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24e Paracha : Vayiqra
"Il appela"
Vayiqra (Le Lévitique) 1, 1 - 6, 26
Commentaire renouvelé
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos Sages.
Il est dédié à la mémoire de Ruth Reichelberg (lé ilouï nichmata), et pour sa famille éprouvée.
Site Modia : http//:www.modia.org
© Les textes de Modia sont mis gratuitement à
votre disposition par l'auteur, selon la mitsva obligatoire pour tout
Juif qui est d'étudier et d'enseigner simultanément.
Vous pouvez donc imprimer et dupliquer ces textes pour l'étude
personnelle et de groupe, ou pour l'enseignement. Bien entendu, selon
la Torah, en ne supprimant pas le nom de l'auteur ni l'adresse
du site. Les sites ne peuvent faire qu'un lien vers ces textes
sans les capter. Chacun pourra ainsi accomplir la mitsva : véchinnantam
lé vanéikha (et tu l'enseigneras à tes enfants)
et l'autre mitsva : védibbarta bam (et tu leur parleras dans
les mots de la Torah. Dévarim 6, 7).
Voyez les
règles du Copyright.
Ne pas oublier que, sur votre version imprimée
ou polycopiée, vous perdez tous les liens qui renvoient aux autres
textes de Modia. Or, ils sont indispensables dans l'étude.
La fête de début du mois de Nissane (30 mars)
La bénédiction de la lune
Cliquer ici pour se former à l'étude de Rachi, du Chla...
Aimer avant de parler
Plan
Situation
L'actualité et la paracha
Les mitsvotes et les thèmes de la paracha
Le sens global
Un signe d'appel pour bien comprendre tout le livre
L'interpellation amoureuse de Hachém dans l'enseignement
Le respect de tendresse dans l'éducation
Ahava ou kavod ?
Donner à l'autre le temps de réfléchir
Les principes d'une pédagogie juive
Être rosée sur la terre de l'autre
Le vide dans l'amour
Aider l'autre à entendre
La pauvreté de D.ieu selon Ribbi Yaâqov
Abou'hatséra
Le pouvoir de l'homme de répondre et reconstruire
La modestie de Moché
Aller au rythme de l'autre. La patience de D.ieu
Etude d'un commentaire bref de Rachi, avant Pessa'h.
Le terme hébraïque : léchém.
Applications pédagogiques
Hébreu à mémoriser
Les petites lettres dans la Torah |
téâmim achkénaziim :
Entendre la
paracha de Vayiqra (Ort)
Entendre la
haftara de Vayiqra
téâmim séfaradiim :
Entendre la
paracha (Alliance)
Poèmes :
Non !
Sa vie fut ahava
Lire les poèmes, expression
de la délicatesse
Tableau historique situant Moché
Rabbéinou
Tableau montrant la liste des écrits
de Moché |
Situation
Nous entrons dans le 3e livre de la Torah, Vayiqra (le Lévitique).
Ce livre est le plus court, mais il est le centre de la Torah :
| Livres |
LETTRES |
MOTS |
VERSETS (péssouqim) |
SECTIONS (praqim) |
| Torah entière |
304 805 |
79 847 |
5 845 |
187 |
| 1e livre. Beréchite |
78 064 |
20 512 |
1 534 |
50 |
| 2e livre. Chemote |
63 529 |
16 723 |
1 209 |
40 |
| 3e livre. Vayiqra |
44 790 |
11 950 |
859 (guématria : nataf) |
27 (guématria : vé-éhié) |
| 4e livre. Bémidbar |
63 530 |
16 368 |
1 288 |
36 |
| 5e livre. Devarim |
54 892 |
14 294 |
955 |
34 |
et, le classement des livres selon la taille est le suivant :
| 1e . Beréchite |
4e . Bémidbar |
3e . Chemote |
4e . Devarim |
5e . Vayiqra (le plus court) |
Dans Vayiqra, il y a 52 (guématria de bén, fils) parachiyotes
ouvertes et 46 fermées, ce qui donne un total de 98 (guématria
Tsa'h,
comme dans le verset du Cantique des Cantiques : mon bien-aimé est
tsa'h,
pur).
Dans cette étude, notez les points qui vous touchent ou vous
concernent personnellement, pour pouvoir ensuite les approfondir jusqu'à
l'amélioration. L'étude doit recevoir le texte, jusque dans
ses secrets, mais aussi le faire avec le coeur et l'appliquer dans le
concret.
L'actualité terrible qui se vit en
Israël (tant de la part des ennemis que des victimes ou des dirigeants
plus que décevants et de groupes à l'intérieur qui
pactisent avec l'ennemi cruel) rejoint exactement ce qui se vivait autour
de Moïse : le veau d'or suscité par des minorités qui
mènent le peuple à sa perte et à la dépendance
envers le puissant de l'époque, la difficulté pour les meneurs
religieux de guider le peuple, les victimes dues à toutes ces erreurs
et trahisons (depuis 80% qui sont restés à l'extérieur en Egypte et n'ont pas voulu sortir, et ceux qui plaient pour y retourner, et ceux qui proposaient d'autres idéaux). Nous vivons donc la même histoire et Torah en direct dans l'actualité,
et non pas de loin dans le temps ni à des milliers de kilomètres
sur un texte.
Dans ce contexte, nous arrivons à la paracha Vayiqra qui va nous
apporter des réponses claires pour ce dont nous avons besoin
:
- l'assurance, avant tout, que dans nos malheurs Hachém
nous aime d'un amour intime, fou, puissant, sauveur,
- la compréhension que tout va se jouer dans la délicatesse,
la fidélité, l'amour de notre part,
- mais comment mettre à leur place chaque chose dans ce monde de
cacophonie et brutalité? En n'oubliant pas la puissance de D.ieu
et notre place modeste et qui s'appuie seulement sur les deux points précédents.
Tout cela nous allons le voir dans la paracha à une condition :
D.ieu nous demande d'étudier une Torah qui est complexe et demande
autant d'attention que lorsque nous voulons comprendre un enfant.
Enfin, il faut lire la haftara (Isaïe, de 43- 21 à 44, 23).
Le prophète Isaïe nous y commente l'actualité de
la Torah, ou l'actualité dans la Torah :
- nous ne sommes pas un peuple comme les autres ni bâti sur le modèle
des autres, notre existence est tenue par D.ieu dans une relation à
Lui.
- mais nous nous lassons de ce rôle,
- pourtant, par l'amour qu'Il a pour nous, D.ieu efface encore nos fautes
cette fois-ci; Il nous dit : "n'aie pas peur Israël que j'ai choisi,
ne tremblez pas, tout n'est qu'idoles en dehors de Moi, ne craignez pas
les autres puissances qui ne sont que vanité impuissante et ridicule,
elles ne reposent que sur le mensonge. Lisez le psaume 73 pour cela.
- souviens-toi de tout cela, Israël, tes fautes sont effacées
et tu es à Moi, pour Moi, et jamais Je ne t'oublierai,
-alors, que toute la Création chante! car Hachém
a libéré Yaâqov et se trouve à nouveau glorifié
par Israël".
Aujourd'hui, les fleurs sortent des bourgeons sur les murs de Jérusalem,
qu'elles nous montrent chaque jour la multiplicité de ces bontés
du Ciel que nous pouvons percevoir, que nous pouvons être!

(photo de l'auteur).
Israël est beau mais nous vivons en groupes dispersés, éloignés, qui tiennent à montrer qu'ils sont les seuls meilleurs par cette différence qui exclue les autres selon la tendance religieuse ou politique ou géographique; sentons-le bien dans cette photo de cette semaine:
Nous devons nous rapprocher en comprenant que nous sommes faits de la même belle matière en Sa même lumière (la Torah, et la Création continue du monde) depuis ce alef petit au bout du premier mot de Vayiqra. Ce n'est pas le Pharaon puissant d'aujourd'hui qui nous crée et nous commande, ni les partis ni les gouvernements.

Nous serons en lignes différentes mais reliés cette fois, et nous respectons.
Tout ce dont nous avons besoin aujourd'hui est dit là. Notre
cerveau, si embrouillé par les conflits et par les bavardages des
informations, et par les douleurs de nos victimes, peut reprendre sa position
juste.
Il y a une autre condition, c'est que notre retour vers la prière
et le sérieux de notre amour envers D.ieu soient très concrets
en nos vies par une rectification de ce qui y est tordu. Sans cela, nous
nous éloignons de l'ordre bon de la Création et les nations
ennemies reprennent prise sur Israël.
Un être savait vivre dans ce rapport, et il doit être
notre exemple : c'était Moché. Il était fidèle
à cette relation. C'est pour cela que les derniers mots du
Livre de Chémote, avant notre paracha Vayiqra reviennent sur cette
expression :
"ka achér tsiva Hachém éte Moché, comme
Hachém l'avait ordonné à Moché".
Nos Sages vont nous entraîner à partir de là dans
des considérations merveilleuses qui concernent notre désarroi
actuel et les moyens de bien le gérer. Ils nous font remarquer
que cette expression revient 18 fois dans ce passage. Sachons que 18 s'écrit
en hébreu youd 'héte, ou 'haï, qui veut
dire "vivant". (Vérifiez : 38, verset 22; 39, versets 1, 5, 7,
21, 26, 29, 31, 32, 42, 43; 40, versets 19, 21, 23, 25, 27, 29, 32).
Nous voyons tout de suite que nous sommes placés en ce moment de la paracha
devant la mort et la vie et que, après la catastrophe des idoles
et du veau d'or, après les désastres qui en ont découlé,
nous avons à savoir comment faire pour retrouver la vie assurée,
être 'haï, vivant.
Moché a plaidé alors devant D.ieu, et il a défendu
en avocat le droit de vivre pour Israël, c'est ce que nous devons
faire. Cela est décrit dans le chapitre coeur ou lev (32) de Chémote,
au verset coeur ou lev (32). Moché dit à D.ieu :
"si Tu voulais pardonner leur faute, sinon efface moi (mé'héni
na) de Ton livre". Nos Sages nous font comprendre le choix de cette
expression : Moché est nommé fiable, néémane
en Bémidbar 12, 7. Et les lettres de cette expression ("sinon efface
moi, mé'héni na") forment un second message qui est
"néémane 'hai".
Ainsi, par sa fidélité indiquée en fin de Chémote,
Moché peut prier et peut obtenir que vive le peuple d'Israël.
Et son mérite reste continu et assure aussi la vie de notre peuple.
Allons plus loin, le nombre de mots de ces 18 expressions est 113, ce
qui correspond au nombre de fois que le mot "lev", coeur, existe
dans la Torah, selon le Baâl ha Tourim dans son commentaire sur
ces versets. Tout cela nous montre que notre vie ne subsistera que
si nous mettons notre coeur dans l'étude de la Torah, dans
la relation à Hachém qui "aime Son peuple", et particulièrement
dans la prière; et les Sages ont fait remarquer que le mot "téfilla"
(prière) a la guématria de "cavanate ha lév"
(intention du coeur) ou de "âvodate ha lév" (travail
du coeur).
Tout ceci, ne sont que quelques gouttes par rapport à l'ensemble
des commentaires lumineux que nos Sages transmettent. Qu'ils sont égarés
ce qui ignorent cela et vont chercher des guématriotes farfelues
par le jeu du hasard mathématique ou des logiciels informatiques,
alors que la tradition nous transmet la science sûre de Moché
par des milliers de clefs transmises.
Tout cela nous montre que nous ne sommes pas abandonnés dans la
détresse actuelle et, pour ne pas l'oublier, nos Sages ont bâti
sur cette fidélité de Moché assurant la vie ('haï)
la prière des 18 ('haï) bénédictions.
Voyez, pour approfondir, ce qu'en dit le Traité Bérakhote
28b.
Ainsi, ne tremblons pas, comme Hachém Lui-même nous
y invite dans la haftara, appuyons-nous sur l'assurance de Moché
dans sa prière et dans ses actes, ce qui nous assure la vie. Et
tout cela est basé sur l'amour de Hachém qui nous
propose une relation intime.
En ce sens, étudions maintenant la paracha.
Les mitsvotes et les thèmes de la paracha
La paracha comporte les mitsvotes 116 à 131 ; elles concernent
- la réalisation précise des sacrifices (ôla
ou
sacrifice de "montée" mal traduit par holocauste, offrande ou min'ha,
encens,
sel, animaux, farine, oiseaux),
- les présentateurs de ces sacrifices (juges qui se seraient
trompés, cas de fautes involontaires graves, fautes incertaines,
erreurs dans les témoignages, usage erroné du trésor
du Temple, etc).
Le sens global
Le Chla
montre que ces sacrifices et les prescriptions précises qui les
concernent sont des mesures isolées qui contribuent à réduire
et à rectifier les conséquences de la faute d'Adam ; ce rapport
est le motif pour lequel la paracha dit dès le début : adam
ki yaqriv mikém qorbane, si un homme "adam" veut faire
un sacrifice.
Un jour, l'homme retrouvera la bonheur initial et, alors, il n'aura
plus besoin de ces mesures correctives, dit le prophète Jérémie
(3, 16-17). (Il faut que le lecteur se
reporte aux références).
Pour ce motif (il concerne aussi bien le plan initial que maintenant
et que sa réalisation totale à venir), Rabbénou
Bé'hayé insiste sur le fait que ce livre de Vayiqra est
relié à l'ensemble des significations de toute la Torah
(hakol mé'houbar védavéq, tout est relié
et collé).
Un signe d'appel pour bien comprendre tout le livre
Nous avons déjà vu plusieurs fois que le premier mot,
le titre ou le premier verset de chaque paracha ont une importance particulière
et donnent un sens à toute la suite.
Ainsi, de nombreux commentateurs ont souligné l'importance du premier
mot de cette paracha : "vayiqra" (Hachém "appela"
Moché);
or, ce mot comporte une lettre minuscule, le alef
final : vayiqra. Examinons
cette particularité qui veut transmettre un enseignement ;
cette démarche relève de la méthode du rémez
(allusion).
Il faut situer le sens de cette expression en fonction de ce qui a
précédé et dans l'ensemble de la Torah.
En effet, trois fois Hachém a "appelé" Moché
de façon précise (qara el, appela vers...) :
- quand il a voulu lui donner sa mission au buisson ardent (Chémote
3, 4),
- quand il lui a donné la révélation de la Torah
au Sinaï (Chémote 19, 3),
- pour ces sacrifices-ci.
Rabbénou Bé'hayé examine cette question en fonction
de l'importance de ces actes ; il remarque alors que cette interpellation
(qéria) se trouve lors du renouvellement de la Création
(Béréchite 2, 4), et il bâtit un lien entre la petite
lettre aleph émergeant du mot "vayiqra", et le fait
qu'il y a la petite lettre hé lors de ce renouvellement
de la Création. Ce sont des moments de fragilité, de proposition
importante, et des moments où la créature peut hésiter
à répondre.
Isaïe 48, 12-13 nous fait comprendre combien la demande (qéria)
de Hachém est ainsi reliée à son projet initial
et au but final, à travers son affection pour Israël
:
"...Les choses passées je les ai annoncées longtemps
d'avance...
Ecoute-moi Yaâqov, et toi Israël, celui que j'appelle,
mon prédestiné.
Je suis toujours le même, Je suis le premier comme Je suis le
dernier.
C'est ma main qui a fondé la terrre, ma droite qui a étendu
les cieux.
Je leur adresse mon appel, aussitôt ils se présentent.
Assemblez-vous tous et écoutez...".
A travers ces deux particularités jointes (l'appel, et la lettre
réduite), nous allons le voir, un grand enseignement nous est
donné
- sur la façon dont la Torah doit être transmise et enseignée,
- sur la façon de réaliser toute éducation et
tout enseignement.
L'interpellation amoureuse de Hachém dans l'enseignement
Rachi,
le commentateur de base, nous éclaire, dès le premier verset
de la Torah, sur la façon dont Hachém s'adresse à
son peuple quand il l'interpelle :
lé khol dibérote, "toutes les paroles, dit-il,
oulékhol amiroteet, toutes les interpellations
ou le khol tsivouyim, et tous les ordres
qadma qéria, ont été précédés
d'un appel exprimé ;
léchone 'hiba, c'est une langue de tendresse ('hiba)".
Le Sifra interprète dans le même sens ces marques d'amour
à
travers le redoublement du nom utilisé quand D.ieu appelle Moché
comme il appela "Avraham Avraham" (Béréchite 22, 12) ou "Yaâqov
Yaâqov (Béréchite 46, 2 où Rachi souligne encore
que c'est une expression de 'hiba), ou "Chmouél Chmouél"
(I livre de Chmouél 3, 10). Allez lire ces références.
Remarquons combien Rachi éprouve souvent le besoin de souligner
cette bonté gratuite de D.ieu ; en effet, il le précise
dès le début de son commentaire de chaque livre de la Torah
:
- dans le premier livre, en Béréchite 1, 1 ("par un acte
de Sa volonté ratsone, Il a donné la terre à
ces peuples et par un acte de Sa volonté Il l'a reprise pour nous
la donner à nous");
- dans le second livre, en Chémote 1, 1 ("et voici les noms
des enfants d'Israël ; bien qu'on les ait comptés de leur vivant
par leur noms, on les compte à nouveau après leur mort pour
nous faire savoir combien ils bénéficient de tendresse, 'hibatane
la
tendresse pour eux") ;
- dans le troisième livre, en Vayiqra comme nous le voyons ici
;
- dans le quatrième livre, en Bamidbar 1, 1 ("Hachém
parla à Moché dans le désert du Sinaï... c'est
de l'intérieur de la tendresse qu'il a pour eux, mitokh 'hibatane,
qu'il les compte à tout moment") ;
- en Dévarim 1,1 ("ce sont les paroles que Moché adressa
à tout Israël... étant donné que ce sont des
paroles de reproche et qu'on énumère ici tous les endroits
où ils ont irrité D.ieu, on a dissimulé les faits
en les rappelant par une simple allusion pour l'honneur d'Israël").
Bien entendu, il ne s'agit pas de ma lecture personnelle et particulière
de Rachi, mais c'est la démonstration effective de ce que la tradition
depuis Moché nous indique. Rachi se contente de guider notre regard
et il le fait avec précision.
Nous avons déjà appris qu'il faut toujours aller chercher
la source de Rachi. Elle est dans le middrache Vayiqra Rabba 1, 13. On
y remarque la différence entre ces interpellations au peuple d'Israël
et celle qui s'adresse à Bileam (lire Bémidbar 23,4) : c'est
le même verbe certes, mais il manque le alef final. Ceci
nous indique, envers Moché et Israël, un surplus spécial
indiqué par cette lettre première de l'alphabet qui
est reliée à la source et n'a même pas de son terrestre.
Rachi appelle cela "tendresse, 'hiba".
Le même middrache nous montre aussi que le mot qra (appeler)
possède cette lettre alef quand il s'agit des anges du service
divin qui s'interpellent les uns les autres à égalité
pour dire qadoche, saint (Isaïe 6, 3). C'est la source de
Rachi.
Le respect de tendresse dans l'éducation
Nous devons donc appliquer à notre conduite, ce "mode de comportement
de D.ieu", cette midda. Comment ? Selon la règle de Qohélète
(L'Ecclésiaste) 9, 17 :
divréï 'hakhamim béna'hate nichmëîme
"les paroles des Sages sont écoutées et entendues quand
elles sont dites agréablement".
Particulièrement, dans l'enseignement de la Torah à des élèves ou l'éducation des enfants,
nous devons nous comporter à l'image du Créateur lorsqu'il
s'est adressé à Son peuple pour l'éclairer et l'instruire.
Cela étant clair, nous venons d'apprendre, par ce premier mot de
Vayiqra, que
1) l'enseignement ne doit pas être seulement une transmission
logique de connaissances, ni la diffusion d'un dispositif de conduites
et de savoir-faire social (Hachém pouvait imposer Sa connaissance
sans ce préalable de l'expression affective) ; voyez sur ce lien-ci
ce
qui est écrit sur l'importance du coeur, le lév,
dans l'étude juive.
2) il faut faire passer le message que la Torah c'est, d'abord, quelqu'un
qui interpelle quelqu'un pour se brancher ensemble, et l'enseignement
ou l'éducation donnée par les parents doivent aller selon
cette démarche.
3) c'est quelqu'un qui essaie d'éveiller l'autre en l'installant
dans une relation de tendresse; et c'est, de l'intérieur de
cette relation, qu'il y aura une transmission des connaissances.
4) pour brancher cette relation, il y a donc cette phase d'interpellation
très personnelle, indiquée souvent dans la Torah par la
répétition doublée du nom de l'interlocuteur. On
sait combien la Torah est économe de la parole, ce doublement est
donc une nécessité qui agit en ce sens.
Pour nous faire mieux comprendre encore cette nécessité
de l'arrêt délicat avant toute parole, nos Sages analysent
tout ce premier verset et font remarquer que Hachém a appelé
Moché alors qu'il était déjà en Sa présence
dans la tente de rencontre. Cela nous montre qu'il ne s'agit pas d'un
cri de convocation, mais d'un appel intime qui réveille à
nouveau l'attention amoureuse.
Le Rambane, dans son commentaire, développe allusivement ce point
en montrant que le Créateur a mis en l'homme la capacité
de se placer comme il faut pour recevoir la lumière céleste,
comme le dit le Zohar I 47a. L'appel de D.ieu à Moché est
de cet ordre et c'est en liaison avec le rapprochement de la Chékhina
et de Hachém. Il faudrait avoir toujours la conscience de
ces niveaux en nous plaçant face à D.ieu dans la prière,
mais aussi en nous plaçant face à l'autre être humain
à qui nous sommes reliés uniquement dans la parole créatrice
de D.ieu.
Ce n'est pas une théorie. Les Juifs qui reviennent vers leur source,
Israël, vont en cette ligne et rencontrent souvent la dure réalité
des relations brutales qui n'ont pas la délicatesse dont nous avons
parlé. Les raisons de base peuvent être énumérées
(le refus des valeurs de la Torah, l'imitation de la brutalité
économique américaine, le clientélisme comme système
politique, les privilèges des premiers arrivants, l'état
constant de menace environnante, la brutalité de minorités
idéologiques s'identifiant à l'adversaire pour nous autodétruire et,
surtout, la difficulté dans la coexistence par la diversité
culturelle des arrivants, etc.). Peu d'entre eux parviendront à
prendre en mains les leviers de la direction politique car ils ne peuvent
pas et ne veulent pas jouer à ce jeu. Je
l'écris dans un poème qui est l'expérience de
17 ans en Israël. Il faut puiser les sources de nos relations dans
l'enseignement reçu, spécialement quand il s'adresse à
tout notre peuple.
Dès le
commentaire de Béréchite, nous avons cet éloge
du duo de délicatesse et les poèmes
qui vibrent à la paracha gardent cette ligne.
La violence qui nous détruit n'est pas d'abord celle de l'adversaire
mais la nôtre. C'est violence quand, au lieu de nous mettre
dans cette proximité enseignée en ce Vayiqra,
- nous restons loin d'Israël attaquée et peu défendue
et peu construite alors que nous sommes si nombreux ailleurs.
- nous fermons les yeux dans la morale des affaires sur les victimes de
ce jeu, et refermons encore les yeux quand on utilise cet argent pour
de bonnes oeuvres.
- nous n'entendons guère les autorités rabbiniques et morales
interpeler le peuple vigoureusement pour supprimer les injustices sociales
qui éloignent les frères, ni pour rappeler les valeurs morales
qui doivent régenter la vie sociale, politique et des affaires
et l'amour fraternel si nécessaire en face de la montée
de la violence quotidienne. Nous avons besoin d'entendre l'appel de ces
éducateurs, leur Vayiqra. Dans l'ouvrage de questions et réponses
(Chéméche ou maghéne, vol III, page 330),
qu'a publié le Grand Rabbin de Jérusalem, Ribbi Chalom
Messas, il lance un de ces appels aux rabbins pour leur rappeler cette
responsabilité et il les interpelle vigoureusement.
Ahava ou kavod ?
Pour traduire tout cela, Rabbénou Bé'hayé, lui,
ne parle pas de tendresse 'hiba, mais de kavod, respect,
honneur. Ce mot kavod veut dire "poids" en hébreu, c'est-à-dire
donner du poids à l'autre, lui reconnaître son poids, tout
son poids personnel et spécifique, comme il est dit de Hachém
: "oukhévod Hachém malé éte hammichkane;
et le kavode de Hachém emplit le sanctuaire" (Chémote
40, 35).
Il n'y a pas contradiction entre la lecture de Rachi (tendresse) et celle
de Rabbénou Bé'hayé (poids de respect), elles n'en
sont qu'une seule et même lecture, car la tendresse c'est reconnaître toute la
valeur qui est en l'autre et l'aimer respectueusement, pour lui permettre
de remplir tout l'espace.
Il y a quelques semaines, mon cordonnier -tout en continuant le rythme
de ses coups de marteau sur les semelles- me fait part de sa préoccupation
: 'qu'est-ce que tu fais à l'Université? - J'enseigne la
psychologie. - Alors tu pourras m'aider, il y a une question que je me
pose toujours et je ne trouve pas la réponse : est-ce que l'amour
(ahava) vient avant le respect (kavod) ou l'inverse, par
quoi ça commence, et qu'est-ce qui est le plus important ?" Je lui
ai dit mon admiration, qui continue jusqu'à ce jour, et je n'ai
pas su répondre. Trouve-t-on ailleurs qu'en Israël des cordonniers
de ce genre ! Il avait certainement des générations de réflexion
sur le commentaire de Rachi et celui de Rabbénou Bé'hayé.
Il ne s'agit pas d'un truc pédagogique. Si Hachém
nous parle en ces termes, c'est que notre valeur vient de ce que nous
sommes
chacun un sanctuaire de Sa présence, une manifestation
de Sa gloire. De même, dans l'éducation ou dans le couple,
si nous agissons de cette manière, ce n'est pas seulement parce
que cela est nécessaire ou efficace, c'est en fonction d'une vérité.
Donner à l'autre le temps de réfléchir
Rachi fait remarquer qu'avant cette relation de parole et d'enseignement,
Hachém interpela Moché.
Rachi commente avec la simplicité, la profondeur et avec l'humour
qui le caractérisent :
lédibbour hayéta qériya vé lo lé
afsaqote
"c'est pour la parole qu'il y eut interpellation et non pour les interruptions
(afsaqote)".
En effet, il y a des intervalles blancs entre les paragraphes et les changements
de sujet.
Et à quoi servaient ces interruptions ?

léitbonéne béin paracha léfaracha ouvéin
ignane lé ignane
Pour donner à Moché le temps de réfléchir
entre un passage et un autre et entre un sujet et un autre,
qal va'homér lé édiote halloméd min haédiote
ce qui est encore plus nécessaire pour un simple être humain
qui apprend d'un autre simple être humain".
Les principes d'une pédagogie
juive
Rachi, reconnu par tous et au long des siècles, non seulement
comme un éminent commentateur mais aussi comme le plus grand pédagogue,
nous fournit là une leçon essentielle :
- l'éducateur qui sait, et enseigne ou éduque, ne doit
pas rester éloigné dans sa science, et jeter de là
haut son savoir sur les choses, depuis la certitude et en son rythme personnel,
- il doit se rapprocher, manifester son affection, et installer
souvent des phases de silence pour que l'élève puisse
exister et se sentir exister en face du maître,
- laisser à l'élève le temps nécessaire
pour qu'il puisse assimiler en réfléchissant et en intégrant
de façon très personnelle ;
- un rythme commun doit s'instaurer, basé sur le rythme des
deux personnes.
Être rosée sur la terre de l'autre
Ces mêmes exigences se retrouvent dans les autres textes qui
parlent de la Torah comme de tal, une rosée délicate
qui, au contraire des averses abondantes et venant de haut, ne détruit
pas la terre et permet aux graines d'éclore dans leur lent et fragile
processus (voir, sur ce point, les conseils
pour l'étude, lien ici).
Le vide dans l'amour
La meilleure expression pour qualifier un tel dialogue est celle que
la Torah choisit, quand elle décrit comme lieu de parole, l'emplacement
d'amour situé "entre les deux chérubins" (Chémote
25, 22) mibbéïn chné hakkérouvim.
J'ai déjà rapporté que, émerveillé
de cet art de respect-présence-distance-délicatesse dans
la relation d'étude que voulait bien m'accorder Ribbi Moché
Yoseph Zénou
(lien ici) , je lui ai dit venant de mon coeur que cette expression
mibbéïn chné hakkérouvim comportait les
initiales de son nom Moché. Il me répondit par une bénédiction,
comme d'habitude...
Les chérubins étaient différents (condition essentielle)
et, entre eux, le vide, un espace de silence qui assure la liberté,
la plénitude de chacun, la non possession. Il n'y a alors aucune
raison de fuir ou de se fermer. La distance permet aux deux de voir entre
eux "la présence". Leurs ailes en battaient dans l'espace. C'est
une distance d'amour. On comprend mieux, par là, le rôle
des périodes de nidda
(lien ici) -silence dans le couple.
Aider l'autre à entendre
L'appel de D.ieu à Moché nous montre que c'est également
une très grande délicatesse que de faire comprendre à
l'autre de quel endroit on cherche à lui parler en ce moment,
car il peut se faire que l'interlocuteur ne perçoive pas dans l'instant
qui est face à lui, ou il en resterait à l'extériorité
; ce serait source d'incompréhensions, d'autant plus pénibles
que l'un pensait transmettre un message intime, essentiel, affectueux.
On peut nommer cette attitude positive : "enlever ses chaussures",
comme il est demandé à Moché lors du buisson ardent
(lire Chémote 3, 1-6). Se défaire de toute saleté,
et s'approcher respectueusement, non socialement. Modestement.
Aider l'autre à vivre
La délicatesse divine dans notre comportement, comme nous l'enseigne la paracha, c'est d'être sensible à la fragilité d'autrui, et de l'aider en conséquence; l'injustice sociale ne devrait avoir aucune place en Israël. Hélas, au niveau de dirigeants économiques en politique, c'est une gassout (vulgarité) dans l'affirmation brutale qu'on prend comme modèle le capitalisme dur et que l'on ne prête pas attention aux faibles, aux malades, aux fragiles enfants à éduquer. C'est une situation qui fait souffrir et qui est intolérable. Parfois je vois aussi d'opulentes comunautés à l'étranger qui vont en ce sens dans le luxe sans limites de construction. Le 'Héfets 'hayim demandait que l'on ait de la retenue dans les fêtes et dans les riches habits et dans les cadeaux de Pourim envers les amis tant qu'il y a des pauvres qui souffrent. C'est simple et clair. La délicatesse, c'est de venir sur la terre d'Israël, le lieu où D.ieu a voulu que se vive avec Son peuple cette relation de tendresse commune; et d'y bâtir un monde de justice sociale selon la Torah et non pas un monde de luttes politiques selon les forces des combines et de la corruption, certainement pas en se comportant en persécuteurs de nos frères que l'on expulse avec cruauté de leurs maisons, de leurs entreprises, de leurs cimetières, de leurs synagogues, de leurs maisons d'études, de leurs écoles pour transférer ces biens aux persécuteurs de notre peuple. L'horreur humaine intégrale. Les grands rabbins d'Israël Shapira et Eliahou demandent en conséquence une demi-journée de jeûne (jusque midi) et de prière pour nous sortir de notre carapace de crocodiles sanguinaires et cruels sur tous ces plans. Le plan de D.ieu est connu et ne veut pas de ces infamies, c'est à nous de nous repentir et de demander au Ciel qu'il éclaire les responsables dirigeants du peuple à tous niveaux qui sont tombés dans cette sauvagerie cruelle en alliance avec les ennemis envers leurs frères. Car nous devons souhaiter qu'ils reviennent à la sensibilité, à l'humanité, à la tradition fraternelle juive après cet instant d'inhumanité. Aucune idéologie ne peut justifier cet effondrement moral que l'on a tant reproché aux autres dans l'histoire. Je reviens à l'instant du Kotel, j'y ai vu ces personnes prier et pleurer, demandant au Ciel de les sortir de leur misère. Je vous l'exprime par cette photo que je viens de prendre et qui symbolise bien l'épouse Israël qui prie devant le mur, qui y entre dans la pierre ses demandes vitales; et, en réponse, l'assurance donnée par la puissance de la pierre que les pires tyrants n'ont pas réussi à détruire totalement ni dans l'histoire ni maintenant par ceux qui, au -dessus du Mont du Temple, tentent en vain de détruire toutes traces de notre séculaire présence.
Nous sommes dans une heure, unique dans l'histoire et sur la terre d'histoire, jamais vécue en quelques millénaires, où la cruauté sans borne contre le frère s'organise en idéologie présentée comme la nouvelle morale du siècle. Cela est dans la pure ligne des idéologies inhumaines qui ont causé tant de massacres en ce 20e siècle toujours au nom de la dernière dictature idéologique à la mode qui balaie les principes minimaux de la fraternité humaine. Ce refus, le judaïsme l'a apporté au monde, et il ne cèdera jamais devant les dictatures mensongères déguisées en modes sanguinaires. Il faut le ressentir et je le traduis dans ce regard posé sur cette fleur si belle qui semble pleurer de sang en cette heure inhumaine.
Nous pouvons donc comprendre la pauvreté de D.ieu selon Ribbi Yaâqov Abou'hatséra
C'est peut-être l'un des sens de cette modestie du aleph
dans le mot vayiqra :
cette rétraction et cette retenue d'affection sont les conditions
pour réussir une transmission qui ne tuera pas l'autre par sa puissance.
Cette démarche, qui est un enseignement de Hachém
envers Moché, se retrouve constamment dans la Torah ; il est souhaitable
qu'elle puisse se retrouver tout autant dans la relation entre les personnes.
Ribbi Yaâqov Abou'hatséra
va dans cette ligne et nous mène en des sommets où nous
n'oserions jamais aller : dans Ma'hsof hallavane, il nous indique
sur ce mot Vayiqra que la rétraction nous informe de l'état
de déficience et de fragilité de la présence de D.ieu
en ce monde, que l'on nomme chékhina ou royauté de
D.ieu, malkhoute. C'est un état de pauvreté,
daloute, dans lequel le monde met D.ieu, si l'on peut dire. Chaque
jour, le plan de plénitude de D.ieu est ainsi appauvri.
Le pouvoir de l'homme de répondre et reconstruire
Et c'est le propre de l'homme, dit-il, des membres du peuple d'Israël, que
de pouvoir reconstituer cette plénitude, d'abord dans la prière
de cha'harite, cette longue prière du matin (dite à
un rythme normal pour bien prononcer chacun mot sans s'attarder, à
haute voix comme le font les sépharades, elle dure environ une
heure 1/4, chaque jour où il n'y a pas en plus de lecture de Torah
comme c'est le cas le lundi et le jeudi).
C'est un thème constant dans l'oeuvre de Ribbi Yaâqov
Abou'hatséra, (voir son commentaire de Béréchite
sur le mot Béhibaram, ou le début de la paracha
Térouma, ou la paracha Béchala'h sur le chant après
le franchissement de la mer Rouge).
Il montre aussi, par une démonstration rigoureuse du raisonnement
et de la valeur des mots de la deuxième phrase de Vayiqra que chacun
de ces mots, qui parlent d'offrande d'animaux, ont la valeur numérique
de sens de l'offrande des composantes de l'homme (néphéche
ou identité, roua'h ou esprit, néchama ou âme).
Cette démonstration ne peut pas être exposée ici dans
l'anonymat car cet enseignement ne se transmet que dans la relation individuelle.
Il montre alors que la prière du matin nous fait faire un rapprochement
précis vers Hachém, étape par étape,
en chacune des composantes de notre être ; ainsi, nous nous rapprochons
de Hachém ou nous lui donnons la possibilité de "compléter"
Sa présence et de jouer par là Sa fonction bénéfique
pour le monde.
Il indique que la Chékhina a besoin chaque jour de cette
réparation (tsérikha békhol yom biniane 'haddache,
tiqqoune).
C'est la modestie de D.ieu venant de Sa tendresse pour l'homme.
(Réfléchissons. Si le monde va si mal, c'est parce que
l'homme ne répond pas à la demande discrète d'amour.
Cela nous montre également le pouvoir immense de l'homme, de
l'homme juif en particulier qui a reçu une telle science sur le
fonctionnement des êtres et qui en a les archives historiques pour
vérifier ses analyses, et la pédagogie qui en découle.
Et tous ces documents s'étendent sur des milliers d'années,
dans la même langue, celle que nous parlons et lisons aujourd'hui
aussi bien sur ces textes que dans les situations les plus quotidiennes.
Quand, parfois, on en retrouve la conscience, cela est très
émouvant, et immense.
Nos Sages et les prophètes font souvent part de l'incompréhension
de D.ieu, de Sa blessure et de la leur, devant le peuple qui refuse de
voir, et refuse de lire cette lettre d'amour dans sa dimension vraiment
existentielle. Ils disent aussi : un jour viendra où les non Juifs
saisiront les Juifs par le vêtement partout où ils en verront
un et leur diront : "faites-nous connaître votre sagesse, nous en
avons soif".). Nous risquons toujours de ne pas lire la somme des
demandes discrètes d'amour mais de filer rapidement vers des propositions
plus simples de partis politiques ou d'idéologies au crédo
généreux mais simpliste en regard de la complexité
de la Torah. C'est la même chose entre deux époux, ou dans
la proposition simple et rapide d'une amourette de rencontre.
La modestie de Moché
Les commentaires soulignent également cette même retenue
d'amour, inscrite dans le mot Vayiqra, chez Moché lui-même.
Malgré sa grandeur, il était le plus modeste des hommes.
Pour cela, Rabbénou Bé'hayé introduit toute la paracha
par le verset de Michlé (Proverbes) 22, 4 : "ce qui suit
la modestie et en est le fruit : la crainte de D.ieu, la richesse et l'honneur
et la vie" (êqév ânava, yirate Hachém, ôchér
vékhavode véhayim). Moché, dit-il , était
mesuré en tout sauf en modestie et humilité.
Aller au rythme de l'autre. La patience
de D.ieu
S'il en est déjà ainsi dans la relation d'enseignement,
combien davantage dans toute relation d'amour. Nous l'avons vu, l'une
ne s'oppose pas à l'autre. Lorsque deux personnes s'aiment - à
l'instar de Hachém et d'Israël, comme dans le Cantique
des Cantiques, l'amour est souci d'apprendre de l'autre, attention
continue au rythme, à ce qui est seul possible actuellement et,
tout autant, à ce qui ne sera jamais possible. Cette patience
est si grande du côté de Hachém qu'il attend
toujours l'homme malgré les dons absolus de bonheur dont les hommes
ne veulent pas : ils restent au désert, ou dispersés ou
veulent rester continuellement dans les catastrophes qu'ils provoquent
; et, sans cesse, Hachém leur redit : "si vous voulez revenir...".
Voir le poème "Amitié
si pure".
Ce contrôle sur la puissance affective personnelle, sur le désir
et la volonté personnels, face à l'incapacité de
l'autre, apparaît constamment dans la Torah :
- depuis le Créateur qui a dit "cela suffit, daï"
à l'expansion du processus créatif pour lui permettre
de s'organiser,
- jusqu'à l'infinie valeur accordée autant au sacrifice
du pauvre qu'à celui du riche, car ce qui compte c'est le volontariat
du cœur (nédivoute hallév) et il faut que "l'autel
soit rassasié et paré du sacrifice du pauvre comme le montre
l'emploi du mot yaqriv il sacrifiera" dit Rachi sur le verset
17 (lama amar hakkatouv yaqriv . Kédé che yéhé
hammizbéa'h savéâ ou méhoudar bé qorbano
chél âni). Il dit encore, sur le premier verset du chapitre
2 : "qui a coutume d'offrir volontairement une oblation ? Le pauvre. Le
Saint, béni soit-il, dit : je lui en tiens compte comme s'il avait
offert en oblation son néphesh, sa personne".
C'est à ce niveau que les sacrifices sont proposés quand
il est dit : adam ki yaqriv mikém qorbane ("si un homme fait
le don généreux de soi à travers l'offrande et le
sacrifice qu'il apporte").
Nous voyons par tout cela que le sanctuaire, son aménagement et
sa vie interne dans les sacrifices, nous apprennent à "vivre" et
à "vivre bien" selon les rythmes du Créateur qui nous a
fait à Son image et à Sa ressemblance.
En quelques mots, Rachi condense tout cet enseignement : quand, au verset
9, il est cité le sacrifice de ôla, Rachi dit : "ôla,
léchém ôla, dans l'intention de ôla".
Profitons de ce commentaire sur notre thème pour avancer dans la
connaissance de sa méthode. (Pour ceux qui veulent avancer ainsi
dans leur formation au commentaire de Rachi, cliquer ici)
Mais nous comprenons aussi pourquoi Pourim va être placé en ce moment. la patience de D.ieu est immense devant l'indélicatesse humaine, elle est patiemment pédagogique, mais quand les excès dépassent toutes les limites d'arrogance, le Ciel va faire tourner le sort et nous demande notre collaboration de repentance pour que les bourreaux voient leur outrecuidance se retourner contre eux-mêmes et exterminer cette volonté de détruire le frère. Nos Sages actuels aussi le rappellent. Les méchants tentent de faire croire que rappeler cette Torah de tendresse c'est les menacer, alors que c'est les sauver en fraternité de leur effondrement dans la grossièreté inhumaine (lien ici à Pourim).
Passage de second niveau sur la méthode de Rachi : léchém
(ce passage est réservé aux étudiants
avancés dans l'étude et connaissant l'hébreu.
Il est préférable, pour les autres lecteurs,
de le passer)
Etude d'un commentaire très bref de Rachi, avant Pessa'h.
Dans ce commentaire de Rachi (ôla : léchém ôla
; le sacrifice de montée, comprenez : "pour" le sacrifice de montée),
Rachi reprend le mot ôla qui veut dire montée
ou sacrifice de montée, et y ajoute seulement un mot : léchém.
Nous connaissons la méthode de Rachi et les 5
questions qu'il faut se poser face à un commentaire ; ici, que
veut-il nous dire, que veut-il nous faire comprendre par là, et
pourquoi cette brièveté ?
En effet, sa brièveté est percutante, elle permet de mettre
en évidence et clarté le message :
1. quand il est dit ôla, vous ne devez pas entendre la
description "externe" d'une ôla, ni en faire une connaissance
intellectuelle ou technique pour celui qui a appris et qui est capable
de différencier la ôla des autres cas de sacrifices;
2. voir écrit le seul mot ôla doit nous le faire lire
toujours comme léchém ôla, saisir
ce qu'est la ôla à travers le sens de l'expression
hébraïque : "lé chém" qui signifie "pour,
vers", comme les mots hébraïques bichvil, lémaâne,
ainsi qu'il est dit dans les Pirqéi avote : vékhol maâsséhkha
yiyou léchém chamayim (2, 12), que toutes tes
actions soient "pour" le Ciel.
Selon le dictionnaire Evéne Chochane, ce mot léchém
"pour" veut dire :
"dans l'intention spéciale pour quelque chose et uniquement
pour cela et pour rien d'autre"
mitokh kavana méyou'hédéte lédavar zé
bilvad vé lo lédavar a'her.
Reprenons chaque élément de cette définition pour
bien saisir le sens :
- mitokh , c'est : depuis le dedans, depuis une intériorité
en nous, qui commence depuis l'intérieur de notre être. C'est
le concept, sur lequel nous sommes revenus souvent, de lév
(coeur), ordre particulier de la connaissance des choses se faisant à
partir d'un mode qui est dedans, mais aussi qui touche à l'essentiel,
comme il est dit : on ne connait bien qu'avec le coeur. Notre tradition
nous apprend aussi ce qu'est ce coeur relié aux voies supérieures
de la connaissance ; ce n'est pas le lieu de l'exposer. Donc, il faut
s'interdire la connaissance de par la seule logique. On est loin du "je
pense, donc je suis" ! En conclusion, quand nous percevons et pensons
pour les choses essentielles de la vie, selon ce mode uniquement logique,
nous devons arrêter et changer notre attitude.
- mitokh kavana, c'est une intériorité
qui doit s'élever en intention vers. Il est fréquent de penser
ou d'agir selon notre besoin, selon notre volonté, mais sans intention
concernant autrui, ou concernant le bien qui est en autrui, donc sans kavana
; une telle prière est absolument interdite dans le judaisme.
- mitokh kavana méyou'hédéte, c'est
une intention particulièrement attentionnée, soignée,
peaufinée, renouvelée et non une intention vague.
- mitokh kavana méyou'hédéte lédavar
zé, c'est une intention consciente de la particularité
de l'être et du moment qui est présent.
- mitokh kavana méyou'hédéte lédavar
zé bilvad , c'est percevoir qu'il y a une unicité
comme dans la présence à quelqu'un, ou dans l'amour, c'est
toi et pas une autre personne. Le mot "toi" indique que l'autre n'appartient
pas à une catégorie, des hommes, des femmes, interchangeables.
(Voir le poème "L'ami").
Aussi, le sacrifice de ôla, particulièrement,
perd toute valeur quand le Cohen qui a reçu l'offrande ne parvient
pas à rejoindre avec précision l'intention de la personne
; pour toi pour cela, et pour aucune intention autre. On comprend ici l'importance
du ata (toi) qui revient dans toute bénédiction.
Par ce mot si bref, léchém, nous voyons
que Rachi nous enseigne dès le début du livre de Vayiqra,
ce
qu'est tout sacrifice et comment il faut le comprendre pour vivre de son
enseignement.
On comprend alors pourquoi les prophètes adjurent le peuple
qui a le privilège de venir au Temple, de ne pas dénaturer
cet acte qui réunit tous les niveaux de l'être et de la rencontre
des êtres.
On comprend aussi l'abomination caractérisant ceux qui ont utilisé
ces exhortations des prophètes dans leur discours pédagogique,
pour en tirer la conclusion que le judaisme aurait été dépourvu
de la spontanéité heureuse de ce qui caractérise une
religion d'amour. Ce reproche idéaliste, apparent élevé,
est une médisance et elle dénature la sagesse de la Torah.
(fin du passage de second niveau)
Ici, cliquer
pour aller à la page qui rassemble l'apprentissge du vocabulaire
en hébreu dans la Torah.
Applications pédagogiques personnelles
1. A l'approche de l'exigence de téchouva de Pourim,
et du sacrifice du passage (Pessa'h),
et de tous les activités qui vont caractériser cette période,
Rachi nous apprend l'axe qu'il faut trouver et ne pas perdre dans cette
période d'action où il va y avoir des rites nombreux qui
veulent nous rappeler ceux du Temple : brancher nos actes sur le coeur
et sur l'intime et les orienter dans une
intention.
2. Le judaisme absorbe les dimensions concrètes et charnelles
de notre être pour les assumer, les orienter, sans cela on serait
dans une religion qui se veut non matérielle, toute idéalisme
et spiritualité ; et nous avons vu dans l'histoire que les idéalismes
non équilibrés par la réalité et qui ne donnent
pas un sens à la réalité et à l'autre homme,
tournent toujours en radicalismes sauvages qui ont accompli les plus grands
crimes et génocides, au nom du salut de l'âme ou du salut
idéologique ; on ne respecte plus l'autre quand on s'évade
du lieu où on est soi-même face à D.ieu, un D.ieu
qui est modeste.
3. Cette base de toute le livre Vayiqra étant bien posée,
elle nous ouvre la porte et le chemin pour entrer dans les nombreux autres
commentaires et les autres péripéties de chacune de nos vies.
Maintenant, il nous est possible de relire la paracha avec ces clefs,
et regarder les sacrifices comme le centre pédagogique qui
nous entraine à réaliser le développement de toutes
ces qualités. Et cela, dans le concret de l'existence, en considérant
les activités matérielles et précises comme des actes
de "rapprochement" (sens du mot korbane). Donc, abandonner le sens
non -Juif du mot "sacrifice" et revenir habiter nos propres mots de notre
culture. Parler de korbane, et non de "sacrifice".
4. Cette étude devrait être l'occasion pour nous de rechercher
personnellement les points à améliorer dans notre rapprochement
et orientation vers l'autre et D.ieu. Puis en organiser la progression,
c'est cela le rôle des qorbanotes (sacrifices) dont le sens
hébraïque veut dire: rapprochement.
- Cherchons comment nous rapprocher de tous ces essentiels.
Ne perdons pas la vie dans la technique, les choses, vivons le coeur
des choses et des êtres et le coeur de notre être.
- Echangeons-le, faisons donc le "rapprochement": pratiquons
cet échange intime sur cette paracha avec celui ou celle avec qui
se joue notre relation maximale de rapprochement. Cet échange nous
permettra de mieux analyser et comprendre tout ce que la paracha a voulu
nous enseigner. "Entre" ceux qui se parleront ainsi, il y aura La présence.
- En particulier, que nous ne perdions pas ces axes (le sens de l'autre,
le sens de l'existence, le sens de notre lieu de "vie", le sens de l'intime,
le sens de la trajectoire des intentions), en traversant tous ensemble
les problèmes politiques et moraux de vie qui se posent continuellement
de façon précise en Israël: ne pas perdre le phare.
5. Appliquer cette orientation dans l'activité religieuse et
dans les rites, en nous préparant dès maintenant aux
fêtes de Pourim
et de "Pessa'h"
en cet axe, et au commentaire
de la Haggadah que chacun doit faire lors de la soirée du Sédér
de Pessa'h.
Prenons un exemple comme le livre de Vayiqra, la Haggadah commence
par un appel qui est à la fois enflammé, intime et totalement
camouflé dans la discrétion : c'est le chant Hala'hma
(ce pain) ; nos Sages expliquent que la fonction de l'araméen y
est de camoufler l'amour pour ne pas le troubler par une déclaration
publique indécente. Alors, le rapprochement peut se faire. Cette
fonction se joue également dans le qaddiche. Le Cantique
des Cantiques joue beaucoup également de ce double pas.
5. Puisque, cela est assez clair maintenant, l'étude ne doit pas
rester intellectuelle mais elle doit atteindre l'action et l'intériorité
jusque dans une dimension affective de l'existence, à chacun de
laisser venir en lui les mots qui réagissent à son étude,
les écouter, les écrire. Un poème surgira avec
nécessité, quelques mots, ils seront chant intime. Nos Sages
ont toujours laissé ainsi leur coeur s'exprimer, et la tradition
juive possède des milliers et milliers de ces poèmes. Seuls
quelques uns sont chantés par toutes les communautés mais,
la méthode nous est enseignée. C'est pour cela que
j'insère des poèmes, pour partager simplement cet effort
d'intégration personnelle de la paracha. Lire le poème
"Matin
des modesties" sur cette paracha Vayiqra dans le recueil "L'ami des
aurores".
Conclusion
Dans cette étude, nous avons franchi 3 étapes, grâce
à la méthode traditionnelle d'étude de la Torah :
- l'examen d'une particularité du texte.
- la découverte du sens : l'avancée dans un enseignement
pédagogique global qui s'applique autant à l'enseignement
qu'à l'éducation et à nos relations personnelles mais
également à la pratique des rites religieux.
- la découverte que cet ensemble nous révèle la
signification profonde de l'existence : tout est fondé sur l'amour.
Et cet amour sait allier une modestie radicale et des aspirations nombreuses.
C'est un équilibre étonnant sur lequel l'exemple de D.ieu
et de Moché nous est donné pour nous éclairer et nous
aider.
Hébreu à mémoriser
'hiba, tendresse
ahava, amour
âliah, montée
âliah, montée vers la terre d'Israël, immigration
en Israël
ata, toi (au masculin)
ate, toi (au féminin)
bilvad, seulement
daï, suffit
kavana, intention.
kavod, poids, respect, honneur
léchém, pour
méyou'hédéte, spéciale
min'ha, offrande, cadeau
nadiv, généreux,
néchama, âme
nédivoute hallév, volontariat du coeur
néféche, identité, personne
ôla, montée
qorbane, sacrifice, rapprochement
roua'h, vent, esprit
ratsone, volonté
tokh, dedans
le proverbe :
divréï 'hakhamim béna'hate nichméîme,
"les paroles des Sages sont écoutées et entendues quand
elles sont dites agréablement"
(Qohéléte, l'Ecclésiaste 9, 17).
Les petites lettres dans la Torah
Pour ceux qui ont compris l'importance de chaque petit signe de la Torah
comme nous transmettant des messages profonds et vitaux, je les invite à
aller voir ces lettres mises en caractères plus petits dans le texte
de la Torah et d'en rechercher le sens par leur réflexion puis dans
les commentaires de nos Sages.
Cette liste-ci est tirée du Sémag.
- Aleph Vayiqra 1, 1
- Béit Michlé 30, 15
- Guimél Job 7, 5
- Daléte Proverbes 28, 17
- Hé Béréchite 2, 4
- Vav Bémidbar 25, 12 et Psaumes 24, 4
- Zayine Esther 9, 9
- 'Hète Yov 32, 9
- Téte Eikha 2, 9
- Youd Dévarim 32, 18
- Kaf Béréchite 23, 2
- Laméd Eikha 1, 12
- Mém Vayiqra 6, 2
- Noune Isaïe 44, 14 et Michlé 16, 28
- Samékh Téhilim 27, 5 et Na'houm 1, 3
- Âyine Eikha 3, 36
- Pé Dévarim 6, 20
- Tsadé Jérémie 14, 2 et Job 16, 14
- Qouf Béréchite 27, 46
- Réich Samuel II 21, 19
- Chine Esther 9, 7
- Tav Esther 9, 9
Et, à propos de la louange de ce qui est petit, se reporter à
l'étude
sur la bénédiction de la lune.
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