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25e Paracha - Tsav : Ordonne, d'urgence
Vayiqra (Le Lévitique) 6, 1 - 8, 35

Commentaire par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages

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Urgent : comment se rapprocher
En rapprochant chacune des dynamiques de notre être
vers le niveau de Hachém,
c'est le sens du sacrifice: rapprochement, montée.


Plan
Thèmes et mitsvotes de la paracha
La paracha aborde les tâches liées aux sacrifices dans le sanctuaire
Etude du sens des sacrifices 
Précaution de méthode
La signification du sacrifice
Les différents types de sacrifices
Le rapprochement et l'intention
L'enjeu de développement personnel et collectif
Souhaitons
Aujourd'hui
La prière
Etude de la ôla
Un classification simple des sacrifices de ôla, pour y voir clair
Ce sacrifice de ôla comporte ces phases.
Exercices.
2e niveau : le sens de tsav.
Tout l'hébreu de la mitsva
Le rémez sur tsav
téâmim achkénaziim : 
 Entendre et lire  la paracha de Tsav (Ort)
  Entendre et lire  la haftara de Tsav (Ort)

 téâmim séfaradiim : 
 Entendre la paracha Tsav (Alliance)


Un préalable: Pourquoi on a besoin aujourd'hui de parler des sacrifices?

L'homme moderne adore les idéologies, les grands principes et les voir  écrits dans la presse ou affirmés dans les débats télévisés. Mais notre monde, a contrario, est le plus sauvage, destructeur envers  le prochain concret : on le sacrifie sans vergogne. La Torah nous enseigne l'art nécessaire du "rapprochement", c'est le sens du mot qorbane, mal traduit par "sacrifice" (mot latin sacri-ficium, faire du sacré).

L'an dernier, cette paracha était lue et étudiée en des jours où, comme depuis des années, les nations accusent mensongèrement Israël de forfaits, de tuer des innocents sans jugement (vieux truc antisémite), de sacrifier l'existence et le territoire d'autrui. Pourtant, il s'agit de son propre territoire, c'est Israël qui est attaquée et se défend, et elle n'applique aucune de ces règles immorales qu'on lui reproche.Cela, de même qu'on tuait les Juifs avant soi-disant au nom de leur Torah, pour leur reprocher de l'avoir. L'absurdité des antisémites n'a aucune pudeur. 
Le plus cynique est que les accusateurs, eux, exterminent à des milliers de kilomètres des populations civiles sans vergogne pour atteindre leur but, et y refusent toute présence d'observateurs. Et, en notre génération, ils ont exercé des massacres nombreux sur des populations qu'ils colonisaient sur des territoires externes au leur.
La pression sur Israël est immense, portée par des coalitions hétéroclites sur le plan culturel ou politique, au point que cela ne relève plus du rationnel. 
La Choa n'a rien appris à ces peuples qui se disent civilisés et sont des barbares infames dans des bas de soie, comme disait Napoléon de son ministre. 6000000 de victimes auxquelles certains de ces peuples ont collaboré n'entraînent chez eux aucun scrupule ni culpabilité. Et des siècles de bûchers de Juifs ne leur suscitent aucun remords ni scrupules.
Et ces peuples trouvent même en Israël quelques collaborateurs empressés (politiciens, dits intellectuels, groupes dits pacifistes) qui parcourent les capitales pour faciliter la destruction d'Israël en promouvant la politique de ses adversaires. Et les chefs politiques eux-mêmes ne manifestent pas de force morale suffisante pour résister aux pressions qui veulent les faire capituler.
Cette année, les nations se réjouissent des résultats des élections israéliennes qu'ils interprètent faussement comme la fin du rêve israélien sur la terre d'Israël. Le journal Le Monde fait son éditorial de ce titre; "Fin du Grand Israël", titre relié aux fantasmes antisémites classiques qui attribuent à ce qui est le territoire de Judée (nom des Juifs) et Samarie et donc Israël des imaginations de conquête de toute la région depuis la Méditerranée jusqu'à l'Euphrate, comme les sites et médias arabes sont remplis de ces fantasmes. Et cette fin leur semble assurée puisque ce seraient pour la première fois un Juif soi-même (Olmert) qui annule ce rêve. Et ils mettent ce scénario en éditorial (lien ici). Et un autre article du même journal dans un ton méprisant déclare: "à la morgue des colons a succédé la dépression... ils s'y accrochent encore mais cette terre semble leur échapper ". C'est le Juif et Israël qui sont déniés. Important de détecter la continuité des attitudes, et de rester soi-même sans courir après les appréciations auxquelles il faudrait aboutir par concessions.

Alors, les angoisses montent, les souvenirs macabres se ravivent avec l'inquiétude que cette fois encore il n'y aurait pas d'arrêt de la machine de mort. Quelle prière adresser en ce cas ? Y aura-t'il un espoir de réponse ? 
Certains se tournent alors vers les magiciens qui liraient dans leur boule de cristal la date de la délivrance prochaine. Ils fleurissent comme les bourgeons au printemps ces jongleurs de guématrias fantaisistes. La paracha Tsav arrive à temps pour nous dire que la solution ne tient que dans notre rapprochement réel et sincère à la Torah et à sa morale qui nous relient au D.ieu de la bénédiction vitale. Le mot Tsav signifie qu'il faut le dire d'urgence au peuple, pour qu'il agisse avec empressement en se rapprochant vers D.ieu dans la pureté de ses actes ; nous allons développer ce commentaire. Les lettres finales des mots qui commencent la paracha (Moché llémor tsav éte) forment le mot Torah pour nous indiquer que c'est cela la Torah de vie.

La seconde condition que nous indique la paracha, c'est d'agir en utilisant les moyens précisés dans la Torah et non pas d'autres artifices. En effet, le second verset (Vayiqra 6,2) dit : "c'est la ôla qui se consomme sur le brasier toute la nuit jusqu'au matin". Nous remarquons une lettre plus petite que les autres. Après l'étude de la paracha Vayiqra, nous savons qu'il faut donc faire particulèrement attention à cet enseignement. 
Il répond à notre situation. Nous sommes dans un brasier, brûlés intérieurement en toutes nos fibres par les drames que nous vivons, et cette nuit va durer jusqu'à quel matin ? 

Alors, c'est là que les faux prophètes surgissent au lieu de nous enseigner la seule Torah et sa seule morale qui peuvent renverser le courant. Ecrivons ce qu'en dit le commentaire de Elie Munk dans son excellent livre La Voix de la Torah : "ces sacrifices, poursuit Hayim Ben Attar dans Or ha 'hayim, se succèderont jusqu'à l'aube de l'ère messianique. Il se livre, à cette occasion, à un calcul du terme de notre exil et de l'avènement du Royaume de Dieu, qui se situeraient dans la seconde moitié du sixième millénaire (nous sommes en 5762). Ce calcul ne va pas au-delà de ce que le Talmud précise également de son côté au Traité Avoda Zara 9a. En conséquence, il ne peut pas être question de classer Ban Attar parmi ceux qui se livrent à des calculs fantaisistes sur la venue du Messie et qui sont frappés d'un interdit de nos Sages (voir le Traité Sanhédrine 97a). Rabbi Yehouda hé 'Hassid les a condamnés avec une violence particulière en ces termes (Séfer ha 'hassidim 262) : "si vous voyez quelqu'un qui fait des prophéties sur le Messie, vous saurez qu'il est tombé dans la sorcellerie et a des relations avec les démons; ou bien il fait partie de ceux qui cherchent à conjurer en se servant des noms de D.ieu. Quand il conjure les anges ou les esprits, ceux-ci parlent du Messie afin de l'induire à révéler ses spéculations. Et, à la fin, il est confondu parce qu'il a évoqué les anges et les démons, et qu'à la place lui est arrivé malheur. Les démons viennent et enseignent leurs calculs et leurs mystères apocalyptiques de manière à le confondre, lui et ceux qui croient en lui, car personne ne connaît quoi que ce soit sur la venue du Messie"(fin de citation). 
A la folie des hommes, il ne faut pas ajouter la folie des faux prophètes qui enflamment ceux qui manquent du moindre équilibre.
Etudions simplement la paracha et mettons en pratique la parole de Celui qui est le maître du monde et de Sa Création. Les Pharaons du moment n'auront alors aucun pouvoir si nous vivons de la Torah. Et si nous allons la vivre sur Sa terre où Sa Torah nous dit de nous y rapprocher de Lui. D'autant que nous demandons cela plusieurs fois par jour dans les trois prières aussi bien que dans chaque birkate ha mazone, la bénédiction après le repas. Cette simple logique assurerait le salut de tout Israël. Commençons donc l'étude de ce texte important.

Thèmes et mitsvotes de la paracha
La paracha aborde les tâches liées aux sacrifices dans le sanctuaire
Ellle comporte les mitsvotes 132 à 149 qui concernent globalement les prescriptions sur les cendres et la lumière de l’autel, la continuité de la combustion du bûcher, les parts non consumées que les prêtres mangeront, les composants de l’encens, l’offrande quotidienne, l’interdiction de manger des offrandes concernées par les fautes, certaines graisses et le sang.

La paracha présente ces thèmes selon cette succession :
- tsav, "ordonne".
- le sacrifice de la ôla (qui veut dire simplement "montée", alors que la traduction habituelle "holo-causte" veut dire en grec "brûlé tout entier"). Mettre l'accent sur ceci ou cela est significatif.
- le sacrifice de min'ha, l'offrande ou l'oblation.
- le sacrifice que le Cohen doit apporter lors de sa nomination à la fonction.
- le sacrifice de 'hatate, ou expiation.
- le sacrifice de acham, ou culpabilité, traduit parfois "délictif".
- détail de la procédure de réalisation de la ôla.
- le sacrifice de reconnaissance ou zéva'h hachélamim, avec sa procédure de réalisation.
- l'interdiction de manger le 'hélév, sorte de graisse, et le sang.
- la procédure que doit suivre celui qui apporte un sacrifice.
- le cérémonial de mise en fonction d'Aharone et de ses fils, les Cohanim.
- le fait que Aharone et ses fils firent exactement tout ce qui leur avait été ordonné.

Etude du sens des sacrifices

Précaution de méthode
Le thème des sacrifices est un exemple typique des erreurs que nous pouvons faire dans l'étude si nous n'étudions pas avec les maîtres de la tradition. En effet, il est aisé -sans rien savoir des sacrifices- de projeter des idées préconçues face à ce qui pourrait sembler des rites archaïques. Cela, partant d'une bonne intention, ne ferait que traduire notre ignorance et notre légèreté de jugement.
L'étude de la Torah exige de nous une réflexion mais basée sur une réception de ce que la tradition enseigne et donne, comme cela a été donné au Sinaï.

La signification du sacrifice
Relions le commentaire à celui de la section suivante car toutes les parachiotes du Vayiqra ne constituent qu’un seul sujet, celui des Cohanim, les prêtres (et également les Léviim). Cela veut dire que les sacrifices sont à comprendre dans l'axe de l'amélioration du peuple et du monde, rôle qu'ont les prêtres et le peuple juif qui est Cohen pour les nations.
Pour ce motif tout ce livre est qualifié de la même expression : "Torate Cohanim", Torah des   Cohanim, enseignement concernant les prêtres. 
Si nous plaçons le sens de chaque pratique décrite dans cet ensemble où les Cohanim,prêtres, jouent un rôle dans le peuple et dans toute la Création, alors notre compréhension s’éclairera, puis notre coeur se posera de multiples questions. 

Nous allons étudier quelques explications données par la tradition et résumées par le Chla sur ces sacrifices :

1. Maïmonide (R. Moché ben Maïmone, 1135-1204) souligne le fait que les différents peuples offrent des sacrifices et il attribue la pratique à la lutte contre l'idôlatrie. Et, celle-ci ayant disparu, ils n'auraient plus de fonction. Cette position, isolée dans le judaïsme, a reçu l'opposition unanime des tossafistes et de la majorité des commentateurs. Nous verrons que de nombreuses autres fonctions des sacrifices sont à prendre en considération de façon obligatoire comme le signifie le mot hébraïque qorbane.

2. le Rambane (R. Moché ben Na'hmane, 1194-1270), dans son commentaire sur Vayiqra 1, 9, s'oppose à la conception précédente et ne trouve pas cette explication suffisante :

3. Il insiste sur la prise en charge et la correction de nos fautes par tel ou tel type de sacrifices car ils concernent trois dimensions : la pensée, la parole et l'action.

4. Il insiste aussi sur le rôle préventif du sacrifice car tout le peuple n'a pas commis les fautes dont il s'agit.

5. L'animal sacrifié serait aussi un substitut (témoura) et représentant ('halfine) de l'homme pécheur.

6. Cet acte permettrait la prise de conscience éducative, comme le lit Ribbi Ména'hem Récanati (fin du 13e siècle, important commentateur cabaliste) en Vayiqra 2, 1 : vénéféche ki taqriv korbane, "quand une personne se sacrifie comme offrande". Par ce substitut, la volonté "inférieure" de l'homme se hausse au niveau de la volonté plus élevée, celle de D.ieu.

7. Le sacrifice est appelé min'ha (oblation) parce qu'il constitue une ana'ha (jeu de mots sur les lettres du mot par permutation): c'est-à-dire une remise ou réduction de la peine.

8. L'animal désigné a une particularité spécifique qui joue un rôle précis pour tel type de sacrifice et, donc, il ne peut pas être remplacé par un autre, de même que le peuple juif ne peut être remplacé par un autre, de même que seul le Nom de quatre lettres est utilisé dans tout ce passage et non pas les autres noms de Dieu, pour bien marquer qu'il y a une dynamique particulière, comme l'indiquent R. Chimeône ben Azzai et le Rambane.

9. Le saint Zohar montre que les sacrifices accomplissent une unification et une complétude du Nom de D.ieu et le sacrifice devient alors une odeur agréable, réà'h nihoa'h.

10. Ribbi Ména'hem Récanati développe aussi le fait que les sacrifices peuvent être mis en parallèle avec les animaux de la vision d'Ezéchiel. Cela veut nous dire que ce que nous faisons ici-bas doit toujours être compris comme une réplique des dynamiques élevées et c'est pour cela que toute action doit être accompagnée de prière (Traité Bérakhote, page 14).

11. Les sacrifices comportent aussi les quatre éléments de la nature pour l'assumer totalement dans le processus d'élévation.

12. Des significations différentes viennent aussi du fait que certains sacrifices sont consommés par l'autel, d'autres par le Cohen, d'autres par le propriétaire de l'animal ; le fait que l'animal doit être mâle ou femelle entraîne également des significations particulières. (Demander à votre rabbin dans quel livre étudier ces commentaires).
Ainsi, des sacrifices concernent ainsi les fautes involontaires ('hét) ou les fautes qui auraient relevé de la coupure totale de la communauté (karéte) au contraire des sacrifices de acham. 

13. L'intentionnalité de la faute est un point très sensible dans le choix du sacrifice. Pour cela, l'intention et la conscience de l'acte chez l'offrant et le prêtre sont indispensables. C'est un acte d'un haut niveau d'intériorité et non un acte brut.

14. Dans le livre le Kouzari, Ribbi Yéhouda Halévi (1075-1141) essaye de démontrer à des philosophes non-juifs comment le sacrifice dont le nom signifie "rapprochement", peut exercer cette fonction de rapprochement avec le Créateur. De même que le corps a besoin de nourriture, ainsi l'âme a besoin du corps pour se renforcer ou pour renforcer son union au corps et l'élever au niveau le plus élevé qu'est la néchama, l'âme.

(Lettre autographe de R. Yéhouda Hallévi, en arabe). de la Guéniza du Caire.

15. Maintenant que le Temple n'existe pas, c'est la table qui remplace l'autel et, lors de la prière, c'est l'action de nos lèvres et notre intention ; car la prière est appelée âvoda, travail laborieux, travail du serviteur.

16. Des niveaux plus complexes dans l'étude montrent que certains sacrifices sont aussi référés plus spécialement aux personnages de Adam, Noé, Avraham, Moché, Aharone, etc.
 

Le rapprochement et l'intention
Cela nous montre que l'importance du sacrifice et des prescriptions, 
vient de trois caractéristiques : l'orientation, le rapprochement et la destination de l'acte ; c'est le passage de l'intériorité à l'extériorité, c'est cela qu'indique le mot qorbane, rapprochement. Il est très important de parvenir à ôter de l'esprit le mot "sacrifice" lié dans le langage contemporain aux sens de boucherie, écrasement, briser sa vie pour une cause inutile et d'adopter simplement le mot qorbane, qui se traduirait exactement par "rapprocheur". 
 En effet, au sens français de sacrifier,  "sacrifice" ne se dirait pas qorbane en hébreu mais zéva'h.
Pour cela, la préposition hébraïque qui signifie "vers" accompagne souvent le mot qorbane, rapprochement (qorbane laChém "rapprochement vers Hachém" ; le concept de "parfum d'agréable odeur" (réà'h ni'hoa'h) traduit aussi cette insistance de mouvement intérieur "vers" le destinataire. 
Libre à celui qui, pour ne pas s'assumer dans toutes ses tendances profondes et pour ne pas répondre à la proposition d'élévation exigeante, joue d'un artifice mental de "dénégation" qui consiste à nier ce qui constitue vraiment le qorbane, rapprochement  :
- pour dire qu'il ne voit dans le sacrifice que boucherie, cruauté et qui se bouche l'horizon de l'intention,
- pour veiller à éteindre le mouvement du cœur, comme celui qui offrirait un cadeau ou un bouquet, et ne verrait que le rite obligatoire et l'objet ; il sera bien en contradiction avec lui-même car il parlerait, par ailleurs, du plaisir de manger ensemble pour exprimer sa joie vraie et intérieure envers un ami.

L'enjeu de développement personnel et collectif
Ce qui compte c'est l'élan, le mouvement, la montée, le rapprochement, le sens-direction; et l'élévation jusqu'au parfum agréable qui imprègne celui qui reçoit : ainsi, le Cantique des Cantiques se termine par le mot "parfums" (bessamim).
Que ce mouvement commence dans la réalité la plus animale et la plus brute pour être le lieu de cet enjeu, permet ainsi d'assumer tous les niveaux de la réalité sans concession.

Il s'ensuit, bien entendu, une conséquence importante : le sacrifice est un prototype éducatif du passage de notre matérialité, de nos biens et de nos brutalités, à la qualité des gestes dans l'intention du cœur et jusqu'à la rencontre intime avec le destinataire ; c'est un don complet, et cela doit s'exprimer dans toutes nos actions les plus quotidiennes. 

La méticulosité avec laquelle la Torah décrit toutes les sortes de sacrifices ou toutes les sortes d'espèces permises ou non à la consommation, en plus du sens réel de cela qui nous est fermé, a pour but de nous inciter à prêter attention à la moindre de nos actions car elle peut si rapidement se vider de son sens, ou au contraire parvenir à rester reliée à notre cœur et au cœur du destinataire. 

Le qorbane, rapprochement, apporte aussi un élément de réalité pour ne pas "se raconter des histoires" dans la pratique religieuse, car il est réaliste, réel, coûte très cher et il est à fonds perdus. Nous pourrons alors ressentir, comme dit le Talmud, que "D.ieu veut le coeur". En effet, rien ne touche plus la majorité des hommes que leur argent. Le Talmud dit que certains, même au seuil de leur mort, ne pensent encore qu'à l'argent avant toute chose.

Ainsi, par le lien de tout notre être au projet du Créateur et aux niveaux divins des bénédictions,  nos actions seront-elles davantage à l'image des dynamiques optimales qui se déroulent dans le monde d'En-haut et dont nous sommes participants par notre néchama qui est totalement pure.

Souhaitons donc que Jérusalem soit vite rebâtie et habitée comme foyer où la Torah puisse se vivre ensemble, dans la connaissance, dans la vie et dans ce qui s'ensuira, l'usage du lieu qui est le laboratoire et l'instrument de ce fonctionnement : le sanctuaire sur la montagne (har habbaïte, la montagne de Sa maison) vers lequel sont dirigées chaque jour et depuis toujours toutes les prières de tous les Juifs du monde entier. Pour le bonheur et la bénédiction de tous les peuples et de la Création.

Tout le parcours de l'emprise de l'Egypte sur les Hébreux jusqu'à la libération puis la réception de la Torah, la promesse de l'étudier et de la vivre à Jérusalem est ce parcours qui sera dit au cours de la soirée du Pessa'h ; le sacrifice évoqué devra ainsi assumer tout notre être et toute notre histoire, et tous ensemble pour parvenir à ne plus dire : "demain, demain, l'an prochain à Jérusalem" comme pendant des siècles mais "bientôt à Jérusalem". Amen kén yéhi ratsone.

Aujourd'hui, hélas, le Temple est détruit, cette fonction essentielle du rapprochement enseigné dans la Torah et dans la fonction du peuple juif ne peut pas se réaliser ; les espaces sacrés de rassemblement du peuple et les espaces réservés aux Cohanim sont occupés. Nous les avions reçus miraculeusement lors de la victoire d'une guerre imposée par des ennemis, le droit international nous permettait alors de les garder. Il s'est fait que nos responsables des valeureux combattants et les dirigeants n'étaient pas instruits de l'importance de ces lieux et, à la surprise des ennemis, nous leur avons remis les clefs et l'occupation de ces lieux dont nous ne savions que faire. Cela exprime simplement l'état de notre peuple, et surtout de ses politiciens, dans sa rentrée progressive dans tout l'héritage et, donc,  le temps n'était pas encore arrivé.

Bi-polarité de la racine hébraïque qrv (lire : qarav) qui se trouve dans le mot qorbane
Elle assume et traite les déviances possibles

rapprochement
qérav, s'approcher
hitqarév, se rapprocher
qérév, intérieur
mi qérév lév, du fond du coeur
qéravim, les entrailles
qirva, proximité

 

combat
qérav, combat, guerre, confrontation dure
qérav-maga, lutte au corps à corps
qéli-qrav, arme
métos-qérav, avion de combat
 
 
 

Etude et prière
Mais nous avons le devoir de remplacer ces qorbanotes par l'étude des textes qui les décrivent. L'étude nous est comptée comme si nous avions réalisé. De plus, chaque matin, dans la prière de cha'harite, les Juifs lisent les passages du traité Yoma et de Kéritoute qui décrivent les différents qorbanotes et l'ordonnance de leur déroulement, les chapitres 30 de Chémote et 28 de Bamidbar. Reportez vous au siddour, livre  de prières. De même, partiellement, à l'office de min'ha, voyez ce lien.

Ces textes sont placés comme une introduction et un préalable à la prière, cela veut dire que nous devons nous purifier avant de prier, passer en revue chacune de nos composantes, de nos dynamiques et les rectifier, les réorienter vers le Créateur. 

Pédagogie ou ordre
Précisons un point important : tout cela n'est pas une simple psychothérapie ou une mesure pédagogique car notre paracha commence et se termine par les mots "tsav" : tout cela nous est "ordonné". Pourquoi ? Parce que, sans fin, l'homme a la propension à se croire le maître de tout, des choses, de lui-même, du monde, de sa pensée, de ses décisions et à nier toute origine. Les psychologues appellent cela  "la mort du père": c'est la haine de soi à travers la haine de nos propres sources et origines ; on comprend alors que les pulsions et pensées nocives n'étant pas examinées chaque jour, ni réorientées vers la source et vers Celui qui est l'ordre bénéfique du monde, elles s'orientent de façon destructrice vers autrui ou vers nous-mêmes.
Les Juifs ont fait supprimer ces sacrifices et détruire le Temple comme lieu de régulation. Comment? Par leur intransigeance ou leur haine les uns envers les autres, par le non respect de la sainteté de la terre d'Israël, par l'injustice sociale. Alors (nos textes et nos prophètes nous en avertissent mille fois), alors les nations sont autorisées à prendre le dessus sur Israël jusqu'au moment où Israël reviendra dans sa ligne par la téchouva(retour à la Torah) et par le retour sur sa terre, et par le respect des engagements pris par nos pères pour le bien du monde.

Aujourd'hui, l'horreur remplace les qorbanotes
De même, le monde qui prétend avoir dépassé le stade de ces conduites de qorbanotes et de rites religieux pédagogiques ne comprend pas qu'il n'a fait que déplacer ces pratiques rituelles très canalisées en des immenses sacrifices anarchiques que sont les guerres modernes, les plus sanguinaires de l'Histoire, les plus vastes. Les hommes et les Etats utilisent le meilleur de leur intelligence et de leur budget à prévoir des guerres délirantes (que l'on se souvienne des programmes de la guerre des étoiles). 
Prenons bien conscience de ceci : les peuples qui se présentent comme les plus civilisés et les lumières de la civilisation sont de fait les plus barbares, les plus grands falsificateurs des droits de l'homme et ils combinent les massacres avec la domination économique de la planète, dans la grande supercherie des mots de "droits de l'homme", de "civilisation" et de "démocratie". Voilà près de 15 ans que toutes les autres nations moins puissantes refusent, dans les organismes internationaux (ONU, UNESCO, etc) tout vote sur de nouvelles déclarations de droits de l'homme car elles refusent ce grand cirque d'exploitation organisé qui est une supercherie et un moyen idéologique de domination qui est à la fois culturelle, économique et militaire.
Non pas que les valeurs invoquées soient refusées par ces nations, mais ce qui est refusé c'est le cynisme moral des occidentaux qui s'estiment plus évolués et non primitifs. Ce même refus s'exprime envers la globalisation de l'économie.
Quand il y a ces mensonges, ces massacres et l'absence de véritable stucture de régulation qui intègre le niveau personnel et le niveau collectif, alors tout cela prend -en réaction- des formes perverses (celles-là des nations riches et les nationalismes racistes des opprimés qui se révoltent), les valeurs se tournent en destruction de soi et de l'autre. 
Le monde, prétendant avoir dépassé le stade primitif des sacrifices animaux, est un immense abattoir organisé par le cynisme politique, économique et militaire. Qui manoeuvre cela et qui en profite ? Aujourd'hui, comme les Etats l'on fait envers les Juifs pendant la dernière guerre, ce sont nos Etats occidentaux. Les Romains le disaient : perversio optimi pessima, "la perversion des meilleurs est la pire". Un seul thermomètre de la réalité gère ce monde, les massacres. 

En plus, notre époque ne se contente pas de ces sacrifices humains remplaçant les sacrifices animaux, elle déguste le plaisir de voir ces massacres ; la bassesse des jeux du cirque de la foule jouissant de la mort d'un taureau ou de deux gladiateurs s'entretuant n'est rien à côté du cynisme des familles, toutes générations confondues, dégustant leur repas devant le spectacle TV, que l'on ne manquerait pour rien, de ces morts de famine organisée et de guerres bien régulées.
Il fallait redire cela, que j'analyse continuellement sur le plan professionnel, pour comprendre la nécessité enseignée par la sagesse de la tradition juive :
chaque matin chaque homme doit reprendre en main chacune de ses tendances, de ses pensées, de ses actions, sinon il devient inéluctablement un tueur moral ou physique et la société dérivera vers son auto-destruction. Nous avons reçu les archives qui analysent, les avertissements, les enseignements, les échec et les réussites. C'est cela que nous enseigne le livre de Vayiqra : pour tout cela, il est le centre de la Torah, et c'est le livre que l'on enseigne d'abord aux enfants car cela est le plus important. C'est cela le judaïsme. Il dévoile ces jeux et propose leur changement, voilà pourquoi il est haï et persécuté.

Apportons quelques précisions avant d'entrer dans le détail du texte de la Torah
- jamais on ne peut offrir un sacrifice pour une faute commise volontairement ou avec préméditation (bé zadone).
- il y a des qorbanotes utilisant des animaux, des aliments végétaux (farine, huile, pain, etc voir Vayiqra 2, 2-14 et 6,7-16) ou des liquides ou libation (néssékh) spécialement pour les fêtes (Bémidbar 15,1-10).
- les animaux ne sont jamais des animaux sauvages ni des animaux qui travaillent.
- on ne mange ni ne boit jamais le sang de l'animal, qui symbolise sa vie et son être.
- les qorbanotes n'ont jamais pour rôle d'apaiser la colère, d'attirer des faveurs ou de se liguer avec des forces occultes.
- les qorbanotes étaient apportés volontairement aussi par des non-Juifs et acceptés (Vayiqra 22-25 et I Rois 8,41-43).
- les sacrifices ont cessé le jour de Ticheâ bé av, le 9 du mois de Av (voir lien).

Les qorbanotes se répartissent en plusieurs catégories :
- les qorbanotes d'offrande comme la ôla quand une faute a été commise en pensée ou quand une mitsva a été oubliée. L'implication personnelle est exprimée en posant les mains sur l'animal. Egalement la ôla tamid ou tamid, offrande perpétuelle qui se faisait deux fois par jour (rappelé à min'ha, par exemple); voir Chémote 29, 38-42 et Bémidbar 28, 1-8.
Ces qorbanotes 
- les qorbanotes d'expiation ('hattate) d'une faute involontaire (bé choguég), spécialement chez les personnes qui ont des charges de responsabilité, et l'importance du sacrifice dépend alors de la situation sociale du pécheur. (Vayiqra 4, 3 et 14 et 23 et 28 et 32 et 5,7); les qorbanotes  de culpabilité ou acham (Vayiqra 5,7-24) en sont une particularité dans le cas de faux serment, de sacrilège, ou de doute sur une faute (acham talouï).
- les sacrifices de gratitude (chalem au singulier, chélamim au pluriel) et signifiant complets, spécialement à l'occasion des fêtes ou après un voeu. Une particularité en est le zéva'h toda ou sacrifice de remerciement (voir Vayiqra 7,12-13 et Psaumes 56,13-14). En ce domaine, il y a aussi les offrandes de voeux ou nédér (Bémidbar 6-17-20), les dons de consécration de quelque chose ou millouim  (Vayiqra 8,22-32), et les dons ou nédava (Vayiqra 7,16-17), terme utilisé actuellement en ce sens, surtout par les Sépharades.

Etude de la ôla
Faisons donc l'effort, difficile, d'analyser ces qorbanotes, non pas comme rites primitifs mais, au contraire, comme rites très évolués, dans ce qu'ils impliquent comme prise en charge de nos composantes, ce qu'ils en font pour chacune des catégories : c'est cela que l'on appelle l'étude de l'enseignement sur ces rites, torate haqqorbanote.

Une classification simple des sacrifices de ôla, pour y voir clair :
1. La ôla est brûlée entièrement sauf la peau et rien n'est mangé.

Elle concerne 
- les fautes intérieures commises dans la pensée, 
- la non réalisation de mitsvotes,
- des voeux,
- des dons.

Ce sacrifice comporte ces phases :
- habbaa : acheter et apporter l'animal,
- sémikha : unir notre être et notre intention dans l'acte et dans sa destination vers D.ieu, en posant les mains sur la tête de l'animal,
- vidouye : avouer ses fautes et les reconnaître,
- ché'hita: abattage de l'animal par un Juif ou par un Cohen, au Nord du Temple qui est le côté de ce qui est matériel. 
Puis il y a plusieurs étapes de préparation de la bête.
- méli'ha : salage nécessaire qui symbolise le goût et la qualité que nous mettons dans ce rite.
- haqtara : combustion qui fait "monter" tout ce qui est ainsi préparé extérieurement et intérieurement.
- min'ha : offrandes végétales de farine, d'huile, de vin. qui apportent une différence et doivent obligatoirement accompagne le qorbane.

Exercices
1. Réviser, se reporter aux références, et mémoriser.
2. Rechercher comment les différentes dynamiques de la vie de chacun (pensées, fautes, etc) qui sont gérées par les qorbanotes sont prises en compte et traitées aujourd'hui.
3. Essayer de découvrir des rites que nous pratiquons dans notre vie familiale et sociale et qui régulent nos sentiments.
4. Se reporter à la période d'avant le don de la Torah pour découvrir comment les patriarches orientaient spontanément leurs sentiments et leurs actes vers le créateur à travers leurs qorbanotes :
Béréchite 6, 3-4 ; 8, 20 ; 12, 13 ; 12, 17 ; 26, 26 ; 28, 20 ; 35, 14 ; 45, 1.
5. Lecture : la partie des qorbanotes dans la prière du matin.
6. Echanger sur cette étude, l'utiliser pour faire des groupes d'étude.



2e niveau d'étude
Ce niveau est ouvert à ceux qui sont prêts à investir beaucoup plus de temps pour entrer dans la connaissance de la Torah et qui ont déjà des connaissances de base ou se feront aider pour les acquérir.
Le fait que la paracha commence par le mot Tsav doit nous poser des questions.
Alors que nous avons expliqué dans la paracha précédente combien la relation d'enseignement doit passer par une phase préalable d'écoute, ici nous sommes en phase d'un impératif sec : tsav (ordonne). Quel en est le sens ?

Comprendre sérieusement l'hébreu du mot tsav.
Tout d'abord, cet impératif vient du verbe tsiva qui veut dire ordonner (comme les verbes natane horaa, paqad ou gazar). On dit Tora tsiva lanou Moshé, "La Torah, Moché nous l'a ordonné à nous".
De là vient la mitsva, ou prescription à réaliser. Au pluriel, les mitsvotes.
Ce verbe signifie aussi nommer à une fonction (comme les verbes mina ou hifqid) ; on l'y voit en Samuel I, 13, 14 ou en Samuel II 70, 11 (vérifier).
Tsiva a aussi le sens de faire son testament, décider de ses dernières volontés ; d'où le mot tsavaa qui veut dire testament.
Celui qui reçoit une obligation est métsouvé ou nitstaba. Tandis que celui qui donne l'ordre est un métsavé.
"Je vous ordonne" se dit "ani metsavé étkhem" (Dévarim 4, 2).
Un ordre de D.ieu se dit mitsvate Hachém. C'est une forme grammaticale jointe  dite "état construit". Comme dans mitsvate avikha (Proverbes 6, 20), "une prescription de ton père".
"C'est une mitsva, une prescription obligatoire de faire" se dit mitsva lé. Comme dans "mitsva lachaote bidévar chalom, c'est une obligation d'enseigner au sujet de la paix.
On parle de commandements positifs (devoir faire ceci) : mitsvate âssé ; et de commandements négatifs (devoir ne pas faire ceci) mitsvate lo taâssé.
Une mitsva qui doit se faire dans des temps particuliers est dite mitsva ché hazzémane guéramah. On utilise aussi cette expression pour parler d'une loi nécessitée par l'urgence ou par les conditions temporaires actuelles.
Il y a des mitsvotes de la Torah qui sont logiques, comme de respecter ses parents, ce sont des mitsvotes sikhliyotes. 
Un individu qui a l'obligation d'accomplir des mitsvotes est dit bar mitsva ou bat mitsva pour la fille (cela ne veut pas dire une fête!).
Une guerre obligatoire selon la Torah est dite mil'héméte mitsva.

Les sept règles morales obligatoires de tout être humain sont dénommées chévâ mitsvote béné Noa'h (voir Sanhédrine 56a). Elles ont été données aux fils de Noé et sont : l'interdit de l'idolâtrie (issour avodate élilim), de l'inceste (issour guilouï ârayote), l'interdit de verser le sang par le meurtre (issour chéfikhoute damim), l'interdit de prélever une part de chair sur un être vivant par exemple pour le manger (issour évér mine ha'haï), l'interdit du blasphème contre D.ieu (issour birkat Hachém), l'interdit du vol (issour gazél), l'obligation d'organiser les lois et la justice (dinim ché béïn adam lé 'havéro).L'interdiction de sorcellerie sous toutes ses formes qui est inscrite dans la Torah (Dévarim 18, 10) s'applique aussi à tous les hommes selon Ribbi Yossi. D'où, en particulier, l'interdit de sacrifier ses enfants.
Taréyag mitsvote, ce sont les "613" mitvotes de la Torah, selon la lecture des lettres hébraïques qui sont aussi des chiffres.
On dit sékhar mitva mitsva, le salaire que l'on reçoit de la réalisation d'une mitsva est simplement de l'avoir accomplie.
On dit mitsva goréréte mitsva, une mitsva entraîne la réalisation d'une autre (Avote 4, 2).
Mitsva mine ha mouv'har, c'est une mitsva accomplie au mieux possible (Baba Qama 78b).
Mitsvote tsrikhote kavana, la réalisation des mitsvotes exige qu'elles soient faites avec intention (Bérakhote 13a).

L'infinitif du verbe est létsavote, ordonner (voyez Béréchite 49,33). 
Le passé : tsiviti j'ai ordonné (Vayiqra 8, 31) ; tu as ordonné, tsivita (Psaumes 7, 7) ; il a ordonné, tsiva (Vayiqra 7, 36).
Le futur est atsavé, j'ordonnerai (Chémote 25, 22).
Il est souhaitable d'apprendre à mémoriser toutes ces expressions.

Connaître cette base linguistique est avoir déjà assimilé de nombreuses bases de l'anthropologie juive, de la façon d'être Juif dans le monde. Maintenant continuons notre étude très approfondie en examinant ce mot tsav dans la Torah.

Utilisation de cette approche linguistique pour comprendre Rachi
Pour comprendre le commentaire de Rachi, nous devons comparer les passages différents de la Torah qui utilisent le même impératif tsav :
Vayiqra 6, 2 et 24, 2. Bémidbar 5, 2 et 28, 2 et 34, 2 et 35, 2. Dévarim 2, 4. Isaïe 38, 1. (Il faut lire ces phrases).

Rachi commente le début de notre paracha : 
"éin tsav (on ne rencontre pas le mot tsav) élla léchone zérouz (autrement que pour un empressement), miyad ou lé dorote  (pour l'immédiat et pour les générations)". Cela se réfère au Traité Qidouchine 29a et au Middrache Tan'houma et à Torate Cohanim. Analysons.

On peut comprendre que le sacrifice de ôla qui se consummait entièrement et ne laissait donc aucun bénéfice aux Cohanim si ce n'est la peau de la bête enlevée d'abord, était une perte totale pour eux malgré leur travail. Donc, D.ieu demande qu'ils soient cependant empressés de réaliser cet ordre. Cela est le niveau très simple du sens littéral ou pchate.

Niveau plus élevé, on voit en Dévarim 3, 28 que le mot tsav va aussi de pair avec le courage et la résolution face à une mission très importante qui dépasse notre seul intérêt (aller voir ce verset). On comprend donc en effet que cela nous concerne toujours "maintenant, miyad" ( et Aharon fit ainsi, Bémidbar 8, 3) et "pour les générations à venir, lédorote" (cela est dit explictement en Bémidbar 15, 23, vérifier). Nous allons vers ces autres versets car nous savons qu'on ne peut comprendre la Torah qu'en recherchant le sens qui a été diffusé dans l'ensemble du texte, de même qu'on connait quelqu'un que l'on apprécie seulement à la condition de l'entendre dans tout ce qu'il est.
On remarquera encore une autre particularité dans le verset qui commence notre paracha avec le mot tsav. Dans la liste des autres versets qui ont ce même mot, on détaille immédiatement ensuite les obligations qui sont transmises à l'individu et au peuple, mais pas ici. C'est pour cela que les commentaires repris par Rachi insistent sur un autre trait : l'empressement venant de l'intérieur (zérouz) : l'ordre concerne avant tout le coeur, avant même les actes. Cela rejoint le fait que ce mot est utilisé pour la ôla où il n'y a pas de bénéfice externe, c'est une question de pureté totale d'intention qui nous est demandée.

L'enfance, base de cette attitude
On comprend ainsi, disent des commentaires, pourquoi ce livre de Vayiqra est, depuis toutes les générations, celui qui est le premier enseigné aux enfants. La sagesse pédagogique de notre peuple l'enseigne parce que c'est le livre de la pureté et que l'enfant est à ce niveau. Cela nous enseigne que, de même, nous devrons rester toute notre vie le plus possible sur cette base de la pureté désinteressée, et les Cohanim seront ceux qui nous aideront, ainsi que les qorbanotes.
Loin d'être sanguinaires, ils font passer le matériel assumé jusqu'au pur qui y est enfermé jusqu'à atteindre la plénitude de la pureté dans le parfum (réa'h ni'hoa'h) qui s'en élève.
C'est pour cela aussi que, depuis lors, ce texte est lu deux fois par jour depuis le Sinaï, dans la prière du matin et dans celle de min'ha afin que nous retrouvions sans cesse ces attitudes qui sont centrales dans le judaïsme.
La zérizoute (empressement) et la zéhiroute (attention) dans l'accomplissement d'une mitsva caractérisent l'intention du coeur pur.
De là, on tire que même si les qorbanotes n'ont plus lieu de nos jours, de par la destruction du Temple, de par l'occupation du mont du Temple par des puissances étrangères actuellement, de par notre indifférence et de par notre éloignement géographique, nous pouvons et devons continuer en ce sens en étudiant ces qorbanotes dans la Torah et dans la prière.

Confirmation par le niveau du rémez
Si nous avons bien compris tout cela et si nous avons bien établi notre compréhension par cette méthode d'étude traditionnelle que nous avons suivie (du langage à Rachi et aux divers commentaires), nous comprenons maintenant ce que nous montre la tradition la plus intérieure : Ribbi Yaâqov Abou'hatséra rapporte l'enseignement des Sages disant que le mot tsav a la guématria de el adonoute. Cela veut dire que cet ordre tsav, nous incite à purifier notre intérieur et, PAR CELA, la royauté ou malkhoute de la présence divine dans le monde (nommée Chékhina) se réalise.
Ne pas accorder cette intention intérieure, c'est laisser le monde être mené par les forces non pures, faire des actes apparemment moraux et religieux comme s'ils s'adresseraient à D.ieu mais qui, en fait, ne s'adressent qu'aux forces obscures, c'est alors l'idolâtrie (âvoda zara, travail étranger). On parlerait alors de galoute hachékhina, l'exil de la Chékhina.
C'est la tâche de chaque Juif (et le Cohen en est le prototype par excellence) en toutes les générations que de faire cette purification intérieure, ce tiqqoune dans le monde concret.
Voilà pourquoi on parle de qorbane de "montée", ôla. Voilà pourquoi également est appelé aliya (montée) le processus de montée d'un Juif qui avance dans son identité de Torah et va la vivre sur la terre qui en est la source vitale.

On voit la perversion de l'antisémitisme religieux qui nomme ce niveau si beau de l'offrande d'élévation par le mot "holocauste", (destruction totale) pour mettre l'accent uniquement sur l'inverse de l'élévation qu'est la part de destruction. Et cet effet de l'antisémitisme religieux a continué en nommant l'extermination que les nazis ont fait des Juifs en utilisant ce mot d'un si beau rite juif, qorbanotes,ainsi déformé (holocauste), comme si cela référait au sacrifice de la religion juive et de par la volonté de D.ieu quand des nazis nous exterminaient. Horreur sans fard. La théologie des mots est redoutable. Le pardon pour le passé d'antisémitisme religieux chrétien, peut-être, mais pas quand la même subtilité continue dans le présent. Et quand ceux qui connaissent la théologie sont les premiers au courant de toutes ces subtilités théologiques et linguistiques qui forment les mentalités. C'est en cela qu'il s'agit bien d'une choa, hier et aujourd'hui ; et la choa culturelle précède toujours la choa physique. L'étape suivante était celle des bûchers chrétiens pendant le Moyen-âge ou par l'Inquisition avec grand apparat. Quand la Torah n'est pas respectée jusqu'au dernier détail de la parole divine, tout devient possible et justifié. Perversion collective, admise et célmbrée.

(Bûcher public de Juifs par l'Inquisition catholique, avec "holocauste" réel, comme fête religieuse et publique. Regardez bien l'image longuement, c'est un bon jour de fête tranquille).
Le fait que des Juifs eux-mêmes en soient venus à nommer  eux aussi "holocauste" la ôla et la choa, montre simplement leur état d'aliénation culturelle envers leurs persécuteurs, et l'inconscience accompagne toujours cet état de dépendance et d'aliénation.

Quand le maire d'une grande ville occidentale comme Paris, s'absente aujourd'hui d'une manifestation simplement parce qu'il y a le maire de la ville juive de Jérusalem, on est dans cet ordre de la destruction de l'autre. Et il n'y a pas à s'étonner ensuite que des groupes s'estiment avalisés de détruire ce qui est juif et détruire des Juifs. Et, perversion, comme au Moyen-âge, cela est fait soit disant au nom des valeurs et des droits de l'homme. Pour élever son âme on détruit l'autre.

Quel aspect exact  parmi les dimensions multiples de la ôla, a t'on utilisé pour construire cette idéologie ? 
Lisez Vayiqra 1, 3-17 et 6, 2-6 : vous y trouverez une longue suite d'opérations symboliques toutes aussi importantes : bétail, parfait sans défauts, imposition des mains avec intention pure et sans pensée externe, immolation, dépouillement de la peau, dépeçage, lavage, feu, élévation, odeur, agrément. La combustion n'est qu'un aspect, et elle n'est pas complète car la peau n'en fait pas partie.

Au contraire de ces conceptions détournées qui abaissent la Torah, la concrétisation par nous et par notre intention de la présence divine dans le monde par la vérité de l'acte tel qu'il est demandé par Hachém, assure l'union du haut et du bas : cette union est l'aspiration divine envers nous dans le don de la Torah. C'est alors l'union entre l'aspect divin d'En-haut qui concerne D.ieu seul (El=31) et l'aspect divin d'En-bas qui nous concerne en ce monde (Adonoute=65). Cette union (El + Adonoute= 96 = tsav) est le projet initial dit dans la Torah quand D.ieu a créé "le ciel et la terre".

Les Sages continuent à le décrire par la méthode du rémez (allusion) en montrant que les lettres de tsav sont aussi les initiales de Tsion Virouchalayim (Tsion et Jérusalem). Ils disent aussi que la Jérusalem d'En-haut ne sera établie que lorsque la Jérusalem d'En-bas sera bâtie. Sion est l'étape du rapprochement ou des fiançailles tandis que Jérusalem est le mariage. Le lieu du Temple est le coeur de la présence et les rites qui s'y déroulent en sont l'instrument éducatif et efficace. Il ne peut pas y avoir de minimisation de ces données. Nombreux sont ceux qui ne voient pas Jérusalem de façon claire en ce sens, et en font un problème de gestion politique selon les critères des idéologies actuelles des nations qui dominent le monde selon leurs propres intérêts. La logique de ces courants est le post-sionisme qui se définit en déclarant qu'il y a un non-sens actuel du sionisme, et la conclusion logique en découle : pourquoi également ne pas nous débarrasser de Jérusalem ? Ce changement de vision chez le Juif est le résultat et la forme de notre assoupissement. C'est aussi la persistance chez le Juif israélien de la mentalité d'infériorité: pour survivre, flattons l'adversaire et adoptons la mentalité du persécuteur qui veut notre disparition. Il faut alors un coup de réveil, ou de trompette ou de semonce. La Torah, qui connait bien ses Juifs, crie : tsav !

Suite de l'étude auprès de nos maîtres
En ce niveau du rémez, avec la plus grande précision que nous ne pouvons pas transmettre  sous le véhicule anonyme du Web,  chaque forme de sacrifice est un mode précis d'action et un ascenseur particulier qui fait passer d'un niveau à l'autre.
Chacun des traités de la Michna et du Talmud est, en parallèle strict, la même voie instrumentale pour "faire monter" depuis le mélange habituel d'impureté dans une aliya ou montée progressive. La racine et la source qui éclaire sont dans la Torah écrite mais la réalisation se fait par la Torah orale qui est la réalisation de malkhoute et adonoute. Cela est dit dans dans Péti'hate Eliahou, le texte des Tiqqouné haZohar 17b, que les Sépharades lisent avant l'office de min'ha : malkhoute Torah ché bé âl pé qarinane la (Malkoute est appelée Torah orale).
Le sacrifice de ôla est lié à la partie du Talmud de l'ordre Zérayim (semences).
Le sacrifice de min'ha est lié à la partie du Talmud de l'ordre Moêd (temps festifs).
Le sacrifice de 'hatate est lié à la partie du Talmud de l'ordre Nachim (femmes).
Le sacrifice de acham est lié à la partie du Talmud de l'ordre Néziqine (dommages).
Le sacrifice de milouim est lié à la partie du Talmud de l'ordre Qadachim (choses saintes).
Le sacrifice de chélémim est lié à la partie du Talmud de l'ordre Taharote (purifications).
En quoi cela est, il faut simplement continuer à étudier pour le comprendre. Le côté obscur en apparence de la Torah est fait simplement pour que ceux qui l'aiment continuent.
On peut se référer aussi aux pages de Modia sur le Talmud qui développent ces connaissances, lien ici.
 

Cohérence
Cette paracha vous permettra de comprendre la dynamique  de la prière de Min'ha l'après-midi,
où les sacrifices sont rappelés et le mot Tsav indiqué.
Lisez ce texte, juste après  le premier psaume d'entrée, et en particulier le texte de Bémidbar 28, suivi de celui de Chémote 30, 34...
De plus, ces textes sont lus aussi à la prière du matin (cha'harite).

Conclusion de l'étude
Il faut prendre le temps de passer en revue notre propre existence pour y retrouver ces dimensions et faires nos choix.

 


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