24e Paracha : Vayiqra - "  Il appela "
Vayiqra (Le Lévitique) 1, 1 - 6, 26

Par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres de nos Sages
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La fête de début du mois de Nissane
La bénédiction de la lune
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Aimer avant de parler

Plan

Situation
L'actualité et la paracha
Les mitsvotes et les thèmes de la paracha
Le sens global
Un signe d'appel pour bien comprendre tout le livre
L'interpellation amoureuse de Hachém dans l'enseignement
Le respect de tendresse dans l'éducation
Ahava ou  kavod ?
Donner à l'autre le temps de réfléchir
Les principes d'une pédagogie juive
Être rosée sur la terre de l'autre
Le vide dans l'amour
Aider l'autre à entendre
La pauvreté de D.ieu selon Ribbi Yaâqov Abou'hatséra
Le pouvoir de l'homme de répondre et reconstruire
La modestie de Moché
Aller au rythme de l'autre. La patience de D.ieu
Etude d'un commentaire bref de Rachi, avant Pessa'h. 
Le terme hébraïque : léchém.
Applications pédagogiques
Hébreu à mémoriser
Les petites lettres dans la Torah

Téâmim achkénaziim :
Entendre la paracha de Vayiqra (Ort)
Entendre la haftara de Vayiqra 

téâmim séfaradiim :
Entendre la paracha (Alliance)



Poèmes : 
Non !
Sa vie fut ahava
Lire les poèmes, expression de la délicatesse

Tableau historique situant Moché Rabbéinou
Tableau montrant la liste des écrits de Moché

Situation
Nous entrons dans le 3e livre de la Torah, Vayiqra (le Lévitique). Ce livre est le plus court, mais il est le centre de la Torah :
 

Livres LETTRES MOTS VERSETS (péssouqim) SECTIONS (praqim)
Torah entière 304 805 79 847 5 845 187
1e livre. Beréchite 78 064 20 512 1 534 50
2e livre. Chemote 63 529 16 723 1 209 40
3e livre. Vayiqra 44 790 11 950 859 (guématria : nataf) 27 (guématria : vé-éhié)
4e livre. Bémidbar 63 530 16 368 1 288 36
5e livre. Devarim 54 892 14 294 955 34

 

et, le classement des livres selon  la taille est le suivant :
1e . Beréchite 4e . Bémidbar 3e . Chemote 4e . Devarim 5e . Vayiqra (le plus court)

Dans Vayiqra, il y a 52 (guématria de bén, fils) parachiyotes ouvertes et 46 fermées, ce qui donne un total de 98 (guématria Tsa'h, comme dans le verset du Cantique des Cantiques : mon bien-aimé est tsa'h, pur).

 

Dans cette étude, notez les points qui vous touchent ou vous concernent personnellement, pour pouvoir ensuite les approfondir jusqu'à l'amélioration. L'étude doit recevoir le texte, jusque dans ses secrets, mais aussi le faire avec le coeur et l'appliquer dans le concret.

L'actualité terrible  qui se vit en Israël (tant de la part des ennemis que des victimes ou des dirigeants plus que décevants et de groupes à l'intérieur qui pactisent avec l'ennemi cruel) rejoint exactement ce qui se vivait autour de Moïse : le veau d'or suscité par des minorités qui mènent le peuple à sa perte et à la dépendance envers le puissant de l'époque, la difficulté pour les meneurs religieux de guider le peuple, les victimes dues à toutes ces erreurs et trahisons (depuis 80% qui sont restés à l'extérieur en Egypte et n'ont pas voulu sortir, et ceux qui plaient pour y retourner, et ceux qui proposaient d'autres idéaux). Nous vivons donc la même histoire et Torah en direct dans l'actualité, et non pas de loin dans le temps ni à des milliers de kilomètres sur un texte. 
Dans ce contexte, nous arrivons à la paracha Vayiqra qui va nous apporter des réponses claires pour ce dont nous avons besoin :
- l'assurance, avant tout, que dans nos malheurs Hachém nous aime d'un amour intime, fou, puissant, sauveur,
- la compréhension que tout va se jouer dans la délicatesse, la fidélité, l'amour de notre part,
- mais comment mettre à leur place chaque chose dans ce monde de cacophonie et brutalité? En n'oubliant pas la puissance de D.ieu et notre place modeste et qui s'appuie seulement sur les deux points précédents. Tout cela nous allons le voir dans la paracha à une condition : D.ieu nous demande d'étudier une Torah qui est complexe et demande autant d'attention que lorsque nous voulons comprendre un enfant.
Enfin, il faut lire la haftara (Isaïe, de 43- 21 à 44, 23). Le prophète Isaïe nous y commente l'actualité de la Torah, ou l'actualité dans la Torah :
- nous ne sommes pas un peuple comme les autres ni bâti sur le modèle des autres, notre existence est tenue par D.ieu dans une relation à Lui.
- mais nous nous lassons de ce rôle,
- pourtant, par l'amour qu'Il a pour nous, D.ieu efface encore nos fautes cette fois-ci; Il nous dit : "n'aie pas peur Israël que j'ai choisi, ne tremblez pas, tout n'est qu'idoles en dehors de Moi, ne craignez pas les autres puissances qui ne sont que vanité impuissante et ridicule, elles ne reposent que sur le mensonge. Lisez le psaume 73 pour cela.
- souviens-toi de tout cela, Israël, tes fautes sont effacées et tu es à Moi, pour Moi, et jamais Je ne t'oublierai,
-alors, que toute la Création chante! car Hachém a libéré Yaâqov et se trouve à nouveau glorifié par Israël".
Aujourd'hui, les fleurs sortent des bourgeons sur les murs de Jérusalem, qu'elles nous montrent chaque jour la multiplicité de ces bontés du Ciel que nous pouvons percevoir, que nous pouvons être!



(photo de l'auteur).
Israël est beau mais nous vivons en groupes dispersés, éloignés, qui tiennent à montrer qu'ils sont les seuls meilleurs par cette différence qui exclue les autres selon la tendance religieuse ou politique ou géographique; sentons-le bien dans cette photo de cette semaine:



Nous devons nous rapprocher en comprenant que nous sommes faits de la même belle matière en Sa même lumière (la Torah, et la Création continue du monde) depuis ce alef petit au bout du premier mot de Vayiqra. Ce n'est pas le Pharaon puissant d'aujourd'hui qui nous crée et nous commande, ni les partis ni les gouvernements.



Nous serons en lignes différentes mais reliés cette fois, et nous respectons.

Tout ce dont nous avons besoin aujourd'hui est dit là. Notre cerveau, si embrouillé par les conflits et par les bavardages des informations, et par les douleurs de nos victimes, peut reprendre sa position juste.
Il y a une autre condition, c'est que notre retour vers la prière et le sérieux de notre amour envers D.ieu soient très concrets en nos vies par une rectification de ce qui y est tordu. Sans cela, nous nous éloignons de l'ordre bon de la Création et les nations ennemies reprennent prise sur Israël.

Un être savait vivre dans ce rapport, et il doit être notre exemple : c'était Moché. Il était fidèle à cette relation. C'est pour cela que les derniers mots du Livre de Chémote, avant notre paracha Vayiqra reviennent sur cette expression :
"ka achér tsiva Hachém éte Moché, comme Hachém l'avait ordonné à Moché".
Nos Sages vont nous entraîner à partir de là dans des considérations merveilleuses qui concernent notre désarroi actuel et les moyens de bien le gérer. Ils nous font remarquer que cette expression revient 18 fois dans ce passage. Sachons que 18 s'écrit en hébreu youd 'héte, ou 'haï, qui veut dire "vivant". (Vérifiez : 38, verset 22; 39, versets 1, 5, 7, 21, 26, 29, 31, 32, 42, 43; 40, versets 19, 21, 23, 25, 27, 29, 32).
Nous voyons tout de suite que nous sommes placés en ce moment de la paracha devant la mort et la vie et que, après la catastrophe des idoles et du veau d'or, après les désastres qui en ont découlé, nous avons à savoir comment faire pour retrouver la vie assurée, être 'haï, vivant.
Moché a plaidé alors devant D.ieu, et il a défendu en avocat le droit de vivre pour Israël, c'est ce que nous devons faire. Cela est décrit dans le chapitre coeur ou lev (32) de Chémote, au verset coeur ou lev (32). Moché dit à D.ieu : "si Tu voulais pardonner leur faute, sinon efface moi (mé'héni na) de Ton livre". Nos Sages nous font comprendre le choix de cette expression : Moché est nommé fiable, néémane en Bémidbar 12, 7. Et les lettres de cette expression ("sinon efface moi, mé'héni na") forment un second message qui est "néémane 'hai".
Ainsi, par sa fidélité indiquée en fin de Chémote, Moché peut prier et peut obtenir que vive le peuple d'Israël. Et son mérite reste continu et assure aussi la vie de notre peuple.

Allons plus loin, le nombre de mots de ces 18 expressions est 113, ce qui correspond au nombre de fois que le mot "lev", coeur, existe dans la Torah, selon le Baâl ha Tourim dans son commentaire sur ces versets. Tout cela nous montre que notre vie ne subsistera que si nous mettons notre coeur dans l'étude de la Torah, dans la relation à Hachém qui "aime Son peuple", et particulièrement dans la prière; et les Sages ont fait remarquer que le mot "téfilla" (prière) a la guématria de "cavanate ha lév" (intention du coeur) ou de "âvodate ha lév" (travail du coeur).
Tout ceci, ne sont que quelques gouttes par rapport à l'ensemble des commentaires lumineux que nos Sages transmettent. Qu'ils sont égarés ce qui ignorent cela et vont chercher des guématriotes farfelues par le jeu du hasard mathématique ou des logiciels informatiques, alors que la tradition nous transmet la science sûre de Moché par des milliers de clefs transmises.

Tout cela nous montre que nous ne sommes pas abandonnés dans la détresse actuelle et, pour ne pas l'oublier, nos Sages ont bâti sur cette fidélité de Moché assurant la vie ('haï) la prière des 18 ('haï) bénédictions. Voyez, pour approfondir, ce qu'en dit le Traité Bérakhote 28b.

Ainsi, ne tremblons pas, comme Hachém Lui-même nous y invite dans la haftara, appuyons-nous sur l'assurance de Moché dans sa prière et dans ses actes, ce qui nous assure la vie. Et tout cela est basé sur l'amour de Hachém qui nous propose une relation intime. 
En ce sens, étudions maintenant la paracha.

 

 

Les mitsvotes et les thèmes de la paracha
La paracha comporte les mitsvotes 116 à 131 ; elles concernent 
- la réalisation précise des sacrifices (ôla ou sacrifice de "montée" mal traduit par holocauste, offrande ou min'ha, encens, sel, animaux, farine, oiseaux), 
- les présentateurs de ces sacrifices (juges qui se seraient trompés, cas de fautes involontaires graves, fautes incertaines, erreurs dans les témoignages, usage erroné du trésor du Temple, etc). 

Le sens global
Le  Chla montre que ces sacrifices et les prescriptions précises qui les concernent sont des mesures isolées qui contribuent à réduire et à rectifier les conséquences de la faute d'Adam ; ce rapport est le motif pour lequel la paracha dit dès le début : adam ki yaqriv mikém qorbane, si un homme "adam" veut faire un sacrifice. 
Un jour, l'homme retrouvera la bonheur initial et, alors, il n'aura plus besoin de ces mesures correctives, dit le prophète Jérémie (3, 16-17). (Il faut que le lecteur se reporte aux références).
Pour ce motif (il concerne aussi bien le plan initial que maintenant et que sa réalisation totale à venir), Rabbénou Bé'hayé insiste sur le fait que ce livre de Vayiqra est relié à l'ensemble des significations de toute la Torah (hakol mé'houbar védavéq, tout est relié et collé).

Un signe d'appel pour bien comprendre tout le livre
Nous avons déjà vu plusieurs fois que le premier mot, le titre ou le premier verset de chaque paracha ont une importance particulière et donnent un sens à toute la suite.
Ainsi, de nombreux commentateurs ont souligné l'importance du premier mot de cette paracha : "vayiqra" (Hachém "appela" Moché);
or, ce mot comporte une lettre minuscule, le alef final : vayiqra. Examinons cette particularité qui veut transmettre un enseignement ; cette démarche relève de la méthode du rémez (allusion).
Il faut situer le sens de cette expression en fonction de ce qui a précédé et dans l'ensemble de la Torah. 
En effet, trois fois Hachém a "appelé" Moché de  façon précise (qara el, appela vers...) :
- quand il a voulu lui donner sa mission au buisson ardent (Chémote 3, 4), 
- quand il lui a donné la révélation de la Torah au Sinaï (Chémote 19, 3),
- pour ces sacrifices-ci. 
Rabbénou Bé'hayé examine cette question en fonction de l'importance de ces actes ; il remarque alors que cette interpellation (qéria) se trouve lors du renouvellement de la Création (Béréchite 2, 4), et il bâtit un lien entre la petite lettre aleph émergeant du mot "vayiqra", et le fait qu'il y a la petite lettre hé lors de ce renouvellement de la Création. Ce sont des moments de fragilité, de proposition importante, et des moments où la créature peut hésiter à répondre.

Isaïe 48, 12-13 nous fait comprendre combien la demande (qéria) de Hachém est ainsi reliée à son projet initial et au but final, à travers son affection pour Israël : 
"...Les choses passées je les ai annoncées longtemps d'avance... 
Ecoute-moi Yaâqov, et toi Israël, celui que j'appelle, mon prédestiné. 
Je suis toujours le même, Je suis le premier comme Je suis le dernier. 
C'est ma main qui a fondé la terrre, ma droite qui a étendu les cieux. 
Je leur adresse mon appel, aussitôt ils se présentent. Assemblez-vous tous et écoutez...".
A travers ces deux particularités jointes (l'appel, et la lettre réduite), nous allons le voir, un grand enseignement nous est donné 
- sur la façon dont la Torah doit être transmise et enseignée, 
- sur la façon de réaliser toute éducation et  tout enseignement.

L'interpellation amoureuse de Hachém dans l'enseignement
Rachi, le commentateur de base, nous éclaire, dès le premier verset de la Torah, sur la façon dont Hachém s'adresse à son peuple quand il l'interpelle : 


lé khol dibérote,  "toutes les paroles, dit-il, 

oulékhol amiroteet, toutes les interpellations 

ou le khol tsivouyim, et tous les ordres 

qadma qéria, ont été précédés d'un appel exprimé ; 

 léchone 'hiba, c'est une langue de tendresse ('hiba)". 

Le Sifra interprète dans le même sens ces marques d'amour à travers le redoublement du nom utilisé quand D.ieu appelle Moché comme il appela "Avraham Avraham" (Béréchite 22, 12) ou "Yaâqov Yaâqov (Béréchite 46, 2 où Rachi souligne encore que c'est une expression de 'hiba), ou "Chmouél Chmouél" (I livre de Chmouél 3, 10). Allez lire ces références.

Remarquons combien Rachi éprouve souvent le besoin de souligner cette bonté gratuite de D.ieu ; en effet, il le précise dès le début de son commentaire de chaque livre de la Torah :
- dans le premier livre, en Béréchite 1, 1 ("par un acte de Sa volonté ratsone, Il a donné la terre à ces peuples et par un acte de Sa volonté Il l'a reprise pour nous la donner à nous"); 
- dans le second livre, en Chémote 1, 1 ("et voici les noms des enfants d'Israël ; bien qu'on les ait comptés de leur vivant par leur noms, on les compte à nouveau après leur mort pour nous faire savoir combien ils bénéficient de tendresse, 'hibatane la tendresse pour eux") ; 
- dans le troisième livre, en Vayiqra comme nous le voyons ici ; 
- dans le quatrième livre, en Bamidbar 1, 1 ("Hachém parla à Moché dans le désert du Sinaï... c'est de l'intérieur de la tendresse qu'il a pour eux, mitokh 'hibatane, qu'il les compte à tout moment") ;
- en Dévarim 1,1 ("ce sont les paroles que Moché adressa à tout Israël... étant donné que ce sont des paroles de reproche et qu'on énumère ici tous les endroits où ils ont irrité D.ieu, on a dissimulé les faits en les rappelant par une simple allusion pour l'honneur d'Israël"). 
Bien entendu, il ne s'agit pas de ma lecture personnelle et particulière de Rachi, mais c'est la démonstration effective de ce que la tradition depuis Moché nous indique. Rachi se contente de guider notre regard et il le fait avec précision.
Nous avons déjà appris qu'il faut toujours aller chercher la source de Rachi. Elle est dans le middrache Vayiqra Rabba 1, 13. On y remarque la différence entre ces interpellations au peuple d'Israël et celle qui s'adresse à Bileam (lire Bémidbar 23,4) : c'est le même verbe certes, mais il manque le alef final. Ceci nous indique, envers Moché et Israël, un surplus spécial indiqué par cette lettre première de l'alphabet  qui est reliée à la source et n'a même pas de son terrestre. Rachi appelle cela "tendresse, 'hiba".
Le même middrache nous montre aussi que le mot qra (appeler) possède cette lettre alef quand il s'agit des anges du service divin qui s'interpellent les uns les autres à égalité  pour dire qadoche, saint (Isaïe 6, 3). C'est la source de Rachi.

Le respect de tendresse dans l'éducation
Nous devons donc appliquer à notre conduite, ce "mode de comportement de D.ieu", cette midda. Comment ? Selon la règle de Qohélète (L'Ecclésiaste) 9, 17 : 
divréï 'hakhamim béna'hate nichmëîme
"les paroles des Sages sont écoutées et entendues quand elles sont dites agréablement". 
Particulièrement, dans l'enseignement de la Torah à des élèves ou l'éducation des enfants, nous devons nous comporter à l'image du Créateur lorsqu'il s'est adressé à Son peuple pour l'éclairer et l'instruire.

Cela étant clair, nous venons d'apprendre, par ce premier mot de Vayiqra, que

1) l'enseignement ne doit pas être seulement une transmission logique de connaissances, ni la diffusion d'un dispositif de conduites et de savoir-faire social (Hachém pouvait imposer Sa connaissance sans ce préalable de l'expression affective) ; voyez sur ce lien-ci ce qui est écrit sur l'importance du coeur, le lév, dans l'étude juive.

2) il faut faire passer le message que la Torah c'est, d'abord, quelqu'un qui interpelle quelqu'un pour se brancher ensemble, et l'enseignement ou l'éducation donnée par les parents doivent aller selon cette démarche.

3) c'est quelqu'un qui essaie d'éveiller l'autre en l'installant dans une relation de tendresse; et c'est, de l'intérieur de cette relation, qu'il y aura une transmission des connaissances.

4) pour brancher cette relation, il y a donc cette phase d'interpellation très personnelle, indiquée souvent dans la Torah par la répétition doublée du nom de l'interlocuteur. On sait combien la Torah est économe de la parole, ce doublement est donc une nécessité qui agit en ce sens.
Pour nous faire mieux comprendre encore cette nécessité de l'arrêt délicat avant toute parole, nos Sages analysent tout ce premier verset et font remarquer que Hachém a appelé Moché alors qu'il était déjà en Sa présence dans la tente de rencontre. Cela nous montre qu'il ne s'agit pas d'un cri de convocation, mais d'un appel intime qui réveille à nouveau l'attention amoureuse.
Le Rambane, dans son commentaire, développe allusivement ce point en montrant que le Créateur a mis en l'homme la capacité  de se placer comme il faut pour recevoir la lumière céleste, comme le dit le Zohar I 47a. L'appel de D.ieu à Moché est de cet ordre et c'est en liaison avec le rapprochement de la Chékhina et de Hachém. Il faudrait avoir toujours la conscience de ces niveaux en nous plaçant face à D.ieu dans la prière, mais aussi en nous plaçant face à l'autre être humain à qui nous sommes reliés uniquement dans la parole créatrice de D.ieu.

Ce n'est pas une théorie. Les Juifs qui reviennent vers leur source, Israël, vont en cette ligne et rencontrent souvent la dure réalité des relations brutales qui n'ont pas la délicatesse dont nous avons parlé. Les raisons de base peuvent être énumérées (le refus des valeurs de la Torah, l'imitation de la brutalité économique américaine, le clientélisme comme système politique, les privilèges des premiers arrivants, l'état constant de menace environnante, la brutalité de minorités idéologiques s'identifiant à l'adversaire pour nous autodétruire et, surtout, la difficulté dans la coexistence par la diversité culturelle des arrivants, etc.). Peu d'entre eux parviendront à prendre en mains les leviers de la direction politique car ils ne peuvent pas et ne veulent pas jouer à ce jeu. Je l'écris dans un poème qui est l'expérience de 17 ans en Israël. Il faut puiser les sources de nos relations dans l'enseignement reçu, spécialement quand il s'adresse à tout notre peuple.
Dès le commentaire de Béréchite, nous avons cet éloge du duo de délicatesse et les poèmes qui vibrent à la paracha gardent cette ligne.
La violence qui nous détruit n'est pas d'abord celle de l'adversaire mais la nôtre.  C'est violence quand, au lieu de nous mettre dans cette proximité enseignée en ce Vayiqra,
- nous restons loin d'Israël attaquée et peu défendue et peu construite alors que nous sommes si nombreux ailleurs.
- nous fermons les yeux dans la morale des affaires sur les victimes de ce jeu, et refermons encore les yeux quand on utilise cet argent pour de bonnes oeuvres.
- nous n'entendons guère les autorités rabbiniques et morales interpeler le peuple vigoureusement pour supprimer les injustices sociales qui éloignent les frères, ni pour rappeler les valeurs morales qui doivent régenter la vie sociale, politique et des affaires et l'amour fraternel si nécessaire en face de la montée de la violence quotidienne. Nous avons besoin d'entendre l'appel de ces éducateurs, leur Vayiqra. Dans l'ouvrage de questions et réponses (Chéméche ou maghéne, vol III, page 330), qu'a publié le Grand Rabbin de Jérusalem, Ribbi Chalom Messas, il lance un de ces appels aux rabbins pour leur rappeler cette responsabilité et il les interpelle vigoureusement.

Ahava ou kavod ?
Pour traduire tout cela, Rabbénou Bé'hayé, lui, ne parle pas de tendresse 'hiba, mais de kavod, respect, honneur. Ce mot kavod veut dire "poids" en hébreu, c'est-à-dire donner du poids à l'autre, lui reconnaître son poids, tout son poids personnel et spécifique, comme il est dit de Hachém : "oukhévod Hachém malé éte hammichkane; et le kavode de Hachém emplit le sanctuaire" (Chémote 40, 35).
Il n'y a pas contradiction entre la lecture de Rachi (tendresse) et celle de Rabbénou Bé'hayé (poids de respect), elles n'en sont qu'une seule et même lecture, car la tendresse c'est reconnaître toute la valeur qui est en l'autre et l'aimer respectueusement, pour lui permettre de remplir tout l'espace.
Il y a quelques semaines, mon cordonnier -tout en continuant le rythme de ses coups de marteau sur les semelles- me fait part de sa préoccupation : 'qu'est-ce que tu fais à l'Université? - J'enseigne la psychologie. - Alors tu pourras m'aider, il y a une question que je me pose toujours et je ne trouve pas la réponse : est-ce que l'amour (ahava) vient avant le respect (kavod) ou l'inverse, par quoi ça commence, et qu'est-ce qui est le plus important ?" Je lui ai dit mon admiration, qui continue jusqu'à ce jour, et je n'ai pas su répondre. Trouve-t-on ailleurs qu'en Israël des cordonniers de ce genre ! Il avait certainement des générations de réflexion sur le commentaire de Rachi et celui de Rabbénou Bé'hayé.

Il ne s'agit pas d'un truc pédagogique. Si Hachém nous parle en ces termes, c'est que notre valeur vient de ce que nous sommes chacun un sanctuaire de Sa présence, une manifestation de Sa gloire. De même, dans l'éducation ou dans le couple, si nous agissons de cette manière, ce n'est pas seulement parce que cela est nécessaire ou efficace, c'est en fonction d'une vérité.

Donner à l'autre le temps de réfléchir
Rachi fait remarquer qu'avant cette relation de parole et d'enseignement, Hachém interpela Moché.
Rachi commente avec la simplicité, la profondeur et avec l'humour qui le caractérisent : 
lédibbour hayéta qériya vé lo lé afsaqote
"c'est pour la parole qu'il y eut interpellation et non pour les interruptions (afsaqote)".

En effet, il y a des intervalles blancs entre les paragraphes et les changements de sujet. 
Et à quoi servaient ces interruptions ? 


léitbonéne béin paracha léfaracha ouvéin ignane lé ignane
Pour donner à Moché le temps de réfléchir entre un passage et un autre et entre un sujet et un autre,
qal va'homér lé édiote halloméd min haédiote
ce qui est encore plus nécessaire pour un simple être humain qui apprend d'un autre simple être humain".

Les principes d'une pédagogie juive
Rachi, reconnu par tous et au long des siècles,  non seulement comme un éminent commentateur mais aussi comme le plus grand pédagogue, nous fournit là une leçon essentielle : 
- l'éducateur qui sait, et enseigne ou éduque, ne doit pas rester éloigné dans sa science, et jeter de là haut son savoir sur les choses, depuis la certitude et en son rythme personnel,
- il doit se rapprocher, manifester son affection, et installer souvent des phases de silence pour que l'élève puisse exister et se sentir exister en face du maître, 
- laisser à l'élève le temps nécessaire pour qu'il puisse assimiler en réfléchissant et en intégrant de façon très personnelle ;
- un rythme commun doit s'instaurer, basé sur le rythme des deux personnes.

Être rosée sur la terre de l'autre
Ces mêmes exigences se retrouvent dans les autres textes qui parlent de la Torah comme de tal, une rosée délicate qui, au contraire des averses abondantes et venant de haut, ne détruit pas la terre et permet aux graines d'éclore dans leur lent et fragile processus (voir, sur ce point, les conseils pour l'étude, lien ici).

Le vide dans l'amour
La meilleure expression pour qualifier un tel dialogue est celle que la Torah choisit, quand elle décrit comme lieu de parole, l'emplacement d'amour situé "entre les deux chérubins" (Chémote 25, 22) mibbéïn chné hakkérouvim. 
J'ai déjà rapporté que, émerveillé de cet art de respect-présence-distance-délicatesse dans la relation d'étude que voulait bien m'accorder Ribbi Moché Yoseph Zénou (lien ici) , je lui ai dit venant de mon coeur que cette expression mibbéïn chné hakkérouvim comportait les initiales de son nom Moché. Il me répondit par une bénédiction, comme d'habitude...
Les chérubins étaient différents (condition essentielle) et, entre eux, le vide, un espace de silence qui assure la liberté, la plénitude de chacun, la non possession. Il n'y a alors aucune raison de fuir ou de se fermer. La distance permet aux deux de voir entre eux "la présence". Leurs ailes en battaient dans l'espace. C'est une distance d'amour. On comprend mieux, par là, le rôle des périodes de nidda (lien ici) -silence dans le couple.

Aider l'autre à entendre
L'appel de D.ieu à Moché nous montre que c'est également une très grande délicatesse que de faire comprendre à l'autre de quel endroit on cherche à lui parler en ce moment, car il peut se faire que l'interlocuteur ne perçoive pas dans l'instant qui est face à lui, ou il en resterait à l'extériorité ; ce serait source d'incompréhensions, d'autant plus pénibles que l'un pensait transmettre un message intime, essentiel, affectueux. 
On peut nommer cette attitude positive : "enlever ses chaussures", comme il est demandé à Moché lors du buisson ardent (lire Chémote 3, 1-6). Se défaire de toute saleté, et s'approcher respectueusement, non socialement. Modestement.

Aider l'autre à vivre

La délicatesse divine dans notre comportement, comme nous l'enseigne la paracha, c'est d'être sensible à la fragilité d'autrui, et de l'aider en conséquence; l'injustice sociale ne devrait avoir aucune place en Israël. Hélas, au niveau de dirigeants économiques en politique, c'est une gassout (vulgarité) dans l'affirmation brutale qu'on prend comme modèle le capitalisme dur et que l'on ne prête pas attention aux faibles, aux malades, aux fragiles enfants à éduquer. C'est une situation qui fait souffrir et qui est intolérable. Parfois je vois aussi d'opulentes comunautés à l'étranger qui vont en ce sens dans le luxe sans limites de construction. Le 'Héfets 'hayim demandait que l'on ait de la retenue dans les fêtes et dans les riches habits et dans les cadeaux de Pourim envers les amis tant qu'il y a des pauvres qui souffrent. C'est simple et clair. La délicatesse, c'est de venir sur la terre d'Israël, le lieu où D.ieu a voulu que se vive avec Son peuple cette relation de tendresse commune; et d'y bâtir un monde de justice sociale selon la Torah et non pas un monde de luttes politiques selon les forces des combines et de la corruption, certainement pas en se comportant en persécuteurs de nos frères que l'on expulse avec cruauté de leurs maisons, de leurs entreprises, de leurs cimetières, de leurs synagogues, de leurs maisons d'études, de leurs écoles pour transférer ces biens aux persécuteurs de notre peuple. L'horreur humaine intégrale.

Les grands rabbins d'Israël Shapira et Eliahou demandent en conséquence une demi-journée de jeûne (jusque midi) et de prière pour nous sortir de notre carapace de crocodiles sanguinaires et cruels sur tous ces plans. Le plan de D.ieu est connu et ne veut pas de ces infamies, c'est à nous de nous repentir et de demander au Ciel qu'il éclaire les responsables dirigeants du peuple à tous niveaux qui sont tombés dans cette sauvagerie cruelle en alliance avec les ennemis envers leurs frères. Car nous devons souhaiter qu'ils reviennent à la sensibilité, à l'humanité, à la tradition fraternelle juive après cet instant d'inhumanité. Aucune idéologie ne peut justifier cet effondrement moral que l'on a tant reproché aux autres dans l'histoire.
Je reviens à l'instant du Kotel, j'y ai vu ces personnes prier et pleurer, demandant au Ciel de les sortir de leur misère. Je vous l'exprime par cette photo que je viens de prendre et qui symbolise bien l'épouse Israël qui prie devant le mur, qui y entre dans la pierre ses demandes vitales; et, en réponse, l'assurance donnée par la puissance de la pierre que les pires tyrants n'ont pas réussi à détruire totalement ni dans l'histoire ni maintenant par ceux qui, au -dessus du Mont du Temple, tentent en vain de détruire toutes traces de notre séculaire présence.



Nous sommes dans une heure, unique dans l'histoire et sur la terre d'histoire, jamais vécue en quelques millénaires, où la cruauté sans borne contre le frère s'organise en idéologie présentée comme la nouvelle morale du siècle. Cela est dans la pure ligne des idéologies inhumaines qui ont causé tant de massacres en ce 20e siècle toujours au nom de la dernière dictature idéologique à la mode qui balaie les principes minimaux de la fraternité humaine. Ce refus, le judaïsme l'a apporté au monde, et il ne cèdera jamais devant les dictatures mensongères déguisées en modes sanguinaires. Il faut le ressentir et je le traduis dans ce regard posé sur cette fleur si belle qui semble pleurer de sang en cette heure inhumaine.



Nous pouvons donc comprendre la pauvreté de D.ieu selon Ribbi Yaâqov Abou'hatséra
C'est peut-être l'un des sens de cette modestie du aleph dans le mot vayiqra : cette rétraction et cette retenue d'affection sont les conditions pour réussir une transmission qui ne tuera pas l'autre par sa puissance. 
Cette démarche, qui est un enseignement de Hachém envers Moché, se retrouve constamment dans la Torah ; il est souhaitable qu'elle puisse se retrouver tout autant dans la relation entre les personnes.
Ribbi Yaâqov Abou'hatséra va dans cette ligne et nous mène en des sommets où nous n'oserions jamais aller : dans Ma'hsof hallavane, il nous indique sur ce mot Vayiqra que la rétraction nous informe de l'état de déficience et de fragilité de la présence de D.ieu en ce monde, que l'on nomme chékhina ou royauté de D.ieu, malkhoute. C'est un état de pauvreté, daloute, dans lequel le monde met D.ieu, si l'on peut dire. Chaque jour, le plan de plénitude de D.ieu est ainsi appauvri. 

Le pouvoir de l'homme de répondre et reconstruire
Et c'est le propre de l'homme, dit-il, des membres du peuple d'Israël, que de pouvoir reconstituer cette plénitude, d'abord dans la prière de cha'harite, cette longue prière du matin (dite à un rythme normal pour bien prononcer chacun mot sans s'attarder, à haute voix comme le font les sépharades, elle dure environ une heure 1/4, chaque jour où il n'y a pas en plus de lecture de Torah comme c'est le cas le lundi et le jeudi).
C'est un thème constant dans l'oeuvre de Ribbi Yaâqov Abou'hatséra, (voir  son commentaire de Béréchite sur le mot  Béhibaram, ou le début de la paracha Térouma, ou la paracha Béchala'h sur le chant après le franchissement de la mer Rouge). 

Il montre aussi, par une démonstration rigoureuse du raisonnement et de la valeur des mots de la deuxième phrase de Vayiqra que chacun de ces mots, qui parlent d'offrande d'animaux, ont la valeur numérique de sens de l'offrande des composantes de l'homme (néphéche ou identité, roua'h ou esprit, néchama ou âme). Cette démonstration ne peut pas être exposée ici dans l'anonymat car cet enseignement ne se transmet que dans la relation individuelle. 

Il montre alors que la prière du matin nous fait faire un rapprochement précis vers Hachém, étape par étape, en chacune des composantes de notre être ; ainsi, nous nous rapprochons de Hachém ou nous lui donnons la possibilité de "compléter" Sa présence et de jouer par là Sa fonction bénéfique pour le monde.

Il indique que la Chékhina a besoin chaque jour de cette réparation (tsérikha békhol yom biniane 'haddache, tiqqoune). C'est la modestie de D.ieu venant de Sa tendresse pour l'homme.

(Réfléchissons. Si le monde va si mal, c'est parce que l'homme ne répond pas à la demande discrète d'amour.
Cela nous montre également le pouvoir immense de l'homme, de l'homme juif en particulier qui a reçu une telle science sur le fonctionnement des êtres et qui en a les archives historiques pour vérifier ses analyses, et la pédagogie qui en découle. Et tous ces documents s'étendent sur des milliers d'années, dans la même langue, celle que nous parlons et lisons aujourd'hui aussi bien sur ces textes que dans les situations les plus quotidiennes.
Quand, parfois, on en retrouve la conscience, cela est très émouvant, et immense.
Nos Sages et les prophètes font souvent part de l'incompréhension de D.ieu, de Sa blessure et de la leur, devant le peuple qui refuse de voir, et refuse de lire cette lettre d'amour dans sa dimension vraiment existentielle. Ils disent aussi : un jour viendra où les non Juifs saisiront les Juifs par le vêtement partout où ils en verront un et leur diront : "faites-nous connaître votre sagesse, nous en avons soif".). Nous risquons toujours de ne pas lire  la somme des demandes discrètes d'amour mais de filer rapidement vers des propositions plus simples de partis politiques ou d'idéologies au crédo généreux mais simpliste en regard de la complexité de la Torah. C'est la même chose entre deux époux, ou dans la proposition simple et rapide d'une amourette de rencontre.

La modestie de Moché
Les commentaires soulignent également cette même retenue d'amour, inscrite dans le mot Vayiqra, chez Moché lui-même.
Malgré sa grandeur, il était le plus modeste des hommes. Pour cela, Rabbénou Bé'hayé introduit toute la paracha par le verset de Michlé (Proverbes) 22, 4 : "ce qui suit la modestie et en est le fruit : la crainte de D.ieu, la richesse et l'honneur et la vie" (êqév ânava, yirate Hachém, ôchér vékhavode véhayim). Moché, dit-il , était mesuré en tout sauf en modestie et humilité. 

Aller au rythme de l'autre. La patience de D.ieu
S'il en est déjà ainsi dans la relation d'enseignement, combien davantage dans toute relation d'amour. Nous l'avons vu, l'une ne s'oppose pas à l'autre. Lorsque deux personnes s'aiment - à l'instar de Hachém et d'Israël, comme dans le Cantique des Cantiques, l'amour est souci d'apprendre de l'autre, attention continue au rythme, à ce qui est seul possible actuellement et, tout autant, à ce qui ne sera jamais possible. Cette patience est si grande du côté de Hachém qu'il attend toujours l'homme malgré les dons absolus de bonheur dont les hommes ne veulent pas : ils restent au désert, ou dispersés ou veulent rester continuellement dans les catastrophes qu'ils provoquent ; et, sans cesse, Hachém leur redit : "si vous voulez revenir...". Voir le poème "Amitié si pure".

Ce contrôle sur la puissance affective personnelle, sur le désir et la volonté personnels, face à l'incapacité de l'autre, apparaît constamment dans la Torah : 
- depuis le Créateur qui a dit "cela suffit, daï" à l'expansion du processus créatif pour lui permettre de s'organiser,
- jusqu'à l'infinie valeur accordée autant au sacrifice du pauvre qu'à celui du riche, car ce qui compte c'est le volontariat du cœur (nédivoute hallév) et il faut que "l'autel soit rassasié et paré du sacrifice du pauvre comme le montre l'emploi du mot yaqriv  il sacrifiera" dit Rachi sur le verset 17 (lama amar hakkatouv yaqriv . Kédé che yéhé hammizbéa'h savéâ ou méhoudar bé qorbano chél âni). Il dit encore, sur le premier verset du chapitre 2 : "qui a coutume d'offrir volontairement une oblation ? Le pauvre. Le Saint, béni soit-il, dit : je lui en tiens compte comme s'il avait offert en oblation son néphesh, sa personne".
C'est à ce niveau que les sacrifices sont proposés quand il est dit : adam ki yaqriv mikém qorbane ("si un homme fait le don généreux de soi à travers l'offrande et le sacrifice qu'il apporte").

Nous voyons par tout cela que le sanctuaire, son aménagement et sa vie interne dans les sacrifices, nous apprennent à "vivre" et à "vivre bien" selon les rythmes du Créateur qui nous a fait à Son image et à Sa ressemblance.

En quelques mots, Rachi condense tout cet enseignement : quand, au verset 9, il est cité le sacrifice de ôla, Rachi dit : "ôla, léchém ôla, dans l'intention de ôla". Profitons de ce commentaire sur notre thème pour avancer dans la connaissance de sa méthode. (Pour ceux qui veulent avancer ainsi dans leur formation au commentaire de Rachi, cliquer ici)

Mais nous comprenons aussi pourquoi Pourim va être placé en ce moment. la patience de D.ieu est immense devant l'indélicatesse humaine, elle est patiemment pédagogique, mais quand les excès dépassent toutes les limites d'arrogance, le Ciel va faire tourner le sort et nous demande notre collaboration de repentance pour que les bourreaux voient leur outrecuidance se retourner contre eux-mêmes et exterminer cette volonté de détruire le frère. Nos Sages actuels aussi le rappellent. Les méchants tentent de faire croire que rappeler cette Torah de tendresse c'est les menacer, alors que c'est les sauver en fraternité de leur effondrement dans la grossièreté inhumaine (lien ici à Pourim).

 

Passage de second niveau sur la méthode de Rachi : léchém
(ce passage est réservé aux étudiants avancés dans l'étude et connaissant l'hébreu.
Il est préférable, pour les autres lecteurs, de le passer)

Etude d'un commentaire très bref de Rachi, avant Pessa'h.

Dans ce commentaire de Rachi (ôla : léchém ôla ; le sacrifice de montée, comprenez : "pour" le sacrifice de montée), Rachi reprend  le mot ôla qui veut dire montée ou sacrifice de montée, et y ajoute seulement un mot : léchém. Nous connaissons la méthode de Rachi et les 5 questions qu'il faut se poser face à un commentaire ; ici, que veut-il nous dire, que veut-il nous faire comprendre par là, et pourquoi cette brièveté ?

En effet, sa brièveté est percutante, elle permet de mettre en évidence et clarté le message : 
1. quand il est dit ôla, vous ne devez pas entendre la description "externe" d'une ôla, ni en faire une connaissance intellectuelle ou technique pour celui qui a appris et qui est capable de différencier la ôla des autres cas de sacrifices; 
2. voir écrit le seul mot ôla doit nous le faire lire toujours comme  léchém ôla,  saisir ce qu'est la ôla à travers le sens de l'expression hébraïque : "lé chém" qui signifie "pour, vers", comme les mots hébraïques bichvil, lémaâne, ainsi qu'il est dit dans les Pirqéi avote : vékhol maâsséhkha yiyou léchém chamayim (2, 12), que toutes tes actions soient "pour" le Ciel. 

Selon le dictionnaire  Evéne Chochane, ce mot léchém "pour" veut dire :
"dans l'intention spéciale pour quelque chose et uniquement pour cela et pour rien d'autre"
mitokh kavana méyou'hédéte lédavar zé bilvad vé lo lédavar a'her.

Reprenons chaque élément de cette définition pour bien saisir le sens :
- mitokh , c'est : depuis le dedans, depuis une intériorité en nous, qui commence depuis l'intérieur de notre être. C'est le concept, sur lequel nous sommes revenus souvent, de lév (coeur), ordre particulier de la connaissance des choses se faisant à partir d'un mode qui est dedans, mais aussi qui touche à l'essentiel, comme il est dit : on ne connait bien qu'avec le coeur. Notre tradition nous apprend aussi ce qu'est ce coeur relié aux voies supérieures de la connaissance ; ce n'est pas le lieu de l'exposer. Donc, il faut s'interdire la connaissance de par la seule logique. On est loin du "je pense, donc je suis" ! En conclusion, quand nous percevons et pensons pour les choses essentielles de la vie, selon ce mode uniquement logique, nous devons arrêter et changer notre attitude.
- mitokh kavana, c'est une intériorité qui doit s'élever en intention vers. Il est fréquent de penser ou d'agir selon notre besoin, selon notre volonté, mais sans intention concernant autrui, ou concernant le bien qui est en autrui, donc sans kavana ; une telle prière est absolument interdite dans le judaisme.
- mitokh kavana méyou'hédéte, c'est une intention particulièrement attentionnée, soignée, peaufinée, renouvelée et non une intention vague.
- mitokh kavana méyou'hédéte lédavar zé, c'est une intention consciente de la particularité de l'être et du moment qui est présent.
- mitokh kavana méyou'hédéte lédavar zé bilvad , c'est percevoir qu'il y a une unicité comme dans la présence à quelqu'un, ou dans l'amour, c'est toi et pas une autre personne. Le mot "toi" indique que l'autre n'appartient pas à une catégorie, des hommes, des femmes, interchangeables. (Voir le poème "L'ami"). Aussi, le sacrifice de ôla, particulièrement, perd toute valeur quand le Cohen qui a reçu l'offrande ne parvient pas à rejoindre avec précision l'intention de la personne ; pour toi pour cela, et pour aucune intention autre. On comprend ici l'importance du ata (toi) qui revient dans toute bénédiction.

Par ce mot si bref, léchém, nous voyons que Rachi nous enseigne dès le début du livre de Vayiqra, ce qu'est tout sacrifice et comment il faut le comprendre pour vivre de son enseignement. 
On comprend alors pourquoi les prophètes adjurent le peuple qui a le privilège de venir au Temple, de ne pas dénaturer cet acte qui réunit tous les niveaux de l'être et de la rencontre des êtres.

On comprend aussi l'abomination caractérisant ceux qui ont utilisé ces exhortations des prophètes dans leur discours pédagogique, pour en tirer la conclusion que le judaisme aurait été dépourvu de la spontanéité heureuse de ce qui caractérise une religion d'amour. Ce reproche idéaliste, apparent élevé, est une médisance et elle dénature la sagesse de la Torah.
(fin du passage de second niveau)
Ici, cliquer pour aller à la page qui rassemble l'apprentissge du vocabulaire en hébreu dans la Torah.

 


Applications pédagogiques personnelles

1. A l'approche de l'exigence de téchouva de Pourim, et du sacrifice du passage (Pessa'h), et de tous les activités qui vont caractériser cette période, Rachi nous apprend l'axe qu'il faut trouver et ne pas perdre dans cette période d'action où il va y avoir des rites nombreux qui veulent nous rappeler ceux du Temple : brancher nos actes sur le coeur et sur l'intime et les orienter dans une intention.

2. Le judaisme absorbe les dimensions concrètes et charnelles de notre être pour les assumer, les orienter, sans cela on serait dans une religion qui se veut non matérielle, toute idéalisme et spiritualité ; et nous avons vu dans l'histoire que les idéalismes non équilibrés par la réalité et qui ne donnent pas un sens à la réalité et à l'autre homme, tournent toujours en radicalismes sauvages qui ont accompli les plus grands crimes et génocides, au nom du salut de l'âme ou du salut idéologique ; on ne respecte plus l'autre quand on s'évade du lieu où on est soi-même face à D.ieu, un D.ieu qui est modeste.

3. Cette base de toute le livre Vayiqra étant bien posée, elle nous ouvre la porte et le chemin pour entrer dans les nombreux autres commentaires et les autres péripéties de chacune de nos vies. 
Maintenant, il nous est possible de relire la paracha avec ces clefs, et regarder les sacrifices comme le centre pédagogique qui nous entraine à réaliser le développement de toutes ces qualités. Et cela, dans le concret de l'existence, en considérant les activités matérielles et précises comme des actes de "rapprochement" (sens du mot korbane). Donc, abandonner le sens non -Juif du mot "sacrifice" et revenir habiter nos propres mots de notre culture. Parler de korbane, et non de "sacrifice".

4. Cette étude devrait être l'occasion pour nous de rechercher personnellement les points à améliorer dans notre rapprochement et orientation vers l'autre et D.ieu. Puis en  organiser la progression, c'est cela le rôle des qorbanotes (sacrifices) dont le sens hébraïque veut dire: rapprochement. 
- Cherchons comment nous rapprocher de tous ces essentiels.
Ne perdons pas la vie dans la technique, les choses, vivons le coeur des choses et des êtres et le coeur de notre être. 
- Echangeons-le, faisons donc le "rapprochement": pratiquons cet échange intime sur cette paracha avec celui ou celle avec qui se joue notre relation maximale de rapprochement. Cet échange nous permettra de mieux analyser et comprendre tout ce que la paracha a voulu nous enseigner. "Entre" ceux qui se parleront ainsi, il y aura La présence.
- En particulier, que nous ne perdions pas ces axes (le sens de l'autre, le sens de l'existence, le sens de notre lieu de "vie", le sens de l'intime, le sens de la trajectoire des intentions), en traversant tous ensemble les problèmes politiques et moraux de vie qui se posent continuellement de façon précise en Israël: ne pas perdre le phare.

5. Appliquer cette orientation dans l'activité religieuse et dans les rites, en nous préparant dès maintenant aux fêtes de Pourim et de "Pessa'h" en cet axe, et au commentaire de la Haggadah que chacun doit faire lors de la soirée du Sédér de Pessa'h.
Prenons un exemple comme le livre de Vayiqra, la Haggadah commence par un appel qui est à la fois enflammé, intime et totalement camouflé dans la discrétion : c'est le chant Hala'hma (ce pain) ; nos Sages expliquent que la fonction de l'araméen y est de camoufler l'amour pour ne pas le troubler par une déclaration publique indécente. Alors, le rapprochement peut se faire. Cette fonction se joue également dans le qaddiche. Le Cantique des Cantiques joue beaucoup également de ce double pas.

5. Puisque, cela est assez clair maintenant, l'étude ne doit pas rester intellectuelle mais elle doit atteindre l'action et l'intériorité jusque dans une dimension affective de l'existence, à chacun de laisser venir en lui les mots qui réagissent à son étude, les écouter, les écrire. Un poème surgira avec nécessité, quelques mots, ils seront chant intime. Nos Sages ont toujours laissé ainsi leur coeur s'exprimer, et la tradition juive possède des milliers et milliers de ces poèmes. Seuls quelques uns sont chantés par toutes les communautés mais, la méthode nous est enseignée.  C'est pour cela que j'insère des poèmes, pour partager simplement cet effort d'intégration personnelle de la paracha. Lire le poème "Matin des modesties" sur cette paracha Vayiqra dans le recueil "L'ami des aurores".

Conclusion
Dans cette étude, nous avons franchi 3 étapes, grâce à la méthode traditionnelle d'étude de la Torah : 
- l'examen d'une particularité du texte.
- la découverte du sens : l'avancée dans un enseignement pédagogique global qui s'applique autant à l'enseignement qu'à l'éducation et à nos relations personnelles mais également à la pratique des rites religieux.
- la découverte que cet ensemble nous révèle la signification profonde de l'existence : tout est fondé sur l'amour. Et cet amour sait allier une modestie radicale et des aspirations nombreuses. C'est un équilibre étonnant sur lequel l'exemple de D.ieu et de Moché nous est donné pour nous éclairer et nous aider.
 

Hébreu à mémoriser

'hiba, tendresse
ahava, amour
âliah, montée
âliah, montée vers la terre d'Israël, immigration en Israël
ata, toi (au masculin)
ate, toi (au féminin)
bilvad, seulement
daï, suffit
kavana, intention.
kavod, poids, respect, honneur
léchém, pour
méyou'hédéte, spéciale
min'ha, offrande, cadeau
nadiv, généreux,
néchama, âme
nédivoute hallév, volontariat du coeur
néféche, identité, personne
ôla, montée
qorbane, sacrifice, rapprochement
roua'h, vent, esprit
ratsone, volonté
tokh, dedans

le proverbe :
divréï 'hakhamim béna'hate nichméîme, 
"les paroles des Sages sont écoutées et entendues quand elles sont dites agréablement"
(Qohéléte, l'Ecclésiaste 9, 17).

 


Les petites lettres dans la Torah
Pour ceux qui ont compris l'importance de chaque petit signe de la Torah comme nous transmettant des messages profonds et vitaux, je les invite à aller voir ces lettres mises en caractères plus petits dans le texte de la Torah et d'en rechercher le sens par leur réflexion puis dans les commentaires de nos Sages.
Cette liste-ci est tirée du Sémag.
  1. Aleph Vayiqra 1, 1 
  2. Béit Michlé 30, 15
  3. Guimél Job 7, 5
  4. Daléte Proverbes 28, 17
  5. Hé Béréchite 2, 4
  6. Vav Bémidbar  25, 12 et Psaumes 24, 4
  7. Zayine Esther 9, 9
  8. 'Hète Yov 32, 9
  9. Téte Eikha 2, 9
  10. Youd  Dévarim 32, 18
  11. Kaf Béréchite 23, 2
  12. Laméd Eikha 1, 12
  13. Mém Vayiqra 6, 2
  14. Noune Isaïe 44, 14 et Michlé 16, 28
  15. Samékh Téhilim 27, 5 et Na'houm 1, 3
  16. Âyine Eikha 3, 36
  17. Pé Dévarim 6, 20
  18. Tsadé Jérémie 14, 2 et Job 16, 14
  19. Qouf Béréchite 27, 46
  20. Réich Samuel II 21, 19
  21. Chine Esther 9, 7
  22. Tav  Esther 9, 9

    Et, à propos de la louange de ce qui est petit, se reporter à l'étude sur la bénédiction de la lune.