...
dans notre monde qui véhicule si facilement l'exhibition
de ce qui n'est pas pur ni beau (chacun trouvera immédiatement
les exemples).
Pourtant, souvent, le problème n'est pas dans la réalité
extérieure que l'on devrait censurer, le problème
est dans la capacité de pilotage du regard, et dans le
coeur de celui qui regarde et qui parle. Ainsi, Hachém
ne demande pas de supprimer du monde ce qui nous trouble mais
de placer le regard ailleurs ; il y a certes des animaux qui
ne sont pas purs mais c'est pour des motifs qui ne sont pas
accessibles à notre compréhension.
Par contre, il est beaucoup de mots impurs et de pensées
impures (regards indiscrets sur l'intimité d'autrui,
sexuelle ou non, médisance ou lachone harâ, regard
malfaisant ou âyine harâ).
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La source de Rachi sur les grands et les petits
Nous la trouvons dans le traité Yébamote, en bas
de la page 114a qui commente le verset de Vayiqra 17, 12 de la
paracha A'haré Mote : "kol néphéche mikém
lo tokhal dam, que nul n'entre vous ne mange de sang, léhazhir
hagguédolim âl haqqétanim pouyr que les grands
mettent en garde les petits". Rachi y commente que les petits dont il
s'agit, ce sont les fils d'Aharone, et la mise en garde est qu'ils ne
se rendent pas impurs.
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Ceci nous montre une autre règle de Rachi
: il est souvent explicite mais en des endroits différents
de ses commentaires sur la Torah ou sur le Talmud. La question
est trop large pour la traiter ici.
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A partir de là, les Sages font remarquer
que les deux mots véamarta lahém ("et dis-leur")
sont superflus apparemment : le sens en est qu'on s'adresse effectivement
alors aux enfants d'Aharone qui ne sont pas astreints à la mitsva
et qui doivent cependant ne pas laisser leurs mains être atteintes
par l'impureté.
Règle de comportement éducatif
: oser porter l'exigence
Par son analyse, Rachi nous apporte deux
éléments :
- linguistique : le doublet comporte un sens de "transmission" comme
on le trouve souvent dans la Torah : Hachém dit à
Moché "pour" qu'il le dise ;
- éducatif : Rachi montre que la
Torah porte une extrême attention à l'éducation
des enfants par leurs parents et elle exige qu'ils assument leur
responsabilité. Un exemple : dans la paracha Yitro (Chémote
20,10), Rachi commente avec précision les mots : "tu ne feras
aucun travail, toi et ton fils et ta fille, lo-taâssé
khol mélakha ata ouvinékha ouvitékha, en ces
termes : "sont-ce les petits enfants ou les grands ; or ceux-ci sont
déjà inclus dans l'interdiction ; alors, c'est pour avertir
et mettre en garde les grands concernant la cessation d'activité
des petits, comme nous avons appris dans la michna, si un petit veut
éteindre une flamme, on ne doit pas le laisser faire parce que
nous avons la responsabilité directe de sa mise au repos".
Combien de parents ont d'autres comportements et laissent l'enfant perdre
le contrôle de soi jusqu'à la fatigue, la colère
et l'épuisement, ne parviennent pas à l'éduquer
dans la maîtrise de ces phases et s'étonnent ensuite, quand
il grandit, de son caractère tyrannique, insatisfait, incapable
de prêter attention à autrui, traits que l'on retrouvera
plus tard dans le manque d'écoute dans le couple, parfois dans
le mépris et la violence familiale contre les épouses.
L'enfant prend alors son désir impulsif pour la seule loi
; même pour faire le bien, il ne tiendra pas compte des lois morales
ou légales, s'estimant au dessus des lois ; les Sages n'auront
pas non plus de pouvoir de le limiter, il s'estimera capable de reprendre
chacun ou de se substituer à eux sans même avoir appris
et sans expérience. Quand il se situera sur le plan des
sentiments, il sera donc jaloux et tyrannique.
Ces attitudes très fréquentes dans nos sociétés
ont reçu pour nous le message éducatif de la Torah. Lisez
I Rois 1, 6 et les conséquences dans ce chapitre. De même,
lisez les propos lénifiants du père face à la gravité
des actes des fils en I Samuel 2, 22-24.
Règle de comportement éducatif
: être tolérant envers l'étranger
Rachi s'appuie sur la michna citée dans la Mékhilta
sur notre verset. Elle nous est utile car elle montre que ce souci éducatif
vif, ne tourne pas dans la tradition en exigence continue ni envers
tous ; en effet, elle précise qu'on ne doit pas agir ainsi envers
l'étranger.
La Mékhilta fait ainsi une allusion au passage du traité
Chabbate (page 121 a) : un incendie s'était déclaré
à Bét-Chane et des soldats romains étaient venus
l'éteindre ; le propriétaire juif ne le leur permit pas
de l'éteindre parce que c'était chabbate, la pluie
tomba et arrêta l'incendie et le soir le propriétaire envoya
des récompenses à la caserne des soldats romains. Mais
les rabbins lui dirent qu'il s'était trompé en s'interposant
devant leur aide car l'observance ou non du chabbate par les
non-Juifs ne nous concerne pas. Et Rachi commente en disant que le problème
est différent de celui de l'enfant dont on a la responsabilité,
et qui serait porté à éteindre le feu car il aime
son père et pense que c'est son souhait de ne plus avoir ce souci.
En cela, de plus, on nous montre que l'enfant révèle
qu'il est capable d'analyse même s'il se trompe dans les conclusions.
La responsabilité éducative de l'adulte est donc
importante.
Le Rav Chalom Messas, zal, raconte dans la préface de son dernier
livre Vé cham hachéméche (commentaires sur toute
la Torah), édité juste avant son décès,
cette histoire du Gaone de Vilna allant au marché; il demanda
à un simple vendeur de lui enseigner quelque chose. Celui-ci
refuse (qui était-il pour enseigner au Gaone! Le Rav le supplia
et il obtempéra. Le vendeur dit : "il est écrit que
depuis la destruction du Temple, Ha Qadoche Baroukh Hou n'a plus que
les 4 coudées de la halakha; cela voudrait dire que, en allant
au marché, on doit être capable de voir clair par la Torah
dans les 4 principaux problèmes qui s'y pause et d'y réagir
selon la halakha: le vol, la médisance, etc. Le Gaone acquiesça
et dit qu'il avait appris. Voilà la Torah, elle est Torah "de
vie", dans la vie. Nous essayons sur le site de développer
cette
capactié de sentir, de voir, de parler dans la Torah quand nous
sommes dans le concret le plus habituel (lien ici).
On découvre par là :
- l'attention de la Torah à l'importance
de la parole dans la relation,
- combien la Torah situe toujours un acte dans un comportement,
et celui-ci dans une relation,
- l'attitude humaine complète de Rachi qui, en tout équilibre,
apprend autant de la Torah que des humains, ou réciproquement,
- l'amour de Rachi pour les enfants qu'il sait à la fois estimer
pour leur intelligence et éduquer avec fermeté quand c'est
utile.
Ainsi, il dépeint le jeune Joseph (Béréchite 41,43)
"père en sagesse et d'âge tendre en années" (av
bé'hokhma vérakh bacchanim). Il faut relire tout le
long commentaire de Rachi sur Vayiqra 19, 3 pour découvrir sa
grande expérience d'analyse des relations dans la famille, tout
cela restant sous le regard de Hachém et de la Torah.
Il connait aussi des familles où l'ensemble tourne mal (Vayiqra
20 5).
Il dépeint joliment ou tristement des caractères, toujours
en montrant la profondeur des lettres de la Torah et des noms de personnes
(Vayiqra 24, 11) : un israélite et le fils d'un couple mixte
se querellaient et ce dernier blasphéma contre Hachém.
Le nom de sa mère était Chélomite, fille de Dibri...
Rachi commente, avant les progrès de la science sur la transmission
psychologique familiale : "on l'appelait Chelomite parce qu'elle
était bavarde : chalom par-ci à celui-ci, et chalom
par-là à celui-là, et chalom à vous.
Elle papotait avec tout le monde. Fille de Dibri : (davar,
parole) car elle parlait sans cesse à tout-le-monde, et cela
l'a dégradée".
Rachi nous montre par là combien
la Torah est capable de nous enseigner pour vivre le concret de l'existence
; et aussi combien la méthode d'étude de la Torah nous
donne les instruments d'analyse fine qui sont nécessaires pour
nous comporter de manière optimale et éviter les embûches.
Nous avons beaucoup à dire sur ces caractéristiques éducatives
de Rachi, mais nous aurons l'occasion d'y revenir d'autres fois.
Émor et Daber, douceur
et dureté
Celui qui a étudié quelque peu se souvient des distinctions
que fait la Torah dans l'emploi de ces mots très fréquents
: Émor et Daber.
A l'occasion de l'épisode où Myriam et Aharone parlèrent
bé Moché, contre Moché, Rachi montre
1) que la racine amar est toujours utilisée dans un contexte
de prière, lechone ta'hanounim :
(eine amira békhol maqom élla lechone ta'hanounim.
Bamidbar 12, 1).
2) que, par contre, la racine daber est toujours utilisée
dans un contexte de dureté, lechone qaché :
(eine dibbour békhol maqom élla lechone qaché.
Bamidbar 12, 1 et Béréchite 21, 2 et Chémote 32,
7 et Vayiqra 10, 19),
ou de remontrances :
(kol maqom ché néémar "divréi" eino élla
divré tokha'kote. Qohélét 1, 1).
Ainsi, également, après la sortie d'Egypte (Chémote
19, 3), Moché est interpellé en ces termes : ko tomar
lévéite Yaâqov, ainsi tu parleras à la
maison de Yaâqov. Il s'agit donc du verbe amar. Rachi écrit
: éllou hannachim, tomar lahém bélechone rakha,
"il s'agit des femmes, tu leur parleras dans un langage doux".
Mais cette douceur envers les femmes n'exclut pas l'exigence, comme
Rachi nous l'avait dépeint aussi dans la relation double entre
parents et enfants : en effet, il termine son commentaire sur le même
paragraphe (19, 25) par ces mots :
"Moché redescendit vers le peuple et il leur dit... : vayomér
aléhém atraa zo, et il leur dit cet avertissement".
Le livre de Vayiqra commençait
par une interpellation, l'ensemble est douceur. Mais toute parole qui
atteint vraiment devient une exigence et un avertissement sévères.
Le livre de Vayiqra semble centré sur les sacrifices ; comme
la racine du mot qorbane l'indique, ce livre parle de ce qu'il
faut faire pour réussir dans la volonté de rapprochement.
L'hébreu est lucide car la racine du mot rapprochement est aussi
la racine du mot "combat" (qrav).
Le livre de Vayiqra nous enseigne que la qualité des relations
est dans nos mains (terme précis des commentateurs), aussi bien
que la pureté et que la qéddoucha.
Le Chla conclut : la paracha nous enseigne comment chaque homme peut
se sanctifier lui-même, à l'image du Cohen Gadol,
et ôter de soi toute impureté pour se rapprocher de Hachém
et il sera alors qaddoche la Chém.
Après toute cette analyse précise,
on pourra aborder sans peine le commentaire du Rambane
sur le premier verset de la paracha.
Et l'on sera surpris de découvrir que le Rambane nous apporte
de nombreuses citations dans lesquelles le verbe amar est proche
du sens du daber, et réciproquement ; nous avons déjà
souligné ce sens intermédiaire par la notion d'avertissement.
Le Radaq
fera de même.
En fait, il n'y a pas contradiction : l'étude juive avec Rachi
est la base ; mais, ensuite, l'étude juive veut aussi nous
laisser suivre la complexité de la vie, et des regards différents
qui changent encore les perspectives. Et cela est sans fin. Comme
ce qui se passe toujours entre deux personnes.
Le commentaire de Rabbénou Bé'hayé nous le confirme,
lui qui est de la lignée du Rambane et qui intègre brièvement
tous les commentaires de Rachi.
Comme cela se passe aussi dans l'interpellation entre Hachém
et son peuple: nous pouvons seulement scruter et essayer de comprendre
davantage. Pour mieux aimer.
Nous le confirme l'introduction du commentaire de Rabbénou Bé'hayé
sur la paracha par ce verset des Proverbes 24, 26 : Séfatayim
yichaq méchiv dévarim né'hokhim, "c'est comme
un baiser des lèvres celui qui répond des choses justes".
Chacun de ces mots peut être médité à partir
du commentaire précédent.
Il insiste que le mot "lèvres" en hébreu est lié
au sens de "rives qui placent une limite".
Il va jusqu'à nous rappeler que le sommet de ce processus, quelles
que soient les péripéties de nos échecs dans la
vie, c'est que la mort se fasse comme un baiser (mitate néchiqa)
tant la parole comprise est encore présente au moment suprême.
Moché, Aharone et Myriam bénéficièrent également
de cette mort, en dépît de l'épisode du conflit
temporaire.
Rappelons que la tradition juive transmise de maître à
élève est dire "tradition orale", âl pi,
littéralement "sur la bouche" ; et, avant la prière de
la âmida, on dit le verset: "mes lèvres tu ouvriras".
Il est probable que beaucoup ignorent que
cette tendresse se développe par l'étude de nos textes.
En ce moment nous devons aussi lire Les
chapitres
des Pères, Pirqé avote . Même tendresse
et sagesse.
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