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28e paracha : Metsorâ
"Lèpre"
Vayiqra 14, 1 - 15, 33
sens lié à celui de la 27e
Paracha : Tazriâ
"Elle ensemencera"
Vayiqra (Lévitique) 12, 1 - 13, 59
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages
Site Modia http://www.modia.org
Etudier d'abord Tazriâ
: Splendeur juive de la femme
Métsorâ : la médisance et le trésor
caché
Cette étude ne peut se comprendre qu'après l'étude
de la paracha Tazriâ.
Nous pourrions nous demander pourquoi la paracha fait suivre ces sujets
si élevés et positifs de la question des plaies et de cette
maladie étrange qui atteint le corps, puis les vêtements et
enfin la maison.
Les Sages nous disent qu’elle est liée à un usage pernicieux
de la parole, le lachone harâ.
Nous savons que c’est Myriam,
la sœur de Moché, qui fut la première victime de cette maladie
quand elle mit maladroitement en cause le comportement de son frère.
(lien ici concernant Myriam)
Cela nous montre qu’il ne s’agit pas d’une simple médisance qui
entraînerait des conséquences désastreuses qui se
généralisent sur tous les plans en vertu de la communication
de tous les niveaux de l’existence. Il s’agit d’une "plaie",
effectivement, qui concerne l’usage de la parole chez des êtres
de niveau très élevé ; un fait nous le montre,
c’est que ce phénomène de lèpre n’apparait plus de
nos jours où nous n’avons plus le niveau de qualité de ces
grands personnages. Les commentateurs mettent cela en relation avec la
faute de ‘Hava, Eve, qui s’est exercée par la parole. Moché
Rabbénou et Rachi le commentant sont sévères aussi
pour la parole d'Adam envers Eve. Nous ne pouvons pas comprendre exactement
ces niveaux et il faut veiller à ne pas nous les représenter
sous forme d’images infantiles car, au contraire, il y est question de
questions spirituelles subtiles et complexes.
Le versant négatif
Il reste que c’est le versant négatif de tout ce qui a été
dit si hautement de l’éminence et de la puissance de la femme dans
la paracha précédente.
Les plaies des maisons de la terre d’Israël
Rachi attire notre attention sur le fait que, dans tout ce que la Torah
nous enseigne sur les différentes plaies liées à
cette lèpre, elle apporte une particularité pour ce qui
concerne les plaies des maisons de la terre d’Israël.
Etude d'un Rachi
Suivons les étapes de son analyse.
1. En Vayiqra 14, 34, il est dit :
ki tavoou él-éréts Kénaâne, quand
vous serez arrivés au pays de Canaane
achér ani notén lakhém la a'houza, dont je
vous donne la possession
vénatati négha, et que je donnerai une plaie lépreuse
bévéit éréts a'houzatékhém,
dans une maison de la terre que vous possèderez,
ouva achér lo habbayite, celui à qui sera la maison
ira
véhiguide la cohén lémor, le déclarer
au prêtre en disant :
kénégha nira li babayite, comme une plaie m’a-t-il
semblé qu’il y a dans la maison”.
2. Rachi dit :
“vénatati négha , Je donnerai une plaie lépreuse
:
béssora hi lahém, c’est une bonne nouvelle pour
eux
chéhannéghaîm baim âléhém,
que les plaies viennent sur eux
car les Amoréens avaient enfouis des trésors d’or
dans les murs de leurs maisons pendant tous les quarante ans où
Israël séjourna dans le désert
vé âl-yédé hannégha notéts
habbayite oumotséane, et, par le fait de la plaie, on démolirait
la maison et on les trouverait".
- Rachi continue :
ké négha niré li babbayite. Comme une plaie
m’a-t-il semblé qu’il y a dans la maison :
ché afilou hou 'hakham vé yodéâ ché
hou négha vadaï, même s’il est un ‘hakham
(un grand sage et savant) et sait que c’est une plaie de ce type avec évidence,
lo yifsoq davar barour, il n’en fera pas un diagnostic
clair et évident
lomar négha niré li, élla kénégha
niré li, en disant ‘une plaie m’a-t-il semblé‘ mais ‘comme
une plaie‘ m’a-t-il semblé”.
3. Il est surprenant que l’on puisse envisager comme une bonne
nouvelle l’annonce que lorsqu’ils auront surmonté tant d’obstacles
et qu’ils arriveront dans la terre d’Israël, la maison qu’ils vont
acquérir sera “pourrie” et qu’il faudra la démolir. Quel
immigrant continuerait dans son projet si on lui annonçait un tel
avenir et, de plus, si on lui annonçait sans vergogne que c’est
une bonne nouvelle.
4. Rachi éclaire de la manière suivante :
- soulignant le mot vénatati (je donnerai), il pointe
le fait que toutes les plaies sont annoncées par l’expression yiyé
(il y aura) comme en Vayiqra 13, 2 et 13, 47, alors que celle-ci est différente
puisqu’elle n'est pas indiquée par cette expression. Par cela, la
Torah attire notre attention sur le fait que cette plaie n’en est pas une
mais elle est un cadeau, une bonté, voilà pourquoi elle est
dénommée "don" (vénatati, je donnerai).
5. Ensuite, Rachi explique pourquoi ce don est une bonne annonce concernant
l’avenir : il reprend l’enseignement de Ribbi Yéhouda dans
Torate Cohanim (ch. 5) : “par là c’est une bonne annonce
(béssora) que leur viennent sur eux des plaies” ainsi que
le dit l’enseignement du middrache Vayiqra Rabba, ch. 17, 6 : “quand
les Amorééns ont entendu que les fils d’Israël venaient
sur eux, ils ont réagi et ils ont enfoui leurs trésors dans
leurs murs et dans leurs champs. Haqqaddoche baroukh Hou dit :
‘j’ai assuré vos pères que je ferai entrer leurs fils
dans une terre pleine de toute bonté` comme il est dit (Devarim
6, 11) ‘et des maisons pleines de tout bien`. Que fait Haqqaddoche
baroukh Hou ? Celui qui découvre ces plaies dans sa maison,
les élimine et il trouve alors un trésor, une sima,
comme Onqélos traduit en Béréchite 43, 23”.
Que chacun de ceux qui, aujourd'hui, sont les responsables de la réalisation
de toutes leurs générations précédentes et
à venir, et qui ont seuls (contrairement à leurs ancêtres)
la possibilité de réaliser le projet de la Torah et de toutes
ces générations, réalisent cette promesse de Ha Qadoche
Baroukh Hou: ils auront l'impression en arrivant en Israël que leur
nouvelle maison (habitat, ressources, relations, etc.) est pourrie en
comparaison avec les habitudes installées de leur vie précédente;
mais ils auront à enlever le mal qu'il y a dans les apparences,
à les gratter, à se renouveler et ils découvriront
qu'ils ont découvert le trésor promis. Trésor, trésor,
trésor.
Je peux vous affirmer que c'est exact. Et D.ieu sait que les difficultés
ont été sérieuses, de tous ordres, les plus graves.
Et il n'y a pas de déception, l'idéal visé est bien
là.
Et quel privilège d'avoir été la génération
seule qui a pu le réaliser et donner ainsi l'éclosion à
toutes les générations précédentes qui pendant
de nombreux siècles ont garder l'espérance sans jamais voir
un seul jour sa réalisation ni l'espoir de sa réalisation.
La haggadah que nous lisons pendant le séder de Pessa'h et dont
nous devons parler prend alors son sens: la sortie est bien indiquée
vers quelque chose, non pas vers un hôtel 4 étoiles aux Antilles
ou dans les Alpes (pour image) car j'aime beaucoup les Antilles et les
Alpes. Ni à New York ou en Ukraine.
Nous tirons quelques enseignements sur la méthode de Rachi
:
6. Rachi commence par les particularités linguistiques
de
la Torah qui sont la base essentielle de la transmission du message de
la Torah, ce que l’on appelle le pchate ; il faut donc parvenir
progressivement à une connaissance minimale de l'hébreu pour
lire la Torah dans sa langue qu'aucune traduction ne peut rendre.
7. Rachi cherche le sens de cette particularité dans
les commentaires, qu’ils soient des commentaires précis du pchate
ou dans les middrachim dans la mesure où ce sont ces middrachim
qui expriment au mieux le pchate, le sens premier et clair ;
8. Rachi ne donne pas les références de ses
sources, peut-être parce qu’il adresse son commentaire à
des lecteurs qui ont intégré ces textes dans l’enfance selon
la méthode classique d’enseignement qui fait apprendre par l’enfant
le maximum de matériaux à l’âge où la mémoire
est prodigieuse ;
9. il relie les différentes sources en un seul commentaire
;
10. le plus souvent, il ne développe pas tous les points
présentés par sa source.
11. Une règle pour l'étude de Rachi :
il faut donc étudier un commentaire de Rachi
- en allant rechercher ses sources,
- en découvrant ce qu’il a ajouté ou omis, car ces
omissions ou adjonctions veulent souvent transmettre un sens supplémentaire
ou insister sur quelque chose.
Par exemple, l’omission faite ici dans le commentaire de Vayiqra
Rabba porte sur l’assurance (avta’ha) et la logique de la promesse
ancienne et c’est justement cette assurance qui est invisible dans le vécu
des béné Israël tant à l’heure de leur
long séjour dans le désert que lorsqu’ils découvrent
ces “plaies” et ils ressentent alors comme une nouvelle et supplémentaire
catastrophe. Il leur faut constamment s’appuyer sur la confiance, la foi
en la bonté de Celui qui mène l’histoire depuis le début
jusqu’à la fin, dans la patience jusqu’à la réalisation
complète de Sa volonté pour le bonheur ; mais c’est dans
l’omission apparente, dans le silence et la nuée, dans le brouillard.
Le dévoilement arrive alors pour celui qui cherche et étudie,
comme on le fait dans cette étude du commentaire de Rachi : qui
remue le premier domino ira toucher le second qui, alors touchera le troisième
jusqu’à la fin, ce que nous pouvons appeler l’effet-domino de la
découverte dans l'étude. C’est la traversée de la
nuit qui fait aboutir à l’aurore comme est bâti le jour juif
qui commence le soir (va yéhi êrév va yéhi
voqér, yom é’had) ; voilà pourquoi les grands
Sages qui savent étudient et prient pendant la nuit.
12. Rachi utilise le procédé pédagogique
de la Torah elle-même, du talmud et de toute la tradition. Cette
condensation même du commentaire de Rachi rend nécessaire
l’étude auprès de quelqu’un qui en sait davantage pour guider
dans ces étapes, et forme à la recherche personnelle dans
les livres. L'étude juive n'est pas d'écouter des conférences
d'éveil, c'est un premier stade seulement. Si vous écoutez
depuis des années des conférences et que vous n'appartenez
pas à un groupe d'étude, ce n'est pas suffisant.
13. Ensuite, on apprend aussi avec d’éminents commentateurs
de Rachi, comme le Réem qui analysent avec une immense finesse
la méthode de Rachi sur chaque verset pour y saisir ces enseignements.
14. Rachi est donc simultanément un enseignant qui assure
la compréhension de la Torah par l’apprentissage de la méthode
nécessaire mais il donne en même temps des enseignements
majeurs pour la conduite de la vie, c’est un “maître”. Chacun
peut tirer des leçons sur la conduite de la vie vers le bien et
le bon par Haqqaddoche baroukh Hou, sur le sens positif des épreuves
qui se révèlera plus tard, sur le rôle de la confiance
permanente.
Exercice d'application
Appliquons tout-de-suite cette méthode au commentaire suivant
de Rachi sur la forme de la demande que doit faire au Cohen
celui qui découvre cette plaie dans sa maison :
- on trouve la source de Rachi dans la Michna Négaîm
12, 45.
- on constate que Rachi fait passer son message à travers la
copie intégrale de la michna et à travers quelques modifications
:
- il a changé lo yigzor en lo ifsoq qui donne
peut-être un accent concernant l’activité des rabbins amenés
à prendre des décisions halakhiques et qui doivent toujours
mettre au dessus de leur science, la sainteté qui est la finalité
de leur activité et qui est représentée par la fonction
du Cohen ;
- en ce sens, il a aussi changé talmid ‘hakham de la michna
en ‘hakham et il a ajouté davar barour ; Rachi avait
déjà commenté le verset 13, 2 qui disait qu’un homme
ayant une plaie doit être présenté à Aharone
et il développait sur la base de Torate Cohanim le fait que
le Cohen doit voir et déclarer pur ou impur ; mais cela sous-entend
que le Cohen n’est peut-être pas expert dans le diagnostic
de l’apparence de la plaie elle-même (comme le dit explicitement
le traité Chevouôte 6 b). Voilà pourquoi l’expert
technique a droit à la parole mais il doit, cependant, laisser la
fonction de certitude et le rôle de déclaration à celui
qui manifeste la qéddoucha, la sainteté.
Que pensez-vous du sens de ces précautions sociales ?
- Rachi a aussi supprimé les répétitions du mot
maison, peut-être parce qu’il lâche le "fait" de la maison
pour passer au sens du phénomène.
Programme de perfectionnement :
se
former lentement et systématiquement à la méthode de
Rachi sur Modia.
Pour la plupart, ce sera plus facile en organisant un groupe où on
se soutiendra chaque semaine, ou un duo d'étude ('hévrouta).
Seconde approche de la paracha.
Rabbéinou Bé'hayé nous indique que le nom de la
paracha métsora veut dire "motsi râ, fait
sortir le mal". Elle concerne la parole. Selon son habitude, il trouve
un proverbe du Roi Chlomo (Michlé 18,20) qui situe exactement la
paracha:
mi péri fi-iche tisbâ bitno, du fruit de la parole
sera rassasié le ventre de l'homme,
tévouate séfatav yisbâ, de la moisson de ses lèvres
il sera rassasié.
A l'heure où la tradition nous prescrit de discuter le plus possible
de la sortie d'Egypte surtout lors de la soirée de Pessa'h, avant
de faire un travail chaque jour sur nous-mêmes pendant 49 jours
(car il y a du travail à faire!) jusqu'à Chavouote,
ce proverbe nous apprend la force de notre parole. Autant vers le bien
que vers le mal. C'est elle qui fera que nous aurons de quoi vivre ou
non.
Attention, il s'agit ici de placer notre parole dans les mots de la Torah,
comme cela nous est prescrit dans le Chémâ Yisrael
et nous l'avons expliqué
sur une page du site (lien ici), il ne s'agit pas simplement de ne
pas dire du mal des autres et de ne pas faire de médisance. Rabbéinou
Bé'hayé dit : michtaméche biléchono bé
divré Torah véyokhia'h vizaké éte ha rabim,
il utilise dans sa langue les paroles de la Torah et les accomplit et
en fait profiter autrui (par l'enseignement et par le bien).
Rabbéinou Bé'hayé dit: "que celui qui aime parler
toujours s'efforce de développer le bon fruit et de parler de la
sagesse de la Torah, d'exhorter moralement vers la vie, la vérité,
la paix". Car la vie est dans la main de la parole.
Mais si ce n'est pas cela, que sera-ce? La mort, la lèpre le
détruira, le nom de la punition est contenu dans son acte même:
métsora, motsi chem râ (lèpre, émet
de la médisance, dit Vayiqra Rabba 17,2). Rékhiloute,
lachone harâ (médisance et calomnie) inévitablement.
Mais cela ne produit pas un plaisir ni un soulagement, comme on le ressent
sur le moment, cela détruit. C'est un fruit sûr, une moisson
assurée de mort pour cela qui agit ainsi. Et pour son entourage.
Ce mal atteint l'émetteur dans son environnement, dans ses biens
et enfin dans son corps physiquement. La punition (ônéche)
est automatique et sur soi-même. L'exemple de Myriam nous l'a
montré. Elle avait dit quelque chose qui semblait pour le bien
et elle fut, elle, atteinte de maladie. C'est cela que décrit avec
précision la paracha et elle nous apprend comment réparer
cette plaie.
Car on peut limiter les dégâts et, au contraire, utiliser
la parole pour faire le bien. Heureux les bavards, ils n'ont qu'à
faire du bien par la parole à longueur de temps, ils ont reçu
un don.
C'est pour cela que le Roi Salomon continue son verset en disant:
- "la mort et la vie sont dans l'action de la parole, mavéte
vé 'hayim bé yad lachone, ceux qui aiment l'exercer
en goûtent les fruits (ils peuvent être poison ou remède).
Qui a trouvé une femme a trouvé le bonheur, matsa icha
matsa tov, (car, bien entendu, se jouera entre ce nouvel Adam et Eve
le bien ou le mal par la parole), vé yafeq ratsone mé
Hachém, et il a obtenu le "ratsone" de Hachém.
Le pauvre parle en suppliant, le riche répond avec dureté".
Ecrivez ce mot ratsone dans la case du moteur de recherche Google
en haut de la page d'accueil et vous en découvrirez le sens de
ce don que l'on reçoit de la femme comme ratsone de Hachém.
La Torah qui nous aide jusqu'au bout nous avertit du type de conséquence
que l'on recevra par un mauvais usage de la parole: la lèpre. Et
il n'y a de traitement que par un rapprochement (le qorbane) et
par l'intervention du Cohen, pas d'autre personne.
La paracha nous montre aussi d'autres cas où le processus de vie
ou de mort est en jeu: quand les capacités d'engendrement de l'homme
ou de la femme n'aboutissent pas, cas d'émission de semence hors
rapport avec la femme chez l'homme, et ovulation qui n'aboutit pas chez
la femme et règles. Ici, il n'y a rien de mal, mais simplement la
vie n'a pas aboutit. Et comme le processus optimal est la vie, il y a aussi
un processus d'amélioration et d'éducation à réaliser
après cela. Aucune dramatisation inculpabilité mais tiqqoune,
réparation (lien ici).
La question du diagnostic, du sens et de la pratique de la période
de nidda dans le couple, et du mikvé qui assurent cette
procédure se trouvent sur
ce lien -ci et sur
celui-ci.
Pour bien comprendre tout cela, nous allons
l'étudier dans une vie: ce qu'a vécu Myriam et ce qu'elle
nous enseigne, à travers la Torah et à travers le Middrache.
Vie de Myriam, soeur
de Moché Rabbénou
Sa hiloula de gloire est le 10 du mois de Nissane, juste
avant Pessa'h, fête de la parole et du sauvetage.
Avec Moché et Aharone, elle est
un des 3 instruments de vie donnés par Hachém à
Son peuple.
Mais, sans elle, rien n'aurait eu lieu.
Elle doit donc être connue et comprise pour connaître et comprendre
le judaïsme, Pessa'h, et toute la question de la parole et de la
médisance.
Par le Rav Yehoshua Rahamim Dufour
http://www.modia.org
Myriam
nous enseigne sur de nombreuses dimensions dans la Torah. Voici les pages
de Modia qui vous éclaireront sur elle et sur les applications
personnelles vitales. Car elle y a une place.
Il était indispensable de préciser cet enseignement pour
avoir une vision exacte du judaïsme: la place de la femme y est essentielle
dans ce que le Créateur a voulu nous apprendre sur tout, et aussi
pour se vivre en tant que femme, ou pour comprendre, aimer et respecter
la femme.
Cela est encore plus important à l'heure où le peuple juif
est dans une phase de sortie de l'esclavage de la galoute et où
les femmes fortes d'Israël jouent un rôle considérable
en ce sens, particulièrement.
Et, dans la soirée du Séder de Pessa'h, on ne peut pas oublier
cette dimension.
Myriam dans la Torah:
Nombreuses
Myriam en parole qui se préparent à leur rôle.
Ici, une Haggadah rare dite de Darmstadt, achkénaze du 15e siècle
allemand. Malgré mes recherches je n'ai pas réussi à
localiser l'endroit où elle se trouve actuellement. Si un lecteur
le sait, il me rendrait service. Sa particularité sur cette page
est l'importance que le dessinateur a donné aux femmes qui étudient
auprès des Sages, discutent, et forment la majorité des
personnages.

Regardez leurs expressions,
elles parlent, Torah.
Que dit le Middrache?
Faisons-en une étude stricte, vous en tirerez les enseignements
facilement
Situons d'abord ce que nous savons par l'apparence simple du texte
de la Torah, le pchate:
Myriam est la fille ainée de Amram et Yokhébéd (Bémidbar
26,59 et I Chroniques ou Divré ha yamim 5,29). Son premier frère
est Aharone, le second est Moché. Elle a proposé à
la fille de Pharaon de prendre une femme hébreue pour allaiter
Moché qu'elle avait placé dans un couffin d'osier sur le
fleuve dans l'attente du bain de la princesse Chémote 2).
Ensuite, elle réapparait après la sortie d'Egypte avec le
tambourin (tof)

et menant les chants (Chémote 15,20-21). Elle est alors nommée
prophétesse.
En Bémidbar 12 (paracha Béhaâlotékha) est l'épisode
de 'Hatsérote où elle conteste le mariage de Moché,
suivi de la colère de Hachém et de la lèpre
de Myriam. Elle doit être mise à l'écart pendant 7
jours et le peuple l'attend (car elle est le puits de vie pour le peuple).
Dans le résumé de la Torah qu'est Dévarim, cet épisode
est rappelée comme exemple pour l'enseignement (24,9).
Après la traversée du désert de Tsine, elle meurt
à Kadéche où elle est enterrée (Bémidbar
20,1).
En Mikha (Michée 6,4), elle est explicitement nommée comme
envoyée de Hachém devant le peuple au même
titre que Aharone et Moché. Et comme une preuve de l'attention
de Hachém pour son peuple. Ce passage est donc très
important pour nous situer la dignité et la fonction de Myriam.On
ne peut plus, depuis ce verset, dissocier le trio comme les acteurs inséparables
de toute cette sortie d'Egypte et de la direction spirituelle effective
du peuple.
Maintenant, étudions la littérature du Middrache.
Elle rassemble des traditions qui vont au-delà du pchate
et qui "examinent" (darach) avec insistance le texte
pour lui faire rendre toutes ses potentialités de sens. Cela ne
supprime jamais le sens concret du pchate. On dit que c'est comme
un marteau qui frappe un rocher et en fait sortir des étincelles:
"Le psaume 62,12 dit: 'une fois D.ieu a parlé, deux fois j'ai
entendu'. Cela veut dire qu'un même passage ouvre plusieurs sens,
et que deux passages ne se répètent pas et ne disent pas
la même chose. Et, à la yéchiva de Ribbi Yichmaël,
on disait le verset 23,29 de Yermiahou (Jérémie):
comme un marteau qui fait voler en éclat le rocher, ainsi un seul
texte de la Torah fournit de multiples interprétations".
Et le middrache les trouve par les rapprochements linguistiques, les contiguïtés
des passages, la dimension symbolique de l'histoire ou des expressions,
etc.
Béréchite Rabba 80,6: Il est dit en Chémote
15,20 que Myriam la prophétesse, soeur de Aharone, prit un tambourin.
Pourquoi nommer son frère et seulement Aharone? Parce qu'il avait
une affection particulière pour elle (parce qu'elle avait
été victime de la lèpre; réfléchissez
pourquoi cette affection).
Béréchite Rabba 88,5: Dans le rêve du maitre-échanson,
il dit : "une vigne était devant moi en trois parties"
(Béréchite 40,10). Cela fait allusion au Psaume
80,9 : " tu as fait émigrer une vigne de l'Egypte, et expulser
des nations pour la replanter". Et les trois branches étaient
Moché, Aharone et Myriam. (Ici, on voit combien le trio est inséparable
dans le plan divin pour sortir Son peuple d'Egypte et l'amener sur la
terre d'Israël. Et ensuite le middrache parle des 4 coupes de Pessa'h).
Chémote Rabba 1,13.
- Et le roi d'Egypte parla aux accoucheuses des femmes hébreues
(Chémote 1,15). Il s'agit de Yokhébed et de sa fille Myriam
qui avait 5 ans, quand Aharone en avait deux et Moché ne naîtra
qu'un an plus tard. Myriam accompagnait toujours sa mère et faisait
tout ce qu'elle voulait, de là on voit qu'on connaît déjà
le caractère d'un enfant quand il est très petit. (réfléchissez
à quel trait de Myriam on fait allusion).
- On appelait Myriam "Pouâ" parce qu'elle faisait revivre
les bébés en soufflant dans leur bouche, et elle faisait
des bulles avec du vin pour amuser les enfants (on trouve ici sa caractéristique
qui est de faire revivre, ce qu'elle fera envers ses parents, envers le
peuple, en chantant, etc).
- On appelait Myriam "Pouâ" parce qu'elle faisait paraître
(hofiâ) le peuple devant D.ieu en l'élevant.
- On l'appelait Pouâ parce qu'elle osait affronter le
Pharaon et l'interpeler avec vigueur.
Chémote Rabba 1,15.
- Il est dit en Chémote 1,20 que D.ieu bénit les sages-femmes
car elles avaient la crainte de D.ieu. Et quelle est la récompense
de cette crainte?... De Myriam naquit Betsalel qui était
plein de sagesse comme il est écrit en Chémote 31,3: "Je
l'ai rempli d'une inspiration divine, d'habileté, de jugement,
de science et d'aptitude pour tous les arts..." Et il fit une arche
pour la Torah qui est appelée tov, bon. Idem en Chémote
Rabba 40,1.
Chémote Rabba 1,17.
- David descendait de Myriam car il est écrit: "David était
le fils de l'Ephratite de Bethléhem en Yéhouda" (I
Samuel 17,12).
Chémote Rabba 1,19.
- Il est écrit en Chémote 2,1: un homme de la maison
de Lévi. Le père de Myriam (qui avait divorcé de
sa femme de désespoir quand Pharaon avait interdit la vie des enfants
mâles) suivit le conseil de sa fille Myriam et réépousa
sa femme. Et Myriam et Aharone dansèrent devant eux sous la 'houpa
en disant: "Il fait trôner dans la maison la femme stérile
devenue mère de nombreux fils" (Psaume 113,9).
Chémote Rabba 1,25.
- Pourquoi Myriam a t'elle proposé à la fille du Pharaon
que Moché soit allaité par une femme hébreue? Parce
qu'elle a vu que Moché rejetait le lait de toute femme non
hébreue.
Chémote Rabba 26,1.
- Il leur envoya un sauveur, Myriam, dont le nom signifie "amertume,
mar", parce que le Pharaon fit dire: "si c'est un garçon
faites-le périr, si c'est une fille qu'elle vive".(Elle prend
en charge l'amertume des autres, de son peuple pour la transformer en
vie et réussite).
Chémote Rabba 48,4.
- D'où vient que Betsalél reçut toutes ces distinctions?
De Myriam. Il est dit d'elle en Chémote 1,21: "les sages-femmes
craignaient D.ieu et il leur fit des maisons". De quelles maisons
s'agit-il? Des maisons des Cohanim et des Rois d'Israël (mesurez
le mérite de Myriam car tout cela vient d'elle!)... Puis, l'explication
déjà vue concernant Betsalel, et: David descendait de
Myriam car il est écrit: "David était le fils de
l'Ephratite de Bethléhem en Yéhouda" -(I Samuel 17,12).
Et Myriam était appelée Ephrate. (Et, plus fort encore,
le texte poursuit en expliquant que de cette sagesse le monde fut
créé, le Tabernacle et le Temple furent faits).
Vayiqra Rabba 15,8.
- Quand Myriam fut guérie de sa lèpre, qui l'a examinée
comme il se doit? Pas Moché car il n'était pas le Cohen,
pas Aharone car un membre de la famille ne peut pas. C'est D.ieu lui-même:
"Je suis Cohen, Je me lèverai et Je déclarerai qu'elle
est pure et guéri"e. Et le peuple a attendu Myriam parce que
la Chékhina l'attendait!
Vayiqra Rabba 16,5.
- Ce verset de Qohéléte, l'Ecclésiaste 5,5, concerne
Myriam :" Ne donne pas à ta bouche la permission de faire
pécher toute ta chair". Cela veut dire que si nous péchons
par une partie de notre corps, tout le corps en sera malade, Myriam
nous l'a appris.
Vayiqra Rabba 20,12.
- Pourquoi l'épisode de la mort de Myriam est-il placé
à côté de celui des cendres de la vache rousse? Car,
de même que les cendres de la vache rousse purifiaient, ainsi la
mort d'un juste (Myriam était une tsadéqéte)
purifie.
Vayiqra Rabba 27,6.
- Le Saint béni soit-Il dit: Je vous ai envoyé trois
messagers: Moché, Aharone et Myriam. La manne vous a été
donnée par le mérite de Moché, le puits (d'eau vitale)
par le mérite de Myriam, et le nuage de gloire par le mérite
de Aharone. Idem en Bémidbar Rabba 1,2.
Bémidbar Rabba 13,20.
- C'est par l'intervention de Myriam que Amram a à nouveau
désiré son épouse dont il avait divorcé. Et
on la nomme prophétesse soeur de Aharone car elle n'a prophétisé
que lorsqu'elle était soeur de Aharone; de même qu'elle n'était
soeur que de Aharone quand son mère s'est remarié
grâce à elle.
Dévarim Rabba 6,9.
- Si vous ne croyez pas tout ce qui est écrit concernant les
dangers de la médisance, l'épisode de ce qui est dit
au sujet de Myriam doit vous convaincre.
Qohéléte Rabba 5,1.
Le verset de Qohéléte, l'Ecclésiaste 5,5, concerne
Myriam :" Ne donne pas à ta bouche la permission de faire
pécher toute ta chair". Cela veut dit que si nous péchons
par une partie de notre corps, tout le corps en sera malade, Myriam a
péché avec sa bouche et tous ses membres furent punis. Le
silence a le double de valeur que la parole et que vos mots soient comme
une pierre précieuse. Rabbi Yehouda haNassi a dit dans les Pirqé
avote, les Principes des Pères 1,17: "rien n'est mieux que
le silence". Et son fils Chiméone a dit: "j'ai passé
toute ma vie parmi les Sages, et je n'ai rien trouvé de mieux que
le silence".
Qohéléte Rabba 7,1,4.
Quand un tsaddiq, un juste, nait, personne ne ressent de différence,
mais quand ils meurent chacun le ressent. Quand Myriam est née,
personne ne la ressenti, mais quand elle est morte, le puits (qui donnait
l'eau de la vie sur tous les plans) a cessé d'exister et on l'a
ressenti.
Chir ha chirim (Cantique des Cantiques) Rabba 1,2,5.
Deux Sages discutaient d'interprétations et le Saint béni
soit-Il les approuva et il est dit d'eux qu'ils sont morts d'un baiser
du Ciel (mitate néchiqa). Cela est dit aussi de Aharone
(.../...), de Moché (.../...) et de Myriam, car il est dit qu'elle
mourut là (cham) et ce même mot est joint au mot bouche
dans un autre texte concernant la mort de Moché (Dévarim
34,5): "et Moïse mourut là (cham), le serviteur
de Hachém, dans la terre de Moav selon (ou sur la bouche
de, âl-pi) Hachém".
Chir ha chirim (Cantique des Cantiques) Rabba 2,11,1.
Les Hébreux furent condamnés à 400 ans de séjour
en Egypte, mais cela leur fut réduit à 210 ans et ce n'est
que 86 ans après la naissance de Myriam que l'esclavage devint
douloureux et elle fut alors appelée Myriam parce que la vie leur
fut amertume (mar).(Note: 86 est souvent mis en relation dans les
guématriotes a une dimension de jugement sévère de
la part de D.ieu).
Chir ha chirim (Cantique des Cantiques) Rabba 4,5,2.
Trois grands guides ont été donné à Israël:
Moché, Aharone et Myriam... et Yokhébed et Myriam nourrissaient
le peuple d'Israël dont les coeurs étaient fragiles comme
des fleurs de lilas.
Dans le Talmud, il y a aussi de nombreux passages de ce type (middrache
ou aggada), spécialement en Sota 11b, concernant Myriam. Ils reprennent
les thèmes précédents. Je n'indique que quelques
particularités.
- Myriam dit à son père, pour le convaincre de reprendre
sa femme pour épouse et d'engendrer: "ce que tu as décidé
est plus cruel que le décret de Pharaon car il a condamné
à mort les garçons et toi tu condamnes aussi les filles,
il n'a agi que pour le monde actuel mais toi tu agis également
contre le monde à venir, son ordre ne durera pas car c'est un méchant
mais le tien durera car les actes des justes durent comme Job le dit (22,28):
"vétigzar-omér véqayam, tu décrèteras
ce que tu dis et cela se réalisera". Alors Amram revint sur
sa décision et tous les autres hommes également. (La force
de conviction de Myriam pour le bien, et son influence considérable
sur tous). Et Amram organisa une véritable cérémonie
de mariage.
- Myriam est nommé âlma (jeune fille) par le verset
(Chémote 2,6) qui dit qu'elle prit l'enfant sur l'ordre de la fille
du Pharaon pour l'emporter à sa mère afin de l'allaiter.Cela
veut dire qu'elle s'empressa comme le pas d'une jeune fille (âlma),
ou qu'elle cacha son projet (heâlma).Et la princesse
dit à la mère de Moché: "je te donnerai ton
salaire (éténe éte sékharékhe)",
ce qui prouve que lorsque des justes ont une épreuve et perdent,
ils retrouvent ensuite ce qu'ils ont perdu mais en plus ils reçoivent
le salaire de leur perte. Amen, kén yéhi ratsone.
- Myriam prophétisait et disait: "ma mère mettra au
monde un fils qui sauvera Israël". A la naissance de Moché,
toute la maison s'emplit de lumière et son père embrassa
Myriam sur le front en lui disant: "ma fille, ta prophétie
se réalise" mais quand il fallut placer Moché sur le
fleuve, son père dit à Myriam: "ma fille", où
est ta prophétie?". C'est pour cela que le verset dit que
Myriam surveillait ce qui allait se produire (Chémote 2,4):
vatétatsév a'hoto méra'hoq, lédéâ
ma-yaâssé lo.
Dans le Zohar, il y a aussi quelques middrachim concernant Myriam.
- c'est par son mérite que le puits de vie était là
avec eux dans le désert (II 190b).Ce n'est que par son mérite...
(I 124b).
- Dans le Jardin d'Eden, les femmes viennent vers Myriam les jours de
Chabbate et de fêtes (III 123a).
- Sa mort a purifié et réparé comme le fait la mort
des tsaddiqim (III 181a).
Les middrachim ont donc développé longuement tout
l'enseignement de la Torah en notre paracha et ils insistent pour nous
faire comprendre que cela s'applique dans nos vies si cela a été
la loi pour une tsadéqéte comme Myriam.
Puisse cette étude laborieuse inciter à étudier le
middrache avec la tête, avec le coeur et à le vivre dans
nos actes. Il y a toute une psychologie et une pédagogie de vie
dans nos textes.
Apprendre à lire
les lettres du nom Myriam en hébreu
De droite à gauche, Myriam hannévia, Myriam la prophétesse.
Myriam a quatre lettres: mem, reich, youd, mem sofite.
Sous la première lettre, le mem, la voyelle (ténouâ)
du point i est nommée 'hiriq. En hébreu, on lit toujours
la consonne (la grande lettre) avant de lire la voyelle.Donc, de haut
en bas chaque lettre.
Sous la seconde lettre, le reich, les deux points verticaux (le
chéva) sont une demi-voyelle qui se prononce é ou
e ou ne se prononce pas. Vous trouvez ces
régles sur ce lien.Ici, il ne se prononce pas car la syllabe
est composée de deux lettres mem et reich; et on
lit donc "mir".
La troisième lettre est le youd, en haut, qui est la plus
petite lettre et se lit i. Comme, en dessous, il y a la voyelle longue
du son a (qui est le qamats) on lit ya. Donc, jusqu'ici, "mir
ya".
La dernière lettre est aussi le mem comme la première.
Mais cette lettre a la particularité de ne pas avoir la même
forme en fin de mot, elle est alors fermée.Ce phénomène
se joue pour 5 lettres en hébreu. Voici les deux mem.

Nous lisons maintenant tout le mot : "mir ya m", Myriam.

Sa guématria est mem= 40x2=80. Youd=10. Reich=200. Toral= 290.
Ci-dessus, cette typographie ou dessin des lettres, est fréquente
dans l'imprimerie moderne, elle est basée sur la façon manuelle
des sofrim sépharades d'écrire les caractères
de la Torah aujourd'hui.
Voici une écriture sépharade plus ancienne (Bible de Lisbonne,
1482), regardez les différences.

La différence est minime, l'ancienne est plus chaude, ronde, épaisse,
inclinée, moins parfaite mécaniquement, plus vivante.
Voici comment ces deux mots sont traduits dans le commentaire d'Onqélos
qui est toujours joint au texte hébraïque:
Myriam néviata, au lieu de Myriam hanévia,
Myriam la prophétesse.
Donc l'article ha a disparu mais on a ajouté ta à
la fin du mot, comme cela est très fréquent en araméen.
Voyez la page
d'apprentissage de l'araméen sur Modia.
Voici maintenant les caractères du mot Myriam dans le commentaire
de Rachi:
C'est le beau caractère d'imprimerie de la première édition
imprimée de la Torah au 15e siècle, dans laquelle les imprimeurs
ont choisi ce caractère pour mettre tous les textes de Rachi afin
de bien les différencier. Il est un peu difficile à la lecture
pour les débutants. Ce caractère s'inspirait de l'écriture
manuscrite sépharade de l'époque. On dit le "caractère
de Rachi" mais il ne s'agit nullement de l'écriture achkénaze
que Rachi utilisa en Allemagne ou à Troyes au 11e siècle.
Et voici le même verset de Myriam la prophétesse soeur de
Aharone, dans l'édition imprimée en France sous François
1e par Robert Estienne, de 1543. Elle est définie comme l'une des
plus belles dans sa typographie, ici vous sentez l'épaisseur du
beau papier chiffon dont la qualité passe les siècles sans
aucune modification.
Pour terminer, nous situons bien toute cette étude sur la parole
dans l'approche de la soirée du Séder de Pessa'h.
C'est la soirée de la parole à mobiliser pour réaliser
cette libération en nous, comme Myriam a réussi grâce
à sa parole. Son frère Aharone a su se taire quand il le
fallait après la mort de ses enfants. Son frère Moché
avait des difficultés de parole et a tenté de ne pas parler
au Pharaon. Pour chacun se jouent les défis de la parole pour
réussir la libération.
Sur la base de tous ces enseignements, à nous de réussir.
Voici une gravure de la Haggadah achkénaze d'Offenbach (18e siècle)
où la Myriam est bien présentée à égalité
avec la coupe du salut, avec le texte d'étude qu'elle est capable
de porter, de lire, d'étudier et de discuter. Elle est plus intériorisée
que son époux, mais surveille et veille. Image de l'équilibre
réciproque du masculin et du féminin, et de la maison dans
la lumière et la beauté consciente de ce qui se joue. Leur
union fait réussir les 4 enfants, comme les 4 lettres du Saint
Nom.
Maintenant, de même que Moché et Aharone et Myriam ont fait
réussir le premier pas de la sortie sur la trajectoire,
c'est à nous maintenant de réussir par notre parole également
la seconde partie et de parvenir au but. Sinon
nos mots seraient vides de sens. Nous avons après coup,
des avantages sur eux: la connaissance de leur réussite et de la
achga'ha (providence affectueuse qui prend en charge). Ils étaient
comme nous devant un pont étroit et fragile et l'ont franchi avec
appréhension mais confiance, comme on le voit sur cette même
haggadah. Et Myriam leur a montré qu'ils peuvent chanter.
Ces Juifs du 18e siècle ont fait comme Myriam, ils n'ont pas triché
ni menti avec la parole en disant: "l'an prochain à Jérusalem"
(ce qui veut dire: "c'est décidé: jamais, toujours
l'an prochain"). Ils ont compris que la vérité de la
parole c'est très concret: bâtir ce que l'on n'a pas,
avec courage, et en faire une réalité.
Les bâtisseurs de la fin du 19e siècle ont agi ainsi, mais
ils n'étaient pas les premiers, pas la 1e alyah comme le dit le
mensonge de parole. Le flux des réalisateurs qui montent n'avait
jamais cessé et ils avaient toujours construit de rien pour
vivre. C'est donc notre défi et notre possibilité. En
hébreu, la parole (daber) signifie aussi "chose"
(davar) car elle n'est vérité que si elle réalise.
Dès son enfance, Myrian parlait ainsi, elle nous est enseignée
comme exemple, comme possible. A nous de jouer.
C'était: comment faire pour que la parole ne soit pas une lèpre
mais la vie réussie.
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