Avertissement indispensable.
Cette mitsva est l'une des plus connues. Hélas, depuis des siècles,
l'antisémitisme chrétien a réussi à faire
croire au monde que cela n'est pas écrit dans la Torah mais dans
le texte nouveau de l'autre religion, en ajoutant que les Juifs n'avaient
que la crainte, la lettre et pas l'esprit, qu'ils avaient tués
le prophète d'amour et D.ieu lui-même, etc. Infamies dont
on n'arrive pas à comprendre comment ces millions d'individus
religieux sont parvenus ainsi à mentir sur la parole de D.ieu
elle-même et à tuer Son peuple. C'est pourtant la vérité
historique, si contraire à ce qu'elle prétend être,
une religion d'amour. Elle fut une religion de massacres du peuple de
D.ieu. Il en reste une civilisation occidentale qui s'allie toujours
aux ennemis du peuple juif, encore maintenant, car elle-même a
gardé cet antisémitisme viscéral même si
elle en a perdu la théologie.
Voir le résultat
sur la page de la Shoa, ici.
Comment peut-on ainsi accuser de tant de vilenies le peuple juif
qui a justement apporté cette mistva d'amour et le Cantique des
Cantiques? Au point justement que sont nombreux les fondateurs d'autres
religions qui ont piqué dans tous les sens des bribes de leur
créativité dans la Torah.
Revenons donc à la Torah qui a le copyright éternel de
cette expression: "Tu aimeras
ton prochain comme toi-même". De même
qu'il a le copyright éternel de la terre d'Israël et de
Jérusalem sans aucune revendication possible. L'histoire est
là, comme les textes saints, et comme le respect envers D.ieu
qui passe par le respect envers le peuple qu'Il a choisi, par Son amour
que nul homme religieux ne devrait se permettre de contester.
Quel est le sens de cette expression?
Tous les auteurs et Sages ont parlé sur ce verset.
1. Il veut d'abord dire qu'un sentiment de base, amour, doit
aller vers tous et non pas seulement vers une ou deux personnes. Ce
n'est pas si simple d'aimer ainsi tous ses proches (expression
stricte de l'hébreu). Donc, il y a déjà là
des conclusions à tirer et des remises en questions considérables,
avant d'aller plus loin.
2. Il ne s'agit pas d'un principe idéologique comme lors
de l'adhésion à un parti, une mafia, une association,
un club, une confrérie professionnelle, ce n'est pas une simple
solidarité d'intérêts. C'est aimer. Qu'est-ce
que cela veut dire?
3. C'est ne pas faire de tort, c'est être attentif, c'est alors
aider qui est dans le besoin sous toutes formes et ne pas s'abriter
derrière des raisonnements pour s'en dispenser (on est différents,
il y a des malheureux et des gens heureux, c'est le sort, des riches
et des pauvres). C'est donc s'organiser pour voir les besoins de
l'autre et ne pas vivre en quartier protégé qui ferait
qu'on n'a pas l'occasion de voir le besoin. Il faut aller vers, c'est
pour cela que la préposition hébraïque est "vers",
"lé", comme l'anglais "to". Tandis
que lorsqu'on parle de l'amour envers D.ieu, il est dit: Tu aimeras
D.ieu (avec éte, complément d'objet direct, c'est
tout), de même envers le guer, le converti. Car ces amours
doivent être inconditionnels et totaux. Le guer représente
nous-même, celui qui est différent des autres et qui a
choisi d'aller dans le peuple de D.ieu comme Avraham, ce qu'ont fait
tous les ancêtres de tous les Juifs. Ils sont tous cela, des guérim,
et c'est pour cela qu'ils sont différents des autres cultures,
et à la fois admirés, enviés et détestés,
le guer est dans la même position. Donc, ne pas l'aimer, c'est
ne pas s'aimer.
4. Mais il y a plus, disent nos Sages, aimer nos proches, c'est les
aimer comme nous nous-aimons nous-mêmes, c'est donc leur vouloir
explicitement le bien que nous désirons pour nous mêmes
et les aider à l'acquérir, et cela au même degré
que nous l'avons pour nous-mêmes; c'est donc donner ce qui
manque quand nous le pouvons, parce que l'autre en manque et que nous
voudrions l'avoir si cela nous manquait; c'est nous réjouir de
ce qu'il a au même degré que nous nous réjouirions
quand nous l'avons; donc, même si nous ne l'avons pas et qu'il
l'a, nous réjouir vraiment pour lui, qu'il s'agisse d'une famille
si nous ne l'avons pas ou plus, d'un époux ou d'une épouse
ou d'enfants, qu'il s'agisse de la santé, de qualités,
de biens, de sagesse, de dons, etc. Nous avons chacun un travail important
à réaliser sur tous ces points.
5. C'est comprendre encore que cela ne se fait pas dans le vague
et l'irréalité envers toute l'humanité car
alors il n'y a plus qu'une idéologie, et l'on voit souvent les
idéologues politiques et religieux devenir les plus cruels au
nom de leur idéologie d'amour universel. Le judaïsme n'a
pas ce travers et ne cherche pas à convertir les autres par la
force, par la loi et par la prison et par la mort. Qu'ils aient leurs
dieux disent nos textes. Nous devons aimer ainsi qu'il a été
dit, d'abord dans le cercle possible: autour de nous, nos proches.
Cela est simple: maison, famille plus large, amis, lieu proche. Pour
cela, ce qui nous est possible de donner doit d'abord aller dans ce
cercle. Si nous ne le faisons pas là, nous ne le ferons pas plus
loin. C'est le critère de vérité. Tout ce que je
dis là est le résumé de multiples transmissions
de la tradition, dans toutes les communautés.
Cela veut dire aussi, justement, que notre amour doit d'abord prendre
en charge notre communauté, et notre famille juive.
6. Ensuite, il y a une autre dimension et tout cela, et pour aller au
delà. Le motif essentiel de cet amour repose sur quoi? Sur
le fait que nous avons été créé par amour,
gratuitement, et gratuitement créés à l'image et
à la ressemblance du Créateur, TOUS.
C'est donc, par une participation ensemble et UNIQUE à cette
dimension divine d'amour que ce doit être notre seule règle
entre tous les humains. Tous.
Inutile d'aller chercher des accords ou de faire des conférences
pour décider si oui ou non tous les hommes sont égaux
en droits. La nature de la Création l'affirme dès le début
de la Torah en en donnant le motif de création (ce que ne font
pas les déclarations universelles fondées uniquement sur
la pensée et les dimensions politiques).
Donc, en plus, nous apprenons de là quelle doit être la
nature et la forme de ce que l'on appelle "cet amour": c'est
"aimer" la présence divine en les autres. Réellement.
Porter atteinte à l'autre, quelle que soit sa forme, sa couleur,
son éducation, sa musique, sa langue, son sexe, etc, c'est insulter
directement le Créateur. Il faudrait qu'il y ait toujours quelqu'un
pour rappeler cela, d'abord dans les Chambres des députés
de tous pays.
Le Créateur est aimé en Lui-même lorsque nous manifestons
de l'attention à quelqu'un ou faisons quelque chose pour autrui.
Et cela, même si personne n'en est témoin et ne le saura
jamais, car cela n'a aucune importance, l'action est réalisatrice
de l'amour. Il en est ainsi quand on aime quelqu'un (enfant ou conjoint
ou ami). C'est pareil.
C'est pour cela que ce verset ne dit pas simplement: Tu aimeras ton
prochain comme toi-même.
Il dit, allez vérifier: "Tu aimeras ton prochain comme
toi-même, Je suis Hachém".

Maintenant, on comprend. C'est la même chose. Et, de plus, l'obligation
devient capitale.
Application. Trois
exemples (poème, attentat, tsédaqa)
Première application.
Un poème.
Cette mitsva d'amour, on vient de le voir, n'est pas simplement une
indication de prescription morale. Elle nous apprend l'ordre des choses,
comment deux êtres doivent être ensemble ou l'un envers
l'autres. Cela dit, permet d'arriver au thème du poème.
Je reçois souvent des mails de personnes me faisant part de leur
douleur de ne pas trouver leur conjoint et disant que nombre des amis
ou amies sont dans ce cas, même s'ils s'apprécient et s'estiment.
Ils demandent que faire, quel psaume dire, quelle action entreprendre,
souvent après avoir recouru à maintes agences et conseilleux.
Et y avoir perdu beaucoup d'argent.
Il s'agit bien de cette mitsva.
D'abord, certes il y a des prières pour cela. Pourquoi?
Parce que seuls les Sages qui connaissent vraiment la nature de la réalité
peuvent en composer sans susciter des catastrophes.
Ainsi, le Chla ha Qadoche a écrit une prière pour avoir
une famille, conjoint, enfants, de première qualité (!),
et je l'ai
traduite sur le site, lien ici. Avec son texte en hébreu.
Ensuite, sachons que les prières avec sincérité,
pauvreté et larmes passent avant toutes les prières des
tsaddiqim eux-mêmes (le Zohar revient souvent sur ce thème)
et cette prière du coeur chacun peut la faire. Elle doit toujours
être accompagnée de rectification de la vie selon
la Torah et de tsédaqa.
Cette droiture va de pair avec le fait de ne pas courir les magiciens
mensongers qui prétendent voir les compatibilités
des néchamotes; les plus grands caballistes reconnus par les
plus anciens en ce domaine disent que nos générations
n'ont plus ce pouvoir et que ceux qui le prétendent prouvent
par là immédiatement qu'ils sont des falsificateurs et
exploiteurs.
Ce que les Sages peuvent donner, c'est uniquement la bénédiction
de ceux qui sont proches de la vérité de notre tradition
et s'efforcent de la vivre eux-mêmes. Voir sur ce thème
l'indispensable livre (car les charlatans sont nombreux) de Rabbi Yaakov
Hillel, Rav de la Yéchiva Ahavat Chalom à Jérusalem,
l'un des plus grands caballistes, intitulé: La foi, la kabbale
et la folie (en toute librairie juive), traduction abrégée
de Tamim tiyou. Les falsificateurs ne sont que les continuateurs des
devins d'Egypte.
Il va de soi que les conseils des Sages peuvent aider aussi,
en raison de leur expérience. A commencer par celle de la patience
et de l'acceptation des parcours complexes.
Cela étant dit, nous arrivons au poème-prière,
venu dans le contexte de cette paracha ainsi comprise, surtout en
raison de l'unité des deux amours (humains et divin).
Ô mon D.ieu
Toi qui peux
comme Tu veux
étaler l'immensité des cieux
et fixer la terre ferme
au milliardième de millimètre,
fais l'aveu
que Tu peux
quand Tu veux
réunir les deux
du même jeu,
du même feu
et du même être
si Tu le veux,
quand Tu le veux.
Je ne vais pas Te permettre
de Te démettre
quand tant sont malheureux
loins de leurs yeux
amoureux.
Tu es Un aux cieux,
mais nous sommes deux sur terre.
Aime-nous comme Toi-même.
Réaliser la tsédaqa
par des applications concrètes.
Voir
cette page-ci où vous aurez des causes urgentes de don.
Troisième application:
ressentir comme autrui
Nous participons aujourd'hui à la douleur de la famille de Dominique
Caroline Hass, 22 ans, zal, immigrante de France depuis 5 ans et qui
travaillait à Tel Aviv dans la restauration après des
études pour avancer dans cette voie. Sa vie s'est arrêtée
parce que le Fatah d'Abou Mazen et Arafat a envoyé un terroriste
la tuer ainsi que deux jeunes musiciens. Sa dépouille est ramenée
en France.
Cela me bouleverse. C'est la mitsva.
Chaque fois que l'on
a un point commun (comme toi-même) avec l'une des victimes, alors
on réalise beaucoup plus l'horreur. Et je suis révulsé
de l'indifférence quand j'entends des gens que j'estime ne voir
cela que comme un problème politique, une thèse, "ce
n'est rien, ce sont des victimes du processus de paix et on avance et
on arrivera à vivre avec ça et avec nos voisins".
Et il n'y a pas de bouleversement devant la souffrance. Et dès
Oslo ils avaient cette insensibilité où leur conception
politique a primé et les sept centaines de jeunes assassinés
n'ont rien ébranlé de cette insensibilité. C'est
l'idée qui prime, et l'idée participe plus à comprendre
l'assassin et à y participer que la victime. Je pleure en écrivant
cela.
Pourtant, la Torah nous prescrit de ressentir la peine de l'autre. C'est
quand même pour cela d'abord que ce m'est un devoir.
Pourquoi je le ressens et pas eux? Peut-être parce que j'ai eu
plus qu'eux des deuils très proches pénibles. Dès
l'enfance. Et sans perdre, baroukh Hachém, le goût de la
vie.
Mais j'ai reçu aussi deux gifles magistrales qui m'ont appris
à ressentir autrui. Et j'en suis marqué.
Premier fait.
J'étais en taxi à Jérusalem. Le chauffeur, allure
de jeune typique de Tel Aviv, crane tondu, queue de cheval, anneaux
dans les oreilles et ailleurs, un tatouage, pas de kipa, etc. Une caricature
à mes yeux. J'ai vu comme cela, spontanément, je l'avoue.
On arrive à un carrefour très important, et il s'arrête
à l'orange et un autre nous double et passe au rouge. Mon chauffeur
est choqué: "mais c'est un fou, ici, en ce carrefour! c'est
grave, c'est criminel, c'est comme... c'est comme... comme ne pas faire
Chabbate". J'ai reçu la plus grande gifle de ma vie. Je
ne jugerai plus jamais quelqu'un sur l'apparence. Et pourtant, je me
croyais très ouvert et tolérant. Merci le Ciel de cette
gifle. Et pardon. C'est un grand sage, celui-là, je l'ai remercié.
C'est pour cela que j'ai le même contact maintenant avec quelqu'un
de Méa Chéarim que de mon quartier, ou de mes amis francophones.
Deuxième fait
Je suis à la synagogue au premier office au lever du jour car
je dois prendre l'autobus pour aller jusqu'à l'Université
et je compte deux heures pour arriver à temps. Chaharite se termine
magnifiquement et on lit deux halakhotes comme il se doit puis on dira
le Qaddiche et je partirai sans attendre une seconde car le bus va arriver.
Et voilà, pour la première fois, deux qui viennent de
bien prier ensemble commencent à se disputer sur la halakha qu'on
lit et n'arrêtent plus. Malgré la prière, je commence
moi aussi à m'énerver intérieurement. Cela continue
et quand j'arrive à la station du bus, il file sous mes yeux,
je fais signe mais le chauffeur ne me voit pas. Je suis très
contrarié. Mes étudiants risquent de partir. Quelques
minutes plus loin, une explosion, une dizaine de morts dans l'autobus,
nombreux blessés, un terroriste était dans cet autobus
que j'ai râté. Depuis, le Ciel m'a appris à ne plus
du tout penser en chiffre de morts et de blessés mais je réalise
mieux ce que c'est le moi détruit, pour ces familles et
ces personnes. Comment faire pour apprendre cela ("tu aimeras l'autre
comme toi-même") sans ces expériences? Le prix
de l'apprentissage est trop excessif.
Voilà exactement ce qui est resté de cet autobus-là,
c'est celui-là. Le vide. Et le sang.
Je suis aussi beaucoup plus tolérant
quand des gens se disputent là où il ne faudrait pas:
nous ne savons pas grand chose de ce qui se passe vraiment.
Je ne sais plus quel Sage disait pour nous apprendre la tolérance
et l'amour: "si, par un geste malencontreux, en coupant du bois,
tu te tranches la main gauche, tu ne vas pas couper la main droite pour
la punir, alors agis ainsi envers ceux qui ont mal agi, ne te venge
pas".